‹ Leçons de science hippique générale ou traité complet de l'art de connaître, de gouverner et d'élever le chevalChapitre 22 sur 53 · DE LA COURSE · texte numérisé non relu

DE LA COURSE

Le mérite d'un cheval de course ne consiste pas du tout dans la faculté de se porter en avant avec plus de célérité qu'un autre , durant l'espace déjà cité de 400 pas.

Ce don n'est même pas la spécialité du cheval de pur s;iii£. Si on s'amusait à faire des courses de 400 pas on de 400 mètres, ce qui est où peu pins long, ce ne serait pas la même série de chevaux qui composerait les vainqueurs.

,V écarterai même ici nn avantage particulier à certains individus, et indépendant de leur vitesse proprement dite, celui de se mettre promptement sur leurs jumhrs, c'està-dire d'arriver à leur maximum de vitesse an bout du plus petit nombre possible d'enjambées préparatoires.

Le partir d' Eiseuhery n'avait pour but que d'exercer le cheval à se mettre promptement sur ses jambes, chose utile partout, nécessaire an point de vue de l'art, et qui peut décider du succès d'une course très-courte, d'une poule de hacks, par exemple, mais tout à fait négligeable pour le Derby et autres courses sérieuses.

À part donc cette qualité (supposons-la égale), deux chevaux d'origine très-inégale peuvent aller côte à cote pendant 400 pas.

J'ai eu longtemps un très-gros cheval du Northamplon qui, charpé de 200 livres, tenait quelques centaines de mètres, contre un cavalier de 120 sur une jument de DUT saup qui avait couru et papné. Il fallait que ce dernier roulât énergiquement pour passer d autorité et à son gré.

Au delà de celte dislance, il n\ avait plus de lutte.

Quelle CHie soit la vitesse d'un cheval, il faut savoir la développer, et ceci est une chose à part en cquilatiou, laquelle n'a jamais été enseignée ni écrite que je sache.

Voyez la fig. 19 et la fig. 20.

Ce sont deux gravures de Vernct : la première fait partie d'une collection sérieuse, faiitre est la caricature d'un original fourni en 1814 on en 1815 par Tannée d'invasion en France.

Ces deux cavaliers montent fini et Tautre des chevaux trop faibles pour les porter.

L'un, homme robuste et dans la force de l'âge, tout * préoccupé de l'Importance de sa mission, pousse son

cheval sans se douter des moyens de lui transmettre la vitesse qu'il lui voudrait.

L'autre est un jeune officier anglais qui a couru et chassé le renard ; il marche avec son cheval, les deux ne font qu'un ; ils arriveront promptement si une balle ne les arrête en chemin.

J'ai dit, j'ai démontré que le galop de course ne différait pas, comme allure, du galop ordinaire.

Mais pour le cavalier, c'est différent, un cheval dont on veut tirer toute la vélocité doit être mené par des principes particuliers.

Pig. io.

J'ai lu des livres où Ton distingue le galop de course et le galop ordinaire. Ces livres ne donnent pas les moyens de mener le cheval à L'un où à l'autre de ces deux galops.

Double faute.

El j'ai saisi en passant cette occasion de faire voir que non-seulement la course est une question d'équitation pour la course; mais qu'elle peut encore être utile même sur un champ de bataille, puisque de ces deux officiers également pressés, celui qui arrivera le plus tôt est celui qui sait courir.

Revenons à notre exemple qui peut se représenter à tout moment. Met tel en concurrence deux chevaux d'une oripine bien visiblement inégale , vous verrez toujours que la vitesse du mieux né consiste, non pas en ce que celui-ci passe devant, mais en ce que l'autre ralentît malgré lui et abandonne le train.

Gagner une course n'est pas tant arriver U premier ne lâcher le dernier.

Cela posé, on comprendra qu'avec des chevaux dignes «le courir ensemble, et dans une longueur de terrain raisonnable, la course sera généralement menée dans un certain degré de vitesse tel que les cbevaui puissent consener à la fois leurs forces et leur distance, pour ne se dépasser qu'au moment important, c'est-à-dire près du but.

Telle est incontestablement la marche régulière et générale de la course; ce qui n'exclut aucune des combinaisons subsidiaires , telles que de faire le jeu, lâcher de

mener grand train en commençant, on se ménager pour un rmh à la fin, etc.

Par exemple, ce cas particulier où deux bons chevaux s'épuisent Fini contre l'antre et arrivent à bout, dépassés

par un troisième, inférieur à tous deux, mais qui, par le fait de cette lutte, dans laquelle il n'a été pour rien, a couru tout seul et à son aise.

Tontes ces combinaisons n'ont pour but que de faire tourner à son profit l'ordre naturel des choses, à savoir que les chevaux, ayant été leur train pendant toute la course, l'un donne en temps utile un effort de vitesse qui le fait gagner.

11 y a donc, dans la course, un train, c'est-à-dire un degré permanent de vitesse auquel tous les concurrents se tiennent pendant presque tout le temps, pour être à même de faire le dernier effort à la fin.

Ce train varie suivant l'ordre des chevaux et ne doit pas être confondu avec leur vitesse.

Cest le train, cette faculté de soutenir longtemps l'effort d'une marche excessivement rapide, qui fait tout le mérite du pur-sang et toute l'utilité des courses.

Un grand train indique nécessairement une puissance excessive d'organisation. L'haleine, la force musculaire, la facilité de locomotion, sont également utiles pour arriver à ce résultat.

Donc la vitesse c'est le fonds, en ce sens que le cheval

qui fait «ne lieue en cinq minutes fera nécessairement

quatre lieues à 1" heure pendant un temps illimité.

Dire qu'un cheval de course n'est bon que pour faire m. Il

une fois par an deux tours d'hippodrome est tout simplement dire une bêtise.

Parler du fond inépuisable des chevaux qui n'ont pas de vitesse ou qui vont longtemps sans aller vile est une autre niaiserie. Car une performance, si longue qifelle soit, n'a de mérite que lorsqu'il y a de la vitesse. Les longues traites exécutées lentement ne prouvent pas la bonté, mais la condition du cheval qui les fait.

Trente lieues entre deux soleils sont une besogne à la portée de tout cheval bien portant, excepté pourtant le cheval de gros trait ; la question est de Ty avoir préparé.

Lors donc que Ton voudra fonder un haras pour la course, Pimportant sera de choisir des juments qui aient fait preuve de train.

Les qualités d'un bon cheval, soit pour la course, soit pour toute autre besogne, se révèlent dans son extérieur par certains détails de conformation.

On a beaucoup parlé, beaucoup écrit à cet égard; j'ai moi-même traité longuement celte partie dans mon premier volume de cet ouvrage.

Il me reste peu à dire.

Les différences essentielles qui existent entre certains chevaux de course du premier ordre et, par conséquent, d'un mérite à peu près équivalent, prouvent que le même résultat définitif peut venir de combinaisons infiniment diverses.

On a vu des coureurs qui n'offraient presqu'aucuue de ces exagérations d'allongement qui caractérisent le lévrier.

Cadland, Colonel, Doctor-Syntax et bien d'autres semblaient être d'excellents chevaux de selle, sans spécialité aucune ;

Bay~Middleton, West-Auttralian , Flying-Dutchman, paraissent devoir leur vitesse à une longueur générale accompagnée d'une puissance d'organisation suffisante au mouvement d'une grande machine.

Les portraits de Flying-Childers et de Gohanna, ce que nous voyons dans Monarque, indiquent l'avantage d'une légèreté universelle, d'une heureuse économie de poids.

Éclipse a été peint comme un fort cheval; les récils qui nous en restent s'accordent à nous le représenter

comme un animal singulier qui aurait couru en lièvre pour ainsi dire, et d'une manière trop extraordinaire pour être transmise.

Ne serait-ce pas pour cela que sa descendance a été autrefois moins estimée que celles de King-Herod et de Matrhem? Je dis autrefois, parce que depuis longtemps ces trois souches ont été réunies souvent et if en font plus qu'une.

On comprend dans quel dédale de combinaisons tout ceci peut conduire lorsqu'il s'agit de choisir des reproducteurs et de régler les alliances.

Dans le cas du pur-sang destiné à la course, le but est important, les distinctions subtiles, les conseils vagues.

Dans les croisements ordinaires, tout est plus tranché, plus visible, et le but plus facile à remplir; car un bon cheval de service a toujours une valeur, et qui ne varie que dans des limites raisonnables. Un mauvais cheval de course ne vaut rien.

De l'introduction du ttnng arabe dans le* eourae*.

On a dit que le pur- sang dégénérait, qu'il avait besoin d'être retrempé, qu'il fallait remonter a la source, que les clievaux anglais d'aujourd'hui ne valaient pas ceux du temps passé, etc.

On a dit, d'un autre côté, que le cheval anglais était, il est vrai , d'origine arabe , mais tellement perfectionné, qu'il n'y avait plus de comparaison à établir entre le résultat obtenu et la souche primitive; que la perfection du cheval anglais consistait même à s'éloigner autant que possible de l'arabe ; que, d'ailleurs, celte prétendue souche n'existait plus, paraissait-il ; que tout cheval arabe était petit, mal fait, mauvais en lui-même, mauvais dans ses produits, etc.

La vérité, comme d'ordinaire, n'est ni dans l'un ni dans l'autre des deux camps en présence.

Ce qu'il y a de certain, c'est que le cheval anglais, comparé à l'arabe comme cheval de course, a une supériorité qui n'est pas discutable , aussi bien pour courir longtemps que pour courir vite.

Cette supériorité s'annonce par des signes extérieurs: longueur générale, c'est ce qui saute aux yeux , et qui n'est pas un défaut, mais une qualité, puisque c'est un résultat utile, cherché et obtenu ; une véritable conquête de l'homme.

Allongement des épaules, développement des parties postérieures , ce qui peut être utile, et jamais nuisible pour tout autre travail que la course.

Enfin, élargissement matériel de l'appareil respiratoire qui se démontre par la profondeur de poitrine, qualité incontestable , utile partout et toujours.

Perfectionnement de la constitution et de tout l'organisme; car le cheval de pur sang anglais jouit toujours d'une santé robuste, d'un appétit constant et de l'aptitude aux plus grandes fatigues.

Que cet ensemble de dons précieux doive s'attribuer au climat, à ta nourriture, au régime de l'entraînement, au choix judicieux de» producteurs pendant deux siècles; on pourra discuter les causes, mais non l'effet.

Comparons maintenant l'anglais et l'arabe comme étalons de course. On verra d'un côté une masse considérable de bons chevaux sans mélange d'arabe, c'est-à-dire sans mélange récent. L'immense majorité des étalons de premier ordre sont même nés de la sorte.

Mais il y a tant d'exemples de bons résultats du croisement arabe, non-seulement à la deuxième, mais à la première génération, que l'opportunité d'une pareille méthode ne peut être aujourd'hui contestée sans aveuglement ou sans mauvaise foi.

Je ne ressasserai point ici les exemples déjà cités, je n'en ajouterai pas d'autres, ce qui serait fastidieux pour le lecteur ; mais je conclurai que si l'emploi du sang arabe, à quelque dose que ce soit, n'est pas un moyen assuré de réussite dans lu formation d'un racing slud, toujours est-il que ce ne peut plus être regardé aujourd'hui comme une aberration.

Reste seulement à s'entendre sur ce que c'est réelle-

ment que le sang arabe. Et, à et' sujet, je ne partage ni les subtilités exclusives de certains prétendus amateurs de races orientales, ni l'engouement banal de ceux qui voient le pur-sang arabe partout où ils rencontrent un petit cheval blanc avec une tèle carrée et une queue portée en trompe.

Je ne crois pas au Aedjd, parce que Ton ne peut pas même s'entendre sur la contrée à laquelle donner ce nom, et que le sol ne fait pas la race.

Eu ce sens du moins que, pour une race d'élite, il faut, même avec le sol, une belle et bonne famille bien authentique.

Je crois encore moins aux Algériens et à tous les criquets d'Afrique; c'est tout au plus si j'admettrais sans examen les animaux achetés à Bagdad, à Bassora et à Mascat, par des Anglais qui s'y connaissent.

De ceux-là seuls il doit être question lorsqu'il s'agit de relremper une famille de course.

Le »ang arabe considéré comme reproducteur dan* non» climat*.

Importer, acclimater et entretenir ici une famille arabe est, selon moi, l'entreprise la plus inopportune que l'on puisse imaginer.

Par deux* raisons :

La première est que le succès le plus complet ne mènerait à rien. Que faire en effet d'une quantité de petits chevaux faibles, sans puissance aucune, capables tout au

plus, lorsqu'ils sont excellents, de porter un vieillard, ou de s'épuiser en donnant une tournure ridicule à un cavalier de taille ordinaire? Car encore faut-il, si vigoureux que soit un cheval, qu'il ait Fair d'avoir plus de poids que la masse dont on le charge.

Je veux bien qu'on nie montre ça et là un cavalier parfaitement monté avec un cheval arabe ; mais il n'y aura jamais , quoi qu'on fasse, une masse de chevaux arabes à la portée de nos exigences, sous la selle ou dans le harnais.

La seconde raison est que le succès que je viens de décrire est impossible.

Le climat et les aliments, quoique vous fassiez, modifieront la race.

Si avec l'arabe vous faites des chevaux de course, où sera l'avantage d'avoir recommencé l'ouvrage des Anglais? Si vous arrivez à autre chose, ce sera un résultat curieux sans doute, car le passé ne nous a encore rien appris de satisfaisant à cet égard, pas du moins ce que l'ou a vu

jusqu'à préseut du haras de Pompadour; mais utile!

il faudrait comparer le résultat avec les sacriGces qu'il aura conté.

Je suis, en un mot, tout à fait opposé aux haras arabes , et par conséquent à l'importation des poulinières arabes.

Dfi pur-aaug anglais et arabe considéré* comme élément»» de crolaeuient.

Élever le pur-sang anglais dans un but autre que la course est encore une opération théorique, contemplative et tout à fait en dehors des réalités de la pratique.

Une publication assez ancienne, quoique encore de nos jours, a cherché à accréditer cette opinion : à savoir que la meilleure chose à tenter en Normandie était l'élevage de la race pur-sang, à la méthode ordinaire, sans entraînement et dans les services usuels.

« De la sorte, était-il dit dans celte brochure, ces « chevaux, au lieu d'être rétrécis, amaigris, étiolés par le a régime de la course, prendront cette force, cette am- « pleur, cette carrure, que Ton admire chez nos chevaux, *• et que l'on recherche pour tous les usages. »

Eh bien ! non ; cela ne sera pas ainsi.

Le cheval de pur-sang, à l'herbe ou à l'avoine si vous voulez, mais sans travail, deviendra grand, deviendra gros, à moins toutefois qu'il ne devienne petit et mince ; et, dans tous les cas, sa grosseur ne sera que de l'embonpoint; il perdra plus ou moins ses qualités, mais il ne gagnera qu'une ampleur apparente, et qui fondra à l'exercice pour ne laisser qu'un cheval de course manqué avec les défauts de son espèce et uon pas ses qualités.

Il y a plus; supposez un succès complet ; ce succès ne sera obtenu qu'avec d excellents producteurs : or, on sait que dans le pur-sang, comme ailleurs, les bons étalons, les bonnes juments sont rares; il n'y en a déjà pas assez

' pour les courses; les consacrer donc à pareil usage, c'est les détourner d'une destination plus lucrative et plus utile; et, avec les rebuts, le bien est impossible.

Je ne veux donc pas plus de pur-sang anglais que do pur-sang arabe pour faire des chevaux de service.

Voyons donc comment employer cette double souche dans les croisements.

Il y a sur ce point deux opinions :

Suivant les uns, le cheval anglais donne ses qualités : comme il est plus grand, plus fort, plus vigoureux, il produira à coup sûr des métis plus utiles.

Suivant les autres, le cheval arabe produira plus souple, plus liant, plus docile, plus aimable, et, chose étonnante, plus grand et plus fort.

Ne crojvz aveuglément ni finie ni f autre de ces deux opinions, la vérité et le mensonge sont entrelacés également dans toutes les deux.

Les deux espèces ont, comme toutes les autres espèces, comme tous les individus, quelle que soit leur origine, quoiqifà un degré variable, la tendance à transmettre leur ressemblance. On donne ce que l'on a : par conséquent, l'Anglais a la chance de donner plus grand et plus fort ; faralrc la chance de donner plus petit cl plus souple.

Mais il est d'autres lois qui ont aussi leur exécution variable dans des cas impossibles à spécifier la plupart du temps.

Ainsi, le cheval arabe a souvent plus de xirtualilé, parce que n'ayant pas subi de modifications, il est plus anciennement ce qu'il e?l.

Celte virtualité a deux effets principaux qui alternent; Pu n consiste à reproduire son image exacte, et alors le métis est une espèce d'arabe mitigé, pelil, court, souple. •

L'autre effet se manifeste par une grande surabondance de vie. Alors, on voit arriver la taille, l'ampleur, la force, l'énergie ; dans ce cas, il est probable que l'étalon arabe qu'on a employé eût été un de ceux de sa race qui sont propres a engendrer des coureurs.

Cela est si vrai qu'ayant voulu créer des métis à Panglaise au moyen de l'arabe, j'ai obtenu des chevaux grands, vigoureux, violents et roides, unissant toutes les qualités et les défauts que les amateurs de manège et de souplesse reprochent au sang anglais.

Si j'eusse employé le pur-sang anglais dans un sens contraire, j'aurais pu réussir à obtenir des poulains à l'espagnole.

Tout est dans le choix des juments, dans l'individualité du père, et dans le régime dirigé en tel ou tel sens.

Spécifier la marche à suivre est impossible, attendu la délicatesse des nuances.

Deux juments, fort différentes il est vrai, mais du même ordre à peu près quant à la taille, à la force et au degré de sang, ont servi chez moi de poulinières pendant longues années, saillies toutes les deux alternativement par deux étalons, l'un anglais, l'autre arabe.

L'une a constamment produit avec l'arabe de grands poulains tout à fait anglais, et avec l'anglais des produits d'extérieur anglais aussi, mais plus petits et de moyens plus courts.

L'autre a toujours donné de grands chevaux de trois quarts de sang avec l'étalon anglais, et avec l'arabe des individus ayant moins de taille, moins de moyens, et plus de ce qu'on appelle, à tort ou à raison , docilité et souplesse.

Je me suis parfaitement rendu comple des raisons individuelles de ce phénomène , mais je n'en suis pas plus certain aujourd'hui de pronostiquer l'avenir de la descendance d'une jument qu'on me présenterait pour être poulinière dans les mêmes conditions.

D'où je conclurai que dans les croisements l'emploi de l'anglais et de l'arabe est égal, mais non indifférent. De l'individualité de chaque étalon à choisir, et de sou degré apparent de noblesse, doit dépendre la préférence donnée à l'anglais ou à l'arabe.

Je dois insister ici, d'une manière précise et tranchée, sur ce que j'entends par l'étalon arabe, lequel je mets tout a fait au même niveau que l'étalon de pur-sang anglais^ pour les croisements.

Ce cheval est un individu choisi dans sa race avec tous les caractères qui distinguent le cheval de moyens et de grandes qualités.

La prédilection ordinaire, v ulgaire, géuérale est pour les types ronds, courts, à proportions médiocres, d'où il résulte qu'entre un cheval arabe et un espagnol il n'y a presque plus de différence.

Lorsqu'on veut un véritable régénérateur dans le cheval arabe, on ne doit pas s'en rapporter aux proportions et aux ensembles de Bourgelat, d'où il ne peut résulter

qu'une médiocrité sûre, une certaine facilité d'allures lentes et une bonne santé ; il faut absolument chercher des lignes remarquables, des longueurs exagérées, un singulier développement d'os, des apophyses si prononcées qu'on puisse croire à un gonflement maladif des jointures:

lors même qtfon ne rencontrerait plus la symétrie de proportions que Ton s'imagine devoir toujours exiger.

D'abord il n*esl pas évident pour moi que cette exacti-

Inde mathématique des mesures établies par nos hippiâtres soit la perfection réelle, et encore il en serait ainsi que par l'emploi d'individus non symétriques, les grandes lignes y étant, la symétrie pourra revenir, tandis que cette prétendue symétrie ne procurera jamais las grandes lignes, au contraire.

Du reste, tout ceci est une affaire de sentiment, do coup d'œil, d'appréciation intime. Il est impossible, comme on sait, de formuler le goût.

Les portraits ne signiGent rien en ce cas; faute de mieux, cependant, je place ici deux figures; Tune est le type du cheval arabe, que beaucoup de gens préfèrent, et que moi je regarde comme bon à rien. (Fig. 21.)

L'autre est le souvenir modifié d'un étalon jugé défectueux, refusé par plusieurs haras, et qui n'en a pas moins produit d'excellents chevaux de selle, de voiture et de charrette, parce qu'il avait ce que je veux avant tout :

Virtualité et grandes lignes. (Fig. 22)

C'est le cheval anglais né eu Arabie de parents arabes.

Résumons le chapitre du pur-sang anglais et arabe.

La course est l'éprouve la plus décisive pour mesurer le mérite, non-seulement du cheval que l'on doit regarder comme le plus vile, mais encore du cheval destiné à être étalon de croisement, en ce que ses victoires attestent la présence d'une foule de qualités non moins précieuses pour toute espèce de destinations que pour les succès d'hippodrome.

Le cheval arabe a, en moins, le mérite des qualités constatées, et en plus, le mérite detre plus primitif et plus virtuel.

Le pur-sang anglais, le pur-sang arabe, le pur-sang anglo-arabe ne sauraient être utilement employés seuls à créer une race pure de chevaux de service.

Type trotteur.

Les chevaux de course forment une seule et même famille; quelque éloignés que soient l'un de l'autre deux chevaux de pur-sang pris au hasard, sur n'importe quel point du globe, il y a communauté d'origine, rapport d'organisation.

S'il y a croisement arabe chez Pun des deux, cela n'empêche pas*l'identité de souche, et les détails les plus disparates de conformation ne sont pas un obstacle pour empêcher un œil exercé de retrouver les signes incontestables de la même spécialité.

Il n'en est pas de même pour les trotteurs.

Comparez un hart-drave, un orlow, un américain, un de ces chevaux qui font voler un traîneau sur les lacs glacés de la Suède, ou de ces ponys que les contrebandiers attellent en Italie à des voitures en cordes tressées ; tous ces animaux trottent ou du moins vont très-vite sans galoper, et cependant il n'y a, la plupart du temps, aucune analogie de sang, d'allure, de taille, de formes, ni même de volume entre ces divers individus.

La production du trotteur est, par conséquent, une

question qui ne peut se résoudre d'une manière aussi simple que celle des courses , dans laquelle, à part certaines considérations plus ou moins délicates < plus ou moins importantes, on peut toujours poser eu principe que le jeu est de tirer race des vainqueurs.

Si on se rappelle ce que j'ai dit sur les différences radicales qui existent dans la configuration et la manière de faire de certains chevaux de course, on sera tenté de m'aecuser de contradiction.

Je ne crois pourtant pas mériter ce reproche.

Mais les paroles ne sauraient être qu'une expression imparfaite de la pensée. Il arrive souvent que deux vérités énoncées séparément, et d'une manière suffisamment lucide, paraissent se contredire si on rapproche les deux phrases.

Il faut nécessairement que le lecteur aide à la lettre et s'efforce d'entrer dans la pensée intime de l'écrivain.

Certes, si on compare, soit d'après nature, soit d'après des portraits ressemblants, Flying Dutehman, Couack, Womerslty, Eclipse, Gahama , et bien d'autres, on ne pourra s'empêcher de dire avec moi que le type du cheval de course est variable.

D'un autre côté, ces mêmes individus offrent malgré cela des points de ressemblance et d'analogie frappantes, surtout si on reporte en même temps son attention sur les différences étranges qui séparent deux trotteurs que l'on pourrait citer, égaux cependant de train et de fonds.

En effet, les uns se font remarquer par la réunion de

lignes énormes, auxquelles ils doivent une mirifique facilité de locomotion en un certain sens : de la sorte, ranimai peut acquérir au trot la même vitesse qu'au galop , et alors sa marche ira pins d'autre limite que celle qu'imposent les facultés respiratoires ou, ce qui est la même chose, le sang.

D'autres, au contraire, sont constamment empêchés par leur mécanisme ; c'est l'allure qui manque, et non la puissance d'organisation.

Il résulte de là naturellement que les derniers doivent avoir, dans tous les cas, plus de fonds que les premiers, puisque leur défaut de train même tend à ménager leurs forces.

Combiner ces deux éléments de succès par des croisements judicieux serait donc le grand art de ceux qui voudraient spéculer sur les courses au trot.

Mais ce n'est pas un mode d'élevage usuel en France. On a tenté, il y a quelques années, de multiplier les courses au trot dans les contrées adonnées à l'éducation du cheval.

Cette mesure n'a pas eu pour résultat ce qu'elle semblait annoncer, elle n'a pas produit de trotteurs, et cela devait être, par une raison fort simple : 1 âge de trois ans auquel on admettait les concurrents.

Un cheval de course à trois ans est dans sa vitesse et dans l'exercice de ses moyens naturels.

Le trot est une allure factice, et encore bien que, par des croisements combinés d'après l'extérieur, on ait obtenu des poulains plus disposés que d'autres à s'allonger dans leur train sans prendre le galop; toujours est-il que

ce n'est pas a trois ans que le trotteur peut se révéler généralement.

Le poulain qui gagne à trois ans une course de trot est un cheval précoce et voilà tout.

On me dira que les prix donnés ainsi par toute la France ont eu le résultat avantageux de faire dresser ou pratiquer plutôt les jeunes chevaux.

Je ne contesterai ni ce résultat , ni même ses avantages ; sans doute il y a eu plus de chevaux pratiqués à trois ans qu'il n'y en aurait eu sans les courses au trot.

Mais les prix ont été donnés à d'autres qu'aux plus vites, ils ont été donnés aux plus précoces ou aux mieux dressés ; et beaucoup de bons chevaux ont été forcés et brisés pour avoir été amenés à des luttes pour lesquelles ils n'étaient point faits.

Ces courses au trot étaient en réalité des primes de dressage. Je n'aime pas les faux titres ; cela ne sert qu'à tromper le public et à déguiser les bévues.

Pour revenir à notre sujet actuel , la production , je dirai que le trotteur ne se produira pas comme le cheval de course par l'alliance de l'étalon trotteur et de la jument trotteuse.

II faudrait entrer dans mille considérations de ressemblance et de contrastes, allier et compenser; en un mot, se livrer à un travail dont nous parlerons plus loin.

Nous n'avons pas distingué le type ïlunter, parce que moins encore que le trotteur, le cheval de chasse se fait au moyen d'ascendants remarquables par leur spécialité de chasseur.

Peu de bunters reslés entiers sont consacrés à peupler l'Angleterre de chevaux de chasse remarquables.

Beaucoup, il est vrai, ont pour mère une jument célèbre et citée ; mais , dans ces croisements, on procède par individualité et non par étude de types.

Veut-on produire un de ces vigoureux chevaux de chasse capables, suivant l'expression d'un hippologue allemand, de porter droit devant lui à travers n'importe quel pays, un cavalier lourd et qui a bien dîné ?

Prenez un étalon de pur-sang, plusieurs juments fortes, agiles, bienfaisantes, et attendez le reste du cavalier qui dressera les poulains.

Type rarrocMici*.

Pour être dans la vérité, je me vois forcé ici de contrarier toutes les idées généralement reçues, et de poser la question sur un terrain tout à fait neuf et même paradoxal.

Un carrossier n'est pas un cheval propre à la voiture, c'est un cheval impropre à tout, excepté à la voiture, et qui, cela posé, réunit certaines exigences de convention.

La plupart des consommateurs s'imaginent qu'un cheval de voiture a besoin d'une certaine force et d'un certain volume, et de là ils concluent que toutes les fois qu'un cheval est exceptionnellement petit et léger, il est naturellement en dehors de la catégorie altelable ; que, par contre, tout cheval grand et fort doit être considéré comme cheval de voiture. Tout cela est faux.

La vérité n'est pas là.

Commençons par l'examen cTun petit cheval ayant ou non du sang, mais peu de poids : bon ou mauvais, il cesse d'être un cheval de selle pour l'homme qu'il ne peut pas porter, et, pour cet homme, il ne cesse pas d'être cheval d'attelage ; car un homme de 200 livres fera facilement dix, vingt et même trente lieues en un jour, traîné dans une américaine par une chèvre incapable de trotter sous lui pendant une demi-heure.

Tout cheval usé, sans sûreté, ayant le poitrail trop large ou le rein creux, pourra faire au harnais, et pendant longtemps, un service sûr, agréable et brillant.

Les voitures légères doivent donc, dans un pays civilisé, être le refuge profitable de tous les chevaux légers que le cavalier dédaigne pour une raison ou pour une autre.

Si on augmente le poids de la voiture, il faut évidemment augmenter le poids de l'animal chargé de la traîner. On peut, il est vrai, l'augmenter en plusieurs volumes en mettant deux ou trois chevaux au lieu d'un, c'est la méthode la meilleure et la moins chère.

Mais on perdrait son temps à prêcher une pareille doctrine. Parlons donc du cheval de voiture gros et épais.

Premièrement, il ne parviendra jamais à mouvoir le véhicule plus vite qu'il ne peut se mouvoir lui-même.

Ainsi donc, remplacer un cheval d'attelage léger, capable de faire trois lieues à l'heure, par un cheval beaucoup plus épais, n'est pas un moyen de faire quatre lieues à l'heure, si le nouveau cheval n'est pas en état de marcher mieux que le premier.

Or, mieux marcher en proportion directe de son poids n'est pas la loi normale de la nature.

Si cependant, vous trouvez un cheval à la fois fort et agile, et cela se rencontre, alors ce sera, à moins d'un cas très-particulier, un excellent cheval de selle, de chasse ou de guerre, valant beaucoup plus par conséquent que ce qu'il n'est nécessaire de mettre à un simple carrossier.

Car, un cheval susceptible de bien porter un homme pesant est sans prix.

Il est donc raisonnable et logique de consacrer aux voitures légères les chevaux légers et mauvais pour la selle, et aux voitures lourdes, les chevaux à la fois volumineux et dépourvus de qualités.

Le cheval de harnais doit donc être, dans tous les cas, un cheval de selle de rebut.

Mais, à la question de rationalité vient se joindre la question de luxe. 11 est des personnes qui veulent consacrer de fortes sommes à l'ostentation, au plaisir d'exhiber de brillants équipages.

Rien de mieux ! quelles sont leurs exigences afin de les contenter?

Le cheval de voilure le plus luxueux n'a pas besoin d'être un Hunter tip-top de vingt stones, argot de maquignon, même il ne vaudra que mieux avec certaines imperfections capables de le faire briller.

Nous avons décrit ces détails, dans le premier volume, au titre Extérieur,

Les Anglais ont satisfait à tous ces caprices par le type du clevelaud (Fig. 24).

Fig. ?4.

Une grande encolure, beaucoup dé branche, assez de croupe, et des jambes qui ne soient pas difformes, voilà à peu près tout ce qu'il faut pour un carrossier. Le nec plus ulirà est de pouvoir porter sûrement un postillon de (TAumont.

C'est le modèle de cheval le plus facile à obtenir ; on y parvient par 1 a p pareillement mieux que de toute autre manière, parce qu'il ne s'agit ici que de forme, de modèle et de silhouette.

Mais ce qif il faut encore pour satisfaire un maître élégant et difficile , c'est l'élégance, les allures, la noblesse, le tride.

C'est aussi en cela que le carrossier anglais diffère essentiellement des carrossiers que nous avons la prétention d'élever en France.

Ces derniers ont une certaine apparence, mais ils n'ont pas de vigueur interne, et par conséquent pas de soutien.

Pour obtenir ces résultats il faudrait savoir élever, et ceux qui peuvent le savoir ne se voient pas, d'ordinaire, assez rémunérés ou assez appréciés , assez distingués de ceux qui font mal, pour trouver un véritable intérêt à bien faire.

Dans la description du cheval de course, il a été dit que la première condition était d'être difficile en fait d'origines et de performances; mais on ne sortait pas d'une seule et même famille.

À l'égard des trotteurs, on a dit que la différence entre un trotteur et un trotteur pouvait être telle que l'alliance d'un cheval et d'une jument ayant cette spécialité, même à un haut degré, n'était pas toujours un gage assuré des moyens du poulain ainsi produit.

Mais si cette condition n'est pas toujours suffisante , elle n'en est pas moins nécessaire, sinon dans les deux auteurs, au moins dans l'un des deux, car on ne donne que ce que Von a.

Ici, c'est-à-dire au chapitre des carrossiers, nous allons avoir à présenter des observations analogues, mais que les circonstances modifient

Un cheval de course qui arrive le second est un échec, un but manqué, aussi bien que celui qui n'est pas amené au poteau.

Je ne parle pas évidemment de certaines exceptions , Oladiator, par exemple, dont tous les exploits se bornent à arriver deuxième au Derby.

Mais, comme après tout c'était quelque chose que d'être bon second à Touchstone, l'absence de victoires n'a pas empêché Gladiator d'être prisé comme étalon, et il a justifié les espérances qu'on avait fondées sur lui.

Toujours est-il que tout cheval de course qui ne gagne pas est un animal de rebut, quelque prix qu'on en tire ensuite comme hack ou même comme étalon.

Tout cheval élevé pour être un trotteur, et qui ne va pas, est pareillement un échec, bien qu'il puisse êlre trèsbon du reste, au train près, pour plusieurs destinations.

Le carossier est dans un tout autre ordre de choses ; ce ne sont pas des qualités qu'on lui demande , c'est une forme, une tournure, une manière d'être. Son mérite ne consiste jamais à être exceptionnellement vigoureux , mais à ne pas être au-dessous d'une besogne facile.

Il peut être au-dessous de cette besogne par incapacité, indocilité, inaptitude de caractère.

Écueil facile à éviter tant qu'on fera des carrossiers par la méthode in and in.

En effet, si vous n'admettez à la reproduction que des individus mâles et femelles qui aient fait preuve euxmêmes d'aptitude et de docilité complète, il est presque infaillible, si ces individus se ressemblent entre eux, que le poulain, plus ou moins bon, soit de figure et de qualité convenables.

Mais lorsqu'on veut obtenir une moyenne de deux êtres disparates, par croisement, et c'est presque toujours le cas, il est nécessaire d'entrer dans certaines considérations.

Par exemple, lorsque la jument étant plus forte et moins énergique que le cheval que vous voulez créer, vous aurez recours à l'étalon de pur sang; il faut choisir parmi le pur-sang.

• D'ordinaire, ce qu'on appelle un étalon de croisement est un cheval qui n'a rien fait sur le turf, qui est gras, qui est gros, qui est lourd, mal fait, maladroit, et qui a mille autres défauts encore.

Il n'est pas nécessaire qu'il ait laissé d'illustres souvenirs sur le turf, mais sa qualité de mauvais cheval de course n'est pas une recommandation ; fût-il , comme on dit, trop fort pour courir.

Il est en un mot d'autant moins hon pour le croisement qu'il a moins de vitesse; autrement ridée des courses serait une niaiserie.

Il faut, de plus , qu'il ait certaines qualités qui peuvent manquer à un très-bon cheval de course, et qui sont indispensables chez lui.

S'il n'est pas beau dans ses allures, c'est-à-dire capable de marcher au pas et au trot dans une position à la fois gracieuse et naturelle; s'il rase le tapis, s'il est chatouilleux , rueur, rétif au collier , vous accumulez les chances d'avoir des poulains défectueux et intraitables.

J'ai possédé longtemps un étalon de pur sang qui à d'autres qualités joignait celle d'avoir parcouru au trot, attelé, 8 kilomètres en 22 minutes, et de jamais s'être rebuté au tirage ; il se tendait lentement sur le collier, non pas avec la force, mais avec la constance d'un Suffol/f punch.

Tous ses produits se soul ressentis de cet avantage ; en a-t-il été plus estimé des éleveurs ? Pas le moins du monde.

D'un autre côté, j'ai vu acheter pour le croisement un vainqueur célèbre, grand et fort, très-capable de porter du poids; mais, comment le portait-il? à la condition de ne pas être dérangé ni dans sa direction, ni dans sa vitesse. A la moindre demande il s'enterrait, la tête entre les genoux et la croupe haute ; sur un temps d'arrêt il allongeait les mâchoires et faisait les forces; il se tendait sur les rênes par impossibilité de manœuvrer un arrièremain lourd et maladroit.

Boiteux et corneur par surcroît.

Quels chevaux de selle, quels chevaux de voiture espérait-ou avec un pareil père? La jument de trait ne pouvait pas donner de son côté ce qui manquait à l'étalon.

Le cheval de guerre.

Je ne ferai pas ici le détail de toutes les qualités nécessaires à un cheval d'escadron ; je ne veux ni tomber dans les redites, ni émettre des paradoxes qui n'auraient de poids que dans la bouche d'un homme ayant fait vingt ans la guerre.

Je me contenterai de soulever une question que je ne me souviens pas d'avoir vu traiter complètement nulle part.

Pour faire un cheval de course, faites couvrir la ju-

ment qui a gagné les Oaks par le cheval qui a gagné le Saiiit-J^éger, ça ne nuira pas; si vous perdez, vous aurez joué le jeu.

Si je disais : prenez la jument qui a fait magnifiquement deux campagnes sous vous, et donnez-la à un cheval ayant les mêmes états de services!

Ouvrez le Stud-Book anglais, t. Il, p. 146 : Vous y verrez que Lady Catherine, née en date inconnue, chez lord Grosvenor, fille de Jonh-Bull et d'une fille de Rut fond Arabian, par une jument de chasse, non de pur sang (htnting mare not thorough-bred) , mit bas en 1808:

Un cheval alezan, par Meteor, qui s'appela Copenhague, et que lord Wellington montait à la bataille de Waterloo.

H y a à méditer sur ce passage : d'abord, il est évident, sans doute, que cette jument, Lady Catherine, qui n'était pas de pur sang, n'avait rien a faire au Stud-Book, et n'y a été inscrite que pour rappeler un souvenir dont les Anglais sont très-fiers ; soit.

Mais, il y a autre chose : on m'accordera que Copenhague devait être, sinon un excellent cheval de guerre, au moins un cheval qui plaisait beaucoup à lord Wellington, car, autrement, il en eût monté un autre.

Co\mhagne , de 1 5/ 16e' de sang , au moins, presque pur, prouve qu'il n'est pas impossible de monter à la guerre des chevaux anglais d'une espèce très-relevée, opi nion trop généralement répandue et erronée , quoique je ne donne pas raison non plus à l'excès contraire qui

fait regretter de ne pas voir un régiment de cuirassiers chargeant sur des Monarque.

huhj Catherine, disaient, si j'ai bonne mémoire, les journaux anglais, à l'époque de la mort du duc de Wellington, avait elle-même fait la guerre en Espagne, sous un officier, pleine de Copenhague.

Cétait donc un bon cheval de guerre, engendrant un bon cheval de guerre.

On voit dans celte généalogie, un cheval arabe Rut/and Arabian, un cheval de course Jonh Iiull, le plus beau cheval de l'Angleterre, dit la chronique, enfln, une jument de chasse probablement remarquable par de grandes qualités.

C'est donc une réunion de mérites, variés et combinés; réunion qui semble donner raison à plusieurs systèmes, et qui n'en admet aucun exclusivement, puisqu'il y a à la' fois beaucoup de sang, absence de pureté complète, du sang arabe et du sang anglais.

On va me répondre : mais ce sont des conclusions faites à plaisir, des rêveries, des utopies, et votre idée de faire saillir des juments de guerre par des chevaux de guerre est absurde, puisque les chevaux de troupe sont hongres, condition sine qud non !

Je conviens de tout cela, mais je n'abandonue pas cette doctrine qui consisterait à créer le cheval de guerre pour la guerre, comme on a créé le cheval de course pour la course.

Je soutiendrai avec obstination que toute jument qui a servi pendant quelques années dans un régiment, à la sa-

lisfaclion des hommes compétents, devient, par cela seul, un sujet précieux, nécessaire à la reproduction des chevaux de guerre.

Quant à la manière de l'y employer, ce n'est pas encore ici le moment de l'indiquer.

Pour ce qui est des étalons de guerre , je sais parfaitement que Ton n'est généralement pas à même de les choisir sur preuves et sur performances.

Je sais encore que, il y a une vingtaine d'années, je comptais parmi les ennemis du système d'étalons entretenus aux frais du ministère de la guerre.

Mais mon opposition avait alors pour motifs que ces étalons, pour être nourris plutôt par un budget que par un autre, n'en étaient pas pour cela plus aptes que d'autres à produire des chevaux de cavalerie.

Il est diverses manières de créer le cheval de guerre ; par l'une comme par l'autre, on peut arriver au même but, mais ce n'est pas une raison d'opérer au hasard.

Il faut donc préciser avant tout en quoi consiste et doit consister la spécialité du cheval de guerre.

Quant à ce que je viens avancer ici, j'en ferais bon marché; mais, en supposant que je me trompe sur l'application, le principe sera toujours le même : chercher dans les père et mère ce que l'on veut trouver dans le fils.

On a mis au premier rang des qualités nécessaires au cheval de guerre, la sobriété.

Je désirerais qu'on s'entendit parfaitement sur le sens de ce mot.

Si l'on entend par sobriété l'aptitude à supporter long-

temps une privation totale, ou une insuffisance momentanée de quantité et de qualité, je dirai : donnez du sang à vos chevaux , et nourrissez-les avec luxe pendant leur jeunesse.

Voici les raisons que je donne à l'appui de ce paradoxe :

Durant la république qui termina en France le xvnie siècle , le Gouvernement d'alors crut faire une grande découverte administrative et physiologique en supprimant, d'un trait de plume, l'avoine et la plus grande partie du foin pour les étalons qui restaient encore au haras du Pin.

De cette heureuse idée il résulta d'abord que le directeur, Allemand consciencieux, mourut de chagrin.

Tous les étalons normands le suivirent au tombeau par une autre cause : l'inanition ou les maladies qui en furent la suite.

Qui résista ? les étalons de demi-sang anglais, qu'avait ramenés, quelques années auparavant, le prince de Lambesc ; chevaux grands, forts, étoffés, carrossiers énormes, destinés à exciter l'admiration des amateurs du gros, bien plutôt qu'à montrer jusqu'à quel point on peut réduire la ration d'un cheval sans que mort s'ensuive.

Qu'est-ce qui soutenait donc ces animaux dans les conditions les plus contraires à leur existence et à la spécialité de leur conformation ?

Si ce n'est la bonne nourriture et les bons soins reçus dans leur jeunesse, et qui leur avaient donné une rare puissance de constitution î

J'ai lu ces détails dans une brochure du temps, écrite par un Normand, imprimée à Caen ou à Àlencon, que je n'ai eue qu'une heure entre les mains en voyage, et que je n'ai jamais pu retrouver.

Dans les guerres de montagnes que les Anglais ont eu à soutenir aux Indes, ils emploient des chevaux de toute provenance, anglais, indiens, arabes, tartares, pur-sang, demi-sang, chevaux de pays, que sais-je? Les premiers que les privations tuent sont au nombre des plus délicatement élevés; la brusque transition d'un état prospère au dernier dénûment agit en proportion directe des habitudes, parce que le temps manque pour en changer. Plus tard, la mortalité agit en ordre inverse, et les derniers individus qui résistent sont ceux-là précisément dont on a entouré l'enfance de soins les plus délicats et les plus minutieux.

La constitution est donc ce qui fait triompher de toutes les rigueurs du climat, du régime et du travail, cl une bonne éducation est le premier gage d'une bonne constitution.

Si on entend par sobriété la faculté de vi\re de peu, le problème est facile à résoudre. Le plus petit cheval est celui qui mange le moins.

Chaque kilogramme que pèse ranimai exigeant pour - son entretien une quantité proportionnelle de nourriture; le pony est florissant là où le cheval étoffé dépérit à vue d'œil ; il y a plus : le cheval véritablement grand et fort consomme plus qu'en proportion de son poids; en vertu de ce principe que la nature a ses calculs tout faits pour

ses modèles à elle, et ces calculs ne s'appliquent pas aux espèces factices que l'homme s'ingénie à créer pour ses vues personnelle?.

Mais alors il faut se résigner aux petits chevaux qui ne débitent pas dans les marches-manœuvres, qui n'ont ni vitesse, ni force d'impulsion dans les charges, et sur lesquels on ne se sent pas appuyé pour manœuvrer la lance ou donner un coup de sahre.

.le ne discute pas la préférence à accorder au bédouin d'Algérie, au hanovrieu que monte le horse-guard, ou a ces colosses irlandais que j'ai vus attelés aux pièces anglaises; c'est l'affaire de nos officiers de remonte; mais, coque j'affirme, c'est que jamais ou ne découvrira le moyen d'entretenir ces derniers en étal de service avec la ration du premier, non plus qu'à tirer de celui-ci la vinsse de travail que peuvent donner les autres.

Grenadiers are usefnl in the ussunlt. Lui llinj cannnt comjiete uith smulkr mm in lomj munîtes <>r initier j/nvatuuis. ( A Comparative View ol" the charaeter of the Knglish raeer and saddlc horsc during t lie last and présent centuries, \hw:

« Les grenadiers sont utiles dans une charge, mais ils « ne peuvent lutter avec des hommes plus petits dans de « longues marches ou sous les privations. -

Voilà le vrai.

Une autre question sur laquelle on a beaucoup parlé, beaucoup écrit, est celle des qualités que doit posséder

un bon cheval de guerre, quant à ce qui concerne sa conduite sous le cavalier.

Le soldat, pour utiliser ses armes, son courage et son instinct militaire, a besoin d'un cheval qui se plie avec une entière abnégation, et cependant avec une bonne volonté constante et vigoureuse à toutes ses exigences.

On a appelé cela souplesse et docilité.

On a admiré le Mameluke sur un cheval arabe, on a été emporté avec un cheval anglais sur un champ de bataille, et on en a conclu que le sang arabe était le seul convenable pour produire des chevaux de guerre ; voilà comment une appréciation juste d'un fait vrai peut conduire à Terreur.

La synthèse n'est pas toujours un bon guide.

Voyons si l'analyse ne pourrait pas donner un meilleur résultat.

Écartons ici la question de vivacité. Il en est de l'énergie comme de la vapeur qui n'a pas de préférence pour telle ou telle direction, pour tel ou tel effet; elle donne sa puissance dans le sens qu'on sait lui imprimer.

Examinons donc seulement la conformation dans le cheval vite et dans celui qui ne l'est pas, en supposant dans les deux le même sang, la même vie.

Le cheval de course, avec sa grande épaule, ses reins longs, sa croupe inclinée, haute et puissante, se pousse en avant, fait de longues enjambées, et au bout de quelques instants, nue immense vitesse acquise le pousse , indépendamment des nouveaux efforts qu'il peut faire encore

pour continuer sa progression.

— itâ -

Le cheval arabe se pousse moins, gagne moins en avant, décrit à chaque pas une parabole plus élevée. Dans cet état de choses, pour arrêter le premier, deux difficultés de plus : le train plus grand,. la vitesse acquise plus considérable.

Comme pour tourner, il faut nécessairement un temps d'arrêt, il a autant de peine à se donner pour exécuter une volte que pour faire halte.

La puissance des leviers plus grande chez le racer que chez l'arabe peut, il est vrai, s'employer en sens contraire, c'est-à-dire, pour arrêter l'impulsion, mais ce n'est que par un effort pénible pour le cheval, terrible pour l'assiette du cavalier.

Tout cheval anglais est fait comme un cheval de course, parce que le cavalier anglais, qui tient à aller vite, dirige toujours en ce sens les moyens de son cheval, soit en le montant, soit en le dressant, soit en le faisant naître.

Ce cheval a des leviers puissants; chercher de grands leviers pour produire des chevaux de guerre est une erreur, si l'on est certain qu'on doive sacrifier la vitesse à la facilité de mouvement en tous les sens.

La question est donc ramenée à ce seul point de savoir dans quel rapport le cheval de guerre doit posséder la rapidité et la souplesse, la flexibilité et la détente.

Je laisse aux hommes compétents le soin de déterminer cet état de choses, ce spécimen.

La tâche de l'éleveur sera alors de le produire. Parque! moyen? Par l'anglais, par l'arabe? INi par

l'un ni par l'autre, exclusivement, mais par l'emploi judicieux des éléments nécessaires.

J'ai voulu vérifier par expérience les ressources du sang arabe pour la production, et j'ai obtenu par celte espèce toute la violence, toute la rigidité, tout l'élan qu'on admire dans les bunters anglais, ou qu'on leur reproche , selon les circonstances.

D'un autre côté, avec des juments molles, sans initiative, sans levier, sans détente, un étalon anglais, de pur sang, ou de demi-sang, pourra donner aux produits ce qui manque aux mères, au degré voulu et sans excès, pourvu qu'on s'y prenne bien.

Ce n'est donc pas l'excès du sang, ni le choix de tel ou tel sang qu'il faudra redouter, mais la possibilité de créer des ensembles impropres au service demandé.

Lorsque le cheval ainsi produit ne possédera point la faculté de se précipiter en avant au delà du degré \oulu, les conditions de retour se trouveront facilement et d'ellesmêmes.

J'ai vu quantité de chevaux allemands, russes et polonais, très-satisfaisants sous ce rapport. Il yen a peu en Angleterre, parce qu'on y cherche peu à en faire.

En France, la fabrication du cheval est une science, selon moi, tout à fait inconnue.

Plusieurs moyens déjà connus, déjà employés, peuvent mener à quelque chose.

On m'a dit que des régiments hanovriens, passant en Angleterre, entretenaient des étalons modèles à la disposition des éleveurs du voisinage.

Une autre sorte d'encouragement a été tentée en Prusse (fo 25).

Fig. Î5.

CiMiïy cheval entier, gris, du haras de Graditz, 6 ans, dressé et présenté comme cheval de campagne par le lieutenant de Courbière, 5' régiment de hulans, a obtenu le prix de 150 Frédérics d'or (double condition de production et de dressage), 18 janvier 1833.

Je ne juge ici ni la gravure, ni le cheval, ni la bonté du choix, ni l'opportunité de la mesure; je constate seulement l'idée d'avoir voulu produire un cheval de guerre dans ce but spécial, et je crois devoir appeler Pat-

tenlion sur celle idée trop négligée, selon moi, dans notre pays.

Cheval de gro» irait.

L'existence de cette espèce a deux nécessités tout à fait différentes :

Nécessité pour l'usage immédiat ;

Nécessité relative pour la reproduction.

La première serait, selon moi, illusoire sans la seconde. Est-il, en effet, indispensable de posséder un animal exceptionnellement fort, lorsqu'on peut diviser les fardeaux ou multiplier le personnel des attelages ?

11 y a plus : le problème de l'aptilude à un maximum de traction dépend de plusieurs conditions diverses, d^où il résulte que les vainqueurs de plusieurs prix de tirage pareils ne seraient pas des animaux identiques.

L'occasion où j'ai vu les plus grands résultats obtenus par un seul cheval, attelé à une voiture lourde, est sur le quai du Havre , au déchargement des navires du commerce. J'ai constaté, entre autres, un haquet portant des lingots de plomb, pour un poids de 5500 kilogrammes, autant que je puis me rappeler. Le terrain était pavé et sans pente sensible.

11 y avait beaucoup de chevaux employés à ce travail, et une assez grande variété de modèles. Les uns se faisaient remarquer par leur épaisseur, les autres par leur taille, quelques-uns par une énergie musculaire trèsgrande dans une charpente assez peu développée.

Tant il est vrai que diverses causes arrivent à produire le même effet.

Les Anglais, passionnés pour les résultats mathématiques en toutes choses, ont eu leurs prix de tirage et créé l'ancienne race des SuffolÀ- punch.

Cette institution a amené la découverte de ce principe : que la qualité constitutive et essentielle du tirage était la constance dans un effort moyen et soutenu.

Le mérite du Suffolck punch était, dit-on, de tirer, jusqu'à la mort, attelé à un arbre, c'est-à-dire à un point fixe.

Constance d'efforts contre une résistance invincible, c'est la qualité du bœuf, préférable au cheval dans les chemins qui ne sont pas faits, et lorsque l'animal n'est pas paître du poids.

J'ai vu dernièrement, près de Bordeaux, une charretteà deux roues attelée de deux chevaux tomber par accident dans uu fossé d'écoulement large de dix pieds environ à la gueule, et de moins de un mètre au fond.

Les deux roues dans le fossé, la tangente horizontale au point le plus élevé de la jante était plus basse que le terrain.

La voiture , vidée, fut enlevée facilement par deux bœufs de taille ordinaire attelés à l'extrémité des limons, et un seul s'employa convenablement ; mais l'effet fut lent, progressif et continu.

Le cheval vaut moins que le bœuf pour pareille besogne, et le mulet absolument rien, quoiqu'il soit, ou plutôt parce qu'il est le plus énergique des trois.

Le meilleur cheval de trait est le plus mou.

Si le cheval de gros trait n'est pas si indispensable à nos travaux de locomotion que Ton ne puisse s'en passer, il a une autre destination plus utile, c'est de donner par le croisement le poids et le volume aux espèces trop minces et trop énergiques.

(Test là la vraie spécialité des grosses races ; mais selon l'une ou l'autre de ces deux distinctions, le choix doit varier.

Le métis qui doit naître du croisement de l'espèce lourde avec n'importe quel type pins léger doit de toute nécessité être pourvu de vitesse ; il faut qu'il galoppe, qu'il trotte ou au moins qu'il ait un pas allougé, actif et rapide.

La mère de ce métis doit donc, avant tout, avoir de grandes lignes et des leviers puissants ; si l'un des deux auteurs en manquait, l'autre n'en aurait pas suffisamment pour deux ; et d'ailleurs, le cheval arabe, le pursang anglais lui-même, n'offre pas toujours cette admirable symétrie de charpente osseuse qui semble le caractère particulier des grosses races anglaises.

Nos chevaux de trait français ont la croupe souvent large, mais courte toujours ; le poitrail large mais sans profondeur; le rein cassé, mou et sans soutien.

Avec cet élément-là il y a tout à faire; raison de plus de choisir dans une mauvaise race les individus les moins défectueux.

Service* particuliers et ordinaire*

Un cheval impropre à la course, qui n'est pas un étalon arabe, qui ne trotte pas un certain train, qui n'a pas le modèle d'un élégant carossier, que la remonte refuse avec raison, et qui n'est pas limonier, n'est pourtant pas à rebuter, il peut même être un excellent cheval.

Nous n'avons pas voulu, en donnant la définition de • ces divers types, classer tous les chevaux du globe par

catégories ; notre but a été d'indiquer à l'éleveur vers quelles directions distinctes et tranchées devaient tendre ses travaux d'après les goûts ou les circonstances.

Ainsi, nous n'avons pas fait mention ici du hunter ou cheval propre à suivre les chasses anglaises, et cependant, un tip top fox hunter, qui perce droit à travers n'importe quel pays à la suite des chiens, est sans contredit ranimai le plus extraordinaire de la création et le plus admirable à voir dans sa tâche.

Mais on ne fait pas un cheval de chasse; on le découvre et on le développe, tandis qu'on peut entreprendre une fabrication de carrossier avec chance de succès, question pécuniaire à part.

11 fallait cependant ajouter une dernière ligne à notre catégorie.

Il nous fallait une place pour tous les poulains des juments capables de bien produire, et pas cependant susceptibles de fournir à aucun des autres cadres ci-dessus.

De plus, les chances imprévues auxquelles l'éleveur est exposé sont telles que, même en faisant tout ce qu'il

faut pour obtenir uu type, il manque son but, et fait un très-bon cheval , tout autre que celui qu'il désirait ou pouvait espérer.

Le premier pas à faire pour un éleveur est de décider en lui-même quel est le genre de cheval qu'il veut produire, et de s'entourer de tous les éléments indispensables à ce but. Si les conditions nécessaires manquent, il faut, ou renoncer à rélevage, ou changer totalement son but et ses espérances.

C'est pour appuyer sur ce principe fondamental que j'ai si longuement spécifié les diverses espèces de chevaux à élever.

A côté cependant de ce principe vrai, certain, incontestable, il existe des cas particuliers où une prâtique ingénieuse et modeste peut arriver à d'heureux résultats.

On a une bonne jument de service, on veut en tirer race; l'idée est rarement heureuse, si l'on compte sur un poulain qui fera l'admiration universelle et l'envie de ses voisins ; mais si on se contente de vouloir remplacer la mère, un homme adroit et tenace amènera toujours son poulain à cette destination, et à meilleur marché que par des achats au dehors, à moins qu'il ne choisisse l'étalon sur des principes singulièrement erronés.

Il est vrai qu'il est plus facile et plus ordinaire de s'y prendre de la sorte qu'autrement.

Donner par exemple une jument de trois quarts de sang mince et énergique à un étalon de pur sang, dont le nom et la beauté séduisent, parce qu'on est dans le voisinage d'un sporlman qui élève pour la course, cela se fait sou-

vent aux environs de Paris; vous voyez alors avec satisfaction courir el quelquefois gagner les frères de votre poulain ; cela ne vous donne pas la chance de Patteler plus tard avec sûreté à une américaine.

On a encore l'idée de mener celle même jument à un magnifique carrossier de demi-sang, et on est tout étonné de ne pas avoir un jour un carrossier à l'image du père ; c'est qu'on a oublié ce qu'était la mère.

En évitant les fautes de ce genre et bien d'autres, il est facile de produire des chevaux excellents, aptes à un grand service, et brillants, non pas de cette apparence fausse et factice qui fascine le public ignorant et qui est toujours le gage de l'absence de toute qualité, mais de cette beauté réelle qui n'échappe jamais au connaisseur.

Cela est si vrai, que les chevaux véritablement bons que Ton élève en France, et il y en a plus qu'on ne croit, proviennent beaucoup moins des provinces célèbres pour Pindustrie chevaline que des contrées qui n'élèvent que pour leur consommation ; aussi les vend-on généralement beaucoup moins cher, malgré leur supériorité réelle.

Lorsqu'on opère sur des individus sans type défini, il faut s'attacher beaucoup plus aux qualités qu'on aura la chance d'obtenir, qu'à l'aspect, aux formes et au modèle.

Ces données générales une fois bien comprises, on commencera à voir clair dans sa besogne et à opérer à coup sûr, autant du moins qu'il est donné à l'homme de le faire ; car il n'y a jamais de principes assez fixes pour se

garantir de tout désappointement. Lors même qu'aucune condition ne vous échapperait en théorie, il est impossible de ne pas laisser intervenir quelque condition défavorable.

Nous avons dit que Ton procédait aux alliances de deux manières distinctes :

» ° L'apparentement de père et mère semblables ;

2" Le croisement de deux êtres différents dont le produit est une moyenne entre l'un et l'autre.

Tout croisement, quel qu'il soit, peut se faire à sou tour de deux façons distinctes :

1° Chercher le sang et l'énergie par le père, et le gros et la taille par la mère ;

2° On vice versa .

Prenons, pour exemple, le croisemeut par excellence : c'est-à-dire le système de tirer race sans trausition du pur sang avec le type le plus massif et le plus commun.

Le mode le plus usuel est le premier, c'est-à-dire l'étalon de pur sang avec la jument de gros trait.

Les nécessités de la pratique doivent presque toujours le faire préférer. En effet, il est plus rationnel d'économiser sur la jument qui ne doit donner que dix poulains en forte moyenne, que sur rétalon qui fait la monte dix ans et engendre 20 poulains par an, total : 200 productions en sa vie.

Le' prix d'une excellente jument charretière n'est pas en rapport avec la valeur d'une bonne poulinière de pur sang de deuxième ordre, laquelle s'emploierait toujours plus avantageusement avec l'étalon de course.

Voilà pour la pratique.

Quant à la théorie physiologique, nous allons consacrer un chapitre à la recherche des influences respectives du père et de la mère dans Pacte de la génération.

Nous pouvons préalablement poser ce principe que la mère est, jusqu^à un certain point, comparable à la terre, à laquelle on confie nue plante pour s'y développer.

Les mots germe, semence, sperme, et bien d'autres, également employés en physiologie animale et végétale, prouvent suffisamment que l'esprit humain a , de tout temps, fait cette comparaison.

Par une application nouvelle de principes déjà énoncés, nous dirons que si on ne doit pas confier à un sol maigre et nu les graines écloses dans une terre grasse et riche en éléments fécondateurs , de même on agit contre la loi de la nature en donnant à la matrice d'une femelle svclte et énergique, la tâche de développer le fœtus d'un père énorme et abondamment charpenté.

JVi malheureusement rencontré en trop petit nombre des chevaux issus d'étalons de gros trait et de juments de pur sang pour fortifier le raisonnement par de bons exemples.

Toutefois, je puis dire que tout ce que j'ai vu me confirme dans ma répugnance à tenter le croisement par excellent'' h l'envers.

On comprend ce que je veux dire.

Cependant, on est forcé d'abandonner ce système d'exclusion lorsqu'il s'agit d'utiliser, comme nous l'avons déjà dit, des juments à la fois précieuses par leurs qualités

et incapables de produire avec le pur-saug des animaux suffisamment développés.

Il est vrai aussi que, si une jument de pur sang, anglaise ou arabe, est toujours inopportunément donnée à l'étalon cauchois ou suflblk, il n'y a pas le même inconvénient d'essayer le carrossier du Cleveland ou le trotteur de Norfolk avec une jument de selle ou de chasse, la distance et le contraste étant beaucoup moins extrêmes.

Procédons ici, comme nous l'avons fait déjà plus d'une fois, en tirant induction des faits les plus accentués que la nature présente à l'observateur.

Pour étudier l'extérieur du cheval» pour nous apprendre à apprécier les différences légères qui distinguent un individu et un autre individu de la même espèce, nous avons examiné la conformation et les allures d'animaux beaucoup plus éloignés les uns des autres.

Ici, nous avons naturellement à observer le croisement de deux espèces placées aux dernières limites où l'alliance prolifique est encore possible, le cheval et l'âne.

Le baudet et la jument donnent le mulet ; le cheval et l'ânesse donnent le bardeau.

DES Ml LETS.

93on Un a)îauUt)irrrn.

Digressio de muiis.

. . . .Contient un discours extravagant des mulfl*.

Le i*Ayglotte Wixteh.

L'auteur d'un opuscule sur réquitation a bien voulu me louer de la patience avec laquelle j'ai rassemblé tout ce qui a été dit sur Vanatomie comparée. Éloge évidemment exagéré, puisque, dans cent pages de prolégomènes, je n'ai pu reproduire, ni même résumer, les trente cinq volumes que je connais de Cuvier, et à la lecture desquels se borne toute ma science.

Si, par hasard, sous le pseudonyme de la louange se glissait une malicieuse critique, je ne craindrais pas de m'y exposer derechef, persuadé que ma méthode de comparaison est bonne; ma méthode..., j'ai torl, elle n'est pas de moi, elle est de Cuvier, qui a inventé le titre- d'anatomic comparée, et je continue a procéder de la même façon. Ceux qui n'ont pas compris comprendront peut être un jour.

Le croisement de l'espèce âne et de l'espèce che\al peut se tenter de deux manières : 1° par l'union du cheval avec l'ànesse; 2° par l'union de l'âne avec la jument.

Winter parle d'un yuvrogne (qui) conseilla à nu grand seigneur (de), au lieu de la cavale, prendre une ânesse.

Equd nempe et minimi asinâ sciolus quidam persuadât principi conabatur, esse videlicet mulos equo créante generandos.

Mais il en revint chargé aTune réponse digne d'un ânet qu'il était , et convenable à un tel conseil.

Il y en a </mi, pour avoir des mulets, font saillir des ânesses par des chevaux ; mais ces mulets ne sont pas, à beaucoup prest si beaux que ceux qiti proviennent des cavales.

LlGER.

(La connaissance parfaite des chevaux).

Lisez Buflbu, vm, 316 : « Personne n'a, jusqu'à pré- « sent, observé les différences qui se trouvent entre ces « deux animaux d'espèce mélangée. C'est néanmoins l'un « des plus sûrs moyens que nous ayons pour reconnaître « et distinguer les rapports de l'influence du mâle et de « la femelle dans le produit de la génération. Les obser- « valions comparées de ces deux mulets et des autres mé- « tis qui proviennent de deux espèces différentes nous « indiqueront ces rapports plus précisément et plus évi- « demment que ne le peut faire la simple comparaison de « deux individus de la même espèce.

« Nous avons fait représenter le mulet et le bardeau, « afin que tout le monde fût en état de les comparer, « comme nous allons le faire nous-méme. D'abord, le u bardeau est beaucoup plus petit que le mulet ; il paraît « donc tenir de la mère, Pânesse, les dimensions du corps; « et le mulet, beaucoup plus grand et plus gros que le bar- « deau, les tient également delà jument, sa mère. La gran- « deur et la grosseur du corps paraissent donc dépendre « plus de la mère que du père dans les espèces mélangées.

Maintenant, h nous considérons la forme dn corps, ors deux animaux, vus ensemble, paraissent être de figure différente : le bardeau a l'encolure pins mince, le dot plus tranchant , en forme de dos de carpe, la croupe plus

Fig. S6 Mulpt Minant BulTnn.

Kig. «7.

BarJcau tuiv.ui! BulTon

« pointue et avalée, au lieu que le mulet a Pavant-main mieux « fait, Pencolure plus belle et plus fournie, les cotes plus « arrondies, la croupe plus pleine et la hanche plus unie. Tous « deux tiennent donc plus de la mère que du père, non- « seulement pour la grandeur, mais aussi pour la forme « du corps.- Néanmoins, il n'en est pas de même de la a tête, des membres et dos autres extrémités du corps. La « tôle du bardeau est plus longue et n'est pas si grosse à « proportion que celle de Pane, et celle du mulet est plus .« courte et plus grosse que celle du cheval; ils tiennent « donc, pour la forme et les dimensions de la tête, plus « du père que de la mère. La queue du bardeau est garnie

• de crins à peu près comme celle du cheval. La queue du «' mulet est presque nue comme celle de Pâne : ils res-

• semblent donc encore à leur père par cette extrémité du « corps. Les oreilles du mulet sont plus longues que celles « du cheval, et les oreilles du bardeau sont plus courtes « que celles de Pâne : ces autres extrémités du corps ap- « parviennent donc aussi plus au père qu'à la mère. Il en « est de même de la forme des jambes : le mulet les a « sèches comme Pâne, et le bardeau les a plus fournies. «« Tous deux ressemblent donc par la tête, par les mem- «■ bres et par les autres extrémités du corps, beaucoup « plus à leur père qu'à leur mère. »

Je joins ici les portraits donnés par Bullon et deux autres d'après nature. J'ai fait écrire en italiques celles des observations de Buffon que je trouve contredites par les deux exemples que j'ai vus et que je présente.

L'un de ces portraits est une mule ordinaire, Pautreest

animal femelle, importé du Nord de r?cosse par feu

Fig. 38.

Portrait d'une roule d'aptes natare.

Bardeau fpmellf ra'ayanl appartenu. d*af>rr« nature.

M. de Slrada. pour les écuries -le S. M. Louis-Philippe,

ei r< ton fvUnd être né d'une âncssc et d'un pony il'l.cosse.

La mule a le poil plus chevalin, le bardeau femelle parait avoir le poil de l'âne, nature et couleur.

Chez la mule, la tête, les oreilles, les crins, les jambes, les pieds sont deFâne.

U bardeau a presque les ore.Ues du cheval, la téte pe me et légère, plus de crin à la queue que l'âne , le corps plu, plein, les hanches plus larges, le garrot plus pet.t, la poitrine plus large.

(3X3 l'un et l'autre, la mère semble avoir donné la .aille, et le père l'aspect général. On dirait que le produ.l .M l'imace du père enveloppée et renfermé* dans un etn. que la mère lui a fait à son image à elle-même.

Ouant à ce que la gravure ne peut reproduire, les allures du bardeau étaient plus chevalines que celles de l âne, et ,a marche de la mule est tout à fait celle du père sans antre modification que celles qu'apportent la tadlc cl le

volume.

La mule semble braire.

Le cri du bardeau lient à la fois du braiment et du

hennissement.

Du reste, il me semble superflu de s'étendre davantage 8ur ,c compte du bardeau. Qne ce soit ou non un animal otite il est certain qu'il est excessivement rare. L individu dont je parle est le seul que j'aie jamais vu ; on m en , montré quelques antres qui n'étaient bardeau, que dans

Digitizec

l'esprit du vétérinaire qui me les présentait ou du moins sans autre preuve.

On m'avait assuré qu'il se faisait quelques bardeaux dans le Poitou ; quand jYi parcouru cette province et que j'ai demandé des renseignements à cet égard, on n'a pas su ce que je voulais dire, on m'a toujours ramené au croisement de la jument parle baudet, et on m'a dit qu'il n'avait jamais été question d'autre chose.

Je ne me suis pas contenté de cela, et j'ai voulu expérimenter moi-même et créer des bardeaux, si cela était possible.

La première tentative que j'ai faite était avec une ânesse très-forte et en pleine chaleur; je lui ai amené successivement deux étalons.

Le plus léger, arabe de pur sang, a repoussé Pânesse à coups de dents et à coups de pied.

L'autre était un cheval de Norfolk, très-doux et aveugle; on a placé l'ânesse et une petite jument à côté l'une de l'autre, et on profitait du moment où l'étalon était suffisamment excité par la jument pour le porter sur l'ânesse. Tout a été sans succès et j'y ai renoncé après deux heures d'essai.

Depuis, on nia dit que deux autres étalons, m'appartenant aussi, avaient sailli quelques ânesses. Je veux le croire, mais je n'ai jamais vu de produit.

Il résulte de tout cela que le prétendu bardeau existe, ou du moins peut exister, mais qu'il est rare, et qu'on ne peut en faire, par conséquent, l'objet d'études suivies.

Tout ce qu'on en connaît,. du reste, tendrait à prouver

qu'il est peu utile , el par conséquent peu digne d'attenlion au point de vue de l'industrie.

Passons au véritable mulet produit de l'âne et de la jument.

On lit dans Winter: «< La génération, ou plutôt la dé- « génération, qui produit des mulets, n'est pas de fin-

* vention de ce siècle, mais c'est une chose fort ancienne, « inventée de cet Ane, (ils de Sébéon, neveu d'Ésaïe, dont

* on lit en Genèse, ch. 36 (1), qui mena paître les ânes « de son père au désert

« Avec le temps, notre Europe en a produit en Espa- « gne, Italie et France, en la province d'Auvergne, etder- « nièrement en Allemagne aussi, où ils réussisseut au- « jourd'hui si bien, qu'ils ne le cèdent point à ceux d'Italie, - d'Espagne ou de France. Entre autres, nous en avons

vu un exemple très-remarquable dans la race fameuse « de S. A. duo de Vittemberg, un prince qui se bâtit un « nom éternel, tant par ses rares et illustres qualités et

* vertus admirables, que par le jugement et goust très-

« délicat et singulier qu'il possède de la chevalerie, comme ' u il se voit à sa très-gentille race de chevaux de parade « qu'il lient de toute sorte de nations, tellement qu'il ne « le cède plus, en cela, à aucun autre potentat. J'y ai vu « des mulets nés au pais, si bien faits qu'on en trouverait m rarement de plus beaux autre part. » Pages 122etsuiv. Encore Winter... « Celui donc qui veut avoir race des

(1) Genèse, ch. 3ti, vers. 2i... Cet llana est celui qui trouva les muleb au dô&crl, quand il paissait Jcs àucs de Tsibhou, son père.

«< mulets, doit chercher des ânes gaillards et bien u dispos de corps, de jointures droites, sains et polis, - venus d'Italie, s il est possible, ou élevés d'une race « d'Italie, c'est-à-dire nés d'un père italien et d'une « anesse grande d'outre-mont. Ils doivent autrement avoir « la tête grosse, les yeux et oreilles grands, l'échiné forte « et robuste, les os durs. Touchant le poil, je préfère « le cendré, ou celuy de souris, à tous les autres. Il « est pourtant permis à chacun de se choisir une cou- « leur à sa fantaisie, car les mulets d'hermine sont fort * jolis, dont j'ay vû deux chez un prince, comme une « chose fort rare et belle.

« La cavale sera de même bell& grande, forte et bien •< proportionnée, il ne faut pas changer cette conjonction, « ny au lieu de la cavale prendre une ânesse

« . . . . Mais tous les ânes ne sont pas généralement « d'humeur de couvrir les juments, voire il y en a qui, « par une aversion naturelle qu'ils en ont, s'opiniâlrent « tellement que, de quelque industrie ou remède que l'on « se serve, il n'y a moyen de les faire entrer en chaleur « pour étalonner... Mais il n'y a meilleure recette contre « ce mal, que de leur donner auparavant de bons coups « de bâton, et continuer cet exercice jusqu'à ce que l'en- « vie les prenne de faire leur devoir. Alors, il faut l'ap- « procher doucement de la jument et le laisser achever un « saut. Une heure après, il faut recommencer et lui donci ner le second ; mais que ce double saut ne se fasse que « du matin, car au soir il suffira un seul ; mais, en ce cas « qu'il refusât de faire ce que l'on souhaite de lui, il fau-

« dra recourir au susdit remède et ne point épargner le

• bâton. On doit pourtant prendre garde de ne laisser sau-

• ter l'Âne tous les jours, mais seulement le secondième, « ou même le troisième jour» suivant la constitution et les « forces de PÂne, car on le peut aussi bien énerver que «• les chevaux, et même affaiblir à un tel point, qu'il ne « sera plus habile pour la génération, étant assuré que

les animaux saturnins ne sont pas si puissants dans 1. s « fonctions de Vénus comme les autres.

« Outre cela, il ne faut pas donner à un âne le même >• nombre de juments qu'on donne aux étalons; car, •< quelque fort et courageux qu'il puisse être, il suffira « pour lui six juments, aux autres quatre ou trois, à pro- « portion de* leur vigueur.

« Les jeunes mulets doivent être traités comme les « autres poulains, on les doit f réqueuter pour les appri-

voiser, vu que cette bête est méchante et obstinée de « sa nature. C'est pourquoi il ne les faut pas chasser dans « les bocages pour y demeurer quelque temps, car ils eu « deviendraient farouches et sauvages et ne sçauraient être « si aisément domtés.

« Et pour être dispensé de grands frais, sans être obligé

• d'embarrasser et ruiner les cavales à engendrer des bâ- « tards (vu que la cavale engrossée seulement une fois de u Pâlie, ne sera plus habile de concevoir d'un cheval ; et, « quoiqu'elle en devienne parfois enceinte, elle ne fera « pourtant rien qui vaille), il serait bon de faire couvrir « les cavales des païsans subjects, et acheter après les mu- •« lets à un prix raisonnable pour les mettre au haras. On

« les peut employer à toutes sortes de services, a tirer ou à « porter, car ils souffrent deux fois plus de fatigues que les

chevaux, et se contentent de moins d'avoine et de peu «< de foin gras. »

Dans le même chapitre, Winter parle des moyens d'accoupler la jument avec le cerf et le taureau. Il cite sur la foi de Spiégel, ion grand patron , l'existence d'un âne-cerf ou cerfdne au parc du Roy d'Angleterre, à Londres; et les tentatives d'un cavalier de Westphalie, lequel fît saillir, mais sans résultat, une jument par un taureau.

Voici, à présent, ce que j'ai recueilli sur l'élevage du mulet en France. 11 y a deux sortes de mulets, la mule du Poitou et la mule de Gascogne en termes de commerce, c'està-dire la grande et la petite. Cette dernière s'élève à peu près dans tout le midi, en Gascogne, en Limousin, en Auvergne, à Rodez, etc. L'industrie mulanière remplace Téducation du cheval partout où le cheval épais ne peut se produire et où, par conséquent, le paysan ne trouve plus son compte à créer une marchandise sans défaite assurée.

La mule gasconne a toujours pour mère une jument mince (une Ocelle), quelques-uns m'ont dit que la meilleure jument était celle qui avait le plus de sang ; cela est possible dans ce cas.

La mule poitevine , ou la mule forte, est un objet très-important de spéculation pour une partie de la France. On dit mule et non mulet à cause de la grande supériorité de la femelle sur le mâle comme vente, sinon comme valeur ou mérite réel.

Comme producteur, ou recherche pour les deux espèces à peu près le même mâle, à cela près qu'où est plus difficile et qu'on paie davantage quand il s'agit de faire des mules poitevines.

Le véritable âne étalon est dit : baudet ou anima/. Ou le veut aussi grand et aussi étoffé que possible; le plus haut est le meilleur, pourvu qu'il ne soit pas haut sur jambes. Il le faut long de corps (court cheval, long bœuf, long mulet). Nous avons déjà jugé et analysé ce dicton dans le premier volume.

Plus il a les jarrets et lesgeuoux volumineux et osseux, plus on l'estime. Delà vient que, comme le pied ne peut jamais arriver à un grand volume, il y a disproportion singulière dans les jambes, que Ton voit se terminer tout à coup en pointe, mais cela importe peu.

La tête arrive à des dimensions colossales en grosseur et eu longueur. Des oreilles aussi développées que possible,'ce que les Anglais recherchent dans leurs lapins domestiques, et des poils touffus et si lougs que ceux du bas-ventre balaient la terre.

L'âne étalon ainsi bâti, nourri au sec et à discrétion, enfermé dans une box obscure dont il ne sort que pour saillir, même souvent pas, et jamais pour faire aucun exercice, devient à la fois mou et farouche. Comme son tempérament est rebelle à l'obésité, la nourriture et le repos occasionnent des maladies cutanées hideuses, mais auxquelles ou ne regarde pas.

11 est difficile de s'expliquer, à l'aspect d'un pareil ani-

mal, le prix auquel ou l'estime, canin baudet de 6,000 fr. n'est pas chose inouïe.

Conlrairement à Winter, je crois que l'on préfère les noirs.

Le baudet est une espèce d'âne à part et distincte, peu connue à Paris, quoique j'aie bien souvent pu reconnaître, parmi les ânesses laitières de nos nourrisseurs, des individus, purs ou croisés, qui accusaient cette origine par leur taille, leurs oreilles et la longueur de leur poil.

On m'a dit qu'un baudet serait à peu près incapable de service, je pense qu'il est sous-eutcndu sans préparation préalable ou entraînement.

J'ai demandé ce que Ton faisait de tous les ânes de cette espèce, il m'a été répondu que tous, sans exception, surtout les mâles, étaient employés à la reproduction, parce que la difficulté de les élever était telle que leur nombre n'était jamais suffisant et que l'on trouvait à employer même les plus défectueux.

11 paraît que l'excessive nourriture qu'on leur prodigue afin de les développer, leur occasionne souvent un pissement de sang mortel.

La véritable mulassière est un animal à part et aussi hideux que le mâle auquel on la destine.

Pieds volumineux (c'est de rigueur), s'ils sont plats, on ne s'en inquiète guère. Tête longue, lourde, busquée; encolure longue et rouée, s'il se peut.

Reins longs, droits ou concaves, peu importe, mais larges, croupe forte. Beaucoup de poils partout, aux

jambes surtout, robe bai sale, bai clair, la nuance la plus lymphatique.

Ce modèle de juments ne s'élèverait pas bien dans le Poitou ; ou va le chercher dans les marais de Rochefort, où le mulet ne pourrait vivre , et on l'amène dans le Poitou.

Quelques-uns prétendent qu'on peut employer comme mulassière la jument de trait ordinaire, cauchoise, percheronne, boulon naise, etc,

D'autres le nient.

Du reste, je crois qu'on lira avec plaisir, à ce sujet, une letlre de M. Bujault, laboureur à Chalonne, près Melle (Deux-Sèvres).

MA1TKE JACQIES BIJAILT, ,

A M. des *** (haras).

De lu jument mulassière. — De la mule et de son commerce. — De l utilité des étalons mulassiers.

« La race de nos jumens mulassières périt; nos vieux « laboureurs le disent tous les jours. Nos mules man- « quentde qualité; les marchands du Midi le répètent « chaque année. — Que faire ? — Placer des chevaux <• mulassiers au dépôt de Sainl-Maiient. — Cesl le cri « des populations.

«< Mais ce cri, elles le poussent depuis dix ans, et per- « sonne ne l'entend. — Il faut écrire. . . . Maître Jacques, « il faut écrire, ont dit les laboureurs. — C'est juste; mais « à qui? — Nous ne savons.

« Alors j'ai songé à vous, qui voyez clair et ne dormez « guère.— Sans différer, je commence.

« Dm haras de. Saint-Maixetit. — Cet établissement a « donné de grandes espérances et de faibles, résultais. 11 « a fait du bien, il a fait beaucoup de mal. Quand ou « le créa, ce fut un délire, une passion, une fureur ; les m propriétaires ne rêvaient que de chevaux.

« Sept a huit ans après, on se réveilla désenchanté , le

- découragement succéda à l'enthousiasme, et tous essais

- furent abandonnés.

« Cela devait être : non que la chose ne fût bonne ; « mais les élémens de durée n'existaient pas chez nous.

« . . . . . Mais dans les limites du haras, se trouve « une industrie fort ancienne, et qu'il fallait détruire : «« ce n'était pas chose facile.

« Je veux parler de la production des mules.

« Le département paya.

« Vous voyez que la prospérité du haras n'a pas dé- « pendu de nous. On a fait successivement de grands sa- « criBces. Chaque génération fait son école; celles qui « suivent doivent eu profiter.

« Mais le plus grand obstacle a toujours été l'industrie « mulassière : ce haras, au lieu de la protéger, n'a eu « d'autre objet que de la détruire. Les inspecteurs et di- « recteurs, hommes de chevaux, n'ont jamais voulu eom- « prendre que la jument mulassière était une spécialité « créée par les siècles, que c'est enGn une race à part —

« Cest de là que vient le mal qu'il nous onl fait, qu'ils « font encore.

« Pour prouver ce que j'avance, je vous parlerai— de « la jument mulassière ; — de la difficulté de la faire em- « plir du baudet ; — de l'importance de la mule et de son

* commerce,' — de ce qu'ont fait les employés du haras ; » — de ce que peut faire le Gouvernement pour rani- « mer cette industrie.

• Je tâcherai d'être court : je ne sais point faire la « phrase, je n'ai rien appris dans les livres. Cela vient « de mon grand-père, qui me disait souvent : Jacques, « qui lit toujours ne sera plus lu ; réfléchis, mon gar- 4 çon. — C'est en conduisant ma charrue que je tourne « et retourne ma pensée; et, si elle est claire dans ma

* tête, elle se trouve claire sur le papier.

* De la jument mulassière* — Je répéterai ce que jVi « dit dans VAlmanach du cultivateur de 1835, la jument « mulassière a la patte large, — Tenfergeure courte, — « le talon bien sorti, — beaucoup de poil au talon, — « l'os de la jambe gros, — le jarret large et bas, — la « cuisse charnue, — les hanches larges, — le corps court, « — les flancs relevés, — la côte longue,— le ventre abat-

*« tu, — le devant bien couvert, — un petit ctisellée, — « haute de 4 à 9 pouces à la chaîne.

« 11 faut donc une bête forte, trapue, écrasée. Cest « la capacité du coffre, la largeur du bassin qui fait la « belle mule : — une jument de 6 pouces produit une « mule de 8 à 1 1 .

« On voit que la race mulassière est lourde, lente et

« sans aucun agrément, propre, tout au plus, à traîner « un fardeau.

« Les gens du haras ne la trouvent pas belle ; cela ne « m'étonne point. Les entêtés ne veulent pas compren- « dre que ce n'est pas de la jument qu'il s'agit, mais « de la mule. Ils disent : Cette bête est affreuse. — Mal- « heureux, regarde; elle donne des mules superbes.

• Le malheur est encore que tous les étrangers qu'on « nous envoie ont des systèmes ; ils n'écoutent point : « puis ils nous prennent pour des imbéciles, des sols,

• des ignorans. Cela pourrait être, et, pour mon compte,

• je ne contrarie. Mais, sur la jument mulassière, un pay- « san du Poitou en sait plus que tous les savans de l'Eu- « rope. Il a pour lui les traditions, son expérience et « celle du pays. — 11 n'y a point de livres là-dessus ; la « science est dans la tête du laboureur.

• Delà difficulté de faire emplir la jument par le baudet. « — Pour produire les autres animaux, on accouple le « mâle et la femelle : pour produire la mule, c'est Pâne « et la jument, deux espèces différentes. On obéit par- « tout à la nature; là seulement, on la contrarie.

« Cela montre à l'homme qui réfléchit qu'il y a des « difficultés, des conditions de succès. Il y en a certaine- « menl, et bien des gens ne s'en doutent pas.

• Notre industrie agricole et commerciale est de « produire des mules, et d'en produire depuis des sic- <• des. A l'expérience nous avons encore ajouté mille « essais.

« Tous nous confirment cette vérité : la jument poite-

« vine esl et- Ile qui emplil le mieux du baudet, el qui « donne la plus belle mule.

« Les fortes races de Flandre, de Picardie, du pays « de Caux ne sont pas mulassières ; il en est ainsi des « bétes normandes. Pourquoi? — On ne le sait pas.

« Pour qu'une jument produise des mules, il lui faut » des dispositions occultes et inconnues. Ces disposi- * tions se trouvent plus fréquemment dans les bêtes do « telle conformation, de telle race et de telle taille. C'est « tout ce qtf on a pu découvrir jusqu'à ce jour.

«< Les grandes juments, celles qui ont de longues jam- « bes, ou le corps long, celles qui sont légères de corps,

- ou qui ont le dos relevé, sont généralement improduc- « tives. — Personne n'en connaît la cause.

« Cette bête sera t-elle mnlassière? demandons-nous. .. — Sa conformation le ferait croire ; mais c'est un se- « cret. Voilà tout ce qu'on peut répondre.

« Nous avons des familles de juments qui sont mulas- « sières depuis cent ans ; d'autres qui ne donneraient pa* « une mule en deux siècles. D'où cela vient-il ?

« Arriver de Pontoise, ci ici : Je suis plus fin que tout « le monde, et se mettre à l'oeuvre pour détruire, c'est « être imprudent el brouillon — Plantez où vous voudrez

- la race d'Arabie ou d'Angleterre ; croisez, faites ailleurs « ce qu'il vous plaira ; mais ne touchez pas à la nôtre. Ce ■ n'est pas de la jument qu'il s'agit, chez nous ; c'est de « la mule. Ce mot dit tout.

« Vous dites : voici un cheval de course, de guerre, de « chasse, de trait, de carrosse, de diligence. Je vous en-

« tends ; vous êtes savant. Mais le nuire n'est rien de « tout cela ; c'est le cheval mulassier de l'antique race poi- « tevine, une vieille spécialité : respectez cet animal.

« Les deux tiers de nos juments emplissent du baudet ; « mais beaucoup avortent, de deux à sept mois. La bête « qui avorte deux années, sans accident, avortera toute sa « vie. Elle n'est pas intérieurement mulassière. — D'autres « communiquent à leur fruit une maladie, la gourme de « lait, le pissement de sang. On a beau saigner, rafraî- « chir, faire jeûner la mère; souvent rien n'y fait. Toute « bête qui laisse mourir n'est bonne à rien. — D'autres « ne prennent pas sur le lait, et n'emplissent que de deux « années une. Ce ne sont pas les plus mauvaises; elles « donnent de plus beaux fruits.

« Enûn les cinq sixièmes des juments qu'on donne au cheval sont productives, et il n'y a que les quatre neu- « vièmes de celles qu'on donne au baudet qui réussissent. « Changez la race; tout est perdu : nous n'aurons rien.

« Enfin, savez-vous ce que c'est que la mule? Un ani- « mal qu'il faudrait créer, s'il était inconnu. — Connais- « sez-vous ce commerce ? Il est plus étendu qu'on ne •< pense. Je vais en dire un mot, et vous en jugerez.

« Admirable animal, dont la place est marquée depuis « des siècles ! — Le bœuf pour les marais, le cheval pour « les plaines, le mulet pour la montagne. — Sobre comme « le chameau, il supporte la faim, la soif, les privations « avec une résignation courageuse. — 11 vit de peu, il aime

« les climats chauds, et n'est jamais malade. — On en

— \Ai> —

« use, on en abuse ; il a un cœur de fer et travaille lou- „ jours. Robuste et vif, il a, dans tout son être, une

force musculaire incalculable; il porte des fardeaux, « laboure, traîne rapidement ou lentement une voiture, « gravit ou descend une montagne, comme l'onagre du « désert d'où il nous vient.

« Animal malheureux ! On lui donne des défauts , on « le craint, on l'évite. — J'en conviens la domesticité . ne l'a point vaincu, l'esclavage ne Ta point abâtardi ; il u est 6er, libre encore et même un peu sauvage ; il porte « toujours le cachet de son indépendance originaire.

« Il en est ainsi des départements de l'Hérault, du Tarn, du Gard, de rAveyron, où vont les meilleures bêtes. « Les moyennes qualités sont achetées pour la Lozère, l'Anlèchc, l'Aude, l'Ariége, les Pyrénées-Orientales, » Tarn-et-Garonnc, le Lot, la Haute-Loire. Enfin, ces « petits animaux se distribuent dans toutes les montagnes du Midi; on les voit aussi dans les plaines — On trouve « partout la mule du Poitou.

« Les mules travaillent de dix-huit mois à deux ans ; «. elles gagnent leur vie; on ne les épargne pas.

.< Nous vendons l'autre tiers à deux, quatre et cinq «« ans, jamais à trois, rarement à six.

« i/Espagne en lire directement du Poitou sept à huit cents, eu bêtes lèpres de selle on de voiture. - Les plus belles vont toutes dans l Hérault, le Gard, le Tarn el « rAveyron; les autres se distribuent dans 1rs «léparto-

« nie nls que j'ai indiqués. — Mais le Dauphiné n'achète « que des bêtes d'un an, quelques-unes de deux.

« L'Espagne s'approvisionne toute Tannée dans le « Midi ; elle consomme, avec l'Italie, pour trois millions •< de nos mules. Le chiffre des douanes est moindre ; « mais il en passe beaucoup en contrebande.

« Nous expédions encore des mules de cinq ans dans « les colonies. Nos armateurs perdent ce commerce; ils « traitent avec des fournisseurs à petit prix; ceux-ri

• veulent gagner, et l'on envoie des bétes tarée*.

•< Ce débouché nous manquera. Depuis long temps

• l'Amérique du Sud élève des mules, elle en exporte « (Buénos-Ayres surtout). Ces bêtes ne valent pas encore U s « nôtres; mais elles sont faites aux cli mats tles tropiques.

« Le midi de la France élève quelques mules ; mais il « ne peut soutenir la concurrence avec le Poitou, ni pour « la qualité, ni pour les prix

•< Oui, le cheval est beau, mais la mule est superbe « — Pour moi, quand j'ai deux belles mules à ma chat - « rue, j'ai soixante ans de moins, et suis le paysan le « plus glorieux de la terre.

« D'où viennent à la mule du Poitou ces brillantes « qualités? Du cheval poitevin, de cette race antique et

« sacrée, de cette race spéciale, créée par le sol, amélio- « rée par des soins infinis, et qui vaut cent mille fois

• mieux que la race d'Arabie, qui porte le brigand du désert

« et ne laboure pas. — C'est elle qu'on veut détruire !

• Nous tirions chaque année sept à

« huit cents juments mulassicres des marais du Bas- « Poitou, quelques-unes de Bretagne. Ces bêtes, em- « ployées en partie à la reproduction de la jument, main- « tenaient notre cheptel mulassier.

« L'imprévoyance est dans la nature

« humaine : les hommes sont femmes, ils ne songent pas • plus qu'elles à l'avenir.

• 2° J'ignore quels sont le droit et la puissance de ces m messieurs. Toujours est-il qu'ils se sont faits les ar- « bitres et les réformateurs de nos haras.

« En leur qualité de maîtres, ils faisaient venir nos « étalons à Saint-Maixent, ensuite à Niort, puis aux « chefs-lieu de sous-préfectures, et là, ils mettaient à la h réforme des chevaux mulassiers.

« Il leur fallait de grandes bêtes, ayant long cou, long

corps et longues jambes, des bêtes de course et de « volée. Celles-là seulement avaient la paie.

« Savez-vous ce que c'est que la paie ? Tonte jument « qui avait nui fruit de ces chevaux élripés concourait « pour les prix.

« J'ai vu une époque où l'on ne parlait que de la paie; « et toujours les bêtes légères avaient les prix. — Ainsi les « chevaux mulassiers disparaissaient de nos haras.

« Nous avons payé pour détruire notre industrie, « en donnant à ces messieurs une puissance qu'ils n'ait vaient pas.

« 1° il n'y a point de haras de chevaux dans le Poitou. « (Quelques-uns dans le bas marais, près de la mer.) - Mais il y a des haras mulassiers par centaines. On y « trouve un cheval sur quatre à cinq baudets ; ces che- « vaux sont destinés à l'entretien du cheptel mnlassier.

«* 3U Les chevaux poitevins étaient rares, coûtaient « beaucoup, tandis que leurs grands tlandrins d'animaux « se trouvaient partout et coûtaient moins

« Aujourd'hui, tout est avoué, on marche à décou- « \ert; il s'agit de remplacer la race poitevine par la « race normande

« Je ne dirai point que ce projet est insensé; ce se- « rait malhonnête. Mais sou exécution est physiquement « impossible.

» On connaît une terre aux plantes qu'elle produit « spontanément ; un pays, à ses races d'animaux. La « nature procède a\ec une sagesse admirable; elle pro- " portionuc toujours la bête au sol, le poids à la nour- « riture. Ouand donc \ous aurez apporté les pâturages

de Normandie dans les plaines et dans les bocages du « Poitou, vous y introduirez la race normande.

« Enfin, faire de la race normande une race mulas- « sière, c'est la plus burlesque folie qui soit sortie de la « tête d'un homme î

« A\ec voire permission, causons ensemble, monsieur « le directeur. — Vous avez de l'âge et du savoir. Ce n'est « pas un rêve ? Vous avez bien certitude de succès, tout « au moins dt s probabilités ? — La race normande n'est « pas extérieurement mulassière ; mais a-t-elle ces qua- « lités occultes, qui manquent si souvent? Sur dix ju- ■« menls, aura-t-on six mules ? — Cest un grand avan- « tage. (Vous ne comprenez pas ce que je dis.)

« Vous connaissez des cultivateurs qui ont bon nombre «. de ces juments, des pays où on les trouve par cen- « laines? Vous savez que leurs mules valent mieux que « les nôtres? Eh bien ! il faut le dire. — Coûte qu'il coûte, - les faits seront vérifiés, constatés, publiés. Ces faits « décideront la question ; au lieu de vous blâmer, on « vous approuvera.

« Mais si c'est une idée, un songe, une illusion (et « je l'assure;; si vous ne pouvez ciler qu'un fait isolé, « contestable, peut-être (et je le soutiens), serez-vous « excusable ?

« Vous, préposé, payé pour proléger cette industrie <• agricole, vous entreprenez de la détruire ! La mule du •< Poitou est, depuis des siècles, la plus belle du monde; « vous pouviez l'améliorer ou la maintenir; vous l'abîmez « par un simple caprice! — Jugez de ce qu'un écrivain a sans gêne ou la presse à tout poil pourraient vous dire !

a Notre directeur, poursuivi par clameur de haro, a « voulu se réconcilier avec nos laboureurs, afin de glis- '< ser sa bête normande: il a demandé, obtenu du mi- « nistre des prix pour nos mules.

« Vous connaissez mon opinion sur les prix : c'est de « l'argent perdu; l'expérience est faite; y revenir, c'est « se replonger dans une vieille erreur. Mais des prix pour

des mules est chose ridicule, pour qui connaît ce com- « merce. Notre Directeur ne s'en doute pas.

« Les belles mules se trouvent dans sept à huit can- «• tons du Poitou. Elles ne partent point à un au, mais à - cinq. Elles sont achetées, à dix ou douze mois, par les « laboureurs de la Vendée et des Deux-Sèvres qui les « font travailler. La vente de ces jeunes mules commence « à la mi-carême de chaque année.

« Nous avons une classe d'hommes industrieux et cou- « naisscurs, qui battent la campagne pendant L'hiver, « achètent ce qu'il y a de beau chez le producteur. Long- « temps avant la vente, ils sont maîtres de tout. Ils paient « cher, et vendent plus cher encore, parce qu'il y a mo- « nopole. Cela se borne à trois cents bêtes de choix, dont « le prix, terme moyen, est de cinq ceuts francs la pièce. « (Elles ne viennent pas de juments normandes.)

«« Au mois de mars dernier (1835), le directeur a coin- » mencé sa distribution ; il a donné ses prix à nos maqui- « gnons, qui ont mangé son argent au cabaret, buvant « à sa santé et se moquant de lui. Ils les auront tou- « jours, parce que toujours ils seront maîtres de ce qiril

y aura de beau. Quel bel encouragement ! Il y a bien « des folies par le monde ; mais celles qu'on paie sont les « plus sottes ; c'est ainsi qu'on trompe le Gouvernement, « qui fait mal, croyant bien faire.

« De ce que peut faire te Gouvernement, — Je ue suis pas

« de ceux qui croient que le Gouvernement doit tout « faire, et qui se plaignent de lui quand leurs affaires « vont mal. — Il y en a bien assez de cette trempe, sans » que je m'en mêle.

« Je ne veux point de secours; il n'en doit pas.— Mais « s'il y a des fonds au budget pour les haras, si celui « de Saint-Maixent ne peut être utile qu'autant qu'on y < placera des chevaux mulassiers, pourquoi n'en met- « trait-on pas ?

« C'est la question. — Je serai court; ma lettre est •< déjà longue. Les vieillards sont bavards! mais, remar- •< quez-le bien, c'est la première fois qu'on traite ce •< sujet, qu'on écrit sur la matière ; rien de ce que j'ai •« dit ne se trouve dans les livres ni dans aucun mémoire : « il fallait tout expliquer.

« 1° La mule est nécessaire au midi de la France. « Celte industrie ne se borne pas à une province ; elle « s'étend sur un vasle territoire. Le producteur et le con- <« sommateur ont les mêmes intérêts.

« 3° Après les haras de Pompadour et du Pin, celui « de Saint-Maixent est le plus utile et le mieux placé.

« Bonaparte l'avait bien compris. Grand législateur , « grand administrateur (sa qualité de guerroyeur ne me « plaît), cet homme comprenait tout. Au bas d'un rap- « port fait par M. Dupin (alors préfet), il écrivit : Trente « chevaux muîassieis à Saint-Maixent. M avait pourtant * grand besoin de chevaux de cavalerie.

« On en plaça dix-sept. — Mais on prit de grands et

« forts chevaux de Picardie.— On crut biea faire, et on « fit mal. — Cette race, trop forte pour la nôtre, fît des « poulains haut montes et démanches. Ce fut pour nous « un grand malheur.

« Le croisement exige une main habile : on ne greffe « point un chêne sur un brin d'herbe. — L'amélioration « eu dedans valait mieux ; elle consiste à prendre ce qu'il « y a de plus beau dans une race, et Ton ente franc sur « franc.

« 11 fallait la race poitevine, race lourde, pesante et « de taille moyenne. Je le dirai toujours : c'est, dans la « jument, la largeur des hanches, la grosseur du coffre, « la capacité du bassin, le jarret, la pate et le poil du « talon qui font la belle mule. Puis la bête doit être en « rapport avec le sol, le fourrage et le pâturage : la na- « ture est là, posant son cachet sur tout.

« Depuis, la pensée du grand homme a reposé , dans « sa tombe*

« Achètera-l-on des chevaux mulassiers, parce qu'un « homme obscur, inconnu, ignorant et ignoré l'aura <« dit? — Du tout, du tout.

« Mais il faut douter et vérifier; envoyer sur les «« lieux un homme sans système et sans préventions. Il « visitera les fermes et les paysans, causant avec tout le « monde et s'iustmisaiit. Point de livres; seulement des « yeux et du bon sens.

« H verra les belles mules, les juments qui les don- « nent. — Que manque-t-il à cette bête? Que faut-il à

« celle-là? Pourquoi lelle chose? Pourquoi telle autre? « — 11 voit, s'Instruit, recueille des faits et juge. — Qui « commence par le doute finit par la science : l'instrue- •« lion est au milieu.

« 6° Veut-on revenir aux idées de Bonaparte ? ( C'est « une autorité.) 11 ne

faut ni secours ni excès de dépenses; placez des che- « vaux mulassiers dans ce haras. Le conseil général des # * Deux-Sèvres le demande, le préfet également.

« Pour réussir, prenez l'antique race poileviue. Vous « trouverez plus facilement ces étalons dans la Beauce « et daus la Brie, où vont les poulains du Poitou, qu'ail- « leurs ou dans le marais, parce qu'on les vend à un âge « où l'on ne peut les juger encore.

« De toutes les races, celle qui se rapproche le plus « île la nôtre, c'est celle du Mecklembourg. Deux éla- » Ions de ce pays, écrasés et trapus, de 8 à 9 pouces, « pourraient convenir. Je ne l'affirme pas; mais un « homme sans prévention fait des essais.

« Pour que l'acheteur ne se trompe pas sur le cheval « poitevin, eommesur sa structure et ses qualités, on le « fait accompagner par trois de nos maîtres de haras, « choisis par eux. Cest nécessaire, le succès dépend de « là; car on a déjà fait une école pour n'avoir pascon- « sulté ceux qui ont de l'expérience. — Bientôt ces pré- « cautions seront inutiles.

J'ai eu soin de supprimer certains passages qui furent regardés daus le temps comme des allusions et des per-

sonnalilés, el qui aujourd'hui, comprises ou non comprises, sonl hors de noire sujet.

Cette lettre fut trouvée spirituelle, même par ceux qu'elle attaquait. J'aurais peut-être dû la mutiler davantage, mais je n'ai pu le prendre sur moi. Il y a tant de sens, de finesse, dans la manière de comprendre le sujet. Maître Bujault en veut à l'administration des haras qui, à cette époque, crut devoir peupler le dépôt de Saint- Maixcnt de manière à produire des chevaux quelconques, et non à entretenir la race mulassièrc. Je n'ai à juger ni rintenlion que le Gouvernement eut alors, ni le mode d'exécution qu'il trouva à propos d'employer. Je ne veux l'aire remarquer ici que l'esprit dans lequel l'écrivain envisage le croisement de l'âne et de la jument. Il faut, selon moi, lire el relire cette lettre, et quand on l'aura comprise, on saura déjà beaucoup sur l'élevage du demisang ou, en d'autres termes, sur fart de mélanger et de croiser les races.

En elfet, qu'est-ce que la production du mulet, c'esl créer un animal intermédiaire entre le che\al el l'âne; allier la force, la taille, la masse, à la sobriété, à la résistance. Je dis résistance, parce que l'âne est réellement plus vivacc, il vit plus longtemps et de moins; il n'est pas sujet à autant de maladies; mais celles dont il est atteint le tuent presque toujours.

Quand on allie deux qualités opposées, on ne les réunit pas, on ne les additionne pas, car on obtient une moyenne. Aussi le mulet n'esl-il jamais aussi volumineux que le cheval, bien qu'il atteigne quelquefois une taille excessive-

ment élevée, beaucoup au-dessus de sa mère, comme dit maître Bujault. Il n'est pas aussi sobre que l'âne.

Pourquoi les défauts que Ton recherche dans la mulassière ? Parce que l'âne donnera toujours les défauts opposés et on les redoute. Jamais mulet n'eut le pied plat, l'encastelure est sa conformation habituelle; il n'aura jamais Iropde longueur de reins; jamais assez de croupe ; jamais assez de poitrail; et que fait au charretier la forme de sa tête ou la longueur de ses oreilles ?

Quelles sont les robes du mulet ? il est bai brun ou bai foncé, quelquefois isabelle, d'autres fois gris Imité, toutes robes chaudes et excellentes ; il n'a presque jamais de marques blanches ; c'est tout au plus si je me souviens d'avoir vu un mulet à quatre petites balzanes et une mule pie; c'était en Irlande. Elle venait d'Amérique et futachetée devant moi, comme une curiosité, par un Franconi de l'endroit.

Transportons celle théorie sur le cheval lui-même, dans le cas particulier du croisement élémentaire ou essentiel.

Au lieu du baudet soit l'étalon de pur sang.

Au lieu de la mulassière la jument de gros trait.

Au lieu du mulet le cheval de demi-sang.

Le but proposé est-il le même ?

On veut le mulet le plus cheval possible, c'est-à-dire grand, lourd, détrempé. On s'arrange donc de manière à avoir le moins d'âne possible, c'est-à-dire avec le moins de sang, et la jument dans les mêmes conditions, lymphatique et sans caractère.

Ce qu'on veut dans le cheval de demi-sang, c'est de la taille, du volume et des allures; principalement le trot; il faut donc la jument la plus grande, la plus massive, réunissant au plus haut degré ce qu'elle seule peut donner.

Quand je dis grande, cela veut dire capable de produire grand. Lisez et relisez maître Bujault. La jument de six pouces donnera des mules de huit h neuf pouces. 11 entendait son affaire en homme d'esprit et qui comprend ce qu'il fait. Il crie à son interlocuteur : Vous n entendez pas ce que je dis! 11 faut l'entendre.

Je veux à la jument de grandes lignes, de la poitrine, une grande épaule et des hanches puissantes. Si elle ne peut trotter, cela m'importe peu, pourvu que l'excès de sa masse seul en soit cause.

Mais point d'avant-main trop bas, de poitrail trop large» d'attache de reins trop négligée.

Je crains encore l'exagération du rein double, et certaines croupes impossibles que l'on rencontre quelquefois dans les dernières races flamandes.

A présent, quel père? Précisément le contraire du baudet poitevin. Or, l'analogue du baudet, en ce sens, est le racer allongé, élégant, grandi et qui tend à s'assimiler au beau carrossier du Yorkshire. Si on se rappelle encore RoyoX-Oak et ceux de ses fils qui lui ressemblent, on aura l'idée parfaite de l'étalon le pire, suivant moi, pour ce genre de croisement.

Le cheval que je désire ne sera jamais trop fin, trop délié, trop typique. S'il est grand, ce n'est pas un mal ; petit,

ta mère aura assez de taille, apparente on occulte. Ce que je veux avant tout, c'est Pâme, la vie, le sang, le nerf, c'est ce qui fera le gros du poulain en même temps que son énergie ; ce ne sera pas alors une viande inerte, une apparence menteuse , ce sera du muscle fort et vrai , je veux bien que, par hasard, quelque poulain vienne à tenir trop du père, reste trop mince et manqué, celui-là sera l'exception et non la règle. En un mot, pour croisement, ce n'est pas le baudet, c'est l'hémione que je demande, l'hémione, la quintessence du genre cheval.

Et à ce propos j'entends dire qu'on s'occupe de naturaliser et de croiser ce joli animal avec nos ânes indigènes. Pourquoi faire ? Pour régénérer l'espèce de nos ânes poitevins? On a vu que ce serait remonter le courant du fleuve, et aller au rebours de la civilisation, de ce que l'homme a péniblement élaboré.

Eh bien alors ? Améliorer nos ânes ordinaires ? Mais eu quoi et comment? Que faut-il à nos ânes? de la docilité, de la docilité et encore de la docilité, la plus flegmatique de toutes les patiences. Notre âne est toujours trop impétueux pour porter une vieille femme au marché, ou pour fournir du lait à un poitrinaire; et quand Thémione aura apporté dans nos étables sa vitesse raboteuse et irrégulière, son caractère inquiet, nerveux et assaillant , où seront le gain, le profit, l'amélioration? Je veux que des écuyers habiles parviennent à faire de l'hémione une monture possible pour des hommes solides et entreprenants. Irait-on vite longtemps et avec agrément sur une machine nerveuse, il est vrai, mais étriquée, mince, mal faite, puis-

que Tépaulc est droite, el la détente de la croupe à peu près nulle?

Je ne comprends pas ce qu'on peut espérer de réellement utile en introduisant le sang de l'hémione dans nos races d'ânes ordinaires.

N'oublions pas ici une historiette qui prouve l'inconvénient de consulter, comme on le fait souvent, sur une question, des hommes incapables de la résoudre.

Il y a quelque vingt-cinq ans, la Chambre des députés en était à la discussion du budget des haras.

Un orateur favorable à l'administration plaidait pour obtenir une augmentation de quelques centaines de mille francs, il s'écrie en gémissant : « Enfin, messieurs, tel est le découragement des éleveurs, que la plupart renoncent à produire le cheval, et donnent leurs juments au baudet pour élever des mulets. »>

Un honorable collègue l'interrompt avec véhémence : « Ce n'est pas avec des juments qnon fait îles mulets! • et la discussion continua comme auparavant sur l'amélioration des races chevalines.

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