HÉRÉDITAIRES
Tare*.
Liger nous dit que, dans le doute où Ton est qu'un défaut quelconque est ou n'est pas héréditaire, il faut absolument mettre les bonnes chances de son côté, en ne prenant que des étalons absolument nets.
Le même raisonnement doit évidemment s'appliquer au choix de la poulinière.
Malheureusement un tel parti ne peut plaire qu'aux gens qui raisonnent juste, mais qui n'ont aucune idée pratique de la matière.
La condition de réunir un cheval entier et une jument sans défaut mettrait d'abord presque toujours le propriétaire dans l'impossibilité d'élever, ou au moins dans la nécessité d'abandonner une chance, non pas certaine, mais raisonnable, de réussir.
Cela saute aux yeux de l'individu le moins spécial.
L'homme de cheval va plus loin, il sait que ce n'est pas en fuyant chaque défaut à mesure qu'on le voit, mais en cherchant les qualités qui le paralysent, que Ton parvient à se monter convenablement.
Tout cheval est un serviteur utile en raison directe de ses qualités, en raison inverse de ses imperfections; l'un compense l'autre, et il faut, tout calcul fait, en accepter le résultat.
Un cheval sans défauts, et il y en a, est presque toujours un cheval sans qualités. Pour cela il y a deux raisons.
La première est que l'absence totale de défauts étant chose rare, cette condition adoptée fera rejeter beaucoup d'individus , ceux qui ont des qualités, comme ceux qui en sont dépourvus.
La secoude est plus concluante encore : c'est que toute qualité fait agir et que faction tare. 11 y a plus de chance de trouver sans blessure un conscrit pris au hasard, qu'un sergent décoré et qui a fait dix campagnes.
On m'a parlé d'un ancien officier de l'administration des haras qui, s'attachant à son art avec un zèle plus consciencieux qu'éclairé, avait fait venir d'Angleterre, pour son usage, un cheval avec cette unique et rigoureuse condition d'être sans l'apparence d'une tare.
On n'a jamais pu me dire si ce cheval était bon.
Il ne faut pas cependant tomber dans l'excès contraire, et tirer race étourdiment d'animaux incapables de produire autre chose que des poulains infirmes et sans valeur.
Ne remplaçons pas par des individus estropiés les étalons nets, ronds et propres que j'ai blâmés plus haut.
— tf>6 -
Hérédité» de* tare*
Les poulains n'héritent pas, à proprement parier, des tares , mais de la prédisposition à les contracter. Chaque désordre organique a son mode particulier de naissance et de développement que nous décrirons à part et en son lieu. Mais tous, quels qif ils soient, peuvent exister chez le père ou chez la mère, soit à l'état apparent, soit à Pélat occulte.
Dans ce dernier cas, rien ne saurait pronostiquer leur présence, si ce irest peut-être l'examen des pères et mères de la jument et de l'étalon eux-mêmes.
Car il arrive que le fils sain d^un étalon taré tare ses produits.
On dit alors que la maladie saute une génération.
Ce phénomène a élé nié par quelques médecins.
On peut dire, en ce cas, que le fils porte bien en lui le germe de la maladie de son père, mais que, ne trouvant pas dans sa mère les conditions propres à le développer, il le transmet a son fils, lequel devient malade lui-même, parce qu'il a trouvé chez sa mère à lui de quoi développer ce germe.
Dispute de mots :
Les maladies sautent une, deux, trois générations comme les qualités, comme les couleurs, comme tout ce qu'on voudra.
Pourquoi? Quand? Comment? Que sais-jc?
Mais quelles sont les chances de transmission ? Ah î si
< lies étaient certaines, on serait trop heureux, la vérité serait connue !
Un de mes amis regardait avec amour un étalon superbe, mais poussif ou corneur, je ne sais plus lequel, et il demandait à un vétérinaire si ce défaut se transmettait.
Monsieur! il y a cent à parier contre dix que votre poulain sera comme le père.
Moi, je lui aurais dit, d'après ce que j'ai vu, cela dépend de votre jument que je ne connais pas, et en tout cas, c'est un jeu, un hasard, et lorsqu'on mettant à la loterie on a gagné ou perdu, qu'importe, après l'événement, que les probabilités aient été pour et contre ?
Mais votre jument fût-elle poussive ou corneuse outrée, vous n'êtes pas même sûr de produire poussif ou corneur ; sans cela la science serait trop facile.
Et malgré cela :
1° 11 y a toujours une chance quelconque que le défaut ?c reproduise. ■ 2° 11 faut souvent braver cette chance (1).
(t) Dangeroux était à genoux, très-arqué. Une jument de pur sang que je ne nommerai point, par égard pour son propriétaire, avait les jambes tout à fait en tire-bouchon ; leur produit eut un avant-main irréprochable.
Je possédais une jument de trait encore plus mal faite que cette jument de pur sang. Couverte par un étalon de Norfolk bien conformé, elle a produit deux poulains ayant des membres parfaits.
Une autre jument, excellente, mais avec le poitrail trop étroit, a produit huit poulains chez moi, lesquels, quoique excellents, laissaient lousà désirer dans leur avant-main, quel que rot leur père.
Un état varicosoanévrismaiique de* ca pillaires de la muqueuse bronchique.
Au nom du Ciel ! quelle langue parlezvous ? dit Breloque.
Ch. Nodier.
On sait que la pousse n'est pas une maladie proprement dite, mais un symptôme qui accompague plusieurs maladies d'espèces différentes, ou qui peut même exister tout seul ; mais ceci rentre dans le domaine de la médecine vétérinaire.
récris, non pas pour les hippiatres, mais pour les hommes qui voudraient apprendre à se passer de leur secours, lorsque cela est possible; pour l'homme de cheval, la pousse est une irrégularité dans la respiration. Il s'agit d'apprécier l'existence et la gravité de ce désordre.
Dans les cas extrêmes, où la pousse est dite outrée , la respiration est excessivement précipitée et convulsive. L'aspiration se fait assez vite, et autrement que Pexpiration qui a lieu en deux temps fort distincts. Dans le premier, qui est le plus précipité, les muscles de l'abdomen se contractent vivement de bas en haut, et à ce mouvement en succède un autre dans le même sens, qui relève encore davantage le ventre et forme ce que Ton appelle une corde au-dessous des fausses côtes.
L'agitation des flancs est extrême, et le travail de la respiration se voit d'aussi loin que Ton peut apercevoir le cheval; les naseaux sont ouverts dans leur plus grande dimension et ne se détendent jamais.
La respiration devient même bruyante et sifflante, quoiqu'il n'y ait rien de commun avec les symptômes du cornage dont nous parlerons ci-après.
Le cheval arrivé à ce degré exagéré de pousse a un aspect déplorable qui frappe l'œil même le plus novice ; et je n'en parlerais pas, si la compassion même, qu'inspire l'apparence de cet état, n'était une source d'erreurs.
L'animal n'est pas aussi éprouvé qu'on pourrait le croire par cette lésion organique. On voit beaucoup d'individus vivre longtemps, travailler et conserver un embonpoint convenable, quoiqu'ils semblent sans cesse au moment d'être suffoqués.
Un examen attentif donne à penser qu'ils ne souffrent point ; ils ne peuvent faire un grand effort musculaire, ni supporter un exercice long et rapide, mais la vie et le mouvement leur sont permis.
D'où il résulte que l'agriculture peut utiliser une grande quanlité de ces chevaux poussifs outrés, que le cultivateur achète à vil prix, parce qu'ils ne peuvent servir ni au roulage, ni aux messageries.
Il y a plus, la pousse ne rend pas toujours un cheval impropre à des services qui comportent une certaine rapidité; elle diminue la puissance et la durée de ses efforts, mais il n'y a qu'à apprécier cette quanlité ainsi retranchée de tout ce qui constituait auparavant l'animal , et voir si on peut se contenter de ce qui reste. C'est ainsi que j'ai vu chasser, en France, des chevaux qui, avant d'être poussifs, eussent gagné des courses ou des steeple -chases.
Un chc\al de selle peut servir à la voiture, un carrossier à la charrette, un cheval d'omnibus au labour, etc.
Cela arrive rarement, il est vrai, dans les cas extrêmes que nous venons de décrire ; mais très-souvent dans les
cas de pousse ordinaire et modérée.
Il y a de la pousse outrée à l'état sain une infinité de degrés plus ou moins difficiles à apprécier, et qui tous se jugent par le même diagnostic, l'expiration en deux temps.
Il faut, pour devenir bon appréciateur, un coup d'œil que Phabilude seulement donner, et pour lequel les livres ne peuvent rien, mais la volonté et l'exercice suffiront toujours pour donner au premier venu toute l'habileté désirable : il n'aura pas besoin de vétérinaire ; il ne lui sera pas même nécessaire de demander les neuf jours de garantie, et il achètera sur place avec connaissance de cause.
Il est bien entendu que je ne parle pas ici des pousses accidentelles, c'est-à-dire des cas où le cheval, malade momentanément, présente un symptôme qui doit cesser avec l'indisposition aiguë qui en est la cause.
Indépendamment du contre-temps, la pousse est accomgnée d'autres phénomènes, tels que la toux plus ou moins fréquente, plus ou moins forte, rauqne, profonde, haletante. Voilà pourquoi on essaie de faire tousser le cheval que l'on examine, en lui serrant la gorge, afin de préjuger de l'état des organes.
Il y a des chevaux poussifs qui ne toussent jamais ; il y
a des chevaux qui ont une toux chronique et perpétuelle sans être poussifs.
11 existe certains désordres de flanc qui ne sont pas l'état normal, et qui cependant ne sont point la pousse.
Il y a, enfin, des chevaux poussifs, et que Ton peut ad libitum considérer ou non comme tels ; ce sont ceux qui, arrivés à un grand âge, quinze ans ou plus, présentent quelques irrégularités de respiration, avec une poitrine qui, du reste, fonctionne bien.
Les maquignons disent que le cheval a le vmt de son âge.
Ceci peut devenir une question embarrassante, lorsqu'il s'agit de juger un cas rédhibitoire, les uns voulant ne reconnaître comme à garantir que l'individu parfaitement sain , les autres s'appuyanl sur cet axiome, que la loi veut seulement préserver l'acheteur du danger d'acquérir un animal impropre an service auquel il le destine. Question de médecine légale.
Pour moi, simple consommateur, je ne regarde comme sain que le cheval sur lequel il ne peut y avoir l'ombre d'une discussion, ce qui ne m'empêcherait pas d'acheter ou de vendre avec connaissance de cause des chevaux poussifs à tous les degrés possibles.
Entre un acheteur et un vendeur de bonne foi qui s'y connaissent, il n'y a pas de malentendu possible à cet égard ; autrement, les subtilités sont interminables.
Par exemple, je ne crois pas que sur un grand nombre de chevaux de l'espèce dite de gros trait arrivés à sept ou huit ans, ou puisse en montrer un dixième de complète-
ment inlacls à cet égard aux yeux d'un examinateur rigoureux.
La raison en est simple : l'appareil musculaire trèsdéveloppé dans ces races est plus fort que les organes respiratoires : la partie la plus faible doit manquer la première.
Les Anglais, dans la création de leurs grosses espèces, ont eu soin de leur donner un si énorme développement de poilrine, que cet inconvénient se présente plus rarement chez elles; mais cela arrive encore. Pourquoi? Parce que ranimai que l'homme a trouvé le moyen de créer en dehors des proportions que la nature avait assignées, n'est jamais une machine aussi parfaite, aussi harmonieuse que le modèle donné par le Créateur.
Les chevaux arabes, espagnols, cosaques, deviennent moins souvent poussifs que les grands chevaux de V Angleterre et de l'Allemagne ; ce n'est pas parce qu'ils sont meilleurs, c'est parce que, moins pesants, ils ont moins de peine à mouvoir leur propre corps, et les efforts moins considérables qui leur sont permis sont plus en rapport avec leur organisation.
Je ne saurais trop appuyer sur ce principe, afin de détruire une erreur généralement répandue.
Un homme de 90 kilogrammes, quelque admirables que soient ses proportions, ne sera jamais un bon voltigeur, et, cavalier, il ne trouvera jamais un cheval pour le porter partout, à la suite d'un homme de 130 livres qui aura les mêmes ressources pour se monter. La loi de nature le veut ainsi.
Pour revenir au sujet spécial de ce chapitre, la pousse, je dirai que , sans entrer dans des détails médicaux et anatomiques, on peut établir l'existence de deux sortes de pousses parfaitement distinctes.
Un cheval grand mangeur, vigoureux, allant, devient poussif insensiblement; on est même fort longtemps à s'en apercevoir, et ce n'est que lorsque l'affect'iou est arrivée à un degré notable, qu'un étranger en avertit le propriétaire à son grand étonnement. Le cheval ne tousse pas, et fait son service comme si de rien n'était.
Les causes de cet accident sont diverses : trop de nourriture et un travail trop rapide, le tout avec un cheval généreux qui rend autant qu'on lui demande, et chez qui les organes de la digestion fonctionnent avec énergie.
Vavoine et la molette d'éperon, dit-on vulgairement.
D'un autre côté, Poisiveté et une nourriture abondante occasionnent un embonpoint excessif, d'où résulte la pousse, avec ou sans l'accessoire de quelques courses violentes ou intempestives.
Quel est alors le désordre survenu dans les organes : une rupture accidentelle, mécanique et non morbide des cellules du poumon. Comme l'organe est sain de constitution, il n'y a d'autre blessure que la plaie elle-même : la cicatrisation s'opère prompteraent; il n'y a donc que peu ou point de toux. Le cheval reste gras ; seulement, comme à un certain degré de vitesse l'animal perd haleine, il devient plus froid, travaille moins, c'est à -dire s'emploie plus mollement, s'entretient bien, et comme les organes de la digestion, en se remplissant, envahissent la
place des organes respiratoires, il arrive quelquefois que l'appétit se modère. De là, certains connaisseurs ont établi que l'un des symptômes de la pousse est le manque d'appétit.
Comme, dans ce cas, l'emphysème pulmonaire, pomme servir de Impression scientifique, a pour cause une rupture véritablement traumalique et occasionnée par un effort de respiration, j'appellerai cette pousse : pousse conique.
Un autre cheval prend un rhume qui persiste et dégénère en bronchite chronique, ou telle autre affection que Ton voudra ; un écoulement clair s'établit par les naseaux, la toux est fréquente quelquefois par quintes ; le contretemps se manifeste.
Ici les poumons sont attaqués couslitiilionnellement; ils s'euflamment, se comment, se décomposent. L animal maigrit, et ce n'est pas une raison pour qu'il perde l'appétit ; au contraire, il devient quelquefois plus mangeur qu'auparavant, et cela se conçoit : à mesure que le poumon se détruit, ce qui en reste agit avec plus d'activité, la vie va plus vite et consomme davantage. J'appellerai, si on veut, cette pousse constitutionnelle ; c'est la véritable phthisie pulmonaire du cheval.
Ici j'oserai, quoique étranger à la science médicale, risquer une opinion que je laisse à juger aux physiologistes. Je crois que les mêmes maladies affectent tous les mammifères, mais avec un degré d'intensité particulier à chaque genre. Ainsi, je suis de ceux qui regardent la morve comme une affection scrofuleuse. Elle se déve-
loppe dans les mêmes circonstances, de lien , de régime et d'individus que les scrofules chez l'homme.
Il y a seulement celle différence, c'est que l'affection dont nous parlons n'est pas ordinairement mortelle chez l'homme. C'est une maladie avec laquelle on languit indéfiniment, et dont on ne meurt que par des circonstances spéciales et lorsque les organes nécessaires à la vie sont particulièrement lésés.
La gourme, cette maladie de transition entre l'enfance et 1 âge adulte, ne lue presque jamais le cheval; peu dangereuse chez l'homme, elle détruit une quantité énorme de chiens, de chats et autres carnivores.
Je sais qu'on ne rappelle gourme que chez le cheval, mais peu importe le nom à la chose.
La phthisie tue l'homme à coup sûr ; le véritable poitrinaire ne passe pas trenle-six ans. Le cheval phthisiqnc ne meurt pas de la phthisie ; ses jours sont abrégés par l'affaiblissement que cause cette maladie; et comme sa malheureuse condition ne mcl jamais en rapport son travail avec ses forces, il va plus tôt chez l'équarisseur; mais la nature n'a pas condamné ses jouis.
J'ai conservé jusqu'à la fin nue jumeut houlonuaise devenue phthisique vers six ou sept ans. Je l'avais achetée à celte époque à quelqu'un qui niait la pousse ; elle existait bien réellement avec contre-temps, toux et léger amaigrissement ; rien n'y manquait.
Du reste, grand appétit, bon travail, apparence de santé sous tout autre rapport. Elle donna quatre poulains très-bien portants, puis elle se mit à tousser davantage,
le flanc s'altéra considérablement ; il y eut plusieurs avortements et enfin stérilité.
La jument continua de manger et de travailler quoiqu'elle fût moins forte, moins vite, moins capable de résistance. Enfin, vers vingt ou vingt-deux ans elle mourut, non pas de suffocation ou d'épuisement, mais d'une paralysie caractérisée.
L'arrière-main cessa de fonctionner, s'abattit, et la jument resta couchée trente-six heures avant de mourir, mangeant et buvant par terre, avec appétit et énergie.
J'ai plusieurs fois observé chez les chevaux ce genre de mort que j'appelle la véritable mort de vieillesse.
La phthisie est, suivant moi, chez le cheval, une infirmité plutôt qu'une maladie, comme le catarrhe chez l'homme.
Si j'ai parlé si longtemps de la pousse, ce n'est pas avec l'intention de m'ériger en novateur, d'entamer une discussion médicale, ou de résoudre un problème de physiologie.
Mon seul but est de donner un conseil utile à celui qui veut acheter un cheval, et comme généralement on se préoccupe beaucoup trop, selon moi, de chercher la perfection, au lieu de se procurer un cheval propre au service que l'on compte en tirer, j'ai voulu spécifier quelle pourrait être la valeur usuelle du cheval poussif.
Si vous avez à faire des travaux d'efforts, courses, postes, roulages accélérés, voitures de fardiers, etc. , rejetez, réformez les chevaux poussifs, mais les besoins ordinaires permettent toujours de composer avec le cheval que Ton
emploie, et un excellent cheval avec un coup de venl, fera toujours meilleur ouvrage qu'un mauvais cheval avec le flanc intact. Les promenades et les voyages autour de chez soi n'épuiseut pas, et c'est folie de se défaire à vil prix d'un cheval souvent meilleur que celui qu'on achète bien cher pour le remplacer.
11 y a plus, un cheval se perd aussi bien, aussi souvent peut-être, pour être au-dessus qu'au-dessous de sa besogne.
On dit qu'en médecine humaine, il y a trois grands docteurs, l'eau, l'exercice et la diète; à part Peau qui n'est autre chose que l'absence du vin, le dicton s'applique au cheval de luxe comme à son maître ; il est trop nourri quand la maison estbonne ; et il ne travaille pas assez, parce qu'il arrive souvent qu'on le ménage sans réflexion . On ne pense pas que le cheval est un être vivant et non un meuble, le meuble s'use en raison de l'usage qu'on en fait; le cheval tenu dans le repos ne vit pas plus longtemps, et se détruit par l'oisiveté.
J'ai entendu dire : Quel bonheur que les domestiques mangent la moitié des rations ; sans cela, que d'accidents ou verrait dans Paris, causés par les chevaux qui nont pas assez de travail!
On pourrait dire aussi, que de chevaux poussifs parce qu'ils mangent trop, pour l'ouvrage qu'ils font (pousse mécanique)!
Un jour, on me pria de choisir une paire de chevaux allemands pour une vieille dame qui avait un équipage par convenance et respect humain : elle sortait à peine
pour faire une visite ou promener son petit chien, et jo désignai de préférence deux chevaux légèrement levrettés ; le vétérinaire saisit avidement l'occasion de dire qu'ils ne mangeraient pas» qu'ils ne s'entretiendraient pas, qu'ils ne pourraient pas supporter la fatigue; et ils furent refusés. Moi, j'avais espéré que, n'étant pas de nature, ils auraient moins de chance de puiser dans la hotte de foin des emphysèmes pulmonaires, et de mourir de gras fondu. Je voulais des chevaux capables de ne rien faire, et je fus taxé de paradoxe.
L'utopie que je cherche est de se fournir le mieux possible et au meilleur marché possible, en évitant les trocs et les trafics : mais en cela je suis contraire au cornmerce.
Reste maintenant la question de la pousse en matière d'élevage.
La pousse au point de toc de l'éleveur.
Moi, j'aime les enfants, surloul quainl ils crienl.
- Ali !
— Sans doute, parce qu'alors on lescou. che.
J'ai déjà dit ailleurs qu'en Normandie, il y a déjà assez longtemps, florissait un certain étalon poussif, nommé Eastham, fort goûté des éleveurs, et à qui on avait dû toute une descendance poussive, jusqu'à la cinquième ou sixième génération.
Il y a une sorte de pousse, produite par la surabon-
dance de la vie, par cet état où l'animal, assimilant plus qu'il ne consomme, arrive nécessairement à la maladie.
Il faut redouter les étalons ainsi affectés, ou avec une simple prédisposition, lorsque l'on a à leur donner des juments de même nature ; et surtout dans un pays gras el substantiel.
Je ne proscrirais pas cependant sans rémission un étalon atteint de la pousse mécanique, il peut être utile avec des juments éliques et sans nature.
Il existe encore des pousses nerveuses analogues à l'asthme, et qui frappent soudain et sans cause connue un individu parfaitement sain jusqu'alors.
Je ne les crains pas dans un étalon excellent du reste.
Il n'en est pas de même de la pousse par phthisie pulmonaire:
Je la crois très-apte à se communiquer au moins sous la forme de prédisposition.
Du reste, un étalon phthisique est chose rare ; comme il devient maigre, et qu'en général un étalon s'estime en proportion de sa graisse, il est bientôt discrédité et réformé.
11 n'y a donc pas à s'élever sur les inconvénients de tirer race des étalons poussifs ; on est plus porté à les redouter trop qu'à les tolérer mal à propos.
Quant aux poulinières poussives, elles transmettent à leurs poulains la prédisposition à devenir poussifs.
Mais ici, comme ailleurs, la meilleure manière de se conduire avec un danger est de le juger et non de le fuir sans réflexion.
D'une jument poussive à sept ans, et devenue poussive outrée plus tard, j'ai eu une pouliche qui, à vingt-deux ans, avait encore le flanc aussi net qu'on aurait pu le désirer à Àlfort.
D'une autre également poussive et phthisique j'ai obtenu quatre pouliches, dont trois sont restées chez moi et que j'ai pu observer ; une seule est devenue phthisique à neuf ans à la suite d'un rhume.
Quelle que soit du reste la nature particulière de la pousse, je la crois peu redoutable pour la production du cheval en elle-même, attendu que cette maladie, arrivée à une certaine période, entraîne presque toujours la stérilité.
Ainsi, les poulinières poussives sont plus sujettes à ne pas produire qu'à produire poussif.
Si, par conséquent, vous avez une bonne jument poussive, faites-la saillir sans crainte.
Si on vous présente une poulinière poussive à acheter, ne la payez que sur l'espoir d'en obtenir un très-petit nombre de produits.
Un mot encore sur la pousse: j'ai vu des hommes compétents, ou qui se croyaient tels, faire courir et essouffler des chevaux soumis à leur examen, c'est le moyen de rendre l'affection moins sensible; l'organe surexcité fonctionne mieux.
II faut en ce cas faire manger l'avoine.
Les maquignons possèdent, dit-on, certains secrets qui font disparaître la pousse pendant quelque temps.
Je n'en sais rien au juste : seulement, je me rappelle
avoir revu au bout de vingt-quatre heures un cheval que j'avais examiné au marché ; la première fois, il n'avait qu'un contre-temps ordinaire, la seconde, je Pai reconnu pour poussif outré.
On m*a raconté que Ton faisait avaler au cheval une petite anguille vivante ; ou encore en argot, un voyageur, c'est-à-dire, une dose de plomb de chasse.
Comme il arrive souvent que le cheval poussif est sujet dans ses quintes de toux à laisser échapper une grande quantité de vents, on avait imaginé de sauver les apparences au moyen d'un rossignol, c'est-à-dire une ouverture parallèle à l'anus, et allant au rectum, sans passer par le sphincter; de la sorte, le vent s'échappait sans bruit.
L'existence du rossignol annonçait la pousse, et il n'y avait plus lieu à réclamer le bénéOce de la garantie, puisque le vice était visible et apparent.
Mais cet intéressant usage est tombé en désuétude longtemps même avant que je ne fusse en âge de m'occuper de chevaux ; j'en ai lu la tradition dans les vieux livres; je dois seulement la vue du dernier rossignol à une espèce de pédanterie en matière de maquignonnage.
Un célèbre cheval de manège, favori pendant bien des années d'un écuyer dont le nom vivra toujours, fut vendu et revendu vingt fois pendant ses dernières années. Je le vis, peu de mois avant sa mort, poussif outré et muni d'un rossignol. Le nouveau maître qui l'avait ainsi accommodé était très-fier d'avoir exhumé cette vieille coutume, et de fait, excepté à mes yeux, cela pouvait passer pour une invention.
( ornagc (Hoaring).
L'introduction «les chevaux danois en
Normandie.
Gardim.
Coniard se dit d'un cheval qui siffle
dis narines.
Lafosse.
On appelle cornage ou sifflage un bruit anormal et caractéristique de la respiration ; mais ce bruit n'est pas toujours le même ; chez quelques chevaux, c'est une sorte de mugissement à la fois plaintif et menaçant, qui augmente en proportion du mouvement, de Faction, des efforts et de la rapidité de la marche ; c'est de là que les Anglais ont appelé (roarer raugisseur) le cheval atteint de cette infirmité. Dans ce cas là, l'animal, fortement excité semble près de suffoquer, et il est effrayant de se trouver sur un cheval qui offre un pareil symptôme. J'ai possédé un carrossier que, par expérience, j'ai poussé sous la selle à un galop rapide. Au bout d'un kilomètre, le bruit est devenu tel, que j'ai redouté une chute; elle ne serait peut-être pas arrivée.
Chez d'autres individus, le bruit est plus aigu, moins inquiétant, et augmente malgré cela avec la vitesse. On dit alors le cheval siffleur.
Chez tel autre, le bruit est très-aigu, et ne fait qu'accompagner la respiration sans augmenter beaucoup. Les praticiens disent : il scie du bois.
Il arrive encore que le bruit n'est appréciable que dans une course très-rapide ou dans de violents efforts; ou,
au contraire, que le bruit, sensible au départ, diminue en proportion de l'exercice.
Les chevaux corneurs font d'ordinaire moins de bruit en condition de travail que lorsqu'ils sont gras et frais.
Mais tous ces animaux-la sont corneurs et ne peuvent être garantis, aux termes de la loi actuellement en vigueur.
J'ai eu un cheval de pur sang, fils d" 'Eléphant, m'a-t-on dit, qui, poussé au galop de course ou fouetté au harnais dans une montée sablonneuse, ne faisait entendre aucun bruit. Mené au petit trot derrière un autre, la tête tendue sur le bridon, il s'animait et cornait d'une manière incontestable; je lui ai vu faire avec aisance 11 kilomètres en 37 minutes sous 130 livres environ. Sitôt qu'il était au galop, ou même au trot, avec la tête placée et légère, nul symptôme. Était-il corneur?
On peut lire des volumes sur cette affection, mais des volumes d'origine assez récente; car il n'y a pas longtemps que le cornage est partout un cas rédhibitoire. Certaines coutumes l'admettaient, certaines autres n'en faisaient pas mention.
Lafosse n'en dit que quelques mots, et Solleysel en parle en homme qui n'avait pas une idée bien nette de la chose.
Pour le praticien ordinaire, voici, je crois, tout ce qu'il est indispensable de savoir :
Le cornage est une maladie de grand cheval. Rarement le cheval arabe ou espagnol s'en montre atteint : c'est tout au plus si je peux m'en rappeler un ou deux exemples; tandis que les chevaux corneurs fourmillent en Angle-
terre, en Allemagne, en Normandie. La raisou en est simple : plus la masse est considérable, plus l'appareil respiratoire fonctionne et se fatigue.
Lorsqu'un individu est devenu très-grand et très-gros, il faudrait un tour de force de la nature pour qu'il y eût proportion exacte dans toutes ses parties : il peut arriver alors que la défectuosité tombe sur les organes de la respiration, soit, par exemple, la trachée- artère trop étroite, ou n'importe quel autre manque de symétrie, alors le cheval a naturellement et organiquement la respiration bruyante. C'est le cas de cornage où l'autopsie ne fait trouver aucune cause déterminante de l'affection, et ce cas est fréquent, comme Ton sait.
Les gourmes, plus sérieuses dans le nord que dans le midi, dans les contrées grasses et humides que dans les pays secs, chez les individus lymphatiques et volumineux que chez les animaux petits et peu charnus, doivent occasionner plus de désordre. Un reste d'inflammation dans la gorge, une enflure ou induration chronique de n'importe quelle partie interne, reudra un cheval corneur à l'issue de bien des maladies.
Déliez- vous, par conséquent, de tout cheval étoffé, robuste, de grande taille, de ce riche modèle dont ou admire l'ampleur en tous sens. S'il marche, écoutez-le; et s'il est, comme cela arrive d'ordinaire, une espèce de masse inerte et immobile, écoutez-le encore ; s'il ne corne pas, il cornera un jour. Une esquinancie, un gros rhume, une réapparition de gourme, aura bientôt fait l'affaire; il est impossible de réunir un grand nombre de beaux car-
rossiers, dans loute l'acception du terme, saus y tolérer des corneurs. Il peut se faire, du reste, qu'ils fasseut un service convenable, par deux raisons : d'abord leur besogne a des limites, ensuite j'ai vu des courses, desstecplecbases, gagnés par des corneurs. Pour moi, j'avoue que je trouve ce défaut insupportable; mais beaucoup de personnes passent par-dessus et s'en trouvent bien, quoique le sort ordinaire d'un cheval corneur soit de devenir poussif.
Alterner, étalon qui a longtemps fait la monte en France, est arrivé corneur, et est mort poussif à seize ans environ; cela ne l'a pas empêché de produire quelques bons chevaux, entre autres, un vainqueur du Derby français. Plusieurs de ses Dis ont été corneurs comme leur père.
Cel exemple n'est pas encourageant pour les éleveurs qui rencontreraient cette tare dans un étalon tout à fait convenable d'ailleurs. Il y a même une réprobation générale à cet égard. On a grand soin, il est vrai, de n'accepter aucun des étalons normands que Ton achète journellement pour l'administration des haras qu'après un mûr examen; mais, lorsqu'un étalon plaît et est recherché des éleveurs, s'assure-t-ou avec une inquiète sollicitude s'il n'est pas devenu corneur, surtout lorsque l'embonpoint et l'oisiveté ont perfectionné en lui cette immensité de volume et cette rondeur de formes qui séduisent tous les éleveurs sans exception? Je crois qu'un examen rigoureux occasionnerait bien des réformes, et cependant, la France ne se peuple pas de chevaux cor-
neurs, ce qui arriverait si l'hérédité de cette maladie était si commune. que Ton vient de le dire.
Quelle conduite doit suivre l'éleveur à ce sujet?
J'ai été chargé un jour d'élever le poulain d'une jument normande» que Ton me disait excellente, et d'en tirer race si je le jugeais convenable (le tout au compte du propriétaire, autrement je n'eusse pas accepté). Le poulain était parSèlim, bon cheval arabe; la jument, dès son arrivée, me frappa par la puissance de ses formes, et par conséquent ma première idée fut de la conduire moimême à la prairie par le licol. Je n'eus pas besoin de courir pour savoir à quoi m'en tenir, et je renvoyai la mère, bien décidé à donner le poulain pour ce qu'on en offrirait, et le plus tôt possible. Il fut vendu cher à huit mois, et à dix-huit, il cornait... étonnamment.
Comme je n'aime pas les chevaux corneurs; comme l'avantage de produire des animaux d'un volume exceptionnel n'est pas, suivant moi, à mettre en balance avec l'ennui d'entendre gémir ses poulains, je proscris tout étalon bâti pour être corneur, qu'il le soit ou qu'il en ait l'air. Et il y a beaucoup de chevaux de pur sang corneurs, ceux-là surtout dont on vante la taille, la conformation et la force : il m'est avis qu'ils produisent des poulains moins forts, mais au moins aussi disposés à corner qu'eux-mêmes.
Tout étalon de demi-sang, de même échantillon, anglais ou normand, je le recevrai avec la même défiance; et quant aux poulinières, je n'admettrai, avec le cornage, qu'une jument de pur sang, peu étoffée, et quand je
serai bien certain que cette tare est le résultat d'une indisposition tout à fait accidentelle.
Il existe des localités où l'industrie chevaline consiste à vendre des poulains de lait : il est évident que le but à remplir est de les présenter le plus grands et le plus gras possible ; or, certains étalons jouissent de la propriété de donner à leurs productions des apparences précoces; et il n'est pas rare que ces étalons soient corneurs, non par une coïncidence fortuite, mais précisément en vertu même de leur complexion. Comme le comage n'est pas apparent d'ordinaire chez les poulains, l'acheteur s'empare de ces produits, et comme il ne s'enquiert pas de leur naissance, soit négligence, soit impossibilité, il revient, l'année suivante, acheter d'autres animaux dans le même cas ; et voilà un ensemble de circonstances qui favorise la production d'une foule de chevaux corneurs.
Comme le cornage est la maladie du grand et gros cheval, et que l'on aime en France le grand et gros cheval, il est probable que l'on continuera de risquer l'emploi des étalons corneurs, d'autant plus qu'ils ne manquent pas.
Du tic.
* Tic, incommodité ou habitude.
Robinet.
Tic, incommodité ou habitude.
Lafossb.
Tic, on a distingué l'incommodité et fuabitude.
Cabdiri.
Le lie est Faction, non pas de mordre la mangeoire,
mais de faire entendra une sorte d'éructation en appuyant les dents quelque part, ou ne les appuyant pas du tout. On a fait de tout cela le tic rongeur, le tic d'appui, le tic en l'air, quelques-uns même ont voulu y joindre le tic d'ours, ou habitude de se balancer de droite et de gauche sur les jambes de devant.
Commençons par le tic d'ours qui, suivant les connaisseurs méticuleux, indique toujours une faiblesse et une souffrance des extrémités antérieures. Entre autres cas de tic d'ours, j'ai connu un cheval qui ne restait jamais une minute sans se balancer de la manière la plus bizarre sitôt qu'on le regardait. 11 avait les jambes et les pieds irréprochables, et jamais il n'eut d'autre maladie qu'uue apoplexie, qui l'eiileva encore plein de vigueur à vingtquatre ans, après tous les services que peut rendre un
excellent cheval ; je n'ai jamais vu un tic d'ours aussi caractérisé.
J'attendrai pour regarder au tic d'ours que j'aie vu une funeste conséquence de ce défaut, et il y a plus de trente ans que je la cherche.
Quant aux autres tics que j'appellerai tous tiesd'éructalion, puisque ce bruit particulier est le seul caractère spécial du tic; il y a des liqueurs gras et d'un bon entrelien ; il y a des liqueurs toujours maigres et maladifs ; il y a dès liqueurs qui se ballonnent, qui ont des coliques fréquentes, etc., tellement que cela n'y fait nV«, comme dit le bon Newcastle.
Seulement le cheval liqueur doit se payer meilleur marché, puisqu'il y a lieu de craindre de le revendre moins
cher; quant à l'importance du défaut en lui-même, je voudrais qu'on m'expliquât d'abord ce que c'est, pour apprécier ce qui peut en résulter, et comme je n'ai rien lu qui me satisfit sur le tic, je vais en dire ce que je pense, mais sans preuves.
On prétend que le cheval se remplit d'air etse ballonne, je crois plutôt que l'éructation est une expulsion de gaz et non une absorption d'air atmosphérique.
S'il en est ainsi, if est-il pas possible que cette éructation soit nécessitée par les gaz que produit la digestion dans l'estomac, en vertu de je ne .sais quelles causes ? On sait que le cheval ne peut pas vomir, peut-être ne peut-il éructer que par le geste de mordre, ou d'appuyer la dent quelque part, ou de tendre l'encolure, elc.
Cela posé, je dirai que la digestion gazeuse peut être ou n'être pas sujette à des accidents fâcheux; on voit cette disposition chez l'espèce humaine, avec ou sans inconvénients graves.
Et voilà bien on mal le tic expliqué. A quoi bon ? à bien des choses si j'ai raison ; et d'abord ce ne sera plus un motif de refuser un cheval liqueur, mais bien de voir s'il a bon ou mauvais estomac, et par conséquent si ce symptôme est indifférent ou significatif.
Et puis encore, à ne pas martyriser le cheval liqueur par des colliers, par des peaux de hérisson sur la mangeoire, par des clous dans les gencives, par une muselière avec appareils de cercles concentriques et parallèles, par des coups de fouets, par la suppression des mangeoires, par des musettes, etc., car j'ai vu et essayé de tout cela, et
je m'en repens. Si le tic est une éructation et non une aspiration, il ne peut que diminuer le ballonnement et soulager l'estomac ; quant à la perte de la salive et de l'avoine, c'est un malheur; mais le remède devient quelquefois pire que le mal.
Le premier cheval que j'aie possédé était une jument tiqueuse. J'avais vingt ans, et à cet âge on ne doute de rien et on essaie de tout. Ma jument avait treize ans, et avait toujours tiqué, je l'ai tourmentée pendant sept ans, et puis je Pai laissée tranquille ; elle a tiqué sans interruption jusqu'à trente-trois ans ; elle tiquait partout et toujours, tellement qu'elle n'avait plus de dents ; mais elle avait toujours bien servi et elle avait eu huit poulains, dont pas un n'a tiqué; il est vrai que l'un d'eux provenait d'un étalon liqueur.
Exemple qui prouve que le tic n'est pas héréditaire; mais Pick-Podet, étalon de grandes qualités, a laissé beaucoup de poulains liqueurs et souffrant de ce défaut ; experimentum fallax, a dit Hippocratr.
Mais j'aime mieux un tiquenr qu'un corneur. On me reprochera peut-être la manie des exemples et des historiettes ; il me semble que c'est encore moins ennuyeux que de voir poser des sentences.
Du reste, je dois prévenir que quand, par hasard, je consigne un fait, ce n'est pas dans l'idée que ce fait seul et isolé doit conclure, mais ce fait est le plus remarquable de beaucoup de faits que j'ai observés, et qu'il serait fastidieux de relater; c'est pour ainsi dire le résumé de
l'expérience de ma vie, et on ne penl guère offrir autre chose à ses lecteurs.
tluxiou périodique.
Phlcgmasic périodique intermittente ou plutôt rémittente, etc., ce qui fait que votre fille est muette.
Mouèrk.
Dans certaines localités, presque tous les poulains sont attaqués d'une sorte d'inflammation qui cesse et revient à certains intervalles sur les yeux, et les rend tôt ou tard aveugles ou borgnes. Voilà en substance la fluxion périodique. Cette affection est quelquefois longtemps sans reparaître, voilà pourquoi on a fixé à quarante jours la durée de la garantie pour ce cas.
Certains observateurs reconnaissent la fluxion en dehors de ses accès par une certaine contraction de la peau, dans le coin supérieur de IVil; cela viendrait-il des efforts que fait, pour voir, le cheval dont la vue est trouble et obscurcie? Je ne sais, et du reste il y a là-dessus bien d'autres choses que j iguore, car n'ayant pas vécu dans un pays où règne la fluxion périodique, je îfai pas été à même de l'obser\er.
Il n'entre pas dans mes idées de donner un recueil de ce qui a été dit à ce sujet, ou de rendre compte de l'état actuel de la science; je ne parle jamais que de ce que j'ai vu et expérimenté moi-même.
La première fois que j'ai été en Irlande, l'esprit plein
de ce que j'avais entendu dire de la bonté des chevaux de ce pays, je voulais tout observer, et le premier cheval que j ai rencontré était aveugle; j'ai pensé aussitôt à l'historiette de cet Anglais qu'on retrouve dans tous les ana, et cependant ce n'était pas le cas. Nulle part je n'ai vu autant de chevaux aveugles ou borgnes.
Dans une maison où j'étais eu visite, le maître avait deux hunters dont un borgne, quatre chevaux de voiture, dont un aveugle et un borgne. Un stage coach avec huit bons yeux dans l'attelage était chose fort rare dans les environs.
Tout, le monde en convenait, on redouta il beaucoup les mauvais yeux, et on les excluait avec soin de la reproduction : j'ai vu une magnifique jument grise de cinq ans, qui avait été renommée à la chasse, et qui, ayant perdu la vue, était au louage, montée par un postillon ; on n'a jamais voulu me la laisser acheter.
Cherchant à quoi attribuer cette quantité de fluxions périodiques, je ne fis qu'une seule remarque, c'est que \e pays est rempli de tourbières.
Plusieurs années après, j'avais un étalon de douze ans, à qui j'avais fait enlever un quartier, opération grave, el qui le priva de mouvement durant six semaines. Pendant le séjour à l'écurie, la vue se troubla, el le vétérinaire, un homme fort savant (feu M. Delayen), me dit : « dans quinze mois votre cheval sera aveugle » ; ce qui fut.
Comme je ne regardais pas ce cas comme une fluxion périodique ordinaire, puisque le cheval était âgé et avait eu jusque-là de bons yeux, je continuai à l'employer, et
je irai jamais eu de cette provenance un poulain qui soit devenu borgne ou aveugle.
M. Delayen fit l'expérience de croiser cet étalon avec des juments aveugles et de provenance aveugle ; il y eut entre autres une pouliche, dont cet étalon aveugle était le père : la mère était aveugle, et venait d'un père aveugle ; toute cette famille vivait dans la même ferme ; la pouliche n'eut pas la fluxion périodique, mais elle perdit un œil à dix ans.
J'ai cru remarquer que, dans certaines localités où il y avait des tourbières, cet étalon faisait quelquefois de mauvais yeux, et il n'était pas le seul, car j'y ai vu des poulains aveugles, dont les père et mère avaient de bons yeux.
Je crois la fluxion périodique très-rare en Normandie, je ne Pai vue que chez un seul étalon acheté en ce pays par l'administration des haras ; c'était l'étalon Frèjus (ils d'Eastham ou de Syfoh, je ne me rappelle pas au juste.
La question est de savoir quel danger il y a à employer des producteurs atteints de cette maladie ; je crois que c'est moins l'hérédité qu'il faut craindre, que les influences du pays et du régi m 3. Ainsi, dans les localités où cette maladie est fréquente et générale, il s'agit moins de rechercher des étalons et des poulinières saines, que de soustraire les produits aux influences funestes que l'on connaît ou que l'on doit chercher à connaître. Je puis citer à l'appui de cette opinion l'exemple connu de
poulains fluxionnaires ou menacés de l'être, et auxquels m. ls
la transplantation a donné de bons yeux ; du reste, je si - ' gnale mon incompétence à cet égard, n'ayant jamais habité de pays sujet aux fluxions périodiques.
Quant à l'emploi de chevaux et juments borgnes et aveugles par maladie, dans des pays ordinaires, je l'ai fait et vu faire sans en pouvoir constater aucun résultat permcieux.
Tare» «lu pied.
A |>«ic |»rincipium.
Avant de s'occuper des tares du pied, je «lois parler de la conformation de celte partie importante.
Il y a deux sortes de mauvais pieds, celui qui s encastelle et celui qui s'écrase, le premier appartient aux pays chauds et secs, et l'autre aux contrées froides et humides.
Les pieds des chevaux de Norfolk dont j'ai parlé dans le premier volume rentrent dans la première catégorie comme sujets à l'encastelure; Tune et l'autre ont le même inconvénient, qui est de ne pas pousser avec assez de vigueur; j'ai entendu parler de l'inconvénient d'élever dans des terrains forts et gras, qui donnent au pied trop de volume; j'ai vu des pieds trop petits, et je n'en ai jamais vu de trop grands.
J'ai vu faire ce reproche à certains chevaux, mais comme je leur ai toujours vu de bonnes allures, une marche ferme, pas de claudication et autant d'adresse qu'aux autres, je n'ai pas été de cet avis.
Une fois ce principe établi, rien de plus simple que de
savoir à quoi s'en tenir pour adapter les producteurs aux terrains sous le rapport des pieds.
Recherchez dans rétalon et surtout dans la jument, le caractère de pied opposé au défaut que donne votre sol.
Si le sol donne des pieds convenables, ne vous occupez que de compenser les défauts du père parles qualités de la mère, et réciproquement. Ici, le défaut peut être combattu par le défaut contraire.
Il n'y a pas, par conséquent, de si mauvais pieds qui puissent faire refuser un étalon dans les conditions convenables; ce serait différent pour la mère, s'il en résultait une boiterie qui la fil continuellement souffrir et altérât sa santé.
Cela étant compris, toutes les tares de pied ne signifient plus rien et n'ont plus d'importance : bleimes, seimes, faux cartiers, fourmilières, mauvaises fourchettes, etc., etc. ; d'autant plus que le repos que la poulinière retrouve dans certaines conditions tend à tout remettre et à tout guérir.
Mais il se passera encore bien du temps avant que les éleveurs français ai^nt assez de connaissance et d'atten-
tion pour donner de bons pieds à leurs poulains.
Si les chevaux normands ont en général de bons pieds, on peut objecter, qu'en général, ils ne se donnent pas assez de mal pour les user ; c'est le défaut d'action qui rend cette qualité si apparente : ce n'est plus qu'une qualité négative; qui ne marche pas, n'use pas de souliers.
Du pied mal conformé ou souffrant résultent, dans la plupart des cas, les lares de jambes, telles que nerfures, (distensions du tendon), sore shines, efforts de boulet, etc; en sorte que Ton peut dire que la valeur du pied fait la moitié de la valeur du cheval ; que l'éleveur du cheval ait à s'arranger là-dessus.
Il y a deux sortes de formes l'une naturelle et l'aulre contre nature.