‹ Leçons de rhétorique et de belles-lettres (volume 2)Chapitre 31 sur 52 · Tome II f page · texte numérisé non relu

Tome II f page

Nous n^avons pas cru devoir couper le texte de l'auteur anglais en insérant une longue note, dont la plus grande partie renferme un beau passage de Massillon. Mais pour n'en pas priver le lecteur nous allons la rapporter ici.

« Pour donner une idée de l'espèce d'éloquence . « employée par les prédicateurs français , je cite- (f rai un passage de Massillon que Voltaire, dans « V SiTiicle É loquence f qu'il Gt pour l'Encyclopédie, (r a regardé comme un chef-d'œuvre auquel les « temps anciens et modernes n'avaient rien à comr( jparer. Le sujet du sermon est le petit nombre de « ceux qui seront sauvés. Le discours, dans son « ensemble, esta la fois extrêmement grave et exce trémement animé; mais Voltaire nou§ apprend i( que , quand l'orateur en vint au passage que l'on ce va lire, iin transport de saisissement s^ empara « de tout V auditoire ; presque tout le monde se le\fa « à moitié par un mou\^ement involontaire; le murw mure d^ acclamation et de surprise fut si fort,

er qu^il troubla P orateur; et ce trouble ne servit cfVLÙ w augmenter le pathétique de ce morceau.

« Je m'arrête à vous, mes frères, qui êtes ici w assemblés. Je ne parle plus du reste des hom- « mes; je vous regarde comme si vous étiez seuls (c sur la terre; voici la pensée qui m'occupe et qui w m'épouvante. Je suppose que c'est ici votre der- « niére heure, et la fin de l'univers; que les cieux « vont s'ouvrir sur vos têtes , Jésus-Christ paraî- (f tre dans sa gloire, au milieu de ce temple, et a que vous n'y êtes assemblés que pour l'attendre, il et cpmme des crhninels tremblans, à qui l'on va a prononcer ou une sentence de grâce, ou un arrêt « de mort éternelle : car vous avez beau vous flatcc ter, vous mourrez tels que vous êtes aujourw d'hui. Tous ces<iésirs de changement qui vous a amusent, vous amuseront jusqu'au lit de la « mort; c'est l'expérience de tous les siècles. Tout w ce que vous trouverez alors en vous de nouveau, « fera peut-être Un compte un peu plus grand que \i celui que vous auriez aujourd'hui à rendre; et w sur ce que vous seriez, si l'on venait vous juger « dans le moment, vous pouvez presque décider « ce qui vous arrivera au sortir de la vie.

« Or, je vous demande, et je vous le demande c( frappé de terreur, ne séparant pas en ce point * (( mon sort du vôtre , et me mettant dans la même « disposition où je souhaite que vous entriez; je «vous demande donc : si Jésus -Christ paraissait « dans ce temple, au milieu de cette assemblée^ c( la plus auguste de l'univers, pour nous juger,

28o OPINIONS

« pour faire le terrible discernement des boucs et « des brebis , croyez-vous que le plus grand nomce bre de tout ce que nous sommes ici fût placé c< à la droite? croyez-vous que les choses du moins « fussent égales? croyez -vous qu'il s'y trouvât « seulement dix justes , que le Seigneur ne put « trouver autrefois en cinq villes toutes entières? « Je vous le demande ; vous l'ignorez , et je l'ignore r< moi-même. Vous seul , 6 mon Dieu ! connaissez « ceux qui vous appartiennent. — Mes frères, noce tre perte est presque assurée^ et nous n'y pensons (c pas. Quand même, dans cette terrible séparation w qui se fera un jour, il ne devrait y avoir qu'un « seul pécheur de cette assemblée du côté des ré- « prouvés, et qu'une voix du ciel viendrait nous. « en assurer dans ce temple, ssuis le désigner, qui w de nous ne craindrait d'être le malheureux ? qui « de nous ne retomberait d'abord sur sa con- « science, pour examiner si ses crimes n'opt pas (( mérité ce châtiment? qui de nous, saisi de M frayeur, ne demanderait pas à Jésus -Christ, (c comme autrefois les apôtres : Seigneur, ne se^ cf rait-ce pas moi? Sommes-nous sages, mes chers « auditeurs? Peut-être que parmi tous ceux qui « m'entendent, il ne se trouvera pas dix justes^ « peut-être s'en trouvera-t-il encore moins. Que « sais -je, ô mon Dieu! je n'ose regarder d'un œil « fixe les abimes de vos jugemens et de votre juste tîcej peut-être ne s'en trouvera-t-il qu'un seul; « et ce danger ne vous touche point , mon cher a auditeur! Et vous crovez être ce seul heureux

« dans le grand nombre qui périra ! vous qui avez « moins sujet de le croire que tout autre; vous, « sur qni seul la sentence de mort devrait tomber; « grand Dieu ! que l'on connaît peu dans le monde « les terreurs de votre loi !

« Mais que conclure de ces grandes vérités?

i< qu'il faut désespérer de son salut? à Dieu ne w plaise ! il n'y a que l'impie , qui , pour se calmer i< sur ses désordres, tâche ici de conclure en secret « que tous les hommes périront comme lui : ce ne (c doit pas être le fruit de ce discours, mais de w vous détromper de cette erreur si universelle, u qu'on peut faire ce que tous les autres font , et « que l'usage est une voie sûre ; mais de vous conw vaincre que, pour se sauver, il faut se distinw guer des autres, être singulier, vivre à part au « milieu du monde, et ne pas ressembler à la « foule. » (Sermons de Massillon, vol. iv.)

Du Mérite comparé des Anciens et des Modernes.

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