TOME III
plus de préceptes et de sentences; il y a peu de scènes qui n'en offrent plus ou moins : quelquesunes ne sont que des traités de morale dialogues. C'est aller à l'utile sans doute , mais l'agréable ne s'y joint pas toujours; ce style, trop souvent sentencieux, est tout près de la monotonie; et le fond des idées étant d'un ordre assez vulgaire , il devient plus difficile d'en racheter l'uniformité. Trop de personnages parlent de vertu , et ils en parlent trop. Au reste, ce défaut, qui n'est qu'aperçu dans Lachaussée, n'est choquant que dans les dramatistes de nos jours , qui l'ont porté au dernier excès.
(c Tant de désavantages sont compensés en partie par un mérite précieux , que les plus ardens détracteurs ne sauraient nier, l'intérêt. Il est certainement porté plus loin dans quelques situations du Préjugé à la mode, de Mélanide, de la Gouvernante, et de l'Ecole des Maris, que dans aucune de nos comédies. On y verse des larmes douces, que la raison et le bon goût ne désavouent pas, puisque ces situations sont dans l'ordre de celles que la société peut quelquefois présenter. On n'a jamais tort d'intéresser, et les larmes mêmes que la réflexion condamne dans le cabinet, au théâtre, portent avec elles leur excuse; à plus forte raison, celles qu'elle ne condamne point sont -elles à l'abri de la critique. Elle devait se borner à en apprécier le degré de mérite, mais elle lie pouvait pas approuver toutes les épigram*-
DES LITTERATEURS FRANÇAIS. 3a3
mes dont elles ont été l'objet. Les épigrammes contre les pleurs ont en elles-mêmes assez mauvaise grâce : aussi était-ce l'esprit de parti qui les dictait. On les a oubliées presque toutes^ et l'on pleure- encore aujourd'hui aux pièces de Lachaussée. »