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La tragédie est - elle arrivée chez nous à son plus haut point de perfection ? c'est une question que je neveux ni discuter ni décider; mais y ce qui est très -remarquable dans ce genre de composition, c'est la rapidité avec laquelle il est arriva, dans la Grèce et chez les nations modernes , du point de départ à ce point de développement, après lequel il fut une longue période de temps sans faire un pas de plus. Il ne se passa que quatrevingt-douze ans entre les grossières représentations de la charrette de Thespis et les magnifiques conceptions d'Eschyle , de Sophocle et d'Euripide. En France, Jodelle fut le premier qui ti*aita d'une manière assez régulière deux sujets tragiques, Cléopâtre et Didon. Après soixante -douze ans, Mairet donna, dans sa Sophonisbe, une forme et un style un peu plus convenables à la tragédie; il ne précéda Rotrou que de quelques années.
Corneille et Racine vinrent immédiatement après; et depuis eux, les poètes tragiques se^^t succédé en grand nombre; mais l'art n'a^lus fait de progrès. Grébillon a laissé à peine au théâtre deux pièces dont la représentation soit supportable ; Voltaire a été quelquefois sublime comme Corneille , tendre comme Racine , poète comme l'un et l'autre, mais il n'a pas fait mieux que
3io OPINIONS
Corneille et Racine ; et depuis l'auteur de Zaïre personne n'a fait mieux que lui. Il s'applaudissait d'avoir, dans cette pièce, introduit un genre nouveau, en mettant sur la scène, à l'imitation des Anglais , les noms des rois et des ancien^ies familles du royaume; mais l'art n'a rien gagné à l'introduction de ce nouveau genre, et tous les poètes qui, depuis Voltaire, l'ont tenté, n'y ont obtenu , à deux ou trois exceptions près, qu'un très -médiocre succès.
Shakespeare.