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Si le Cours de Littérature de La Harpe n'était pas aujourd'hui entre les mains de tout le monde, nous transcririons ici sa dissertation sur une question que l'auteur anglais que nous venons de traduire n'a pas jugé à propos de traiter, et qui cependant est d'une assez grande importance, puisqu'elle peut contribuer à bien établir les principes de deux genres essentiels de composition; cette question est de savoir si l'art de la comédie est plus difficile que celui de la tragédie. Il en est une autre, moins importante sans doute, sur laquelle Blair s'est arrêté un instant, et que nos littérateurs n'ont jamais traitée à fond : si la comédie doit être écrite en vers ou en prose. Blair
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n'hésite pas à prononcer que la comédie, étant la représentation fidèle de la conversation ordinaire, doit être écrite en prose , et il ne regarde les vers, et surtout la rime, dans ce genre de composition , que comme une entrave inutile, qui ne sert qu'à donner au dialogue moins de naturel et de vérité. Nous devons regretter que cette question n'ait pas été approfondie par quelques-uns des plus judicieux critiques de notre nation , et surtout par un auteur qui eût donné au théâtre, avec un égal succès, des comédies du même genre, en prose et envers. Voltaire l'a traitée assez superficiellement; néanmoins ce qu'il dit à ce sujet est fort instructif, et les principes qu'il établit pourraient servir de base à une discussion suivie sur cette matière.
w J'écarte la théorie, et n'irai guère au-delà de l'historique. Je demanderai seulement pourquoi les Grecs et les Romains firent toutes leurs comédies en vers, et pourquoi les modernes ne les font souvent qu'en prose? N'est-ce point que l'un est beaucoup plus aisé que l'autre, et que les hommes, en tout genre, veulent réussir sans beaucoup de travail? Fénelon fit son Télémaque en prose, parce qu'il ne pouvait le faire en vers.
(c L'abbé d'Aubignac, qui, comme prédicateur du roi, se croyait l'homme le plus éloquent du royaume, et qui , pour avoir lu la poétique d'Aristote, pensait être le maître de X]orneille, fit une tragédie en prose , dont la représentation ne put être achevée, et que jamais personne n'a lue.
« LamottC; s'étant laissé persuader que son es-
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prit était infiDÎment au-dessus de son talent pour la poésie 9 demanda pardon au public de s'être abaissé jusqu'à faire des vers. Il donna une ode en prose, et une tragédie en prose, et on se moqua de lui. II n'en a pas'été de même de la comédie : Molière avait écrit son Avare en prose pour le mettre ensuite en vers; mais il parut si bon que les comédiens voulurent le jouer tel qu'il était, et que personne n'osa depuis y toucher.
w Au contraire, le Convive de pierre, qu'on a si mal à propos appelé le Festin de pierre, fut versifié après la mort de Molière par Thomas Corneille, et est toujours joué de cette façon.
(c Je pense que personne ne s'avisera de versifier le George Dandin. La diction en^st si naïve, si plaisante; tant de traits de cette pièce sont devenus proverbes, qu'il semble qu'on les gâterait si on voulait les mettre en vers.
(( Ce n'est pas, peut-être, une idée fausse de penser qu'il y a des plaisanteries de prose et des plaisanteries de vers. Tel bon conte dans la conversation deviendrait insipide. s'il était rimé; et tel autre ne réussira bien qu'en rimes. Je pense qiie monsieur et madame de Sottenville et madame la comtesse d'Escarbagnjis ne seraient point si plaisans s'ils rimaient. Mais dans les grandes pièces remplies de portraits, de maximes, de récits, et dont les personnages ont des caractères fortement dessinés, tels que le Misanthrope, le Tartufe, TEcole des Femmes , celle des Maris , les Femmes savantes^ le Joueur, les vers me paraissent absolu-
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ment nécessaires, et j'ai toujours été de l'avis de Michel Montaigne, qui dit que la sentence pressée aux pieds nombreux de la poésie , enlès^e son âme d^une plus rapide secousse. »
Comédie larmoyante.