CHAPITRE III Les facultés végétatives
39. Les facultés végétatives : définition et division. — Les facultés végétatives sont les Principes immédiats des opérations végétatives. Il y a trois opérations végétatives : la nutrition, la croissance et la génération. Les facultés végétatives sont donc la faculté de nutrition, la faculté de croissance et la faculté de génération.
40. Les facultés végétatives sont des facultés organiques. — Une faculté est dite organique lorsque dans ses opérations elle dépend totalement de l'organe corporel. Et, en effet, les opérations végétatives ne peuvent pas se produire sans un organe ; par exemple, la nutrition est impossible sans l'estomac et les organes connexes. Parce que complètement dépendantes de l'organe matériel, les opérations végétatives sont encore appelées matérielles. Cependant il ne faut pas les ramener aux opérations mécaniques ou physico-chimiques (14). Les opérations végétatives sont immanentes, vitales ; les opérations mécaniques et chimiques ne le sont pas. Et donc, si les opérations végétatives
sont organiques, les principes immédiats d’où elles procèdent, leurs facultés, doivent l'être aussi, parce que les opérations spécifient les facultés, elles sont de même nature qu'elles.
41. Relation des facultés végétatives entre elles. — Entre les trois facultés végétatives il y a une relation de subordination. La première, la principale, c’est la faculté de nutrition. Viennent ensuite la Jaculté de croissance et la faculté de génération. En effet la faculté de croissance et la faculté de génération sont dépendantes de la faculté de nutrition. Pas de croissance et pas de génération sans la nutrition. Cependant si l'on considère ces trois facultés au point de vue de leur fin, la faculté de géné tion l'emporte. Les deux premières sont ordonnées au bien de l’individu. La faculté de génération a pour but la conservation de l’espèce. La fin de la faculté de génération est donc le bien général qui est supérieur au bien particulier auquel concourent les deux autres.
42. Les facultés végétatives sont distinctes l’une de l'autre. — Les facultés se distinguent entre elles par leur rôle et leur durée. La faculté nutritive a pour fonction l’assimilation, le changement des aliments en la substance du vivant. Développer et réparer l'organe, tel est le rôle de la faculté de croissance. La faculté générative a pour mission la reproduction du vivant. — Pour ce qui est de la durée, la nutrition dure toute la vie ; la croissance cesse à une certaine époque ; la génération n’existe pas ordinairement dans les vivants trop jeunes et trop vieux.
43. La faculté de nutrition. — La faculté de nutrition est le principe immédiat de l'opération par laquelle
un êlre vivant transforme en sa Propre substance les aliments pris à l'extérieur. Par la puissance nutritive l'être vivant refait ses forces et travaille à sa propre conservation. A la nutrition, chez l'animal, concourent plusieurs organes. Ce sont la bouche, l'estomac, les intestins, les poumons, le cœur, les artères, les vaisseaux capillaires, les veines, les vaisseaux lymphatiques et les glandes. Il appartient à l'anatomie et à la physiologie de décrire ces différents organes et d’en définir les fonctions propres.
44. La faculté de croissance. — La faculté de croissance est le Principe immédiat de l'opération par laquelle un être vivant acquiert les proportions qui lui conviennent. L'augmentation, la croissance d’un être se fait par la multiplication des cellules. Celles-ci se multiplient par scission ou division. La cellule est le premier élément constitutif des tissus d’un être vivant.
45. La faculté de génération. — La faculté de génération est le principe immédiat de l'opération par laquelle un être vivant produit un autre être vivant de nature semblable à la sienne. La génération n’est pas la création : celle-ci est le propre de Dieu seul, celle-là est le propre des créatures.
46. Les trois facultés végétatives existent dans les plantes. — On constate chez les plantes les trois opérations végétatives : la nutrition, la croissance et la génération. Elles doivent donc posséder les principes immédiats de ces opérations, c’est-à-dire, les /. ltés végétatives. Aussi bien il faut admettre qu’elles sont réellement vivantes quoi qu’en disent
Malebranche et Descartes qui les assimilent à la matière brute, inorganique, sans vie. On s’est demandé parfois si la vie des plantes est végétative ou sensitive. A en juger par les opérations propres de la plante, il n’y a aucun doute que sa vie est végétative et non pas sensitive. L'acte essentiel de la vie sensitive, c’est la sensation. Celle-ci se manifeste par la connaissance et le désir sensibles. De plus, la sensation requiert des organes sensoriels comme l'organe de le vue et celui du toucher, etc. Or, il est expérimentalement prouvé que les plantes n’ont pas d’organes sensoriels, ni, partant, de sensation. Mais alors pourquoi appelons-nous certaines plantes, sensitives ? C’est parce que ces plantes se contractent lorsqu'on les touche ; elles ouvrent leurs corolles au lever du soleil et les ferment à son coucher. Elles se comportent comme si elles sentaient les rayons lumineux. Ce mouvement de contractibilité n’est nullement un mouvement vital parce qu’il n’est pas immanent (10). Il n’a pas pour principe la plante elle-même, mais une cause extérieure (le soleil), et peut facilement être comparé à la contractibilité des muscles d’un cadavre.
47. L'âme des plantes. — Les plantes ont une âme, un principe vital, parce qu’elles sont vivantes. L'âme des plantes est une substance simple et matérielle. Elle est une partie essentielle qui constitue la plante : celle-ci étant une substance (un être capable de se soutenir Ini-même), ce qui la compose est aussi substance, comme les parties d’un lingot d’or, sont de l'or. N'ayant pas de quantité, l’âme des plantes est simple, c’est-à-dire indivisible. Seuls les êtres -nantitatifs sont susceptibles d’être partagés. On l’appel!e encore matérielle, parce que dans toutes ses opérations elle dépend
| ma- \andé senside la ative senar la ensane de menyanes pour- C’est 1 les soleil rtent mouuve- 1 n’a ‘ause paré
des organes (matière). Tout de même, elle n’est pas corporelle. Il est imnossible de la palper, de la voir comme la feuille de papier présentement sur mon bureau — laquelle est un corps — c’est-à-dire une matière avec les dimensions quantitatives (hauteur, largeur, longueur). Mortelle est encore l’âme de la plante; totalement dépendante de la matière (le corps de la plante), celle-ci détruite, l’âme disparaît avec elle.
48. L'âme des plantes est une mais virtuellement multiple, — Que l’âme de‘la plante soit une, nous l’avons démontré précédemment (17). Elle est aussi multiple ; des faits nombreux le prouvent. Rappelons-nous les fréquents exemples de greffe végétale, Par exemple, le poirier greffé sur un pommier continue à produire des poires. Dans ce cas, le poirier garde sa vie propre — il emprunte seulement son alimentation au pommier — et partant, il conserve son principe vital. L'âme du poirier s’est donc multipliée. Il est évident que dans la plante il n’y a qu’une seule vie actuelle, propre au tout, et, par conséquent, une seule âme. Celle-ci, cependant, à cause de la division du corps de la plante dont elle est la forme, se multiplie avec lui. Et c’est pourquoi nous disons que l’âme de la plante est à la fois une et multiple, c’est-à-dire une en acte et multiple en puissance.
LEÇONS DE PSYCHOLOGIE CHAPITRE IV Les facultés sensitives cognitives
49. Les facultés sensitives : définition et division- — Les facultés sensitives sont les principes immédiats des opérations sensitives. Elles se ramènent à trois classes. Ce sont les facultés cognitives, les facultés appétitives et les facultés locomotrices. En effet les êtres vivant de vie gensible ont la connaissance, l'appétition et la locomotion. Ils connaissent un objet ; une fois perçu, ils y tendent (appétition) ; et, pour ce faire (ÿ tendre), ils se meuvent vers lui en vue de voir s’il leur va ou non (locomotion). Les facultés cognitives et appétitives se subdivisent encore selon la diversité des opérations dont elles sont les principes immédiats. Nous le verrons plus loin.
50. Les facultés sensitives externes et internes. — Les facultés sensitives externes sont les principes immédiats des opérations par lesquelles l'être vivant perçoit les choses extérieures, telles qu’elles sont, dans leur réalité concrète. Ce sont les sens externes. Elles sont au nombre de cinq : la faculté de la vue, la faculté de l'ouïe, la faculté de l’odorat, la faculté du goût et la faculté du toucher. Les facultés sensitives internes sont les principes immédiats des opérations par lesquelles l'être vivant perçoit et apprécie les impressions venues des facultés sensitives externes. Ce sont les sens internes. Il y en a quatre : le sens commun, l'imagination, la mémoire sensible et l’estimative.
51. Les facultés sensitives au point de vue logique et au point de vue psychologique, — En logique il a été question des facultés sensitives externes
et internes, A leur sujet nous nous sommes demandé si elles peuvent nous conduire à la vérité, si elles sont des témoins dignes de Joi, bref, si elles sont des critères de certitude. La réponse a été affirmative. Les mêmes facultés en psychologie ne sont pas étudiées au même point de vue, Quelle est leur nature intime ? comment fonctionnent-elles ? Voilà les questions que se charge de résoudre le psychologue,
52. Les facultés sensitives sont organiques. — Les facultés sensitives sont organiques, parce que, pour exercer leurs opérations, elles dépendent complètement de l'organe (40). Il est impossible en effet d'entendre sans l'organe de l’oute ou de faire un acte d’imagination sans le cerveau. N'’allons pas confondre l'organe avec la faculté. L'organe — Pour un temps du moins — reste dans le cadavre. Immédiatement après la aort la faculté disparatt. L'organe est une partie du Corps, comme lui soumis à la corruption; la faculté n’est pas corporelle,
53. La sensation. — L'opération de la faculté sensitive externe et interne s'appelle sensation. La sensation est l’acte propre des sens ; elle est un acte vital perceptif des choses extérieures ou des images sensibles (choses intérieures). La sensation externe est l'acte Propre du sens externe qui perçoit l'objet extérieur. La sensation interne est l’acte Propre du sens interne qui perçoit l'objet intérieur, c’est-à-dire l’image de l'objet conservée dans l'imagination, ou reproduite d’une façon quelconque dans l’un des autres sens internes. La sensation, externe ou interne, est donc une connaissance, Celle-ci en effet a lieu lorsque l’objet est
() Cfr. Leçons de Logique, p. 119 et suiv.
introduit d’une certaine manière dans la faculté qui le perçoit. Or c’est ce qui se passe dans la sensation. L’encrier que je regarde en ce moment (objet du sens de l1 vue) pénètre, pour parler ainsi, entre dans ma puissance visuelle. C’est la condition essentielle pour le voir, c’est-à-dire, le connaître.
54. Comment se fait la connaissance sensible. — La connaissance se produit lorsque l’objet à connaître est introduit dans le sujet qui perçoit. Mais, dans la connaissance sensible, comme la chose perçue est l’rbjet extérieur, concret, par exemple, ce livre, ce cahier, ce papier, etc., etc. il va sans dire que comme tel, cet objet n’entre pas dans la puissance visuelle, Pour ne parler que de celle-là. Et pourtant le livre, le cahier, etc., sont introduits dans le sens de la vue, etc. Comment le sont-ils? Le livre, le cahier pénètrent dans la faculté visuelle par leur similitude, leur ressemblance. Le sens de la vue connaît donc l’objet au moyen de sa similitude. Aussi bien cette similitude est appelée déterminant cognitionnel, parce qu’elle détermine la faculté à connaître, ou encore, espèce impresse, c’est-à-dire la similitude (du mot latin species) imprimée (du mot latin impressa) dans le sens. Cette connaissance de l’objet existant en dehors, s'appelle perception externe.
Mais après que l’objet extérieur a été immédiatement perçu par l’un ou l’autre des cinq sens externes, sa représentation est conservée dans l'imagination. En son absence on peut s’en souvenir, le connaître par l’intermédiaire de l’image qui en est comme la photographie. L'expérience le prouve. Cette connaissance de l’objet par l'intermédiaire de son image, se nomme Perception interne. Cette photographie, cette image,
LES OPÉRATIONS DE L’ÂME HUMAINE 33 c’est l'espèce expresse. Elle est la simili, sde (espèce) de l’objet reproduite, exprimée (expie sa) dans t'inagination par l’un des sens externe; mis en coutact avec la réalité extérieure. La cont aïcsance se sible se fait donc au moyen de deux similitudes, dont l’une (espèce impresse) fait s'unir immédiatement le sens externe à son objet propre (perception externe), et l’autre (espèce expresse) est l’image dans laquelle le sens interne perçoit la chose concrète, sensible, existant en dehors (perception interne).
55. Différences entre la perception externe et la perception interne. — Quoique toutes deux connaissance sensible, ces perceptions cependant diffèrent l’une de l’autre.') La perception externe est 1mmédiate. En effet ce que la puissance visuelle atteint immédiatement, directement, c’est la couleur de l’objet sensible. Entre les deux il n’y a pas d’intermédiaire. La similitude de la couleur imprimée dans la rétine (espèce impresse) n’est qu’un moyen nécessaire pour réunir immédiatement l'objet matériel (la couleur) et le sujet sensible (la rétine animée par le principe vital).® La perception interne est médiate. Il est vrai que l'imagination perçoit immédiatement l’image reproduite en elle, mais pour arriver à l’objet extérieur elle a besoin d’un intermédiaire qui est la photographie (image) de cet objet. Et à ce point de vue on peut dire que la perception interne est médiate. Il ya un milieu, un quelque chose entre le sens interne et la réalité extérieure. ® Ces deux perceptions ne se font pas en même temps. Lorsque je mets la main par exemple sur un livre, en premier lieu je perçois la figure, l'étendue résistante du livre dont l'empreinte affecte le
sens du toucher (perception externe) avant de recevoir l'impression produite par le contact du livre avec ma main (perception interne), (D
56. Les deux phases de la connaissance sensible. — La connaissance sensible — appelée encore sensation — passe par deux phases dont l’une est passive et l’autre active. La première a lieu lorsque l’objet extérieur reproduit son empreinte sur le sens. Celui-ci a alors un rôle purement passif ; il subit, il pâtit l’action de cette similitude qui représente l’objet situé à l'extérieur. — La deuxième existe lorsque le sens provoqué par la représentation de la chose externe imprimée en lui, agit, perçoit que cette similitude l’affecte et, par suite, l’exprime en lui-même, la reproduit dans l'imagination, et connaît l’objet.
57. L'espèce impresse et l'espèce expresse sont nécessaires. — La raison d’être de l'espèce impresse, c'est la passivité des sens. Par exemple, le sens de la vue est de lui-même indifférent à percevoir {elle ou telle couleur, bien que la couleur soit son o Pour sortir de son indifférence il faut qu'il ait une cause qui sera distincte de lui. Et donc, si la puissance visuelle perçoit À au lieu de B, c'est signe qu'il y a une cause qui l’a déterminée, qui l'a fait agir. Cette cause, c’est la présence de À dans la puissance visuelle. Et comme A ne peut pénétrer dans le sens de la vue en tant que tel, il s’y introduit en Y imprimant sa ressemblance. Cette ressemblance de A empreinte dans la faculté de impresse. Elle est done nécessaire l'espèce impresse parce que le sens est indifférent, passif ; c'est-à-dire que pour exercer son acte il a besoin de subir, de pâtir l'action de l'objet sensible, On peut en dire autant de tous les autres sens.
L'espèce expresse est comme le miroir dans lequel le sens interne voit l’objet absent. Elle est nécessaire parce que les sens internes — Comme leur nom l'indique — n’ont pas pour rôle d'atteindre immédiatement la réalité sensible en tant qu’elle existe au dehors, mais
bjet propre.
la vue, c’est l'espèce
(1) Farges. L’objectivité des sens externes, pp. 22 et suiv,
en tant qu’elle est au dedans. Elle est au dedans par son image conservée dans l'imagination. Cette image conservée, c’est l'espèce expresse, [1]
58. La connaissance sensible est une opération distincte de celle des vivants du règne végétal, et des phénomènes physiques et chimiques. — La connaissance sensible a pour cause la similitude de l’objet sensible imprimée dans le sens. Cette similitude nommée espèce impresse, déterminant cognitionnel, a pour rôle de faire sortir les sens de leur passivité et de les faire percevoir. La perception, la connaissance sensible est donc l'effet direct de l’espèce impresse, ou de la similitude de l’objet extérieur empreinte sur le sens. Or cette similitude n’est pas l’objet lui-même, concret, dans sa matérialité physique, comme l’empreinte d’un sceau n’est pas le fer ou l’or dont le sceau est fait. Donc cette similitude est d’nne nature supé-
rieure à celle du corps brut ou viva: 4. “lle représente. Et voilà pourquoi la connaissance e qui est son
effet doit être aussi d’une nature superieure à celle des phénomènes physiques et chimiques dont les corps inorganiques (non vivants) ou les plantes (vivants du règne végétal) sont le théâtre — puisque l'effet ressemble à la cause. Cette similitude, les anciens l’appellent forme intentionnelle, c'est-à-dire quasi spirituelle. La perception sensible s'appelle encore hyperphysique (au-dessus des phénomènes physiques). Il n’en reste pas moins vrai qu’elle est une opération organique, assujettie à la matière (52).
59. L'acte de la perception externe se produit dans les organes périphériques. — Les organes périphériques sont les organes placés à la surface du corps
(1) Cfr. Leçons de Logique, p. 120.
de l'être vivant. Ce sont les organes des cinq sens externes. a) L'expérience prouve en effet que nous voyons par les yeux, que nous entendons par les oreilles, etc. L'acte de la vision, de l’audition (perception externe) se produit donc dans les organes périphériques. b) La physiologie enseigne que seul l'organe de l’ouïe est adapté à l’acte d’audition, seul l'organe de la vue, à l’acte de vision, etc.
60. L'acte de la perception interne se produit dans le cerveau. — La perception interne suppose la perception externe et elle la complète. Lorsque la main est en contact avec un objet glacé il en résulte une sensalion, une impression de froid. Ce n’est pas la main qui se rend compte qu’il y a telle ou telle sensation, tout son rôle a été de toucher l’objet froid (perception externe). Donc à part le sens du toucher il cn faut d’autres qui ont pour mission de constater, d’éprouver les sensations produites par la mise en relation des sens externes avec les objets extérieurs. Cette constatation s'appelle perception interne, et elle est faite par les sens internes qui — nous le verrons — ont Pour organe le cerveau. L’acte de ces sens ou de la perception interne se produit donc dans le cerveau.
61. Les sens internes Chez l’homme et les animaux supérieurs, outre x. sens externes, il y a des facultés spéciales, distinctes, nommées sens internes et dont le rôle est de recueillir les sensations de la sensibilité externe, de les discerner les unes des autres. Par les sens internes on sait, on se rend compte que telle sensation vient de tel ou tel sens externe, etc. Ils sont au nombre de quatre : Le sens commun, l’imagination, la mémoire sensible et l’estimative. Nous allons les étudier séparément.
LES OPÉRATIONS DE L’ÂME HUMAINE 37 62. Le sens commun : sa nature, ses fonctions. — Le sens commun que l’on nomme encore le sens central, la conscience sensible, le sens intime, est la faculté qui perçoit, associe et discerne les unes des autres les sensations spéciales des sens externes. L'existence du sens commun, l’expérience quotidienne la prouve. N'est-il pas vrai que sous avons plusieurs sensations à la fois ? Je vois ce papier, je le touche, j'entends frapper à ma porte. Toutes ces perceptions visuelle, tactile, auditive sont distinctes entre elles, et cependant elles sont associées. Il faut donc qu’il y ait une faculté qui recueille ces perceptions, qui les associe ; cette faculté, c’est le sens commun. Les fonctions de ce sens se rainènent à trois. ! Il perçoit les opérations des sens extérieurs. Le sens de la vue — comme tous les autres sens externes — ne connaît pas, ne perçoit pas son acte de vision. Ce rôle est dévolu au sens commun. ? Il réunit les sensations des sens extérieurs. Autrement nous ne pourrions pas expliquer l’existence simultanée des sensations propres à chaque sens. *” Il discerne les sensations. C’est le sens commun qui attribue à chaque sens son opération propre. Ce discernement, il va sans dire, n’est pas l’acte du jugement qui ressortit à l'intelligence.
63. L’imagination : sa nature, ses fonctions.— L’imagination est la faculté qui retier' les images des réalités sensibles et les reproduit en l'absence de ces réalités elles-mêmes. Elle a trois fonctions principales : Conserver, reproduire, engendrer. ® Elle conserve les images des choses sensibles perçues par les sens externes. Voilà pourquoi l’imagination conservatrice est appelée le trésor des espèces sensibles. ? Elle reproduit les images
ès LEÇONS DE PSYCHOLOGIE
en l’absence des objets sensibles dont elles sont la similitude. C'est l'imagination reproductrice. ® Elle engendre de nouvelles images par la combinaison et l’as-
sociation de celles déjà acquises. C’est l'imagination créatrice.
64. Les avantages de l'imagination. — L’imagination est une faculté précieuse qui rend de signalés services aux sciences, aux beaux-arts, à la littérature et à la vie même.
À. L’IMAGINATION DANS LES SCIENCES. Dans les sciences d'observation l’imagination sert à deviner les lois, elle invente les hypothèse dont la vérification conduit à la découverte des causes des phénomènes étudiés. Quant aux sciences abstraites, elle leur est utile parce qu'elle accompagne l'exercice de l'intelligence, elle facilite cette faculté dans ses recherches en donnant aux choses immatérielles des formes sensibles et agréables.
B. L'IMAGINATION DANS LES BEAUX-ARTS. L’artiste fait appel à son imagination pour avoir les formes sensibles qui exprimeront, qui rendront concret et attrayant l’idéal conçu par son intelligence.
C. L'IMAGINATION DANS LA LITTÉRATURE. Elle est la source des images, des tours ingénieux qui rerident la phrase vivante, variée et agréable à lire. L'écrivain qui n’a pas d'imagination est sec, aride, il manque de couleur.
D. L'IMAGINATION DANS LA VIE. Elle nous transporte dans le domaine du passé pour nous y faire revivre les joies d’antan. L’avenir, elle nous le montre souriant, quelquefois plein de promesses et d’espérances. Comme la baguette du magicien de la fable, l'imagination change en or tout ce qu’elle touche. Les
amertumes, les chagrins de la vie présente cèdent souvent la place au bonheur de ce monde idéal où elle nous conduit ; et, dans les « châteaux d’Espagne » que sans cesse elle construit, elle nous assure une existence longue, sans ombre et sans nuage. Dans la vie pratique elle nous suggère différents moyens de réussir et stimule notre activité.
«€ L’imagination est tellement nécessaire dans la littérature et dans la vie, écrit Joubert, que ceux qui n’en ont pas et la décrient, sont obligés de s’en faire une )».
65. Les dangers de l'imagination. — Sans aucun contrôle l’imagination devient facilement la «folle du logis », et aussi, selon le langage de Pascal, « maîtresse d’erreur et de fausseté ». Elle est alors une source de dangers pour l’intelligence, pour le cœur et pour la vie toute entière.
A. DANGERS DE L’IMAGINATION POUR L’INTELLI- GENCE. Si l'intelligence ne guide pas l’imagination, elle sera son jouet. En effet l'imagination, souvent en désaccord avec la réalité, est portée aux extrêmes. Aujourd’hui elle grossira demésurément les difficultés qui se présentent, et partant, paralysera toute énergie. Demain elle montrera les entreprises les plus hasardeuses comme facilement réalisables. Et la pauvre intelligence tiraillée de part et d’autre, hésitera, perdra son temps en vains efforts et commettra les pires bévues.