‹ Leçons de rhétorique et de belles-lettres (volume 2)Chapitre 18 sur 52 · TOME III. i · texte numérisé non relu

TOME III. i

vive impression, tout leur extérieur avait besoin de sertir des proportions ordinaires. Mais ce qui. est car- . tain, c'est que, comme les spectacles étaient Famuse^ ment favori des peuples de la Grèce et de Rome , le$ soins qu'ils y donnaient, la magnificence et la pompe qu'ils y déployaient surpassaient de bien loin tout ce que les modernes ont tenté dans ce genre.

La trpgédie>s'est montrée avec beaucoup d'éclat, et a été conduite jusqu'à un très - haut degré de dignité par quelques poètes français , et principaIem[/Bnt .p^gr Corneille, Racine et Voltaire. Il faut leur s^ceotder d'avoir perfectionné ce bel. art, en introduisant cUns leurs pièces un plus grand nombre d'incidens , -en y faisant jotier des passions plus variées, en y développant davantage les caractères , et par conséquent en jetant sur leurs sujets un intérêt plus vif. Ils se sont appliqua à suivre la régularité des andens modèles. Scrupuleux observateurs des trois unités, ils n'admet-tent que des séntimens pleins de noblesse, et leur style eslpresi[ne toujours élégant et poétique. Les Anglais sont peut-être fondés à leur reprocher de manqlier de chaleur, de force et de vérité dans le langage des passions. Il y a, dans leurs pièces, trop de convejsations, et pas assez d'action. }'at fait observer plus haut qu'ils se jetaient trop dans la déclamation, lorsqu'ils voulaient*paraître passionné^ ] qu'ils étaient trop recherchés lorsqu'ils devaient n'être que simples. Voltaire convient avec franchise de ces défauts du théâtre français. U avoue que les meilleures tragédies ne font pas sur le cœur des spectateurs une impression assez pîofonde ; que le • ton de galanterie.

qui y règne , Tétendue et la subtilité du dialogue y jettent souvent beaucoup de laûgueur; que les auteurs semblent craindre d'être trop tragiques -, à cet égard , il exprime avec éândeur.son opinion, qui est que, pour rendre une tragédie parfaite , il faudrait réunir la véhémence et Faction qui caractérisent le jthéâtre an* glais à la correction et aux biensésinces^ toujours res* pectées sur le théâtre français.

Corneille , 'que Von peut avec justice appeler le père de la tragédie en France., se distingue par la noblesse et Vélévation de ses sentimens, et par la fécondité de son imagination « Son génie était sans doute extrême- H^ent riche , mais il semble moins propre à la tragédie ^u'à Tépôpée ;-car il a, en général, plus de pompe et d'éclat que de douceur et de sensibilité. Cest de tous Içs tragiques français celui qui s'est le plus livré à là déclamation. Il unit Fabondance de Dryden au feu de Lueain, et il leur ressemble encore dans leurs défauts, e^est-à-dir^ qu'il à les écarts de l'un et l'impétuosité de l'autre. Ses tragédies, très-nombreuses, sont bien loin d'être d'un mérite égal. Les meilleures et les plus estimées sont le Cid , Horace, Polyeucte et Cinna.

Racine, comme poète tragique, est bien supérieur à Corneille. Il n'avait ni la grandeur ni l'abondance de son imagination ; mais il avait aussi moins d'en^ure , et bien plus de sensibilité. Peu de poètes sont plus tendres et plus touchant que Racine. Phèdre, Andromaque, Âthalie , Mithridate , sont d'excellentes compositions dramatiques , qui font infiniment d'honneur au théâtre français. Son style et sa versification sont admirables.

De tous les auteurs de la même nation , c'est celui qui me semble parler Je mieux la langue poétique, qui me semble avoir fait de la rime Fusage le plus heureux, et l'avoir employée avec le plus d'harmonie. Voltaire a répété plusieurs fois qu'Athalie était le chef-d'œuvre de la scène française. C'est une tragédie entièrement dans le genre sacré, qui doit presque toute sa dignité à la grandeur de la religion; mais elle est bien moins touchante et moins intéressante qu'Andromaque. Racine a suivi deux fois les plans tracés par Euripide ; Phèdre est une très -belle pièce, et l'emporte, selon moi, sur Iphigénie, dans laquelle le poète a dégradé le caractère antique par une galanterie déplacée. Achille est un amoureux français, et Éryphile une princesse de notre siècle (i).

(i) On lira sans doute avec plaisir ces vers dans lesquels un poète français a fait sentir d« la manière la plus heureuse la différence qui exîste'entre le génie poétique de Corneille et celui de Racine :

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