I.AFOSSK
Une exostose dans l'articulation du pied, sur la couronne ou sur le paturon se désigne sous le nom déforme; elle fait ou ne fait pas boiter le cheval ; tantôt naturelle, tantôt accidentelle, et résultat d'un coup de pied ou autre blessure , elle est fort redoutée des véritables connaisseurs, qui y voient une grande chance d'incapacité de travail et une fâcheuse prédisposition souvent héréditaire. J'ai vu des formes à des poulinières qui avaient bien couru et produit de bons chevaux de course ; je crois cependant qu'on doit, en règle générale, exclure des haras toute apparence de forme, sauf les cas d'exception parfaitement motivés.
Molette».
Elle traite rnmme le ressigon.
Lafossf..
Déjà des molettes! Voilà un mot qui est destiné à faire
foi tune. La molelle est la tare la plus facile à reconnaître. On dit que c'est une marque d'usure. On conclut logiquement que le jeune cheval qui, avant d'avoir travaillé, offre déjà des marques d'usure, ne durera point, et on dit : déjà des molettes!
J'ai vu des molettes à une pouliche de deux ans qui n'avait jamais élé touchée. Née en 1836, celte jument m'a été ramenée, eu 1856, par son propriétaire, qui voulait en tirer race, n'en ayant, disait-il, jamais eu de meilleure pour le travail et la résistance. La mère avait des molettes.
Je ne finirais pas de citer les exemples qui prouvent l'ineptie de s'arrêter à des tares insignifiantes; mais l'éleveur qui se destine à produire des chevaux et à les vendre, doit les faire tels qu ils plaisent. Puisqu'ils plaisent sans molettes, il faut les faire sans molettes; et pour cela, il n'y a qu'à choisir des étalons sans molettes, des juments sans molettes, et tenir les produits dans une oisiveté perpétuelle. — Mais, alors, il faudra exclure du haras une foule de producteurs excellents qui oui cette lare? — Oui. — Mais les poulains non exercés seront détestables?— Oui. — Il y a doue plus d'intérêt à faire mal qu'à faire bien ? — Sans contredit.
On s'est donné bien du mal pour guérir les molettes. J'ai vu bien des expériences, bien des recettes, et après bien des essais, la molette reste; bien heureux si c'est sans quelque funesle accompagnement. C'est un problème analogue à la guérison des chevaux morveux.
Ces préoccupations indiquent à peu près aulant de con-
naissance du cheval que la recherche de la quadrature du cercle annonce de capacité et d'études en mathématiques.
Voyez molettes. (Test la même chose en autre lieu.
Jardem.
Si H. Vilet atait la moindre pratique il ne citerait pas à tout propos les maré chaux (qui sool moi).
Lapossb.
Il y a peu de temps que le jardon est arrivé au point de célébrité auquel nous le voyons aujourd'hui. Du temps de Lafosse, c'était simplement une tumeur de la nature du flegmon, et qui a servi d'occasion à cet hippiatre pour donner une bonne semonce à Vitet et à Bourgelat, au sujet du jardon et de la courbe. Les Anglais appellent eurb ce que nous appelons jardon, et pour le reconnaître, ou s'applique à trouver une ligne droite de la pointe du jarret à celle du boulet; la moindre interruption en bosse au bas du jarret rend le cheval jardonné. Les personnes difficiles ne se contentent même pas de celte ligne droite, elles veulent la gouttière. Ce n'est pas avec des livres qu'on peut bien expliquer tout cela ; on l'apprend en se faisant montrer sur nature une quantitésuffisante d'exemples convenables.
Un jour, j'ai entendu déplorer, à l'égal d'une calamité publique, la victoire d'une jument qui avait gagné le prix
de 14,000 fr. avec deux jardons ; et moi, qui avais essayé d'acheter celle jument plusieurs mois auparavant, parce que je croyais qu'on ne voulait plus la faire courir, et qui m'étais trouvé fort heureux de veudre 250 fr. un cheval sans tare et avec la plus belle gouttière du monde, mais qui ne marchait pas, je ne voyais pas les motifs de cette désolation générale.
Mais enfin , voyez donc quel dommage qu'une bêle ainsi tarée gagne une victoire éclatante ! un des plus beaux prix de Tannée. — Si elle a battu quelques paires de jarrets intacts, et cela doit être, c'est que ses jardons ne la gênent pas,
ou bien quelle a une bien grande supériorité pour les battre malgré cette grande gêne; et la haine du jardon persiste, parce que c'est une règle facile à établir magistralement.
Je n'ai jamais vu boiter d'un jardon. On m'a dit l'avoir vu. Je le veux bien; je ne dispute pas de ce que j'ignore.
Fait-on passer les jardons? JYi mis le feu à une jument qui avait un jardon. Un an après, un amateur me disait : Mais pourquoi lui avoir mis le feu, puisqu'elle n'a rien? — Mais elle avait un jardon que le feu a fait passer; à moins que le jardon n'ait passé tout seul, sans que le feu y ait été pour rien, comme cela s'est vu. 11 y a bien un moyen, pour un propriétaire, de faire passer le jardon de ses chevaux : c'est de n'en pas parler; pourvu que vous ayez essuyé en silence l' examen de deux ou trois arbitres connus, sans qu'ils aient signalé le jardon, la chose est jugée et le sujet est sain. Experto crede.
Quant à l'éleveur, il aura des poulains jardonnés avec des producteurs sains, il aura des poulains à gouttière
avec des producteurs jardonnés. La même jument, avec le même étalon, lui donnera successivement deux jardons, un jardon à droite, un jardon à gauche; pas de jardons, des jardons qui augmentent, des jardons qui s'en vont, tellement que cela ny fait rien, toujours comme le dit le bon Newcaslle.
Cependant, en règle générale, si vous voulez faire des chevaux qui se vendent, affichez une horrible crainte des jardons.
Si vous voulez faire des chevaux qui marchént et qui sautent, prenez des producteurs qui marchent et qui sautent avec ou sans jardons.
Kparvlns.
Ce défaut est agréable lorsqu'il n'est pas outré.
La fosse.
L'éparvin sec, tare sans signe extérieur autre que le mouvement saccadé qui le caractérise.
Cette action est connue sous le nom de harper; elle est généralement plus appréciable au départ, ou lorsque le cheval est arrêté brusquement ; souvent elle passe lorsque le cheval est échauffé.
La fosse. Ce défaut est agréable lorsqu'il n'est pas outré, et est estimé par les cavaliers. Les chevaux espagnols y sont sujets.
Brézè... Et ne boite plus; comme les maquignons n'ignorent pas cela, ils ne manquent pas de faire trotter le
cheval avant de le présenter. Ainsi, tenez-vous sur vos gardes....
Dede/ay (TAgier. Désagréable lorsqu'il n'y a qu'une jambe d'attaquée. Nul remède.
77ic Horse. Déplaisant pour le cavalier, mais ce ifest pas une tare ; au contraire, on dit que c'est généralement une preuve de force et d'endurance.
Liger. L'éparvin sec n'est pas si dangereux que l'autre; cependant, si on le néglige, il peut rendre un cheval estropié.
On voit qu'il y a des opinions à choisir.
Ce qu'il en faut croire, d'après ce que j'ai vu, est ceci : cette particularité est aujourd'hui beaucoup plus rare qu'autrefois, peut-être parce que l'on met aujourd'hui les chevaux beaucoup plus sur les épaules.
Le cheval qui a des éparvins secs est dur au galop et généralement doux au trot, mais ne trotte pas vile.
Un des meilleurs sauteurs que j'aie vus de ma vie était en même temps le plus singulier exemple d'éparvins secs dout j'aie jamais entendu parler. Ce cheval cassait les éperons du cavalier à force de harper, et l'exercice augmentait le mouvement convulsif au lieu de le diminuer.
Ce cheval a fait un service très-long et très-actif toute sa vie; on Ta tué à vingt-deux ans, peut-être plus vieux, à cause d'une phlhisie pulmonaire, qui l'avait réduit au marasme. A l'autopsie des deux jarrets, l'un était sain, dans l'autre il y avait suture complète entre deux os : les deux os plats, autant que je puis me rappeler. L'ani-
mal harpait davantage de ce côté, mais la différence n'était pas grande.
J'ai longtemps observé une jument de trait qui avait deux éparvins secs assez forts, elle n'était pas réellement d'un très-bon service, mais je ne sais pas si les éparvins y étaient pour quelque chose; la bête était molle, de bonne nature, mangeait beaucoup, était grasse, et se ménageait dans toute espèce de besogne. Généralement on la trouvait très-belle et on l'admirait.
Je n'ai rencontré qu'un seul étalon de pur sang qui eût un éparvin sec, c'était Spectre. Je ne le lui ai pas vu transmettre à un seul de ses poulains, il est vrai que je ne les ai pas vus tous.
11 paraîtrait qu'au temps jadis où l'on prisait le tride et le trot relevé, les éparvins secs plaisaient, comme aujourd'hui l'action du devant qui brille aux dépens de l'arrière. Mais nos chevaux d'attelage arrivent à stepper d'autant mieux que la vieillesse et l'usure viennent à roidir et à paralyser les reins et la croupe, pourvu qu'il y ait chez l'individu une grande épaule et une grande encolure.
On m'a raconté qu'en Normandie certains éleveurs maquignons avaient soin de parer le pied des poulains de manière à rendre l'appui pénible et à faire enfler le tendon, dans la vue de donner du membre et de faire disparaître Vos crochu ; la chose est possible.
L'épurvin de bœuf. Je ne le décrirai pas, il faut apprendre à le connaître de visu. C'est une tare dangereuse, elle a toujours son effet, le cheval est sujet à boiter à la
moindre fatigue ; mais il arrive souvent que la boiterie n'est appréciable que pour celui qui fait trotter le cheval devant lui et pas pour le cavalier.
L'animal boite plus ou moins et va tout de même ; j'ai conseillé pour un bas prix des chevaux ainsi tarés à des personnes qui en ont été ausii satisfaites que du cheval le plus sain, et elles n'avaient pas payé grand'chose.
Si vous tenez à un cheval à qualité, refusez tout éparvin de bœuf. Si vous voulez élever un bon cheval, n admettez pour la reproduction ni étalon ni jument avec ce vice ; et prenez garde, il n'en manque pas.
Il y a encore autour du jarret des varices, des tumeurs, des blood spavin; mais ce sont des accidents si variables qu'il faut les voir et se familiariser à leur application par la pratique. Tout cela est pernicieux quand cela se rencontre dans les poulinières molles et lymphatiques.
Le capelet n'est rien.
Les suros sont peu de chose. Je ne crois pas à la gêne qu'on prétend qu'ils apportent au jeu des tendons. Cela pourrait être vrai en mécanique ; mais la nature a d'autres lois pour le jeu de ses tissus.
Comme je ne parle ici des tares que sous le rapport de l'hérédité, je ne les décris qu'en passant et sans m'y appesantir. Généralement, dans leur examen, il faut moins s'attacher aux résultats évidents qu'aux causes constitutionnelles, car c'est là seul ce qui peut les reproduire dans le poulain.
Par exemple, les grappes et les eaux aux jambes, qui
sont quelquefois annoncées par les solandres et les malandres, ne sont point à pardonner, de quelque manière qu'on veuille raisonner là dessus; c'est un mode plus ou moins déguisé de scrofules, et si vous admettez ce poison là dans votre baras, les gourmes vous joueront de mauvais tours.
Je ne crois pas devoir terminer ce chapitre des tares sans m'expliquer un peu sur un sujet qui préoccupe encore certaines gens, et qui a fait écrire bien des pages aux écuyers, depuis Solleysel jusqu'à Thiroux, ce sujet est : les ruses employées par les maquignons. Quelques personnes se font un monstre de tout cela, et leur déGance va jusqu'aux plus extravagantes hypothèses. J'ai vu refuser un cheval parce qu'il avait la marque d'un séton récemment enlevé; c'est la marque d une mauvaise poitrine. La pratique du gingembre, aujourd'hui si universellement répandue, je dirai si bêtement, effraie encore certaines personnes. On croit y voir un artifice machiavélique.
Ces craintes et autres pareilles sont exagérées. Ce n'est pas ainsi que procède le marchand pour se défaire de sa marchandise, ses ruses se réduisent à peu de chose : noircir ou arracher les poils du cheval cillé, lui refaire les dents, frotter vigoureusement la place des vessigons et des molettes, redresser, avec des fils de fer, les oreilles des oreillards, faire rendre la bouche fraîche avec du poivre et de fail (l'embouchure provençale), fendre les naseaux, frotter de verre pilé la place des éperons, etc., sont des niaiseries qui ne peuvent attraper personne et auxquelles
on a en partie renoncé, comme au rossignol et aux voyagenrs.
Les manœuvres sont plus naturelles et plus simples, elles n'en sont que meilleures; occuper d'autre chose que du défaut capital, faire remarquer l'épaule et la tête du cheval qui a une seime ou la croupe d'un animal couronné; crier après le palefrenier qui tient le cheval en montre, se mettre à propos entre vous et le cheval, ne vous faire voir que le bon côté et surtout vous étourdir de paroles, voilà la première malice.
Il y en a deux autres encore assez élémentaires : Tune est de s'arranger de telle manière que vous oubliiez de vous mettre en mesure avant le neuvième jour pour les cas rédhibitoires, et l'autre, de vous donner verbalement le cheval à l'essai pendant trois jours ; car alors la possession vaut titre, et il est à vous, ou il y a procès, menace de procès, on paie une indemnité ; le tour est fait, il n'y a plus qu'à passer à un autre.
Mais ce n'est pas là la conduite des marchands connus, établis, en réputation ; ils n'emploient que des moyens parfaitement légaux, et si l'on peut les accuser de quelques petites dissimulations ou adresses, ils sont parfaitement imités par bien d'autres, qui se piquent de ne pas être négociants.
Il y a plus, l'acheteur qui se dit trompé l'a presque toujours été par lui-même : il a cru acheter une chose valant le double, le triple, le quadruple de ce qu'il donnait, au lieu de cela, il a reçu la moitié, le tiers, le quart, en un mot, les inverses.
Il est pris au piège qu'il avait tendu ; faut-il le plaindre?
Écoulez Thiroux :
« Tranquillisez-vous; du moment où Ton connaît la « valeur intrinsèque du cheval, eu ajoutant le cinquième,
on est assuré d'avoir un cheval, quel que soit le prix « qiT. ii Tait fait. »
Voilà la vérité de tous les temps et de tous les pays ; cl le grand talent des marchands de chevaux est de se connaître non pas en chevaux, «lais en hommes. Ouand je dis marchands, ce ne sont pas seulement les commerçants payant patente que je veux désigner, ce sont tous ceux qui, pour une raison ou une autre, vendent un cheval.
La qualité de ce cheval est la moindre chose à considérer; que le vendeur ait l'air de tenir à sa marchandise, d'en faire grand cas et de s'y connaître, ou encore en s'y prenant adroitement, qu'il ait Tair de posséder une chose dont il ne connaît pas la valeur, ou dont il ne sait pas se servir, enfin, qu'il y ait tromperie, eau trouble, qu'on n'agite aucun point douteux, de peur de l'éclaircir, et surtout qu'on emmanche bien l'affaire, alors il y aura chance de la terminer, de faire une vente et une dupe.
J'ai connu un marchand, homme très-remarquable par son génie commercial et ses connaissances spéciales en chevaux : j'ai en beaucoup de relations avec lui ; mais jamais il n'y a eu entre lui et moi, aussi peu de paroles échangées que lorsqu'il s'est agi d'un achat.
Lorsque j'avais examiné le cheval et dit un prix, l'affaire était conclue.
Cela venait tout simplement de ce que le prix que j'offrais était acceptable, que le marchand voulait vendre, savait que je voulais ce cheval-là, et non un autre, et que ce prix était mon dernier mot.
Je n'ai jamais eu à me plaindre de lui, parce que, en achetant, je savais toujours ce que j'achetais, et n'espérais pas trouver des qualités supérieures au prix que je donnais.
Quand il s'agit de la vente* des produits des chevaux élevés, les mêmes questions se représentent sous une autre face.
Kucorc un mot sur Ita tares.
Rompu, fourbu, courbu, eourbalu, tëm, crochu, Meyinu, gras-fondu.
Cornard, panard, pinrard, pansard.
Ch. Nodier.
Ce n'est point par les détails, mais par les ensembles, que Ton doit se diriger pour le choix des producteurs.
Une tare n'est qu'un détail, une bonne qualité est aussi un détail.
11 serait donc insensé de tirer race d'un cheval uniquement à cause d'une seule et unique qualité, quelque engouement que vous ayez pour ce mérite spécial.
Il serait insensé, pour la même raison, de rejeler un étalon ou une jument pour un défaut quelconque, puis-
que la chance n'est jamais certaine de voir transmettre ou la qualité ou le défaut.
Ou n'arrive pas, à coup sûr, à son but par les compensations, c'est-à-dire en opposant à un défaut de la mère une qualité contraire à l'étalon, ou vice versa.
J'ai vu saillir un jour Princess Edwis, la plus courte de toutes les poulinières de pur sang, par Physicien, étalon également beaucoup trop court dans son ensemble. Tous les assistants frappaient cette alliance de réprobation, et moi peut-être plus que tous les autres, et il en est résulté Premier-Août, cheval pas très-long, mais second au Jockey- Club, gagnant 16,500 fr. à trois ans et 6,300 à quatre.
Les défauts réunis ne s'accumulent donc pas toujours d'une manière désastreuse.
Le véritable talent de l'éleveur ne consiste pas à réunir mathématiquement une liste de principes sur I hérédité ou la uou-hérédilé de n'importe quoi.
11 faut prendre chaque circonstance en considération, regarder surtout si ce que Pou voit en bien ou eu mal est chez le sujet accidentel ou constitutionnel ; si la nature a dû aider à l'accident, et surtout si la chose existe depuis longtemps, parce que c'est une chance en bien comme en mal de la retrouver dans le produit. Enfin, et surtout, il faut avoir tout vu ; que rien ne se présente à vous pour la première fois quand vous opérez.
Beaucoup voir est bien plus facile qu'on ne croit. 11 n'y a qu'à enregistrer dans sa mémoire tous les faits qui se présentent. Si l'on ne perdait pas les occasions d'observer, l'expérience arriverait bien vite et toujours.
Quand on a vu, quand on sait, on n'est plus embarrassé d'agir; on se trompe quelquefois, mais la conOancc en soi est un heureux don qui porte bonheur, pourvu qu'on îfen abuse pas.
Nous allons continuer l'élude des transmissions héréditaires, et nous traiterons d'abord un sujet sur lequel il ne peut y avoir de doute : la couleur.