DB LA POÉSIE ÉPIQUE
••. ,■ tii* '.'.. ■'•■ ■ ■•■>\?. ■■ -v! ■ •'
' li noiïâ^^ste à p»tkr de deux espèces de poésie du çente le^^ùè élevé, ïa poésie épique et h poésie dramatiqKJ ï« commencé par la poésie typique. Neuiif emploierons cette Lecture à en faire connaître les principes généraux ^ nous examinerons ensuite le- caractère et le g4^ des poètes épiqfues les .plus célèbres.
L'on convient généralemeojHlûirle poème épique est le poème du genre le plus noble et le plus élevé , mais en même temps celui dont Fexécation est le plus diffi* cile\ Inventer une action faite pour plaire au lecteur, pour rin^truire et pour l'intéresser 5 créer des incidens qui y soient bien liés et bien assortis -, l'animer par une grande variété de caractères et de tableaux , et pendant tout le cours' d'un long ouvrage soutenir cette dignité dans les sentimens , et cette élévation dans le style que demande la poésie épique , c'est incontestablement le plus grand effort du génie ifM)étique. Aussi, les essais en ce genre ont été si rarement heuseux que les critiques sévères ne veujent donner le nom de poème épique qu'à l'Iliade et à l'Enéide.
Il faut avouer qu'il n*est pas de sujet sur lequel les critiques aient déployé plus de pédanterie. Ils ont su, par de ridicules et fastidieusîes dissertations fondées sur une soumission aveugle à l'autorité , donner au sujet
le plus simple un air si mystérieux, qu'il est devenu fort difficile pour un grand nombre de lecteurs de bien concevoir ce qtie c'est qu'un poème épique. Skalon la définltioA de Le Bossu , c'est un discours inventé avec art, uniquement ppuf former les mœurs des hommes, au moyen d'instructions déguisées sous l'allégorie d' uhe action importante racontée en vers. Cette définition conviendrait à plusieurs fables d'Ésc^é^ si elles avaient , plus d'étendue et qu'elles fussent versifiées; Aussi, ^our la développer, le critique ne manque pas d'établir un paridlèle régulier entre le plan des fables d'Ésope et celui de l'Iliade. L'auteur d'une fable ou d'un poème héroïque, dit*il^ doit avant torft choisir^Ta mâxîme'^ou le point moral quc^on ouvrage est dèislinéè iiifctiïquer. Ensuite il invente une histbire générale 'Ou iShé série de &its qu'il ne rattache à aucun ^rsohAage, mais (pj?ii juge les plus propres à jeter du jour sur^a morale qu'il a cboiçie. Enfin il particularise son histoire, c'està-dire que, s'il i»eut composer une fable, il*met en scène son chien, son mouton ou son loup ; s'il veut écrire un poème épique, il cherche dans l'histoire féisîtioms des héros qu{**convieniftènt le mieiix aux rôles qu'il veut distribuer, et son* plan se trctove achevé.
Mai» voici l'idée la pliis pauvre et la plds ridîéuie qtd soit jamais entrée dans l'esprit ff un (Aîtique. Homère, aj<Mte eiMérele P* Le Bossu, voyait la Grèce partagée «n un grand nombte d'états indépendants , obligés souvent dte se réunir contre letir éhneifèi commun. Dans cette situation politiquê,Tinstmcti0n la plus utile qu'il pût leur donner ^tiait de Jès bien persuader que
la mésintelligence entre les princes amènerait, la ruine générale. Pour donner plus de force à son instruction, il imagina ce plan d'histoire : ^plusieurs princes formèrent une confédération contre leur ennemi ; celui qu'ils avaient nommé kur chef outragea l'un des plus fermes soutiens de la confédération , qui se retira en r€fusant de prendre part à Fentreprise. Cette discussion fut la source de« grands malheurs, jusqu'au moment où le prince o0ensé, témoin de ce que souffrait l'armée , oublia ses ressentimens et se réconcilia avec le chef suprême ^ la défaite complète des ennemi».fut le fruit de cette fanion. Ce plan général une fois ibrmë., dit toujours notre critique, il importait peu qu'Homère, pour le remplir, se servît de noms d'animaux comme a fait Ésope , ou de noms d'hommçs 5 il eût été ëgalenuint instructif ; mais comme il préféra des héro», il choisit la guerre de Troie pour être le théâtre de sa fable ; il supposa que son action^ s'y était passée -, il nomma Agamemnou le chef^es princes con*fédérés , ci Achille fut le nom du prince offen&é ;.voilà commit il. créa l'Iliade.
De quelle crédulité ne doit- on pas être doué pour se persuader qu'Homère avait travaillé sur un tel plan ! L'on peut affirmer avec confiance que le poète quilhiivrait cette méthode, c'est-à-dire qui disposerait son sujet pour développer une vérité morale 9 avant d'avoir songé aux personnages qui doivent concourir à l'action, * écrirait peut-être avec succès quelques fkbles pour des enfans, mais que s'il entreprenait de composer un poème épique, il s'en tirerait de manière à ne trouver
quùn bien petit nombre de lecteurs. Il n'est aucune personne de gt»ût qui puisse mAlre en doute que le choix! d'un héros ili^oîve avanièout fixer l'attention du poète épique, et que ce*'esf Hti'sïj^rés ce choix qu'il puisse déterminer la fable qui sera le sujet principal du poème. Le poèfé, en effet, ne songe pas à établir en philosd'^e le plan 4^ ^l'ailé moral; son génie s'enflamme à l'idée d'iifae aétion qui kii parait à la fois Aoble, grande, intéi^ame et digne d'être célébrée par la plus riche et la plus haute {y»ésie. Il n'est aucun sujet de cette espèce qui n'emporte naturellement avec lui quelque instruction morsde ; et ùàie indiquée par lifec Bossu se- trouve incont^tablement dans l'Iliade, et peut même être regardé^ comme la fin morale du poème fteais il est une autre fin que l'on en peut déduire tout aussi naturellëÉn en t, et qui, avec autant de raison pour le moins , doit être regardée comme la morale de l'Iliade i; c'est que si la Providence prend le parti de ceuX' (Jui ont souffert une injure, elle sait aussi Wpunif «ux-fàêraes lorsqu'ils poussent trpp foin leur ressentiment. Le sujet du poème est la colère d'Achille excitée par l'injustice d'Agamemnon. Jupiter venge Achille en favorisant les armes des Troyens; mais Achille est puni, par la perte de son ami Patrocle, d'a- . voir persisté trop long -temps dans son ressentiment. On peut donc définir d'une manière plus simple le poème épique en disant que c'est le récit poétique d'une entreprise illaslre. Cette définition est aussi exacte cju'elle peut l'être. Outre qu'elle s'applique à l'Iliade, à l'Enéide et à la Jérusalem, les trois poèmes épiques
les plus réguliers que nous connaissiops , elle fait rentrer dans le genre d^i' épopée plusieuP0^ut(es poème» justel^ent célèbres que Jfit critiquées pédans seule pou- Tait en e:^clure,'4pa«f|û qtâla ne sont pas exactement modelés silr eeux d'Homère , dç Virgile et du Tasse. OnpeutdonnerdesdéfinijtioasetdçsdescriptiQpseitftctes .de minéi^ux, de planl^i^t d'animaux-, mrpeut les distribuer avec précision en différentes classes, parce que la nature leur a donné 3es >«aractères sensibles et invariables qui nojus aident à rapprocher les espèces analogfi^s, mais il est absurde de vouloir mettre la même précision dans la définition et le classement des productions du goût et de Fimaginatiwi. Ici la natose n'a posé ni étendard ni'Kmjlte, et k beauté peut s'y reproduire sous mille formes diverse^ La critique appliquée à de semblables détails n'est plus qu'un vain étalage de mots. Aussi je ne crains pas de placer sous la même dénomination que l'Uiade et l'Enéide des poèmes comme le Paradis perdu de Milton , la Pharsale de Lucain , la Thébaïde de Stace , iP'ingal et Témora d'Ossian , la Loûisiade du Camoëns , la Henriade de Voltaire , le Télémaque de Fénelon , le Léonidas de Glover, l'Épigoniade de Wilkie. Quoique tous n'approchent pas également de la perfection d'Homère et de Virgile, tous sont incontestablement* des poèmes épiques, c'est-à-dire des récits^ poétiques d'actions illustres^, seule définition qui convienne à l'épopée.
Bien que je ne veuille en aucune manière convenir qu'un poème épique soit essentiellement allégorique , c'est-à-dire que ce soit une fable inventée pour dévè-
loppeF une vérké morale , cependant il est eertsnn qu'aucun genre de poésie n'est (dus moral que Tëpopëe. Il n exhorte pas à la yertu en montrant précisément toute l'importance d'une maxime ou d'une instruction qu'on pourrait conclure dé l'ensemble de l'ouvrage, comme on conclut la moralité d'une des fables d'Ésope. C'est Moirupe idée bien pauvre et bien bornée de TayanErtage que ft lecture d'vn long poèmes épique est susceptible de procurer^ que de croire qu'il lui suffit de nous faire recueillir à k fin quelque maxime vulgaire die movale. Son effet consiste datis l'impression que produisent sur l'esprit du lecteur chaque partie du poème prise isolément, aussi-bien que le poème dims tout son ensemble; il consiste dans l'impression que produisent les grands exemples placés sous ses yeux et les sentimens élevés qui pénètrent son cœur. Le but du poète est de donner plus d'extension à l'idée que nous avons déjà de la perfectibilité humaine , ou en d'autres termes d'exciter nofjé adtffiration ; et comme la vertu est un objet d'adittîration pour tous tes hommes ,^ ce but ne peut être rempli que par le récit d'une action héroïque , ou la peinture d'un caractère vertueux. Aussi les poèmes épiques soutiennent ou doivent soutenir la cause de la vertu. Us nous représentent, sous les couiearsles plus belles , k valeur , la vérité , k justice , là fidélité , Famitié , la piété , la grandeur d^âme. Nos affections se réunissent sur un personnage vertueux , nous nous intéressons à ses projets et à ses revers; nos sentimens généreux se réveillent, notre espit se dégage de toutes les petitesses de k vie et se forme à l'idée des entre-
prises grandes et héroïques. C'est un témoignage bien honorable en faveur de la vertu , que les plaisirs les^lus vifs et les plus délicats, tels que ceux que nous procure le genre de composition poétique dont nous nous occupons , aient nécessairement pour (principe quelque sentiment moral ou quelque impressi^^n vertueuse. Ce témoignage est d'un si grand poids que s'il était jâttnais au pouvoir des philosophes sceptiques d'affaililir la force des raisonnemens qui servent de base à la distinction établie entre le vice et la vertu , les compositions épiques que nous possédons suffiraient pour prouver la fausseté de leurs dogmes. Ce genre de poésie, QU effet, ne s'adresse qu'à ce sentiment que tons les hommes éprouvent en faveur de la vertu, et fait voir assez que la nature elle-même l'a profondément gcavé dans nos cœurs.
' L'esprit et le ton général de la poésie épique font suffisamment sentir la différence qui existe entre elle et les autres genres de poésie. Dans une pastorale^ Tîdée dominante est l'innocence et la tranc^biinté ^ inspiref la pitié est le but de la tragédie ; la comédie a pour ol> jet de signaler les ridicules. L'admiration que nous fait éprouver une action héroïque est le sentiment que doit produire l'épopée, et c'i5st là ce qui la caractérise essentiellement. Elle se distingue de l'histoire par sa forme poétique et en même temps parce qu'elle admet la fielion. Elle -prend un ton plus froid que la tragédie 5 les senjtimens les plus pathétiques et les plus violens n'y sont cependant pas déplacés, quelquefois même ils y sont nécessaires ^ mais le pathétique n'en doit pas être
]e.caractè|^ ptincipaK Elle exige, plas qu'aucune autre poésie, une gravité, une égalité et une dignité constamment soutenues. Elle embrasse un plus long espace de temps et ua plus grand nombre d'actions que la tragédie, et pe!;met par conséquent que les caractères soient mieux développés. Dans la poésie -dramatique , les personnages se font connaître par leurs sentimens et leurs passions, dans l'épopée {Parleurs actions; aussi les émotions qu'elle produit ne sont pas aussi vives, mais elles sont plus prolongées. Tels dont les caractères généraux de ce genre de composition *, mais pour en donner une idée plus précise , et pour rendre plus facile l'application des règles de la critique, nous allons l'examiner sous trois rapports difierens. D'abord , le sujet ou l'action , ensuite les personnages ou les caractères, enfin la narration.
L'action qui £siit le tujet d'«un poème épique doit être une, grande et intéressante.
. Premièrement , le poète ne doit adopter pour son sujet qu'une seule action ou une seule entreprise. J'ai déjà eu souvent l'occasion de faire remarquer combien , dans divers genres de compositions , il était important d'observer l'unité pour produire sur l'esprit une impression vive et forte. C'est avec raison qu'Aristote insiste à cet égard comme sur une règle essentielle à l'épopée, et c'est une des plus importantes qu'il nous ait laissées sur ce genre de poésie. Il est évident que , dans un récit d'aventures héroïques, des faits détachés etindépendanslesuns des autres ne peuvent intéresser aussi vivement le lecteur et fixer autant sdh attention ,
qu'une seule narration où.tout est lié , où I^ ineidens se tiennent tous et concourent tous au même dénouement. L'effet d'un poème épique régulier est d'autant plus heure.ux , que cette unité est plusseasible , et voilà pourquoi, ainsi qu Aristote l'a très-judicieusement observé , il ne suffit pas que le poète se bor^e aux actions d'un seul homme, ou d'une certaine période de temps 5 l'unité doit exister dans le sujet même , et résulta de la manière dont les parties sont combinées pour former un seul tout.
L'unité d'action se fait assez remarquer dans tous les grands poèmes épiques. Virgile, par exemple, a choisi pour sujet l'établissement d'Énée en Italie. Depuis le commencement da poème jusqu'à la fin, cet objet est constamment sous nos yeux , et embrasse étroitement toutes les parties de l'ouvrage. L'unité de l'Odyssée est à peu près semblable, puisque l'action n'est autre que le retour et le rétablissement d'Ulysse dans ses états. La reprise de Jérusalem sur ks infidèles est te sujet que le Tasse a choisi -, celui de Milton est la perte que nos premiers parens ont faite du paradis terrestre , et ces deux poètes , plus modernes , se sont invariablement attachés à l'unité. Le sujet recoalnu de l'fliade est la colère d'Achille et ses suites funestes : tant qu'ils sont privés du secours de ce héros, les Grecs plient devant les Troyens ; mais lorsqu'il s'apaise et se réconcilie avec Agamemnon , la victoire se range sous les drapeaux des Grecs , et le poème finit. Il faut néanmoins convenir qu'ici l'unité n'est pas aussi sensible que dans l'Enéide , car , pendant plusieurs livres , Achille ne reparaît plus
sur la^c^ae, il reste inactif ^ et rimagination ne se fixe que sur les succès ou les revers des deux armëes en présence.
Toutefois l'unité dans une action ëpique n'est pas assez rigoureuse pour exclure tout épisode ou toute ^tio» subordonnée. Il est à propos de remarquer en passant nju'Anstote n'emploie pas le tnot épisode dans l'acception que nous lui donnons aujourd'hui. Cette expression était originairement appliquée à la poésie dramatique \ elle fut depuis transportée dans la poésie épitjue ; et il semblerait qtie par épisode, dans une épopée , Aristote* entendît Fextension de la fable ou du plan du poème à toutes les circonstances qui dépendent de cette fable et de ce plan , ou qui s'y rafhportent. Son idée, il est vrai, ne nous* parait pas trèsclaire, et cette obscurité fut pour les critiques un motif de longaes discussions. LeBossu, entre aètres, est confus, à ce sujet jusqu'à être complètement inintelligible. Mais ne nous occupons pas de cette vaine controverse. Nous entendons aujourd'hui par épisodes certaines actions, certain^ incidents introduits dans un récit et liés à l'action principaile, mais qui cependant tte sont pas assez essentiels pour ne pouvoir point être omis. Tels sont les adieux d'Hector et d'Andromaque dans l'Iliade 5 l'Histoire de Cacus , celle de Nisus , et celle d'Euryale dans l'Enéide \ les aventures de Tancrède , d' Jlerminie et de Clorinde dans la Jérusalem ; enfin la vision d'Adam aux deux derniers livres du Paradis perdu.
Non-seulement de semblables épispdes sont admis
ga COURS DE RHÉTORIQUE
dans un poème ëpique, mais encore ils y forment un très-tel ornement lorsqu'ils sont habilement^ traités. Voici Tes règles qu'il convient de suivre à cet égard.
i»Ils doivent être amenés nalureltement et se trouver sufiSfiamment liés au sujet principal du poème pour n'en former que des parties subordonnées, et nA^ p't^ raître jamais des pièces étrangères et rap^bfrlë€?s. L'épisode d'Olinde et de Sophronie , dans le second livre de la Jérusalem , est vicieux ," parce qu'il pèche contre cette règle», il est trop détaxé du sujet de l'ouvragé, et placé si près du commencement, qu'il laisse croire au lecteur qtfon y reviendra datis le cours du poème, tandis qu'éffectivenient il ne se rattjche à rien de ce qtfi doit suivre. Un épisode doit être d'autant plus court qu'il se trouve moins lié au sujet principal. La passion de Didon dans l'Enéide, et les artifices d'Armide dans la Jérusalem , qui tiennent tant de plac§ dafhs ces deux pbèmés, nie sont pas, à propreméVt parler, des épisodes. On peut les regarder comme des parties constituantes de l'ouvrage, qtii' forment une portion essentielle de l'iritrigue pf incipale.
»• Les épisodes doivçnt itmler sûr des sujets différens de ceux quisprécèdent et de ceux qui suivent •, car c'est surtout pour produire la variété qu'on l^s fait èiltrer dans une composition épique. Ds jettent de la diversité dans un (Jtivrage àtissi étendu, et délassent le lecteur en changeant le lieu de la scène. Au milieu des combats, par exemple, le récit d'une aventure guerrière ne serait pas à sa place , tandis que l'entrevue d*Hector et d'Andromaque dans l'Uiade, et l'aventure
ET DE BELLES-LETTRES. gS
d'Herminie et ^u l^rger , au septième chant de la Jérusalem , nous tirent d'une manière agréableMu tumulte des camps et de Thorreur des batailles.
y Enfyi, f:omme il est convenu qu'un épisode doit servir d'embellissement dans un poème , il 4oit être à la fois élégant et soigné -, aussi c'est presque toujours là que le poète cherche à déployer toutes la force de son génie. L'épisode de Téribaze et d'Ariane dans le Lépnidas, et celui d'Hercule dans l'Épigoniade, sont les plus beaux morceaux de ces poèmes.
L'unité, dans une action épique, suppose que cette action est entière et complète , c'est-àndirie , comipe l'explique Aristote , qu'elle a un commeucement, un milieu et une fin. Le poète doit nous faire connaître tout ce qui appartient k son sujet, soit en racontant lui-même ce qui s'est passé avant l'époque où commence le poème, soit en introduisant un personnage qui en fait le récit. Jl doit satisfaire -notre curiosité sur tous le§ points, nous conduire jusqu'à la fin de Faction dont il a tracé le plan , et s^'arréter. .
La seconde des qualités que doit réunir une action épique , c'est la grandeur. Elle doit avoir assez d'importance çt d'iéclat pour fixer notre attention, et justifier le pompeux appareil que le poète donne au récit ffii'il en fait. Cette qualité est si évidemment nécessaire qu'il est inutile de le démoi^^^ et peut-être même ne serait-il pas aisé de tvouver un poème épique dont le sujet, soit par la nature de l'actiqn, soit par la célébrité dc^fiçrsonnages , manque d'une importance sufQsiBte.
cœar *, que de temps, en temps il ppenne une attitude
noble et imposante , mais que souvent il soit tendre et
pathétique , et sache nous présenter <Jes scènes douces et gracieuses, d'amour , d'amitié, et de compassion. Plus on retrouye dans un poème épique de ces situations qui réveillent les sentimens généreux , plus c%jpo{)aie est intéressant , et les passages qui les expriment s6nt toujours les.plus goûtés du public. Je ne crois pas que ^ souscerapport, aucun.poète ait égaU Virgile et le Tasse. ï.^ ^;^
L^intérêt d'un poème dépend ecicota beaucoup du caractère des pecsonnages. Ils doivent être ca{>al)les d'attacher fortement leiectear> etVobliger, en quelque sorte , à prendre part ^ux «périls auxqq^ iWexposonf* Ces dangers ^ et les obstacle^ qui s'opposent à Içnlrs entreprises ) forment ce que 1\)^ appelle le nœud^<m l'intrigue de l'épopée^ etc^efiJkàepmënagiiradi'oiteQieiit la marche et les progrès qae con^ste surtout l'art thi poète ^ il faut qu'il exfstte notre attention ., en nous faisant prévoir les dii&cultés qui menaeent L'entroprise des personnages auxquels il veut surtout nous intéresser ; ces difEcultés s'accroissent^ s'acûomaleiitpar degr^ ; il nous laisse quelque. tempi^lâiPijis une espèce d'hésitation et d'anxiété ; enfin la route es( ffvéïp^ée^ etqœlques incidens, pleins 4f^ "?^h!Nii% J^ vfi^îf ijyhhjnt^^ , nous conduisent au d^onjeiQcsitsfï'el esÇS^^^^tts ^pie doit suivre l'auteur qui ve^ que son poème mériie l'attention de ses contemporains et de la.postétttë-/^
L'on a mis en question iijl nf fallait fsi$ que le dé* nouemeat d'-une épopée fiit toujours peureux. La.plu-
part des criliques ont penché pour l'affirmative , et je ne suis pas éloigné de croire qu'ils avaient raison. Une issue malheureuse jette de la consternation dans Fâme , et arrête le développement de ces sentimens élevés que doit faire naître la poésie épique. La terreur et la pitié conviennent à la tragédie -, mais comme une épopée a plus d'étendue , et peut renfermer des incidens plus nombreux , elle serait beaucoup trop triste si le.poète ne faisait concourir qu'à un dénouement malheureux les difficultés et les obstacles qui se jsont multipliés dans le cours dep^uvrage. Aussi la plupart des poètes épiques ont couronné de succès l'entreprise qu'ils ont célébrée ; cependant ce n'est pas sans quelques exceptions^ car deux auteurs très-célèbres , Lucain et Miltou, adoptèrent une marche opposée. Le dénouement de l'un est la ruine de la liberté romaine , le dénouement de l'autre est l'expulsion de l'homme hors du paradis terrestre.
Il estimpossible d'assigner des bornes fixes au temps ou à la durée d'une action épique. On lui accorde toujours une assez grande étendue , parce qu'elle ne repose pas nécessairement sur ces passions violentes dont la durée ne saurait être longue. Dans l'Iliade , qui a pour sujet la colère d'Achille, l'action est en effet une des plus courtes de celles célébrées par la muse épique -, selon Le Bossu , elle ne dure pas plus de quarante-sept jours. L'action de l'Odyssée , en calculant depuis la prise de Troie jusqu'au rétablissement de la paix dans Ithaque , comprend un espace de huit ans et demi ; celle de l'Enéide, calculée également depuis