CORNEILLE
Illum DObiUbus maj estas evehit alis ' Vertice langentem nnbes : staot ordinelongo, Maganimi circùm heroes, falgentibus omnec Induti trabeis; Poljeuctus, Ginna, Seleticus, 1^ Et Gidus , et rugis signalus IloralittS ora.
racine;.
Hano circumvolilatlf penii& alludente, Cupido, ' Vincla triumphatis instemens florea'scenis; . Colligit hsec mollis genius, levibusque catenis Hcroas stringit docilesi Pjrrrh.osque^Titosque
ET DE BELLES-LETTRES. 2i3
Voltaire , dans plusieurs de ses tragédies , s'est soutenu à la hauteur 4e ceux qui Font précédé dans la carrière; il les a même surpassés sous un rapport bien essentiel, celui des situations ^u'il a su rendre à la fois plus délicates et plus intéressantes. Cest là ce qui fait son principal mérite. A la vérité^ il n est pas exempt des défauts que Ton peut reprocher à t(}us les tragiques
Pelidasque, ac Hippolytos , qai sponte &eqattntar •'
Senritium , facUesque ferunt in yincaia palmas. -
iBgentes nimirùm animos Cornélius ingens,
Et quales ha'bet ipse , suis heroibus afflat
Sublim.es sensns, tox oUi mascula, inagnum os,
lïec mortale sonans. Rapido finit impetu vena ^
Yena Sophocleis non inficienda fluentis.
Racinius Galiis faand TÎsoa anle theatris
MolUor ingenio teperos indusit amores.
Magnanimos quamvis sensus sub peçtore verset
Âgrippina , licet Romano robore Burrhus , ' '
Polleat, et magni generoM superbia Pori
Ifon semel eniteat, tamen esse ad moUia natum
Credideris Tatem; tox oUi mellea, lenis
Spiritus est, non ille a^mis ▼im concitus infert,
Ât coBcos animorum aditus rimatur, et imis.
Mentibus occultos , syren penetrabilis , ictus
Insinuans, pblpando feril,. lasditque placendo.
Vena fluit façili non iulermissa nitore ,
THee rapidob semper volril cum murmure fluctus,
Agraine sed leni fluilat. Seu gramina lambit
RÎTulus.; et cœco per prata virentia lapsu ,
Âufugiens , tacita fluit indeprensus arena i . .
Flore micant ripœ illimes; hue vulgus amanlum
Convolât, et lacrymis auget rivalibus lindas :
SingultuB andœ referunt; gemitusque sonoros t
Ingeminant , molli gemitus imitante susurro.
Témpfum Tmgœdke^ per Fr. Màrst . ° • Societalc Jesu«
2i4 COURS DE RHÉTORIQUE
dé sa nation, c'est-à-dire qu'il manque de force, qu'il esl trop long dans ses discours , et que souvent il tombe dans la déclamation^ mais ses caractères sont tracés avec esprit, ses incidens sont pleins d'intérêt, 0ï ses pensées d'élévation. Zaïre, Alzire, Mérope et FOrpheliii de la Chine sont quatre chefs-* d'oeuvre dignes de la plus graiide admiration. Ce qu'on n'aurait peut «-être pas attendu de lui, c'est que, dans ses sentimens, il est de tous les poètes tragiques le plus religieux et le plus moral.
Quoique les drames lyriques de Métastase n'aient point le véritable caractère de la tragédie , cependant ils s'en rapprochent de si près, ce sont d'ailleurs des productions si estimables , qu'il serait injuste de les passer sous silence. Ils soiit en effet très-remarquables par l'élégance du style, le charme de la poésie et la beauté des sentimens. Kemplis d'incidens ingénieux et intéressans, le dialogue; par sa rapidité et sa concision, y a beaucoup de ressemblance avec celui des anciennes tragédies greciques , et surtout est plus naturel , .plus animé , et bien moins déclamatoire que celui du théâtre français. Mais la brièveté des pièces , et le mélange , nécessaire il est vrai, de la poésie lyrique, s'opposent au développement complet des Incidens et dés caractères , et n'ont pas toujours permis .au poète de préparer les événemens avec l'art et le soin que la vraisemblance exige dans une tragédie.
U ne nous reste plus qu'à parler de l'état de la tragédie parmi nous. Son caractère général est d'être plus animée, plps passiotinée, mais aussi moins régulière
:Et DE BELLES-LETTRÉS. ai5
et moins correcte, mcMoa élégante et moins soumise aux bienséances que h tragédie £rançaise|. H faut ne point perdre de vue que le pathétique est Fâmeide la tragédie ; aussi doit'^on accorder à. FÀnglet^rre d'avoir pàrticulièrements cherché à atteiadre. le but le pla9 essentiel dé Tàrt, quoijqùe dans Texécutioii nous n'ayons pas toujo^irs su joindre au pathétique les autres.gepres de beautés qui devraient en être insépàfables.
Le premier objet qui se présente à nous en parlant du théâtise anglais, c'^stle grand Shakesrpeare. Il mé-^ rite ce nom de grand, parce qtie, dans la tragédie comme dans là comédie v son génie naturel Jn' a point trouvé d'égaux pour l'étendue et la force (1)5 mail aussi c'était lia génie sauvage , que le goût> iriivt et l'instruction ne guidaient pas assez, ^akéspêare ei^t depuis Ibng- temps l'idole de sa nation..^ie n'art-Km pointait, que n'a-t^on point écrit sur lui £ ILà^est ipail ' un de sdi tÂbts que la:€ritiqiien*ait' passé eu reylie-, etccrpenidant on doute enicore si $es beautés 0Ui-se$
(i) Drydebnous a laissé un portrait de Shakespeare aus^i remarkjiiiible pat sa- resannblànce, que |iar.U>^l^ni ei TiéJéT- Çapcsr avec* lesquels il est traicé s i« iShak^^piQf^t?, 4it'41;9 avait te l^me ^ffins éledâue et pLut sëAS^ihla .qn'«|i^lU» :p0è^^ ipo^
derae , et peut '^ être méaîe t|u^ai^diÉi> pj[ràli}.'4eiJi')eif)tjq^u)té.
Tautfis lej» împressÎQns ^ue peut- pcodÂîre ^Ai^^^Hce.. lui « étaieo€ sboà cesse préseùtf^ y et'ii le^ exprifviaitaç^q^ ^n^ « et arec use Vjérité fràppaiite^ L^objej^ qu]il décrit > npu*-^jeur «. lement do -le voit^ iu4is. e«cQre 6b Uf 1 ka«^clif(. >J#e repr/t^Ke M q&WiîM feit,qU>elti^foi^(i0 ïma^q^/B^4!4ftdf8,,.ef^i)^^^ plus « grand éloge que rojir.pùJfiA?; lui diPun/erf W,;ii^J^|if:(9 Sfiul^
ai6 • COURS DE RHETORIQUE
défauts remportent. Ses pièces sont pleines de. scènes et de passages admirables 9 il y a des morceaux auxquels on ne peut rien comparer : mais aussi il n'en est jpeut - être pas une que Ton puisse appeler véritablement bonne , ou q«e Ton puisse lire avec un plaisir ëgal depuis le commencement jusqu'à la fin. Outre Textréme irrëgularité de sa marche, et Tamalgame étrange de sérieux et de comique dans la même pièce , on est à chaque instant, offusqué par des pensées J)izarres, des expr^sions dures, un phœbus ininJLelligible, et des jeux de mots qui ne finissent point-, çt ces tadtes se reproduisent presque toujours dans les endroits où Ton voudrait le moins les rencontrer. Mai» Shakespeare rachète ces défauts par les deux plus granidesf qualité que puasse posséder un poète tragique ^ je v)âi|x,dire la peinture vive et variée des caractères, et Texprèssion forte et vraie de& passions. Cest là tout son nvéïite., et il n'est pas possible de ie lui contester.. Malgré ses jDU)m-' ' breuses absurdités , il semble , quand nous Usom ■- ses
« était son guide. Ce ti'*est point dans les livres qu?il avait • appris àia; connaître. Il descendait au fond de son Gœ«r,-et tt c'est là qu'il 'la d^ouVrait. Pavoue qu'il n'est pias toujours H égal à Ini'-fnême; a^l l'avait été ce ne serait pas assez de « le comparer aux- bommles que leur génie a élevés 4iu*dessus «•ikt iears s«nibUbles. Quelquefois il s'abaisse ; beaucbap •I trop; son comique dégénère en burlesque, il met de l*en- « flure dans les endroits les plue sérieux , mais il se montre « toujours grand dans les occasions où il doit l'ètrel ^ ('Qrj^ den, Essai sur la poésie dramatkpie.)
ET DE BELLE S -LETTRES. :a^7
pièces ,'que noùs^sommes au milieu de nos. semblables^ nous voyons des personnages vulgaires dans leurs moeurs , durs . et grossiers dans leurs sentimei^â ; mais ces personnages sont véritablement des hommes , ils {ladeo^; le langage de tous les hommes^ ils éprouvent les passions des boiames; nous prenons Un vif intérêt Â'ieurs discours et à leurs actions, parce que nous sentons qu'ils sont d'une^iature parfaitement, analogue à là nôtne*. Ne soyons .dpno pa& surpris si les spectateurs , ^tesayoir entendu rde^ compositioua pluis polies et pins régulières 9 mais plus froides et moins naturelles, -retournent avec plaijsir à ces représéiitations de la nature humaine, si pleines de feu et de vérité. Shakespeare: .a encore 1^ mérité de s'être créé un monde ti'étres surnaturels^ Ses .Sorciers, ses fantômes, ses fées, Eseâtesprils de toute espèce sont. environnés d'un my^ iérî^x si extraordinaire iet si imposant v ils parlent un lan^pgeqai convient! 6i>bien au rote qu'ik jpuent, que leiir apparition irstppe^oùjours vivement Tima^natiOn du spectateur. Sesjdç«xicbefs-d!<euvrè:, les deusL tragér <]ies 4dH9 desquelles il a le mieux déployé, selon moi, toute la force de son génie , ce sont Othello et Macbeth. <^uant à sespièces historiques, ce ne sont , à proprement^ parler, ni det ^Irbgédies , ni des comédies , mai$ bien des.cçmpôsitionç ilramatiques d'une espèce toute particulière , dans lesquelles l'auteur n'avait en vue que .^e rappeler les mœurs des temps où il transporte ses •différentes seè^^^, d'en représenter les principaux personnage8f|),eti de «reporter notre imagination., sur les
ai8 COURS DE RHÉTORIQUE
évënemens lies plus intëressans de Thistoire de notre patrie (t).
Après Shakespeare, nous pouvons citer en anglais
plusieurs tragédies détachées d'un très -grand mérke,
^mais nous n*avons qu'un bien petit nombre d'àutèur;
dont toutes le^ pièces soient dignes d'une critique part-
ticulière, ou de grands élojges. Dans les tragédies dé
Dryden et de Lee, il y a beaucoup de chaleur, mais
trop d'enflure et dé mauvais goût. LeThéodoce ou là
force dePamour, par L/ee, est la meilleure de ses pièces;
et dans quelques-unes deses scènes , il ne manque iii
de feu ni de sensibilité , quoique le plan en soitroma*
nesque et les pensées extravagantes^ Otway était doué
du génie de la tragédie, et il Ta déployé d'une manière
supérieure dans l'OrpheKn et Veittse sauvée ; peut-être
même ést-il ttop- tl^gique , carc les infortunes dpnè-il
nous rend, le témoin arrachent des Jarmes araèqu^^el
déchirent llâme/Cesl: «fans douti8/4in éeriyai]|^ip)aî|à
d'esprit et d'imagination, m^is>èn p]|âm&tedfiprgnos8Îet
et ^ns godt. Il li^est pciint de tragédies moins moiales
que iéâ^^iennes ; on n^y trouve aacun sentiment gëoér
renx^ * aadine 'pensée noble ; «lies >8ont au * cohtoaire
écrites sur un ton fort licencieux, qui forme un parfidE
êbiltraste avec la bienséance jobâerviée ipac les Franit
(0,0n trouve dans TËssai dq madame Monta^u sur m ouvrages et le génie de Shakespeare , une défenW excellente dis ies ptèc'ek'liistoriqaes', ét'ties observa€kMsfort'jii^es-s«k' ses diCPér^ns geAi^s de Mérite cbmme poêle tËagique^ciii':
ET DE BÈILES.XETTHEB. aig
çais. Cet autear a trouvé le moyen de mélçr aux plus profondes horreurs , des obscénités et des allusions dëgoûtantes. '
Les tragédies de RoVt^e sont d'un^genre bien opposé^ toutes les pensées j sont grandes etWbles^. La poésie en est souvent ttès-bonne et le style^ toujotirs pur et ^egant. Maïs , dans la plupart de ses pièces , il est trop froid, trop peu intéressant, et pkitôt fleuri que tra* gique. n en est deux cependant auxqpielles il serait injuste d'appliquer ce reproche, cesont Jàne Shpre et la belle Pénitente : il y a dans toutes deux un assez grand nombre de scènes tom^hantes et véritablenieat ^thétiques pour justifier les applaudisseraens qu'ejks Ofift toujours reçues. '
' La Vengeance, par le doc^eurYoung, est une pièce où Fon découvre de la chaleur et dugénie, mais où il y ap^u de sensibilité*, les passions qui en font le s^jet sont t4*op cruelles^ trop odieuses. Dans TÉppuse éplcH rée, deCongPève-, il y a quelques situations intér^s^ santés et unetrè^belle poésie. Les déox premiers aole^i^ sont admirables', la rencontre d'Almérie et devsoÀ épOtix Ôsmyn Siu tombeau d'Anselmp est une des^^a-^ tions les plus belles et les plus frappantes que Fon puisse trouver dans une tragédie. Hans la Lecture pré^ cédenie^ j'aifàit sei&tir les défauts du dénouementi Les tragédies dé M. Thomson sont trop remplies d'ùnk morale sévère qiji leui^ donne deUa dureté et' de la i^aîdeur. Tancrède et Sigrsmpndé esii sion dief-d'œuvi^ , et elle mérite, 'pbur Tintrigue , les earacières étales pe^iées, d'étrè'pla^éeîparmi les meilleures 'pièces 6a
2ao COURS DE RHÉTORIQUE
théâtre anglais. Il n'entre point dans le plan que je me sui» propose de parler des pièces modernes ni des auteurs vivans. •
En jetant un coup d'œil général sur les compositions tragiques des différenspeuples , voici le caractère qu'on peut assigner k chacune. La tragédie grecque est T exposition d'un événement triste et malheureux, dom la cause est une passion ou un crime, et plus souvent encore la volonté des dieux ^ cette exposition est simple, presque sans incidens , mais pleine de naturel et relevée par la poésie des chœurs. La tragédie en France est une suite de conversations élégantes sur diverses situations tragiques et pleines d'intérêt^ à ces conversations se joignent peu d'action et de véhémence , mais elles sont embeUies de tous les. charmes de la poésie, et l'on y observe scrupuleusement les bienséatices. Les tragédies anglaises mettent devant nos yeux lés combats des passions les plus fortes , toute leur violeace et leurs suites funestes *, mais elles reposent souvent sur un plan irrégulier; elles abondent en action et produisent sur l'âme du spectateur une impression trop douloureuse. Les tragédies de l'antiquité étaient plus simples et plus naturelles , celles des modernes ont plus d'art et sont plus compliquées. Chez les Français il y a plus de correction , chez nous plus de chaleur. Andromaque et Zaïre attendrissent le cce^r; Othello ^et Venise sauvée le déchirent. U est fort remarquable que les trois chefsd'œuvre de la scène française reposent sur un sujeli religieux, l'Âthalie de Racine, le Polyeucte de Cor-, neille-, et la Zaïre de Voltaire. La première est fondée
sur un passage historique de T Ancien-Testament *, dans les deux autres , le malheur du principal personnage vient de son attachement à la foi des chrétiens , et dans toutes les trois le poète a fait le plus heureux usage de la grandeur et de la majesté des idées religieuses.
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