LECTURE XI^IV
LA PHÀBSÀLE , LA JÉRUSALEM bÉLIVTLÉE , LA LUSIADE , TÉLÉMAQtJE , LA BESTRIADE , LE PAKADIS PERDU.
Apres Homère et Virgile se présente Lucain , dont le poème est remarquable par un singulier mélange des plus grandes beautés et des plus grands défauts. La Pharsale décèle trop peu d'invention , le poète y suit étrop strictement la marche de Thistoire , pour qu'on puisse la considérer comme une épopée régulière; cependant ce serait pousser trop loin la délicatesse en matière de critique , que de ne vouloir pas l'admettre au nombre des poèmes épiques. Les limites qui séparent ce genre de poésie des autres genres ne sont pas, comme je l'ai déjà fait remarquer , déterminées d'une manière assez précise , pour que l'on puisse avec raison refuser le titre d'épopée à un poème où sont célébrées des aventures grandes et héroïques, P^i' la seule raison ([ue l'auteur ne s'est pas conformé strictement aux plans adoptés par Homère et Virgile. Le sujet de la Pharsale a certainement assez de grandeur et de dignité ; on y trouve encore Tuni^^ épique , puisque le poète n'a célébré que le trioppbe de César sur la liberté romaine. Il est vrai que, tel que nous le possédons aujourd'hui , ce poème n'est pas terminé^ ou les derniers livres ont été perdus /ou l'auteur a laissé son travail imparfait.
i3a COURS DE RHÉTORIQUR
Quoique le sujet de la Pharsale soit d'un genre trèshéroïque, je ne crois pas que Lucain ait été bien heureux dans son choix. Je trouve dans ce sujet deux défauts essentiels -, d'abord des guerres civiles , et surtout des guerres aussi, cruelles et aussi sanglantes que celles des Romains, présentent des scènes hideuses que repousse la poésie épique,' et qui d'ailleurs montrent la nature humaine sous un jour trop odieux. Des entreprises brillantes et glorieuses offrent des sujets prlus convenables à l'épopée-, mais, il fautravouer, le gétne de Lucain semble se complaire dans les scènes d'horreur, il aime à s'y arrêter long-temps , ce n'i^tait pas assez pour lui de ceUes que lui offrait naturellement son sujet , il interrompt le cours de sa narration pour introduire le long épisode de Marius et de Sylla, où les cruautés les plus atroces se reproduisent squs toutes les fbrmes.
Un autre défaut, c'est que le sujet célébré par Lucain se rs^pprochait trop du temps où ce poète vivait 5 j'ai démontré , dans la dernière Lecture , que cette circonstance était presque toujours défavorable à un poème épique, parce que, presque entièrement privé du secours des fictions et du merveilleux, il devenait à la fois moins riche de poésie et moins intéressant. Lucain s'est soièmis à la rigueur que son sujet lui imposait à cet égard » et a montré en cela plus de jugement que s'il avait fait beaucoup d'efforts pour l'embelli^;, en introduisant un genre de merveilleux qui n aurait pas manqué d'y paraître déplacé , quelque habilement traité qu'il pût être. L'on ne pouvait sensé-
ET DE BELLES-LETTRES. r33
ment faire intervenir les dieux et les clëesseâ dans les différends et dans les' guerres eritre César et Pompée : au lieu de donner de l'importance à des faits, si récens et si bien connus , les divinités de la fable n'y eussent produit qu'un effet bizarre et ridieule.
Quant aux caractères, Lucaiu les a tracés avec autant d'esprit que de force. Quoique^ Pompée soit son héros privilégié , il ne réussit pas à nous intéresser beaucoup en sa faveur^ il ne lui prête aucune qualité éminente , comme la grandeur d'âme et la bravoure ; on le voit , au contraire, céder constamment à la supériorité de César. Mais le caractère auquel le poète doime une préférence marcfûée, c'est celui de Caton-, il s'élève au-dessus de lui-même toutes les fois qu'il le fait agir ou parler. La plupart des beaux passages , les endroits où Lscain a déployé le plus de grandeur, sont ceux où il est ques-* tion de Caton.. On doit surtout remarquer le discours <|ue cet implacable ennemi de Pompée adi*esse à Labiénus ,«qui le pressait de consulter Torade de Jupiter Ammon sur l'issue de la guerre ; il renferme la morale la plus sublime que l'antiquité nous ait transmise.
lUjB deo ptiennsi tacitâ^uem mente gerebat, '
Effudit dignas adytis è pectore voces :
Quid quaeri , Labiene , jubés P an liber in armi's
Occubuisse velim potiiis qaam régna TÎdére ?
An sit yita nihil , sed longam différai seta»?
An. noœat \itk «lia bono ? fortunaqne perdat •
Opposita virtute minas P lapdandacjae yelle
Sit satis, et nunquàm successu crescat honestuuil'
Scimus , etlioc nobis non altiùs inseret Ammon.
H«Eemu8 concti. snperis ,' temploque. tacente ,.
i34 COURS DE RHÉTORIQUE
Nil facimuf apoiite Dei. Nec Tocibvs idlis ^
Nnmen eget; dizitqi^e seqiel pasc^t^nis auctor
Qviidquid scire licet. .Stériles nec legit «renas ,
Ut caneret paucîs , mersitqae hoc palvere Teram.
EsAe t)ei sedes msi terra , et pontos» et a£r,'
Et cœliim , et Tirtua? soperos qud qnierimia ultra?
Jupiter est quodcunupié vides , quodcumque movebis*
Sortilegis egeant dubii , semperque futuris
' Gasîbns ancipites ; me non ofacula certam , ^
Sed mon certa lacit. Pavido foftlqne cadendnm «st :
Hoc satia eit dixisso JoTem