L9>. IX, T
u Catou, plein de la divroité qui remplissait* son K âme y prononça ces paroles dignes de Tantre proie phëtiqne : Quelles questions veux • tu , Labiënu» , K que j'adresse à Toracle ? Lui demanderai- je si j'aime « mieux mourir libre les armes à la main que de vii^e « sous un tyran; si cette vie n'est autre chose que le u passage à une vie heureuse et durable ; s'il est quelque 4t puissance iau monde capable d'imposer à l'homme de f( bien f si la fortune perd ses menaces quand elle s'atr « taque k la vertu ; s'il suffît de vouloir ce qui est a louaUiB , et si le succès ajoute à ce qui est honnête? « Nous savons tout cela , et Ammon lui-même ne le <c graverait pas plus profondément dans nos cœurs. a Nous sommes tous dans la main des dieux ^ et que (( leur oracle parle ou se taise ^ ce n'^ est pas moins (( leur volonté que nous accom{dissons. La divinité n'a (( pas besoin de parole ; ceini qui nous donna là vie « nous apprit en même temps tout ce que nous devons <( savoir. Il n'a point choisi , poux communiquer avec (( nous, des sables stériles accessibles seulement à un
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« petit nombre d'hommes \ ce n^est poiat sous cette « poussière qu'il a caché la vérité. La divinité aurait- <( «Ile d'autre demeure que la terre , Tonde, le ciel et c( Je cœur de l'homme juste? Pourquoi chercher les K dieux si loin? Jupiter, c'est tout ce que tu vois, tout « ce que tu sens en toi-même. Qu'ils interrogent le a sort ceux qui portent une âme irrésolue, dans un ave c( nir douteux ; pour moi, ce n'est point sur la certitude a des oracles que* je me fie, c'est sur.la certitude de la «L mort. Timide on courageux, il faut mourir. Ypilà « ^e que Jupiter a dit, c'est assez..»
Dans la conduite de l'action , Lucaina trop scrupuleusement suivi l'ordre chronologique , ce qui Fa souvent contraint à interrompre le cours de sa narration , ettranspor ter brusquement son lecteur d'un lieu dans un autre. Il se livre à. de fréquentes digressions , et quitte trop souvent son sujet, tantôt pour décrire la topographie (d'une contrée, tantôt pour se livrer i des recherches philosophiques sur des productions ou des. effets de la nature \ 'Sur les serpens ji'Âfrique>, par exemple , dans le neuvième livre, fp^rTeB sources da Nil , d^ns ie
dixièfi»e* ^
On trouve, dans la Pharsale , plusieurs descriptions pleinesde feu^eC de poésie ; cependant le principal mérite de Lucain ne consiste ni dans l'art de raconter ni dans l'art de décrire. Sa narration est^ouvent sèche et dure-, ses descripti<ni8, dont en général il a, très-mal ^iioisi les sujets , ont trop de recherche et d'affectation -, mais c'est par les.pensëes que ce poète es^ siirtout remarquable : presc^ toutes sont nobles , frappantes ,.
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exprimées avec force, avec chaleur , et souvent d*une manière originale, Lucain est le poète de ranCiqultë le plus philosophe et le plus. pénétré de Tamour de la patrie. Neveu de Sénèque , il était lui-même stoïcien , et Tesprit de sa secte respire dans tout son poème ; il faut observer aussi que ce poème est le seul dans Tantiquité dont le sujet fût , pour son auteur, d'un intérêt sérieux et réeL Ce n'était point une fiction ^ le poète avait été témoin des maux, auxquels }es discordes civiles livrèrent sa patrie, U avait éprouvé les rigueurs du despotisme assis sur les ruines de la liberté romaine. En écrivant, il cédait aux inspirations ardentes d'une âme grande , fière , et profondément pénétrée de son sujet ^ aussi se répand-il sot^vent en exclamations et en apostrophes presque toujours placées à propos /et soutenues avec une "énergie et une dialeur dignes des plus grands éloges .
Mais il était dans la destinée de ce poète qu'on ne pourrait jamais louer les beautés de son ouvrage sans se rappeler aussitôt les défauts qui le déparent. Comme son principal mérite est*cette verve ardente et impétueuse qu'on retrouve quelquefois dans ses descriptions, et presque toujours dans l'expression de ses pensées , de même aussi son principal défaut est de manquer de modération et dans ses descriptions et dans ses pensées. H se précipite dans lesextrémes, sans savoir jamais s'arrêter. A force de vouloir agrandir son sujet , il sort de la nature , et devient boursoui&é^ sonr vent il lui arrive d'atteindre jusqu'au sublime dans le second vers d'une description, et, tout en cherchant.
dans le troisième , à $' élever encore plus haut , il tombe lourdementdâift le pb^bus. Lucain vivait dans un siècle où les écoles des dëclamateurs avaient déjà dorrompu réloquence et le goût*, il n'avait pas su se garantir de la contagion, et , chez lui , souvent le ton du rhéteur couvre le génie du poète.
Lucain toutefois avait reçu de la nature un génie vif et origmal. Ses sentimens ont tant d'élévation , il déploie quelquefois tant d'énergie , tant de feu , qu'il nous fait en quelque sorte perdre de vue la plupart de ses défauts. L'on pourrait citer des passages de la Pharsale que ne désavouerait auciAi poète de l'antiquité. U a, par exemple, dessiné de main de maître, dans le premier livre, les caractères de César et de Pompée j rien n'est plus poétique que ce beau passage dans lequel il comparer Pompée à un vieux chêne ruiné par le temps : ♦
Totus popularibus auris bnpelli j plausiique sni ^audere theatri ; Mec leparare noyas yires, multùmque priori Gredere fortuns. Staè magni nominis umbra :
Qualis frugifero querchs sublimis in agro , ExuTÎas ye'teres populi , sacrataque gestans Bona ducam; nec jam validis radicibus luerehs. Pondère fixa sno est, nudosqae per aëra ramos EifiTundens , trunco » non £rondibus , effîc^t umbiara ; At quamvis primo nutet casura sub Euro , Et circum siWse firmô se robore toUant, Sola tamen colitur. Sèd non in Gœsare tantom Nomen erat , nec fama ducis; sed nescia yirtus Stare loco , solosque pador non yincere bello. Acer et indomîtus.....
(Lib. I, Y. iSa.)
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'De la faveor publique il saToura Tivresse, Et , livré, tout entier aux vains amusemens » * ^ • Aux jeux de son théâtre , aux applaudissemens , Il n*a plus les élans de cette ardeur ^erriëre , Ce besoin d'ajouteif à sa gloire première ; Et , fier de son pouyoir, sans crainte et sans soupçon » 11 TÎeillit en repos à Tombre d*im graùd nom. Tel un vieux chêne , orné de dons et de guirlandes » Et du peuple et des chefs étalant les oilrandes ^ Miné dans sa racine et par lès ans flétri , Tient encore par sa masse au sol qui Ta nourri : . Ses, longs rameaux noircis s'étendent sans feuillage» v, Mais son tronc dépouillé répand un vaste ombrage y
D'une forêt pompeuse il s' élevé entouré , ^ Mais seul , près de sa chute , iLest encctr sacré.
Trad. de La Hâkpb.
En considërant Texëcutioii du poème dans sùa ensemble , on est oblige d'avouer que le feu poétique de Fauteur n'a pas toujours été dirigé jpar le jugement et par le goût. Son génie a de la force j mais jamais de douceur, jamais d'aménité , jamais de grâce» Son style est abondant et fort, mais trop sec, et souvent obscur,, parce que le poète courajt trop après ïes expressions saillantes et originales. Comparé à Virgile, Lucain a peut-être plus de grandeur et d'élévation dans les sentimens \ mais , du reste , il lai est bien inférieur, surtout en pureté, en élégance et en sensibilité.
Statius et Silius Italiens, quoique rangés dans la classe des poètes épiques , ne méritent pas un examen particulier 5 nous allons donc nous occuper, sur-lechamp du Tasse , le plus distingué de tous les poètes épiques modernes.
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Sa Jérusalem délivrée fut publiée en 1574. C'est un poème régulièrement et strictement épique dans son ensemble , orné de tout ce qui peut embellir ce genre de composition. Le sujet est là reprise de Jérusalem sur les infidèles par les forces téunies de la chrétienté 3 entreprise grande par elle-même , respiQCtable , héroïque, mais qui devait le paraître flus encore dans le siècle que le Tasse a illustré. C'est un contraste intéressant que celui qui existe entre les Chrétiens et les Sarrasins. Le sujet n'offre pas de ces scènes terribles et féroces qu'enfantent les guerres civiles et qui révoltent dans Lucain ; il ne présente que les nobles efforts du zèle et du courage qui concourent à un but honorable. La part que la religion avait à cette entreprise contribne à la rendre plus inrposante, fournit un moyen naturel >d'y introduire le merveilleux , et ouvre un fthamp plus vaste aux descriptions sublimes. L'action ^1 outre se passe dans une contrée et à une époque assez éloignée pour permeltre que les traditions fabuleuses et les fictions viennent se mêler à la vérité his^ torique. ;
Dans ta conduite de Faction , le Tasse a déployé une étonnante richesse d,^ invention, et c'est pour un poète une qualité bien précieuse. Son ouvrage est rempli d'incidens entre lesquels il a su jeter la plus'heureuse variété ^ les descriptions de combats ne sont ni assez longues y ni assez multipliées pour fatiguer lé lecteur. La scène change souvent de place ^ du théâtre des armes , du tumulte des camps il nous transporte au milieu d'une natnm douce ^et pl^ne de charmes. Des
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cërémonies rellgietises , deç intrigues d'amour, des aventures de voyages , des scènes pastorales intéressent et délassent tour à tour le lecteur. Cependant tout^ les parties du poème sont liées avec beaucoup d'art ; leur variété n'altère point l'unité du plan. La conquête de Jérusalem .est l'objet auquel tout se rapporte , et l'ouvrage se termine avec cette entreprise. Chaque épisode, excepté cehii d'Olinde et de Sophronie , que j'ai blâmé plus haut, se trouve suffisamment lié au sujet principal.
Une grande variété de caractères donne au poème delà vie et du mouvement, et ces caractères sont à la fois bien prononcés et bien soutenus. Godefroi , le chef de l'entreprise, est prudent, modéré, brave; Tancrède est tendre , généreux , intrépide ^ et fait un heureux contraste avec le furieux et brutal Argant; Renaud, qui, à proprement parler, est le héros du poème , est copié sur l'Achille d'Homère ; c'est un guerrier passionné , sensible à l'injure, séduit par les artifices d'Ârmide, mais qui se montre toujours plein de zèle, d'honneur et de courage. Le vaillant et fier Soli^man, la tendre H^rminie, l'artificieuse et violente Armide, et la mâle Clorinde, sont tous des personnages supérieurement dessinés. C'est pour la peinture des caractères que le Tasse est surtout remarquable -y à cet égard, il est bien supérieur à Virgile^ et ne le cède à aucun poète, excepté Homère.
U a prodigué le merveilleux , et dans cette partie son mérite est plus contesté* Ses êtres célestes agissent partout avec beaucoup de dignité. Dieu abaissant ses
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regards sur les armées en présence, envoyant quel({uefois un ange pour arrêter les infidèles et contenir les esprits malins, produit un effet isublime. La description de Fenfer, au commencement du quartriëme livre , est singulièrement frappante, ainsi que Fapparition et le discours de Satan ; néanmoins Miltonr, qui a évidemment imité ce passage du Tasse , peut se flatter d'avoir surpassé le poète italien. Les diables , les enchanteurs , les magiciens prennent une part trop active à Faction , et forment un genre dtf merveilleux trop sombre pour plaire à Fimagination. La forêt enchantée, dont le po^tè a ùàt presque entièrement dépendre le nœud ou Fintrigue , les messagers envoyés à Renaud pour Faider à rompre le charme qui le retient, cette cav.eme au centre de la terre où les conduit un ermite , leur voyage miraculeux aux îles Fortunées , la manière dont ils arrachent Renaud aux voluptueux enchantemens d'Ârmide , sont des scènes sans doute très-amusantes et embellies de tous les charmes de la poésie , mais dans lesquelles il faut avouer que Fauteur a poussé le merveilleux jusqu'à Fextrayagance.
En général, ce que Fon peut encore à plus juste titre reprocher au Tasse, c'est le ton romantique qu'il a répandu sur la plupart des aventures et des ipcidens de son poème. Les objets qu'il nous présente ont toujours de la grandeur, mais pas assez de vraisemblance. Il n'a pas tout-à-fait échappé au goût de son siècle , encore follement entiiousiasmé des contes de la chevalerie errante^, contes que Fimagination extravagante, mais riche et gracieuse de FArioste, venait de ^rajeunir en
leur prêtant de nouveaux charmes. Cependant pour rendre justice au Tasse, il faut convenir qu il n'est effectivement ni plus merveilleux ni plus romantique qu'Homère et Virgile ; toute la différence , -c'est que ceux-ci ^ ont employé les fables du paganisme , et le poète italien , les miraculeuses traditions de la cheva-> lerie errante.
Le Tasse est plein de beautés pdétiques^ et de descriptions magnifiques. Il met danî son style la même variété que dans les objets qu'il décrit. Ses vers sont tour à tour grands et majestueux s'il peint des scènes imposantes, doui et gracieux s'il .dessine des images aimables et tendres, comme l'asile champêtre d'Herminie ail septième livre, les enchantemens et la beauté d'Annide au quatrième. Ces deux descriptions sont entre autres d'un art et d'un goût exquis. Ses combats sont très-animés, les incidens y sont heureusement variés *, cependant ils sont bien inférieurs à ceux d'Homère pour la force-et la chaleur.
Le Tasse, dans la peinture des sentimens, n'a pas aussi bien réussi que dans les descriptions. Son poème nous intéresse par les actions et' les caractères , mais il n'y a rien , presque rien pour la sensibilité. 'Virgile est bien plus tendre et bien plus touchant que lui. Si dans un discours il cherche à paraître pathétique, il laisse trop apercevoiï l'art et le travail.
Quant au bel esprit et à l'affectation qu'on lui a souvent reprochés , l'on a sans doute poussé la critique trop loin. L'affectation n'est certainement pas le défaut général de la manière du Tasse^ il est, au contraire,
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presqae toujours mâle, énergique et correct. Quelquefois, il est vrai , surtout lorsqu'il exprime la tendresse, ses idées deviennent forcées çt sortent de la nature , mais il s'en faut bien que ce soit, aussi fréquemment qu'on Fa supposé. Je suis persuadé que si Ton retranchait de son poèmç soixante ou quatre-vingts vers , la critique n'y prouverait presque pljis rien à reprendre.
JSo^eau, Dacier, et d'autres critiques français du dernier siècle, affectèrent de décrier le Tasse; quelques écrivains anglais suivirent leur efxçmple *, mais il est probable qu'aucun d'eux ne connaissait bien son poème, ou qu'au moins ils Iç lurent avec beaucoup de prévention; car je.me crois fondé à regarder la Jérusalem délivrée comme le troisième poème épique que nous possédions, etk le pUcer immédiatement après l'Uiadcçt l'Enéide. Le Tasse est sans doute inférieur à Homère pour l'énergie et la simplicité, à Virgile pour la sensi* bilité, à Milton pour la force et l'audace du génie; mai, il ne le c^de à aacun a»« po„, le .ale„. d<; la poésie. Quanta la fécondité de jL'inyentîon, la variété des incidens, la peinture des caractères, la richesse des descriptions et la beauté du style , je ne coçinais qu'Homèi'e, Virgile et Milton qui lui puissent être comparés.
L'Arioste,.le rival du Tasse dans la poésie italienne , ne peut être raisonnablement mis au nombre des ppètes épiques. L'épopée doit renfermer le récit régulier d'une entreprise héroïque ; bien qu'il y ait une sortf? d'unité et de liaison dans le plan du Roland Furieux , au lieu de les rendre sensibles au lecteur , il semble que
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FArioste ait cherche tous les moyens de les lui dissi-* muler, en détachant les^unes des autres les parties de son poème, et en coupant toujours la narration d'un incident par un autre incident, sans attendre pour entamer un récit que le récit qui précède soit conduit à sa fin. On dirait que ce poète affecta de n'adopter aucun plan régulier, pour donner un plus libre essor à rima«« gination la plus féconde^la pUis riche, et. en n^éme temps la plus extravagante. Cependant on retrouve dans Roland Furieux tant de passages que pourrait récla«* mer la ipuse épique , qu'il nous était impossible de ne pas. dire ici. quelques mots de ce poème. D'ailleurs il réunit presque tous les^genres de poésie •, ,il est tantôt comique et tantôt satirique^ tantôt badin et licencieux, et tantôt noble, héroïque ^ descriptif et passionné. Il prend tous les tons, et toujours avec le plus grand suc- ,cès. Constamment maître &e son sujet, il semble ^e jouer avec lui , et quelquefois nous- laisse incertains si nous devons prendre ce qu'il dit au plaisant ou au sérieux. Rarement il est dramatique, il est presque aussi rarement sentimental ^ mais aucun pOète peut-être ne posséda mieuix que lui le talent de raconter et de décrire. Les scènes font tableau, les événemens se prissent sous nos yeux, et toutes, les circonstances en sont singulièrement pittoresques. Le style, très-varié, cojuvient toujours au sujet-, il est embelli de tous les charmes d'une versification douce et harmonieuse.
. Le Camoëns est Thonuçur. de la littérature portugaise , comme le Tasse fait la gloire de la littérature italienne ; ils étaient presque contemporains, cependant
le Camoëns publia son poème avant que la Jërasalem délivrée parût . Le sujet est la découverte des Indes orientales par Yasco de Gama, entreprise brillante , pleine d'intérêt pour la patrie du poète , puisqu'elle lui devait ses richesses et la, considération dont elle jouissait en Europe, te poète commence par nous montrer Vasco et sa flotte » au milieu de l'océan , entre 1,'ile de Madagascar, et la côte d'Ethiopie. Après quelques tentatives pour aborder , il trouve enfin l'hospitalité dans le royaume de Mélinde. Yasço » pour répondre au désir du roi, lui donne des détails sur l'Europe, sur l'histoire du Portugal, et lui raconte la partie de son voyage qui a précédé son arrivée à Mélinde. Ce récit occupe trois livres entiers ; il est bien conçu 5 il renferme un grand nombre de beautés poétiques, et n'a qu'un défaut, c'eist que le navigateur , en parlant des héros de la Grèce et de Rome , affecte une érudition tout-à-fait déplacée devant un prince africain. Vasco et ses compagnons continuent leur voyage ; les tempêtes qu'ils essuient , les obstacles qu'ils rencontrent , leur arrivée à Calicut et sur la côte de Malabar, leur réception et leurs aventures dans ce pays , enfin leur retour, remplissent le reste du poème.
L'ouvrage, dans son ensemble, est conforme au plan d'une composition épique. Le sujet et les incidens sont pleins de grandeur; à travers une espèce de désordre, on reconnaît une verve éminemment poétique , une imagination vive, des descriptions hardies, autant du moins qu'il est possible d'en juger par les traductions, puisque je suis privé de pouvoir lire l'original dans sa TOME m. 10
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propre langue. Le Camoëns n'a poiot ambitionné le mérite de peindre des caractères ^ Vasco est le héros du poème-, c'est le seul personnage qui y joue un rôle importaril.
- Le merveilleux, dans la Lusîade , est le comble de l'extravagance. C'est un mélange bizarre des mystères du christianisme et de la mythologie des païens , mélange disposé de manière que les dieux de ^ fable semblent être les seules divinités puissantes ; le Christ et la Vierge n'y sont que des agens subordonnés. L*auteurnous apprend qu'un des principaux motifs de l'expédition des Portugais est de propager la foi , et d'extirper le mahométisme. Dans cette religieuse entreprise,^ Vénus est la protectrice des Européens, Bacchus est leur divinité ennemie; ce dieu voit avec douleur les efforts de Gama pour éclipser la gloire dotit il remplissait les Indes. Les dieux s'assemblent, et, dansée conseil, c'est Jupiter qui prédit la chute du if&ahométisme, et la propagation du saint Évangile. Vasdo, bdttii par la tempétC) et sur le point de périr, implore le Dieu des chrétiens \ Jésus-Christ et la Viergele supplient d'acco^ der au héros le secours éclatant qu'obtirirent autrefois les Israélites au passage de la mer RQuge , et l'apôtre saint Paul dans son naufrage. Vénus se charge dusoin d'exaucer cette prière-, elle paraît, et découvre que c'est Bao chus qui a suscité la tetnpété ^ elle va Ven plaindre à Jupiter, qui rétablit le'calme sur l'océan. Un mei'veilleux si étrange et si déplacé montre combien peuvent s'égarer les auteurs qui adoptent cette opinion absurde, qu'il n'existe pas d'épopée sans l'intervention de$ diettx
d'Homère, Il est vrai qu'à la fia de l'ouvrage, l'auteur donne une espèce de correctif à sa mythologie ; mais ce correctif est fort maladroit. La déesse Tb^tis apprend à Vasco qu'elle-même et les autres divinités du paganisme ne sont autre chose que les expressions des grandes opérations de la Providence.
Il y a néanmoins ) dans la Lusiade, un autre genre de merveilleux qui n'est pas sans agrément. C'est une heureuse idée , par exemple , que d''avoir fait appa-^ raitre en songe à Emmanuel, roi de Portugal, le génie du Gdnge, qui l'invite à découvrir ses sources cachées, et lui annonce que les trésors de l'Orient lui sont réservés. Mais la plus noble conception du poète se trouve au sixième livre , dans le récit que Yasco fait au roi de Mélinde des merveilles qu'il a rencontrées pendant le cours> de sa navigation. Il lui raconte qu'au moment où sa flotte arriva au cap de Bonne-Espé-^ rance ,. qu'aucun navigateur n'avait encore doublé , il lui apparut tout à coup un fantôme énorme,, épouvantable, qui sortait du $ein de l'océan au milieu das foudres et des tempêtes ; sa tête se perdait dans les «uages, son attitude glaç§it d'effroi. C'était le génie ou le gardien de cette partie de l'océan inconnue jusque-là. Il parle, et, d'une voix semblable au ton^ nerre , il s'indigne que Vasco et ses compagnons osent pénétrer dans les mers dont il fut si long-temps paisible possesséhr,' et interroger les secrets de Fabîme qui ne furent jamais révélés aux mortels. Il leur ordonne de ne pas aller^plus loin , les menace , s'ils persistent dans leur entrepris , d^^ to^s les. maux qui,
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dans la suite, fondirent effectivement sur eux, et dis*paraît avec un bruit formidable. C'est une des fictions les plus nobles et les plus imposantes qu on ait jamais employées. Elle suffit pour montrer que si l'imagination du Camoëns sortait quelquefois des justes bomçs, au moins elle était grande et hardie (i).
Dans cet examen des poètes épiques , il serait injuste de passer sous silence Taimable ai^teur des Âven-* tures de Télémaque. Quoique son ouvrage ne soit point en vers , on peut cependant le regarder comme un poème. La prose mesurée et poétique dans laquelle il est écrit est singulièrement harmonieuse, et le style a toute rélévation dont la langue française est sus-> ceptible , même en poésie.
Le plan de Touvrage est en général très^bien conçu, le sujet ne manque ni de grandeur ni d'unité. Le poète est entré avec beaucoup de bonheur dans Fesprit et les idées des anciens , et particulièrement dans leur mythologie, qui, sous sa main, a plus de noblesse et de grâce que dans aucun poète moderne. Ses descriptions sont riches et pleines de beautés, surtout lorsqu'elles sont d'une nature ^ouce et calme , comme celles de la vie champétrç , des plaisirs de la vertu > des avantages et des douceurs de la paix, parce qu'elles
convenaient mieux au caractère de Fénebn. Il a mis
(i) Je u^ai point parlé de rAraucana , poèteie épique espagnol , par Alonzo de Ercîlla , parce que je ne connais point la langue dans laquelle il est écrit, et que je n'en ai jamais rencontré de traduction. M. Hajlay en a donné une analyse complète dans les noies de son Essai sur la poésie épique.
dans tous les tableaux de ce genre un ton aimable et tendre qu'il serait impossible d'imiter.
Les six premiers livres, dans lesquels Télëmaque ra* conte ses aventures à Calypso, sont la partie delVou* vrage la mieux exécutée, La narration en est vive et intéressante ; elle devient ensuite plus languissante , surtout dans les douze derniers-livres ^ eU^Mnai^que tout-à-fait de vigueur dans les descriptions de ce[inbat&. La critique la plus sérieuse que l'on ait faite dé cet ouvrage , considéré comme poème épique , a porté sur ces minutieux détails d'une sage politique dans lesquels Fauteur entre quelquefois , et sur les discours et les instructions de Mentor, qui se reproduisent trop sou^^ vent, et sont trcfp remplis des. lieux les plus communs de la njLoràle, Ces dé&uts étaient peut-être ûétessâîrefs pour remplir le but du poète, qui étaitde former Tes^ prit d'un jeune prince ^ mais la poésie épique ne saurait les excuser, parce que ^sçu^ objet' est de nous instruire plutôt par. le récit des actions , la peinture des carlatC'tères et l'expression des^sentimens, qu6'{la[r des dis^m tations régulières sur des points de moralôl
Presque tous les poèteS: épiques pnt donné Ih des-cription d'une descente aux enfers jet, datisTidée qu'ils se sont faite du monde invisible au^ mortels, on peut remarquer les progrès successifs des notions des hommes sur les récompenses et les punition^ d'une vie future. La descente d'Ulysse aux régions infiômàles, dans l'Odyssée, ne nous offre que des images très -confuses, mais effroyable^. La scèneest transportée au pays des Cimmériens^ toujours couvert de sombres nuages ,
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et situé aux confins de Tocéan. Lorsque le^ mânes des morts apparaissent à Ulysse, on sait à peine s'il est encore sur la terre, ou s'il a pénétre dans ses profondeurs. Tous les esprits de cet autre monde, même ceux des héros, sont mécontens de leur condition-, et lors^ que Ulysse cherche à consoler Achille en lui parlant du rang illustre qu il doit tenir dans ces régions , Achille lui répond tout nettement que ses discours sont dénués de sens , et qu'il aimerait mieux être un simple journalier sur la terre que de commander à tous les morts.
Au sixième livre de l'Enéide, l'on aperçoit déjà dans leis idées un perfectionnement qui atteste les progrès que: la philosophie avait faits dans le monde. Les objets quiche présentent au héros îiâroduit dans le séjour des mânes sont mieux dessinés , plus tiistincts, plus ^ands, plus imposans. Les' demeures séparées des bons et des méchans , les châtimens réservés à ceux-ci , le bonheur de^ autres y leurs douces occultations , sont décrits avec ar|:, et se trouvent en harmonie avec lés idées de la morale la iplus pure. Fénelon, dans sa descente àe Télémaque aux enfers, a encofce déployé uue philosophie bien plus sage que Virgile ^ ce sont cependant les mêmes fables , la même mythologie ; mais cette mythologie est éclairée par les lumières de la vraie religion, et embellie par le noble enthousiasme de l'archevêque de Cambrai. Lés détails qu'il donne sur le bonheur des justes sont autant de descriptions parfaites dans le genite mystique. ;
La Henriade de Voltaire est un poème épique régulier en vers français. Toutes les productions de cet
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^illustre. ë^i vain décèlent un génie extraocdinaire ^ 4us$i dans plusieurs endroits de son poème retrouve- tr on ces conceptions hardis , ces expressions heureuses et pleiQes de vivacité qi^i appartiennent particulièrement à r auteur. >Les comparaisons^ entre autres^ y sont neuves et magnifiques. Cependant je ne puis me résoudra à regajxler U ^ef^h^|^ çpiQiiie son chef «^ d'oeuvre ^ et il iBç semble avoir traité ]a tragédie avjec beaucoup plus 4e çucçès que Tépop^e^ On dirait .que la Vjeràif^fip tiQQ A^ç^iâ^ iGOuvient niial k la poésie épiquç*^ Putre qil'elle es(. taujoui^s géué^ par, la rime , la tangue ja'esj; p^s nou pla3 jsusceptibil^ 4^ prendre assez d'.éféyaticwf et 4e rvoblQ^) elle paraît plus propre k expripier ^ tend^^osse- 4aus upe trag^dift, qu'à s^e 4B<Mrteuir wr le toawblip^ 4e )a ppésieiépiqupA Ç'çst à,q.uoi pêut^étr^ U faut attribuer le style faible, et quelqiie&is lâcl^e. «el prosaïque 4^ ^.Hepriadej^iœi^jqMeil^ qu'en 30Jit î^ causal îl ipi'^ç^ quç trop vrai que le poèo^ langui^ sctUr veut; il n'ieajtraîne pas riipjagination du lecteur, et j^ luiiAspire p^s cet intérêt, cçt enthousiasme que doit pxoduif e une épopée pleine ,dç Vrervje et sifiblirae. . . Le)SUjeit de la Henria4g,est.le triojçapbe ^e Henri iv sur la Ligw^ V^ctiou du poèi^e, à proprement parler^ ne comprend que le siégç de Parî^ j c'e|t upe. action vélitable^Ue^twique , grande , intéressante , dan? l9qûelle le poète a observé IHinité et toutes les autres r^ègles de l'épopée. Mais on y trouve les deux défout^s que j'ai fuit i^marquer4awslaPharsa]e, c'est-à-dire, quel'ac- ■tion Q'est fondée que sur des guerres civiles , et ne nous oJSre qv^ des'images 4égQÛtaA,tes 4ç niaçsacrès et d'as-
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sassinats qui répandent sur tout Fouvrage une teinte lugubre. Cette action , comme dans Lucain , est aussi d'une date trop récente , et appartient à une partie trop bien connue de l'histoire. Pour remédier à cet inconvé-» nient , et éviter de ne paraître qu'un simple historien , Voltaire a mêlé la fiction à la vérité. C'est ainsi que le poème commence par le récit d'un voyage de Henri en Angleterre , et d'une entrevue de ce prince avec la reine Elisabeth , quoique tout le monde sache que Henri ne visita jai|uiis la Grande-Bretagne , et que des deux grands personnages ne se trouvèrent jamais réunis. Àa milieu de 'faits si généraleipent <;onnus, de telles fictions- choquent le lecteur.,, et forment avec là véAté historique un mélange désagt^able ^t de mauvais goût. Le poète a imaginé cet épisode pour trouver Ime'^céa-» sion de mettre dans la bouche de Henri le^'i^it âes préMers événemèns de la guerre civile j coifimie Énée raconte à Didon la ruine de Troie , et lé commenceraéiit de son voyage. Mais cette imitation est peu judicieuse* Il était naturel qu'Énée racontât à Didon deà événemens qu'elle ignorait, ou qu'elle n'avait appris que sur des rapports imparfaits y mais peut-on supposer que la reine Elisabeth n'était pas exactement informée de tout ce que Henri vient lui apprendre ?
Pour embellir son sujet , Voltaire a prodigué le mer* veilleux , et j[e suis encore obligé de le blâmer à cet égard , parce que son genre de merveilleux est du plus mauvais goût ; c'çst celui qui convient le moihë à la poésie épique , puisqu'il se compose d'êtres allégoriques , comme la Discorde, là Politique , l'Amofir j tous
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t/oîsy revétas d'une forme humaine, se mêlent auicac- ^ tions des hommes , et jouent un très -grand rôle dans* rintrigue du poème , ce qui est contraire à toutes lés règles posées par la saine critique. La croyance populaire a personnifie les esprits, les auges, les démons , et Fon peut supposer qu'ils existent réellement *, ms^is oii sait que les êtres allégoriques ne sont que la représentation des passions>des honfmes ou de leurs dispositions morales. Onipeut les employer comme prosopopées ou figures de langage ; et , dans un poème entièrejnènt allégorique , leur faire jouer les principaux rôles ; c^est là qu'ils sont véritablement à leur place *, mais dans un poème qui n'a pour sujet que des actions humaines , lorsque ces êtres agissent, concurremment avec des hommes^ l'imagination s'y perd, et, comme je l'ai déjà fait observer plus haut , partagée entre des êtres réels et des êtres falntastiqûes , elle ne sait à quoi se fixer. - Cependant j pour rendre justice à Voltaire, il faut dire que l'intervention de saint Louis est une fiction fort heureuse et (rès-noble. L'un des plus beaux passages de la Henriade^ je dirai même d'aucun poème , est le songe dans lequel , au septième livre , saint Louis transporte Bourbon dans le ciel et aux enfers. La mort amène devant Dieu les âmes de ceux qui ne sont plus'v toutes ces âmes, qui appartenaient à des contrées différentes , à des sectes' diverses, s'étonnent de se trouver ensemble en présence du même Dieu , s'étonnent de la fausseté de leur superstition , et, tout à coup éclairées païf la, vraie lumière,
• Attendent , en tremblant , T étemelle' sentence.
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Le pdais du 0estin s'ouvre pour Henri ^ il y voit hA portraits dès rois, sa postérité, et ceux des >grands: hommes que la France doit produire. Ces fictions sont frappantes, magnifiques, et font le plus grand bon* neur au génie du poète français.
Dans ce bel ouvrage, quelques épisodes ont san& doute une étendue snfliisan te ^ cependant la narration y est en général trop rapide vies événemens y sonttrop pressés , et racontés d'uœ ïnanîère trop sup^cieUe^^ c'est peut-être une des causes poi^r lesquelles ce poème ne produit qu'une impression assez faible. Les iSMlir! mens y sont nobles et élevés*, la religion y paraiHioii^ jours grande et majestileusé , et partout respire; aei esprit de tolérance, cet amour, de T humanité qfn:«niH mait Voltaire , et qu'il se plaisait à répandre sur tant ses ouvrages. . i'
Milton , dont il nous reste encore à parler, js'esit fruyié en poésie une route nouvelle, et.to»irà-fait extra<»ndi« naireJ En ouvrant son Paradis perdu y nous nous traulvons tout à coup transportés dans un -monde invisible^ environnés d'êtres célestes et d'esprits infèrnatix;. 'Lés anges et les diables n'y sont pas des moyens de^merr veilleux, ce senties principaux personnages du poàmej et ce qui, dans un autre ouvrage , serait une ficliiwl^ n'est Kl que l'eiFet du cour& naturelles cbosesi: JJÀ sujet si ditférent de tout ce que nous voyons ici-b^à pu conduire ceux qui attacihent de. l'importance à de semblables discussions, à douter qu'il fût possible de mettre le Paradis perdu au nombre des poèmei» épir ques. Mais quelque nom qu'on viettiUe liû. donmer, il
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est incontestable que ce ne soit une des plus belles conceptions du génie poétique ; et que, pour la grandeur et le sublime , les deux caractères essentiels de, répopée, il ne soit au moins de niveau avec tout ce qui porte le nom de poème épique,
Milton fut -il heureux dans le choix deso|i sujet, c'est cfe que l'on peut mettre en question. Ce sujet lui ouvrit une camère irès-diiBcile à remplir. Si , au lieu de pénétrer dans -les mystères de la théologie , il eût célébré un événement humain qui lui eût offert l'occasion de peindre quelques scènes de la vie , et de développer les caractères et les passions des hommes, son poème eût été un peu mieux goûté du commun des lecteurs. Le sujet qu'il a préféré convenait mieux à la bauteur sublime de son génie (i), mais il ne convenait qu'à Milton^ lui seul pouvait déployer ces trésors d'une imagination prodigieuse. On s^étonne qu'avec un petit nombre de matériaux, puisés dans l'Histoire sainte., il ait formé un tSdifice si complet et si régulier, composé «n poème si rempli d'une multitude d'incidens divers. Quelques passages ont., il est vrai, de la sécheresse et
^i) Milton semble avoir bien connu la poriêè de son génie; il semble avoir senti que la nature avait été plus libérale envers lui qa^«n vers les autres, et qu'elle lui avadt accordé le ^u^i^kr de donner plus d'étendue à ce^ qui est vaste , plus d'éclat à ce qui brille, plus de majesté à ce qui est imposant, plus de profondeur aux ténèbres, plus d'horreur à ce qui est effroyable. Aussi a-t-il fait choix d'un sujet sur lequel il pouvait donner un libre essor à son imagination sans craindre ^'êtr« accitsé d'extrarag^ooe^
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de la dureté ^ quelquefois Tauteur s'est montré plus métaphysicien que poète. Mais Fouvrage , dans son ensemble, est plein d'intérêt; il frappe Timaginatiôn , il s'en empare ; nous nous sentons plus entraînés à mesure que nous avançons, et c'est la preuve la plus certaine du mérite d'une épopée. Les objets nombreux qui se succèdent continuelletnent, la scène transportée tour à tour sur la terre , dans le ciel et au fond des enfers , jettent assez de variété dans le poème, lorsque d'jailleurs l'unité s'y trouve parfaitement bien observée. Adam et Eve, dans le paradis terrestre, nous :ramènent aux douces occupations d'une vie paisible *, les entréprises' de Satan, la guerre entre les anges rebelles et les célestes légions, nous présentent des scènes vives et tumultueuses. L'innocence, la pureté, l'amabilitié «le nos premiers parens, forment dans tout le poème un heureux contraste avecTambitieux orgueil duprincç^des démons. Le dénouement, comme je l'ai déjà fait remat^ quer, est seulement trop tragique pour une épopée.*
Le sujet, par sa nature, ne donnait pas lieu à de grands développemens de caractères*, mais ceux que 4è poète a introduits sont soutenus avec beaucoup d'art. Satan, entre autres, produit un effet frappant. C'est le personnage le mi^ux dessiné de tout le poème. Miltop ne l'a pas représenté sous les traits que nous donnons ordinairement aux esprits infernaux : il convenâk da*vantage à son but demi prêter une physionomie humaine, c'est-à-dire un caractère qui ne fût pas encore entièrement dépourvu de bonnes qualités. Il est brave, fidèle à ses légions^ son impiété ne le rend pourtaiM
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pas incapable de remords ; il éprouve même pour nos premiers parens un intérêt quiToblige à se justifier, et à rejeter sur Timpérieuse nécessité de sa situation Fhor-reur des projets qu'il a formés contre eux. Il agit moins par méchanceté que par ambition et ressentiment. Enfin , le Satan de Milton ne se montre pas plus odieux que la plupart des conspirateurs et des chefs de factions qui jouent un rôle dans Thistoire. Les caractères de Beelzebuth , de Moloch , de Bélial^ sont admirablement peints dans les éloquens discours du livre second. Les anges du Seigneur, quoique représentés sous les traits les plus nobles, ont cependaiit quelque chose de plus uniforme que les esprits infernaux, quoique Raphaël et Abdiel montrent des caractères bien prononcés, le premier f par sa douce soumission, Fautre, par sa fidélité inaltérable. Peindre Dieu au milieu de sa gloire, rapporter les entretiens du Père et du Fils, était une entreprise difficile et hardie-, et, comme on pouvait s'y attendre, c'est effectivement celle où le poète a obtenu le moins de succès. Quant aux caractères humains , l'innocence et les amours de nos premiers parens sont exprimés avec une grâce et une délicatesse infinies. Adam, eu égard à sa situation, est peut-être trop recherché dans les discours qu'il adresse à Eve et à Raphaël. Eve a mieux le caractère qui lui convient^ elle a toute la douceur , toute la modestie et toute la faiblesse d'une femme.
Mais c'est dans le sublime que Milton a montré surtout un génie supérieur-, peut-être même l'emporte-t-il sur Homère-, du moins il est incontestable qu'il laisse
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un ouvrage si long et presqae toujours si harmonieuic. Considère dans son ensemble, le Paradis perdu est un poème qui renferme un grand nombre de beautés de tous genres 9 et qui, malgré ses inégalités, place Mil ton au premier rang parmi les poètes. Le génie, dans sa hardiesse et son élévation, ne peut pas être toujours régulier et correct. Milton s'égare trop souvent dans la théologie et la métaphysique; souvent son style est trop dur, souvent il pousse jusqu'à Tabns remploi des expressions tediniques, et fait trop pa^rade de son érudition ; mais la plupart de ses défauts doivent être attribués au siècle où il vivait. Il montre une vigueur de génie, une étendne de conception capables d'atteindre à tout ce qu'il y a de plus grande quelquefois il s'élève au-dessus de tous les poètes, quelquefois aussi il tombe même au-dessous des phis médiocres.
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