TRANSMISSION DES ROBES PAR GÉNÉRATION
COMMENT ELLE S'OPÈRE ET QUELLES INDUCTIONS ON PEUT EN TIRER POUR LA TRANSMISSION DES AUTRES QUALITÉS.
Bntulad vincc senn<nl.
Vieux proverbe etpagno'.
En consacrant quelques lignes à expliquer la manière dont la couleur se transmet des ascendants aux produits, je suis guidé par plusieurs motifs.
Les exigences de la mode, au sujet des nuances que Ton recherche dans les chevaux de luxe, ont de tout temps été si ridicules, que je ne prendrai pas la peine d'écrire sur un tel sujet, aujourd'hui surtout, que certaines personnes font consister le bon goût à préférer, pour la reproduction, le plus vilain animal, qui est zain, au meilleur et au plus beau cheval qui aurait du blanc, ce qui n'empêche pas certains marchands en renom de vendre à ces
personnes-là même les chevaux les plus bizarrement bain. 19
riolés j mais, dans ce cas, on dit : je ne regarde pas à la robe.
On y regarde beaucoup, on y regarde énormément ; et en cela, comme en bien d'autres choses, ce qui attire l'œil par un aspect voyant et tranché est souvent préféré à ce qui est réellement beau et d'un goût pur. Les marchands le savent si bien, que tout cheval marqué bizarrement qui leur arrive est exhibé avec des prétentions particulières, non pas malgré cela, mais à cause de cela, sinon en apparence, au moins réellement; s'il n'est pas enlevé tout d'abord, il manque son effet, on le vend tout doucement et on ne le reprend jamais, car il ne faut pas qu'en restant à l'écurie de vente, ou en y revenant, il fasse demander avec méfiance la raison qui le fait voir toujours là.
D'où il résulte que le zain est en faveur générale ; le zain est le plus sûr. Que les éleveurs fassent zain , toujours zain, bai zain s'il se peut, et qu'enfin on ne puisse même pas distinguer un individu d'un autre, ni de tous les autres, et de la confusion naîtra le profit, car la meilleure manière de vendre des chevaux bons ou mauvais est d'empêcher que l'acheteur puisse les connaître.
Il faut donc donner à l'éleveur une recette pour créer des chevaux sans tache.
.l'aurais bien voulu, si cela était possible, faire comprendre qu'il y a de bonnes et de mauvaises robes, car la couleur, la nuance, le reflet, rien n'est indifférent , tout peut servir à indiquer ee qu'est réellement le cheval et les moyens de l'améliorer ; mais mon but « st surtout de faire
comprendre par analogie comment s'opèrent les trans missions héréditaires. Eu effet, il est probable que la couleur, comme toutes les autres qualités bonnes ou mauvaises, se communique de génération en génération par une loi d'héritage, qui est la même pour toutes. Or, si Ton peut ne pas s'entendre toujours sur la bonté d'un cheval, on est toujours d'accord sur son signalement; il est donc plus facile de fixer les idées sur ce point.
Nous avons tâché d'établir, tome 1*', ce principe tant soit peu paradoxal :
Que le cheval gris répondait au type brun dans l'espèce humaine;
L'alezan au blond;
Le bai au châtain.
Nous ajouterons que le noir, Pisabelle, le gris de souris, etc., sont des accidents individuels, plus saillants à l'œil par leur éclat que véritablement remarquables en physiologie.
L'isabelle, particulièrement, petit, en beaucoup de cas, être assimilé à certaines nuances de roux ; mais , pour établir quelques règles sur la manière de classer et de juger les robes, il est nécessaire d'admettre un principe fondamental, lequel consiste à distinguer la teinte et le reflet.
Le reflet est produit uniquement par l'action du soleil. Ceux qui se connaissent réellement en chevaux arabes savent que le bai doré, l'alezan doré et le blanc argenté ne se rencontrent jamais dans aucune autre race, quelque
noble qu'elle puisse être. Ceci est une appréciation qui
ne saurait êlre démontrée, mais qui sera sentie par ceux qui voudront juger par expérience et sans prévention.
Les races nobles, même les plus relevées, autres que le sang arabe, ont une autre manière d'être noires, bai brun ou alezan brûlé que les races arabes d'une part et que les races communes de l'autre ; les reflets cuivrés , brillants, d'un fauve bronze, qui se remarquent sur le cheval de pur sang ou très-bien né, ne sauraient être comparés aux teintes plates, ternes et sourdes, quoique souvent plus foncées, des races abâtardies ou septentrionales.
Ainsi, le hart-drave hollandais, avec son poil noir de velours, est à la fois plus foncé et plus terne qvie tel cheval de pur sang qui sera signalé noir mal teint par l'un, alezan brûlé par l'antre, bai brun par un troisième.
Un arabe alezan clair rubican avec des balzanes est réellement plus chaud de ton qu'un suffolk. punch alezan brûlé très-foncé et zain.
Telle est la distinction que j'établis entre le reflet et la teinte.
Le reflet est produit par le soleil et le sang, la teinte est ce qui reste chez l'individu quand l'effet vivifiant du soleil a cessé.
Mais l'effet du soleil peut vivre dans l'individu, qui, alors, le transmet au moyen de sa virtualité.
L'absence du soleil, qui éteint les reflets, efface aussi les teintes; voilà pourquoi on voit tant de blonds dans les armées danoises, tant d'alezan clair et d'isabclles à crins blancs parmi les chevaux de Suède et de Norwéire.
Les chevaux gris blauc à crinière noire sont rares hors de l'Afrique ou de r Asie-Mineure.
Le poulain est toujours d'une robe lavée à sa naissance, et il tend sans cesse à foncer sous les rayons du soleil; c'est ainsi que beaucoup de poulains bai clair à deux ans approchent du bai brun lorsqu'ils commencent à vieillir.
On peut donc établir qu'il y a deux éléments dans la couleur d'un animal ; la teinte mate de cette couleur et sa température, si je puis m'ex primer ainsi.
C'est ce qui expliquera pourquoi il y a des chevaux trèsmous, lymphatiques et malsains sous des robes obscures, et des chevaux énergiques et irascibles, dont le poil alezan clair, avec beaucoup de rubican et de balzanes, paraît presque complètement décoloré et déteint.
Cela expliquera encore l'expression martiale de ces télés de Cimbres d'un blond si clair et si ardent qui étonnaient autrefois les soldats de Mari us.
On en conclura que l'effet du soleil est incontestablement de donner une robe foncée de teinte et brillante de reflet, mais que Tune et l'autre de ces deux qualités peuvent se perdre séparément; la teinte est bien moins précieuse que le reflet.
Ainsi, toute balzane, toute marque blanche sera une dégénération : tout individu albinos doit avoir sa dose de faiblesse et de lâcheté; tout cheval pie est bien près d'être albinos ; mais cette dégénération, qui consiste à se décolorer est moins mauvaise que la dégénératiou qui consiste a se ternir.
Ces vérités sont senties même par le vulgaire.
Pourquoi les chevaux qui nous arrivent de Hollande, d'Oldembourg, du Holslein et du Jutland, sous la dénomination commune de chevaux du Nord , sont-ils tous bai clair, bai brun ou noirs, et presque toujours zains? C'est que le climat a une si grande tendance à tout détremper, qu'il faut employer exclusivement les producteurs les plus foncés; le bai brun y devient lavé au point de n'offrir plus rien de noir; l'alezan y est si laid que personne n'en veut ; et si on laissait le blanc s'introduire dans une de ces familles, les balzanes n'auraient plus de limites.
Chose singulière, ces effets se présentent quelquefois dans le pur-sang, et même dans d'excellentes familles, et chez des individus célèbres par leurs performances.
11 y a eu de bons chevaux de course rouans, ou avec beaucoup de blanc. L'introduction du blanc dans une robe foncée, de manière à produire le rouan , est une preuve de dégénération, tout aussi bien que lorsqu'il y arrive comme bigarrure pour créer des balzanes ou des marques de pie.
On peut citer miss Craveti, rouane, ainsi que ses frères et toute sa descendance.
L'exemple le plus remarquable est peut-être la famille de Pmepolis, jument qui, presque toujours saillie par Quis, alezan, et étant alezane elle-même, a donné un grand nombre de poulains tous alezans ou rouans, avec beaucoup de blanc, et tous estimés, soit comme coureurs, soit comme producteurs. Examinons ce qui se passe, en général, dans les accouplements.
Un étalon et une jument de même robe engendreront presque à coup sûr un poulain pareil à eux ou à peu près. Cette règle est assez sûre pour qu'on puisse y compter. Ainsi, en supposant une circonstance où il faudrait absolument produire une série de chevaux d'un poil déterminé, on y arriverait en se bornant à choisir exclusivement les pères et les mères de cette robe.
Il y aurait cependant des exceptions qui arriveraient non pas pour confirmer la règle, ce qui, selon moi, est une absurdité, mais pour indiquer que la loi a été mal comprise.
En effet, pour qu'un étalon et une poulinière produisent à leur image, il faut que cette image soit héréditaire chez eux ; autrement, ça ne tient pas.
Nous allons entremêler les exemples et les préceptes, afin d'éviter l'ennui des dissertations et des longueurs. Nous reprendrons la nomenclature des robes, mais dans un autre ordre que dans le premier volume.
Là, nous voulions les classer; ici, nous ne ferons que les citer en commençant par les plus prisées ou les plus communes.
Robe» baie».
v , Si l'on tous d il qu'un cueval a sauté
dans le fond d'un précipice sans se faire de mal, demandez de quelle couleur il était, si l'on vous répond . bai, croyez-le.
Général Dai ma*.
Bai et baie font bai, nous l'avons déjà dit.
Cependant de Haimbow, bai, et d'Aimable, baie, naquit Hercule, alezan ; mais Aimable était fille d'Election, et Hercule a hérité de la robe, des marques et des allures de son aïeul maternel.
Preuve que la transmission du grand-père au petit-fils, sans que le degré intermédiaire y participe, ce qu'on appelle enfin sauter une génération, n'est pas en physiologie une illusion, un mythe, comme quelques-uns l'ont prétendu.
Dans l'espèce humaine, nous voyons tous les jours une femme fort saine, quoique née d'une mère phlhisique, mariée à un homme robuste, donner le jour à une jeune personne qui meurt de la poitrine à vingt ans.
Il arrive souvent que les qualités et les vices sautent une ou même plusieurs générations.
liai et baie feront donc bai le plus souvent, quelquefois alezan par saut de génération, comme aussi par la loi de climat qui, dans les latitudes septentrionales, porte le châtain vers le blond plus ou moins pâle, plus ou moins fade.
Du bai brun au bai clair, du bai clair au bai brun, le passage est facile et fréquent : tantôt vous voyez les robes foncer, tantôt elles se dégradent ; naturellement, le pursang, même clair, aune tendance à foncer, comme aussi on verra une jument commune d'un beau bai brun, produire ,bai lavé, parce que l'étalon de pur sang aura été bai clair, en vertu de ce principe que le sang infuse ses qualités comme ses défauts.
Robe* wlczimcs.
Si on vous assure atoir vu un cbeval voler dans les sir.«, demandez de quelle couleur il était, si on vous répond : alezan, croyez-le.
Général Dal'mas.
L'alezan est tenace et envahissant dans nos climats, et pins encore si nous remontons vers le Nord. Bai et baie font alezan quelquefois ; je n'ai jamais vu alezan et alezane faire bai ; Le Stud Book anglais, bien compulsé, ne m'en a donné qu'un exemple, et il est douteux. 11 s'agit d'un poulain né précisément Tannée de l'impression du volume ; il était donc tellement jeune, qu'il a pu y avoir erreur ou indécision sur la robe, comme cela arrive assez souvent (f).
Le Stud lioo/i français en contient quelques-uns, je les ai tous reconnus faux, à l'exception d'un seul que je n'ai pu vérifier, et il y a bien d'autres erreurs à relever dans ce livre.
On m'a cité un exemple en Algérie et un en Italie, je ne les ai pas vus ; par conséquent je puis afOrmer que cela est rare.
(1) On lit, vol. vi, page 341 : 1848, b. f. Ray Filly by Panta-
loon) :
Issue de Virago, alezane, par Pantaloon, alezan ; (au duc de Rutland). On retrouve cette pouliche, courant cinq fois à deux ans, au Racing Calendar anglais, et signalée comme alezane. Voy. Rac. Cal., mo. pages III, 233, 272, 273. 292.
Ilobe* grises.
Valebunt
glaucique
Virgile.
Père et mère gris ont beaucoup de chances de donner gris. Le haras arabe de S. M. Louis-Philippe, à St-Cloud, m'en a fourni beaucoup d'exemples. J'ai vu pourtant Adjari étalon de cet établissement, gris, fortement truilé, produire avec une jument de trait, gris blanc, un cheval bai clair terne, mais incontestablement bai ; Tannée suivante, le même croisement donnait un poulain gris.
N'oublions pas ce que j'ai dit au premier volume, qu'un cheval gris porte presque toujours en naissant une robe simple et foncée. Par conséquent, lorsqu'on emploie un étalon ou une poulinière gris, il est bon de savoir quelle a été leur teinte primitive.
Les haras de Saint-Cloud, de Pompadour, où l'on a réuni des étalons et des poulinières gris en grande quantité, m'ont donné lieu d'observer que cette robe a une tendance à se laver et à se salir. Il faudrait tenir compte de cette particularité si on voulait élever une famille de chevaux d'une nuance grise agréable.
Robes noires.
.... Vaccinia nigra leguolur.
Vihc.
Noir et noire donnent uoir ; mais les exceptions sont un peu plus fréquentes. Je ne répéterai pas ici le fait
singulier déjà cité, sur le rapport de M. Vankorrick, des albiuos provenant de cette union de noirs.
Du reste, les chevaux noirs sont rares, et je ne crois pas qu'en France il y ait lieu, jusqu'à présent, de s'efforcer de produire des animaux de cette robe.
L'isabellc, le souris, le louvet, sont des robes trop rares pour que j'aie pu faire une série d'observations sur les apparentements en ce genre. Je puis dire seulement que j'ai lieu de croire à une certaine affinité entre le noir et Tisabelle. Un cheval entier, sarde, très-petit, isabelle à crins blancs, saillit, en 1830, une poney te baie ; le poulain fut noir. Une jument isabelle, fille d'une jument noire et d'un père inconnu, ne donna de poulains isabelles qu'avec un étalon bai à moi appartenant, et qui tenait de deux côtés à Sorcerer, cheval de course noir. Voilà les deux seuls exemples authentiques que je puisse citer.
De la robe de» poulain» obtenue par croiaeincut d'animaux de robe» différente».
Le poulain lient du père et de la mère, quant à la robe, soit par prédominance, soit par mélange.
Par prédominance, lorsqu'il prend la robe du père ou de la mère ; par mélange, lorsque, par exemple, il naît rouan d'une mère grise et d'un étalon bai.
La virtualité du père ou de la mère se manifeste dans ce cas en imposant sa couleur au produit.
La virtualité est d'ordinaire du côté de celui des deux auteurs qui a le plus de sang. Mais il arrive parfois qu'elle
esl individuelle, el que, par exemple, une jument, commune en apparence, produira toujours des poulaius de sa robe, quel que soit l'étalon qu'on lui donne.
C'est ainsi qu'une poulinière bai zain de Norfolk, saillie quatre fois par un étalon noir de Norfolk à quatre balzanes et une fois par un étalon arabe alezan avec beaucoup de blanc, a donné cinq poulaius tous bai foncé, à peu près de sa nuance, et tous zains ou presque zains.
Alezan et baie donnent presque à coup sûr alezan ou bai ; il n'y a, pour s'en convaincre, que de vérifier sur le turf les productions de Gladiator, de Baron, etc.
Mais souvent, surtout dans les espèces mélangées et d'origine inconnue, il y aura des sauts de générations ou des anomalies difficiles à expliquer.
Tel est l'exemple déjà cité de cette jument alezane donnant des poulains noirs avec un étalon bai ; et, dans le pur-sang, Britannia, noire, par Cadland, bai brun, et Tênirife, alezane.
Alezan et grise donneront : l'un, ou l'autre, soit gris, soit alezan, ou l'intermédiaire : le bai.
J'ai vu une jument de charrette gris Imité produire, avec le même étalon arabe alezan clair, six produits bais ou bai brun, dont un seul est devenu gris, et encore si tard, que ce n'est que vers le onzième mois qu'on a pu apercevoir les premiers poils blancs aux tempes et aux oreilles.
Je regarde le bai comme l'intermédiaire entre l'alezan et le gris, absolument comme le châtain est l'intermédiaire entre le blond el le brun dans l'espèce humaine.
Le noir, dans les croisements de robe, fait l'effet do l'obscur sans la chaleur. Ainsi, d'une jument noire saillie par un étalon alezan, ou vice versu, on obtiendra tantôt noir mal teint, tantôt bai brun, tantôt bai clair; on aurait alezan poil de vache, que je n'en serais pas étonné, parce que le noir parait naturellement dépourvu de virtualité.
Ainsi, Temploi d'un étalon bai brun sera avantageux pour réchauffer les couleurs d'un haras ; et avec un étalon noir, on manquerait probablement ce but, surtout s'il n'était pas de pur sang.
De la robe grise dan» le» croisement» de couleur.
Le Stud lioock anglais ne m'a fourni aucun exemple de gris et grise donnant autre chose que gris, ni aucun exemple de poulain gris qui n'eût au moins un ascendant gris, soit le père, soit la mère.
J'ai cependant vu naître un poulain gris pommelé d'un étalon percheron-normand i sa bel le, et d'une jument de trait fleur de pêcher excessivement clair. La même jument avait donné cap-de-more avec un cheval bai de pur sang.
Je regarde cet exemple comme très-rare, et je l'explique par la nuance tout à fait décolorée de la mère et la couleur insolite du père, surtout dans sa race.
D'un père gris, d'une mère d'une autre robe, à quel poulain doit-on s'attendre? Ceci est une question douteuse.
Rowhton gris a donné un grand nombre de poulains
au haras de Mention, les gris ont élé en minorité; et il paraît que telle est la loi de la nature en nos climats, puisque le pur-sang anglais, qui présentait autrefois beaucoup de poulains gris sur les hippodromes, en fournit très-peu aujourd'hui.
Dans les années 1853, 1854, 1855, notamment, les poulains gris se sont trouvés au nombre de huit, vingt et un, quatorze, et là dessus le seul Chanticleer en a donné la plus grande partie, savoir : trois, douze et dix-huit, produisant, chaque année, quatorze, trente et un, vingtcinq poulains en tout.
Il est vrai qu'il faut ajouter à cela quelques individus signalés bais et rouans qui sont peut-être devenus gris par la suite.
Si le gris tend à disparaître dans le pur-sang anglais, le contraire a lieu en Camargue. Un de mes amis, propriétaire dans cette contrée, a eu beaucoup de peine à obtenir quelques poulains bais ou alezans, quoiqu'il n'employât que des étalons arabes ou anglais bais et alezans ; et le gris, lorsqu'il a disparu, n'a disparu qu'à la seconde ou troisième génération.
L'usage immodéré du carrossier normand sur la poulinière de gros trait n'a donné, sous le rapport de In robe, que des résultats variés, et qui se balancent à peu près également à cause du peu de virtualité des deux espèces. Il est du reste difficile de rien constater là-dessus à cause des singulières positions faites par le commerce aux individus nés de ces croisements mal entendus et funestes. En effet, lout métis pris a été dit percheron, tout
métis bai a été porté comme normand, tout métis rouan, Pun ou l'autre, et tout métis alezan méprisé.
Dans le tiès-petit-nombre de croisements consciencieusement combinés entre le pur-sang et le gros trait, j'ai toujours vu une tendance à la disparition du gris.
Bai et grise donnaient alezan, ou plus souvent rouan et aubère ; le rouan donnait rubican , rubicau donnait zain.
Accumuler les exemples serait aussi fastidieux qu'inutile, parce que la citation d'un fait n'a de mérite que si ce fait a été bien vu, bien observé.
Cependant, tout résultat, si bizarre qu'il soit, peut avoir sa raison d'être, et quoique sa rareté puisse le faire regarder comme un jeu de la nature inexplicable et oiseux à noter, il y a cependant toujours à y voir une vérité utile.
Il y avait en 1844, au liaras du Pin, une pouliche de dix-huit mois, nommée Prima-Dona, d'une assez belle venue, grande, grosse et forte, de ce modèle dont on fait indifféremment des poulinières sans valeur, et des chevaux de course sans mérite, c'est-à-dire qu'elle possédait toutes les perfections insignifiantes de volume et de santé, qui séduisent le vulgaire, sans offrir aucune certitude de qualités, et sans qu'il fût possible non plus d'affirmer péremptoirement qu'elle ne serait jamais bonne à rien.
Le comble de l'adresse, pour faire valoir les appas volumineux d'une pouliche de cette sorte est d'en risquer une exhibition pompeuse comme poulinière.
Une seule circonstance s'opposait à une aussi brillante destinée, c'était sa robe : une robe inqualifiable : on avait bien écrit alezan au StudBook; mais pour être vrai, il aurait fallu mettre alezan rubican, et il y avait tant de rubican que ranimai était rouan, et encore rouan, c'està-dire plutôt aubère, mieux, fleur de pécher; aucuns même auraient pu dire tigre, car il y avait des places blanches qui entouraient des taches alezanes.
Enfin, c'était une occasion magnifique pour un connaisseur de se poser, par une diatribe foudroyante sur les robes extraordinaires.
On n'y manqua pas ; il y eut des voix pour la réforme : une béte d'une robe comme celle-là ne devait pas dépam, déshonorer un établissement modèle, un établissement du rang du haras du Pin.
On en gardait de bien pires ! qui, il est vrai, étaient bai zain.
— Mais alors! s'il est de si grave conséquence d'avoir ici une jument comme cà, pourquoi Py a-t-on élevée? — Mais c'est un malheureux hasard. — 11 me semble, au contraire, qu'on a fait tout ce qu'il fallait pour obtenir une robe alezane, d'un rubican exagéré, et qu'on y a même travaillé pendant plusieurs générations- — Comment donc! le père et la mère sont bais! — Je sais bien : sur le Stud Boo/r, tome iv, page 150 (1); et encore !
(I) Huraca mère de Prima Dona :
Au 1er vol., p. 191. est alezane.
Au 2e vol., p. 134Ï, esl alezane.
Au 3' vol , p. 140. esl haie.
mais le père Mameluck, outre sa lisse cl sa balzane, a encore dans sa robe, des reflets ternes, signes certains d'une robe peu tenace et peu permanente.
De plus, vous avez dans son origine : Arethuza, alezane, Prophet mare, grise, Horatia, alezane, Blizzard, alezan, le sang Éclipse et de Delpini, toutes circonstances propres ii remener les robes claires, si ia mère s'y prêle. Or, la mère, Ihuraca, bai forlement rubican, a pour père Pickpocket, bai, fils de Saint-Patrick, alezan, et pour mère, Pamela, par Tigris, le plus alezan et le plus rubican «le tous les chevaux, qui a eu quatorze frères ou sœurs, tous alezans ou rouans; la mère de Pamela est d'une famille baie, où Ton voit toutefois une certaine Yellow mare, jument jaune.
Mameluck a produit, en France, avec des juments baies beaucoup de poulains alezans : Lampion, Brilla d'Oro, Détirée, Priam, Giaour, Péri, et d'autres en Angleterre, liernon?, par exemple.
Pickpocket est le père de Miranda, Witeface, Barcarolle, Vautrin, Y. Pickpocket, tous alezans, dont aucun n'a de mère alezane.
Partout le bai cache l'alezan dans cette famille ; si on eût donné à Hurraca un étalon tel que Nautilm, ou même Royal-Oak, il est probable que le bai se serait maintenu j
Au 4e vol., p. 224, est alezane, et p. 130, baie.
Au 5" vol., p. 207, est baie, et p. 313 alezane.
Au 1er vol., 2* édit., p. 334, est alezane, et p. 247, baie.
J'ai deja dit ailleurs (pic le Siud Book fouirais contenait beaucoup de fautes cl d'iucxacliludc$<
car je ne connais aucun poulain alezan de Cadland, nui cependant a sailli beaucoup de juments de cette robe.
Si nous voulons avoir quelques détails sur les robes rares ou singulières, nous pouvons remarquer le premier produit apporté d'Angleterre par Cassandra, pleine de Sir Hercules. Cette pouliche, désignée comme noire dans le SUid-Book français, page 150, et qui l'était peut-être à sa naissance, .est en réalité cap de more ; Sir Hercules était noir avec beaucoup de rubican, et Cassandra était d'une teinte particulière dans son bai, d'un brun obscur et terne.
C'était aussi la robe (Tlnheritor qui a produit, en 1849, avec Flirtation grise, Jollity, pouliche cap de more, si je puis me le rappeler.
Aussi un éleveur étranger, plus expert qu'on ne l'est généralement en France, me disait-il, j'ai vu produire Inheritor en Belgique, et il donne toujours des robes franches et non pas fausses, comme on pourrait le croire d'après sa robe incertaine.
Les robes irrégulières sont quelquefois tenaces; mais on ne les reproduit pas à volonté, précisément parce qu'elles sont rares ; autrement elles seraient communes et reparaîtraient sans cesse.
Un étalon alezan normand a donné, en Auvergne, un poulain pie-alezan. La mère, probablement allemande, était de ce rouan particulier et caractéristique qui est très-clair, avec beaucoup de blanc à la tête et toujours des balzanes qui remontent en arrière jusqu'aux cuisses et
blanchissent le ventre, de telle sorte qne l'individu est plutôt pie que toute autre chose.
On m'a dit qne le duc de Feltre, sous l'Empire, ne voulait que des carrossiers de cette robe, et il en entretenait toujours une trentaine dans ses écuries.
Une poneyte normande pie-alezan était saillie tous les ans au haras du Pin par divers étalons de demi-sang, toujours bais, toujours zains, elle donnait tous les ans un poulain pic, mais qui avait toujours moins de blanc que celui de Tannée précédente.
J'ai essayé de reproduire la robe pie. Une jument pie, saillie deux fois par un cheval alezan ayant beaucoup de blanc, et ensuite par un cheval anglais bai, a donné une pouliche alezane presque zain, un poulain pie, un poulain alezan avec trois balzanes.
Winlcr a donc raison de recommander, pour faire pie, que le mâle et la femelle fussent tous deux de celte robe. Voici le passage, page 57.
« Quelques-uns sont d'avis qu'en prenant un cheval
« noir et un blanc, il en sortira un cheval noir-pie, et
« en accouplant un cheval brun ou alezan brûlé avec un
« léard (gris), il en sortira nécessairement un cheval pie
« ou rougeâtre ou bien un brun, etc., mais ils se trom-
« peut étrangement, vu que un cheval blanc avec un
« noir ne font qu'une couleur mêlée, à savoir des gris-
« noirs, des gris-pommelés ou bien des rubicans; un
« cheval brun ou alezan brûlé avec un cheval blanc ne
« font que des gris de sable, rougeâtres, ou des rubi-
« cans bruns ou rouges. Or, si l'on souhaite des che-
R vaux noirs-pies, il faut donner à un étalon noir-pie des « cavales noires avec beaucoup ou peu de marques blan- « ches, et alors il en sortira une race de semblables tein- « tures, ou bien donnez à un étalon noir avec beaucoup « ou peu de marques blanches des cavales noires-pies, « mais l'un et l'autre étant des noirs-pies, on aura bien « quelquefois la teinture souhaitée, mais on court danger « que chaque fois n'en sorte une couleur toute difle- « rente. Voy. lett, À. »
Ceci est un renvoi à une gravure que sa naïveté ou son cynisme ne nous permet pas de reproduire.
Les robes tigres ne sont qu'une déviation du rouan, cela est si vrai qu'il est rare de rencontrer des chevaux tigres aussi bien marqués par devant que par derrière, presque toujours sur l'avant- main les lâches se confondent dans un fond d'un rouan obscur.
TraiiftiulMlon des marques», telle* que étoiles, ll»»es, balzane», etc.
Le blanc a une tendance à se reproduire ; mais non
quant à la disposition des marques. Ainsi, pour avoir zain, ne prenez que zain, mais ne craignez pas que telle ou telle marque désagréable se reproduise avec obstination.
Miss Raimbow eut quatre balzanes parce que son père en avait trois, ce qui n'aurait rien fait si Young Urganda, sa mère, n'eût pas été grise elle-même et fille de gris.
Young Urganda a toujours donné gris, excepté 3iiss
Raimbow baie, Jupiter alezan, tous deux avec quatre balzanes, et Houlette, bai zain, celte dernière par Lottery.
Miss Raimbow n'a donné que My thème, avec quatre balzanes, quoique souvent saillie par Caravan , dont le père, Camel, avait beaucoup de blanc.
De Sultan il ne nous est venu qu'Hœmus ayant les balzanes de son père.
D'où je conclurai qu'il ne faut craindre le blanc que lorsqu'on le rencontre à la fois chez le père et chez la mère.
En voilà assez, je crois, pour être sûr d'obtenir les robes que Ton pourra désirer. Voyons maintenant quels devraient être nos goûts si nous étions raisonnables.
D'abord l'albinos étant une dégénération, tout ce qui s'en rapproche est plutôt un défaut qu'une qualité; ainsi toute marque blanche est à rejeter, toutes choses égales d'ailleurs; toutefois l'alezan étant une excellente robe, qui se trouve rarement zain, on peut lui pardonner quelques taches. Il n'y a réellement que trois bonnes robes, le bai-brun, l'alezan et le gris. Le caprice seul peut les faire proscrire ou en faire accueillir d'autres.
Mais comme la robe n'est pas tout, les qualités doivent passer avant, et c'est ce principe qui a prévalu en Angleterre lorsque l'on a créé les races de trotteurs (exemples : Miss Tuner, les blac/i horses avec leurs balzanes, et les bœufs de Durham avec leurs robes si obscures et si mélangées).
N'excluons donc jamais un producteur de mérite poui sa robe ; ne pardonnons aucune marque désagréable è
une jument médiocre. Je n'admets pas qu'un étalon puisse jamais être une médiocrité.
Il faut dire aussi qu'aujourd'hui, en France, tous, tant que nous sommes, éleveurs ou consommateurs, nous sommes si loin de la science, du vrai et du sens commun, qu'il est superflu de nous occuper d'avoir du goût.
Je dis donc que beaucoup de blanc est un mal dans un étalon et une poulinière ; mais la manière dont il se reproduit n'étant pas constante, peu importe sa disposition.
Par exemple, deux balzanes antérieures me font toujours rebuter un cheval de service, à cause de la défectuosité constante de la corne blanche. Mais en génération, il n'y a pas de raison pour que le blanc se retrouve plutôt devant que derrière.
J'ai vu rebuter un bon cheval de pur sang, Chourineur, par 3fa$ter Waggs et Miss Sophîa , à cause d'une mari que au nez désagréable : fils et frère de zains, il avait peu de chance de reproduire son blanc, et moins encore de le reproduire au même endroit.
Il faut, en règle générale, ne s'occuper de la robe que très-secondairement, et après avoir réusài à mettre de son côté toutes les conditions de succès quant aux qualités.
Presque jamais la robe ne doit faire rejeter une bonne poulinière.
Jamais la robe ne doit faire agréer un sujet sans mérite.
Mais si l'on veut absolument s'astreindre, par caprice
ou par une déférence intéressée pour la mode, à n'élever que des chevaux d'une couleur déterminée, n'alliez jamais que des individus pareils entre eux, et encore assurez-vous avec soin que ni l'un ni l'autre ne comptent dans leur généalogie aucune robe disparate depuis un grand nombre de générations.
Suite de» transmissions héréditaires.
11 est malheureusement moins difficile de définir la robe que vous voulez obtenir, que de spécifier catégoriquement les qualités ou les défauts que le poulain pourra acquérir de ses parents par hérédité.
Pour bien s'entendre sur ces questions, il est absolument nécessaire d'abord, ici comme ailleurs, de se débarrasser de ces expressions de bon cheval, bonnes qualilés, et autres mots sans idées, ou capables seulement d'en donner d'absurdes.
Il n'y a pas de bon cheval, il y a un cheval qui plaît pour telle ou telle qualité, et cette qualité, il s'agit ici de savoir en quoi elle consiste et jusqu'à quel point elle doit être poussée pour plaire.
Par exemple, on vous cite uue jument comme excellente parce qu'elle avait l'habitude de faire quatorze lieues en quatre heures, sans fouet, à un tilbury, en donnant plein les mains, phrase officielle, en vertu de laquelle le propriétaire est à la recherche d'un étalon aussi vigoureux que la mère pour ne pas laisser perdre ces qualités.
Qu'on lui donne un étalon de pur sang, un peu vio-
lent, que son impétuosité aura empêché de courir heureusement ; car c'est toujours pour le demi-sang que sont réservés les malheureux de l'hippodrome.
Alors on aura grande chance d'élever un jeune cheval qui ne prendra pas le collier du tout, qui se précipitera en désespéré et par lançades, sans gagner un pouce de terrain, et qu'on appellera rétif.
Tout cela uniquement parce qu'on 1/ aura trop mis de ce qu'on trouvait bon.
De ce qui précède on conclura naturellement qu'il faut mitiger les qualités de la mère par celles du père et réciproquement, donner, par exemple, à cette jument uu étalon d'un caractère calme et même un peu froid.
Conclusion fort logique, et en même temps fort trompeuse souvent, parce que raisonner sur les effets quand on ignore les causes, c'est raisonner en aveugle.
Presque tout le monde attribue l'ardeur du cheval à son moral, à son caractère, à son âme, en un mot au principe subtil qu'on imagine entièrement indépendant de la machine matérielle et visible.
Une autre doctrine hippologique et nouvelle semble s'être chargée de ressusciter Descartes. D'après elle, le cheval étant un composé de leviers, marche en raison de leur jeu ; le cheval est vif si les leviers jouent facilemeut, il souffre et se fâche si la machine va mal; il est parfait s'il est bien fait; eufîn, si on pouvait mouler le cheval comme on moule le buste d'un homme en plâtre, l'examen attentif de cette statue vous révélerait parfaitement la manière de faire de l'animal.
La vérité n'est ni ici, ni là. La machine du cheval peut jouer selon la manière dont elle est faite (conformation), selon la matière dont elle faite (constitution, degré de sang, tempérament, etc.).
Cela posé, la machine est animée par une âme ; mais cette âme, uous n'en connaissons pas la nature, est-elle d'un principe à part, indépendant de la matière et imposé à la matière pour la dominer en despote ; ou n'eslelle en définitive que le résultat, l'expression visible de tout l'ensemble constitutionnel de l'individu, résumant à nos yeux tout ce que nous voyons et tout ce que nous ignorons de son organisme ?
Je n'en sais rien, mais je sais, mais j'ai vu que le caractère du cheval est variable indépendamment de son individualité matérielle et physique; et en même temps se modifie d'après celte individualité absolument comme d'après toute autre circonstance.
Ainsi l'ardeur, l'impétuosité, se manifestent par des défenses en place, des résistances immobiles, du reculer, et tout autre symptôme de froideur, si la machine locomotive n'est pas faite pour faciliter les sauts en avant, ou si une main ignorante et maladroite met l'animal dans l'impossibilité d'exécuter ce qu'on veut de lui.
Pour faire un croisement relatif a l'ardeur, à l'impressionnabilité, au courage, que I on veut dans le poulain à naître, il faut faire entrer en ligne de compte dans ses combinaisons: la conformation, le degré de sang du père et de la mère, et surtout les chances de rayonnements
divers, qui augmentent avec la différence d'origine existant entre les individus accouplés.
H existe quatre classes principales de chevaux si on classe les individus d'après leur manière de se comporter au travail.
Le pur-sang a une activité telle qu'il fait toujours beaucoup plus qu'on ne veut, et un peu plus qu'il ne peut. D'où il résulte que le talent de le conduire consiste à le modérer pour la conservation respective du cavalier et de fanimal.
Malgré son ardeur, son impatience et ses colères, c'est encore celui qui dure le plus longtemps, quoiqu'il rende lui-même sa besogne plus fatigante qu'on ne le voudrait.
Le cheval anglais, c'est-à-dire né et élevé en Angleterre, quelle que soit son origine, est plus mou, plus restant, moins vif que le pur-sang; mais l'éducation qu'il a reçue, les habitudes qu'on lui a données, l'ont rendu rigide, actif, persévérant et brutal. Ses muscles et ses uerfs sont tellement façonnés à aller en avant qu'il se pousse toujours selon ou malgré la volonté de celui qui le guide.
De là cet ensemble de qualités et de défauts qu'on admire et qu'on blâme en lui tour à tour.
L'allemand, d'une locomotion facile, et de ressources médiocres, élevé avec discernement et avec douceur, est confiant et docile. Il fait complaisamment et sans peur tout ce qu'il peut; mais une fois lassé, comme il est familier, il se ralentit sans s'effaroucher et ne donne plus rien au-dessus de ses forces.
C'est véritablement le cheval des maladroits; on n'aura jamais rien ponr le remplacer en France.
Le cheval normand, mal conformé, bâti de pièces et de morceaux, incohérent, décousu, mal né et mal nourri, n'a eu lui ni la facilité de l'allemand ni le nerf du pursang.
Toute locomotion lente ou rapide lui est incommode, pénible, impossible, par conséquent les sollicitations Tirritent.
Il ne peut ni ne veut.
Le pur-sang est le seul qui puisse satisfaire un bon cavalier, qui veut tout faire et tout oser.
Le demi-sang anglais contente l'homme assez maladroit qui veut aller assez vite.
L'allemand est le partage de celui qui préfère à tout son agrément et sa sûreté.
Le normand ne convient à quoi que ce soit.
Ici, il faut que je m'explique sur la dénomination donnée aux quatre types que j'ai distingués ici.
Guenon, dans son Traité des vaches laitières, les classe par Us dénominations de flandrines, bicornes, poitevines, limousines, etc., il ajoute :
« Le lecteur est prévenu qu'il ne doit chercher dans « les dénominations que jVi imaginées ni étymologie ni « combinaisons scientifiques; les noms que j'ai donnés « à mes classes sont purement arbitraires, et répondent « tout simplement à l'idée que je m'en suis formée. »
Il en est de même ici pour moi.
On trouvera des chevaux de pur sang, et même d'un
certain mérite, offrant tout à fait an cavalier le caractère que j'ai qualifie de normand.
Le Colentin produit beaucoup de chevaux communs avec le caractère allemand.
On peut trouver en Angleterre et en Allemagne maint spécimen complet de mon dernier type.
La seule raison qui m'ait déterminé à choisir ces appellations, c'est que si on veut se procurer immédiatement un exemple de ces quatre grandes distinctions de caractères, la manière la plus prompte et la plus facile de se les procurer sera de chercher successivement :
Un bon cheval de pur sang ;
Un bon cheval de demi-sang ;
Un cheval du Nord ordinaire;
El un très -mauvais carrossier normand.
En un mot, je n'ai voulu ici jeter ni éloge ni blâme à aucune race ni contrée.
Cela posé, on pourra combiner ses accouplements de manière à avoir à peu près le degré d'activité voulu , à condition pourtant de ne pas chercher un degré d'ardeur et un degré de volume incompatibles.
Comme aussi en se rappelant qu'une conformation irrégulière amenant la difficulté de locomotion et la maladresse, on ne saurait en espérer la commodité et l'agrément.
Nécessité de compenser en détail chaque défaut du père par la qualité opposée de la mère, ou viee versa ;
Nécessité d e\iler les disparates trop heurtés, dans la crainte d'arriver à un résultat incohérent ;
De ces deux nécessités il résulte que toute alliance cr>t à la fois un croisement et un appareilleraient.
Si vous voulez, par exemple, produire un cheval de course avec une jument d'un gçand train, mais n'ayant pas tout ce que l'on petit' désirer comme forme et vigueur d'organes, vous choisirez un étalon remarquable par ces deux dernières qualités : croisement dans fappareillemenl;
S'il s'agit de donner une jument de trait au cheval de pur sang, il ne sera pas mal à propos de profiter, si l'occasion s'en présente, d'une certaine ressemblance de silhouette, d'une parité de physionomie générale entre l'étalon et la poulinière, quoique d'espèces fort éloignées : appareilleraient dans le croisement.
La transmission héréditaire des détails est assez facile à observer , elle est réelle , mais non constante : c'est-àdire qu'on ne sait jamais si telle ou telle qualité, tel ou tel défaut, arrivera au poulain par sa mère, ou sera corrigé par le père, ou bien encore disparaîtra dans la première génération pour se rencontrer dans la seconde, et quoique l'on ne puisse attendre aucun résultat déterminé, on peut cependant prévoir une série de cas, dont un est immanquable ou à peu près, sans que l'on sache au juste lequel.
C'est alors un problème indéterminé, à plusieurs solutions. On sait quelles sont les choses qui n'arriveront pas, mais l'on ne sait point entre quatre ou cinq possibles laquelle arrivera.
Quant aux ensembles, il est absolument impossible d'y compter, parce qu'il suffit d'une seule et unique condition pour les détruire.
Par exemple, vous avez une jument de selle d'un agrément remarquable; nulle ne vous a plu davantage au monde, si ce n'est un cheval entier de votre connaissance et qui est à votre disposition.
Vous tentez l'union de ces deux sujets remarquables pour vous au même degré et sous le même point de vue.
Vous ne jouez le jeu, en agissant ainsi, que dans un seul cas, celui où les qualités de l'étalon et de la jument sont absolument identiques.
Autrement, le mélange de deux contrastes excellents peut tout aussi bien donner un résultat insupportable qu'une fusion avantageuse.
Et même dans le cas de similitude aussi parfuite que possible, des causes que Ton ne peut découvrir déjouent souvent les calculs.
Queen of Drump avait gagné le Saint-Léger et les oaks, saillie par Colonel, vainqueur du Saint-Léger et second au Derby par un dédit, elle a donne de bons chevaux, il est vrai, mais pas de vainqueurs hors ligne, comme on se serait cru en droit de l'espérer.
Une question assez curieuse est celle-ci : les qualités acquises sont-elles susceptibles de se transmettre ?
Certaines personnes répondent affirmativement. Le degré le plus avancé de cette opinion est de croire au coup de lance. Je suis, quant à moi, un peu d'avis de ne
pas toujours se presser de rejeter ce qui répugne à la raison et à la vraisemblance.
On a répété partout, et avec raison, que les blessures et tares accidentelles n'ont aucune importance; et cela se vérifie journellement par les faits. Comment alors les résultats de l'éducation pourraient-ils influer sur les individus qui ne la reçoivent pas ? Que sais-je ?
Toujours est-il que l'homme développe chez un animal les qualités qui y sont, et non celles qui n'y sont pas ; car il lui est donné de modifier et non de créer.
Il est donc, en ce cas, utile de croire que les qualités acquises se transmettent, soit que cela soit vrai, soit que cela soit faux.
En effet, de deux étalons que Ton a essayé de dresser, celui que Ton a réussi à amener à un beau résultat vaut évidemment mieux sous ce rapport (pie l'autre dont on n'a rien pu faire.
Car les qualités qui n'existaient pas chez l'uti ont été mises en évidence chez l'autre.
Croyez donc que les qualités acquises se transmettent, et quand même celte opinion serait absurde, elle vous mènera à dresser les étalons et les poulinières.
De là, exclusion naturelle des beaux modèles bons à rien, qui quant à présent foisonnent, et surtout exclusion dans les pays d'herbages de toutes ces juments hystériques et intraitables qu'il est impossible de vendre, et qu'on fait saillir dans un double but.
Ou on les vend à l'automne, grosses et douces comme on ne les avait jamais Vues ; d'où il résulte que le ci-
tadin confiant, qui s'imagine faire l'acquisition d'une poulinière d'élite, trop belle pour le service, mais réformée comme stérile, possède réellement au bout de quelques mois une jument chatouilleuse et un poulain dont il ne sait que faire.
Ou bien encore on les garde, on leur fait obtenir dis primes, et elles fondent des familles rueuses à perpétuité.
JYi connu des poulinières qui n'avaient porté ni collier ni selle de mère en fille depuis dix générations.
Si on pouvait faire quelque chose de bon comme ça, ce serait une bien grande absurdité que l'institution des courses.
Si c'est à l'institution des courses que les Anglais doivent leur supériorité hippique, il ne faut faire pouliner que les juments d'un bon service.
Indépendamment de l'hérédité des qualités acquises , il existe une hérédité par l'exemple.
Un fait bien constaté pour moi, par mes expériences personnelles, c'est que les poulains dont les mères travaillent sont d'un dressage pins facile que les autres.
Et que l'on ne croie pas que ces juments qui travaillent soient précisément les plus dociles.
J'ai fait toutes les épreuves, parité d'étalons, mêmes juments successivement mises au travail et retirées.
Cela s'explique par la vue et le loucher des harnais, des voitures, des charretiers. Cela s'explique encore mieux par la confiance que le poulain acquiert en voyant la confiance de la mère.
En vertu de la même cause, le caractère de la mère se transmet beaucoup plus que celui du père, parce qu'il y a deux influences : génération et imitation d'un côté, et une seule de l'autre.
Que sait-on même si la vie fœtale, c'est-à-dire le temps que le poulain vit dans le ventre de sa mère, ne peut être employé dans un sens ou dans un autre pour modifier un jour sa constitution et l'avenir du jeune animal ?
Les exemples abondent d'hommes qui se ressentent toute leur vie des souffrances ou des frayeurs de leur mère pendant leur grossesse.
Le fœtus même n'agi t-ii pas sur sa mère ?
L'exemple déjà cité de la jument (zèbre) qui, fécondée une fois par un couagga, mit successivement au monde cl en plusieurs années des poulains tout zébrés comme le père du premier seul ; la ressemblance avec le mulet de certains chevaux dont les mères, en Espagne, avaient précédemment produit par le baudet, sont des faits qui paraîtront plus ou moins concluants suivant l'appréciation de chacun.
J'ai vu expliquer ainsi ce phénomène par ceux qui y
croyaient : le fœtus étant entretenu et nourri par la mère
au moyen d'un appareil qu'il serait inutile de détailler
ici, doit avoir avec elle une communication réciproque,
et alors il s'ensuivrait que si la mère imprime ainsi sa
ressemblance à son fruit, celui-là peut la modifier à son
tour et par conséquent lui donner quelque chose de ce
qu'il tient lui-même de son père.
m. il
Je ne puis uier ni appuyer une pareille théorie. Dans le doute, je crois pouvoir décider qu'il est possible: 1° que les qualités acquises se transmelleut ; 2° que le mâle peut influer dans la génération sur les poulains d'une jument qu'il a fécondée et à la conception desquels cependant il n'a point eu de participation.
Et j'agirai en conséquence loules les fois que des circonstances plus importantes, plus décisives, ne me forceront pas de négliger celle-ci.
Principes détachés qu'il est nécessaire de connaître avant de se livrer à l'élevage.
Nous avons donné la définition de certains types, de certaines races, de certaines spécialités, afin de fixer les idées; mais, en pratique, l'occasion, qu'il ne faut jamais laisser échapper, vous amène le plus souvent à des cas particuliers, dans lesquels il faut agir en dehors des règles générales, par inspiration, quelquefois même au hasard.
11 existe, par exemple, une multitude de juments que l'on ne saurait ranger dans aucune des catégories données ; elles ne sont cependant pas toutes mauvaises; il y en a d'excellentes absolument, et beaucoup qui sont bonnes relativement, c'est-à-dire susceptibles d'êlre avantageusement employées si on opère bien. Et, il faut en
tout cas qu'elles soient consacrées à la reproduction, faute de mieux, de peur de dépeupler le pays.
l>c la taille de» chevaux.
A part les circonstances qui tendent à augmenter et à diminuer les espèces, et dont nous avons parlé, il y a une loi de nature qui pose une limite aux extrêmes en tous sens et ramène tout à sa moyenne à elle.
Dans les pays qui grandissent, les géants accouplés entre eux ne donnent pas une génération de géants.
Les ponys ne peuvent pas non plus se rapetisser au delà d'une certaine limite.
C'est par un choix judicieux d'étalons et de juments bien nés et bien portants que vous pourrez élever de quelques pouces la taille naturelle à votre sol.
Prenez des individus à peu près de la taille autochthone, et obtenez le surplus par l'art et L'éducation.
De 1 âge do» producteurs.
Tous les livres anciens écrits sur les haras posent des limites fort étroites entre lesquelles il faut choisir, quant à l'âge, l'étalon et la poulinière afin d'éviter l'excès de jeunesse ou de caducité.
Plusieurs, toutefois, citent les Anglais comme ayant souvent tiré bon parti de très-vieux étalons.
En pratique, on tombe très-généralement dans tous les excès possibles.
Je crois qu'ici, comme en toul, il y a une r'^gle, et une règle immuable. L'exception, loin de confirmer la règle, prouve simplement que la loi est ignorée.
Évidemment, le bien est ici après le développement et avant la décrépitude.
La nature n'est pas tellement absurde qu'elle ait généralement assigné à la naissance des désirs une époque antérieure à leur opportunité.
C'est donc une erreur d'annoncer une multitude de désastres à ceux qui font saillir les juments à deux ans et les étalons à peu près au même âge
Voici simplement ce qui arrive en pareil cas : dans chaque individu le développement est d'autant plus susceptible de se modifier qu'il est plus loin de sa perfection.
Eu conséquence, chez la jument saillie à deux ans, l'ensemble de l'organisation se portera plutôt vers l'œuvre de la gestation ; il n'y a pas beaucoup de raisons pour que le poulain en souffre, il y en a pour que la mère devienne très-bonne poulinière et très-mauvaise bêle de service.
Il n'y aurait donc rien de pis que de faire saillir de bonne heure les femelles destinées au travail afin d'en avoir un pouiain avant de les vendre.
Celle spéculation se fait, et elle ne peut avoir que de mauvais résultais, indépendamment de la tromperie.
Car il y a répugnance générale à acheter pour le service une jument qui a pouliné. El celle répugnance n'est pas assez forte.
Je n'ai jamais retrouve chez aucune jument connue avant d'avoir pouliné, les mêmes qualités qu'auparavant.
Pour le mâle, il y a d'autres raisons d'écarter les individus trop jeunes.
Premièrement, comme on ne se contente pas de meltre un cheval en monte pour un petit nombre de juments, il y a à craindre qu'on ne l'épuisé.
Ce qui est pernicieux et pour lui et pour la race qu'on en tire.
De plus, s'il n'a pas eu le temps d'être dressé, exercé, éprouvé, on ne le connaît pas, et rien de pis que des formes sans mérite réel.
Indépendamment de tout ce qui vient d'être dit, la nature a une loi en vertu de laquelle l'individu crée à sou image, on sait cela déjà; mais, ce qu'on ignore peut-être, c'est que cette loi s'applique non-seulement à l'individu, mais aux diverses phases de sa vie.
Ainsi le jeune taureau produit comme un veau; le vieil étalon donne des salières creuses, des dentitions précoces, des ganaches évidées.
L'homme intelligent profite de ces particularités pour hâter et relarder le développement de ses produits suivant leur destination.
Or, le meilleur cheval est celui qui a le plus tôt et le plus longtemps Pair et la réalité d'un cheval de sept ans en parfaite condition de service.
Il faut donc plutôt un étalon âgé qu'un trop jeune ; mais, comme ce que je viens de dire est vrai pour l'un
et Pautre sexe, la raison prescrira de combiner l'âge du père et de la mère le pins favorablement possible.
Un étalon bien né, bien constitué et bien portant, ne perd pas ses facultés génératrices.
Le bon cheval meurt et ne vieillit pas.
a dit Newcaslle, et avec raison.
J'ai vu, il est vrai, des chevaux entiers devenir indifférents aux juments à un certain âge, d'autres que l'exercice de leurs fonctions rendait nerveux ou malades ; ce ne sont pas les bons, et leur postérité doit se sentir de celte disposition anormale.
La jument conserve la faculté de concevoir jusqu'à sa mort naturelle ou à peu près.
Tout le monde se rappelle que Raimbow, né en 1808, fut père d'Ibis en 1831 et de Lydia en 1834.
J'ai eu une jument de pur sang qui m'a donné ses deux meilleurs poulains à vingt-deux et à vingt-trois ans.
On observera en outre que plus les chevaux ont de sang plus ils vivent, et plus longtemps ils se conservent; la décrépitude est chez eux très - rapprochée de la mort.
Par conséquent on conservera les étalons de pur sang le plus longtemps possible, et on se hâtera de réformer de bonne heure, à quinze ans, par exemple, les poulinières communes, incapables à cet âge de produire ou au moins de bien produire.
A vieille jument jeune cheval.
A jeune jument vieil étalon.
De manière que l'âge de la mère ajouté à l'âge du père donne un maximum de trente ans.
Quand père et mère ont de huit à douze, ce if en est que mieux ; mais il ne faut pas tout sacrifier à cette seule considération.
Exemples remarquables de fécondité chez les juments.
Hartman cite comme très-extraordinaire une poulinière qui mit au monde dix-sept poulains tant morts que vivants.
Cet écrivain ne connaissait pas probablement la production du pur-sang.
J'ai feuilleté le Stud Book et j'ai rencontré assez d'exemples de dix -sept poulains pour ne pas juger à propos de les relater.
Je citerai donc seulement :
Y. Marthe mare, née en 1781, mèrr de 18 poulina.
Carthage, née en 1708, mère de 18.
Precipitate mare, née en 1803, mère de 18. Coquette, née en 1814, mère de 18.
Platine , sistcr to Silver, née en 171)2, qui gagna les oaks, mère de 19.
Manioc, née en 1800, mère de 19.
(irey Duchess, née en 1700, mère de 19, dont 2 jumeaux.
Sancho mare, née en 1810, mère de 19 en 20 ans.
Shuttlc mare, née en 1807, mère de 10.
Ctinkerika, née en 1812, mère de 10.
Mits Gunpowder, née en 1707, mère de 20.
Filagree, née en 1810, mère de 20.
Shuttlc mare, née on 1812 (dam FmiIu Saralt), mère de 20. Shuttle mare, née en 1812 (sisi<>r lo Dotcayer). mère de 20.
Et encore :
Bronze, sislor lo Caitrrl, mère do 43 poulains, plus 4 parturilions doubles.
PenepolU, mère de 15 poulains, qui tous vécurent et Turent tous bons.
Pruntlia, mère de 12 poulains, tous très-remarquables, à l'exception du premier qui mourut tout jeune.
Généralement, toute jument consacrée jeune à la reproduction se met à produire régulièrement et d'une manière uniforme, bien ou mal; il faut donc la réformer immédiatement ou la garder jusqu'à sa mort, si on en est content.
Celles qui sont menées tard à l'étalon prenneut difficilement; la première année, elles manquent; la deuxième, elles produisent mal , et ensuite elles font irrégulièrement, tantôt bien, tantôt mal; il ne faut pas les rejeter, mais les payer en conséquence et ne pas s'obstiner à les garder malgré tout.
On n'assistera pas dix minutes à une conversation d'éleveurs sans entendre parler du coffre de la poulinière, afin de i assurer si elle pourra loger son poulain (phi'ase officielle), d'où il résulterait qu'une jumeut à gros ventre est le nec plus ultra de la perfection comme mère à venir.
Malheureusement, ce n'est pas là la place du poulain , car les meilleures gestations sont les moins visibles, en ce que le produit paraît résider plutôt entre les côtes que dans l'abdomen.
Une jument lévretée ne me déplaît que si elle manque d'entretien et de constitution ; l'ampleur du ventre viendra assez.
On parle encore des bonnes nourrices. Ce ne sont pas toujours les juments à gros pis qui sont sVitées des poulains les mieux portants.
Que le lait réside dans un réservoir apparent ou dans des vaisseaux invisibles ; qu'il soit abondant ou qu'il se renouvelle successivement en proportion convenable; que ce soit la quantité ou la qualité qui le distingue, ou même (pie le poulain vive de lait ou d'herbe, peu m'importe, pourvu que le résultat soit avantageux.
Rien de pis que de se buter sur un préjugé d'apparence logique.
Ne jugez donc une poulinière que par les poulains qu'elle a donnés, ou par ce qu'elle a été comme bête de service. Vous vous tromperez quelquefois, sans doute, de cette manière, mais moins souvent que de toute autre; et, sur toute chose, quelle que soit l'alliance que vous tentiez, croisement ou accouplement, rendez-vous compte de ce que vous voulez, et de ce que peuvent donner les individus à l'aide desquels vous allez produire.
D'ordinaire, quand on possède une énorme jument de gros trait, on est si content, si fier, qu'on cherche un étalon de charrette encore plus massif, comme si on ambitionnait la naissance d'un éléphant ; et pour une petite bête de selle, incapable de porter 40 kil., on l'abandonne avec facilité à un tout petit cheval arabe bien élégant, persuadé qu'on aura le plus charmant poulain du monde, ce qui arrive parfois ; mais ce joli petit cheval ne vous convient pas, ne convient à personne, et vous ne pouvez ni le garder ni le vendre.
C'est justement le contraire qu'il faudrait faire, dans des proportions raisonnables, bien entendu.
Beaucoup d'amateurs appellent chevaux de croisement les étalons de pur sang les plus monstrueux en taille, en lourdeur et en volume. Ce sont précisément les plus mauvais, et il y a mille raisons pour cela.
Premièrement, lorsqu'ils doivent celte manière d'être au hasard et non à une longue suite de parents de pareille dimension, ils ne reproduisent pas ce qui n'est chez eux qu'une manière d'être accidentelle.
J'avais autrefois deux poulinières de demi-sang par l'arabe et le gros trait, même père et même mère.
L'une de 5 pieds, excessivement forte.
L'autre de 9 pouces, beaucoup plus mince à-proportion.
Malgré tout ce qu'on a pu dire autour de moi, j'ai toujours pensé que ces deux juments, étant nées des mêmes parents , dans la même contrée , ne différaient que par une cause inconnue, accidentelle, et qui ne se reproduirait pas.
En effet, saillies la même année par le même étalon, elles donnèrent deux chevaux à peu près pareils, capables de s'atteler eusemble; seulement, le plus grand, le plus gros, le plus lourd, était de la seconde.
Et il faut bien que cela soit ainsi : autrement, chaque individu ferait souche à son image, et depuis des siècles, l'art d'élever serait une pratique toute simple et connue de tout le monde.
Par conséquent, l'étalon de pur sang fort n'a pas, par cela seul, de chances de produire plus épais qirun autre.
C'est tout au plus une présomption qu'il aura moins de virtualité, et, par conséquent, moins d'aptitude à donner ce qu'on espère de lui, le gros comme autre chose.
Je ne sais si on se rappelle Oak-Stick, fils de Royal- Oa* et de Ténérife.
Comme cheval de course, il eut des succès assez brillants ; on ne pouvait lui reprocher que d'être trop lourd pour le turf; grand et lourd de toutes parts, il offrait de très-belles lignes et paraissait éminemment propre à donner des poulains du modèle Clevelaud.
J'ai vu une de ses filles par une jument de trait; c'était l'individu le plus petit cl le plus court de partout que j'aie jamais rencontré de celte espèce ; et cela ne m'a pas étonné beaucoup, en ce que Oak-Stick ne ressemblait ni à son père, ni surtout à sa mère et à ses frères : il n'y avait donc pas de raison pour que sa ressemblance fût héréditaire.
Veut-on s'adonner à l'élevage du demi-sang par le croisement élémentaire, c'est-à-dire employer la jument de gros trait et le pur-sang ?
11 faut d'abord être édifié sur le passé, sur l'historique de ce croisement.
M. ieduc de Grammout, écuyer de S. A. R. le dauphin, et alors duc de Quiche, paraît avoir élé le premier à tenter cet essai avec rétalon gris Rowlston, autant que je puis croire.
M. Uieussec s en occupa aussi, à peu près vers la même époque ; et les résultats ne furent pas généralement connus ou appréciés; car ce n'est que vers 1833 ou 1834
que, d'après les conseils de l'administration îles haras, la méthode fut de nouveau adoptée.
Mais il s'éleva en même temps contre elle une opposition systématique.
On prélendit que les deux races étaient trop éloignées, trop disparates ; que les produits de pareils croisements seraient, de toute nécessité, décousus, heurtés, incohérents, de figure ridicule et bons à rien.
L'expérience devait prouver la fausseté de toutes ces allégations, et le contraire arriva par la faute des observateurs ; voici comment :
Tous les poulains de demi-sang présentent, à leur naissance, la silhouette de leur père avec plus de force et d'ampleur.
Ce sont de gros chevaux, un peu ronds, avec une jolie tête, justement ce qu'il faut pour séduire en France , à l'exception des membres, qui sont un peu menus et trop fins.
Plus tard, à dix -huit mois, les membres n'ont pas profilé; au contraire, ils paraissent encore plus grêles, et tout le reste est devenu commun et charretier.
Il n'en fallut pas davantage pour dégoûter, dans un pays d éleveurs, la masse des cultivateurs qui ne se voyaient ni des chevaux de trait, ni des carrossiers de modèle effacé et séduisant.
Les adversaires du nouveau système curent alors beau jeu pour prôner l'étalon de demi-sang , le carrossier, le normand, cl en mê.ne temps tous les métis bai zains grands et gras que l'on pouvait trouver.
Voici le vrai : le poulain de demi-sang, pur-sang cl charrelie, assez laid el peu agréable à voir à dix-huit mois, n'attend pour tourner, dans un sens ou dans l'autre, que le régime et le travail auxquels on va le soumettre.
Élevé comme la mère, il devient uu cheval de gros Irait, plus énergique, moins volumineux, moins traitable, somme toute, dans les circonstances où nous sommes actuellement, moins vendable que le charretier pur.
Si, au contraire, on cherche à développer ses moyens, et qu'on le traite comme sont traités, en Angleterre, les individus d'une espèce analogue, son encolure grandit et s'allège, ses membres prennent de la force, les lignes se développent, et on a généralement un cheval d'atlelage, épais et léger en même temps, ayant autant de fond et de vitesse que peut en avoir un animal de son poids, en un mot, excellent el fort beau pour un connaisseur.
S ulement, vu l'excessive infériorité de nos races charretières, comparées aux grosses races d'Angleterre, il a, comme sa mère, peu de dispositions pour la selle, el les membres ronds.
(Test là le défaut de nos espèces.
Si ce croisement n'a pas tout le succès possible, la faute en est : 1° aux éleveurs qui ne font pas tout ce qu'il faut; 2° aux acheteurs qui ne l'estiment pas, tel qu'il est, à sa valeur, accoutumés qu'ils sont à préférer les physionomies effacées, les faux modèles, les types de médiocrité aux qualités réelles.
On a beaucoup prôné le croisement de l'espèce de trait avec le carrossier demi-sang; el on a appelé ce spécimen
le cheval fort et léger, éminemment propre à tout. Voy. le Journal des haras, mars 1843, t. 38, p. 145, et à l'appui un portrait de Victor Adam.
Moi, je maintiens que ce cheval est véritablement le modèle impropre à quoi que ce soit.
Sous la selle, il n'a ni souplesse, ni agrément, ni moyens. Non-seulement il ne porte pas l'homme, mais le cavalier ne réussit pas à le porter dans les jambes.
A un véhicule léger, il se manie lourdement, ne tient pas son train quand il en a, et il n'en a presque jamais.
Tout cela vient du manque total de sang. Si on Patlellc à de lourds fardeaux, il n'a plus ni la masse, ni même les mauvaises lignes de la race charretière, bonnes au moins en cela qu'elles donnent le tirage du bœuf.
Je ne suis pourtant pas un partisan exclusif du pursang comme étalon de croisement.
Je conviendrai que son emploi, à la première génération, indispensable pour donner des effets réellement sensibles et salutaires, a ses inconvénients absolus et relatifs.
Absolus : qui consistent à introduire quelquefois certaines incohérences dans la forme; par exemple, une encolure menue avec d'énormes épaides, ou un arrière-main trop haut et trop fort pour le devant, qui reste élégant, étroit et mince, chose du reste assez rare.
Relatifs : en ce que le sang n'étant pas éparpillé, arrive en quantité trop riche pour animer la machine : le cheval est excellent, mais l'homme n'est pas capable de le mener;
car, ne l'oublions jamais, c'est pour les maladroits qu'on fait les chevaux.
Le monarque de Pégu avait trouvé son premier coursier trop faible pour lui, il se trouva lui-même trop faible pour le second, il fut lancé dans un marais qui termina son règne et sa vie.
Lemontry. V Enfant de V Europe, p. 547.
Certains éleveurs, sages et entendus, indiquent une autre méthode pour créer Putile spécimen des chevaux ordinaires :
Donner à votre jument de gros trait un élalon non pas de pur sang, mais un peu plus relevé et presque aussi volumineux qu'elle, afin d'en obtenir plus de lignes, une forme plus agréable, sans perdre de masse; et, parmi ces produits, choisir les poulinières aptes à recevoir le pursang, s'il y a lieu.
Moyen rationnel et immanquable; les seuls inconvénients consistent dans la lenteur de l'exécution, qui exige au moins deux générations, dans la complication de trois types au lieu de deux -, enfin dans la difficulté de l'exécution.
Comment se procurer cet étalon volumineux et à grandes lignes? Il n'existe qu'en Angleterre, où il est fort rare tel quel, et encore plus rare sans les défauts que nous proscrivons avec entêtement : le manque absolu de sang, les tares, etc. , etc.
Nul doute que les chevaux de Norfolk, de Clydesdale et de Suiïolk nous seraient utiles, indispensables pour la fabrication des grosses races et des chevaux usuels.
On ne les remplacera jamais par le carrossier de demi-
sang, qui n'a que de la graisse au lieu de volume, et une élégance menteuse, en qui jamais aucune épreuve sérieuse n'a constaté un mérite quelconque, et qui a en outre la singulière propriété de communiquer tout à coup des difformités étranges de tête et de reins, qui ne se retrouvent ni dans le pedigree de la poulinière ni en luimême, mais bie.i dans sa propre généalogie, laquelle est toujours inconnue.
JVi vu, entre autres, une jument arabe très-bien faite donner avec un de ces carrossiers demi-sang, qui avait lui-même une bonne tête et de bons reins, un poulain brusqué et digne des quatre fils Aymon ; les exemples de ce genre fourmillent.
Pour revenir au croisement élémentaire du pur-sang avec le gros trait, je dirai que la méthode inverse, le mâle commun et la femelle pure, n'est pas propre, selon moi, à donner rien de bon, si ce n'est peut-être quelques producteurs informes , détestables par eux-mêmes , mais utiles pour des expériences ultérieures.
Car, pour faire uue bonne race, il ue faudrait pas craindre d'y sacrifier deux ou trois générations, même davantage.
Il est vrai que de pareilles expériences ne sout pas à la portée des particuliers.
An reste, cette méthode n'a pas été pratiquée, à ma connaissance, d'une manière complète, suivie et consciencieuse.
Reste maintenant à décider entre le pur sang anglais et le pur-sang arabe»
Je préfère le dernier, et de beaucoup ; mais, faut— il le dire, par des raisons tout à fait contraires à celles qui feraient incliner vers cette opinion les partisans du sang arabe.
Ce n'est ni pour sa souplesse, ni pour son fond, ni dans le but d'obtenir des membres plus forts, plus nets, plus accentués.
Ce n'est même pas dans l'espoir de donner plus de taille aux produits.
Le seul reproche à faire au cheval anglais, en celte circonstance, c'est sa "spécialité de coureur tellement opposée à noire modèle charretier, que je craindrais d'avoir des poulains trop précipités en avant sans condition de retour, par conséquent impropres à la selle, incommodes poulie cocher, ou, au moins, peu gracieux dans leur maniement.
Je dis cela pour l'avoir vu partout et toujours, tant chez moi que chez les autres.
Le cheval arabe étant beaucoup plus d'un modèle à tout faire, est plus propre à produire des silhouettes sans spécialité, et c'est ici ce qu'il faut.
Mais, par cheval arabe, je n'entends ni le cheval d'Afrique, ni le barbe, ni même le modèle généralement recherché par ceux qui, d'ordinaire, choisissent ou vont choisir des étalons en Orient.
Je veux un cheval arabe qui , par la grandeur de ses lignes, l'expression de ses masses musculaires et la détermination de ses allures, se rapproche autant que possible
du type anglais.
Par un motif analogue, je préférerais comme élalon anglais celui qui rappclerait le modèle arabe.
Mon but, dans l'un el l'autre cas, serait de conserver les chances d'obtenir de la puissance et des moyens, en évitant de tomber dans la spécialité du cheval de course.
Des considérations différentes, mais dans le même esprit, présideront au choix de la poulinière de trait destinée à l'étalon de pur sang.
D'abord, point de juments petites, ni minces, sous aucun prétexte, même celui des qualités les plus remarquables. Car la jument de trait ne peut posséder, ni par conséquent donner des moyens pareils à ceux d'une jument d'une espèce relevée ; elle lui sera donc inférieure de tous points, si elle manque du seul mérite quelle puisse avoir : le volume.
Il est vrai que, pour avoir de grandes poulinières, ce n'est pas à la toise qu'il faut les apprécier.
Au delà d'une certaine hauteur, les poulinières cessent d'augmenter en taille réelle par plusieurs raisons.
Premièrement, tous les chevaux très-grands ne dépassent les autres que par la longueur de leurs jambes; et, dans ce cas, la taille n'est plus un mérite, ni même une qualité qui se transmette à coup sûr.
Une jument à longues jambes et une jument près de terre produisent Tune et l'autre eu raison de leur profondeur de poitrine.
De plus, on l'a déjà dit, les géants ne tendent pas à se perpétuer, toute jument de gros trait qui dépasse 5 pieds
1 pouce sous potence (1.66) est géante. La limite inférieure sera, si on veut, 4 pieds 9 pouces (1.44).
Une exception peut être faite en certains cas, mais rarement, pour les juments ayant 1 pouce et demi de moins, avec une construction exceptionnelle ; mais il faut être sûr de ne pas s'abuser.
(Dans l'étalon de pur sang la taille est un avantage, sauf l'excès en un sens ou en l'autre, 5 pieds 2 pouces (1 mètre 70) comme maximum pour l'anglais; 4 pieds 7 pouces, minimum de l'arabe (1 mètre 49).
La poulinière doit briller par les qualités étrangères et surtout par l'absence des défauts inhérents a sa race.
Ceci s'applique plutôt à sa construction qu'à ses moyens. Un rein bien fait, du garrot, de la poitrine, pas trop de poitrail, et surtout des membres aussi secs, aussi nets, aussi bien formés que possible.
Si elle trotte facilement, tant mieux. Si elle ne peut trotter, je n'y regarderais guère, pourvu que son poids seul y mît obstacle, ou sa mollesse ; ce qui est tout un, jusqu'à un certain point.
Je ne ferais pas grand cas d'une vitesse de trot extraordinaire. •
En voila assex, je crois, pour être fixé sur le choix des poulinières de trait aptes à bien produire le demi-sang*
Le demi-sang mal fait est un fléau ; je préfère mille fois le gros trait pur* Je conseillerai donc de ne jamais employer aux croisements que les juments qui y paraissent éminemment propres.
Hors du gros trait, on n'a généralement, en France, que
très-peu de bonnes poulinières nées dans le pays. Celles qui sont nées du croisement ci -dessus sont fort rares en ce moment et encore plus difficiles à trouver dans d'excellentes conditions.
Les autres ont presque toujours trop de sang et point assez de gros; elles ne sont pas rough and ready, suivant l'expression anglaise , rudes et fortes, comme disait le paysan contrarié par Winter.
11 résulte de là que Ton peut rarement élever ce que Ton appelle le cheval de commerce avec L'étalon de pur sang et la jument de service.
Il naît presque toujours de ce croisement des chevaux élégants et de taille suffisante, mais trop minces et trop vifs pour être de défaite.
Il est plus rationnel, par conséquent, de donner à ces juments un cheval de demi-saug, dit cheval de commerce, un fort cheval ayant du gros, en un mol un mâle semblable à elles.
Alors il n'y a plus croisement, il y a accouplement ; et les principes redeviennent absolument les mêmes que pour Télève du cheval de course.
Appareiller, les formes, et rechercher surtout les moyens, les qualités, les services passés, ou mieux les performances les plus avérées.
On peut, il est vrai, si on se contente de produire des médiocrités, risquer une jument sans mérite, mais bien conformée, avec un excellent cheval; ou une jument éprouvée avec un étalon sans vice ni vertu ; mais il vaut toujours mieux mettre toutes les chances de sou côté*
Par conséquent, un étalon sans preuves ne vaut absolument rien pour moi. Sa beauté, si beauté il y a, fûtelle même réelle, est un ensemble qui va disparaître par la combinaison, la fusion qui a lieu entre le mâle et la femelle.
Du reste personne, selon moi, ne s'entend en beauté, et tout le monde s'y connaîtrait parfaitement que ce se» rait la même chose.
L'étalon beau est la perte des haras.
On ne fera jamais bien qu'avec des juments dont le propriétaire est enchanté de se servir, et un cheval qui lui plaise au même titre et par ses qualités.
Celte opinion, que je pose d'une manière absolue, m'a été de tout temps suggérée par les désappointements que j'ai vus de tous côtés.
Un éleveur possède deux ou trois juments anglaises à deux fins, à la fois fortes, commodes et assez vîtes ; satisfait de leur manière de faire, il veut en tirer race, et on lui conseille Marino, Sylvino, ou je ne sais quel mauvais cheval de course, issu d'un étalon plus ou moins bon, plus ou moins médiocre.
Que peut-il espérer? Peut-être des chevaux allants, mais, à coup sûr, toute autre chose que ce qu'il a eu et qu'il désire ravoir.
S'il prenait au contraire un étalon de Norfolk comme ses juments qui ne sont probablement pas autre chose , il aurait les mêmes chevaux, les pareils, bons ou mauvais, ceci est la chance, mais enfin il n'aurait pas le désagré-
ment de rencontrer ù coup sûr des animaux tout différents de ceux qui lui plaisaient et qu'il avait choisis.
On s'entend aujourd'hui, ou à peu près, sur ce que c'est que le cheval de commerce; et, à tort ou à raison, c'est ce que le consommateur veut.
La tendance générale de la production est d'employer l'étalon pur sang, qui ne donne jamais le cheval de commerce; si ce n'est, et encore, avec la jument de gros trait, et l'on s'entend, producteurs et éleveurs, pour repousser ce croisement.
Evidemment, il y a cercle vicieux.
On arriverait par le cheval de demi-sang de qualité et la jument pareille.
Combien y a-t-il en Fi ance de haras si considérables, si minimes qu'ils soient, où l'on travaille consciencieusement dans ce système?
Il existe çà et là, partout, une foule de juments éminemment propres à la reproduction, et qui sont employées à des services pour lesquels elle ne valent pas mieux que d'autres.
Tant qu'elles ne seront pas mises à la place de pareil nombre de soi-disant poulinières, bonnes à rien, si ce n'est à transmettre tous les vices possibles, il y aura une perte énorme pour le pays.
Une des causes de la richesse de l'Angleterre, c'est que tout le monde, directement ou indirectement, s'occupe d'élevage.
Il en résulte que pour toute jument, remarquable par
n'importe quoi, il y a mille chances de plus qu'en France d'être tôt ou tard essayée à la reproduction.
Calculez ce qui doit naître de bons chevaux dans un pays, grâce à cette seule circonstance.
Lorsque j'ai, pour la première fois de ma vie, offert au public un étalon, j'ai été effrayé des juments qu'on m'amenaît. Un atelier d'équarisseur n'aurait pas montré pis.
Je médisais que j'habitais un pays neuf quant à l'élevage, que les hommes manquaient d'expérience, qu'ils n'avaient pas encore mis leur attention et leur argent à cette industrie, etc.
Depuis, j'ai fréquenté les meilleures stations de France, je ne dirai pas n'avoir pas vu mieux, sans doute j'y ai rencontré du bon, du très-bon, et même quelquefois en quantité satisfaisante , mais partout j'ai vu aussi mauvais que ce qui m'avait contrarié chez moi, partout j'ai vu consacrer à la reproduction certaines juments si détestables, qu'il n'y avait aucune raison à donner pour cela.
Passons au système qui consiste à donner au poulain le gros par le père, c'est-à-dire au cas où la mère a plus de sang que l'étalon.
Bonne ou mauvaise, commençons par le dire, cette méthode est nécessaire, car elle utilise comme poulinières une foule de juments de bonne nature et pleines de qualités, qui ne donneraient rien d'avantageux avec le pursang; avec un étalon plus commun, elles produiraient des poulains meilleurs que les mauvaises juments qu'il
faudrait employer à leur place par le croisement normal, pour avoir la quantité nécessaire à la consommation.
Cela posé, je crois mauvais que l'étalon ait moins de sang que la mère.
Je n'ai pas encore pratiqué moi-même ce genre de croisement; je le ferai probablement un jour par nécessité, pour utiliser des juments parfaitement bonnes, mais trop près du pur sang, sans en être.
Mais j'ai vu beaucoup de faits; tous m'ont confirmé dans cette opinion.
Une fois, par exemple, d'une jument de pur sang, ou au moins incertaine, célèbre par de belles performances, et d'un excellent trotteur anglais d'espèce commune, est venue, dans une écurie excellente, une pouliche fort belle, mais absolument sans qualités : ce qu'on appelle un grenier à coups de fouet.
Un jour, par hasard, ne trouvant pas à ma disposition un étalon de pur sang qui me convint, je donnai à un trotteur de Norfolk une jument de pur sang qui avait toujours bien produit.
Elle mit bas un poulain plus commun, c'est tout simple, mais plus petit, plus mince et plus faible qu'elle n'avait jamais fait, sans moyens, sans constitution, vendable toutefois à cause de son excellent caractère.
Ni le père ni la mère ne brillaient pourtant par là.
Ce même étalon de Norfolk produisait chélif avec les juments de pur sang, très-mou et très-mauvais avec les juments de trait , excellent avec toutes les juments de demi -sang anglaises qu'on lui donnait.
11 n'avait pas assez de sang pour celles qui en manquaient tout a fait ; et celles qui en avaient beaucoup en a \ aient trop pour lui.
Un exemple au hasard prouve peu, mais il serait à désirer que chacun pût faire pour lui-même ainsi l'historique de chaque étalon opérant sous ses yeux.
Et c'est malheureusement ce qui ne se fait guère.
Les poulains que j'ai vus naître de juments près du sang, et d'étalons de demi-sang et trois quarts de sang, etc., sans qualités reconnues, m'ont paru aussi mal réussis que possible, c'est-à-dire toujours au-dessous en qualités réelles de leur confoi mation et de leur apparence.
Lorsqu'ils étaient bien portants , ils n'avaient pas de force ou de constitution; ils tenaient mal au travail. Le gros apparent disparaissait pour ne jamais revenir, et il ne restait qu'une charpente mince, chélive, molle et sans distinction.
Ce u'étaient ni des chevaux efflanqués, mais ardents ; ni des animaux paresseux , mais épais ; il n'y avait ni énergie ni masse, tous les défauts de l'un et de l'autre extrême.
Et cela doit être, puisqu'à cet arbre généalogique il manquait... l'illustration, les épreuves.
S'il en était autrement, je le répèle, les courses seraient une sottise.
De ce que l'ou appelle à torl ou à raison le caractère des chevan* el la rélivité.
AUacher autant d'importance que je le fais aux qualités des pères et mères, c'est s'engager nécessairement à faire la même attention aux défauts et aux vices des ascendants.
Nous avons traité complètement, du moins je l'espère, la question des tares; et l'on a dû voir que nous ne les envisageons pas avec une terreur exagérée.
On vendait autrefois, en Prusse, un étalon fort estimé et net, uniquement parce que quelques-uns de ses produits avaient eu des jardons.
Ilolbein a eu le même sort en France, et pendant qu'il traînait, hongre, décharné et excellent, un fiacre à Rouen, Corysandre, Alibaba, Vestris, prouvaient qu'on aurait pu en tirer des vainqueurs, des étalons et des poulinières.
Passons à ce qu'on a appelé très-improprement les qualités morales, à ce qu'on essayerait en vain d'expliquer complètement par des appréciations physiques.
Sans aucun doute les détails de la conformation de l'individu influent sur la manière dont ces idées se manifestent.
Mais deux chevaux entièrement pareils, quant à leur extérieur, s'il y en avait, pourraient agir différemment à cause de la différence de leurs âmes.
D'un autre côté, les phrénologues disent, avec raison, que les âmes ne sauraient différer qu'en vertu de certaines
différences connues ou inconnues, appréciables on non, du crâne et du cerveau , et par conséquent physiques.
Je ne veux pas me perdre dans ces subtiles discussions, je dirai seulement ce que j'ai pu conclure de mes expériences, qui ont été longues et persévérantes.
De la construction dépend la facilité de tel ou tel mouvement conforme ou contraire à l'agrément de l'homme.
De l'ardeur, c'est-à-dire du degré de sang, dépendent l'énergie, la durée, la soudaineté de ces mouvements.
Voilà pourquoi, par exemple, il est rare qu'un cheval plein d'ardeur se défende, parce que 1° son appareil lui facilite la marche, et que 2° son âme le fait aller longtemps; avec la dernière condition seule, il irait bien une fois parti, mais il aurait le départ difficile.
Beaucoup de chevaux de pur sang mal faits sont dans ce cas.
Avec la première condition il serait docile, froid et bientôl fatigué.
Le cheval très- bien né, avec de la poitrine, une belle épaule , un rein négligé , des hanches effacées et des jarrets dans une fausse direction, aura toutes les dispositions nécessaires pour être ardent, colère, susceptible, farouche au besoin, et en même temps pour avoir toute espèce de travail et même de progression eu horreur.
Au lieu d'obéir à une sujétion, toujours pénible pour lui, quelque ménagement qu'on emploie, il se jettera «le tous les côtés excepté en avant, et de toutes les manières possibles : irritable, impuissant et dangereux.
Avec un puissant arrière-main au contraire, le cheval
pourra être sujet à s'emporter, indocile et brutal, mais toujours plus praticable.
Il y a donc dans ce qu'on appelle communément le caractère deux parties distinctes, la partie physique qui s'explique par l'étude de l'extérieur et de l'équilation, et la partie morale.
On forme le moral du cheval par deux méthodes parfaitement différentes, bien que l'éducation de chaque individu vous force de recourir et a Tune et à l'autre.
Un cheval monté par un ecnyer consommé peut arriver complètement à Pétai de mécanique.
Suivant la position imposée par telle ou telle combinaison de la main et des jambes, le cheval est empiisonné, assujetti, obligé d'exécuter tel mouvement, incapable de faire autre chose, quoi que ce soit.
Il peut, malgré cela, avoir conservé un caractère farouche, indompté, fier, de telle façon que s'il ne retrouve pas dans un cavalier nouveau les mêmes moyens de domination, il n'en est que plus prompt et plus habile à se soustraire à tonte obéissance, à renverser son cavalier, à se jeter sur lui, etc.
Voilà l'éducation purement physique.
On peut au contraire, avec de l'intelligence et de l'esprit d'observation, rendre le cheval confiant, soumis et empressé à toute espèce d'obéissance, et, dans ce cas, le cheval pourra être resté tout à fait ignorant de tout ce qui concerne la selle et l'attelage.
Voilà l'éducation morale.
D'un judicieux mélange de Tune et de l'antre résulte la bonne éducation.
D'après ces données, on comprendra qu'un cavalier qui se trompe pourra parfaitement mettre, à son insu, le cheval dans une position où ce que lui, cavalier, demande, est impossible à exécuter ; de là des défenses.
Un autre cavalier s'eu tirera parce qu'il n'aura pas mis, ou pas laissé le cheval dans ladite position, ou qiv'il Peu aura promplement tiré, avec ou sans connaissance de cause.
Le cheval alors est-il rétif?
La rétivilé est uu mot vide de sens.
11 est heureux que ce vice ait été rayé du nombre des cas rédhibitoires (1).
Dans tous les cas, caraethre est donc une expression vague, et, quel que soit le sens qu'on y attache, il faut s'en préoccuper avec beaucoup de modération dans l'élevage.
L'emploi d'un étalon extrêmement méchant, tels qu'étaient , dit-on, Lottery, Sylvino, AllingUm , ne nécessitera que quelques soins envers les poulains pendant les premiers temps de l'éducation.
Il est plus important de ne point acheter de poulinières nerveuses sujettes à mordre, à courir sur l'homme, à frapper du devant ou du derrière, parce qu'indépendamment des difficultés, des dangers, qu'il y aura à les ma-
(1) Pendant que j'écrivais «es lignes, la loi a été changée.
nier, elles el leurs poulains, pendant l'allaitement, il est immanquable que les poulains fassent comme elles.
La prédisposition héréditaire, la confiance du jeune animal dans sa mère, la crainte des objets extérieurs, le penchant à l'imitation, tout est contre vous dans ce cas.
11 est vrai que j'ai vu des juments <Tune réputation effroyable arriver textuellement à la douceur el à l'innocuité de la brebis.
Habileté du nouveau propriétaire,
Stupidité du précédent,
On décidera.
Toujours est-il que, dans tout cela, il n'y a que des soins à prendre et absolument rien qui ressemble à la rélixilé.
ISous verrons au chapitre de l'éducation et du dressage.
Mais nous avons réservé pour la fin quelque chose qui est réellement un vice, une infirmité, une maladie, le lernie importe peu, c'est l'hystérie.
lue jument hystérique couche les oreilles, crie, se couche sur l'homme, rue et se livre à toute espèce d'autres actes caractéristiques.
Sa susceptibilité varie suivant certaines époques. Les chaleurs surexcitent ou calment ces dispositions suivant les individus.
Le degré de sang augmente le vice, bien qu'il ne soit pas plus fréqueut, mais seulement plus apparent dans les races élevées que chez les bétes communes.
A cela je ne connais nul remède; car je ne donnerai pas ce nom aux méthodes qui consistent à rendre un animal
incapable de mal faire comme de bien faire, à force de faligues, de privations et de mauvais traitements.
Vous rencontrez à nue voiture de louage une magnifique jument de sang, couverte de plaies, décharnée et bien bas. Elle marche sans platelage et sans défense. Vous ne remarquez pas qu'elle a des cicatrices aux jarrets et aux boulets, ou vous croyez ce qu'on vous dit, et vous en faites une poulinière.
Elle commence d'abord par tout casser chez vous sitôt qu'elle est délassée et que vous tentez de l'occuper, et toutes ses filles rueront à qui mieux mieux, les mâles pourront peut être s'atteler.
Il y a quelquefois des mâles hystériques qui se couchent sur l'éperon, ruent à la croupière, et ont toutes les manières de la jument atteinte de ce vice.
Craignez ces étalons comme le feu, ils donneront des filles à leur image. J'ai vu des taureaux donner du lait... dans les mamelles de leurs filles, ce sont ceux dont la mère était bonne laitière.
Un autre jour, on vous présentera une énorme cauchoise, ou une flamande gigantesque, une poulinière à faire faire des ha! !
Elle couche les oreilles, remue la queue à droite et à gauche, vousse le rein, et donne avec difficulté un pied de derrière; pas autre chose.
Ne Tachetez pas, car, lorsque ces dispositions enveloppées dans la lymphe, la graisse et la masse, seront retrempées par le sang du père, mises à jour sous une peau plus fine et plus sensible, elles se montreront dans la pou-
liche, avec assez de caractère pour en faire mie béte dangereuse à Pécurie, impossible au harnais.
Tout ce que nous avons dit jusqu'à présent, ou mieux, beaucoup de temps employé à regarder autour de soi dansPespril d'observation que nous cherchons à indiquer, pourra mettre le lecteur à même de commencer avec connaissance de cause une opération d'élevage.
Bien connaître le terrain que Ton a à sa disposition, le type ou les types qu'il sera possible d'y produire :
Voilà les premières conditions indispensables pour bien faire, dans quelque condition que l'on se trouve, et sur quelque échelle qu'on se propose de fonder un établissement.
Je ne sais si je m'abuse, mais je suis persuadé que nul écrit publié n'a encore envisagé la question sous le même point de vue.
Et j'ai la certitude que ce point de vue est le vrai, le seul vrai, et si j'ai tort en quelque chose, il suffira de remplacer mes erreurs par les faits que l'expérience aura démontrés et mon système subsistera encore daus son ensemble.
Après les principes généraux, plaçons ici quelques particularités pour guider pas à pas le lecteur dans la pratique.