CHAPITRE V Les facultés sensitives appétitives
76. Définition et division des facultés appétitives. — Nous avons vu (49) que les facultés sensitives se divisent en trois groupes : les facultés cognilives, les facultés appétitives et les facultés locomotrices. La faculté appétitive est la faculté par laquelle l’homme ou l'animal tendent vers un bien qui leur est connu. La faculté appétitive est concupiscible et irascible. La faculté appétitive concupiscible, ou mieux, l’appétit concupiscible est la faculté par laqueile l’homme ou la brute tendent à se procurer un bien connu et conforme à leur nature ou à fuir ce qui leur est nuisible. On l’ap-
pelle encore propension à la jouissance parce qu'il ne
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cherche que le plaisir sans s'occuper des obstacles. La faculté appétitive irascible, ou mieux, l'appétit trascible est la faculté par laquelle l’homme ou la brute tendent à vaincre les obstacles qui rendent difficiles l’obtention du bien convoité et la fuite du mal connu. Il se nomme aussi propension à la lutte.
77. Relations entre l'appétit concupiscible et l'appétit irascible. — L’appétit irascible suppose l’appétit concupiscible, il en dépend. N'’est-il pas vrai que le désir d’un bien (appétit concupiscible) fait naître l'effort nécessaire pour renverser l’obstacle qui s’oppose à son acquisition (appétit irascible) ? Aussi bien Pappétit irascible est appelé la force protectrice de l’appétit concupiscible. D’autre part ces deux appétits viennent de l’amour que l’on a pour soi. C’est pourquoi l'amour est le principe générateur des passions, c’està-dire, des actes de l'appétit concupiscible et de l’appétit irascible. — L'expression « avoir du cœur » dans le langage moderne correspond généralement aux appétits concupiscible et irascible. Avoir un (cœur aimant » c’est l'appétit concupiscible, et «avoir un Cœur vaillant » c’est l’appétit irascible.
78. Définition des passions. — Les passions sont les mouvements de l'appétit sensitif, soit concupiscible, soit irascible, résultant de la perception d’un bien ou d’un mal. — En elles-mêmes, comme telles, elles ne sont ni moralement bonnes, ni moralement mauvaises. Elles revêtent un caractère de bonté ou de malice selon la direction que leur donne la raison.
79. Division des passions. — Les passions sont au nombre de onze dont six pour l’appétit concupiscible et cing pour l’appétit irascible. Les passions de l’ap-
pétit concupiscible sont l'amour, la haine, le désir, la fuite, la joie et la tristesse. Les cinq passions de l’appétit irascible sont l'espoir, le désespoir, l'audace, la crainte et la colère.
L'amour est l’inclination que fait naître dans l’appétit la simple perception d’un bien. La haine est la répulsion que fait naître dans l’appétit la simple perception d’un mal. Le désir est un mouvement de l'appétit vers un bien sensible absent, La fuite ou laversion est un mouvement de l'appétit qui nous éloigne d’un mal dont nous sommes menacés. La joie est un mouvement de l’appétit qui se complatt dans la possession d’un bien présent. On l’appelle allégresse lorsqu’elle indique la dilatation du cœur ; exultation, quand elle s'exprime en manifestations extérieures. La tristesse est un sentiment pénible qui naît de la présence d’un mal qu’on ne peut éviter.
L'espoir est un mouvement de l'appétit irascible vers un bien futur et possible quoique difficile à atteindre. Le désespoir est un mouvement de l’appétit irascible à la vue d’un bien futur mais qui nous paraît impossible à atteindre. L’audace est un mouvement de l’appétit irascible à la vue d’un mal futur possible. à éviter. La crainte est un mouvement de l'appétit. irascible à la vue d’un mal futur difficile à éviter. La. colère est un mouvement de l’appétit irascible qui nous. porte à combattre le mal présent.
80. Le rôle des passions, — Les Passions bien diri.. gées jouent un rôle important dans la vie de l'esprit. et du cœur. Elles sont Pour notre activité intellectuelle un précieux stimulant et ont sur notre vie morale une influence profonde et parfois décisive. On sait déjà que l'imagination rend de précieux services à
l'intelligence : celle-ci, dans ses actes, toujours a besoin du concours de celle-là (64). Il en est de même de la faculté appétitive. Un vif désir d'arriver aux succès (appétit concupiscible) ne fait-il pas souvent découvrir à l'intelligence des moyens jusque là insoupçonnés, ne lui donne-t-il pas une souplesse et une facilité étonnantes ? L’ardeur au travail, la persévérance dans la lutie contre les difficultés (appétit irascible) sont pour la faculté intellective des instruments incomparables. Et dans l’ordre moral la faculté appétitive exerce aussi une notable influence. Ne vient-elle pas parfois à la rescousse de la pauvre volonté paresseuse et chancelante en face du devoir? L'histoire de la sainteté est là pour prouver que la passion bien orientée fut parfois, avec la grâce divine, le poir 1 de départ et le soutien de cette vie admirable et éminemment féconde qu'ont menée les héros de l’Église catholique.
81. Le plaisir et la douleur. — Le plaisir est une émotion agréable « qui résulte du fonctionnement régulier de quelqu'une de nos facultés ». La douleur est une émotion pénible « qui résulte du fonctionnement anormal de quelqu’une de nos facultés ». ® Comme nos facultés sont sensibles et intellectuelles il y a le plaisir et la douleur sensibles et intellectuels. La cause du plaisir et de la douleur c’est l’activité satisfaite ou contrariée. Cette satisfaction de l’activité consiste dans un exercice modéré. Par exemple trop marcher comme pas marcher du tout sont causes de l’émotion pénible, c'est-à-dire de la douleur. — Le plaisir et la douleur, chacun à sa manière, sont de grands maîtres dont il faut savoir cntendre la leçon. Le plaisir accroît notre énergie, augmente notre activité. Le plaisir éprouvé
(1) Lahr, ouv cit. p. 46.
à faire un travail chasse les ennuis, les dégoûts, et Partant, ferme la porte à la Paresse et à la nonchalance. Quant à la douleur, son rôle est bien marqué dans ces beaux vers du poète :
Les moissons, Pour mûrir ont besoin de rosée : Pour vivre et Pour sentir, l’homme a besoin de pleurs.
En effet, c’est au prix du sacrifice, de la souffrance, de la lutte et de l'effort que se développent et se perfectionnent toutes nos facultés,