ENVISAGÉE EXCLUSIVEMENT AU POINT DE VUE DE LA FILIA- TION
Fortes ereanlur forlibus et bonis : Est in ju»enci«, est in eqtns, palrum Virlus, nec imbellein féroces Progeuerant aquila» eolumbam.
Horace, Odes, li». n, odeiv.
Le courage esl engendré par le courage e( la valeur : on n-trnuve dans le taureau, dans le cbeval, le mérite de leurs ancêtres, el l'aigle belliqueux ne oonne point le jour a do timides colombes.
Nous avons déjà posé quelques principes de pratique sur la loi des transmissions héréditaires.
Cette loi, en vertu de laquelle tout individu tend à créer son semblable, est précisément opposée à cette autre loi en vertu de laquelle tout pays tend à modifier les animaux que Ton y importe d'une contrée différente.
L'homme doit donc s'étudier à manier comme des ressources, dans son intérêt, ces deux tendances de la nature, soit en les opposant Tune à l'autre, soit en les faisant agir dans le même sens pour arriver à un résultat plus considérable.
11 nous reste à connaître complètement cette loi des races; et en 1 étudiant, il ne faudra pas oublier que quoi qu'on fasse abstraction des influences locales, celles-ci ne cesseront jamais de se faire sentir.
Nous savons déjà qifil n'y a, à proprement parler, qu'une seule race, le pur-sang, en deux familles, la famille arabe cl la famille anglaise, et qu'a l'opposé il n'y a que la négation, c'est-à-dire Tabsence de toutes qualités d'où résulte un spécimen colossal de hauteur et de volume.
Pif. 14.
Cheval primitif. — Cheval arabe.
Nous renvoyons donc à ces deux extrêmes, aussi bien représentés que possible, pour les yeux, quoique en réalité les caraclères distinctifs n'existent peut-être pas dans deux individus en particulier, mais dans l'espèce entière bien observée, comme l'a dit Buflbn.
Rappelons-nous les principes déjà posés.
Ce que c'est que la virtualité ou puissance de communiquer, soit une grande ressemblance, soit des qualités
que l'on a, soit même des qualités dont ou esl dépourvu.
La virtualité esl l'apanage du saug ou de la noblesse: toute noblesse gît dans l'absence de tout croisement, ou du moins dans le nombre des générations exemptes de tout rrélangc.
Pif. 45.
Une tache dans la généalogie, c' est-a-dire le défaut de pureté chez un des ancêtres a plus d'influence réelle en génération que ne l'indique son importance numérique.
C'est-à-dire que de deux individus, l'un tout à fait pur et l'autre présentant une seule tache à peine sensible et fort ancienne, ce dernier sera fort inférieur en virtualité.
Nous avons dit que la dépénération n'était autre chose
que le résultat de l'influence du climat et du sol triomphant de rinfluence de la race.
Une question importante est de savoir si la marche de la dégénération peut être rétrograde.
Ainsi donc, si le type arabe est descendu au type indiqué dans la figure 15, en vertu des influences extérieures de l'expatriation,
Un mâle et une femelle de ce dernier type, ou, si ou l'ai me mieux , deux boulonnais transportés en Arabie, et s'y reproduisant sans mélange, donneraient-ils, au bout de quelques générations , des descendants pareils aux arabes de pure race ?
Quelques-uns disent : oui ; et on a formulé ce système par ces mots :
Le sol fait la race,
11 serait plus juste de dire, le sol défait la race :
Je crois que les boulonnais importés en Arabie changeraient, mais sans redevenir arabes en aucune manière, et que la transformation se bornerait aux résultats les plus tristes et les plus défavorables.
Je me refuse complètement à admettre :
1° Que les forts chevaux des conlrées grasses et septentrionales puissent revenir au type primitif par le seul fait de leur retour sur le sol primitif;
2* Que les forts chevaux des contrées grasses et froides puissent se multiplier et se conserver dans des pays plus secs, plus maigres et plus chauds que leur patrie, à laquelle ils doivent d'être ce qu'ils sont.
Mais, comme il n'y a rien d'absolu dans la nature,
comme ces deux principes que je nie également sont contradictoires, il doit y avoir là jour à une vérité contraire, en apparence, à ce que je soutiens, et en effet :
Une jument boulonnaise, cauchoise ou poitevine, est transportée, par hypothèse, sur quelque plateau aride, sablonneux, où cependant on la fait vivre.
On pourra bientôt, sur elle-même, observer les effets de la transplantation ; les 1 issus se resserreront, les muscles perdront du volume; mais comme, après tout, la charpente même n'est plus susceptible de se déplacer, les changements seront peu appréciés ou plutôt ne seront pas vus du tout par la plupart des observateurs.
Tout le monde, au contraire, sera frappé de la différence qui existera entre le poulain de cette jument et d\m étalon pareil à elle dans les mêmes conditions, et son propre frère, né l'année précédente, et resté dans le pays des parents.
Le second poulain tendra à ressembler aux chevaux originaires de ce plateau; le troisième y ressemblera davantage, parce que l'importation des parents sera déjà plus ancienne : si ces deux frères exilés sont de sexes différents et produisent ensemble, les effets du climat et du sol se manifesteront encore plus dans la descendance, sans qu'on arrive pour cela à une similitude parfaite avec la race autochlhone.
De là résultent :
1° L'impossibilité de revenir au type ;
2* La possibilité de conserver, au moins à la première
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ou aux premières générations, une partie des qualités que votre localité se refuse à produire.
Vérité théorique : on n'importe pas une race, on ne la naturalise pas dans un milieu incapable de la faire de luimême.
Opportunité pratique : rien n'empêche de donner un peu de volume, dans un mauvais pays, à une famille de criquets, en la croisant avec une espèce un peu plus forte, soit par le mâle, soit par la femelle.
Nous verrons plus tard résulter de ceci deux systèmes.
En opérant de la sorte, on ne travaille que pour le moment, c'est-à-dire pour une seule génération.
Rien au delà du produit obtenu.
On fabrique des résultats, on ne fonde pas une race ni une famille.
Précisons les idées par un exemple :
J'ai rencontré, en Navarre, un assez bon attelage de deux sœurs nées et élevées dans le pays. C'étaient de ces individus communs , vulgaires , trop médiocres pour donner une bonne idée de leur race, et cependant assez bons pour rendre (futiles services et valoir un certain prix partout.
La mère était une jument du pays, dans les conditions les plus ordinaires. Une des filles était par Y. Vandyke, cheval assez ordinaire venu d'Angleterre sans avoir eu aucun succès en corrse, sans même avoir été nommé, car il ne fut appelé ainsi qu'à son arrivée.
]'. Vamhjke était fils de Yam1y/,e junior; Yandyke junior
était le demi-frère du vrai Vandykc, irès-bon cheval de course, mort à seize ans sans avoir jamais produit, quoiqu'il eût sailli.
L'autre était par un de ces carrossiers de demi-sang normands, qui sont une des manies ou une des nécessités de l'époque.
Cette dernière était, à très-peu de chose près, semblable à sa sœur ; sauf une énorme tête busquée, elle n'était sensiblement, ni plus grande, ni plus épaisse, ni plus membrée, ni plus mauvaise. 11 n'y avait pas eu grand inconvénient à employer le demi -sang normand. Il y aurait en avantage peut-êlre à essayer d'un bon trotteur de Norfolk.
Je ne suis donc ni de ceux qui excluent de la reproduction tout autre étalon que le pur-sang, ni de ceux qui réclament les gros chevaux pour rendre de l'ampleur à nos races, et qui regardent le pur-sang comme un fléau destructeur.
Avant de donner une théorie complète des alliances , des croisements, des accouplements, et de la manière de conserver ou de former les races, il faut commencer par fixer les idées sur les principaux points intermédiaires qui séparent les deux extrêmes déjà décrits :
Les spécimens de la fnj. 14 et 15, pages 46 et 47.
Perdons de vue pour un moment le principe que j'ai si absolument posé comme un axiome à suivre, qu'il n'y avait qu'une seule race au monde méritant le nom de race : le pur-iang.
Plus tard nous nous rappellerons la vérité de ce prin-
cipe, lorsqu'il s'agira d'employer des producteurs et d'apprécier leur virtualité.
Nous allons donc donner le nom de race à toute collection de chevaux, en apparence de même origine, ou sans origine connue , mais offrant un certain ensemble de ressemblances.
Dans cet ordre dvidées, nous distinguerons :
Le pur-sang arabe;
Le pur-sang anglais ;
Le carrossier du Cleveland ou, si Ton veut, le cheval du
Yorksbire ;
Les trotteurs de Norfolk; Les grosses races du Clydesdale ; Les grosses races du Suflblk.
Les black horses ;
Les belgian cart horses (race flamande);
Les chevaux de charrette français ;
Les carrossiers normands ;
Les carrossiers poitevins ;
Les chevaux actuels de Navarre, etc.
On peut étendre à son gré cette nomenclature, pourvu qu'on n'oublie jamais que toutes ces dénominations man • quent nécessairement de précision , et ne servent qu'à donner les plus vagues aperçus concernant la taille, le degré de sang, et peut-être quelques détails de forme des individus désignés.
Comment tous ces types, si toutefois ils existent bien réellement, ont-ils été formés? Nul ne lésait. Comment les refaire à noire gré? Peu nous importe, car aucun de
ces résultats n'est, à vrai dire, assez précieux pour qu'un équivalent quelconque ne le remplace suffisamment.
On peut encore du reste, si un de ces types plaît, essayer de reproduire la race par elle-même, si race il y a.
Quoi qu'il en soit, le cheval arabe étant, dans noire hypothèse, arrivé au type déjà cité, de lui-même et san* autre aide que le climat pendant un grand nombre de générations, il est évident que tout intermédiaire entre les deux extrêmes est :
Ou l'arabe pur arrivé à un degré de dégénération quelconque par un certain nombre de quartiers d'importation.
Ou le croisement de deux degrés inégaux de dégénération.
Écartons, une fois pour toutes, Pidée de modifier une race pure par des soins donnés à plusieurs générations ; la vie humaine n'y suffit pas; bornons nos expériences au croisement qui , lui-même , exige souvent plus de temps que notre impatience ne nous en accorde.
Théorie arithmétique des croisement*
Nous avons le pur-sang arabe ou anglais, peu nous importe quant à présent.
Nous le considérons comme le nec plus ultra des qualités, vitesse, fonds, éuergie, élégance de formes.
Nous le représentons par l'unité.
Le type de la figure 15, page 47, n'a aucuue qualité, aucun mérite, mais il est grand et épais a satisfaire également la toise et la balance.
Nous lui donnons pour valeur zéro.
Quitte, plus tard, à évaluer paj appréciation, mais non mathématiquement, l'utilité d'avoir ajouté du poids à nos produits par cette alliance dégénérante.
Soit donc un étalon de pur sang = 1 donné à une jument de trait commune = 0.
Considérant quant à présent le poulain comme une moyenne entre le père et la mère, l'expression du pou-
lain sera P — — g— =
Supposons que le poulain ainsi obtenu soit femelle et
donnons-le à son tour à un étalon de pur sang, le pro-
«4-1 i 3 duit sera représenté par P' = — = -y = T
Continuons l'hypothèse des pouliches successivement livrées au pur-sang et on aura \, ^, etc.
Formule générale, p = —
Tel est le système exposé, il y a déjà longues années, par M. le duc de Gramont, alors duc de Guiche.
Plus tard, un autre écrivain hippologique a tenté d'introduire dans cette équation X élément dégénérateur, du sol et du climat.
Mes connaissances en algèbre ne me permettent pas des élucubrations si ardues.
J'ai préféré la pratique et j'ai fait moi-même du demisang, du trois quarts de sang et du sept huitièmes ; et
pour pratiquer ces expériences, ou même les voir d'une manière concluante, il faut du temps, des dépenses et beaucoup d'attention.
Voici donc ce que j "ai vu, tant chez moi que chez les autres.
Les produits de demi-san?, au premier croisement, sont bien faits, bien construits, proportionnés avec beaucoup d'ensemble ; excellents, toujours aptes au trait, souvent à la selle; mais, en général, trop vifs, trop ardents, trop susceptibles, trop vigoureux, en un mot, d'un ordre déjà trop relevé pour la classe d'hommes par lesquels leur destination est d'être conduits.
Voilà ce qui est arrivé quand l'opération a été bien faite sous tous les rapports.
11 est vrai que souvent j'ai vu de mauvaises juments de trait, sans taille, ni épaisseur, donner, avec des étalons de pur sang mal faits et mal appropriés , des chevaux petits et grêles, n'ayant ni énergie, ni volume, dociles, mais aussi impropres au travail vite qu'au travail lent.
Voilà ce qui est arrivé quand l'opération a été mal faite.
Mais quant à ce que j'ai entendu prédire par les ennemis de ce croisement :
« 11 en naîtra des animaux difformes, bâtis de pièces « et de morceaux, qui auront le devant de la mère et l'ar- « rière-main du père, ou vice versâ, qui seront d'une cou- « formation monstrueuse et incohérente, parce qu'il y a « trop loin d'une espèce à l'autre, etc. » Je n'ai jamait, absolument jamais, rien vu de pareil ; je dirai plus, il ne
m'est point arrivé de rencontrer, dans ces demi-sang, de ces exemples d'anomalies plus que bizarres, qui m'ont frappé accidentellement chez quelques produits de pur-
Non pas que j'en conclue que ces bizarreries soient plus fréquentes dans le pur-sang; rationnellement, elles devaient l'être moins; et je crois même qu'il en est ainsi.
Mais je maintiens comme erronées toutes les diatribes faites ou à faire sur l'alliance du pur-sang avec les fortes espèces communes.
11 serait à désirer que les hippologues ne crussent pas leur intérêt attaché au maintien de telle ou telle doctrine.
Lorsque j'étais pour quelque chose dans la direction de l'École royale des haras au Pin, je vis venir à la monte une jument de trois ans, née, disait-on, de Damjerous et d'une jument de trait.
Ou l'entraînait pour les courses au trot, cl on la faisait cou\rir parce que les chaleurs l'incommodaient.
Klle elait en piteuse condition et maigre à faire plaisir; si les ennemis du pur-saus, qui le trouvent si grêle, si étique, si ficelle sur le turf, voyaient les autres chevaux en pareil point d'entraînement, ils seraient bien étonnés, car le pur-sang est le seul qui supporte au même degré cette tension constitutionnelle.
Mais on n'entrait pas dans ces considérations , on aimait mieux tomber à bras raccourcis sur un croisemeut qui, une fois adopté, eût nui à l'emploi du carrossier normand, du timonier trotteur, et de je ne sais quoi encore.
Et la jument n'était bonne qu'à fournir à un peintre le spécimen de la monture de Don Quichotte !
Malheureusement tout a une fin dans ce monde, même l'entraîuement et la maigreur des cavales.
La jument re\inl l'année suivante à la monte grasse à fendre à l'ongle.
Ce n'étaient plus les mêmes discours, quel ensemble! quelle force! quel coffre ! quelle poulinière !
On ne voulait plus reconnaître la fille de Dungerous et d'une charretière, on en faisait une fille de Chasseur, d'/mpèrieuxy de Nourricier t que sais-je?
Malheureusement encore, la jument avait une robe bizarre, exceptionnelle, impossible à méconnaître ; alezan avec de grandes raies fauves, absolument comme les vaohes qu'on appelle dans ce pays brintjèes.
Mais la lumière n'en resta pas moins sous le boisseau.
Voilà pour le demi-sang.
Le trois quarts est autre chose. Mal combiné, c'est une excellente ficelle, commune, trop petite, avec du poil aux jambes; un cheval qu'on vend pour rien, et qu'on ne peut pas user tant il est bon.
Lorsqu'on a préparé judicieusement cette alliance , on obtient un cheval de taille, plein de moyens, de distinction et de puissance, mais de plus haut métal (high meltled horse) que le type connu à Paris sous le nom de cheval de commerce, c'est-à-dire trop bon pour la masse des consommateurs.
Le sept huitièmes ou le quinze seizièmes et au delà donnent le cocktail, espèce méprisable quoique bonne,
mais ayant tous les défauts du pur-sang et pas sa qualité, qui est la vitesse.
On m'a bien montré un jour une pedigree dans ce goût-ci: née eu 1850, tille de
Bni-Mid- 'Ittton et «l'une fille
de. .... I Lmilius,
\ une lille de Heveller.
) uue fille de ) AuWv, (une lillc
I une liile «le ) S»'r Peter I Teazle, clc.
Ainsi, en supposant la première aïeule une flamande de l'espèce la plus marécageuse, il y avait toujours au moins trente et un trente-deuxièmes de sang, et le porteur de cotte généalogie, composée, comme on voit, de ce qu'il y a de plus fashionnable dans le Stud-book et de six ou sept générations pures, était une magniûque carrossière de 5 pieds 2 pouces, de formes herculéennes, et propre à monter un cavalier dc20stones. Par malheur, son poulain, qui était fils lui-même d'un étalon de pur-sang, était tout à fait conforme à ce qu'on voit le plus communément chez nous, c'est-à-dire que, fils de pur-sang et de carrossier, il avait l'étoffe d'un futur cheval de selle non altelable.
A pareille exhibition, il n'y a de salut qu'en invoquant saint Thomas.
Cet exemple est trop contraire à tout ce que j'ai vu chez moi et dans les autres écuries dont je suis sûr.
Voici l'exposé rapide, mais complet du système de reproduction générale par le pur-sang :
Entretien de deux races distinctes et pures ;
Le pur-sang; Le gros trait.
Mélange de ces deux races. Les produits de cette alliance consacrés à tous les travaux dont ils sont susceptibles :
Charrois légers,
Voilures,
Grosse cavalerie,
Selle (s'il y a lieu),
Et les femelles seules à la reproduction.
Les individus trois quarts de sang, considérés comme des résultats utiles seulement pour le service, et animaux neutres.
Ne pas pousser plus loin le croisement.
Cette méthode est, en somme, bonne, et pourvu qu'elle soit judicieusement suivie, elle ne peut mener qu'a des résultats excellents.
Tout particulier qui se livrera à l'élève dans ces principes, et les appliquera parfaitement, est sûr d'un succès.
Mais là ne se réduit pas la question. Il ne s'agit pas seulement de produire bien, mais encore de produire assez.
En supposant que toutes les fortes juments du monde dignes d'être consacrées à la reproduction soient mises au haras, ce qui ne peut pas être, leur nombre serait loin de suffire à nos besoins.
11 y a plus, beaucoup de chevaux excellents naissent chaque jour d'un tout autre système de croisement,
chevaux dont on se priverait en se bornant exclusivement à la méthode que nous venons de décrire-
11 existe bien un moyen d'augmenter la production sans sortir complètement de ce système, c'est d'employer les mâles de demi-sang, avec les juments de pur sang incapables de produire des vainqueurs sur le turf.
Cet expédient ne mènerait pas à un grand résultat numériquement parlant ; quant à son opportunité, on en parlera au chapitre des influences respectives du père et de la mère dans l'âge de la génération.
Voici un aperçu de ce que Ton peut obtenir par ce croisement beaucoup trop décrié , très-bon à tenter, mais qui a, comme tous les autres systèmes, l'inconvénient de demander à être judicieusement pratiqué, ce qui est difficile. (Fig. 16.)
Une jument présumée boulonuaise, et bonne, quoi qu'on die, n° 1, est donnée à un étalon arabe A.
Il en résulte une femelle, n° 2, qu'on donne à un cheval pur sang anglais approprié B.
11 en résulte, n° 3, un cheval de selle de 4 pieds 1 1 pouces, pour un homme de 160 livres au moins, et altelable à une voiture ordinaire.
Il nous faut chercher d'autres modes de production.
Il n'est pas nécessaire que le père soit de pur sang. Dans la plupart des individus que nous voyons, il n'en eût pas été ainsi.
Tâchons donc, afin de poser plus tard un principe de conduite, d'examiner ce qui se passe autour de nous. In-
terroçeons le passé afin de régler l'avenir ; celte route est bien simple, bien facile, c'est à peu près la seule qu'on ne suive pas.
Comme j'ai toujours en la passion de l'élevage, je me
suis toujours enquis, à chaque cheval que je voyais, de quel père, de quelle mère, il pouvait descendre.
S'il était bon, pour imiter cette alliance, s'il était mauvais, pour me garder d'en produire un pareil.
Lorsqu'on aura bien vu, bien examine mille produits adulte*, avec leurs mille pères et leurs mille mères, on en saura plus que si on avait entretenu pendant cinq ans six poulinières; et la première leçon peut revenir à beaucoup, meilleur marché que la seconde.
Tout cheval est nécessairement produit : 1° ou par deux individus pareils, alliance, accouplement, race pure; ainsi le carrossier de Cleveland, no hknul, no blae/e, ce qui \ ont dire qu'il n'y a dans sa pedigree ni pur-sani:, ni race de ces chevaux de charrette noirs qu'on voit à Londres, mais seulement le type carrossier; 2° ou par deux individus non pareils, dont il est nécessairement le métis, l'intermédiaire, la moyenne ; croisement.
Pour quiconque a l'idée de rélevage, et le lecteur doit en être là à présent, il est évident que cette dissimilitude ne doit s'appliquer qifau degré de sang, et non à l'ensemble de l'extérieur ou des formes.
D'ordinaire, et on dira pourquoi plus tard , on s'attache à avoir plus de sang dans le père et plus de volume dans la mère.
Cependant il y a mille raisons de ne pas s'en tenir là, en supposant même que ce soit le meilleur parti ; parce qu'en effet, comme nous le disions tout à l'heure au sujet du systhne pur-sang, il faut que tous les chevaux nécessaires soient produits, et ensuite parce qu'il ne faut pas
laisser perdre rien de ce qui est ulile à quelque chose.
Si, par exemple, il vous tombe dans les mains une jument de trois quarts ou de sept huitièmes de sang dans ce goût-ci (fig. 17) avec de la taille, de grandes qualités
Fi* n.
el peu d'éloffe; irez-vous la^mener à l'étalon de pur sang pour en obtenir un poulain semblable, manquant de vitesse et de poids, pas bon à courir, pas bon à tirer, pas bon à porter un bomme lourd ou un maladroit?
La ferez-vous tuer, si elle est boiteuse à 6 ans?
Ne vaut-il pas mieux essayer ce qu'elle donnera , non pas avec un carrossier rétif, corneur et sans allure, mais avec un bon trotteur de Norfolk, ou tel autre gros étalon anglais, ayant de la force et quelque puissance?
« Oui, mais il n'y a pas d'étalons de cette espèce dans ma localité ! »
Ce n'est pas ma faute.
Il existe des hommes qui ont la manie de chiffrer, pour qui le calcul est tout , et qui ne conçoivent rien qu'au moyen d'une équation déGnitive.
Ils se cramponnent sur les nombres comme certains orateurs sur les grands mots: comparés par Cicéronaux boiteux, qui dissimulent leur infirmité en montant à cheval.
Je tâcherai de complaire à ces esprits-là en leur disant qu'on peut toujours évaluer à peu près le degré de sang d'un cheval, quel qu'il soit, par une formule; ça peut servir à fixer les idées.
J'ai obtenu par une épaisse jument belge et Gladiator, je suppose, un poulain mâle Tannée dernière et une pouliche cette année.
Je vais, sans redouter l'inceste, tirer race de ces deux animaux.
Leur produit sera évidemment de demi-sang, ne
plus ne moins que le père et la mère, quoique arrivant à la même fraction par une autre combinaison. Autre exemple :
Une jument de carrosse, ou soi-disant telle, fut donnée au célèbre Rattltr, étalon de demi-sang, qui florissait dans les temps reculés de ma jeunesse.
Rattltr provenait, disait-on, d'une mère de pur sang et d'un cbeval de chasse très-fort.
Rattltr était donc à peu près de trois quarts de sang.
Supposons que la jument ait reçu un croisement éloigné et cotons-la à un quart.
Le produit p = * L) " — — est donc de demi-sang.
Ce produit femelle est livré à Talma, étalon anglais, à peu près, disait-on, dans les mêmes conditions d'origine que Rattler.
Le produit est donc — â- — ~ un peu plus que demi-sang.
H est facile de concevoir que Ton arrive à la même fraction définitive par un grand nombre de combinaisons diverses.
Dans ce cas le chiffre sera le même, les chevaux ne se ressembleront pas.
J ai cité ce fils de Talma parce que pour mon malheur je l'ai possédé quelque temps ; il avait toutes les qualités extérieures du cheval bien né, les lignes, la peau, les crins, les formes; mais seulement la dose d'énergie nécessaire pour se livrer à toutes les défenses possibles lorsqu'il était parvenu à effrayer son homme.
Échappé un jour, il poursuivait à outrance une boulonnaise, pleine de cinq mois : ils arrivent tous deux à un pont qu'on avait barré avec des fagots pour parquer des poulains; la boulonnais* franchit sans hésiter, le normand se présente, accroche le tout avec les quatre pieds, fait panache, tombe sur le dos, de l'autre côté, et attend dans la boue qu'on vienne le relever.
Le sang se décompose à travers les croisements comme la lumière du soleil dans le prisme.
Cette boulonnaise mil au monde, quelques mois après ce saut, une pouliche, fille de pur-sang anglais, qui fut excellente et qui travaillait encore bien a 22 ans.
Donc demi -sang par pur-sang et zéro vaut mieux que demi-sang par demi-sang et demi-sang et même qu'un peu haut.
Mais d'un autre côte, comme, étant meilleur, il est plus vif, plus roide et plus allier, on vend quelquefois beaucoup mieux le produit mollasse et le sang confondu.
Ces considérations une fois bien comprises, on pourra se poser divers principes fondamentaux qui serviront de règles de conduite dans toutes les allouées qu'on voudra tenter, soil entre un étalon et une jument disparates, soit entre deux individus pareils de poids, de formes, de moyens el d'origine.
Car si Ton peut créer des métis par l'emploi d'une jument forte et d'un étalon léger, ou d'une jument légère et d'un cheval plus fort, il existe encore un système consistant à tirer race d'animaux semblables (in and in).
Quel que soit le mode de reproduction adopté, ou par
choix, ou par nécessité, ou par occasion, le grand principe qui doit servir de base est la transmission héréditaire des qualités ou des défauts, tant par le père que par la mère.
Ce principe a été consacré de tout temps par les poètes, fortes crtantnr fartibm, et de nos jours par M. Van Hovrick déjà cité :
On ne donne que ce qu'on a.
L'application de ce principe n'est pas si absolue qu'on pourrait le croire.
Ainsi, par exemple, donner plusieurs fois la même jument an même étalon, tous les deux même étant pareils, n'est pas toujours un moyen assuré de créer des attelages bien appareillés.
Non-seulement les producteurs sont sujets à ne pas donner ce qu'on attend d'eux, mais encore il arrive fréquemment que ce qu'ils ont donné une fois, ils ne le donnent pas régulièrement.
Les uns tendent à communiquer un type de physionomie identique, pareil à eux ou différent d'eux, mais toujour le même.
Les autres procèdent par alternative et rayonnent dans un certain nombre de modèles donnés.
Ceux-ci travaillent toujours dans le même sens, en dépit de l'autre producteur, bien que l'influence de ce dernier se fasse sentir.
Ceux-là suivent constamment la nature de la jument qu'ils ont à servir.
Ceci soit dit aussi bien du mAlc que de la femelle et réciproquement.
Afin de sortir de ces généralités, et de mettre le leceur à même de particulariser ses raisonnements dans la pratique, nous allons classer tous les poulains à naître en divers types spéciaux en rapport avec les diverses destinations auxquelles on peut usuellement les consacrer.
Car la première chose à déterminer, quand on élève, c'est le cheval que Ton veut faire.
Déjà ce que nous avons dit au chapitre du terrain et des influences locales suffit pour édifier sur la possibilité ou l'impossibilité de produire telle ou telle espèce de cheval, suivant les circonstances où Ton se trouve.
Nous écarterons par conséquent cette question d'opportunité , pour établir la classification des chevaux par rapport aux services qu'ils peuvent rendre.
On élève des chevaux :
Pour la course,
Pour le trot,
Pour le carrosse.
Pour la guerre,
Pour le gros trait.
Pour les services particulier cl ordinaire.