PHRASES
Après avoir traité de la clarté et de l'unité, après avoir montré combien ces deux premières qualités sont essentielles dans la construction des phrases, je vais, passer à l'examen de la troisième , à laquelle je donne le nom àe force (i).Par là j'entends un arrangement de clîaque mot et de chaque membre tel que le sens se présente de la manière la plus avantageuse, tel que l'impression qui en résulte soit exactement celle que l'auteur a voulu produire, tel enfin que chaque mot et chaque membre ait justement îa valeur qu'il doit avoir. La clarté et l'unité sont indispensables, sans doute , pour obtenir cet effet , mais elles ne suffisent pas, et il faut encore quelque chose de plus ; car une ])hrase peut être parfaitement claire, ses parties peuvent être bien liées et ne former qu'un seul tout , lorsque cependant quelque malheureuse circonstance, qui ne provient que de son arrangement, lui fait perdre la force et la vivacité qu'elle aurait eues par une construction mieux entendue.
La première règle à observer pour donner de la force :i une phrase est d'en retrancher tous les mots super- (Ins : ces mots, il est vrai , peuvent quelquefois ne nuire
(i) Sueii-Ui.
en aucune manière ni à \a clarté ni à l'unité; mais ils affaiblissent toujours 5 ils rendent la marche de la phrase plus lente et plus embarrassée :
Est brevitate opus, ut cuirat sentcntia,'neii se Iinpedtat verbis , lassas onerantibus aures.