Définition de la spiritualité. — D’une façon
générale on peut définir la spiritualité comme suit :
la capacité d'exister et d'agir sans la matière ; en d’autres termes, c’est l’indépendance à l’égard de la matière. Pour ce qui est de l’âme humaine, dire qu’elle est spirituelle, c’est affirmer son indépendance vis-à-vis du corps. Cependant, elle vit et pense dans le corps, l’âme humaine. Bien plus, sa faculté intellective emprunte son objet propre aux choses sensibles (86). Nous l’avons démontré, l'intelligence dépend des sens d’une façon objective (89). C’est pourquoi la spiritualité de l’âme est le privilège qu'a l’âme humaine d'exister et d'agir sans dépendre subjectivement du corps.
124. L'âme humaine est une substance spirituelle. —" Les faits quotidiens prouvent la spiritualité de l’âme. « Il est d'observation commune que nos sens, lorsqu'ils viennent d’être fortement excités, demeurent, pendant un certain temps, incapables de percevoir des excitations de moindre intensité. Ainsi, après avoir respiré une odeur violente, notre odorat est impuissant à percevoir immédiatement des parfums plus légers... Un éclair, un rayon direct du soleil qui frappent notre œil l’empêchent, pendant un temps plus ou moins long, d’être impressionné par les surfaces plus ou moins lumineuses des objets qui nous entourent.» ® L’activité intellectuelle n’est pas dans les mêmes conditions. «L'intelligence, après avoir conçu les objets les plus élevés et les plus étendus du savoir, n’est pas impuissante à saisir, sans aucune interruption de son activité, des concepts plus immédiatement à sa portée. Au contraire, plus est élevée et synthétique la pensée intellectuelle, plus l’intelli-
(1) Mercier. ouv. cit., p. 245.
gence est apte, et immédiatement, à saisir d’autres concepts d’une intelligibilité plus prochaine,» ()
Que conclure de là, si ce n’est que les sens et l’intel. ligence sont deux facultés diamétralement distinctes ? Or les sens sont des puissances organiques (52), Il s'ensuit donc que l'intelligence ainsi que l’âme raisonnable où elle réside ne sont pas subjectivement assujetties à la matérialité d’un organe. Elles sont spirituelles. ® La manière d'agir de l'intelligence est immatérielle, spirituelle. La substance à laquelle elle adhère — l’âme humaine — doit l’être aussi. Les objets sensibles, matérielles, sont comme immatérialisés par la faculté intellectuelle. Ainsi la connaissance intellectuelle du papier sur lequel j'écris en ce moment, ne se rapporte pas à sa couleur, à sa grandeur, etc., non, cette connaissance fait abstraction de toutes ces qualités extérieures, sensibles, pour ne saisir que l'essence, la nature du papier, laquelle essence débarrassée de son enveloppe physique est quelque chose d’abstrait, de spirituel. Les sens au contraire perçoivent la réalité concrète, telle qu’elle est, avec sa quantité, sa couleur, etc. Leur mode d'opérer est donc tout à fait opposé à celui de l'intelligence. Or la manière d'agir d’un être est de même nature que sa façon d’exister, puisque entre les deux, il y a proportion. Par conséquent l'intelligence existe indépendamment de la matière, elle est spirituelle. — 3) L'idée et l’image diffèrent essentiellement entre elles : celle-ci est l’œuvre de l’imagination, celle-là est l’œuvre de l'intelligence ©. Autrement dit, l’idée est immatérielle, l’image est matérielle. Il faut donc que l'intelligence soit aussi immatérielle comme
(1) Mercier. ouv. cit., p. 246.
(2) Cfr. Leçons de Logique, p. 14.
l'idée qu’elle engendre. Et l’on doit en dire autant de l’âme hütiiaine, parce que c’est en elle qu’existe la factilté intellectuelle.
125. Objections. — a) L'activité intellectuelle prolongée cause souvent le mal de tête. Ce fait indéuiable ne prouve-t-il pas que le cerveau et l'intelligence sont de même nature? Réponse. — Si nous étudions attentivement les conditions dans lesquelles ce « mal de tête » se produit, nous verrons qu: le travail prolongé de l'intelligence n’en est pas directement la cause. L'intelligence, pour faire son œuvre, a besoin du concours des sens, lesquels fournissent la matière sensible d’où elle abstrait ses idées. Or les sens sont assujettis aux organes, et l’imagination, en particulier, — dont les services sont surtout précieux à l’intelligence— dépend de l'organe cérébral. Et le mal de tête — phénomène d'ordre physiologique, sensible — est directement, immédiatement causé par le cerveau, et indirectement occasionné par la faculté intellectuelle soumise objectivement (89) à l'imagination dans l’exercice de son activité. — b) L'activité intellectuelle demande un temps plus ou moins long. Or seules les choses sensibles sont soumises au femps : celui-ci, en effet, est leur mesure. Réponse—Les actes de l'intelligence, considérés en eux-mêmes, échappent aux évaluations chronométriques. Mais ils sont foujours accompagnés de phénoménes physiologiques et physiques, lesquels se passent dans le temps, comme la tension du nerf optique, dans la lecture, l’usage du sens de l’ouiïe, durant la classe, etc., etc. Voilà pourquoi nous disons : j’ai pris tant de minutes ou d’heures à étudier cette question, à composer ce discours. En réalité ce n’est pas l’in-
telligence qui a eu besoin de tant d'heures, mais les organes dont elle dépend.
126. Ce que signifie le mot pensée, — Le mot Pensée a deux sens différents. Quelquefois il désigne « le travail des sens et de l'intelligencé dont le concept est le résultat.» C’est la formation des idées par l'intellect agent avec i + Ce travail — au dire des bhysiologistes. — térielle, se fait dans la couc
C'est t pensée lorsque- Ur ou un écrivain a de belles
ité en dehors de la matière. tes nient donc l’âme.
Pour eux, tout est corps, l’homme n’est qu'une mafière, vivante, il est vrai, mais n'ayant en elle-même aucun principe vraiment distinct. On refute le maté-
rialisme en ialité et la spiritualité de l’âme.
« J'ai te, disait Napoléon I. Comment voulez-vous que j'aie quelque chose de
(1) Cfr. Mercier, ouv. cit., p. 267-270.
(2) Cfr. Mercier, ouv. cit., p. 263.
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commun avec un homme qui ne croit pas à l'existence de l’âme, qui croit qu’il est un tas de boue, et qui veut que je sois un tas de boue ? »