‹ Leçons de rhétorique et de belles-lettres (volume 2)Chapitre 40 sur 52 · Tome III f p^§6 ^i · texte numérisé non relu

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« Ses deux chefs-d'œuvre, dit Blair, les deux « tragédies dans lesquelles il a le mieux déployé, (c selon moi, toute la force de son génie, ce sont K Othello et Macbeth. »

Ces deux pièces, les plus connues du théâtre de Shakespeare, ont été transportées sur notre scène par M. Ducis. Le sage auteur a fait disparaître, dans son imitation, les écarts de génie du poète anglais; et ces tragédies, que l'on représente qlÉquefois, seront toujours vues avec plaisir, parce qu'elles renferment de beaux vers, et des situations extrêmement pathétiques.

, Depuis Voltaire on est fixé en France sur le mérite de Shakespeare. On sait que son plus grand défaut est d'être venu à une époque où la littérature était encore trop peu cultivée, et que si

DES LITTERATEURS FRANÇAIS. 3ii

quelquefois on ne peut le comparer qu'à lui-même pour le naturel et pour le sublime , quelquefois aussi il se montre grossier comme le siècle où il vivait. Aucune traduction française ne donne de Shakespeare une idée bien exacte; ceux qui ont essayé de le faire passer dans notre langue l'ont habillé à la mode de leur temps et de leur nation ; mais comme sans doute ils ne le traduisaient pas pour le mettre immédiatement sur notre théâtre , et qu'ils devaient n'avoir en vue que de le faire connaître à leurs compatriotes, il fallait qu'ils conservassent à ce génie, vraiment extraordinaire, le cachet de ses conceptions et de son expression. Voici comme Voltaire s'exprime sur la tragédie d'Hamlet, et celte censure pourrait presque s'appliquer à toutes les pièces de Shakespeare : « C'est « une pièce grossière et barbare, qui ne serait pas w supportée par la phis vile p'opulace de la France « et de ritalie. Hamlet y devient fou au second a acte, et sa maîtresse devient folle au troisième; a le prince tue le père de sa maîtresse, feignant « de tuer un rat ; et l'héroïne se jette dans la rire yière. On fait sa fosse sur le théâtre, et les fos- « soyeurs disent des quolibets dignes d'eux, en « tenant dans leurs mains des têtes de morts; le tf prince Hamlet répond à leurs grossièretés aboie minables par des folies non moins dégoûtantes. « Pendant ce temps -là un des acteurs fait la con- « quête de la Pologne. Hamlet , sa mère et son beauce père hoivent ensemble sur le théâtre : on chante « à table, on s'y querelle, on se bat, on se tue :

3i2 OPINIONS

w op croirait que cet ouvrage est le fruit de l'imagif< natioQ d'uQ sauvage ivre. Mais parmi ces irréguw larités grossières, qui rendent encore aujour- (V d'hui le théâtre anglais si absurde et si barbare , u on trouve dans Hamlet, par une bizarrerie ence core plus grande, des traits sublimes, dignes des ' « plus grands génies. Il semble que la nature se c< soit plu à rassembler dans la tête de Shakes- « peare ce qu'on peut imaginer de plus fort et de t< plus grand, avec ce que la grossièreté sans « esprit peut avoir de plus bas et de plus déteste table, n

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