INFLUENCES GÉNÉRALES
Tète grosse, charnue, os spongieux et d'un tissu lâche et grossier, œil petit, ganache développée, garrot rond, poitrail large et lourd, reins longs, croupe courte, mal taillée, jambes charnues chargées de poils, sujettes aux humeurs, pieds plats, larges, volumineux. Tel est le por- ' trait chargé et type du che\al fort, si on le compare au cheval léger de même ordre, c'est-à-dire toutes choses égales d'ailleurs, éducation, origine, etc. (Fis, 9.)
Fîg. 9.
C'est ici le moment de signaler un traurs fréquent chez nos prétendus connaisseur*, ils se montrent d'une
inconséquence désespérante lorsqu'ils se mettent à faire les difficiles.
Ils ne font
point la part des nécessités de position; par exemple (fig. 10), ils trouvent à redire à cette tête - là dans un hunter de 18 stones , ils préféreraient peut-être un profil dans ce goûtci (fig. 11). Us veulent dans la jambe d\m carrossier, le nerf détaché et l'absence de ton te espèce de poil et de crin comme chez un étalon de pur sang. D'un autre côté, ce cheval de pur sang leur paraîtra loin de terre, trop long et trop léger dans sa croupe.
Fig. <o.
Tcle de Lop, hunier.
Fig. II.
Télede SHim, très-pelil cheval arabe.
Ce n'est point ainsi que raisonne celui qui connaît la nature et ses lois.
Chaque type a sa raison d'être et ses exigences particulières; il est tel ou tel défaut qu'il doit avoir. Ce serait la qualité opposée qui serait défectueuse chez lui, on ne saurait trop le répéter.
Le pied, par exemple, doit être volumineux chez les grosses espèces ; cl c'est sur la forme et la dimension du pied que le sol exerce la plus grande influence.
Le cheval tient par le pied a la terre, c'est par le pied que la terre lui imprime son cachet. Montrez-moi les sabots d'un cheval entièrement couvert , je vous dirai à coup sûr dans quelle localité il a été élevé.
Tout cheval oriental est plus ou moins sujet à être encasielé. Le pied est long, le talon étroit. Les chevaux que nous avons vu arriver d'Égypte font exception, parce que le Nil y est pour quelque chose j il doit y avoir en Egypte des endroits humides et marécageux. Le talon n'est pas cependant très-large, mais il est bas; c'est le pied arabe avec la tournure hollandaise.
Les chevaux navarrins, limousins, etc., sont encastelés
impunément, ou du moins presque toujours : la légèreté
de la taille, le peu de poids qu'ils ont à porter, rendent le
défaut sans importance. Quel cheval pourrait vivre avec
des pieds proportionnellement faits comme ceux de la
plupart de nos ânes qui, cependant, n'en souffrent point ?
La seime est encore un des résultats ordinaires d'une
localité trop aride , voilà pourquoi les anciens écuyers
accusent les chevaux de légère taille d'être sujets a une ni. 7
lare due à un sol qui ne produit que des chevaux de légère taille.
Les terrains substantiels nourrissent la corne et font des pieds lourds. J'ai entendu signaler cet inconvénient à grands cris. J'aime bien les défauts de ce genre-là. Je n'ai jamais vu un cheval hors d'état de porter ses pieds, je veux qu'en certains cas il y ait quelque manque d'adresse; mais un pied bien conformé, si volumineux qu'il soit, s'appuie avec confiance, résonne ferme et creux sur le pavé, et la violence des secousses que reçoit le cavalier lui révèle l'assurance de sa monture.
Que ferez-vous de ces gros chevaux à sabot menu, qui marchent avec précaution comme une femme chaussée trop étroit, qui regardent où ils vont se poser, se retiennent sans cesse, et bondissent sous eux au lieu de se lancer dans l'espace?
La nature même du terrain, la composition du sol, enrichissent ou atrophient la corne du cheval, et c'est la première de ces deux tendances opposées qu'il faut s'attacher à reconnaître pour l'élevage du cheval étoffé.
Comme le terrain, le climat a aussi ses influences. Les chaleurs, les froids vifs, les neiges, les pluies, les brumes ont leurs effets qui se combinent avec les effels du sol.
Les terrains bas, voisins de la mer , couverts d'exhalaisons aquatiques, sont éminemment propres à faire naître de grosses races, la uature y travaille vers ce résultat au gré de l'homme et sans qu'il ait presque rien à faire.
Voyez les bestiaux et les chevaux de la Hollande , du Danemark, d'une grande partie de l'Allemagne, partout
où, avec celte disposition climatériquc, le sol est gras et fertile, les animaux y acquièrent, dans tous les sens, un développement excessif. Est-ce un bien ? Est-ce un mal?
Peu m'importe, c'est une ressource pour l'homme quand il sait s'en servir. Les suflblk-punch, lesblack-horses sont une bien belle chose quand on en a besoin ; les Anglais ont su mettre a profit une propriété de leur sol, ce qui ne les a pas empêches cependant de créer les chevaux les plus vîtes, les plus nerveux, les plus violents du globe.
L'humidité est un don précieux pour un pays; cependant les marais sont un fléau, surtout pour les chevaux ; leur ongle s'y détrempe, y perd son onctuosité radicale, et devient cassant, sans consistance ; le talon s'abaisse outre mesure , le cheval marche comme si, au lieu de pied, il avait une assiette renversée. L'agriculture donne le moyen de profiter de l'humidité et de bannir l'inondation perpétuelle des marécages.
Toutefois, le pied du cheval élevé dans les contrées froides et humides se ressentira toujours de la nature du sol; volumineux, solide et bien fait dans un terrain substantiel, il aura, sur les sables même les plus riches, une tendance à être plat et écrasé.
La constitution entière se ressentira de ces influences ; lymphatique, molle et sujette à une foule de maladies, dans les contrées maigres et sablonneuses; elle sera sanguine, solide et substantielle, si elle subit l'action nourrissante des sols gras et véritablement riches. < Si ces terrains précieux, dont nous venons de parler, se rencontrent sous un ciel chaud, et dans des conditions
telles, cependant, que l'eau ne manque pas, les animaux y atteindront à la fois un développement et une vigueur exceptionnels ; j'ai vu venir d'Espagne quelques chevaux de cinq pieds avec l'ampleur d'un carrossier anglais ; ils » étaient, à la vérité, très-mal faits et sans aucune qualité r mais la rondeur de leurs formes, le manque de largeur la où il devrait y en avoir, l'absence complète de sang, étaient la véritable cause de l'infériorité de ces animaux; et cette cause tenait non au sol, mais à l'origine.
Je ne doute point que, dans le midi de la France, où se trouve réunies les conditions ci-dessus énoncées, on ne puisse obtenir de magnifiques résultats en zootechnie, et particulièrement en productions chevalines. Malheureusement pour notre art, l'industrie agricole pourra je crois employer ces ressources d'une manière pécuniairement plus profitable que l'éducation des animaux.
Nous avons dit que le cheval tient à la terre et que la terre le tient par les pieds, mais là ne se bornent pas les effets du terroir et de l'atmosphère.
Les jambes offrent toujours un caractère de conformité avec les pieds de l'individu. Lorsque le pied est plat et détrempé, le membre est grêle, le paturon manque de soutien, la peau se couvre de poils longs et touffus.
Si, au contraire, la corne est haute et solide, les tendons se trouvent forts, épais, couverts d'une peau dure, et la végétation tégumentaire est à la fois solide et fine, Vest-à-dire que le poil est dur et peu abondant ou du moins court.
Les vieux auteurs ont parlé de la Frise , de ce pays d'une température austère et rigoureuse, coupé de forêts ou de ravins qui le rendent inaccessible, et du courage indomptable de ses babitants. Tout se tient dans la nature; les anciens liippi.it res vantent la force cl l'énergie du cheval frison, aux formes massives, aux allures énergiques et impétueuses, aux jambes rudes et couvertes de poils (Fig. 12).
Cheval frison de Ridinger.
Osiez! ostez ce bidet-là, cette faiblesse, cette petite iéie, re
maigre col, cette squelette d'haquenée, et quon luy donne un roussin fort et rude, autrement je m en irai plutôt avec ma jument que de la soumettre à un si léger cheval, quoiqu'il en serait puni ou non.
Ainsi réclamait, devant Winter, un paysan qui amenait sa poulinière à l'étalon banal du seigneur dont cet auteur était l'écuyer ; le bon Winter avoue qu'il avait présenté à ce rustre un beau barbe sans défaut, mais pour réprouver et en manière de bouc émissaire, pour essuyer le feu de ses récriminations; il lui Cl ensuite amener l'étalon destiné et il (le paysan) s'en réjouit à la résave que la tête lui sembla encore trop petite (page 13).
Le paysan n'avait pas tout à fait tort , sans cela les races fortes de l'Angleterre seraient absurdes avec leurs membres si gros, si larges, si monstrueux. Et cependant, les admirateurs du pur-sang ont raison aussi, quoique le pur-saug ait le doigt trop long et trop mince. Il faut, pour bien raisonner en chevaux, n'être pas exclusif, examiner, comparer et distinguer les cas où Ton se trouve. La raison pour marcher n'a souvent qu'une voie.
Ce n'est pas ici qu'on peut appliquer cet adage.
Il est une secte d'éleveurs, ou plutôt de dissertateurs sur l'élevage, qui ont pris pour texte favori les avantages du sec et du montueux.
Parquez vos poulains sur des collines abruptes où croissent des plantes aromatiques, au lieu de les élever comme des bœufs.
Cela peut être vrai, mais le cheval vigoureux que vous aurez fait ainsi n'aura ni taille ni ampleur, et partant pas de défaite.
Quand le lièvre tué dans les plaines des environs de Paris m \*arait quun plat assez insignifiant, un levreau né sur les coteaux brûlés du Valromey ou du haut Dauphinè est peut-être le plus parfumé de tous les quadrupèdes.
Brillât-Savarin, Méditation vi.
L'oracle de la gastrouomie n'aurait pas raisonné de la sorte, s'il avait été obligé de fournir des lièvres à tant la livre, il aurait donné la préférence aux grosses pièces.
11 faut donc faire des chevaux à la livre ?
D'abord le mauvais goût du consommateur peut bien contraindre le producteur à fabriquer la marchandise demandée, en dépit de son goût particulier et même de la raison.
11 y a plus; je n'aimerai pas un carrossier mal élevé de la vallée d'Auge, mais je trouverai toujours la place, chez moi ou chez d'autres, d'un trotteur de Norfolk ou d'un colossal suflblk-punch aussi léger que volumineux ; et ni le normand ni l'anglais ne pousseront sur un aride coteau.
L'exercice et le régime aideront, avec un bon choix d'origine, à créer des animaux vifs et forts, le thaetig des Allemands.
Quant à la question des mouvements de terrains, je lis dans Garsaull :
« Si, dans le parquet des poulains mâles, il se trouve des « coteaux, des hauts et des bas, les poulains , en montant et m descendant, se dénoueront les épaules et les hanches} ce qui « sera un grand avantage, surtout pour les chevaux fins, dont « le défaut le plus commun est de n'avoir pas les épaules bien « libres. »
Garsaull était un homme d'un grand mérite. On ne le lit pas assez aujourd'hui. Si on le néglige, ce n est pas qu'il ait vieilli, c'est qu'on ne sait pas le lire, car si les éleveurs pratiquaient tout ce qu'il dit, nous serions plus avancés que nous ne sommes ; mais, ici, je crois qu'il se trompe. Ce n'est pas faute d'exercice que les chevaux fins manquent d'épaules, c'est faute de pieds.
Un sol sec et dur empêche la corne de se nourrir, de se développer ; et, de plus, il use et fatigue tellement le pied, que le cheval souffre et ne peut plus marcher.
« A. peine connaissait-on , en Normandie, avant l'in- « troduction des étalons anglais, les chevaux à mauvaises - épaules. A l'époque de 1789, où la fureur de cette im- « portalion était à son comble, il élait rare de trouver « dans cette province (la Normandie), un cheval métis « anglais dont les épaules fussent parfaitement libres, et « aujourd'hui, que la race s'éloigne insensiblement de la « souche anglaise, avec laquelle on l avait mésalliée, et « qu'elle remonte peu à peu à son type originel , les « mauvaises épaules disparaissent et la liberté des mouve- « menls se rétabli l. »
Instruction sur l'amélioration dts chevaux en France, page 79.
Voilà ce que J.-B. Huzard écrivait en l'an x de la République, sans plus de raison. D'abord, ce i fêlaient pas les épaules des chevaux anglais qui faisaient faute, en dépit de Bourgelal et de son élève.
« Le cheval anglais, en général, est fort, vigoureux, . « capable d'une grande fatigue, excellent pour la chasse
« et pour la course, mais n'ayant aucune liberté dans ses « épaules ; nul liant dans ses reins, dont le cavalier sent, « à chaque temps de trot ou de galop, toute la dureté,
• nulle souplesse, nul agrément, et ses pieds sont le plus
* souvent douloureux. »
Bourg el at.
Bourgelat, homme judicieux, avait mis le doigt sur la plaie, mais il ne s'est pas arrêté suffisamment sur la vérité. Le pied est douloureux, voilà la rhose! Mais pourquoi ? Parce que le cheval anglais étant bon, marche; il marche beaucoup, il marche trop, et il faut bien que quelque chose finisse par manquer : c'est le pied.
Un bon boxeur est sujet à se démettre le poignet, cela vient de la force de son épaule.
Nous autres Français, qui ne savons pas cela généralement, avons-nous toujours choisi nos étalons anglais avec «le bons pieds ? L'a-t-on fait au temps dont parlent Bourgelat et Huzard ?
Quant à moi, c'est en Angleterre que j'ai appris l'inconvénient des pieds trop petits, à cause du grand nombre de chevaux que j'eusse achetés avec ce défaut, si des hommes du pays ne m'avaient éclairé. On s'instruit en voyageant.
Les étalons anglais qui, en 1789, avaient soi-disant détruit les épaules normandes, étaient venus peut-être avec des mauvais pieds , mais à coup sûr avec de meilleures hanches que les normands de race pure, cela n'était pas difficile. Les poulains ont mieux marché et marché davantage. L'usure est arrivée par les pieds. Cela devait être.
Ce désastre n'avait pas pour cause le terrain dont il est question ici. Mais j'ai été entraîné à cette digression par Verrmr des épaules à laquelle je ne saurais trop revenir.
Toujours est-il que si les pieds petits et encastelés peuvent provenir d'une autre cause que du sol, ils proviennent souvent , très-souvent du sol; et c'est quand le sol est sec et dur.
Je ne suis donc pas partisan des- collines arides pour y établir un haras, surtout de chevaux étoffés.
Les montagnes donnent un autre défaut, celui des jarrets clos. On l'attribue généralement aux étalons arabes, qui le présentent quelquefois, mais dans les paysde plaine, ils ne le communiquent pas plus fréquemment que d'autres chevaux.
Un poulain forcé de vivre sur des pentes rapides y deviendra nécessairement jarretè sans en être plus mauvais pour cela, mais c'est à l'éleveur de savoir quel parti il pourra tirer d'un cheval ainsi conformé.
La position habituelle de la tête, pendant les premières années de ranimai, influe sur la forme et la constitution qu'elle pura toujours.
Un cheval paissant en plaine a constamment la tête plus basse que sur une pente, car il se place toujours les pieds de devant en haut pour manger.
C'est quelque chose à la longue que d'avoir la tête quelques pouces plus haut ou plus bas pendant plusieurs heures de la journée.
Plus un cheval est à l'herbe et hors de l'écurie, plus
longtemps il est dans la position où le sang et les humeurs doivent se porter à la tête.
J'ai suivi le conseil qui m'a été donné de placer, pour les poulains, des mangeoires et des râteliers à une grande hauteur. Je n'ai jamais eu de télés chargées. JYi eu des têtes busquées, longues, osseuses, mais point de graisse sur les os, ni d'humeurs dans les yeux ou ailleurs.
Je ne donne pas cet exemple comme une preuve, mais comme un indice ; parce que Hippocrale a dit :
Experimentum fallax.
Je ne partage donc pas l'engouement de certaines personnes pour les plateaux arides et les hauteurs desséchantes.
Je n'irais cependant pas choisir des localités marécageuses ou «les savanes noyées.
Suivez l'exemple des moines, disait M. Van Horrick, c'étaient des hommes de sens et d'expérience ; ils savaient vivre; voyez où ils s'établissaient . Toujours un endroit bas et abrité, pour \j avoir de l'eau en abondance et un abri (outre la rigueur des vents. La maison sur la partie la plus fertile du domaine, pour que le potager fût à portée du réfectoire, etc.
Je regrette vivement que mou incapacité en agriculture me mette hors d'état de donner de véritables conseils, au lieu de quelques indications vagues. Je ne suis pas le premier à dire que l'élevage du cheval se lie intimement à l'agriculture.
Malheureusement, les deux spécialités se contrarient en maintes circonstances. L'éleveur et le cultivateur ont chacun leur but spécial. Le premier cherche à faire ses che-
vaux les meilleurs possible, le second s'occupe du meilleur parti à tirer de sa terre.
Unissez par hypothèse, d'intérêt et d'action, ces deux hommes pour l'exploitation d'une ferme. Que l'un produise et fournisse les denrées, que l'autre se charge de l'exécution des travaux agricoles. L'un demandera sans cesse les meilleurs fourrages et voudra travailler avec ses poulains : l'antre se plaindra qu'on lui absorbe trop de nourriture, qu'on ménage trop les chevaux , qu'on lui donne des poulains indomptés, incommodes, au lieu d'animaux* tout hits, impassibles et qui travaillent indéfini ment sans qu'on s'en occupe
Voilà la difficulté, c'est à l'expérience à la résoudre.
INFLUENCES PABTICULIÈIIES.
q'iare
0|»iura fecit dorniirt .
Quia esl in ro Virtu» dormiliva
MoliÈbe.
Tous les livres d'hippologie ont leur nomenclature des chevaux de chaque pays de l'Europe ou même du monde entier.
Souvent un portrait, toujours une description indivi- * duelle, tendant à donner l'idée d'un type particulier auquel doivent se rattacher, par quelques traits sensibles de ressemblance, tous les chexaux qui habitent la contrée.
Aussi, que de déceptions pour le \oyageur qui arme
avec un portrait tout fait dans sa mémoire, et qui ne peut pas découvrir un seul spécimen analogue parmi tous les individus qu'il rencontre.
C'est ce qui m'est arrivé en Irlande, où, d'après les récits que j'avais entendus, je devais trouver toute une population de cobs, près de terre, énergiques, vigoureux, et surtout fortement râblés. Sans doute, j'en ai vu plusieurs qui répondaient à ce signalement, mais c'était le petit nombre.
En Irlande, comme partout, le cheval est tel que le font le sol, la race et le régime.
Mais si ce principe était absolu, il suffirait de visiter agronomiquement une contrée, de connaître les hommes qui r habitent, sous le rapport de leurs goûts et de leur aptitude à l'équitation, et enfin de leur demander quelle souche ils emploient, pour décrire exactement le cheval qui peuple leurs écuries, sans l'avoir vu.
La science serait trop aisée à acquérir s'il en était ainsi; il est des nuances que l'analyse est impuissante à expliquer et que l'instinct peut jusqu'à un certain point pressentir.
Antonio savait à la corne si un taureau venait de Castille ou d'Aragon (E. Sue, la Couearakha). De même, un véritable connaisseur vous dira presque à coup sûr, dans un attelage de chevaux parfaitement appareillés, que l'un vient du comté de Galway et que l'autre a dû être acheté à telle foire des environs de Norwich.
lin jour, sur 14 chevaux que l'on me disait achetés d'un seul coup à Alger ou aux environs, j'ai accordé ce
fait pour douze seulement el Pai nié absolument pour les deux autres : c'était la vérité ; l'un avait été acheté à Paris, venant iTAIep, l'autre, arrivé d'Alger dans le ventre de sa mère, était né et élevé en Bretagne. Les caractères étaient tout différents. Je n'ai pu déterminer la provenance, mais j'ai parfaitement signalé les disparates.
11 n'est pas toujours possible de formuler les motifs qui vous décident en ce cas pour telle ou telle opinion. C'est ainsi que l'amateur de tableaux n'est pas loujours en état de vous dire pourquoi cetle toile est de tel ou tel maître, est un original ou une copie, et cependant sa décision est sûre.
Dans le jugement des chevaux, les caractères qui vous guident, définissables ou non, peuvent être attribues à ce que j'appellerai les influences particulières de la localilc.
Pourquoi un cheval breton est-il toujours, quels que soient sa race et son volume, plus petit, plus dense, plus énergique qu'un autre?
Pourquoi un Camargue, après trois croisements arabes ou anglais, né chez un éleveur qui depuis vingt cinq ans travaille avec intelligence et ténacité à extirper la robe grise, était presque toujours blanc à dix ans ?
Pourquoi le cheval de Frise est-il représente partout el de tout temps avec des poils longs el frisés aux jambes, comme si le peintre avait voulu justifier un pitoyable jeu de mots ? (F/g. 13.)
Feu M. Van Horriek m a raconté qu'un certain canton de la Hollande produisait des vaches à peau fine et souple, et avec une grande élégance de formes, il avait parfaite-
ment réussi, grâce à celte remarque, à élever dans celte localité des chevaux d une rare distinction.
Dans certaines parties de In France < ! de l'Irlande, la fluxion périodique exerce «!<• lels ravages, qu'il est rare d'y rencontrer un cheval avec la vue parfaitement nette; et Ton a remarqué que les poulains exportés loin de ces localités avec le germe déjà prononcé de la maladie ne tardent pas à se guérir complètement.
Les têtes busquées que Ton sVlîorcc de faire disparaître en Normandie, reviennent de temps en temps, en dépit de tous les croisements.
Ce même caractère se reproduit en Allemagne et en Angleterre, même chez certaines familles de pur-sang, aussi exemples que possible de toute alliance indigène.
Un homme fort expérimenté, qui avait servi comme éVuyerdans plusieurs maisons royales, feu M. Villatte, me disait que dans l'île de Fionie, en Danemarck, tous les chevaux avaient une tendance à la robe tigrée, c'est-àdire tachetée, ainsi, ajoutait-il, que les chiens danois. Peut-être se trompait-il, en cela qu'il n'est pas démontré que cette race de chiens mouchetés soit réellement originaire du Danemarck.
Toujours est-il que ce que M. Villatte disait de PHe • le Fionie, Arislote l'écrit d'une contrée de l'Asie-Mineure, où, selon lui, les eaux avaient la propriété de donner une robe tachetée à tous les animaux.
Tout le monde connaît la singularité que présentent les chats et les chèvre* d'Angora.
Les Anglais, frappés du bon goût de la chair de porc à Naples, ont importé chez eux, et croisé avec succès, d. s verrats italiens avec leurs espèces, déjà améliorées par nu croisement indo- chinois, sous le rapport de la propension à l'obésité.
Voilà bien des faits incontestés et peut-être incontestables, on pourrait en ajouter bien d'autres. A quelle cause les attribuer ? Ils peuvent provenir, sans doule, de l'antiquité d'une souche que l'homme aura conservée par goût ou par hasard dans toute sa pureté. Mais qui assurera qu'ils ne sont pas dûs à certaine propriété occulte des lieux où on les remarque ?
La croyance générale, la voix du peuple n'hésite pas à proclamer l'influence de la localité, c'est le pays qui donne ça; et cependant, anomalie singulière, on se figure en même temps que la descendance y est pour beaucoup.
Véritablement, tous les caractères que présentent ces individus de race particulière, transplantés, se reproduisent avec plus ou moins de persistance par génération, même avec croisement, dans nos pays.
11 est rare de ne pas rencontrer chez les chevaux hollandais, ou du comté d'Oldenburg, même les plus inférieurs, une sorte d'activité, de bonne volonté qui semble leur être propre. Tous sont allants, bienfaisants, comme on dit.
Accordons, faute de preuves contraires, certaines influences occultes et singulières à la localité; ce sera une raison de plus, lorsqu'on les rencontrera, lorsqu'on croira les rencontrer chez soi, d'en profiter ou de les combattre énergiquemeut par le choix des producteurs.
N'attribuons pas tout à la race; on se fourvoierait en croyant que l'importation de quelques individus suffit pour nationaliser une famille, telle qu'on Ta vue dans sa patrie originelle. Et si ce que nous connaissons de noire sol et de notre climat ne nous explique pas tel ou tel phénomène, croyons qu'il peut être produit par quelque circonstance locale qui nous est inconnue.
Quelques mots sur I acclinuitntloii de» races
étrangères.
Il est une question que certaines gens ne manqueront m. 8
jamais de faire en marchandant un jeune cheval; c'est à dire tant qu'il n'a pas six ans révolus, a-l-il jeté ses gourmes ? et pour eux, un oui auquel ils croient fait l'effet dnun certificat donné à un candidat pour Saint-Cyr comme quoi il a élé vacciné ou a eu la petite vérole.
Leur raisonnement repose sur une base fausse ; l'homme n'a qu'une fois en sa vie la variole, et tant qu'il ne Ta pas eue, il est sujet à l'avoir ; les exceptions sont rares.
Il n'en est pas de même de la gourme pour le cheval ; cette affection est comme un signal du passage de l'enfance à l'âge adulte ; cl ce n'est pas sans raison que je viens jeter ici une dissertation sur une maladie au travers d'un traité sur les influences du sol et du climat.
La question delà gourme est exclusivement une question de localité.
Tous les animaux sont sujets aux mêmes désordres, aux mêmes maladies, puisqu'ils possèdent les mêmes organes; mais, comme ils n\)nt pas la même constitution, le même tempérament, la même conformation, chaque genre, chaque espèce a sa manière à lui de subir telle ou telle maladie; c'est ainsi que le scrofule, simple inGrmilé chez l'homme, est un accident mortel chez le cheval, sous le nom de morve.
La phthisie pulmonaire, qui tue l'homme et les animaux de race féline (1) à la fleur de leur âge, attaque le
(1) J'ai vu périr au Jardin des Plantes un grand nombre de tigres, de panthères et autres animaux de même espèce par la phthisie. Un médecin fort instruit m'a dit que la puluionie était tics-fréquente chez tes chats domestiques.
cheval et le laisse atteindre une extrême vieillesse. J'ai vu des chevaux poussifs à 7 ans, vivre encore à 25 ans.
11 en est de même pour la gourme. Pendant que la maladie de croissance enlève une énorme quantité de chiens, malgré tous les soins qu'on en peut prendre, les chevaux passent presque toujours la période des gourmes sans accident sérieux. Mais l'émigration ne manque jamais d'aggraver la crise nécessaire, de la provoquer, ou même de la renouveler.
JTai gardé pendant toute leur vie des chevaux que j'avais élevés. Plusieurs d'entre eux n'ont jamais eu, à proprement parler, la gourme, et sont arrivés à 10 ans sans avoir été ni glandés, ni en jetagc. Aucun d'eux ifa manqué d'être plus ou moins malade, la première fois qu'il a quitté le sol natal pour venir à Paris, surtout pendant l'automne.
L'affection a toujours, dans ce cas, paru tenir de la gourme; toux, catarrhe nasal, glandes, fausses fluxions de poitrine, etc. , etc.
Un jour je me trouvais à une foire avec deux personnes qui achetèrent au même marchand, le même pris, deux chevaux allemands pareils, l'un de quatre ans, l'autre de sept.
Le propriétaire du dernier se félicitait de ne pas avoir à redouter la gourme. Certainement, lui dis-je, à moins que votre cheval ne Vait beaucoup plus que Vautre. En effet, il languit pendant sept mois et fut gravement indisposé; l'autre ne resta hors de service que quinze jours.
J'avais regardé comme possible que les suites de l'émi-
gralion fussent plus graves chez le cheval de sept ans que chez le plus jeune. Il arriva, non ce qui était probable, mais ce qui pouvait arriver.
La gourme varie chez les individus suivant le régime auquel ils sont astreints, suivant l'éducation qu'ils ont reçue; mais il y a ce caractère constant que le changement de lieu augmente îïntensilé de la maladie ou la prédisposition à la contracter.
Ce n'est pas ici le lieu de parler du traitement, ni même de la marche de la gourme ; j'ai voulu mentionner seulement ce qui, dans celte affection, avait rapport à la localité.
Si tout individu ne peut, sans être éprouvé, passer d'une contrée à l'autre, alors même que le voyage n'est pas long, et que les changements de climat et de régime ne sont pas très- sensibles, il est logique de conclure que l'espèce elle - même ne se transplantera pas sans difficulté.
Une jument arrive d'Angleterre, se maintient ou se remet en bonne santé, et fait un service convenable: ce n'est pas à dire, pour cela, que rien ne lui manque pour qu'elle produise, cette année-là même, comme elle aurait produit en Angleterre, dans la ferme pù elle est née.
Le mâle lui-même ne produit pas toujours immédiatement ni aussi bien qu'il a produit dans son pays, ni aussi bien qu'il produira ici plus tard.
On se hâte souvent de proscrire une race étrangère, parce que les premiers essais ne réussissent pas.
Un de mes voisins fit venir un troupeau de vaches suisses. J'essayai de tirer race de ses taureaux.
La première année... pas un veau. — Vous voyez fcïew, ça m peut pas réussir, le climat s'y refuse. Je continuai. La seconde année, trois vaches pleines sur dix, deux avortemenls. — Ne Vavais je pas dit ? C'est une mauvaise race. Il n'y a pas moyen d'en rien faire, etc., etc. J'étais heureux qu'on ne me répétât pas ce mot connu : Madame, vous n'avez pas d'enfauts, votre mère en a-t-elle eu ? Ne seriez-vous pas stérile de race?
Je continuai, et, plus tard, j'eus des veaux en quantité et meilleurs que par les taureaux du pays, qui ne valaient rien.
Je vais essayer ici de résumer d'une manière pratique, et généralement applicable à notre pays, les principes que j'ai cru devoir poser sur les influences du climat et du sol considérées isolément, et sans nous préoccuper , ni du choix des producteurs, ni de la manière d'élever.
Tout pays sec et peu fertile donne des chevaux dont le type général est identique sous certains rapports. Arabe, barbe, limousin, tartare, c'est toujours un tempérament sec, un système musculaire peu développé, une tête décharnée, un sabot dur, une taille exiguë et de la sobriété.
Cheval de cavalerie légère tout au plus ; et encore peutil se trouver un officier de remonte, qui, même pour l'arme des hussards, préfère, à tort ou à raison, plus de masse, avec moins de vigueur et de sobriété. Alors, que faire d'un cheval que tout le monde trouvera trop léger pour le harnais, dans un pays où presque personne ne monte à cheval ?
La décroissance de la production en Limousin et en Auvergne ne prouve-t-elle pas ce que je dis des prétendus avantages des pays secs ?
Les plaines qui environnent Pau et Tarbes ne sont pas d'un sol très-riche ; la terre n'y donne rien de substantiel, quoiqu'une irrigation bien entendue et une atmosphère bienfaisante occasionnent la fertilité que Ton obtient toujours par Peau et la chaleur.
Les animaux y trouvent une nourriture plus abondante que profitable, qu'en résnlte-t-il? Une famille de chevaux légers de conformation, et bornés dans leur taille; ils ont des qualités, mais ils les doivent uniquement à la grande quantité de sang que versent continuellement dans la race les étalons anglais ou arabes des dépôls.
Passant à un sol plus fort, plus riche en éléments productifs, la Bretagne, par exemple, que le voisinage de la mer préserve de l'excès du froid comme de l'excès de la chaleur, le cheval y devient épais, trapu, osseux, puissant en muscles ; seulement, une particularité difficile à définir ne lui permet pas d'arriver à une haute taille; mais bon et même mauvais, il se vend ; il y a toujours un acheteur qui s'en accommode.
En Normandie, en Poitou, c'est mieux encore; moins de qualités, mais plus de taille, parce que la terre y est riche, sans cesse détrempée, et dans des conditions fertilisantes.
Les naturalistes ont constaté que dans chaque genre de mammifères les espèces aquatiques étaient les plus grandes. Même loi pour les variétés. Le géant des che-
vaux naît dans les plaines voisines de la mer, en Normandie, en Hollande, en Yorkshire, en Mecklembourg.
Si les brumes n'empêchaient pas, jusqu'à un certain point, les effets vivifiants du soleil pendant le printemps et l'automne, certaines contrées de l'Angleterre, de la France et de l'Allemagne, atteindraient un degré de fertilité qui exclurait la production du cheval en la rendant moins avantageuse que d'autres cultures.
Pourquoi la Lombardie et toutes les plaines situées au pied des Alpes nesont-elles pas célèbres par leurs chevaux ? c'est qu'elles donnent en abondance le blé, le riz et la vigne.
Aperçu des difficultés que présente l'élevage des chevaux eu général.
Ce que nous avons dit sur le choix d'un terrain propre à l'éducation du cheval peut se résumer ainsi : on peut élever partout, avec des soins convenables, le cheval mince et léger ; on ne peut élever, même avec tous les soins possibles, le cheval grand et étoffé que dans les terres fortes, là où Teau ne manque pas, et où la végétation est vigoureuse et substantielle.
Cela posé, comme le cheval fort est le seul qui soit d'une défaite sûre, facile et générale, c'est le seul qu'il faille produire autrement que par caprice et pour son agrément particulier.
Mais ici, la question se présente sous deux points de vue parfaitement distincts : Part et la spéculation.
Mon but n'est pas d'indiquer à l'éleveur le moyen de faire fortune.
Il faudrait pour cela, peut-être, lui conseiller de ne pas élever du tout.
Peut-être aussi il faudrait lui conseiller d'élever de mauvais chevaux.
Qu'on ne prenne pas ceci pour une mauvaise plaisanterie, il y a là autre chose qu'un quolibet.
Qu'importe, en effet, au cultivateur occupé de faire valoir sa terre, que la France vienne à manquer de chevaux et soit obligée de s'en fournir à l'étranger ? Que lui importe la question de la cavalerie qui intéresse l'indépendance nationale ? Moi, je vois qu'un hectare me rapporte tant en colza, garance ou lin, et que cela est plus que le prix d'un cheval élevé sur cet hectare.
Je préfère un cheval acheté 500 francs à celui que j élèverais sur un terrain auquel j'en fais rapporter 600.
Mais la question d'intérêt peut varier. Le cheval de 500 francs peut monter à 1000; une baisse dans les sucres ou les spiritueux vous laissera toutes vos betteraves sans acheteurs.
La question d'art et de science ne change pas ; avec
tant de kilos d'avoine vous ferez le cheval qui fait tant de lieues à l'heure.
Je m'occupe de celle question-là, et lorsqu'elle sera bien traitée, on verra à l'appliquer aux circonstances d'une manière lucrative.
JYidilqu'on pouvait avoir intérêt à mal produire. Sans qontredit, cela peut s'entendre de diverses façons, toutes
vraies. Je vends un mauvais cheval 400 fr. et il ne me coûte que 300 fr. Cela vaut mieux que de vendre 1,800 fr. un excellent cheval qui vous revient à 2,000.
L'état des choses n'est pas toujours aussi simple et aussi logique.
Je soutiens que souvent, trop souvent, un mauvais cheval qui revient à peu de chose, se vend plus cher, positivement plus cher qu'un, excellent cheval parfaitement élevé à grands frais et très-bien réussi.
Il y a mille raisons pour cela. Les consommateurs maladroits ou peureux étant nécessairement en majorité, un cheval lourd, mou, pataud, comme on en fait beaucoup dans le pays d'Oldenbourg, conviendra à plus de gens qu'un coach horse anglais de trois quarts de sang avec de hautes actions et beaucoup de train.
Cela est si vrai que la plupart des chevaux anglais que les marchands nous ramènent ne sont pas de la catégorie qui se vend le plus cher en Angleterre, et s'ils en étaient, ils se vendraient moins bien ici.
11 y aura donc pour l'éleveur en état de produire ce qu'il veut, une question très-importante à résoudre: Qu'est-ce qu'il lui sera le plus avantageux de produire ?
.Malheureusement, de cette question il ne se tirera jamais; car il faudrait pour cela que l'acheteur pût juger ce qu'on lui présente, sût si ce qu'il voit est bien ce qu'il veut, ou même qu'il eût l'idée de ce qu'il désire réellement trouver, et cela n'est pas. Tout est chaos, incertitude, confusion , et là dedans > les ruses les plus grossières, les malices les plus bêtes font fortune à coup sûr.
Quel connaisseur en pierreries se risquerait à aller vendre des parures dans un pays où personne ne distinguerait un diamant d'un morceau de strass?
Ce qui empêche la France d'avoir des chevaux, c'est que le consommateur n'y est pas plus judicieux que l'éleveur. Acheter les mauvais produits, rebuter les bons, c'est faire le mal, aussi bien d'une manière que de l'autre, et on fait l'un et l'autre.
Un tel état de choses n'est pas encourageant ; mais aussi, l'intérêt bien entendu de l'éleveur n'est jamais de fonder un établissement dans le but de faire argent des productions annuelles de son haras, quel que soit l'âge auquel il Cxe l'époque de l'écoulement.
En d'autres termes, il n'y a et ne peut y avoir actuellement en France de haras proprement dits.
11 n'y a que certains modes d'élevage qui varient suiviiut les localités; et il est dangereux d'innover tout à coup en grand une manière tout à fait différente de ses voisins.
Toute industrie a sa marche, ses usages, ses habitudes, et celui qui fait une marchandise pour laquelle les acheteurs ne sont pas tout prêts, reste nécessairement encombré.
Dans certaines localités, on vend les poulains tout jeunes, et les foires sont pleines de consommateurs et de marchands qui viennent exprès pour faire emplette. L'acheteur et le vendeur s'attirent réciproquement, et il y a commerce.
Faire naître cet état de choses est une entreprise périlleuse.
11 ne faut donc y engager qu'une somme assez peu considérable pour qu'on puisse la perdre sans regret.
Si donc on se trouve possesseur d'une propriété dans uo pays où l'élevage soit une manière de faire valoir déjà établie, n'y changez rien que par une amélioration prudente de soins, de choix d'animaux , mais sans aucune idée de bouleversement; le moins qu'on opérera de changements sera le mieux.
Si, au contraire, vous avez un vaste faire-valoir, un établissement agricole, où l'on n'ait jamais élevé, joignez à cette gestion l'annexe d'une ou deux poulinières, essavez, en consommant quelques produits récoltés, de faire naître les chevaux de labour dont vous avez besoin, ou quelques chevaux tant pour votre usage que pour une vente éventuelle, spéculation aléatoire et sur laquelle vous ne comptez point.
Ce sera encore une entreprise raisonnable.
Tirer race d'une jument qui vous plaît, lui donner les invalides, avec l'espoir de la remplacer par un de ses produits qui vaille autant quelle ou plus, est encore un parti sage qui peut réussir et qui ne sera, en tous cas, l'occasion que d'une perle peu considérable, si vous évitez deux inconvénients :
Le premier est de vous engouer pour un mauvais poulain;
Le second, de vous décourager lorsque vous aurez réussi sans le savoir.
Voilà pour la question pécuniaire.
La question de science est tout à fait en dehors et nous
allons la traiter à part, tout en nous efforçant d'indiquer la marche à suivre dans les divers modes d application à la pratique.