LECTURE XLVII
DB LA COMÉDIE EN GÉNÉRAL , DE LA COMÉDIE CHEZ LES GRECS, LES ROMAINS, LES FRANÇAIS ET LES AÏDIGLAIS.
La comëdie se distingue assez de la tragédie par son esprit particulier et le ton général qui y domine. Tandis que la pitié , la terreur et toutes les grandes passions forment le domaine de Tune, le principal et peut-être le.seul instrument de l'autre, c'est le ridicule. La comédie n'embrasse ni les grandes infortunes, ni les grands crimes des hommes -, elle retrace le tableau de leurs extravagances , de leurs vices ; elle saisit les caractères qui présentent quelques bizarreries aux yeux de l'observateur, qui donnent prise à la critique , qui exposent certaines personnes à devenir l'objet de la risée des autres, ou les rendent incommodes dans la société.
La comédie , considérée comme une représentation satirique des folies et des imperfections des hommes, est un genre de composition très -moral et très -utile, dans la nature et le plan général de laquelle la censure n'a rien à reprendre. Polir les mœurs des hommes, appeler leur attention sur les bienséances qu'ils doivent observer, rendre surtout le vice ridicule, c'est être véritablement utile à la société. La plupart des vices résistent moins au ridicule qu'aux argumens solides et aux attaques sérieuses. Mais il faut convenir, d'iin autre
cote 9 que c est une arme difficile à manier, qui , dans une main maladroite ou malintentionnée, peut être aussi fatale qu'elle eût été utile dans une Jnai^ sage et expérimentée^ car le ridicule n'est pas, comme on Ta dit quelquefois , la véritable pierre de touche de la vérité. U peut, au contraire, nous séduire et nous tromper par les couleurs qu'il donne aux objets *, et il est souvent plus difficile de juger si ces couleurs sont naturelles ou fausses, que de distinguer Terreur de la vé^ rite. Des auteurs comiques ont trop souvent poussé la licence jusqu'à couvrir de ridicule les caractères et les objets qui le méritaient le moins. Mais ce n'est pas à la comédie même qu'il faut en faire le reproche , on n'en doit accuser que la dépravation de ces écrivains. Dans la main d'un auteur sans moeurs et sans probité, la comédie peut devenir un instrument de corruption \ dans celle d'un homm^ vertueux , elle sera un amuse* ment non - seulement innocent et gai, mais encore louable et utile. La comédie française est une excellente école de mœurs , tandis que la comédie anglaise ne fut trop souvent que l'école du vice, ,
Les règles que , dans la Lectuce précédente , j'ai don« nées sur l'action dramatique dans la tragédie, sont également applicables à la comédie, aussi ne nous y arrêterons-nous pas long-temps. U est nécessaire qu'il y ait dans l'une comme dans l'autre une unité d'action et de sujet-, que l'jinité de temps et de lieu soit observé^e autant que possible, c'est-à-dire, que le temps de l'actipn soit renfermé dans de justes limites, et que le lieu de la scène ne change point , au moins pendant le cours
du même acte. Les scènes ou les conversations successives doivent être liées les unes aux autres. Le théâtre ne doit jamaris rester vide pendant la durée d'un acte, et les personnages ne doivent point entrer ni sortir sans un motif évident pour le spectateur. J'ai démontré que le but de ces règles était ^e rapprocher le plus possible Fimitation de la réalité; car une imitation ne nous plaît qu'autant qu'elle est exacte, et par cela même, il importe peut-être d'observer ces règles plus rigoureusement encore dans la comédie que dans la tragédie. En effet, le sujet d'une comédie nous est presque toujours plus familier, et comme il doit ressembler à ce dont nous sommes souvent témoin dans le cours de la vie , nous jugeons plus aisément de sa vraisemblance ; lorsqu'il en manque nous en sommes plus vivement blessés. Il ne faut jamais perdre de vue que le principal mérite d'une comédie consiste dans la vraisemblance et le naturel de l'action , des caractères et des pensées.
La tragédie peut emprunter des «sujets à tous les siècles et à toutes les contrées ; le poète tragique place la scène partout où il lui plaît, il choisit une action dans l'histoire de sa patrie ou dans celle d'un autre peuple, et peut la prendre à toutes les époques , même aux plus reculées. C'est le contraire dans la comédie , et la raison en est fort simple. Les grands vices, les grandes vertus, les grandes passions sont les mêmes chez tons les hommes , dans tous les siècles et dans tous les pays ; et partout, comme dans tous les temps, ils fournisseot des sujets à la muse tragique. Mais les bienséances
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exigées dans la sociëté^'Ies' nuancés délicalbe^ des ea-» ractères dans lesquels la comédie puise ses sujets, changent considérablement selon les payis etjés âges; et ne sont jamais aussi bien saisies par des étrangers que par les habitans même d'une contrée. Nous nous attendrissons aux malheurs des héros de |a Grèce et de Rome comme aux infortunes des hëro& de nôtre patrie; mais nous ne sourions au ridicule de certaines moeurs ou de certains caractères qu'autant que icés mœurs et ces caractères nous sont connus. U est doncévident quç la scène et le sujet d'une comédie doivent être choisis parmi nous , et au siècle où nous vivons^ Le poète co-? mique qui vise à corriger les imperfections et les folies de ses semblables, saisit leurs mœurs et leurs ridicules à mesure qu'il les voit jse former. Son devoir n'est pas de nous divertir par une fable empruntée au siècle.précédent, ou par quelque intrigue françaiçe ou espagnole, .mais bien de nous présenter des tableaux dont les originaux se trouvent parqai nous , do poursuivre avec les traits de la satire les vices de notre temps » det montrer au siècle une copie fidèle de lui-m^me , de $0U' goût dominant, de ses travers et de ses vices. C'est là le seul moyen de donner à la récréation qu'il nous offre quelque importance et quelque dignité. U est vrai que Plaute et Térence n'ont pas suiyi ce précepte*, ils. ont placé la scène de leurs comédies dans la Grèce , et puisé leui^ sujets dans les moeurs et dans les usages d^ cette^ nation. Mais il faut se souvenir qfi'au tei^ps où ils écri* vaient , ce genre d'amusement était nouveau pour les Rpmains. Aussi ces deux auteurjSi se contènlèrent-ils
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d'imiter, quelquefois même de traduire littéralement, les pièces de Ménandre et de quelques autres poètes gifecs. On sait que, dans la suite, il y eut à Rome une comédie où les mœurs nationales étaient représentées ; on l'appelait comœdia togata^ et Ton distinguait celle qui rappelait les mœurs dç la Grèce par le nom dé €omœdia paUiata.
: .On peut admettre deux espèces différentes de comédies. Dans Tune, c'est Fintrigue ou Faction qui est le principal objet de la pièce ; dans Tantre , Tautèur n'a eu en viie qtte l'exposition et le développement d'un certain caractère*, l'action n'est employée qu'à ce développement, et lui est entièrement subordonnée. Les Français ont un plus grand nombre de comédies ^ caractère; tels sont les chefs-d'œuvre de Molière, comme l'Avare, Iç Tartufe, le Misanthrope; ceux dé Destouches , et de' presque tous les auteui^ comiques de cette nation. Les Anglais semblent donner la pré-> férence à la comédie d'intrigue. Dans les pièces de Congrève, et, en général, dans toutes nos pièces, il y a plus d'action, plus de mouvement, plus d'inddens que dans celles du théâtre français.
Pour rendre une comédie parfaite , il faudrait y réunir ces deux genres , c'ést^-dire qu'elle fût à la fois une comédie de caractère et une comédie d'intrigue. Sans uae action intéressante et bien conduite, le dialogue dévient insipide; il faut qu'il y ait toujours assez d^iri-triguepour que , dans le cours de la représentation, le spectateur désire oii craigne quelque chose. Les iticidens doivent se succéder de manière à produire quel*
/{ue situation frappante, capable de fixer notre 'attention 9 en même temps qu'elle est* utile au dérô-^ loppement des caractères que F auteur a donnés à ses personnages. Car il ne doit jamais oublier que son ob« jet principal est la représentation des caractères et des mœursill doit, sans doute, faire ses efToris pourvue son action soit animée et naturelle \ mais cette partie de Touvrage est bien moins essentielle , bien moins impor^ tante dans la comédie que dans la tragédie. Dans la coinédie, en effet, Fattention se porte moins sur les évé* némens ou sur les malheurs que les personnages éproii-^ ▼ent, que sur leurs discours et leur conduite. Aûss?', c'est une grande fauté d'y introduire tïné intrigué trop compliquée, et c'est pour cette raisou que l'on a tant blâmé ces sujets espagnols si eft vogue autrefois \ et qui n'étaient fondés que sur la distribution d'uif ap^ partement, l'obscurité d'uh vestibule, ou l'erreur d*nn déguisement. L'on y cherchait en vain lé véritable but de la comédie. L'attention du spectateur^ au Héu de suivre le développement d'un caractère^ fe portait suir les révolutions surprenantes de l'intrigué , et la corné-
die n'était qu'un romam
Une des fautes que les auteurs comiques sont le plus exposés à commettre dàps la peinture des caractères, c'eist d'butiter leurs modèles^ En effet, lorsqu'il s'agit de ridicule,. il est extrêmement diCBcife de s'arrêter justement au point où l'esprit finit et oè la bouffonnerie commence. Lorsque dans Planté , par ejieraple, l'avare fait des recherches sur l'individu qu'il sëupçbhhé de lui avoir volé sa cassette , sipr^à avoit examiné sa ' Àiain
droite, puis sa gauche, il lui crie : ostende etiam ter^ tiamf il n'est personne qui ne sente Textravagance de ce trait, que Molière a cependant copie. Un auteur comique peut, sans doute, se permettre un certain degré d'exagération *, mais il est des limites que la nature et le goût ont posées, et, en supposant FaVare aussi aveuglé qu il est possible de Fétre par sa passion et ses soupçons, peut - on . concevoir un homme qui croit qu'un autre homme a plus de deux mains?
Les caractères , dans une comédie , doivent être bien distincts les uns des autres; mais.il faut se garder de mettre trop d'art dans leurs contrastés,^ car les faire sans cesse paraître deux à deux pour les mettre toujours en opposition, c'est s'écarter du naturel et tomber dans FafTectation. Les auteurs comic[ues ont eu trop souvent recours à ce moyen pour faire ressortir davantage leurs caractères ou leur donner plus de développeftieat.Une personne violente et emportée arrive-'t-elle sur la scène, le spectateur peut s'attendre avoir paraître aussitôt un homme doux et d'un excellent naturel \ ou bien^ si Fud des amoureux est exti:êmement gai , on est sur .que son ami ou son rival est extrêmement' grave et sérieux; tels sont Frankly et Bellamy, Clarinde et Jacinthe, dans le Mari soupçonneux du docteur Hoardly. Cette opposition continuelle des caractères produit le même effet que les antithèses dans le discours ; elles peuvent quelquefois lui donner de la vivacité, mais c'est un omeiment où Fart et le travail se laissent trop apercevoir. Dans tous les genres de composition, la perfection de . 1 art consiste jsurtout àcacher l'art lui-même. Un :boa
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auteur comique nous présentera les caractères plutôt diversifiés par les nuances délicates qui les font distinguer dans, la société , que marqués par ces appositions tranchées ou ces forts contrastes que le monde ne présente que très - rarement.
Le style de la comédie doit^tre ffpr, ëlégàht et vif, rarement plus élevé que celui de là conversation ï^dinaire, mais jamais dégradé par des eitt>resâaoiis gros^ sières ou triviales.^La' poésie est ùni& eûtràve inutile à laquelle se soumettent cepeiiéant la jikipart desr^itteurs français; elle est d'ailleurs pe«r-iidtatelle, -car sr la prosel appartient ;plust particulièrement àlquelque genjre'de composition,.c'est bien à cielui qdl n^a pouc bntique d'imiter la <:onvërsation dani ie'QOÔl^s hisiliittiel de la vite. Une des çliis grandes difficultés, pour UÀ auteur comique^ ceUe qui a peut*-étv€ le plus^ d'inM âiience du£ le succès d^un ouvrage^ coBsbt<^ à cfon^et^er pendant .iouta la piède un: disQc^oe' coulant '^ aisé, gra*^ cieux, sans raideur^ et sans affecUtiôn dé bel-esprlf;' Uil trop p^tit noadim de comédies anglaises âé fdiit? pemarquev parle tour heoteux dela^coloivèrsatîon^ et il n en ^t presque aucune, qui n'ait au moins un des défaïute dont je viens de p«rlen Les trois «pièc^ dafiéF lesqueUea île diale^fue me «émble .avx)îr plâft^'d'ai^nce et de^ natiircil .sont le Mari insouciatit (i)*, le Mari
poiQ^ ù' bout :(i), le. Mari soupçonneux (3}.
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(a) : Thè fro$iokêd MÛ^aUdi feiy Vknb&rg ànd' €(bber /
a3o COURS DE RHÉTORIQUE
Telles sont les observations principales que pré-» sente l'application des principes généraux de Tart dra* matique à la comédie. Pour avoir une idée encore plus juste d^ ce genre de composition , et bien faire sentir la différence qui existe entre lui et la tragédie , nous allons jeter un rapide coup d'œil sur Thistoire de ses procès» Qt sur la mauière dont il à été traité chez les di^^érente^ nations.
Vw pense généralement que , parmi les Grecs, la tragédie précéda lacoioédie^ etTorigine et les progrès de cçlle-qi nous,«oiit encore «loins ccmnus. Ce qu'il y a d^.pittS:.piroli^bl09 c!e$t quaii^i<iue la première, -elle prit n^^^^qoe aii miHeu des divertissemens des fêtas de B^ccbufif^etitqn-dUe.s'eKerça d'abord sur la chaript de Thespif^i jusqu'à <:8 que, par degrés:, elle prit ^m toâ particulier, et devint un genre de spectacle moins èK^ leï\m\:(iv^e la tragédie f désormais consacrée à repré*-" senter des héros* Lea critiques lui assignent trois diâPérentes périodes chez les Grecs, £t distinguent la eomécfo ancienne , la coittédie. moyenne et lia comédie -nouvelle.
L^ coniiédi^ ancienne était une satire direct -et avoués contre certains personnages connus que Te» mett^ît eu scène sous leur propre nom. Telte&'sont kspi.i^oea d'Aristophane, dont onze aops restent 'èiuMype y pièces d'uu genre tout particulier, et qui ne^reâttënH' blent en rien à oe qu'on est convenu d'appeler emo^. die. Elles montrent jusqu'à quel point les Athéniens étaient un peuple lÎQencie^x et turbulent, et j^ombien il savait peu contenir le ridiçole dans de justes borpes , lorsqu'il permettâitque les -personnages les pkii^ iffibs*
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très de FÉtat , les généraux , les magistrats , comme Géon, Lamachus, Nicias, Alcibiade , ssins parler de. Socrate et d^Euripide, fussent, sur leur théâtre, T objet de la risée publique. La plupart des pièces «d'Aristo*phane étaient des satire$ politiques sarcle gouvernement et la conduite des généraux et des ïtootmes d'État pendaot la guerre du Péloponèse«^ Elles sotït teUîement remplies d'allégories et d'allusions aux affaires publi* ques, qu'il est impossible de les comprendre sans avoir une connaissance parfaite de Thistoire de cette époque. L'on y parodie trop SQiAvent les poètes tragiques , et surtout Euripide ^iFfUiteur était.son enneim partioi- Uer, et il a composé deux pièces uniquement pourle couvrir de ridicule, i ? - ., ' r
La viyacijté, lasatire etladbouffbnnenéjçateictériàefirt Aristophane. Souyent il montoe.de lafoixe.>ètjda gé^ie^ mdis> en généra) i'^es pièces ne sont fÈis laites pour nous donner \xw haute €fpiiiîontdagoût>et de Fesprit de ses contemporains. Ettes semblent n'avoir étédooi^^ pos^ que pour h popuiaûe -, le fridimiifty ek pbussë ]usq4i!à i'içxtfavagaace, Tesprit y dégiénèyé ptescpie toû*' jours e^ farces du plus; o^uvais ton;. kti^iHene^y lest amèr§ €it piquai^ , ei souvent robscénitiiqui 4^ine partout: devient.! grossière :et insupportabln/iOh ^t comme cet. auteur )tiraitaSoorate dans sia cdmédie^es Nuées-, ceUe pièo^ peut avoir, ccmtcibué i naifcîr le {^ilosophe dans l'esprit de ses concitoyens^icepidlubiit le P. Brumoy, dans son Théâtre deis Grecs , parviept à. prouver qu'elle ne peut avoir étéi, comtme. on Faitbu-* jours supposé y la eause de sa: -mort , puisque Je &tal
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décret ne fut rendu contre lui que trente^trois ans plus tard. Aristopliane a place des chœurs datis ses comètes , mais sans aucune régularité. Ils sont tantôt serioQx,- tantôt comiques; quelquefois ils se mêlent k Faction , ou bien ils s'adressent à l'assemblée , soit pour défendre Taoteur, soit pour attaquer ses ennemis.
Qudique temps après Aristophane , une loi yint interdire aux poètes de mettre en iscène les personnes sous leur véritable nom, parce qu'on ^'était aperçu qu*tine semblable liberté pourrait compromettre la tranquillité publique.. Le: chœur fut aussi retranché de la comédie, parce qu'il n'avait été.qû'un instrument d'abus et de licence^ Alors on trouva le' moyen d'éluder k loi : Voit employa , il est vrai , des noms imaginaires ; mais On continua d'attaquer des personnages exlstans ,"et on les. p^gnit ile manière à çè qu'il était impossible dé leâl méconnaître. Il ne nous est resté aucune de -ceis sortes dé pièces auxquelles la comédie nouvelle succéda bientôt. Lorsqu'il Jle fiit plus permis d'employer 'au théâtre le ridicule peèKonhel , la coi^die devint ce qù-elle à toujours .étié depuis;, la peinture des mœws et des ca^ ractèretietii général, et non la ôiopie^e tel ou tel piîr^ sonnage.: Ménandpe était, chez le& Grecs, l'auteur le plus distingué dans ce genre. Les imitations que^Tër rence à faites de qudques^uiies de ses pièces , et ce que nous ea dit Plutarque, doivent nous feiré vivement regtetter que ses: ouvrages ne soient point p^rv«»09 jusqa'à nous; car il parait qu'il contribua fortemeht'h réformer Je goût de ses contemporains, -et que ses «eomédies étaient des modèles de correction etd^élëgaaoe*
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Il ae nous reste de la comédie nouvelle , chez les an^^ cîeiis:, <{ut les pièces de Plaute et de T^rencé , qui , touis^ deu/s: / avaient pris les Grecs pour modèles. Plattte est remarquable par son style expressif, 'et ce qoe Ton appelle la force cèmiqùe ('vis'comica). "Comme il écrivait à une époque fort ancienne , il n'est pas stirprenaïijt quéfl^oa trouve 4^ez Itii les: marques d^Fimpèifeetic^ dé lîart. U commence ses pièces par un proiogue qui quelquefois développe le sujet tout entier -, souvent il côtaiond la représentation avec l'action i; c'est- à* dire que Tacteur,' se dépouillant tout à coup;dé sonrôle^ s'adresâsf directement: au spectateuf. On trouve ààssi chez lui. trop ^e plaisanteries trîtiales»^ 'trop de pointes et ^ de. jeux idermots; et cependant od(.mQiiKtre'plu&!dè foi^e et déploie frltiërde variété que T^rénce.Sès. caract^6Sid5.Qni<péutHêtre grossièrement dessinés,: mai» itillé Sûift toujours avec vigueur. Son Amphitryon a étédmit^ pàr> Molière et Dryidea;^on avare, daiDS.^a' comédie inMxâéejéulularia^jak&nirmld sujet de ïnn des ckefsi-> d'o^y re de Mdiièrû ; que le théâtre anglaii^ar reproduit utie dûldeqx foi^. I|ce$t iinpas^iible de pousser plus loin: que Térence la délicatesse , l'élégance et le goût. Son style est un modèle de grâce et de pureté. Son dialogué éél toujours dééêtifi^rt il j^^ haut degré cette- espèce de taîént , toujoùrssi sur deplairçii? celui dépeindre en racontant avec simplicité. Ses pensées morales hë laissant àdbune^j^^^ a^la crii;ique. Ses situations sont souvent touchfi^ntes et pleines d'intérêt ^ ses sentimens pénètrétït jtisbu'àtt 'fctië&>5 atilsSi'doit-il être regardé coxnm/e le ipndati^|i;r,,de. r,Aett^,>.jeomédie
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La correction et la décence sont les principaux caractères du thëôtro comitiue des Français, -où Toii remarque plusieurs écrivains d'un ^and mérite, comme Regnard, Dufresny, Dancourt et Marivaux-, mais celui qui fait le plus d'honneur à ce théâtre ^ celui auquel ses compatriotes donnent avec raison la première place, c*est Molière. De 'tous leS: auteurs qui ont fait hi^loire de ce beau siècle de Louis xnr, aucun ne s'âeva jusqu'à la célëbtité deMolière -, aucun,, au jû]gementménie dés critiques franoistis , ne se plâÇa , d^ns^'soil aPt , aussi près delà perfection. Voltaire n'hésite pas aie procla^ mer le premier dei? poètes comiques de tous les siècles et de tous les pays',, et cette déeision , ç^ns douée , n'est point due à la partialité*, car je n'en <;onnais aUG«in qui lui puisse être r^isonnaUeinent préféré-. Molière ne dirige jamais ses satires que contre le vice et la folie. ILia dessiné un grand nDml>re de caractères ridieti)e$^part!Î-> paliers au temps où il vivait, et partout -il te9<â^4smis et placés avec le plus rare discernement. Il availf ib'èsM^ coup de force comique ^ il aimait la gaîté et ie6'{^2(isali^ teries, mais elles étaient toujours innocentes. SespiècfM en vers, comme le Misanthrope et le Tartufe , sont des comédies d'un genre plus noUle, dans lesquelles 10"^!^ est peint dans le style élégant et poli dé la satire. Q;mU que dans ses piècesr. en ■ prose* il- sAv plus soifvenl^ éfAl^ ployé le ridicule^ <;ependant rien n'y peut offenser ^^ oreille modeste, et:ja(Oàis il n'y m^que au resfièet-dd à la sagesse et à la vertu". Molièi'e^ 4 ces^gpandes^<|ittâf^ lités , joint cependatit quelques défauts , dont Yehairft'/ qui s'avoue son admirati^, coniviedt le priemief Ji^li
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sait qu-ilh'ëfaitpas heureux daos ses dënouemens. Plus attentif à dessiner jCQrteiKieat 863 caractères quà bien conduire son :SiijetVîln' amenait pa$ d'assez loin ]a fin de son intrigue, et terminait métoe quelquefois d'une manière înTfaisemhlable^iSes comédies en vers man-r quent d'intërét dans quelques en^roUa, et souvent les discours y sont trop longs. On lui a reproché. d'être descendu jusqu'à la«farce dans se^ pièces en prose les plus comiques. Cependant il faut convenir que biéii peu d'écrivains,. si même il en existe, ojàt possédé comme Molière le. véritable esprit de la ^comédie , et en ont atteint le but aussi bien que lui. Le Tartufe, dans le genre sérieux, l'Avare , dans le genre gai, sont con^ sidérés comhieses deux chefs-d'œuvre.
Nous devons naturellement nous attendre à trouver sur le théâtre comique de l'Angleterre une plusgrandb variété de caractères originaux , des traits plus saillaiitt et plus hardis que sur^ aucun théâtre moderne. Les Anglais aiment surtout ce qui e^t naturel et yrai. La liberté que nous;laisse notre gouverneipent, celle^que nos mceurs accordent à chaque individu de vivre absolument comme il lui plaît et selon son goût, permet à chaque caractère de se montrer tel que la nature Ta formé, et à l'originalité de prendre toutes les form.eâ^^^ tandis qu'en France, l'influence d'une^our plus despi^ tique, la subordination des, rangs .mieux établie, Fobsiervation plus rigoureuse des formes de la politesse et des règles de b bienséance ^mettent une plus grande uniformité dans la^conduile^etle !Q;ar;$ictère des individus* A*\^i U comédie s'exere^ çqt'tirtxîhÉuftp plus vaste,
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et peut prendre un essor plus libre en Angleterre "qu^en France. Mais il est extrêmement malheureux que,. sûr notre thëâlre comique, se joigne à la hardiesse et à la liberté un esprit de licence, d'indëôencemâme, qui a place la comédie anglaise au^lessous des plus médiocres productions des autres peuples depuis le siècle d'Aristophane. ' • ,
Tel n'en était cçfSendant paâ Fesprit dans son principe : car On ne peut accuser d'immdralité les pièces de Shakespeare ni celles de Johnson. Le noble caractère de Shakespeare se déploie avec autant davantage dans ses comédies que dans ses tragédies. On y retroave son génie puissant, fertile et créateur, îrrégulier dam sa marche, s' abaissant, il est vrai, jusqu'à vouloir divertir la multitude , mais toujours heureux et riche dans la description des caractères et des moeurs. Johnson est plus régulier dans la conduite de ses pièces, mais il a de la raideur, et quelquefois même de la pédanterie. On ren^ontce de 1res- beaux passages, et beaucoup d'imagination çt d'invention dans les comédien de B^amont et de Fletcher^ mais, en général, les incidens y sont trop pressés et trop invraisemblables , les caractères trop outrés, et les allusions trop grossières et d'un trop mauvais goût. Depuis cette époque^ les mœurs publiques ont trop changé , la conversation a pris un tour trop différent pour que ces comédies aient conservé jusqu'aujourd'hui leur sel et leur agrément. Car il faut remarquer qu'une comédie qui n'est absoloment fondée 4^e sur j a mode- et les usages introduits dans la société ,' vieillit^ beaucoup plus prômptëment
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qa'auûune autre espèce de cotnposition , et perd bîetitdf tout son charme et tout son intérêt. Cette observatidft s'applique surtout aux comédies du pays où nous vivons^ parce que les changemens que les mœurs opèrent dafM cette partie de la littérature sont plus sensibles ëV plvié frappans polir nous que pour des étrangers. Parmi nous , la mode prés^ite passe toujours pour Funiqtié règle de la poKtesse, et tout ce. qui s'en écarte nous semble grossier*, tandis que sadiant moins en appréeîiÊt* les nuances délic^es chez les étrangers du les ancicuiSi nons sommes moins choqués lorsque leurs écrits ne s'y conforment plus avec la même exactitude. Platf te ' devait paraître plus vieilli pour lés Romains du s(èol0 d'Auguste qu'il ne le paraît aujourd'hui pour no^v ^^ c'est une preuve évidente du rare génie de Shakes^ peare, que^ ma%ré son ancienneté, nous àdtnifions encore le caractk^ âe Falstatf , et nous lisions avec plaisir les Femmes de Windsor (r).^
Ce ne fut qu'après la restauration de Châties ii qtië l'esprit de licence, qui, à cei%e époque^ infecta, •comme on le sait, la cour et toute k nation, s'empara dcf la scène* comique , et y régna pendant pl^èsque tout' lé siècle suWant. Dès-lors le libertin {the rake) devint le caractère principal de la comédie, et, à quelques exceptions pfës , le héros d6 toutes les pièces. On oouvi^ait de ridicule, non pas le vice et l'extravagance, mais presqùe^onjours^la sagesse et la vertu. Âtt^dénoùement, le liberlins^amendait en apparence , et prfinait la réso-.
(i) Mtrry"^ Wwes of H^inisor,
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lution <le vivre en honnête homme; mais pendant le cours de la pièce, on le présentait comme un modèle des jeunes gens de bon ton, et Fimpression que produisait une licence aimable et spirituelle restait dans Tesprit comme une peinture des plaisirs que Ton pon^ vait se permettre \ tandis qu'on ne faisait aucune attention à sa conversion , ou qu'on ne la considérait que comme une affaire de pure forme. On peut, se faire aisément une idée de la direction que de-pareils spectâdes pouvaient donner aux n^œurs dé la jeunesse des deux sexes. Tels furent cei)endant le ton et Tesprit qui régnèrent sur notre théâtre comique, non.- seulement pendant le règne de Charles n, mais encore sous le roi Guillaume, sous la reine Anne, et même à Favcnenient de Georges ii. •
Dryden fut, après la restauration , le premier auteur dramatique digne de célébrité. On trouve dans ses comédies, comme dans ses autres ouvrages, de grands traits de génie mêlé^ à beaucoup d'incorrections , indices évidens d'une composition trop rapide. Comme il ne cherchait qu a plaire, il peignai^t les mœurs de son temps , et prenait dans toutes ses pièces le ton licencieux et dissolu , alors à la mode. Il a même poussé si loin l'indécence , que , dans son siècle , tout dépravé qu'il était, on interdit la représentation de. quelques-unes de. ses comédies.
Après Dryden, les auteurs comiques les plus distingués furent Cibber, Vanburgh , Farquhar et Gongrève. Cibber a composé un grand nombre de comédies 5 et, bien que dans la plupart il y ait assez d'esprit et une
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sorte 4e vivacité qui lui était particulière , les incidens y paraissent si peu naturels , qu^elles sont tombées dans l'oubli, à Texception de deux, le Mari insouciant, et le Mari poussé à bout, que le public a toujours bien ac« cueillies. La première est remarquable par le tour aisé et poli du dialogue ; et, à l'exception d'une scène assez peu décente, elle est généralement très-morale. La seconde, le Mari poussé à bout, a laquelle Vanburgh travailla avec Cibber, est peut-être la meilleure comédce de notre théâtre. La critique peut lui reprocher, sans doute, le défaut d'une double intrigue, caries incidens qui se rapportent à la famille Wroughead sont tout-à-fait indépendans de ceux qui intéressent la famille de lordTownly^ mais cette faute est rachetée par des caractères pleins de vérité , des détails admirables et des traits d'esprit infiniment heureux. On est surpris qu'une pièce aussi décente soit sortie de la plume de deux auteurs si licencieux, car le vice et l'extravagance y sont , d'un bout à l'autre , tournés en ridicule ; et il n'est pas de théâtre auquel elle ne fit beaucoup
d'honneur. . - '
Sir John Vanburgh a de l'esprit , de l'aisance et de la vivacité ; mais il est grossier et indécent au dernier degré. C'est un de nos auteurs comiques les plus immoraux. Son Épouse poussée à bout (i) est une pièecf pleine de pensées et d'allusions si dégoûtantes, qu'elle ne saurait être représentée devant une société honnête; Sa Rechute (2) mérite le même reproche , et cependant
(i) The provoked H^ife, (2) The Relapse,