I.SII
l'étranger, sont dans un élat sans cesse croissant de prospérité et de gloire.
Eh bien ! moi je dis : les races françaises ne sont pas estimées à l'étranger, elles n'ont jamais été estimées à l'étranger , elles n'ont jamais été estimées en France, elles n'existent plus, elles n'ont jamais existé ! î !
On va me crier :
« Eussiez-voiis passé les jours d'une robuste ado- « lesceuce à trotter à la plate-longe, à presser à cru les <« flancs des cavales récalcitrantes de l'Andalousie, à sur- « mener des juments barbaresques, qui n'auraient jamais « senti le frein, à mettre à quia les professeurs les plus « huppés d'équitation et d'hippiatrique
« Vous réuniriez en vous seul :
Oison,
Garsault,
Fiaschi,
Solleysel,
Vargas,
Drummond de Melfori,
La Broue,
Moltin de la Balme,
Pluvinel,
Astley,
ïapia de Saicedo,
Pembrocke,
Menou,
Thiroux,
Cavendish,
Mazuchelli,
Imbolti,
Gambado,
Winter,
Vitet,
Bidinger,
Amoreux,
Eisenbertr,
Bourgelal,
Buzé,
Robinet,
Laguérinière,
Cerbero,
Saunier,
Lafosse,
Flandrin, Huzard,
Chabert, Et Franconi,
que vous ne feriez pas croire pareille énormité, que vous ne le prouveriez jamais.
Vous le faire croire, ça dépend.
Vous le prouver, je l'espère.
J'ai lu toute cette kyrielle d'auteurs, spécimen d'érudition hippologique, ou plutôt bibliographique de Ch. Nodier. J'ai lu bien d'autres choses encore, et voici un extrait de mes lectures.
Richard Lawrence, The complète farrier, page2(, 1816, the common French horse is a very indi fièrent animal, the best are bred in Normandy.
John Lawrence, plus explicite (1809, page 59), dit que les Français ont élevé toutes les espèces, excepté le grand cheval de charrette; que la France possède une race de chevaux supérieurs : les normands généralement alzans avec des jambes blanches et une large lisse, de bonne taille, trotteurs actifs , et qui ont fait grande figure dans les dernières guerres. H ne parle des limousins que pour citer un petit cheval hongre, gris, tel que si tous ceux de son pays lui ressemblent, il y a peu à dire en leur faveur, incapable d'aller vite à aucune allure, mais adroit dans les mauvais chemins. 11 ajoute que le haras est une chose en laquelle les Français n ont jamais excellé; que le Gouvernement a dernièrement fait de grands efforts sans beaucoup a" apparence de succès. Je cite sans commentaire.
Hartman, auteur d'un assez bon livre, imite, au sujet des chevaux français, le silence de son compatriote Win-
ter, lequel n'était pas son contemporain. Je ne puis donc découvrir à l'étranger un seul renseignement en faveur de nos anciennes races.
Parmi les documents trouvés en France, je ne suis pas plus heureux ; je ne vois rien pour, et beaucoup contre.
On a reproduit, il y a quelques années, une assez curieuse gravure de 1658, dédiée par François Chauvel au marquis de Twrxj et de la Motte Har court, maréchal de camp, youverncuv de Falaize, etc.
Elle représente le champ de foire de Guibray.
On y lit les inscriptions suivantes :
Rue aux Anglois.
Escuries des cheuaux allemans.
La première n'a rien de concluant; mais la seconde lève tous les doutes : il y avait en 1658, comme de nos jours, un commerce consistant à amener en France, dans nos pays d'élevage, des chevaux étrangers. Il y avait donc alors comme aujourd'hui des consommateurs pour les préférer, à tort ou à raison.
On cite, il est vrai, la tradition d'un cadeau royal envoyé par Henri IV à Elisabeth d'Angleterre, et consistant en plusieurs carrossiers normands. Mais de nos jours on a vu S. M. Louis-Philippe envoyer à l'empereur du Maroc six juments normandes.
Je ne sais si cet acte de munificence nationale vivra dans la mémoire des hommes et sera consacré par l'histoire ; mais ce que je puis assurer, c'est que les six juments étaient bien mauvaises.
— l.XM —
On m'objectera qu'il était fort possible que nos races françaises fussent excellentes, sans jouir alors au dehors de l'estime qu'elles méritaient. Je le veux. Mais ce qu'il y a de cerlain, c'est que nos races françaises n'existaient
pas à l'état de race.
Nous avons dit que pour qu'un individu fût d'une race, il lui fallait, de toute nécessité, une succession quelconque d'ancêtres pareils, de même souche et d'origine analogue, et cela non moins du côté de la mère que du côté du père.
Voyons donc si réellement l'élevage était dirigé dans ce sens et suivant ce principe dans nos haras, et dans celles de nos provinces qui se piquaient d'élever des races de clicvairx à elles.
Le Limousin passe pour avoir toujours produit des chevaux de selle, légers, adroits, souples, infatigables, et n'ayant que le défaut de se faire attendre longtemps.
Et en effet, j'ai vu, il y a quelques années, venir de ce pays des chevaux à qui cette description pouvait s'appliquer avec un peu de complaisance. Le sang arabe, le sang anglais, paraissaient leur avoir donné l'ensemble de qualités et de défauts qui les caractérisent. Mais je ' lis dans la Pratique du cavalier , par René de Menou, seigneur «le Charnizay, en 1651 :
« Les Lymousins ont accoutumé de faire leurs haras « de chevaux d'Espagne et d'Italie, et de juments d'AI- « lemagne, ou de juments qui naissent dans leurs haras, « de légère taille, avec un cheval d'Allemagne. Si bien « que les chevaux qui en viennent sont ordinairement