CHAPITRE IV L'union de l’âme et du corps
136. L'homme est un tout. — Bien que composé de: deux parties, le corps et l’âme, l’homme n’en reste T “uoinsuntout. Il n’est pas deux substances juxtapusées, deux natures accolées l’une à l’autre, mais une seule nature, une seule substance, une seule personne, un seul moi auquel se rapportent tous les états, tous les événements soit du corps, soit de l’âme. C’est dire que l’âme et le corps s'unissent ensemble pour former un être complet, auteur de toutes les opérations soit végétatives, soit sensitives, soit intellectives.
137. Comment Platon explique l'union de l’âme et du corps. — Pour Platon, « comme le cordonnier
se sert de son tranchet, ainsi l’âme se sert de son corps ». Dans la pensée du philosophe grec, l’âme (Cest dans le corps comme le pilote dans sa barque, le cavalier sur son cheval, le cocher sur son char ; elle est au corps ce qu’est l’homme à son habit, et le musicien à sa lyre ». ® — L'opinion de Platon ne peut pas être admise. En effet, selon ce philosophe, le corps n’est autre chose qu” l'instrument de l’âme. Or l’instrument existe ina, #ndamment de celui qui s’en sert. La plume avec laquelle, en ce moment, j'écris, n’a pas besoin de moi pour exister. D'autre part, c’est l’âme qui donne la vie au corps, sans elle il ne peut subsister. Le corps ne peut donc pas être simplement l’instrument de l’âme, et partant, entre elle et lui il y a plus qu’une union accidentelle.
138. L'âme et le corps, dans l’homme, forment une seule personne. — Incontestablement nous rapportons au même moi les actes différents de l’âme et du corps. C’est moi qui pense, c’est moi qui vois, c’est moi qui me nourris. Or penser est un acte de l'intelligence, voir ressortit à la faculté sensitive, et se nourrir appartient à la vie végétative. Donc, dans l’homme, la partie raisonnable et la partie sensible, c’est-à-dire l'âme et le corps, forment une seule personne. Leur union est personnelle.
139. L'âme et le corps, dans l’homme, forment une seule substance. — Nous voulons prouver que l’âme et le corps forment une source unique d’opérations et de propriétés. C’est la personne qui agit immédiatement ; mais elle agit par son corps et par son âme. Certaines opérations sont attribuées au corps,
(1) Cvconnier, ouv. cit., p. 252,
d’autres à l’âme. Dans la personne le corps et l’âme sont donc aussi une cource d'opérations, muis une source éloignée, radicale. La source prochaine est la personne.
Il y a chez l’homme des opérations communes au corps et à l’âme, par exemple, celle de craindre, de s’irriter, de sentir le froid ou la chaleur. Or, ces opérations s'appellent perception sensible : celle-ci est une et a pour sujet l’âme et le corps. Or l'unité ce perception exige une seule source, un principe unique. En effet si l’âme et le corps étaient deux réalités distinctes, pas unies substantiellement, cette unité d’opération serait inexplicable. Car, «où il y a deux sources, il faut qu’il y ait deux ruisseaux, ne serait-ce que pendant un instant, l'instant originaire ». ©
140. L'âme humaine est la forme substantielle du corps. — En général on entend par forme ce qui donne à un être son caractère distinctif. Elle est de deux sortes, substantielle et accidentelle. La forme substantielle est celle qui constitue l'essence d’un être, ou encore celle qui lui donne son premier caractère distinctif. La forme accidentelle suppose l'essence, la substance de l'être déjà constituée, et à cette essence, à cette substance, elle apporte une marque qui, venant en deuxième lieu, est appelée second caractère distinctif. Ainsi, la forme substantielle fait qu’un être est bois, or, plutôt qu’argent ou fer. La forme accidentelle fait que le bois est table plutôt que chaise, que l’or est montre plutôt que bague. L'âme humaine vis-à-vis du corps joue le rôle de forme substantielle, c’est-à-dire qu’elle lui donne son premier caractère distinctif, qu’elle le fait vivant et le place dans ure espèce déterminée,
(7) Coconnier, ouv. cit., p. 258.
SRE TRE
qui est l’homme. — 1 Privé de l’âme le corps tombe dans la catégorie des matières inorganiques, non vivantes, il devient essentiellement distinct, substantiellement différent de ce qu’il était, puisque entre un être vivant et un être non vivant, il y a une différence essentielle. L'âme donne donc au corps une marque qui atteint sa nature intime, sa substance, autrement dit, elle est sa forme substantielle. -—*® L'homme n'appartient pas à l1 même espèce que la brute, précisément parce qu'il est homme. L’âme humaine a donc pour fonction de donner un caractère spécifique à la matière à laquelle elle s’unit. Et c’est tout juste er: cela que consiste le rôle de la forme substantielle. —% L'âme humaine et le corps sont les deux éléments constitutifs de l’homme qui appartient à la catégorie des êtres composés de matière et de forme (119). Il est évident que l’âme humaine n’est pas l’élément matériel dans
l’homme. Elle est le principe de vie, et celui-ci ne peut pas être matière (14). Il reste donc vrai de dire que l’âme humaine est l’élément formel ou la forme. D'autre part, l’âme humaine est une substance (116), et, à cause de cela, on est en droit de l’appeler la forme substantielle du corps.
141. Dans l’homme, l'âme est unique. — Il y a dans l’homme une triple vie, végétative, sensitive et intellective, qui a une source unique l’âme raisonnable. Celle-ci, en effet, parce qu’associée substantiellement au corps, est avec lui le principe des opérations sensibles et végétatives. Quant aux actes intellectuels, elle en est seule la cause. L’âme humaine peut être comparée à un nombre supérieur. Et de même que celui-ci remplace les nombres moindres, ainsi l’âme raisonnable, dans l’homme, peut suffire à la tâcb : puisqu'elle est
capable, par elle-même, de remplir les fonctions de l'âme végétative et de l’âme sensitive qui, vis-à-vis d’elle, sont comme des nombres inférieurs. —® Le témoignage de la conscience confirme cette vérité. Nous savons bien par ce témoignage qu'il y a dans l’homme trois sortes d'opérations ; d'autre part, nous savons aussi qu’il n’y a qu'une seule âme. Nous rapportons toujours à un unique principe toutes nos opérations. —* Le langage courant démontre aussi à sa manière l’unicité d'âme. Quelqu'un parle de son âme et non pas de ses âmes. Il faut sauver nos âmes, c'est-à-dire, chacun la sienne et non pas les siennes. On dit encore que toutes les opérations dans l'homme ont pour principe premier son âme et non pas ses âmes.
142. L'âme humaine se multiplie avec les individus. — L'âme humaine, étant le premier principe de vie dans les êtres vivant de vie raisonnable, doit se trouver dans chaque individu humain. Cependant, partout elle est la même, c’est-à-dire le premier principe de vie. Et voilà pourquoi l’âme humaine est dite essentiellement, spécifiquement la même dans tous les hommes. Mais l’âme de Pierre a été créée pour Pierre, celle de Jacques, pour Jacques, etc. Et Jacques, et Pierre diffèrent non pas comme hommes mais comme individus — c'est ce que les philosophes appellent différer numériquement. Et donc es âmes sont spécifiquement semblables et numériquement distinctes.
143. La place occupée par l’âme dans le corps humain. — Platon et Descartes font résider l’âr: raisonnable, le premier, dans le cerveau, le second, dans une portion minime de la substance cérébrale, la glande pinéale, Pour ces deux philosophes, l’âme
n’est unie au corps qu'accidentellement, elle n’a u. : action à imprimer à l'organisme ou une direction générale à lui donner, Et pour remplir ce rôle, il suffit que l’âme soit dans un endro:. déterminé du corps, non pas dans le corps tout entier.
Saint Thomas enseigne que l'âme est fout entière dans tout le corps et tout entière dans chaque partie du corps. — Il ne faut pas oublier que l’âme humaine, à cause de sa simplicité, ne peut pas se diviser, et partant, là où elle est, elle y est tout entière. De plus, le corps tout entier est humain, et c'est l'âme qui lui donne ce caract‘re parce qu’elle est sa forme substantielle. 1: s'ensuit donc que l’âme est tout entière dans tout le corps et tout entière dans chaque partie du corps.
Toutefois les facultés de l’âme se répartissent dans les différents organes auxquels elles sont liées. Ainsi la faculté visuelle est dans l’œil, la puissance d’audition, dans l’appareil auditif et ainsi de suite. Quant aux puissances spirituelle, «elles ne sont rigoureusement nulle part, dans aucun endroit déterminé l’organisme, car elles n’ont point d’organe ». ()
Cependant, on a cnutume de dire que l'intelligence est dans la tête ou le cerveau ; c’est parce que l’imagination dont l’activité intellectuelle est dépendante, a son siège dans les centres cérébraux. C’est pourquoi l’Angr de l’École dit que l’âme n’est pas daus chaque partie dr: corps par la totalité de sa puissance.
144. Les rapports du physique et du moral. — Personne, aujourd’hui, ne conteste que le corps réagit sur l’âme, et l’âme sur le corps. Ces relations entre
(1) Mercier, ouv. cit., pp. 325-326.
LA NATURE DE L'ÂME HUMAINE 95 le physique et le moral, et réciproquement, sont une conséquence de l'union intime qui existe entre le corps et l'âme. :
À. INFLUEN E LU PHYSIQUE SUR LE MORAL. Les faits quotidiens prouvent abondamment cette influence. On ne peut mettre en douie, par exemple, l'influence considérahie de la maladie et de la santé sur les différents états d'âme. La tristesse, la joie, n'ont-elles pas souvent pour cause, celle-ci, l'activité normale, celle-là, un désordre des fonctions physiologiques ? Les divers tempéraments physiques donnent aussi à chacun une marque morale distinctive. Les bilieux sont enclins. à la haîne, les sanguins sont portés à la colère. Et qui pourrait nier l'importance du rôle joué par l'appareil digestif dans notre vie psychologique ? Il est définitivement admis que la dyspepsie engendre cette susceptibilité qui fait tout voir en noir et qui peut parfois conduire aux pires catastraphes.
« Bien plus, le physique agit si efficacement sur le moral qu’il suffit de prendre délibérément certaines «pressions de ‘visage, certaines attitudes du corps pour déterminer dans l’âme quelque chose des sentiments qu’elles expriment. Un air décidé, une attitude martiale, nous suggèrent plus ou moins la résolution et le courage ; l’on ne peut garder quelqne temps une posture humble et recueillie sans éprouver des sentiments d’humilité et de piété, comme il suffit parfois de sourire malgré soi pour chasser une impression de tristesse ». ()
On sait .éjà que l'intelligence dépend des sens dans l'exercice de ses opérctions (89). Cela démontre l’influence du corps sur l’âme. Un trouble quelconque
() Cfr. Lahr, Cours de Philesoshie, p. 367.
«dans le fonctionnement des organes rend la réflexion pénible et souvent impossible. Et lorsque la fièvre domine tout notre corps, de quoi sommes-nous cupables intellectuellement ? Beaucoup de gens ont perdu l'usage de la raison par suite d’une lésion au cerveau.
B. INFLUENCE DU MORAL SURLE PHYSIQUE. Telle pensée porte à rire ou à pleurer. La colère à son paroxisme fait naître une lésion au cœur. Et la peur, qui contestera tous ses ravages ? En temps d’épidémie — diton parfois — elle tue plus d'hommes que la maladie “elle-même, La crainte d'être victime du fléau rend impuissant dans la lutte et enlève tout moyen efficace de prévention. De nos jours, cette influence du moral ‘sur le physique est surtout mise à contribution par les médecins. Aussi bien dans leur traitement se serventils de moyens psychiques, moraux, qui souvent les conduisent à d’heureux résultats. C’est ce que l’on appelle la psychothérapie. En effet, tous admettent qu’un malade convaincu de sa guérison a beaucoup plus de chance de se remettre qu’un autre découragé et fermement persuadé que tout est fini.
Il importe donc que le morr' st " excellent. L'âme doit être en bonne santé, et poui cela, la pratique de la vertu lui est nécessaire.
Toutefois n’allons pas exagérer ces influences mutuelles, surtout cclles du physique sur le moral. Absurdes sont les théories de ceux qui croient que la bonne conduite, l’honnêéteté, la victoire sur les passions mauvaises, sont avant tout affaire d'hygiène. Sans doute l’organisme pour sa part contribue quelque peu à nos défaites comme à nos triomphes, mais le grand remède, c’est la grâce de Dieu. C’est en elle que notre
LA NATURE DE L'ÂME HUMAINE 07 volonté puise la force nécessaire pour nous faire marcher dans ‘e droit chemin. ®
145. Les divers états psychologiques. — On entend par états psychologiques, « Mérentes manières d'être qui résultent des rapports du physique et du moral. Les divers états psychologiques sont l'état de veille, le sommeil, le rêve, l'hallucination, la folie, le somnambulisme naturel, V'hystérie, la suggestion, V'autosuggestion la suggestibilité, V'hypnose et la télépathie.
146. L'étst de veille. — L'état de veille est l'état normal par &.…ellence, celui où l'on distingue nettement les différentes manifestations actives de l'âme. Dans vet état la volonté libre exerce son pouvoir sur les facultés sensibles et intellectuelles (104).
147. Le sommeil. — : sommeil est l’état où l’activité psychique est n ublement ou complètement ralentie. Il consiste «dans le repos périodique du cerveau, dans la détente temporaire de tout le système nerveux ». ® Pendant le sommeil volonté libre n’exerce pas son pouvoir.
148. Le rêve. — Le rêve est l’état où «les images et les idées ne sont plus combinées en vue d’une fin rationnelle, mais s'associent au gré de causes indépendantes de la volc”té ». ® Dans Je sommeil l’activité psychique (de l’âme) est suspendue, effacée : dans le rêve, elle existe, cette activité, mais nullement contrôlée par la volonté. La réverie est comme à michemin entre le sommeil et le rêve. Elle a lieu quand
(1) A. Eymieu, Le gouvernement de soi-même, lère série, p. 52 et suivantes.
(2) Lahr, ouv. cit., p. 371.
(3) Mercier, ouv. cit., p. 200,
l'esprit détourne son attention des choses extérieures et oscille entre l’état de veille et l’état de sommeil.
149. L'hallucination. — L’hallucination est l’état dans lequel les combinaisons d’images et les associations d'idées faites durant le rêve sans le contrôle de la volonté, sont prises pour des réalités. Alors l’imagination projette au dehors des fantômes intérieurs qui, pour l’halluciné, paraissent être des objets revêtus d’une existence réelle.
150. La folie. — La folie est «le rêve de l’homme éveillé ». L'homme atteint de folie ne dort pas, mais soit dans un certain ordre d'idées, soit dans toute question, son imagination et son intelligence manquent de direction, elles se laissent aller, sans frein, comme dans le rêve, à toute espèce de divagations. La folie est générale ou partielle selon que l’aliéné déraisonne sur fous ou quelques sujets. La folie s’appelle délire si elle est accompagnée d’hallucinations. Le délire est donc une folie passagère. Quand les actes extérieurs de l’aliéné ont échappé absolument au contrôle de la volonté, et deviennent menagçants, on dit qu'il est fou furieux. La démence est un état de débilité native qui rend anormal le fonctionnement des facultés intellectuels.
151. Le somnambulisme naturel. — Le somnambulisme naturel est l’état de quelqu’un qui, pendant son sommeil, déploie une dextérité incomparable, surtout dans l’exercice de ses facultés visuelle et motrice. Le somnambule est un peu le type de l’homme très occupé, «c’est une sorte d’Archimède absorbé par sa profession ». Son champ d’action est très restreint.
(1) Mercier, ouv. cit., p. 202.
Il ne voit que peu d’objets, mais il les voit très nettement et il s’y porte avec une habileté étonnante. —Le somnambulisme se distingue donc du rêve. Celui-ci, en effet, n’a pas une activité contrôlée par la volonté. Dans le somnambulisme la volonté joue un rôle, elle dirige la faculté motrice. De plus, le rêve laisse après lui des souvenirs ; le somnambule, à son réveil, ne se souvient plus de rien.
152. L'hystérie. — L’hystérie est une affection nerveuse qui ( apparaît momentanément chez une grande fraction de nos semblables, hommes et femmes, en particulier à certaines périodes de développement, ou à la suite d’un traumatisme grave accidentel ou d’une forte perturbation émotive ». ® Les facultés de l’hystérique prennent des proportions demésurées. Sa vue, par exemple, aura une puissance inconnue jusque-là. Chez lui, on constate une tendance exceptionnelle à mentir, à faire parler de soi, à attirer l’attention des autres, à courir des dangers. «La mobilité, l’inconstance et la mutabilité, dans leurs désirs, dans leurs idées et leurs affections » résument tout l’état mental des hystériques. ©
153. La suggestion. — « La suggestion, écrit Alfred Binet, philosophe français, est une pression morale qu’une personne exerce sur une autre... Par suite de la pression morale, l'individu suggestionné agit et pense autrement qu'il le ferait s’il était livré à luimême ». ® La suggestion s’appelle aussi allosuggestion.
(1) Mercier, ouv. cit., p. 2 (2) Ribot, Les maladies dl la volonté, p. 112. (3) Cité par Mercier, ouv. cit., p. 205.
154. L’autosuggestion. — L’autosuggestion est la pression morale qu’une personne, consciemment ou non, exerce sur elle-même.
155. La suggestibilité.—La suggestibilité est « l’aptitude à être influencé par une suggestion sans y opposer de résistance.
« Tout le monde est suggestible, quoique à des degrés différents ». ()
156. V’hypnose. — L’hypnose est un (état intermédiaire entre la veille et le sommeil, susceptible d’être provoqué artificiellement et consistant, principalement, semble-t-il, dans un état de suggestibilité anormale entre la veille et le sommeil qui place le sujet hypnotisé sous la dépendance plus ou moins complète de l’hypnotiseur ». ® Ce n’est pas la veille normale ni le
sommeil, mais une sorte de demi-sommeil ou d’engourdissement. Autrefois on appelait l’hypnose somnambulisme artificiel et magnétisme animal. Hypnose et hypnotisme, c’est la même chose.
157. La télépathie. — La télépathie est « la sensation à distance ». ®
CUn ouvrier, appliqué à son travail, se sent subitement un désir irrésistible de ragagner son logis distant d’une lieue, à une heure où rien ne pouvait l'y rappeler ; à contre-cœur il obéit à cette impulsion ; arrivé chez lui il trouve sa femme blessée par un fiacre qui avait passé sur elle : l’accident s’était produit une heure et demie avant son arrivée ; le maçon avait
(1) Mercier, ouv. cit., p. 207.
(2) Mercier, ibid., p. 210.
(5) Mercier, ibid., p. 218.
lutté une demie-heure contre l’obsession, puis avait fait une heure de marche ». ®
Les cas de télépathie ne peuvent s’expliquer que par l'intervention d’agents essentiellement distincts de ceux chez qui se passent semblables phénomènes.
158. Le spiritisme. — Le spiritisme est l'évocation des esprits. La religion spirite a pour ministres les médiums, c’est-à-dire les intermédiaires «entre le monde invisible et le monde visible, entre les esprits désincarnés et les hommes qui mènent notre existence terrestre ». ® Les phénomènes spirites sont physiques et intellectuels. Parmi les premiers, « il faut citer les tables tournantes, les matérialisations, les lévitations, ou ascensions du corps humain, contrairement aux lois de la pesanteur ». Au nombre des phénomènes intellectuels, il y a les réponses sur des choses secrètes et mystérieuses données par une table qui frappe le sol. Que penser de tous ces faits? Il est évident qu’un grand nombre d’entre eux — surtout les phénomènes physiques — sont dûs à la supercherie. Quant aux faits d'ordre intellectuel, s’ils sont authentiques, on ne peut pas les expliquer naturellement.
159. Le langage, ce qu'il est, son origine. — Le langage est « un système de signes volontairement employés à l’effet d'exprimer la pensée ». ® Son origine est une question bien discutée en philosophie. Il ne s’agit pas de savoir comment l'enfant apprend à parler, mais comment les premiers hommes, surtout nos premiers parents, ont appris à parler. La doctrine catholique enseigne que Adam et Eve crées adultes, ornés
(1) Mercier, ibid.
(2) Mercier, ibid., p. 221.
(8) Labr, ouv. cit., p. 807.
de tous les dons de la nature et de la grâce, ont reçu tout fait le langage. En effet il paraîtrait étrange que nos premiers parents, aussi parfaits dès leur création, eussent été obligés de composer un langage. D'autre part il ne répugne pas absolument que Adam et Eve aient inventé leur langage. Doués de la faculté de parler, possédant tous les organes requis à l’articulation des mots, naturellement sociables, notre premier père et notre première mère auraient pu, à la longue, trouver des moyens de manifester aux autres leurs pensées.