ÉTUDES DES TYPES
OU EXAMEN DES RACES ET DES INDIVIDUS SOUS LE RAPPORT DE LEUR APTITUDE AUX DIVERS SERVICES.
fjt cheval de courge. ►
Ce n'est pas sans motif que nous commençons par le cheval de pur sang anglais.
Ce n'est pas, il est vrai, pour complaire aux partisans exclusifs du turf, avec lesquels je suis d'accord sur beaucoup de points , mais non pas sur tous , et sur toute chose pas du tout , quant au principe fondamental de leur doctrine.
Mes raisons sont que le cheval de pur sang anglais est le plus commun et, par conséquent, le plus facile à employer, le mieux connu, celui dont les bonnes et mauvaises qualités peuvent s'établir de la façon la plus incontestable, et surtout celui sur lequel on voit répandues le plus d'erreurs, tant à son avantage qu'à son préjudice, erreurs que j'ai la prétention de connaître parfaitement , mais non pas de rendre évidentes à tous les yeux , à cause des ignorances et des préventions.
Le cheval de pur sang anglais est le cheval arabe modifié pour la course, et non pas le cheval arabe approprié à
nos besoins , quoique cette assertion soit parfaitement vraie sous certains rapports.
Puisque le cheval de pur sang est le cheval modifié pour la course, il est donc le lévrier de l'espèce, car le lévrier est le chien modifié pour la course.
On doit donc le considérer comme le meilleur toutes les fois qu'il s'agira des courses, puisque c'est lui qui les gagne toutes et toujours.
Pour peu qu'on l'examine, on sera frappé de toutes les analogies qui existent entre lui et le lévrier, et c'est pour cela qu'ils sont tous les deux des animaux parfaits.
Commençons par leurs mauvaises qualités; le cheval de course est sujet à avoir le doigt trop long, c'està-dire trop de canon et de paturon, ce qui est pour sa spécialité un avantage sans inconvénient, comme le manque de nez pour le Greyhound, qui a autre chose à faire qu'à se coller sur la voie.
On dit que le cheval de course est long et efflanqué, ce qui constitue deux absurdités ; d'abord parce que la longueur n'est pas un défaut, comme j'ai essayé de le démontrer au chapitre de l'extérieur, et que le véritable défaut des reins est d'être trop courts et de n'offrir que la place de la selle; ensuite, parce que si la course n'est gagnée et le lièvre atteint que par des animaux maigres, il n'en est pas moins vrai que le racer et le greyhound ne sont vraiment bons que lorsqu'ils sont bien portants, et qu'avec de la santé, on les engraisse, si on veut, tout autant que des chevaux de brasseur ou des caniches, si ce n'est mieux.
Le cheval de course a la tète basse et porte mal la queue ; cela est vrai lorsqu'il court, parce que ce n'est pas avec la tête ramenée, et le corps dans la position du rassembler, que Ton arrive au poteau dans un match bien disputé.
S'il s'en trouve quelques-uns qui aient naturellement la queue entre les jambes, et l'encolure d'un âne, rebelles au manège, et incapables de porter l'homme, et j'avoue qu'il y en a énormément comme cela ; ce ne sont pas généralement ceux qui gagnent, mais bien ceux qui perdent toujours.
Accusez, au reste, de ces affreux résultats, la bizarrerie des accouplements, car on en fait de toute sorte, les suites de l'entraînement qui a pour but la course et non le dressage pour la haute école, et surtout la cupidité stupide de tant de gens qui outrepassent la condition et s'obstinent à disputer des prix avec des animaux qui n'ont pas h train.
S'il se trouvait un bon cheval de course absolument incapable, par sa conformation, de bien porter son homme hors du turf, même après un bon dressage ; je ne l'en regarderais pas moins comme un bon cheval de course ; mais ce cheval-là, je ne l'ai pas vu, je ne crois pas qu'il existe.
Au contraire, le bon cheval de course a toujours tout l'éclat que donnent de belles allures, une santé vigoureuse, une belle origine, la peau fine, une grande vigueur, absolument comme le lévrier.
Cela posé, si je veux faire des chevaux de course, je procéderai rationnellement par la recherche de la jument
et de Tétalon qui réunissent au plus haut degré les qualités extérieures qui présagent la vitesse, ou, ce qui revient au même, je jugerai le père et la mère par leurs succès sur le turf.
D'abord, quant aux étalons, c'est chose décidée, ce me semble. Tous les grands vainqueurs, sauf de rares exceptions, sout essayés comme étalons; et ordinairement les meilleurs coureurs deviennent les meilleurs pères.
On citera bien, par-ci par-là, des étalons au-dessus ou au-dessous de leur réputation méritée sur le turf.
Mamehde, excellent coureur, ua pas confirmé les espérances qu'on avait fondées sur ses poulains.
frish-Birdcatcher, Gladiator et bien d'autres ont acquis plus de gloire par leur descendance que par euxmêmes.
Je crois inutile démultiplier les exemples, nuisible surtout de les choisir en France, parce qu'il est d'usage ici de juger la valeur d'un étalon avant de l'avoir essayé; d'où il résulte que tout cheval méprisé, à tort ou à raison, se trouve relégué là où il n'y a pas une jument de course, quoiqu'il y ait souvent beaucoup de juments de pur sang, ce qui n'est pas la même chose; de sorte que plus on l'emploie, plus on trouve de raisons pour le décrier, sans réfléchir que nul cheval ne pourrait bien faire dans la position où on l'a mis.
Ceux qu'on aime, au contraire , ayant les meilleures juments ou plutôt les ayant toutes, se font bon gré mal gré une réputation.
Passons aux juments.
Depuis 1779 jusqu'aujourd'hui, les Oaks out élé courus par des juments de Irois ans en Angleterre. JYi relevé, dans le Stud-book et le Racing-calendar, tous les renseignements nécessaires pour m'assurer de la destinée, comme poulinières, des juments ayant gagné les Oaks.
Ce travail, depuis 1779 inclusivement jusqu'en 1841 inclusivement, m'a donné le résultat suivant :
Sur 63 juments
Une est morte à sept ans sans avoir pouliné I
Une n'a produit qu'en France 1
Une est partie à trois ans pour la Prusse 1
Trente-cinq ont donné un, deux, Irois ou quatre vainqueurs. 3o
Dix-huit ont produit de cinq à seize vainqueurs. . . . i8
Total 50
Sur les 7 autres, 5 n'ont pas élé retrouvées sur la liste des poulinières, et deux seulement ont produit sans donner un seul vainqueur.
Le Saint- Léger a été gagné treize fois par des juments.
1 a donné 7 vainqueurs.
1 idem 0 idem.
"1 idem i idem.
1 idem «'{ idem.
i idem 2 idem.
I idem I idem.
Total. ... 10
Deux ne se retrouvent pas comme poulinières. Une seule a produit sans donner de vainqueurs.
Il est certain que les chiffres ne sont pas tout ; cepen-
daut, les faits sont quelque chose, et j'engagerais tout homme sérieusement décidé à faire courir à se livrer à des études analogues sur l'historique du turf.
Je n'oserais pas promettre des succès brillants et certains à celui qui s'obstinerait pendant longues années et en grand, à entretenir un haras de course sur le principe fondamental de n'employer que des juments célèbres par leurs victoires, quoique ce soit la seule manière de tenter complètement l'expérience.
Mais j'ai toujours vu le procédé contraire mal réussir.
11 y a quelques années, j'étais, il est vrai, de l'avis de ceux qui parlaient d'entretenir nue grande quantité de poulinières non pas mauvaises, mais médiocres, dans l'espoir que le nombre compensant la qualité, on verrait surgir de temps en temps un excellent cheval capable d'indemniser des sacrifices occasionnés par les autres poulains.
Cela pouvait être en ce temps-là où les bonnes juments de pur sang étaient rares en France. En effet, Tannée où toutes les bonnes auraient mal réussi à la fois, et cela pouvait arriver vu leur petit nombre; on se trouvait à chance égale avec tous les autres éleveurs, et c'est immense; mais aujourd'hui qu'il se trouve des poulinières en quelque sorte dans presque toutes les écuries, une pareille méthode aurait, je crois, peu de chances.
Voilà du reste la seule recette qu'on puisse donner par écrit, pour mettre les probabilités pour soi dans les courses : attendre des succès passés les succès à venir.
Encore faut-il, pour mettre réellement eu pratique ce principe, en comprendre Tesprit.
Ainsi, par exemple, s'imposer pour règle d'admission comme poulinière dans un haras, la condition d'avoir
gagné une somme de ce serait une illusion. La
somme et le nom d'un prix n'y font rien, c'est la compagnie en laquelle ce prix est couru, la condition des concurrefltS et mille autres circonstances, qu'il serait trop long de préciser.
I ne course gagnée donne au cheval une valeur excessivement variable et toujours difficile à fixer.
II existe encore une autre manière de juger un cheval de course , c'est sur son extérieur et ce qu'on peut connaître de ses qualités. Mais, pour cela, la première condition est de savoir ce que c^est que la course , ce qui est assez rare. J'ai entendu dire à un écuyer : Courir! mais ce n'est rien; il ne s'agit que de se faire emporter par son cheval. Un autre écuyer prétendait que pour courir il fallait tout rendre et piquer ferme.
Certains de nos amateurs du turf n'en savent pas plus long, puisqu'ils avouent ne pas pouvoir finir une course.
^ancienne équitation reconnaissait parmi les actions des chevaux dressés, la carrière ou le partir (fig. 18).
Le cheval devait être accoutumé à filer ferme et droit sur le gras de jambes en baissant la main ; le plus vite était le mieux , sans se désunir ni se déhancher , et en même temps sans cesser d'être prêt pour Tarrèt ferme et net.
Fig. 48.
La carrière ne devait jamais se fournir plus loin que 400 pas.
C'est ce qu'on doit pouvoir faire avec un cheval de guerre, et cela n'a pas le moindre rapport avec la course, bien que la vitesse de la carrière soit, jusqu'à un certain point, la vitesse du cheval.
Et en effet, l'effort suprême du meilleur cheval de course dans tout sou train ne peut guère durer au delà du temps nécessaire pour parcourir cette distance.
Je vais être obligé de donner quelques détails particulière sur ce que c'est réellement que la course.