CHAPITRE III
L'immortalité de l’âme humaine
128. Définition de l’immortalité. — L'immortalité est l’inamissibilité de la vie. Un être est donc dit immortel lorsqu'il ne peut perdre la vie.
129. Immortalité absolue, immortalité naturelle, immortalité surnaturelle. —— L'immortalité | absolue est l’immortalité d’un être qui est la vie même.
C’est l’immortalité de Dieu, l’être nécessaire. — L'immortalité naturelle est l’immortalité d’un être qui a commencé à exister, mais constitué de telle sorte qu’il ne peut pas mourir. C’est l’immortalité intrinsèque. Seule la cause extérieure qui a donné la vie à cet être, est capable de la lui enlever. Elle ne le fait pas ordinairement. L’immortalité naturelle est celle de l’âme humaine. L'immortalité surnaturelle est l’immortalité accordée en pur don à un être qui, de par sa constitution intime, doit mourir. C'est l’immortalité promise à nos premiers parents dans le parad's terrestre. Co:nposés de corps et d'âme, comme de parties distinctes et dissociables, D: Adam et Eve, tôt ou tard, en vertu de leur seule nature, devaient mourir. Mais par un privilège spécial de Dieu, celui-ci leur avait annoncé que s'ils lui demeuraient fidèles, ils vivraient toujours. Nous savons ce
qui est arrivé. L'immortalité surnaturelle est «ncore appelée gratuite.
130. Immortalité intrinsèque, immortalité extrinsèque, — L’immortalité intrinsèque est celle d'un être qui a en lui-même tout ce qu'il faut Pour vivre toujours. C'est l’immortalité naturelle. L'immortalité ant parce qu’il n'y a pas de cause extérieure qui le fasse mourrir.
13i. Les différentes manières de mourir. — Un être meurt de trois façons : a) ou parce qu’il se désagrège : c’est la mort des êtres composés : b) ou parce que tout en étant simple, il cesse d’être avec les conditions essentielles de vie auxquelles il était lié : dis- Paraissent de cette façon les âmes des brutes ; c) ou Parce qu’une cause extérieure l’anéantit. L'être qui ne peut pas mourir des deux Premières manières est dit immortel intrinsèquement. Quant à la troisième manière de mourir. celui qui en est exempt, est dit immortel extrinsèquement. Nous allons démontrer que l’âme humaine jouit de cette double immortalité,
132. L'âme humaino est intrinsèquement immortelle — 1 J'âme humaine est simple (120-121) et spirituelle (124). Elle est donc intrinsèquement immortelle. N'ayant pas de parties, elle ne peut pas se désagréger ; d'autre part, étant spirituelle, subjectivement indépendante du corps, elle n’a pas besoin de lui pour vivre. Bref, l’âme humaine, à cause de sa simplicité et de sa spiritualité, échappe aux deux premières façons de mourir (131). © N'est-il Pas vrai que notre âme se complait dans le nécessaire, dans l'éternel, dans l’immuable ? Là seulement elle trouve son réel plaisir. Pythagore rend grâces aux Muses « pour lui
MICROCOPY RESOLUTION TEST CHART (ANSI and ISO TEST CHART No. 2)
FEEFEEEE
er F
ES
APPLIED IMAGE Inc
1653 East Main Street Rochester, New York 14609 USA (716) 482 - 0300 -— Phone
(716) 288 - 5989 — Fax
avoir découvert quelqu’une des éternelles propriétés d’une figure de géométrie » ; Archimède tout entier à la joie éprouvée en « méditant sur les rapports immuables des nombres », ne voit pas les ennemis et la mort qui approchent. Et Platon chante la félicité de ceux qui contemplent le beau immuable, c’est-à-dire, en Dieu. De leur côté les saints désirent tellement « ce qui est au-dessus du temps, et n’est point limité ni borné dans sa nature » que, pour posséder Dieu plus vite, le suprême bien, (ils éteignent, comme dit Bossuet, tous les désirs sensuels ». Or il y a toujours correspondance, proportion, un point de contact, entre celui qui jouit et l’objet qui le fait jouir. Il s'ensuit donc que la nature de l’âme humaine doit être aussi comme immuable, et éternelle, c’est-à-dire immortelle.— 3) Le désir naturel de vivre toujours, désir indéniable, prouve encore que l’âme humaine survit au corps. En effet ce désir ne peut être vain, parce que la nature ne se ment point à elle-même. Il faut qu’il soit satisfait ; il ne peut l’être si l’âme n’est pas immortelle.— ® Le témoignage du genre humain confirme la croyance à l’immortalité. L'histoire dit que tous les peuples ont cru à la survivance des âmes. Les châtiments du Tartare et les récompenses des Champs-Elysées complaisamment décrits par les poètes en sont une preuve. Ce consentement unanime est inexplicable si nous
n’admettons pas comme incontestable l’immortalité de l’âme.
133. L'âme humaine est extrinsèquement immortelle. — L'âme est donc immortelle intrinsèquement, c’est-à-dire qu’elle ne peut mourir ni par division, ni par décomposition. Mais peut-elle être anéantie ? Or de l'existence au néant il y a une distance infinie,
et partant, pour franchir cet espace, il faut une puissance infinie. Donc, Dien seul peut anéantir l’âme. Sans doute il en a bien le pouvoir, mais il ne s’en sert Pas parce que sa justice et sa sagesse le lui défendent.
D La justice et la sagesse de Dieu demandent que le vice et la vertu ne soient pas mis sur le même pied. Dieu est obligé de châtier l’un et de récompenser l’autre. Et à regarder le monde on se convainc facilement que la vertu n’a pas toujours le beau rôle et est souvent méconnue. Une autre vie s'impose donc où les bons et les méchants recevront chacun ce qui leur est dû.
® La justice et la sagesse divine exigent que chaque être soit traité suivant sa nature particulière. Dieu se contredirait si, appelant à l'existence un être avec telle nature, il le traitait ensuite comme en ayant une autre. Or l’âme humaine est immortelle de sa nature. Supposé donc que Dieu crée une âme, il se doit de la conserver immortelle.
134. Quelques objections. — » Le consentement des peuples n’a pas de valeur. La cas de Galilée le prouve. Il doit en être de même pour l’immortalité de l’âme humaine. — Réponse : a) Disons d’abord que dans le cas de Galilée, il s’agissait d’une vérité d'ordre scientifique. Or le consentement des peuples que nous invoquons a pour objet les vérités d’ordre moral, les plus faciles à comprendre, celles surtout qui sont nécessaires à la direction de la vie humaine. © pb) Au reste, pour ce qui est de Galilée, le sentiment des peuples s'explique facilement. En effet, qu'avant ce savant, tous aient cru à la rotation du soleil autour de la terre, il n’y à pas de quoi s'étonner, Apparemment
(1) Cfr. Leçons de Logique, p. 130.
tout semble en faveur de cette opinion démontrée scientifiquement fausse depuis. A regarder ce qui se passe autour de nous, il nous semble bien de prime abord que la terre ne tourne pas... et cependant, elle tourne ! Dans le cas de l’immortalité de l’âme, ce n’est pas la même chose. A première vue, quand on est mort, tout est mort. Toutes les apparences sont contre l’inmortalité. Et alors, comment expliquer la persistance du témoignage du genre humain malgré cette opposition? Sa valeur est donc d’autart plus grande qu’il a résisté à tout. c) Dira-t-on que le consentement unanime est l'effet de l'éducation, des préjugés, des passions? L'éducation, les préjugés, les passions varient avec les nations et les individus. Changeants, inconstants, comment auraient-ils pu produire un effet immuable, constant comme le témoignage universel ? — ? Il est prouvé que l’âme a besoin du corps pour exercer ses opérations. Après la séparation, elle ne pourra donc plus le faire. Dans cette condition nouvelle la pensée devient impossible. Une âme sans pensée ou sans action, ne se conçoit pas. Réponse: L'âme humaine a deux manières de penser correspondant à ses deux façons d'exister. L’une normale, naturelle, avec le concours des images sensibles, dans l’état d'union avec le corps. L’autre pas normale, pas naturelle, sans le concours des images, dans l’état de séparation avec le corps. Sans le corps, l’âme peut penser, parce qu’elle a des objets intelligibles qui sont elle-même, ses facultés, et ensuite, tout ce trésor de connaissances qu’elle aura acquises ici-bas. 4
135. L'immortalité de l'âme humaine laisse intactes la personnalité et la conscience. — Les
(1) Cfr. Coconnier, L'âme humaine, pp. 322-357.
âmes séparées, prétendent quelques-uns, sont dans une sorte d’engourdissement. Après la mort elles existent comme si elles n’existaient pas. Leur état est semblable à celui des ténèbres et d’un sommeil perpétuel. Elles rentrent dans le grand tout d’où elles sont sorties un instant. — Contre toutes ces arguties il est facile de prouver que l’âme, après la mort, survit au corps d’une façon consciente. Où qu’elle soit, elle a conscience de son bonheur comme de son malheur. L'âme immortelle vit, et tout être qui vit doit agir. Elle n’est donc pas dans l’engourdissement. Elle verra Dieu, elle entendra la sentence de son juge, elle jouira de son bonheur, comme l'enseigne la foi. Pour produire tous ces actes il faut qu’elle conserve sa propre personnalité, il faut qu’elle ait conscience.