DE LA MONTE
"'a un secret pour faire retenir \t»
juments a coup sûr; il a dû tous le dire, apprenez-le moi, je n'aurai pas l'air de le savoir.
HlSTOMQOf.
Il m'a été amené un jour une jument qu'il avait été déclaré impossible de faire saillir dans un établissement réputé très-compétent.
Je Fai renvoyée pleine.
L'année suivante, elle a été conduite dans un autre haras, elle en est sortie vide.
La troisième année, elle devenait pleine chez moi et poulinait.
La quatrième, elle était servie par un étalon fashionnable et ne retenait point.
La cinquième , chez moi , elle avortait de deux poulains.
Un autre éleveur avait trois poulinières, ou plutôt deux, car Tune d'elles était arrivée à 22 ans sans qu'on eût pu la faire produire une fois.
Il m'adresse ses deux bonnes juments et a deux poulains de sexe différent.
La seconde année, elles donnent deux mâles.
Cette fois, le propriétaire, trouvant mon étalon trop vieux, les envoie ailleurs, et elles lui reviennent vides.
Un an se passe, il trouve un autre étalon à son gré et,
en deux ans, avec cet étalon, de ses deux jumenls il a un poulain.
Cette dernière année, sa troisième jument, envoyée à mes étalons, mettait au monde avant terme un fœtus de quatre à cinq mois. Elle avait conçu.
En moyenne, celles de mes juments qui sont dans des conditions normales font six poulains en sept ans ou au moins cinq en six ans.
Les juments que Ton m'envoie du dehors sont pleines dans la proportion de trois sur quatre.
11 est des localités où il n'y en a que deux sur trois.
Il nfy a point de secrets, ou plutôt il y a des receltes qui sont des inepties.
Parmi celles-là j'en citerai quatre :
V Saigner la jument pendant l'action du coït;
2» Lui frotter le dosa sec avec un bâton noueux immédiatement après la saillie;
3° Lui appliquer une omelette de six œufs sur la vulve;
4° Lui verser un seau d'eau sur la croupe.
Cette ingénieuse pratique avait lieu en Angleterre, il y a 150 ans, ainsi que le prouve un lointain dans un portrait de Blank, célèbre étalon né en 1740 et que nous reproduisons fig. 30.
Au lieu de tout cela, je préfère tout simplement la méthode suivante :
Faire saillir la jument lorsqu'elle est parfaitement disposée; lui donner l'étalon tant qu'elle le demande, et si elle ne refusait pas au bout du premier mois, ou si elle
Fig- 30.
était connue pour être sujette à ne pas retenir, changer l'étalon ou lui en donner deux au lieu d'un.
11 faut observer que presque toutes les juments de service de quelque valeur ont été éloignées dès leur jeunesse
de tout contact avec les autres chevaux, jamais saillies,
jamais approchées. Le travail, le régime, les soins, tout les porte à une tout autre destination, à des idées toutes différentes.
Il n'est donc pas étonnant que, lorsqu'il vous prend la résolution de consacrer à la reproduction une jument de service de 12 ans, elle ne s'y trouve pas prête. De là des répugnances terribles; absence de chaleurs, ou même avec des chaleurs, la crainte et l'horreur de l'étalon, des résistances, des cris, des ruades, il n'en faut pas tant pour rebuter nos palefreniers, lesquels ont, en général, plus de brutalité et de jactance que de courage et de jugement.
En pareil cas, il faut attendre que le caprice de la jument vienne à changer, ce qui est souvent très-long, ce qui peut même n'arriver jamais, lorsque l'on a fait tout de travers de longs efforts sans arriver à bien, comme dans le cas de la jument dont je parle au commencement de ce chapitre.
Pour en finir avec elle, j'eus recours à un expédieut suprême. Après l'avoir déferrée, précaution générale, je lui fis entortiller les jambes de derrière de lambeaux de couvertures, en telle quantité qu'elle pouvait à peine remuer. 11 était certain qu'aiïisi elle ne blesserait ni l'étalon ni elle-même; cela fait, la jument, bien entravée, bien maintenue par un tord-nez, et la tête haute, fut saillie de gré ou de force.
Elle ne retint pas, ce n'était pas non plus le but qu'on se proposait.
Mais, au bout de quelques jours, les véritables chaleurs
arrivant, elle prit l'étalon sans résistance tous les jours, souvent deui fois, et, au bout de trois semaines, elle refusait normalement, elle était pleine.
J'ai déjà dit que lorsqu'on amenait, pour la première fois, à l'étalon, une jument de service d'un certain âge, il y avait des chances qu'elle ne retînt point ou qu'elle pro: duisît mal.
Mais ces considérations sont traitées au chapitre du choix des poulinières. Il ne s'agit ici que de la présentation.
Il y a deux méthodes : la monte en liberté, la monte en main. La première n'est plus usitée, on y a renoncé avec raison.
Dans la manade -modèle établie à Arles, il y a plusieurs années, on avait jugé à propos, je ne sais pourquoi, de ressusciter cette vieille pratique.
Pour ce qui concerne la monte en liberté, on peut lire par curiosité Newcastle et autres vieux auteurs.
La monte en main est une des choses qui se font généralement le plus mal. On a peur des accidents et la peur cause tous les accidents.
H est vrai que la jument qu'on amène à l'étalon peut être étonnée et émue au point de se montrer d'une méchanceté extraordinaire, et déconcerter celui même qui la connaît.
11 faut donc de grandes précautions ; d'un autre côté, les appareils inaccoutumés effrayent les animaux comme les hommes, et les moyens coercitifs les exaspèrent : toutes choses contraires à la conception.
tait
Tâchons, avant tout, d'habituer la jument à la vue de tous les apprêts nécessaires, ou profitons du moment où la chaleur est extrême et absorbe toutes les autres seusalious.
Dans tout établissement destine à la monte, il doit y avoir, perpendiculairement à une muraille, une sorte de barrière pleine, haute de 4 pieds et demi au moins, afin que l'étalon n'ait pas l'idée de la franchir, et épaisse de 25 eeutimètres au moins afin qu'il puisse en certains cas s'y appuyer sans douleur.
Je préfère pour cet objet le bois blanc à tout autre. Les coups de pieds y sont plus sourds et moins dangereux pour qui les donne.
On mène la jument d'un côté, le boute-en*train de l'autre; et l'ou cherche à s'assurer si celle-ci est réellement prête à recevoir l'étalon.
On s'exagère à plaisir les tortures et les fatigues du boute- en-train. J'ai vu au haras du Pin le même cheval, Envii, essayer chaque matin peut-être trente jumenls, el autant le soir, pendant plusieurs années. Outre cela, il était cheval de service et très-employé, car il était bon et doux.
En cela il était iufinimenl supérieur à la plupart des étalons pour lesquels il exerçait son métier.
En général, tout étalon peut se servir de boule-eu-lrain à lui-même. J'ai toujours agi d'après ce principe et je m'en suis bien trouvé.
Il est cependant certaines natures particulières, et entre autres Pranium, si j'ai bouue mémoire, qui s'exaltait au point que deux heures après la saillie il était tremblotant, souffreteux, irritable.
Mais des individus ainsi constitués sont des exceptions, et ce ne sont pas ordinairement des étalons à employer.
Lorsque Ton est aussi certain que possible des dispositions de la jument, il s'agit de l'entraver pour éviter toute chance d'accident.
Les poulinières qui ne travaillent pas sont généralement déferrées; avec elles il y a peu à craindre des coups de pied.
Celles qui travaillent ou qui sont obligées de venir de loin demandent à être entravées étroitement.
Pour éviter de les gêner trop, on se contente de serrer les entraves d'une seule jambe ; cela suffit pour paralyser les ruades.
Il y a deux manières d'entraver : a\ec une bricole, comme je Tai vu pratiquer au haras du Pin (fuj. 31).
K.js 11.
Je n'approuve pas ce système, parce que l'étalon risque de se prendre les jambes de devant au moment du saut et surtout en descendant, lorsque la fatigue rend ses mouvements pénibles.
Je préfère l'entrave à collier (Jig. 32).
L'appareil consiste en un collier eu corde assez grand pour y passer Tencolure de la jument.
Cette corde , garnie d'étoupes et entourée d'un fourreau de cuir, est à la fois épaisse, douce et solide.
Les entraves passent sous le ventre et entre les jambes de devant. 11 est facile de les ajuster au point convenable.
Fig. 32.
Os deux figures représentent de fort mauvaises juments ; elles sont cependant bien supérieures à la moyenne de celles que j'ai vu consacrer en France à la reproduction.
11 se rencontre certaines juments si rêches , si chatouilleuses, que, quoique bien entravées et bien tenues, elles se livrent, à rapproche de rétalon, à des manifestations dangereuses ou du moins inquiétantes; à celles-là, le tord-nez.
On Tôte à temps, c'est-à-dire quand l'acte est commencé ; mais il ne faut pas oublier que les moyens de torture sont une mauvaise chose , on ne doit les employer qu'en cas de danger réel , et y renoncer sitôt qu'on en voit la possibilité.
Les juments que l'on amène à la monte pendant qu'elles nourrissent sont d'ordinaire fort inquiètes de leurs poulains ; quelquefois, leur exaspération devient excessive et n'a pas d'autre cause.
Il est bon que les étalonniers aient en réserve quelques boxes pour y enfermer les poulains pendant le temps que durent la monte et ses accessoires, c'est-à-dire quelques minutes pour chaque jument , si on s'y prend bien; car, si on laissait le poulain à la maison, la mère ne pourrait être contenue.
Lorsque la jument est parfaitement apprêtée, avec toutes les précautions convenables , il faut s'occuper de l'étalon.
L'arrivée de l'étalon à la cavale est, comme on sait, un spectacle qui frappe l'attention, à cause des bonds, des cris et des attitudes extraordinaires.
Aussi les poètes et les hippologues ont-ils beaucoup versifié et disserté à ce sujet.
On en a fait un objet d'admiration, d'effroi et de pitié.
D'admiration ; lisez Voltaire.
D'effroi ; voyez-moi ces deux robustes gaillards, un peu pâles, qui tirent, chacun de son côté , de toutes leurs forces et avec secousses sur une corde fixée a un caveçon, bien heureux encore, lorsque ce n'est pas un caveçon à scie !
De pitié; écoutez Bourgelat : Des chevaux qui, des le moment quils aperçoivent la cavale, se portent de loin sur les deux pieds de derrière pour arriver à elle ; on applaudit le plus souvent à cette marque de vigueur ; on permet m cheval de s" y livrer y et en une monte lesjairets sont perdus !
J'ai vu Cadland s'y prendre toujours de la sorte, et lorsqu'il a été enlevé par une attaque d'apoplexie, ses jarrets étaient encore très-bons; il avait cependaut fait plusieurs montes.
J'ai eu un de ses fils qui avait les mêmes manières et qui est arrivé fort sain à l'âge de 23 ans.
J'aime mieux voir le cheval abuser de lui-même que souffrir les tortures imposées par des maladroits, sous le prétexte de lui faire du bien.
Il me semble que de mener un étalon à la saillie n'est après tout que lui faire faire une chose qui lui plaît.
Si donc on n'a pas en son cheval un ennemi mortel, où est le danger ?
J'ai vu, en Normandie, un établissement de particulier où les chevaux sortaient de l'écurie montés par des jeunes gens. Ils couraient à la jument, sautaient dessus, et les
cavaliers, obéissant au mouvement de la pointe, se laissaient tout doucement couler en bas par derrière.
On peut aussi bien conduire rétalon à la main, avec un bridon. Mais il est inutile de le retenir, de le saccader, de le gronder, car c'est ce qui donne lieu aux bonds, aux pointes et à tous les sauts irréguliers que les uns admirent, que les autres redoutent, presque toujours avec exagération.
L'étalon ne demande qu'à se familiariser avec l'homme qui le soigne ; il n'est pas dans sa nature de le haïr et de l'offenser.
Qu'on soit assez ferme pour lui imposer, une fois pour toutes, le respect convenable; assez adroit pour suivre ses mouvements , assez intelligent pour se faire comprendre, assez doux pour se faire aimer, et n'importe quel étalon n'est pas plus à craindre qu'un chien de dame.
Vous demandez bien des qualités à un palefrenier ! — Acquerrez-les vous-mêmes, et vos palefreniers recevront vos leçons. Cet expédient vous amènera à un meilleur résultat que les caveçons, les mors d'Allemagne et tous les instruments de coercition imaginables.
On ferait un livre de toutes les bêtises qui se pratiquent à la monte en main.
J'ai vu un palefrenier amener un étalon si ahuri, si interloqué, qu'il ne songeait plus à la jument et ne donnait aucun signe d'émotion.
Comme on riait tout à l'enlour, comme le che\al ne manifestait pas la vigueur prodigieuse qu'on avait annoncée, comme j'offrais de fumer tout un paquet de cigarres
avant la fin du congres, le cornac gascon termina la séance à grands coups de cravache, et le cheval fut reconduit à sa box avec l'épi thète de grand lâche.
rai vu dans d'autres haras des étalons si singulièrement conduits, si singulièrement stylés, si singulièrement faits que sur un beau sol bien sablé ils tombaient en voulant bondir et roulaient à plat ventre à côté de la jument.
Je vous demande si ça promettait pour la reproduction !
Remarquez que je ne dis ni où ni quand cela se passait.
Rien de mieux que d'amener ses étalons à être complètement apprivoisés, à connaître l'homme, à l'aimer, et cela est toujours possible, avec beaucoup de volonté et quelque peu d'intelligence.
J'avais autrefois un cheval arabe vigoureux, irascible, et que Ton ne montait point sans être un cavalier ferme et hardi.
Un jour, ce cheval avait essayé cinq à six juments dont aucune ne s'était trouvée prête, et il rentrait d'assez mauvaise humeur. Chemin faisant, il rencontre une vieille jument de pur sang qui revenait de la charrue. Il donne à sa longe de caveçon une secousse qui jette par lerre bien doucement l'homme de soixante-dix ans chargé de la conduire, saillit la jument qui était en chaleur à peu près perpétuellement et rentre chez lui.