‹ Leçons de rhétorique et de belles-lettresChapitre 2 sur 38 · IV NOTICE SLR LA VIE · texte numérisé non relu

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beautés , sans doute , mais il n'y aura plus de poèmes ; et ces beautés mêmes ne rappelleront ni la grandeur ni le sublime de Milton. Personne n'est plus que moi sincère admirateur de l'antiquité : cette admiration, cependant, doit-elle être exclusive, et ne devons -nous pas l'accorder à toutes les grandes et nobles conceptions du génie , quels que soient le temps ou la langue qui les ont produites?

L'auteur de l'ouvrage dont j'offre au public une nouvelle traduction est un noble modèle de cette impartialité qui doit toujours régner dans les jugemens que nous portons sur les productions du génie et du talent ; et cette qualité est d'autant plus admirable chez lui, que l'on sait que ses compatriotes ne sont pas toujours disposés à rendre justice au mérite des autres nations. Blair avait l'esprit trop juste pour ne pas reconnaître les défauts de la littérature de son pays , et apprécier les beautés de la nôtre; et il avait le cœur trop droit pour ne pas convenir avec franchise des uns et des autres. Cette impartialité suffirait pour assurer le succès de son Cours de Rhétorique et de Belles - Lettres f si cet ouvrage ne se recommandait d'ailleurs par la sagesse et la profondeur des principes qu'il renferme , par des

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vues nouvelles et ingénieuses , et par une méthode claire et facile. L'étude de l'élocjuence et de la philosophie fut l'occupation de toute sa vie. Il se destina d'ahord à l'état ecclésiastique , dans lequel plusieurs de ses ancêtres avaient rempli de hautes fonctions de la manière la plus honorahle. Il descendait de Robert Blair, chapelain de Charles i" et lun des ministres les plus zélés et les plus distingués de l'époque oii il vivait. Ce prince l'aimait beaucoup. Je le préfère, disait-il souvent , parce que c'est un homme pieux , prudent, instruit, et d'un esprit à la fois calme et modéré. Robert Blair avait eu deux lils, David et John : le premier fut un des pasteurs les plus considérés de l'Eglise d'Edimbourg; son fils se fit un nom dans la littérature par son poème intitulé the Grave (le Tombeau). John Blair se livra au commerce , dans lequel il ne gagna qu'une fortune médiocre , mais sut acquérir l'estime de ses concitoyens; il laissa à Hugues Blair les seuls biens estimables , les plus précieux qu'un père puisse laisser à ses enfans , une éducation solide , et l'exemple de toutes les vertus.

Hugues Blair naquit k Edimbourg le 7 avril 1718; il entra à douze ans au collège de cette ville, et l'on s'accorde généralement k dire qu'il

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ne travailla d'abord qu'avec peu d'application et un succès fort médiocre ; il n'étudia avec goût que dans les dernières années de ses classes, et ses professeurs se plaisaient déjà à encourager ses efforts , lorsqu'une circonstance vint l'éclairer luimême sur ses moyens , et le décider à se livrer a l'étude avec ardeur. 11 faisait sa logique, et on lui avait donné pour sujet d'une dissertation un essai sur le beau. Sa composition, remarquable par la grâce du style et la justesse des pensées , fixa l'attention de son professeur, le docteur Stevenson , qui la désigna pour être lue publiquement k la fin de l'année. Ce témoignage honorable de la satisfaction de son maître produisit sur l'esprit du jeune Blair une impression profonde, et décida son goût pour l'étude de la littérature. Les distinctions de collège , les distributions annuelles de couronnes , si elles étaient véritablement la récompense du mérite , seraient un noble encouragement pour la jeunesse, et l'on verrait plus souvent les succès de l'âge mûr confirmer les décisions des juges de l'enfance ; mais elles sont presque toujours distribuées par la faveur, pour flatter la vanité des parens, et ne servent ordinairement qu'à enfler d'un sot orgueil quelque sujet médiocre. Blair, par une espèce de senti-

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ment de reconnaissance , conserva toute sa vie cette composition ; il aimait h la relire ; elle lui 1-appelait le souvenir de son enfance , de ses premiers travaux , et d'un succès bien doux , présage heureux de la gloire qui l'attendait. Dès -lors il s« livra à l'étude avec une constance qu'il soutint jusqu'à ses derniers momens. Il se fit un plan de travail qui contribua beaucoup à étendre ses connaissances , et il le suivit toujours , lors même que la réputation qu'il s'était faite pouvait l'autoriser à compter sur la rectitude de son goût et l'excellence de son jugement. Ce plan , que dans ses Leçons de Rhétorique et de Belles-Lettres il recommande aux jeunes gens , consistait k lire avec la plus grande attention les meilleurs auteurs , et lorsque la lecture était finie , k faire des extraits des passages les plus remarquables, avec les observations auxquelles ces passages pouvaient donner lieu, observations qui portaient k la fois sur le style et sur le sujet. Il appliqua plus particulièrement cette méthode k l'étude de l'histoire , et , pour mieux réussir, il s'associa plusieurs jeunes gens curieux , comme lui , de s'instruire ; il dressa des tables chronologiques dont il ne remplit que les dates , et k mesure que dans leurs lectures ou dans les cours qu'ils suivaient, im fait important arrivait

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à leur connaissance , ils le rapportaient sur - lechamp à sa date. Cette méthode avait le double avantage de les obliger à lire ou à écouter avec attention , et de leur faciliter la recherche des faits qu'ils voulaient lier ou comparer à d'autres faits : destinée d'abord par Blair à son usage et à celui de ses jeunes amis, elle reçut ensuite quelques développemens , et fut donnée au public par le savant docteur John Blair, chanoine de Westminster, dans son estimable ouvrage intitulé Chronologie de Thi&toire et du monde.

En 1739, à l'âge de vingt -un ans, Blair prit ses degrés de A. M. Il défendit à cette occasion et fit imprimer une thèse intitulée de Fundamentis et Obligatioîie le gis naturœ. Cette thèse renferme, sur cette grande question , une discussion profonde et très- judicieuse; elle est écrite avec beaucoup d'élégance et de clarté , les principes en sont dictés par un cœur droit et une âme vertueuse. Deux ans après il reçut du consistoire d'Edimbourg ses licences pour prêcher l'Evangile. Il débuta dans cette carrière avec tant de succès , qu il fut nommé presque sur-le-champ à la cure de la paroisse de Colessie , dans le comté de Fize ; il y resta à peine une année; il revint eu 174^ dans sa ville natale , pour faire partie des membres dç

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la congrégation des prébendiers, et remplir les fonctions de ministre de Cannongate; il passa ensuite k l'église de lady Yester : en lySS, il fut promu à l'église métropolitaine d'Edimbourg , l'une des chaires cléricales les plus importantes du royaume , et dans le même temps l'université de Saint - André lui conféra le titre de docteur.

Jusque-là Blair s'était exclusivement consacré à l'exercice de ses devoirs de prédicateur et de ministre. Il n'avait fait imprimer que deux sermons de circonstance, et une traduction en vers des passages de l'Écriture que l'on chantait le plus ordinairement dans l'église. Il paraissait alors à Edimbourg un journal littéraire rédigé par les savans les plus distingués du royaume , sous le titre de Edinhurgh Review. Blair y avait fait insérer quelques articles remarquables par la pureté du style , l'élégance de la diction et la sagess e des principes ; mais iL n'avait encore rien publié qui pût donner à son nom l'éclat dont il devait briller dans la suite. Revêtu de l'une des plus belles fonctions ecclésiastiques , qu'il devait à son zèle et k son éloquence, débarrassé des détails minutieux des places subalternes , il eut plus de loisirs , et voulut les consacrer k l'enseignement d'une science qu'il possédait au degré le plus élevé, celle de par--

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