‹ Leçons de rhétorique et de belles-lettres (volume 2)Chapitre 38 sur 52 · Tome III f page i · texte numérisé non relu

Tome III f page i

La tragédie ne saurait admettre le merveilleux comme l'épopée, la raison en est évidente; cependant Blair, tout en convenant de ce principe, pense que les ombres des morts y peuvent apparaître, parce que leur apparition est fondée sur la croyance populaire, et qu'elle est d'ailleurs un moyen puissant de produire de la terreur. Le premier de ces deux motifs a peut-être quelque fondement, mais il est impossible de prendre l'autre en considération. Sans doute , la terreur est un des effets nécessaires de' la tragédier; mais tous les moyens de la produire n'y sont pas indifférens , et pour y parvenir il faut surtout se garder de sacrifier la raison et la vraisemblance. Voltaire est, je crois, le seul qui ait fait paraître une ombre sur notre scène. Il convient lui-même que c'était une entreprise assez hardie ; qu'il était à craindre que ce spectacle ne révoltât, parce que, dit-il, la plupart de ceux qui fréquentent les théâtres, accoutumés à des élégies amoureuses , se liguèrent contre ce nouveau genre de tragédie. « Mais, conw tinuè-t-il , quelques efforts qu'on ait fait« pour « faire tomber cette espèce de drame, vraiment c< terrible et tragique, on rf'a pu y réussir; on disait « et on écrivait de tous côtés que l'on ne croit <r plus aux revenans, et que les apparitions des

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w morts ne peuvent être que puériles aux yeux (( d'une nation éclairée.Quoî ! toute l'antiquité aura « cru ces prodiges, s'écrie l'auteur de Sémiramis^ « et fl ne sera pas permis de se conformer à l'anti- « quité? Quoi! notre religion aura consacré ces « coups extraordinaires de la Providence, et il serait c< ridicule de les renouveler?» Je crois qu'en cette occasion , ceux qui parlaient et éciwaient de tous côtés avaient raison contre Voltaire; un semblable |;enre de merveilleux était un écueil contre lequel tout autre poète aurait échoué. Toutefois, comme la tragédie est la représentation d'une action héroïque que la tradition a consacrée, je crois que Ton pourrait faire paraître sur la scène l'ombre d'un personnage , ou même un génie , lorsque l'histoire ou la mythologie ont consacré cette apparition; mais les introduire , comme dans quelques pièces anglaises , seulement pour faire marcher l'action, nouer l'intrigue, ou amener le dénouement, c'est le comble du ridicule; et une semblable tentative échouerait complètement sur notre théâtre. L'on reproche k nos tragédies de manquer d'action, de mouvement, de spectacle; je n'examinerai pas ici jusqu'à quel point ce reproche-est fondé; mais je demande ee que nous gagnerions si les démons et les sorciers venaient occuper notre scène, ^t surtout si le mauvais goût et la médiocrité s'emparaient d'un ^enre de merveilleux aussi dégoûtant? Ce- n'est certainement pas là l'espèce de perfectionnement que l'art dramatique réclame- parmi nous.

Origine et Progi^j^s de la Tragédie/

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