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DE LA STRUCTURE DU LANGAGE

Après avoir tracé l'histoire de l'origine et des progrès du langage , je vais actuellement traiter de sa structure , ou de ce que l'on appelle la grammaire générale. Cette structure est le fruit d'un art poussé très-loin , et peu de sciences reposent sur une logique plus profonde et plus épurée. Quelques esprits superficiels peuvent la dédaigner parce qu'elle rentre dans ces élémens généraux de nos connaissances que l'on nous inculque dans notre jeunesse ; mais quoiqu'on cherche à en meubler notre mémoire avant que les principes en soient à notre portée, elle nous dédommage amplement, dans un âge plus avancé , des peines que nous a coûtées l'étude que nous en avons faite, et c'est à l'ignorance de la grammaire qu'il faut attribuer la majeure partie des fautes les plus graves du style.

Très-peu d'auteurs ont mis assez de précision philosophique dans ce qu'ils ont écrit sur la grammaire générale, et ce qu'on doit encore plus regretter, c'est qu'un bien petit nombre se soient proposé d'en appliquer les principes à la langue anglaise. Tandis que la langue française a été l'objet des recherches attentives de beaucoup d'écrivains distingués de cette nation, qui ont considéré sa structure et déterminé ses caractères particuliers avec la plus grande exactitude , le génie de la langue anglaise, à la honte de ceux qui la parlent, n'a point été, à beaucoup près, étudié avec

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autant de soin et indiqué avec autant d'attention. L'on a fait dernièrement quelques tentatives pour suppléer à ce qui nous manque à cet égard, et d'habiles écrivains ont entrepris ce sujet sur lequel il reste encore beaucoup à faire.

Mon intention n'est pas de publier quelque système ni sur la grammaire en général , ni sur la grammaire anglaise en particulier. Une discussion minutieuse sur les subtdités du langage nous porterait trop loin , et nous détournerait des autres matières qui réclament notre attention pendant le cours de ces Lectures. Mais je me propose d'entrer en quelques considérations générales sur les principes les plus essentiels 5 en passant en revue chaque partie du discours, je ferai successivement remarquer les particularités de notre langue , et je terminerai par quelques remarques plus spéciales sur le génie qui la caractérise.

Il faut d'abord examiner la division des parties du discours. Ces parties essentielles sont les mêmes dans toutes les langues, car il doit toujours y avoir des mots qui expriment le nom des objets ou indiquent le sujet d'une proposition -, d'autres mots qui dénotent la qualité de ces objets, et font connaître ce que nous avançons à leur égard 5 d'autres mots encore qui font sentir les rapports des premiers entre eux : aussi les substantifs, les pronoms, les adjectifs, les verbes , les prépositions et les conjonctions , appartiennent à toutes les langues. La division la plus simple et la plus claire des parties du discours, est en substantifs (i), en attributifs

{*) Quiiililieii nous apprend que celte division était la plus

et en connectifs. Les substantifs sont les mots qui expriment les noms des objets ou le sujet de la proposition^ les attributifs expriment les attributs, les propriétés ou les actions des premiers ^ les connectifs font voir les rapports et les dépendances dans lesquels les lins et les autres se trouvent placés. La division la plus ordinaire en huit parties du discours, savoir : les noms, pronoms, verbes, participes, adverbes, prépositions, interjections et conjonctions , n'est pas , comme on peut le prouver, entièrement fondée sur la logique , puisqu'elle comprend sous la dénomination générale de Homsles adjectifs et les substantifs, qui sont des parties du discours très- différentes sous plusieurs rapports, tandis qu'elle fait une classe à part des participes qui ne sont que des adjectifs verbaux. Cependant, comme ce sont -des termes avec lesquels nous sommes depuis long- temps familiarisés, et qu'une division plus exacte serait assez peu importante au but que nous nous pro-

ancienne : « Tùm videbil quoi et quœ sunt partes orationis. « Quanquam de numéro paiùm convenit. Veteres enim, quo- « rum fuerunt Aristoleles atque Theodicles , verba niodô, et « Tiomiun, et couvinctiones tradiderunt. Yidclicet , quod in « verbis vim seruionis , in nominibus materiam (quia alterun» «• est quodioquimur, alterum de que loquimur), in convinc— « tionibus autem complexum eorum esse judicàrunt ; quas « conjunctiones à plerisque dici scio; sed hœc videlur ex « <ruviΣc-uw, magis propiia translatio. Paulatim à philosophiâ, « ac maxime à stoicis, auctus est numerus; ac primùni cou— <« vinctionibus articuli adjecti ; post praeposilioncs; nomini— <f bus appellalio , deindè pronomen ; deindù niislum verbo « parlicipium; ipsis verbis, adverbia. » Lib. i, cap. iv.

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posons, il vaut encore mieux n'avoir recours qu'à ces dénominations connues.

Il est assez naturel que nous commencions notre examen par les noms substantifs , sur lesquels repose toute la grammaire, et que l'on peut regarder comme formant la plus ancienne des parties du discours. Car, sans doute, lorsque les hommes firent un peu plus qu'exprimer les atfections de leur âme par des interjections ou des exclamations, ils éprouvèrent le besoin de donner un nom aux objets dispersés autour d'eux, et c'est ce qu'en langage grammatical on appelle l'invention des noms substantifs (i). Ici un fait assez curieux se présente d'abord à notre observation. Les objets individuels qui nous environnent sont innombrables ^ quelque part qu'un sauvage porte la vue , il

(i) Je ne prétends pas av.incer que, chez tous les peuples , les premiers lîiots que l'on inventa , furent des noms substantifs simples et réguliers. Rien n'est aussi difficile, et ne présente plus d'incertitude , que de déterminer les degrés par lesquels les hommes arrivèrent à la formation d'une langue. Les noms des objets remontent, sans doute, aux temps des premiers essais du langage ; mais il est probable , ainsi que l'a prouvé le savant auteur du Traité sur l'origiue et les progrès du langage (vol. i , pag. 87 i à 3g5 ) , que , chez quelques peuplades sauvages , les premiers sons articulés que l'on forma , exprimaient plutôt une phrase entière que le nom d'un objet particulier, et servaient à donner quelque information, à faire connaître quelque désir ou quelque crainte, suivant la position dans laquelle se trouvait cette peuplade, ou selon les occupations auxquelles elle avait le plus souvent occasion de se livrer; comme le lion approche , le torrent grossit. Leurs premiers mots furent, sans doute, non pas de simples noms

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aperçoit des forêts et des arbres. Donner un nom particidier à chacun de ces arbres , eût été une entreprise aussi impraticable qu'interminable 5 aussi ne cherchat-il, au commencement, qu'à donner un nom à l'arbre en particulier dont le fruit apaisait sa faim, ou dont l'ombre le protégeait contre les rayons du soleil -, observant ensuite que bien que les autres arbres fussent différens de ceux-ci par quelques qualités particulières , comme la grosseur , la forme , cependant ils avaient aussi avec eux des rapports de ressemblance et quelques propriétés communes, comme de naître d'une racine, de porter des branches et des feuilles. Il forma dans son esprit une seule idée de toutes ces propriétés générales, rangea dans la même classe tous les objets qui réunissaient ces propriétés , et donna à cette classe le nom d'arbre. Une plus longue expérience lui apprit ensubstantifs, mais des substantifs mêmes, accompagnés de quelques-uns de leurs attributs les plus ordinaires ; comme le grand ours , la petite hutte , la blessure faite avec la hache, etc. L'auteur que nous venons de citer rapporte, à l'appui de cette opinion , des exemples qu'il a tirés de la plupart des langues de l'Amérique; et , d'après le cours naturel des opérations de l'esprit humain , il ne paraît pas douteux qu'avant de trouver des expressions générales , on commença par indiquer les particularités qui frappent les sens. 11 observe encore que les mois t^s langues primitives sont loin d'être , comme nous les supposons, rudes, brefs, et étouffés de consonnes; tandis qu'au contraire presque tous ont une juste étendue, et abondent en voyelles. Cela vient de qu'ils sont formés des sons naturels que la voix émet avec le plus de facilité, et dont elle varie et distingue légèrement l'articulation; et notre auteur montre que tels sont en effet les mots de presque toutes les langues barbares que nous connaissons.

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suite à diviser les objets compris sons ce nom générique en espèces particulières , comme le chêne , le pin , le frêne et successivement tous les autres , suivant que ses observations s'étendaient sur les qualités par lesquelles tous ces arbres se ressemblent ou différent.

Mais toujours ne se servait-il que d'expressions génériques -, car les mots chêne , pin^ Jrêne, sont des noms de classes d'objets de même nature , qui toutes renferment un nombre incalculable d'individus distincts. Ainsi quoiqu'il semble que la formation des idées générales ou abstraites soit pour notre esprit une opération difficile , ces sortes d'idées sont cependant entrées dans la composition première du langage. Car si nous en exceptons les noms propres aux personnes, comme César, Jean, Pierre, tous les autres substantifs que nous employons dans le discours ne sont pas des noms d'objets individuels, mais bien des noms de genres très-étendus ou d'espèces nombreuses d'objets, comme : homme, lion, maison, rivière. Il ne faut cependant pas croire que cette découverte des expressions générales ou abstraites fut le fruit des recherches d'une métaphysique bien subtile; car, quels que soient à cet égard les progrès successifs que les esprits aient pu faire , il est certain qu'alors que les hommes observaient les qualités parlésquelles les objets se ressemblent , ils devaient être naturellement portés à donner un nom commun aux objets qui otfraient entre eux une parfaite ressemblance , et par conséquent à les confondre sous la dénomination d'une même espèce. Nous observons tous les jours que les enfans pratiquent cette méthode dans les premiers essais qu'ils font pour apprendre à parler.

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Lorsque Je langage eut reçu ce premier degré d'avancement, les noms assignés aux objets étaient encore bien imparfaits ^ car lorsque quelqu'un , en parlant à un autre, prononçait un nom substantif, comme homme, lion ou arbre, comment cet autre pouvait-il connaître entre tous les individus compris sous le même nom , de quel homme , de quel lion ou de quel arbre il s'agissait? On fit alors une découverte aussi ingénieuse qu'utile , en spécifiant l'objet individuel dont il était question par le moyen de cette partie du discours que nous nommons article.

La propriété de l'article consiste à indiquer et à isoler de la masse l'individu dont on parle. En anglais, comme en français, nous avons deux articles -.a, un, une, et the, le, la, les 5 « est plus général et plus indéterminé , the est spécial et défini j a est presque le même que ojie, un (1), et indique seulement un des individus de l'espèce , lequel demeure inconnu ou indéterminé 5 comme : un lion, un roi. The qui, à proprement parler, possède toute la force de l'article, indique un individu connu et déterminé parmi ceux de son espèce, comme le lion , le roi.

Les articles sont des mots d'une grande utilité dans le discours, et cependant quelques langues n'en ont point. Les Grecs n'en avaient qu'un seul , 6, v, tô , qui répond à notre article défini the, le, la, les, et n'en possédaient aucun qui répondit à a, un , une 5 mais ils

(1) A, en anglais, est notre article indéfini un: j'ai vu vn homme qui....; one, est notre nom de nombre cardinal un: il Y acait trois hommes, je n'en aivu qu'vîi.

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y suppléaient en supprimant leur article. Ainsi ^y.'jù.vji, signifie a l<ing , un roi^ ô ''^y.iCwj-, , the king , le roi. Les latins ne les connaissaient pas -, ils se servaient à leur place d'un pronom, comme : liic, ille, iste, pour préciser l'objet qu'ils voulaient indiquer. « Noster sermo , « dit Quintilien, articulos non desiderat, ideoque in u alias partes orationis sparguntur. » Cette privation des articles me paraît cependant un défaut dans la langue latine, parce qu'ils ajoutent beaucoup à la clarté et à la précision du langage.

Pour mieux apprécier cette vérité , voyez la différence qui existe entre les phrases anglaises que je vais citer, différences qui reposent uniquement sur l'emploi des articles. The son ofk kuig , le fils dwi roi 5 the soji oJ^yuE king, le fils du roi ^ a son of king's, vm BEsJils DU roi. Chacune de ces trois phrases a un sens absolument particulier ; je ne m'arrêterai pas à le démontrer, parce c[u'il n'est aucune des personnes qui m' écoutent, qui ne le puisse concevoir bien clairement,^ au moyen de différentes applications des articles a, un, et the, le. Au lieu qu'en ]alïn, Jiliiis régis, présente un sens tout-à-fait indéterminé, et pour indiquer dans lequel des trois sens ci-dessus il faut le comprendre, car il les exprime tous trois , on est obligé d'avoir recours à une circonlocution. De même encore , we you a king, êtes-vous un roi? are j ou the king , êtes- vous Zeroi? sont des questions bien éloignées d'être identiques, et qui cependant sont confondues en latin dans la même phrase : es-ne tu rex? Thon art a man, tu es un homme, est une proposition générale et à peu près insignifiante^ mais Thouartynv. man, tu es / ho^nmc. . .

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est une assertion capable , en quelques circonstances , de jeter clans le cœur la crainte et le remords. Ces observations font ressortir la force et l'importance des articles, et m'ont olTert en même temps l'occasion que j'ai saisie avec plaisir, de mettre en évidence un des avantages par lesquels notre langue l'emporte sur quelques autres.

Les noms substantifs , outre cette faculté d'être particularisés par l'article, sont encore susceptibles d'être modifiés de trois manières, par le genre, le nombre et le cas.

Le nombre distingue les substantifs en singuliers et en pluriels, suivant qu'il est question d'un ou de plusieurs individus ^ division établie dans toutes leslangues et qui doit se retrouver jusque dans les premiers essais du langage ; car la nécessité d'établir une différence entre les objets d'après leur nombre, dut être une de celles que les bommes éprouvèrent le plus fréquemment. Pour rendre cette différence plus facile à saisir, on l'a marquée presque toujours par une légère variation dans le nom substantif, et nous voyons qu'en anglais comme en français , on forme ordinairement le pluriel par l'addition d'un s. En hébreu , en grec et dans quelques autres langues anciennes, nous trouvons nonseulement un pluriel, mais encore un duel. On peut, 9vec beaucoup de vraisemblance , attribuer l'origine de cette espèce de nombre à ce que les hommes n'ayant point d'abord inventé de mots pour exprimer les quantités diverses, les mots correspondans à un, deux et plusieurs , furent long -temps les seules distinctions numériques qu'ils pussent employer.

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Le genre modifie aussi le substantif, et son importance exige que nous entrions, à son égard, dans une discussion plus étendue. Ayant pour principe la difTérence qui existe entre les deux sexes, il est certain qu'à proprement parler, le genre ne devrait être employé que pour les noms des créatures vivantes que l'on peut distinguer en mâles et en femelles, et qui, par conséquent, sont susceptibles d'être classées dans l'un des deux genres masculin ou féminin. Tous les autres noms substantifs devraient appartenir à ce que les grammairiens appellent le genre neutre , qui indique la non-existence d'un sexe. Mais le langage, dans sa structure , offre quelques singularités relativement à cette division ; car, par analogie avec la distinction des sexes mâle et femelle qu'on retrouve dans presque toutes les classes d'êtres animés , les hommes, dans la plupart des langues, ont distingué en masculins et en féminins une grande quantité d'objets inanimés. C'est ce que nous voyons dans les langues grecque et latine. Ainsi, ^ar exemple, gladius, une épée, est au masculin -, sagitta, une flèche , est au féminin. Cette désignation de sexes , à l'égard d'objets inanimés , semble tout-à-fait bizarre, et paraît n'être fondée que sur la formation accidentelle des mots, puisqu'on a, en général, assi.'^né un certain genre à certaines terminaisons. En grec et en latin, cependant, tous les noms d'objets inanimés ne sont pas ou masculins ou féminins, et un assez grand nombre rentre dans le genre neutre sous lequel ils devraient tous être placés : comme tenipïum, un temple; sedile, un siège,

Mais , sous ce rapport , le génie des langues française et italienne dilfère de celui du grec et du latin. En

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français et en italien (on n'en peut indiquer la cause), le genre neutre est absolument inconnu; et les noms des objets inanimés sont, sans exception, comme ceux des animaux, distribués en masculins et en féminins. Le français a deux articles , le pour le masculin , et la pour le féminin ; et l'un ou l'autre accompagne invariablement les noms substantifs pour indiquer leur genre. Les Italiens emploient au même usage leurs articles il et lo pour le masculin, et la pour le féminin.

La langue anglaise est remarquable par une singularité toute contraire. Le français et l'italien n'ont pas de genre neutre 5 en anglais (dans le discours ordinaire), tous les mots substantifs , qui ne sont pas des noms de créatures vivantes, sont neutres sans exception. Ile, il; ske, elle ; it (neutre), il, sont les signes des trois genres; et l'on se sert toujours de it, en parlant des objets qui n'ont pas de sexe, ou dont le sexe est inconnu au moment où l'on parle. La langue anglaise est peutêtre la seule langue du monde (excepté celle des Chinois, qui, à ce qu'on assure, présente aussi cette singularité) dans laquelle la distinction des genres soit appliquée d'après les règles de la raison, et bornée, comme elle doit l'être, à marquer la différence des sexes dans les êtres que la nature en a pourvus.

Il en résulte, pour la langue anglaise, un avantage inappréciable dont nous devons faire sentir toute la conséquence. Quoique, dans le discours ordinaire, comme je viens de l'observer, nos genres établissent la différence qui existe réellement entre les sexes, le génie de notre langue nous permet cependant de mettre, par métaphore, au masculin ou au féminin les noms des

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objets inanimés, toutes les fois que nous croyons qu'il en pourra résulter un plus bel effet oratoire-, et, lorsque nous en usons ainsi , nous sommes censés abandonner le style ordinaire pour employer le style Tiguré.

Ainsi, lorsque je parle de la vertu dans le cours de la conversation , ou dans une proposition quelconque, je ne donne point de sexe à ce mot, c'est- à -dire de genre : viitue is its own reward, ou bien , it is the law ofour nature; mais si je veux prendre un ton plus élevé, si je cherche à embellir ou à animer mon discours , je donne un sexe à la vertu , et je dis : she descends froin lieaven , elle descend du ciel ; she alone confers triie honour upon man , elle seule est pour l'homme la véritable gloire. Ce moyen nous donne la facilité de mettre plus de variété dans notre style : nous pouvons , à l'aide d'un bien léger changement , personnifier un objet que nous voulons présenter avec dignité, et, en même temps , nous annonçons au lecteur ou à l'auditeur que nous passons du style précis de la logique au style brillant et pompeux de la rhétorique.

C'est un avantage dont, non-seulement les poètes, mais encore ceux qui écrivent ou parlent bien en prose, se trouvent heureux de pouvoir profiter, et tirent souvent un très -beau parti. Cet avantage, notre langue seule le possède 5 toutes les autres en sont privées. Dans toutes, chaque mot a un genre déterminé, soit masculin, féminin ou neutre, et qui ne peut varier en quelque occasion que ce soit, kot-zr, , par exemple , en grec, 'virtuSj en latin, et lavertu, en français, sont constamment au féminin. Elle est toujours le pronom mis à la place de ce mot, en prose comme en vers , dans le

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style du raisonnement comme dans celui de îa déclamation ; au lieu qu'en anglais , si nous voulons parler avec toute l'exactitude philosophique, nous ne donnons pas de genre aux objets inanimés. Quand nous leur en donnons , quand nous personnifions ces objets , c'est que nous nous exprimons en style poétique, ou que nous jugeons à propos de donner du mouvement à notre prose.

Il est important de remarquer que, lorsque nous usons de cette liberté , que nous laisse le génie de notre langue , de donner un sexe aux choses inanimées , il ne dépend cependant pas de nous seuls de leur donner indifféremment le genre masculin ou le genre féminin. Nous sommes, à cet égard , soumis à certaines règles que l'usage a consacrées, et qui fixent un genre à chaque objet ; règles que M. Harris attribue , dans ses Recherches philosophiques sur les principes de la grammaire, à une certaine ressemblance, une espèce d'analogie entre les choses inanimées et les qualités morales qui distinguent les deux sexes.

Selon lui, nous donnons ordinairement le genre masculin aux noms substantifs pris au figuré, lorsqu'ils emportent l'idée de volonté ou de commandement ^ quand ils 'rappellent une nature forte ou puissante, soit pour faire le bien, soit pour produire le mal-, enfin , lorsqu'ils indiquent une supériorité à laquelle nous devons applaudir, ou qu'il nous faut détester. Notre auteur pense que l'on doit, au contraire , mettre au féminin les noms qui emportent l'idée de retenue , de reproduction , les noms qui indiquent des choses d'une nature passive plutôt qu'active , ou qui sont remar-

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quables par leur beauté et leur amabilité ; ou, enfui , qui ont des qualités plus analogues à celles des femmes qu'à celles des hommes. A l'appui de ces principes, il fournit les exemples suivans : le soleil , dans notre langue, est toujours mis au masculin, et la lune au féminin, parce qu'elle reçoit et reproduit les rayons du soleil j la terre est toujours au féminin ; ime frégate , une contrée, une ville, sont aussi employées au féminin, parce qu'elles reçoivent ou contiennent, soit des hommes, soit des habitans. Pans toutes les langues. Dieu est au masculin ; nous mettons le temps au masculin , à cause de sa grande influence sur toute la nature -, la vertu est au féminin , à cause de sa beauté , et aussi parce qu elle doit être un objet d'amour 5 la foHune est encore au féminin. M. Harris croit que les raisons qui ont déterminé le genre de ces mots principaux sont les mêmes dans la plupart des autres langues que dans la nôtre. On peut cependant élever quelques doutes à cet égard ; une foule de circonstances diverses , qui nous semblent accidentelles parce que nous ne pouvons pas remonter jusqu'à leurs sources, ont incontestablement exercé une grande influence sur la formation des langues ; et les langues ne paraissent en aucun point plus bizar.cs , et en même temps moins asservies à aucune règle , que dans la désignation des genres auxquels appartiennent les noms des choses inanimées, et principalement chez quelques peuples qui ont appliqué le masculin ou le féminin à tous leurs noms substantifs.

Après cette dissertation sur le genre dans les noms substantifs, je vais m'occuper de ce qu'en style de gram-

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maire on appelle déclinaison au moyen des cas. Voyons d'abord ce que signifie le mot cas. Pour s'en former une idée juste, il faut observer que lorsque les hommes eurent donne des noms aux objets extërieurs, qu'ils eurent déterminé le genre de ces noms par des articles, et les eurent distingués ensuite par les nombres, le langage resta encore bien imparfait, jusqu'à ce qu'ils eussent inventé une méthode pour exprimer les relations mutuelles de ces objets. Avoir des noms pour désigner un homme, un lion, un arbre, une rivière", leur était d'une assez mince utilité , tant qu'ils ne purent pas indiquer les rapports que chacun de ces objets pouvait avoir avec les autres, et faire connaître s'ils approchaient, s'éloignaient, se réunissaient, etc. Ces rapports des objets entre eux sont innombrables, à la vérité 5 en sorte qu'avoir imaginé des noms pour les indiquer tous, fut sans doute le dernier degré de la perfection du langage. Mais lorsqu'il n'était encore que dans l'enfance, on dut sentir déjà la nécessité d'exprimer , d'une manière ou d'une autre , les rapports les plus importans , c'est-à-dire , ceux sur lesquels on avait le plus souvent occasion de s'entretenir. C'est de cette nécessité que sont venus le génitif, le datif et l'ablalif , cas qui expriment et le nom et les espèces de relations de ce nom déterminées en anglais par of] to, from, with et bj, et en français par de, à, avec, par, relations que nous avons plus fréquemment besoin d'indiquer qu'aucune autre. Ainsi les cas, dans la déclinaison des substantifs , ne sont autre chose que l'expression de l'état et du rapport d'un objet avec un autre, indiqués par une variation quelconque dans le nom de l'ob-

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