‹ Leçons de rhétorique et de belles-lettresChapitre 3 sur 38 · X NOTICE SUR LA YIE · texte numérisé non relu

X NOTICE SUR LA YIE

1er au cœur, d'employer l'art de la parole à toucher et à convaincre. Il communiqua à ses amis uii plan de lectures sur la composition littéraire. Il paraît que ce plan n'embrassait d'abord que les règles relatives à l'éloquence, et principalement à l'éloquence de la chaire , et que ce fut h la sollicitation des personnes auxquelles il l'avait soumis , qu'il fit un cours complet de rhétorique et de critique. Il en commença la lecture au collège d'Edimbourg le ii décembre ij5g. Les auditeurs devenaient chaque jour plus nombreux, et il avait la satisfaction d'y compter les personnes les plus distinguées de la ville. Cette première lecture donna une si haute idée de l'excellence des principes littéraires du professeur, que les chefs de l'université résolurent d'instituer l'été suivant et de lui confier l'enseignement d'une classe de rhétorique qui ferait a l'avenir partie de leur établissement académique. Le roi confirma cette résolution, et nomma Blair professeur royal de rhétorique et de belles -lettres à l'université d'Edimbourg, avec un traitement de 70 livres sterling (environ 1700 fr. ). Ce ne fut qu'en 1785, après avoir professé pendant vingt-quatre ans, que Blair se décida à publier ses leçons sous le titre de Lectures sur la Rhétorique et les Belles - Lettres

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{Lectures on RJietoric and Belles-Lettres) ; elles rormèrent deux volumes in -4°- Le succès en fut prodigieux : on les réimprima six fois en Angleterre et plusieurs fois en Amérique et en Irlande , et les Sermons du même auteur sont peut-être le seul ouvrage qui ait eu, dès le moment de sa publication, une vogue aussi long-temps soutenue et en même temps aussi méritée. Les éditions s'épuisèrent avec rapidité; ce livre passa bientôt chez les étrangers, et il s'en fit des traductions en italien et en français. Les traducteurs furent forcés d'avouer qu'il manquait à leur langue un traité de littérature aussi succinct, aussi clair, et en même temps aussi complet. Francesco Soave, l'un des écrivains les plus distingués de l'Italie, en publia une traduction qu'on réimprima plusieurs fois ; et voici comme l'éditeur explique les motifs qui ont déterminé Soave à entreprendre ce travail : (( Les Leçons de Rhétorique de Blair, (( dit -il, sont trop bien connues, non - seulement H en Angleterre , mais encore dans toutes les parte ties de l'Europe oii l'on cultive les belles-lettres , « pour que j'aie besoin d'en faire apprécier le mé- (( rite. On sait quelle célébrité elles ont acquise « en Angleterre. A peine furent -elles imprimées « qu'elles se répandirent en France , en Allema-

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» gne , partout où il se trouva des hommes de " lettres assez familiers avec la langue anglaise « pour admirer la distribution de l'ouvrage , et « les excellens principes qu'il renferme. On en « fit tant de cas en Allemagne, que Zimmermann, « l'un des écrivains les plus instruits et les plus ^< élégans de ce pays, n'iiésita pas à prononcer « que cet exceUent livre devait être entre les « mains de tous ceux qui désiraient former leur >. goût dans l'art de parler et d'écrire. Il tomba, " continue l'éditeur, sous les yeux de M. Soave, ^< qui le lut avec la plus grande attention , et K pensa que l'Italie ne possédait aucun ouvrage " qui pût lui être comparé, ou du moins que l'on « dût estimer davantage; il entreprit sur-le champ f< de le traduire. U nous apprend lui-même, dans u l'avis qu'il a placé en tête de la magnifique édi- « tion de Bodoni, ce qui le détermina à se livrer " à ce travail. Certainement, parmi tous les trai- « tés de rhétorique et de belles -lettres que nous « possédons, aucun n'est plus complet, dans au- " cun les principes ne sont examinés avec plus de » profondeur et de jugement , dans aucun les " règles ne sont appliquées à la pratique avec plus « de sagacité. » Cet ouvrage ne pouvait pas manquer d'avoir en France le même succès. Si, en

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général, nous aimons assez peu nos voisins, cette inimitié , qui n'a pour cause que leur conduite politique souvent blâmable à notre égard, ne nous aveugle pas au point de nous faire refuser notre estime aux hommes éclairés de l'Angleterre, et notre admiration aux conceptions de leur génie ou aux productions de leurs talens. Les Lectures de Blair furent traduites en français par M. Cantwell , très - peu de temps après leur publication . N'ayant pas de bien à dire de cette traduction, je m'abstiendrai d'en parler; j'observerai seulement que si elle eut quelque succès , ce succès serait une preuve du mérite de l'ouvrage de Blair, si on pouvait le contester. M. Prévost, écrivain trèsdistingué , professeur de philosophie à Genève , correspondant de l'Académie de Berlin et des Sociétés royales de Londres et d'Edimbourg , s'aperçut que la version de M. Cantwell était au-dessous de l'original , et il eut le tort de vouloir la corriger au lieu de faire une autre traduction (i). M. Prévost avait déjà fait passer dans notre langue

(i) « he premier traducteur de cet ouvrage, dit M. Prc- « vost en parlant de M. Cantwell , a souvent réussi à pré- « senter le sens de l'auteur avec autant de fidélité que « d'élégance. J'ai cru devoir conserver ses propres exprès-

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plusieurs ouvrages de philosophie , et entre autres il avait enrichi notre littérature des œuvres posthumes d'Adam Smith et des Elémens de la philosophie de l'esprit humain de Dugald Stewarti Cette dernière traduction, écrite avec élégance et pureté , décelait un esprit judicieux et une plume exercée ; les mystères de la métaphysique y sont expliqués avec la plus grande clarté; et M. Prévost a lutté avec un succès complet contre la .difficulté de présenter avec précision , sur une science très - abstraite , des idées dont un autre est le créateur. Sa connaissance approfondie de la langue anglaise, l'habitude de traiter avec méthode et avec simplicité les questions les plus difficiles de la philosophie et de la littérature , sont des talens bien reconnus en M. Prévost, et qui donnaient au public le droit d'exiger de lui une excellente traduction d'un ouvrage aussi recommandable que ce Traité de rhétorique, dont personne ne pouvait mieux que luimême apprécier tout le mérite. Son travail, ce-

" sions sans scrupule , toutes les fois qu'il ne se présentait

•I à moi aucune raison de les éviter. Ce n'est point une lutte

« que j'ai entreprise, mais un travail d'utilité, dans lequel

•< j ai dû employer tous les secours à ma portée. »

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pendant, n'est pas tout -à -fait indigne de lui; il y a de très -belles pages, ce sont celles que M. Prévost a traduites : il y en a quelques-unes de médiocres , ce sont celles qu'il a copiées ou corrigées d'après Cantwell. La traduction de M. Prévost a été publiée à Genève en 1 808 : il n'en existait dans le commerce de Paris qu'un très -petit nombre d'exemplaires, et j'ai pensé qu'il serait de quelque utilité d'en entreprendre une autre qui serait la troisième. Je n'ai pas cru faire mieux que ce qu'a fait le professeur de Genève , mais j'ai espéré être plus beureux que Cantwell. Cette raison et mon admiration pour Blair m'ont déterminé à entreprendre ce travail. J'éprouve, en le publiant , un regret ; c'est de n'avoir pu , pendant un voyage que j'ai fait à Genève dans les premiers jours de juin de l'année 1820, m'entretenir quelques instans avec M. Prévost. Je n'avais que trèspeu de temps à rester dans cette ville , il était à la campagne. J'aurais désiré recueillir son avis sur son propre travail , sur les moyens de faire mieux , et je suis persuadé qu'il m'eût écouté avec intérêt et répondu avec franchise. Je professe depuis long -temps pour ses ouvrages une véritable estime; je n'ai pas eu dans cette circonstance, et je n'aurai jamais la présomption de lutter contre

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lui ; je n'ai voulu qu'essayer de remplacer uu livre dont l'édition était épuisée, un livre éminemment utile à la jeunesse, et dans lequel les plus saines doctrines littéraires sont exposées avec autant de clarté que de méthode.

Pendant que Blair s'occupait de son cours de belles -lettres , un autre genre de travail lui servit de délassement; il contribuait à tirer de l'oubli Jes poésies d'Ossian. Lié d'amitié avec M. John Home, l'auteur de Douglas, et avec M. Macpherson, il détermina ce dernier à entreprendre un voyage dans les montagnes de la Haute - Ecosse , pour rassembler les fragmens du poème de Fingai, et des autres pièces connues sous la dénomination de poésies d'Ossian. On ouvrit une souscription pour les frais de ce voyage , et Blair contribua, plus que personne, à la faire remplir. Au retour de M. Macpberson , il s'éleva en Angleterre de nombreuses discussions sur l'authenticité de ces poèmes : le savant professeur d'Edimbourg publia à ce sujet, en 1765, une Dissertation critique qui fut lue avec le plus vif intérêt par tous les littérateurs de son temps , quelle que fût leur manière de voir dans la question qu'il traitait. Cette dissertation lui fit beaucoup d'honneur, et contribua sans doute beaucoup à étendre la repu-

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tatioii du poème que publiait M. Macphcrsoii. Elle a été souvent réimprimée , et on la trouve maintenant réunie aux éditions des poésies d'Ossian.

L'importance et la multiplicité de ses travaux littéraires ne l'avaient jamais détourné de ses fonctions ecclésiastiques; il les remplissait toujours avec le même zèle, et ses Sermons étaient toujours plus suivis et plus goûtés. Blair savait y répandre toute la douceur, toute l'aménité de son caractère. Il parlait avec onction , et ses paroles ne jetaient point la terreur dans le cœur de ceux qui l'écoutaient ; elles y portaient la consolation ; il cherchait à réconcilier l'homme avec lui-même; il exhortait surtout à la pratique de ces vertus douces et touchantes dont il était le modèle. Ses discours roulent principalement sur l'union de la piété et de la morale; sur le pouvoir de la religion dans l'adversité et dans la prospérité; sur la candeur, 1 amitié, la modération, la patience, la retraite religieuse; sur les devoirs de la jeunesse , ceux de la vieillesse et ses consolations ; sur l'emploi du temps, la sagesse, la prière : dans presque tous , il peint son âme tout entière ; mais le discours oii sans le savoir il parle le mieux de lui-même , c'est celui qui a pour sujet la dou-

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reur. Voici comme il distingue cette vertu de la timidité , voilà comme ensuite il la peint d'après son cœur.

« Commençons par ne pas confondre la vraie « douceur avec la timidité pusillanime qui porte f< l'âme à se soumettre avec une complaisance pas- « sive et sans bornes. Cette faiblesse , que l'or- << gueil et la violence dominent si facilement, non- « seulement elle n'est pas un devoir du chrétien , « mais elle est un désordre qui nuit au bonheur » général. Toujours prête à céder aux opinions M qu'on lui dicte, toujours prête à souscrire aux t< vices qu'elle n'ose combattre , elle n'est qu'une (( source d'égaremens , elle n'est point une vertu. (f Sans énergie pour défendre les principes les i' plus sacrés , elle ne sait que s'avilir par une i< imitation servile , et tout ce qui demande de la « force est au-dessus d'elle. Ce n'est point le nom « de douceur qu'il faut donner à cette lâche com- « plaisance , et la recommander aux hommes au « milieu de leur corruption , ce ne serait que vou- « loir ajouter à leurs défauts déjà trop nom- « breux

'( La compassion est prompte à soulager les be- « soins de l'infortune ; l'indidgence rend généreux « et défend d'opposer l'injure à l'injure; la mode-

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« ration calme les passions , et la candeur eni- « pêche les jugeniens d'être injustes ou trop sé- « vères. Mais la douceur a d'autres soins qu'elle u n'oid)lie jamais : habile à corriger notre impa- « tience , elle nous fait éviter soigneusement tout M ce qui pourrait offenser; elle sait que l'homme (( est né pour souffrir, et toujours elle éprouve « le besoin de le soulager; voilà le devoir qu'elle u aime, qu'elle s'impose, et qui jamais ne cesse '( pour elle; elle n'attend pas des circonstances (( particulières pour agir ; elle est aussi rapide que (( la pensée , et le charme de son influence se fait u reconnaître dans toutes ses paroles, dans toutes <( ses démarches , et jusque dans les efforts que la « vertu peut goûter.

« Le monde , malgré sa corruption , croit dece voir des hommages à la vertu. En effet, sa néi< cessité se fait tellement sentir, que la société , « même la moins sévère, commande impérieuse- « ment à qui veut lui plaire de respecter ses « apparences. Elle exiige que les hommes qui ne « peuvent atteindre jusqu'à sa réalité , encensent '< du moins son ombre. Cette imitation est même « devenue un de leurs arts. C'est de là que, dans w le commerce de la vie , celui qui veut avoir « part à l'estime, à l'approbation générale,, s'at-

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« tache à prendre le langage et Textérieiir de la (< bonne foi, de la douceur et de l'humanité. Mais (( ce n'est point là le principe et le caractère de la i( douceur de l'homme de bien. Ainsi que toutes •' les autres > ertus, elle n'a point d'autre siège que « le cœur; c'est là seulement qu'elle peut trouver (f cette franchise et cette simplicité qui la rendent u si persuasive et si touchante. Nous faisons de u vains efforts pour rendre impénétrables les voiles « dont nous cherchons à nous couvrir; nos pen- « chans , nos actions nous trahissent malgré nous , t< et les manières les mieux étudiées du courtisan « le plus adroit n'auront jamais le charme qu'un '( cœur vraiment doux et bon sait répandre sur « tout ce qu'il dit , sur tout ce qu'il fait. La vraie « douceur est fondée sur le sentiment de ce que « nous devons à ceux qui nous environnent; elle (( nous dit de respecter et de chérir les liens qui « nous unissent à nos familles , et les rapports que « nous avons avec les hommes. Elle nous fait « souvenir que , nés faibles comme eux , nous « avons comme eux nos torts et nos besoins; elle « nous donne une idée juste de notre condition et « de nos devoirs; elle est l'état naturel de l'âme « que des principes sages élèvent et perfection- « nent; elle est le penchant irrésistible de celui

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« dont le cœur plein de bonté , loin de vouloir h jamais affliger, sent toujours le besoin de sou- « lager les maux qu'il aperçoit. Attentive, affable « et prévenante dans tout ce qu'elle fait , elle s'em- « presse d'obliger; toujours éloignée de l'orgueil « qui refuse les dons qu'on lui présente, elle les « accepte sans regarder la reconnaissance comme « un fardeau trop pesant. Ses amis n'ont jamais (( k douter de sa tendresse ; il n'est point d'étranu ger qu'elle n'accueille favorablement ; et ses « ennemis, si elle peut en avoir, sont toujours as- « sures d'un pardon généreux. Pleine de moderato tion dans l'exercice de son autorité, les conu seils qu'elle donne semblent être ceux d'un ami , « et la modestie pleine de délicatesse qui s'unit k « sa bienfaisance, double le prix des faveurs ou « des dons qu'elle accorde. Modérée dans son opi- « nion, elle la défend sans la croire infaillible; les « contrariétés ne peuvent l'irriter, et, cependant « elle craint de contredire ; elle est encore plus « lente k blâmer, et dès qu'elle voit la paix se trou- « bler, elle ne se repose plus qu'elle ne l'ait retard blie. Elle attend qu'on l'appelle pour se mêler « des intérêts qui lui sont étrangers , et jamais « elle n'interroge sur les secrets qui ne lui sont pas u confiés, car elle a des occupations plus chères

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" pour elle que celles d'une vaine curiosité. Elle « cherche les malheureux qu'elle pourra soûlais ger, et lorsque après les avoir trouvés elle ne " peut tarir la source de leurs larmes , elle prend « sa part de leur douleur, elle pleure avec eux; (( elle n'ignore pas que trop de soins peuvent pa- « raître importuns, elle se repose dès qu'elle n'a « plus l'espoir d'être utile. Elle ne veut point « étonner, elle ne demande point qu'on l'admire ; .f c'est en l'aimant qu'on la récompense. Si le (( rang, les talens ou la fortune l'élèvent au-des- « sus de ceux qui l'environnent, elle en jouit avec (( tant de réserve, qu'elle se les fait du moins parte donner, si elle ne peut les faire entièrement ou- <( blier. Tel est l'esprit de douceur que l'Evangile « nous commande quand il nous exhorte à nous (( supporter les uns les autres , à nous réjouir i( avec ceux qui se réjouissent, et à pleurer avec « ceux qui pleurent; à n'être point paresseux à « rendre service , à être doux et tendres , compara tissans et honnêtes, à soutenir le faible. »

Blair prêchait l'Evangile depuis plus de cinquante ans avant qu'il songeât à faire imprimer des Sermons dont son extrême modestie pouvait seule lui dissimuler le mérite. Cédant plus au vœu de ses amis qu'à son amour pour la gloire, il se

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décida à en envoyer un seul volume à M. Straham, imprimeur, qui, après l'avoir gardé quelque temps, finit par lui écrire pour le dissuader de livrer cet ouvrage à l'impression. Cependant cet estimable imprimeur voulut avoir l'assentiment d'un juge plus éclairé , et il envoya le livre h Samuel Johnson ; celui - ci n'hésita pas à déclarer qu'il avait lu les Sermons de M. Blair avec le plus vif intérêt, et que dire qu'ils étaient bons ^ c était n'en pas dire assez de bien. M. Straham s'empi'^ssa de faire part de ce jugement à l'auteur, de lui dire qu'il s'associait pour l'édition de son livre avec M. Cadell, libraire, et qu'ils lui en offraient cent livres sterling. L'ouvrage fut publié en 1777. Le public l'accueillit si bien, la vente en fut si rapide, que MM. Straham et Cadell, outre un cadeau considérable qu'ils firent à Fauteur, lui envoyèrent une première fois cinquante livres sterling, et bientôt après cinquante autres livres. 11 faut que de pareils traits de loyauté soient assez rares dans les annales de la librairie ; car dans toutes les biographies de Blair, tant anglaises que françaises, on insiste sur ce fait comme sur une chose extrêmement remarquable. L'auteur, encouragé par un succès si peu attendu, quoique bien mérité, prépara un aube volume de Ser-

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mons dont les mêmes libraires lui donnèrent troi;* cents livres sterling : il en publia ensuite un troisième , puis un quatrième , et il eut pour chacun six cents livres sterling. Le public les accueillit avec la même faveur, ils se répandirent promptement partout oii Ton parle la langue anglaise , et ils furent bientôt traduits dans presque toutes les langues de l'Europe. Les ecclésiastiques, en chaire , débitaient quelquefois ses Sermons au lieu de ceux qu'ils auraient pu composer euxmêmes. Le roi d'Angleterre voulut donner à l'auteur une marque particulière de son estime et de sa satisfaction , et lui accorda sur le trésor royal une pension de deux cents livres sterling qui lui fut payée jusqu'à sa mort, et qui fut même augmentée de cent autres, lorsqu'en lySS son grand âge l'obligea de cesser ses fonctions de professeur dont il conserva cependant les émolumens, Blair préparait un cinquième volume, mais it^ eut à peine le temps de l'achever, et il ne fut publié qu'en 1801, l'année qui suivit celle de sa mort.

Ces Sermons en étaient, en 1806, à leur vingtsixième édition, et depuis il ne s'est pas écoulé une année sans qu'on les réimprimât au moins une fois. Us ont été traduits deux fois en français.

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«rabord par M. Froissard , et ensuite par M. Tabbé de Tressai! .

Quel qu'ait été le succès de cet ouvrage, cependant il faut convenir, et c'est l'avis d'un grand nombre de littérateurs anglais, qu'il est moins fait pour assurer à l'auteur une gloire durable, que ses Lectures sur la Rhétorique et les Belles- Lettres. ILes Sermons anglais, ainsi que Blair nous l'apprend lui-même , sont en général extrêmement froids; les prédicateurs cherchent moins à persuader par la force de leur éloquence , qu'à couvainci:e par l'évidence de leurs raisonnemens; et leurs discours sont moins des compositions du genre oratoire que des dissertations de logique et de morale. Blair, sans déployer dans les siens une chaleur très -vive, sut cependant imprimer h son style un mouvement que n'avait jamais eu le style de ceux qui l'avaient précédé dans la même carrière, et il y joignit une pureté et une élégance de diction dont jusqu'alors on avait rarement cherché à embellir ce genre de composition. Voilà déjà bien des raisons pour que les Sermons de Blair aient été j'echerchés avec empressement, non-seulement par les prédicateurs , mais encore par toutes les personnes qui cultivaient la littérature; et ce qui acheva d'assurer leur succès , c est que , dé-

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barrasses des discussions théologiques et dogmatiques , ils ne roulent que sur les vertus que doivent pratiquer tous les hommes réunis en société , €t peuvent être mis entre les mains de tous les jeunes gens, quelle que soit leur croyance religieuse.

Quelque estimés que soient les Sermons de Blair, on s'accorde généralement à regarder ses Lectures sur la Rhétorique et les Belles - Lettres comme un ouvrage bien supérieur. Elles sont , comme nous l'avons déjà vu , le fruit de l'étude de toute sa vie , et d'un professorat de vingt -quatre années. Plutôt doué d'un jugement sain que d'un esprit vigoureux , ayant plus de goût que de génie , Blair sut faire de ses Leçons de Littérature un cours d'instruction utile à la jeunesse, une introduction à l'étude approfondie de l'art de parler et d'écrire. Elles renferment une analyse soignée de tous les genres de composition littéraire ; les principes y sont éclaircis de la manière la plus heureuse par des exemples empruntés aux meilleurs écrivains dans toutes les langues anciennes et modernes. Mais ce qui en fait surtout le mérite, c'est l'impartialité avec laquelle l'auteur a jugé les productions du génie des autres nations ; il sut mettre de côté tous les préjugés pour ne suivre que l'éten-

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dard de la raison et du bon goût. Ces Lectures sont un des livres que l'on peut mettre avec le plus d'avantages entre les mains des jeunes gens. Le style n'y est peut-être pas aussi soigné que dans les Sermons de l'auteur, cela prouve qu'il l'est beaucoup dans les Sermons; car celui des Lectures est clair et correct; dans certains endroits même il est vif et élégant , et si cet estimable ouvrage n'est pas le monument le plus brillant que l'auteur ait élevé à sa gloire , il en sera certainement le plus durable.

Blair vécut dans un âge très -avancé; il eut le malheur de survivre aux objets de ses affections les plus chères , il perdit une fille de vingt et un ans , et quelques années après il eut à pleurer la mort de son épouse à laquelle les liens du sang l'unissaient déjà : elle était fille de James Banatine, ministre d'Edimbourg. Ils avaient eu d'abord un fils qui mourut très -jeune. L'étude est la consolation et le bonheur de toute la vie ; c'est une amie toujours fidèle; ceux qui, pressés dans le tourbillon des affaires ou de ce que l'on appelle les plaisirs de ce monde, l'abandonnent quelque temps, la retrouvent avec de nouveaux charmes lorsqu'ils ont su l'aimer dans leur enfance , et que leur cœur n'a pas été gâté par la société des méchans. Blair,

xxvi.j IN'OTICE SUR LA VIE

qui l'avait chérie toute sa vie, lui dut une vieillesse honorable et paisible. Il puisa dans le travail la force de supporter des pertes douloureuses. Né avec une constitution débile , la régularité de ses mœurs fortifia son tempérament, et il dut à sa tempérance et à sa frugalité une prolongation d'existence que la nature accorde rarement, même aux hommes les plus vigoureux. Quelques années avant de mourir il ne se sentait plus la force de soutenir la fatigue de la prédication , et , dans les regrets que lui causait l'impossibilité de remplir ce devoir, il disait qu'il croyait avoir perdu presque tous ses contemporains. Cependant il continua de s'acquitter régulièrement de tous les autres devoirs de son ministère; il ne refusa jamais ses conseils et ses consolations aux personnes qui sollicitaient sa correspondance de toutes les parties du royaume. Pendant l'été qui précéda immédiatement sa mort, il prépara le cinquième volume de ses Sermons , et il déploya dans ce travail une vigueur d'entendement et une force d'exécution égales à celles de son âge mur. L'hiver était commencé lorsqu'il acheva ce volume , et ses amis se flattaient de l'es- ])oir de le voir jouir quelque temps encore de la gloire qu'il devait en attendre. Mais le 24 décembre les premiers symptômes de la maladie qui de-.

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vait le conduire au tombeau se déclarèrent ; il ne ressentit d'abord que de légères douleurs d'entrailles , et il continua à recevoir les visites de ses amis. Mais deux jours après les accès devinrent plus graves et plus alarmans ; il vit approcher la mort avec calme et résignation , en remerciant la Providence des biens qu'elle lui avait départis, et il finit sa longue et honorable carrière le 27 décembre 1800. Il aA^ait vécu quatre-vingt-deux ans huit mois et vingt jours.

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