‹ Leçons de science hippique générale ou traité complet de l'art de connaître, de gouverner et d'élever le chevalChapitre 31 sur 53 · ET DES SOINS QUON DOIT LIT DONNER · texte numérisé non relu

ET DES SOINS QUON DOIT LIT DONNER

Rursus cura pat ru m eadcre, et succedercmalruni, Ineipit

Vue , Georg., lib. m.

C'est le moment d'abandonner de nouveau l'étalon pour donner tous ses soins â la mère.

J'ai vu en Irlande des juments précieuses et dont on faisait grand cas, pouliner la nuit, par un temps de neige, sans abri, dans un pâturage où on ne venait pas les voir tous les jours.

Ce n'était pas par négligence que Ton agissait ainsi , mais par système, et on ne s'en trouvait pas plus mal.

La route de Paris en Belgique était, avant l'établissement des chemins de fer, couverte de charrioU flamands. Les juments qui les traînaient étaient toujours pleines ou nourrices. Les poulains naissaient à l'auberge ou sur le chemin, suivaient à pied, quelquefois sur la civière, et tout se passait bien.

Il est évident que le cheval peut vivre et se multiplier abandonné à l'état de nature.

11 est évident qu'il peut vivre aussi à l'état de travail, et dans la société la plus intime avec son maître.

Mais il est évident, d'un autre côte, que l'homme n'a rien à gagner à laisser son bien au hasard.

Témoin cet éleveur du Limousin, qui, menant M. Ditt-

iii. *27

ner voir au loin, dans un herbage , un magnifique poulain Je Napoléon, ne put découvrir qu'une charogne en partie dévorée, et le reste dans un état de décomposition passablement avancé. Heureusement, il restait une balzane qui servit à constater Y identité.

Un autre éleveur avait amené à mon élalon une jument de cabriolet dont il faisait grand cas, et qui, en effet, était excellente.

Quatre ou cinq mois après, avait lieu le dialogue suivant :

— Monsieur, monsieur ! votre jument vient de jeter son poulain. — Ma foi î mon ami , je crois que tu as raison !

La scène se passait à une porte où on était arrivé en faisant dix lieues grand train, et on repartait vivement pour en faire encore cinq. La bêle avait soufflé pendant la visite.

Pour éviter de pareils résultats, nous allons supposer un éleveur novice opérant pour la première fois, et ne possédant qu'une jument qu'il connaît et dont il veut tirer race.

Lorsque la jument, régulièrement saillie tous les neuf jours, commence à refuser constamment l'étalon , plusieurs fois de suite, qu'elle cesse de donner aucun signe réel de chaleur, on peut la préjuger pleine.

Ce n'est pas le moment de l'abandonner à elle-même et de supprimer le travail.

11 y a à cela plusieurs motifs. Le premier est que tout changement dans l'existence pourrait être nuisible à la

conception ; et je suis persuadé qu'il y a plus qu'on ne croit de ces fausses couches occultes, de ces avortements imperceptibles qui, outre le sinistre actuel , ont encore l'inconvénient d'influer sur l'avenir d'une manière fâcheuse.

De plus, comme la jument est encore en état de rendre de très-bons services pendant quelque temps , et d'une manière plus favorable que nuisible à sa santé, ce serait folie de s'en priver.

La jument va donc continuer son travail habituel, pourvu que ce travail ne soit pas excessivement pénible.

Une double poneyte était employée assez vigoureusement à la chasse.

Voyez donc , disait son maître, quelle bonne nature ! Comme, avec le travail, elle se maintient en bon état ! comme elle est grasse !

— Si grasse, qu'avant six semaines vous aurez deux chevaux au lieu d'un.

11 y avait déjà un signe caractéristique de prochaine parturition, une enflure partant du passage des sangles et allant vers les mamelles.

Cette enflure demi-cylindrique est environ de la grosseur du bras, plus ou moins longue. Elle disparait quelquefois au bout de plusieurs jours; mais, en tout cas, c'est un symptôme infaillible ; il y a des gens qui l'appellent l'œdème laiteux , c'est peut-être vrai.

Le travail fut arrêté, le poulain naquit, leta trois mois, et fut vendu à vil prix à un paysan. En dépit de toutes

ces mauvaises conditions, il a travaillé vingt -cinq ans à la même charrue.

Il y a des entraîneurs qui font saillir leurs juments de course, afin d'éviter l'inconvénient des chaleurs.

C'est ainsi que Jcnny gagna trois prix en 1843, courut le 22 octobre, et, en 1844, mit au monde Marion par Anteruter.

Ce poulain n'a pas réussi, il est mort, autant que je puis me rappeler.

Voici les premiers signes qui annoncent la conception : Cessation des chaleurs, augmentation de l'appétit. Plus de calme et de régularité dans le travail ; car on doit savoir que les juments sont toujours plus ou moins qu'intenses ou au moins journalières.

Du reste, mieux on connaît sa jument, mieux on est en état de l'observer ; c'est une affaire de sollicitude et d'intelligence.

L'embonpoint se manifeste assez souvent, mais un peu plus tard ; il est le résultat de l'absence des chaleurs.

Dans celle période, la graisse ne vient pas aux flancs et an ventre, mais sur les reins; de telle sorte qu'elle paraîtrait plutôt plus svelte qu'auparavant.

Vers le quatrième ou le cinquième mois, il survient assez ordinairement des chaleurs fort apparentes. Il faut y faire grande attention, parce qu'elles annoncent presque toujours que la jument est pleine.

Ce sont donc de fausses chaleurs ; elles peuvent d'autant mieux tromper qu'il est peu habituel de faire revoir h s juments à une époque aussi avancée.

Il serait, du reste, assez chanceux de s'assurer du fait , car la jument peut accepter l'étalon et avorter, ou bien, dans ses résistances qui sont alors aussi violentes que tardives, elle risque de se blesser.

11 vaut donc mieux se contenter d'espérer un poulain cl de prendre ses mesures en conséquence.

A peu près à cette époque, l'embonpoint de la jument subit une révolution.

Le ventre s'affaisse et grossit; par conséquent sa croupe et ses reins semblent se dégarnir de chair. La bête est plus grosse et semble plus maigre.

A lire ces lignes, on devrait croire les symptômes décisifs et être sûr de son fait.

Mais il y a ici matière à déception; d'abord, chez une jument qui est pleine pour la première fois, ces symptômes sont lents à se manifester. L'ensemble de l'organisation ne se plie qu'avec roideur à ces modifications, faute d'habitude, et il en résulte que la cavale qui n'a point encore porté peut être pleine de dix mois sans en avoir l'air.

Par les mêmes raisons et par un résultat contraire, la poulinière habituée à porter tous les.ans prend du ventre à l'époque ordinaire, lors même qu'elle n'a pas conçu, et a tontes les apparences d'une jument pleine.

J'ai vu des hommes qui ne manquaient ni de connaissances ni d'habitude, attendre treize mois le poulain d'une jument de pur sang, et nul n'aurait pu les blâmer sans folie.

j\otez ici une jument de pur sang. Ceci est à l'adresse de ceux qui crient à la ficelle.

Cela ne fait pas cependant que le cheval de pur sang soit jamais épais et fort, absolument parlant.

Si votre jument est bien traitée, bien menée, bien en confiance, elle annoncera elle-même son état, en ralentissant ses allures et en vous disant : assez.

Autrement, excitée d'elle-même, par la peur, la colère, et Tbabitude d'y aller de tout son cœur, elle marchera comme auparavant et avortera.

Je n'ai pas besoin d'eu dire davantage pour qu'un homme judicieux assigne le régime convenable à cent juments toutes différentes, s'il les connaît.

J'ai acheté un jour une jument anglaise au moment où elle venait de démolir un cabriolet par des ruades désespérées.

Trois ans après, elle était bête de femme et pleine de onze mois de son second poulain. Je la montai et j'allai faire une promenade d'une heure au pas.

En revenant, elle s'arrêta tout à coup, je mis pied à terre et elle revint devant moi à l'écurie très-lentement.

Une heure après son poulain gambadait à ses côtés.

11 arrive enfin un moment où il n'est plus permis de faire travailler que des juments lourdes, froides, apathiques et tellement accoutumées à leur besogne que rien ne peut les émouvoir.

Les derniers symptômes ne tardent pas à se manifester.

Déjà depuis quelque temps on peut apercevoir les mou-

vemenls du fœlus, principalement sur le côlé droit de l'abdomen.

Ils deviennent plus fréquents cl plus visibles.

Le rein se creuse, le ventre s'affaisse, la croupe ellemême offre une espèce de cassure.

Enfin, voilà une figure représentant, avec une exactitude parfaite, la physionomie d'une jument qui poulinera dans quel jues jours.

Préparatifs pour recevoir le poulain à naître.

Persicos <xli, |«uer, apparatus.

• Horace.

Tout ce qu'il faut, rien de trop.

Nous nous supposerons un instant pour lecteur un éleveur novice, suivant pas à pas les conseils écrits dans ce livre.

m a choisi sa jument, Ta fait saillir, et il attend qu'elle ] mette bas.

Pendant les dix mois qui vont s écouler, il a tout le loisir de préparer, box, paddocks, prairies, nourriture, etc.

Voilà donc toute trouvée la place de ce chapitre; et comme la route est facile du simple au composé, comme, il y a plus de petits éleveurs que de grands, nous ne nous occuperons que d'un seul éleveur, ayant une seule jument, un seul poulain.

A mesure que la gestation s'avance, le séjour dans une stalle devient gênant et daugereux.

Il faut que la jument ail de la place, qu'elle puisse se coucher et se relever à son aise ; qu'elle ne soit point attachée, qu'elle se retourne, qu'elle fasse quelques pas en se tournant sur elle-même.

Il y a des box trop petites, celles qui n'ont pas quatre mètres carrés.

Il y en aurait de trop grandes : si vous lâchez votre

jument toute seule dans une de ces vastes écuries de ferme

ou d'auberge ; parce que si un cheval peut s'y lancer, il risque de ne pouvoir s'arrêter et de se blesser contre les murs.

Mais si on a à sa disposition un pareil local, on l'utilise en y barrant l'espace nécessaire.

L'industrie de l'élevage doit consister à très-bien faire avec beaucoup d'économie, aux dépens de ce que Ton appelle le coup d'œil. Point n'est besoin ici de sacriûer aux grâces : des planches brutes, des claies de mouton, enfin nimporte quoi qui ne risque pas de tomber sur les animaux.

Si vous pouvez avoir 4 mètres de large et 6 de long, c'est la dimension la plus avantageux

Notion» d'Architecture hippique.

Si on n'a rien de fait, ce sera plus cher, mais il sera possible d'avoir mieux, à moins pourtant qu'on ne consulte un architecte, car ces messieurs ont très-souvent dans l'idée les dimensions les plus erronées et les moins hippiques, et ils ne veulent pas s'en départir.

Quand on pense que le génie a autrefois assigné un mètre par cheval pour largeur à une écurie de grosse cavalerie !

On a donné deux des dimensions de la box d'une poulinière, 4 mètres sur 6, même sur 5, si vous voulez. Reste la hauteur.

Supposez un cheval qui se cabre aussi droit que pos-

sible: pourvu que le sommet de sa tète ne puisse pas atteindre le plafond, cela suffît.

Il est des gens qui prisent les écuries hautes, qui veulent de Pair et de l'espace.

De là, deux systèmes : les écuries chaudes et les écuries froides ; et pour vider cette question, il faut s'entendre.

Les Anglais ont pensé avec raison que le cheval, de pur sang surtout, étant un animal d'origine méridionale, se trouverait bien d'un séjour analogue aux serres chau- .des ou au moins aux orangeries.

Aussi voyons-nous dans les vieilles gravures un grand luxe de cloisons en bois.

Les palfreniers sont arrivés à une grande perfection dans Part de calfeutrer; d'autant plus qu'ils ont sous la main deux substances éminemment favorables, la paille et le crottin.

Ou peut, il est vrai, parvenir à de très-mauvais résultats par l'abus d'un semblable système, et dans ce sens, certes, je ne suis pas pour les écuries chaudes.

Mais j'ai vu certains amateurs rapporter d'Angleterre l invention des écuries froides.

Pour cela un local très-haut et où l'on ménage de tous côtés, sinon des courants d'air, au moins un renouvellement continuel.

Soit, par exemple, une réunion de box dont les murs ont 3 mètres de haut, cl au dessus un vide qui s'étend dans toute la longueur du bâtiment avec un toit en tuiles très élevé et sans plafond.

De manière qu'on grelolle à côlé des chevaux.

On dit à cela qu'ils sont bien couverts; comme si un cheval pouvait tirer parti de ses couvertures comme un soldat qui s'entortille dans son manteau. • Et ou s'imagine que les animaux ainsi traités saccoutument a tout.

Oui, sans doute à tout, y compris les rhumes, les fluxions de poitrine et les rhumatismes.

Qu'un homme intelligent observe avec soin les bains russes, l'hydrothérapie, le pansage à Peau des Anglais, et généralement tout ce qui a rapport aux bains et aux sueurs, et il en conclura ceci :

Le cheval en action a toujours trop chaud, c'est pour cela qu'on a raison de le tondre; s'il s'arrête, il faut redouter les refroidissements et les arrêts de transpirations, voilà pourquoi on couvre et on promène les chevaux qui al tendent.

Les arrêts de transpiration sont d'autant plus dangereux que la transpiration est moindre; paradoxe si on veut, ça m'est égal ; mais au repos, c'est-à-dire à récurie, il faut que le cheval ne souffre pas du froid, et les couvertures sont en réalité une niaiserie puisqu'elles ne louchent que les parties les moins délicates.

La poitrine, le ventre, les ars, ne sont jamais enveloppés.

Une écurie est assez chaude lorsque l'on peut y abandonner découvert, sans soins et sans inconvénient, un cheval en quelqu'étal qu'il soit.

11 faut donc avoir des écuries que l'on puisse rendre

chaudes à volonté; pour cela, il faut qu'elles soient petites, et comme l'espace est nécessaire dans le sens horizontal, j'ai indiqué le minimum de hauteur.

Si , maintenant , récurie est trop chaude , il y a des moyens d'y introduire Pair extérieur.

Le plus simple, quand on bâtit, est de pratiquer des fenêtres dans la partie la plus élevée de la muraille et la plus rapprochée du plafond , vis-à-vis Tune de l'autre, dans les côtés parallèles.

Le courant d'air s'y établit d'autant plus facilement que l'air le plus chaud est celui qui s'élève davantage, et il est naturellement chassé par l'air dense et froid qui arrive de l'extérieur.

Et le courant ne frappe pas directement les animaux.

La meilleure disposition serait la porte au levant, la mangeoire au couchant, et les fenêtres au nofd et au sud, mais on est souvent commandé par les circonstances. Je me suis vu forcé de placer des fenêtres en face de la porte, ne pouvant prendre jour sur les côtés.

Et l'on m'a dit que la lumière tombant directement sur les yeux des chevaux les rendait aveugles.

Et, depuis trente ans, deux chevaux ont perdu la vue chez moi, lesquels n'avaient jamais habité les écuries ainsi disposées.

Lorsque manque la possibilité d'établir des jours comme on le veut, il n'y a qu'a établir de bas en haut des tuyaux de poterie qui, à travers le plancher ou le long des murs, vont communiquer avec l'air extérieur.

Ces tuyaux, alternativement ouverts ou bouchés, vous donneront la température que vous voudrez avoir.

Si vous m'en croyez, vous tiendrez chaudement vos chevaux de service.

Quant aux poulinières et poulains, la température naturelle n'est pas à craindre. 11 n'y a qu'à éviter les courants d'air et les transitions brusques.

Peu importe que ces animaux aient gros poil en hiver.

Toute porte d'écurie qui s'ouvre en dedans est un nonsens, puisque vous diminuez l'espace en entrant.

Les portes à deux battants sont absurdes ; si l'un d'eux suffit pour le passage d'un cheval, à quoi sert l'autre? Si non, un cheval échappé cherchera à sortir ou à entrer quand même, et se blessera peut-être mortellement en donnant des hanches sur les deux côtés de la porte.

Une bonne porle d'écurie doit avoir quatre, cinq pieds et même plus de large.

Un cheval de voiture enharnaché et avec ses œillères peut être roide et maladroit de son arrière-main.

Un poulain se précipite follement à côté de sa mère.

Les portes larges, utiles pour tout le monde, sont indispensables aux éleveurs.

Il faut qu'en outre les gonds soient disposés de telle manière que la porte, une fois ouverte, se colle coutre la muraille et y reste maintenue.

Si, dans cette porle, on pratique une ouverture en volet ou wasistdas ouvrant aussi par dehors, cela n'en sera que mieux.

Pour ce qui est de la couverture, un toil en tuiles, sans

plancher, ne vaut rien, la pluie et le vent y passent.

Un toit de chaume serait bon, mais d'autres considéra-

tions le font prohiber.

Quelquefois, au-dessus des écuries de campagne, on place des perches, des fagots et du foin de rebut. Cela est fort laid, mais suffisant.

Les plafonds en plâtre ne me plaisent pas ; ils absorbent Thumidité et les vapeurs.

J'ai vu autrefois, près de Châteauroux, des écuries que M. le lieutenant général comte Bertrand avait fait construire lui-même.

Des dalles en pierre reposaient sur de bonnes solives. Cela faisait un excellent plafond pour récurie, et l'étage supérieur présentait des greniers et même des chambres fort habitables.

J'ai, chez moi, remplacé les dalles, qui me manquaient, par des briques de Beauvais carrées, de 33 centimètres de côté, faites exprès.

Depuis trente ans, une seule de ces briques a manqué par le jeu d'une des solives, et ces dernières sont en bois blanc.

Je ne connais rien de mieux pour couvrir une écurie.

Je n'espère pas vivre assez longtemps pour avoir à réparer les miennes.

L'écurie une fois close et couverte, il faut s'occuper de la meubler.

Je commence par attirer l'attention sur une chose en apparence très-fulilc.

II y a le plus grand inconvénient à planter des clous dans la muraille, à quelque hauteur que ce soit.

On le fait souvent pour accrocher certains objets, pour fixer les cordes qui suspendent les lanternes ou font manœuvrer les fenêtres, et le cheval se crève les yeux, parce que sa vue n'est pas disposée de manière à apercevoir ces objets.

Remplacez donc les clous par des anneaux, pour quelque usage que ce soit.

On place aujourd'hui d'ordinaire une mangeoire ronde dans un coin, et au-dessus ou dans l'autre coin un râtelier de fer dit en gerbe.

Je n'aime pas cela, disposez toujours une boxe comme si elle devait servir d'écurie pour deux chevaux.

Un râtelier tout droit, d'un bout à l'autre d'un des petits côtés ; le bois vaut mieux que le fer ; et avec cette forme simple, on peut y jeter une botte de foin ou de paille sans faire un tour de force et d'adresse.

Je veux aussi uue mangeoire tout du long du râtelier.

Le bois est pour cet objet la plus mauvaise mal i ère. Les chevaux le rongent, l'humidité le pourrit.

Employez la pierre dure, ou au moins un fond en briques polies.

Mais le mieux est le modèle cijoint, fig. 34, que j'ai essayé il y a plus de trente ans et qui a (ont supporté, même des déplacements* Tue barre de bon bois, cylindrique, va d'un mur à

l'autre de récurie le long du râtelier, et sert de bord extérieur à la mangeoire.

Cette barre est d'un diamètre suffisant afc, pour que le cheval ne puisse la saisir avec ses dents.

Suivant la longueur de la barre, on la soutient par un nombre suffisant de poteaux toujours placés à un point de séparation entre deux chevaux.

Une plaque de zinc s'applique à celle des extrémités du diamètre horizontal de la barre qui regarde le cheval en b.

Cette plaque suit le contour de la barre en dessus jus • qu'à l'autre extrémité du diamètre horizontal en a.

Là elle quitte la barre, descend par une courbe convenable pour former une auge assez large et assez profonde, puis remonte s'appliquer à la muraille à une bonne hauteur en c.

Celte plaque est d'un seul morceau par soudures de la droite à la gauche de l'écurie.

On peut ménager une légère pente d'une extrémité à l'autre, pour laver avec plus de facilité, et pratiquer une ouverture au point le plus bas.

Cet appareil est inattaquable, la dent du cheval ne rencontrant que des surfaces d'une courbe allongée qu'il ne peut saisir, les genoux ne peuvent les loucher en dessous.

11 n'y aurait donc que le cas où un cheval viendrait à placer un pied de devant dans la mangeoire.

Je m'en sers depuis trente ans à ma grande satisfaction, sans avoir eu d'imitateurs ; on jugera.

La boxe ainsi disposée, une barre quelconque en fera provisoirement une bonne écurie de deux chevaux.

La box est de tous points préférable aux stalles. Mais la box complique le service des écuries, nécessite plus de dépenses en litière, en terrain, etc. Enfin, elle n'est pas généralement adoptée.

Par conséquent, un haras bien entendu contiendra et des box et des écuries à stalles, afin que les chevaux qu'on aura élevés soient accoutumés à subir leur destination future.

Disons un mot des séparations; la stalle mouvante n'est supportable qu'avec des chevaux doux , apathiques ou fatigués.

De toutes les stalles connues, une seule est bonne et je ne l'ai vue que dans les dépôts d'étalons de l'État, où elle a été construite sur le modèle de M. Van Horrick.

Toutes les stalles fashionnables sont terminées par un poteau de bois tourné en pomme de pin, ou en gland de chêne, ou en boule, qui dépasse de plusieurs décimètres le niveau de la stalle. Supposez qu'un cheval rue et se trouve engagé là dessus, il n'y a aucun moyen de le débarrasser. Voici la stalle de M. Van Horrick, ftg. 35.

Fig. 35.

A B est une surface en bon bois blanc assez épaisse pour être à répreuve des coups de pieds; aed est une barre épaisse d'environ 2 décimètres dans le sens horizontal, toutes les arêtes bien arrondies, en chêne, si on veut.

La distance bd peut varier; la plus grande est la meilleure, parce que souvent les chevaux tirent sur leurs longes et s'attaquent à coups de pieds en dehors de la stalle par derrière.

Si un cheval vient à se mettre à califourchon sur cette stalle, comme elle est large et arrondie, il ne peut s'y blesser dangereusement.

La pente ac est telle qu'en le poussant, ou même quelquefois sans aide, il arrive à se délivrer.

Je n'aime pas les écuries nombreuses; une grande agglomération d'animaux de la même espèce engendre la contagion.

Les typhus et les morves n'ont pas, selon moi, d'autres causes.

Le paysan et son cheval sont presque toujours dans de pires conditions que nos soldats et nos chevaux de troupes; et cependant on ne voit pas régner dans les campagnes les mortalités qui ravagent nos hôpitaux, nos écuries de casernes et uos haras.

Un haras bien entendu, selon mes idées, ne contiendra que des écuries de six chevaux au plus et de plus petites, afin que, dans aucun cas, il n'y ait de local occupé par un nombre de chevaux moindre que celui auquel il est destiné.

J'ai chez moi des boxs et des écuries de trois, quatre et six chevaux ; je n'ai jamais rien que de plein ou de tout à fait vide.

Je joins ici le modèle d'une écurie de dix chevaux, parfaitement bien entendue pour le service, telle que M. Hippolyte Mosselman s'en est fait construire à Paris et à la campagne.

Fig. 36.

A AAA sont quatre box.

B est un large espace libre pour le service, les coffres, ustensiles, etc. On y peut panser, bouchonner et même ferrer.

ef sont des stalles.

Les dimensions peuvent varier, ou être fixées d'après les règles que j'ai déjà données.

D'après les idées du constructeur, les box sont destinées

aux chevaux qui rentrent du travail. Les animaux n'ont,

par conséquent, pas de place fixe; celui qui en esta son

tour de travail est en stalle ; sitôt sorti, il est remplacé par

un qui était en box et dans la box duquel il sera mis à son retour.

Excellente organisation.

Rien de pis que les écuries à double rang; il n'y a de place ni pour le service, ni pour la sûreté ; en reculant pour fuir un danger, on se jette dans un autre. L'économie qui les fait adopter est ruineuse.

Les stalles doivent être larges, mais pas assez pour que le cbeval s'y retourne, ce qui est dangereux pour lui ; par conséquent, dans un baras, il est bon qu'il y ait quelques stalles étroites pour accoutumer les très-jeunes poulains à s'y tenir.

On fait souvent des écuries en pente, sous prétexte {Tavantager les chevaux et de donner de l'écoulement; mauvaises raisons : trop d'inclinaison fatigue, et la litière absorbe suffisamment les eaux.

Tout sol est bon, pourvu qu'il ne soit ni glissant, ni humide, ni trop dur, et contre cet inconvénient on a la litière ; briques, pavés, salpêtre, peu m'importe.

On m'a dit que des mangeoires et des râteliers hauts, en forçant les poulains à relever la tête pour manger, pourraient leur donner des encolures fausses et renversées.

Moi qui ne crois point à ces défauts, mais seulement à des chevaux mal placés, quand on les plaee mal, j'ai toujours eu des mangeoires et des râteliers hauts, aGn d'éviter les têtes chargées, comme je l'ai dit ailleurs, et je m'en suis bien trouvé.

Il est bon de placer dans un coin de l'écurie ou de la

box une pièce de fer en cercle où s'emboîte une lampe à verre spbérique très-fort.

Cette espèce de lampe est la plus sûre, la plus durable, el par conséquent la plus économique que je counaisse.

Encloa, paddocks, pâturage».

La jument a besoin d'être lâchée avec son poulain en toute liberté dans un espace d'étendue suffisante.

Les fermiers du Perche ont pour cet objet des vergers, c'est-à-dire des enclos plantés de pommiers, à proximité des habitations. Les animaux y trouvent de l'ombre et. une pâture.

Si l'herbe qu'ils broutent ne sufflt pas, on leur apporte en vert ou en sec assez de fourrage pour subsister.

Lors même que cet enclos ne doit servir que de parcours, il est utile que le sol en soit fertile et productif, autrement les promenades de la jument et du produit y détruisent la végétation, durcissent le terrain, et les pieds souffrent de fouler continuellement un sable desséché.

Lorsque Ton a de vastes prairies plus ou moins bonnes, on y lâche les poulinières en plus ou moins grand nombre, soit pour les y laisser jour et nuit, soit avec l'intention de les rentrer, lorsque les nuits sont très-froides ou les jours très-chauds.

Plus tard nous nous occuperons du régime des jeunes animaux. Maintenant il suffit d'avertir l'éleveur de préparer à l'avance ou des vergers, ou des paddocks, ou des prairies.

La principale condition de ces enceintes, quelles qu'elles soient, est la clôture.

Des fossés pleins d'eau, lorsque cela est possible, sont une bonne chose, les animaux s'habituent aisément à respecter ce genre d'obstacle.

Les haies de sureau ou autres, établies sur des tertres larges de 1 mètre et plus, hauts d'autant, sont une invention fort bonne, jolie et surtout très-fashionnable, et on ne peut plus sporting; mais une semblable disposition eiige des années, de grandes dépenses d'installation et beaucoup de frais d'entretien.

Les barrières en bois sont d'autant moins chères et d'autant meilleures qu'elles sont d'une construction plus grossière et en plus mauvais bois.

Le saule, le peuplier et tous les bois de rebut, font autant d'effet, épouvantent le jeune cheval qui ne les brave point; et si, par hasard, il veut les franchir et s'abat dessus, elles se brisent sans le blesser ; il se sauve et il n'y a pas grand mal à ça.

Lorsque le haras du Pin existait, les clôtures étaient en excellent bois de chêne tout neuf. Aucun cheval ne se sauvait, mais beaucoup s'y blessaient ou s'y tuaient.

Quelques amateurs modernes ont inventé les fils de fer. Comme piège, ce serait assez bon, parce que l'animal ne les voit pas et s'y blesse de manière à ne pas pouvoir aller bien loin. Mais pour parquer des poulains précieux, je crois le système peu économique.

Les palis sont chers. Les murs ne le sont pas moins.

Depuis trente ans, je me tiens aux palissades en mau-

vais peuplier, deux gaules horizontales, la plus haute à environ 1 mètre 30 du sol, des pieux de loin en loin, le tout attaché avec des liens d'écorces ou de mauvaises cordes.

Le seul accident grave arrivé depuis ce temps, a été la mort d'un poulain de charrette de dix-huit mois, à l'autopsie duquel on a constaté la rupture d\ine veine, sans pouvoir assigner une cause certaine à cette blessure.

Partnrltlon.

Nasc«nlis equi de fronte revulsus.

Et matri prœruptus amor..

Virgile.

Ou m'a fait voir à l'hospice de la Pitié une salle remplie de squelettes de femmes bossues, toutes mortes en couches.

J'ai conservé fort longtemps une belle jument cauchoise que j'avais achetée à sept ans, excessivement ensellée. Je l'avais connue très-bien faite à cinq.

L'ensellement était tel qu'une ligne droite allant du garrot à la croupe marquait 8 à 9 pouces de flèche à l'endroit le plus bas du rein.

Cette jument a mis au monde, en quatre ans, quatre pouliches excellentes, puis elle n'a plus donné que des produits morts ou avortés.

Y a-t-il analogie entre les faits que je rapproche ? Je le crois, mais je n'en dirai pas davantage, ce livre n'étant

pas un traité de pathologie ou de médecine vétérinaire. Un mot sur les avortements.

Ils doivent être imputés ou à un accident, ou à un cas morbide; mais il est souvent difficile de décider à laquelle de ces deux causes.

J'ai déjà un peu détaillé ce que Ton dit en pareil cas, et je crois inutile de s'y appesantir davantage.

Je me contenterai d'ajouter qu'à part la jument monstrueusement ensellée que je viens de citer, ou quelques autres trop vieilles pour qu'on pût rien en attendre, ou encore le cas de double conception, je n'ai jamais eu qu'un seul avortemenl pendant toute ma carrière d'éleveur.

Une jument choisie et gardée dans des conditions normales doit être presqu'cntièrement à l'abri de cet accident.

La double parturition est plus rare et plus anormale chez la jument que chez la vache.

Presque toujours les jumeaux viennent avant terme ou ne vivent pas.

Il y a cependant, je crois, dans le Stud-Book, le nom de quelques jumeaux qui ont couru et même gagné.

Je n'ai eu moi-même que deux exemples de double parturition.

Une grosse jument anglaise noire, saillie par un cheval arabe alezan avec beaucoup de blanc, mit bas un fort poulain mâle bai-clair, avec quatre balzanes, lequel ne vécut point et, immédiatement après, un autre poulain mâle bai-brun, avec trois balzanes, très-faible et bancal.

Ce dernier vécut et se redressa fort bien dans la suite,

m*a-t-on dit, car je l'avais vendu à huit ou dix mois, n'en espérant rien.

Une jument, cob trotteur, appartenant à un de mes amis, et qui n'avait jamais retenu que chez moi, mit bas en trois ans deux poulains bien conformes, et la troisième fois deux fœtus femelles, un bai, l'autre alezan, sans cause apparente, sans l'ombre d'un malaise.

J'ai voulu en finir dès le commencement avec les sinistres et les cas exceptionnels.

Le moins d'aide et de secours que peut recevoir une jument est le mieux.

11 est rare que les palefreniers et même les vétérinaires aient une grande habitude pratique de soigner les juments dans ces moments-là.

Lorsqu'une fois le poulain est né, le point important est de gagner la confiance et l'affection de la mère.

Car il arrive souvent qu'elle devient farouche et intraitable; elle charge l'homme, elle est jalouse de son poulain, et souvent elle le maltraite du pied et de la dent.

Si elle n'est qu'à moitié familiarisée, comme il en est malheureusement d'ordinaire pour nos chevaux de service, son nouvel état lui fait prendre le dessus ; on en a peur, et on n'a plus aucun moyen de parer à certains accidents de naissance assez fréquents.

Par exemple, le poulain mal placé contre le mur ou dans un coin, fait, pour se relever, des efforts qui répuisent, et peut être suffoqué par une torsion du cou.

11 faudrait alors l'entourer, le lever ou le replacer à la

main, ce qui est difficile lorsque la mère s'y oppose du pied et de la dent.

Il arrive encore que la jument, surtout à l'égard d'un premier poulain, se montre chatouilleuse, refuse de se laisser téter, ou seulement s'y prête mal, ce qui suffit pour rebuter et intimider le jeune animal.

Les manières agressives d'une poulinière envers l'homme proviennent presque toujours de la faute de ceux qui la soignent ; il se peut qu'on n'ait pas exercé de cruautés envers elle, mais on ne l'a pas traitée convenablement.

Il y a des personnes qui croient avoir tout fait quand elles ont recommandé ou pratiqué la douceur. La dureté est une sottise.

La douceur est une niaiserie.

Ce qu'il faut, c'est de l'assurance, de l'à-propos et une bienveillance intelligente : en un mot, un ensemble de qualités qui constituent l'homme de cheval.

J'ai rencontré par-ci par- là des chevaux ou des mulets très-méchants, qui se montraient tout à fait inoflensifs envers tel ou tel homme, telle ou telle femme : lorsque cet individu favorisé ne peut rendre compte ni à lui-même, ni aux autres, et cela arrive souvent, de ce qui le fait aimer ou tolérer, cela n'a plus aucun intérêt, ni même aucune sûreté; car il n'y a aucune raison pour que cette préférence continue.

Ce n'est pas ainsi qu'il faut se conduire envers les animaux ; il faut savoir pourquoi et comment on les domine et on s'en fait aimer.

Lorsque la jument est méchante à l'homme, il arrive ordinairement qu'elle s'entend parfaitement avec son poulain.

Il en est qui, douces pour le palefrenier, deviennent dangereuses par leur répugnance à se laisser approcher et téter par leur poulain.

J'ai rencontré une jument d'origine normande avec ce vice si prononcé qu'on était obligé de donner une nourrice à son poulain.

Quand de pareilles susceptibilités n'ont pas leur excuse dans le sang le plus pur, dans la noblesse la plus relevée, m'est avis qu'il faut se garder de multiplier la race méprisable d'animaux aussi maussades.

Laissez la mère tuer son poulain et envoyez-la au fiacre, la perte ne sera pas grande.

Lorsque le poulain s'est levé avec ou sans aide et qu'il a tété, ou fait tout comme, il y a un détail très-important à observer.

A savoir que le poulain fiente convenablement. Le premier poulain que j'ai possédé est mort par la faute d'un vétérinaire qui ignorait cette particularité.

Vingt-cinq ans après, quelqu'un m'envoyait une jument de service qui se trouvait pleine, on venait de s'en apercevoir; on me priait de la renvoyer au plus tôt et de faire du poulain ce qu'on pourrait.

11 était temps; la jument poulinait lejour deson arrivée.

Le poulain s'était levé et marchait depuis deux heures, lorsque tout à coup il cesse de téter, se relève, se recouche, regardant son flanc avec inquiétude.

C'était une constipation causée par le méconium ; une carotte taillée et huilée introduite dans l'anus divisa les matières et facilita leur expulsion.

Une demi-heure après, le poulain gambadait dans le pré.

Ce poulain était exécrable, et mauvais de tout point. Sevré à trois mois, il était dans les plus mauvaises conditions. Aussi trouvai-je facilement un acquéreur pour 100 fr., c'était bien trois fois sa valeur.

J'aurais mieux aimé sauver le mien qui valait davantage. Si jeunesse savait î

Neuf jours après la naissance du poulain, il est temps de faire resaillir la mère, à moi us d'accident.

Les accidents sont rares.

J'ai cependant vu deux juments, Tune de pur sang l'autre non tracée, pouliner par l'anus au moyen de la rupture du rectum. Chose singulière, ces deux juments étaient les deux premières poulinières d'un éleveur qui a possédé peut-être 1000 chevaux en sa vie.

Je n'ai jamais revu d'autre exemple du même cas.

Ici les vieux livres sont pleins de conseils restrictifs. // faut que la jument qui a pouliné se repose. C'est bien assez déjà d'avoir à nourrir son poulain, on V épuiserait f etc.

A cela il y a plusieurs réponses à faire.

D'abord la nature donne des forces pour tout ce qu'elle inspire. Si la jeunesse est téméraire, c'est qu'elle sent en elle des ressources incalculables qui font souvent réussir les plus grandes folies. Si donc la jument ne devait pas porter la même année, elle n'entrerait pas en chaleur.

Cela ne lui arrive jamais quand elle esl pleine.

On peut dire encore qu'en physiologie les raisonnements mathématiques du chimiste et du physicien ne sont pas de mise. Le corps d'un animal n'est pas le coffre-fort d'uu banquier, qui contient telle somme et pas un sou de plus. Le corps d'un animal esl une créature vivante, que la main de Dieu anime à tout instant ; qui est morale et élastique, que les circonstances extérieures modifient pour ainsi dire exprès contre elles-mêmes, lorsqu'elles sont nuisibles et à laquelle les obstacles donnent de la force pour leur lésister.

Expliquez autrement pourquoi à beaucoup de femmes il suffit de commencer à devenir grosses pour que certaines maladies cessent, pour que certaines autres cessent de pouvoir être contractées, pour que mille imprudences ou écarts de régime se fassent impunément.

Mais au lieu de raisonnements mettons des faits : en 1859, il est né, en Angleterre, 681 poulains et 677 pouliches d'après cette méthode, sans qu'il y ait un nombre notable d'accidents.

C'est donc le neuvième jour qui doit être considéré comme le dernier terme du temps dans lequel la parlurition et ses suites doivent nous occuper.

Jugement n porter sur le poulain.

Tu MarceUos erii !

Virgile.

Beaucoup d'appelés, mai* peu d'élu*.

Autant il fallait de circonspection au moment de faire produire une jument, autant il faut de patience lorsqu'elle a pouliné.

Tant que dure la lactation, il n'y a aucun surcroit de dépense. On a donc tout le temps de prendre un parti a l'égard du nouveau-né.

Que de fois ai-jc dit à de petits cultivateurs : vous avez une jument pour votre exploitation, faites-la saillir, elle n'en travaillera pas moins, elle n'en consommera pas plus, et au moment du sevrage, défaites-vous du poulain. Cher ou bon marché, il ne peut manquer d'être d'une bonne défaite, puisqu'il ne coule absolument rien.

Mais ne le gardez qu'à bon escient, parce que plus lard il devient une occasion de dépense.

Ce raisonnement bien simple, je n'ai jamais eu la satisfaction de le voir goûter par personne.

On hésite à faire naître, et lorsque Ton a un poulain, on refuse plusieurs occasions de le vendre avec gain, pour le laisser à vil prix au moment où Ton est forcé de s'en défaire.

Cette mauvaise manière de raisonner, étant générale, a amené un singulier résultat dans certains pays d'élevage, c'est qu'un poulain quelconque est plus cher, prix com-

meroial, au sevrage qu'à dix-huit mois, plus cher à dixhuit mois qu'à trois ans, plus cher à trois ans qu'à quatre. En sorte que son prix diminue à mesure qu'augmente sa valeur réelle basée sur ce qu'il a coûté et sur ce qu'il peut faire.

Dans l'état actuel des choses il serait donc avantageux aux particuliers de faire naître en quantité et de vendre le plus tôt possible.

Si le goût public changeait, la spéculation aurait à changer aussi.

Mais nous ne nous occupons ici que de la science réelle, c'est-à-dire des moyens de faire un bon cheval du poulain que Ton a produit.

Revenons à 1 examen de l'animal qui vient de naître.

Dans les premiers moments de son existence, il a toujours, excepté pour les yeux très-exercés, uu aspect chétif et misérable. Si l'enfance est gracieuse, ce n'est pas dans les premiers jours de la vie.

Mais le changement est très-rapide, d'autant plus sensible qu'on est plus près de la naissance, contrairement, on l'a dit, à ce qui a lieu pour le fœtus.

Il existe une phase assez courte pendant laquelle le jeune cheval, entre une première enfance où il vit à peine, et une seconde enfance où il va prendre son développement, se révèle tel qu'il sera un jour, ou du moins tel que l'on peut le deviner.

Cest, dit-on, à peu près vers le neuvième jour.

C'est alors qu'il faut l'examiner avec soin.

Commençons par déterminer sa couleur. Rien de plus

facile, ordinairement, que de voir s'il sera bai ou alezan ; presque toujours le bout des crins est noir chez celui qui doit être bai, et alezan dans l'autre cas.

Mais il est tout à fait impossible de préjuger quel sera la nuance de la couleur.

Le poulain, plus lymphatique qu'il ne le sera jamais, est par conséquent clair et lavé. La teinte des jambes se dégrade à tel point vers les pieds que souvent on ne peut pas dire s'il y aura ou non des balzanes. Le bai a quelquefois, mais pas toujours, du noir à la couronne.

J'ai vu naître bai lavé des chevaux qui sont devenus bai brun foncé.

Le cheval qui doit être un jour gris naît de toutes les couleurs, noir, bai, alezan, cap de more, gris, presque blanc, il ne foncera pas, mais il est plus ou moins de temps à blanchir.

J'ai eu d'un étalon alezan et d'une jument grise une pouliche baie, que précédaient trois sœurs de la même robe ; elle n'a commencé que vers un an à grisonner, elle était blanche et truitée à douze.

Les premiers poils blancs se montrent toujours aux tempes et aux oreilles.

Les rouans naissent zains ou à peu près et ne blanchissent que successivement.

Les noirs naissent, ou noirs, ce qui est rare, ou roux, on jaunâtres, quelquefois gris chenevis ou gris de cendre.

Somme toute, il y a quelquefois incertitude sur le poil; voilà pourquoi on lit dans le Stud Book anglais :

Grey or roan ; gris ou rouan.

ChesDot or grey; alezan ou gris.

Black or brown; noir ou bai brun, etc.

Il y a pareillement incertitude pour la taille, parce qu'un accident quelconque daus la santé ou la constitution peut arrêter le développement d'un individu destiné à être énorme, comme aussi des poulains nés petits et délicats peuvent profiler d'une manière surprenante.

Généralement le meilleur poulain est celui qui naît petit, maigre et vivace; on peut tout attendre de lui, même les plus grandes proportions.

Celui qui arrive gras, grand et fort, n'est pas à mépriser; mais il ne tient pas d'ordinaire tout ce qu'il promet.

Souvent le poulain en naissant n'est pas fini ; la corne du pied est molle et exiguë, l'animal peut à peine marcher; laissez faire.

Il y a des tendons énormes qui seront grêles ; il y a des membres faillis, arqués, tremblotants, qui se remettront.

Il y a des jarrets remplis de tares qui deviennent nets, il y a des jarrets qui attendent leurs jardons, leurs vessigons, leurs éparvins, sans qu'on puisse y rien faire. Lisez l'avenir dans le passé des ascendants ; mais ce ne sera jamais avec certitude.

Toutefois, on peut prévoir, dans le cheval neuf et dans

le poulain, quelle est la partie qui manquera la première,

car c'est la partie faible. Mais ne vous hâtez pas de

porter un jugement, si vous avez la prétention de ne pas

être démenti par l'événement.

Un cheval naît chez moi avec deux jardons énormes ; m. 29

à deux ans il est atteint d'une fluxion de poitrine qui lui laisse une loux chronique de la plus mauvaise nature.

Je le vends à cinq ans; je le revois, à douze, cheval de louage.

Il n'avait pas le moindre indice de pousse, ses jarrets étaient bons, mais un feu très- fort couvrait les boulets postérieurs qui étaient énormes. Il n'y avait cependant aucune maladie aux boulets. Tout le mal venait d'une pourriture de fourchette que personne n'avait vue.

Ainsi le cheval n'avait pas manqué par où sa ruine s'annonçait, mais par une autre cause, sur laquelle encore on s'était mépris.

Un poulain panard se redressera.

J'en ai vu naître avec les jambes de derrière tout à fait courbées du même côté comme deux CC, et devenir très-bien conformés avec le temps.

Xénophon dit : on voit plus de poulains défectueux changer à leur avantage, quon ne mit de beaux poulains devenir de vilains chevaux.

Cela est vrai surtout pour les défauts de détails; mais il ne faut pas que les organes dont la constitution dépend soient défectueux.

Cependant la poitrine même peut manquer à un poulain dans le premier âge ; pourvu qu'il ait de la vitalité, les défectuosités se réparent avec une promptitude et une facilité étonnantes.

La nourriture, judicieusement dispensée, remédie à bien des choses, avec la santé; la santé n'est pas incom-

patible avec une mauvaise conformation, mais oui bien avec une mauvaise constitution.

La constitution vient des parents; de là, mon entêtement à conserver les poulains dont la famille me plaît, quelqu'affreuses que soient les apparences ; de là, mon mépris pour tel ou tel bon poulain, lorsque je trouve à redire à son père, à sa mère ou à ses aïeux.

Somme toute, je tombe juste plus souvent que je ne me trompe.

L'éleveur ne doit jamais perdre de vue le but qu'il se propose. A-t-il dessein de courir, qu'il se garde de vendre avant d'avoir essayé, de peur de voir un jour ses favoris battus par une de ses réformes ; s'il veut élever pour son service et son agrément personnel, il y a deux écueils: réformer trop précipitamment, ce qui peut priver d'un bon cheval ; conserver avec obstination, ce qui mène à un désappointement et à une perte; veut-il enOn vendre ? qu'il pousse à la graisse tout ce qui est grand et gros, et qu'il ne refuse jamais un bon prix ; on ne sait pas ce qui peut arriver et il faut toujours prévoir le mal.

Un poulain meurt, l'argent ne meurt pas dans h bourse.

Ce qui ne pousse pas doit être vendu à tout prix. Vehdre aujourd'hui, c'est gagner dès le soir un jour de nourriture.

Et d'ailleurs, j'ai toujours été étonné du prix qu'on obtient toujours des animaux de rebut.

J'ai eu 350 fr. d'un certain poulain de sept mois que certes j'aurais eu encore profit à donner pour rien, et je

n'aurais pas trouvé 500 fr. d'un excellent poulain du même âge, dont je ne voulais me défaire à aucune condition.

Ces aberrations ne devraient pas exister chez un peuple instruit et éclairé. Le connaisseur en est ordinairement victime, il a le droit d'en proûter quelquefois.

Tant que le poulain est au lait et non séparé de sa mère, on le juge moins bien que plus tard.

Sevrage.

La Icllre lue.

A quel âge doit-on sevrer les poulains ? Réponses :

On les laisse téter pendant cinq, six ou sept mois; car V expérience a fait voir que ceux quon laisse téter dix ou douze mois ne valent pas ceux qu'on sevreplus tôt, quoiqu'ils prennent ordinairement plus de chair et de corps.

BtTFON.

Moijê ne sevré jamais mespoulains} je veux quils se sevrait tout seuls et je m" en trouve bien.

Un novateur.

A trois ou quatre mois au plus tard il faut que mes poulinières soient débarrassées de leurs poulains; je ne veux pas quelles s épuisent.

Un homme a principes arrêtés.

Ce que j'ai vu de plus singulier et de plus drolatique

en malière d'élevage est une mesure administrative ainsi formulée dans un haras où Ton comptait plus de 70 juments de tout âge, de toute race et de tout pays :

Demain on sevrera tous les poulains.

Au milieu de tant d'opinions et de tant de chiffres on oublie la nature, qu'il est cependant naturel et facile d'observer.

J'ai dit que l'on ne pouvait guère juger si une poulinière était bonne nourrice qu'eu examinant le poulain, et encore on ne sait rien au juste parce qu'un poulain peut manger en même temps qu'il telle, et profiter sans qu'on sache de quoi.

Avant de sevrer le poulain il faut essayer de le nourrir, et comme il n'y a pas d'économie à faire sur la subsistance dans les premiers temps, essayez avec l'avoine, le son, les carottes, tout ce que vous aurez sous la main.

On ne s'occupera pas de ce qu'il pourra grignoter en herbe, paille ou fourrage ; mais on aura dans chaque boxe deux mangeoires séparées, chacune dans un coin, et sitôt qu'on verra le poulain essayer de manger avec sa mère, on attachera celle-ci et on laissera dans la petite mangeoire une quantité d'avoine soigneusement mesurée.

On constatera la diminution opérée sur cette part au bout de quelques heures, et le reste sera toujours laissé à la mère, car moins le poulain mange, plus elle a à lui donner.

On amènera de la sorte le jeune animal à manger deux, quatre, quelquefois même six litres sans abandonner la mamelle de sa mère.

Une fois que le poulain consomme régulièrement trois litres par jour, il est possible de le sevrer ; mais si la jument n'est pas maigre, si on peut la nourrir abondamment, il n'y a nul inconvénient à les laisser ensemble.

Je ne veux donc fixer aucun terme à la lactation, que le discernement du propriétaire.

La difOcullé du sevrage se borne à savoir faire passer le lait de la jument.

Si donc vous avez affaire à une laitière obstinée, ne vous pressez pas, et attendez que le moment arrive de luimême, de peur d'accident.

Dans le cas contraire, le poulain se rebute ou sa mère le repousse.

On commencera par séparer les poulains des mères pendant quelques heures de la journée, en s'y prenant de telle manière qu'on les ait toujours sous la vue, pour éviter les suites de l'inquiétude ou de l'impatience.

Quelques jours après, ils ne seront réunis que du soir au malin.

Plus tard encore on laissera téter le malin et le soir seulement, et, en quinze jours, tout doit être fini.

Uei poulains depuis le sevrage jusqu'à dix-huit

Toul vient è punit à qui sail attendre.

Eu moyenne raisonnable, les poulains ont six mois au commencement d'octobre. C'est vers cette époque que les

chevaux de pur saug nés Tannée précédente sont envoyés à Técurie d'entraînement.

C'est aussi vers cette époque que les chevaux de trait de même âge sont essayés au travail.

Cette époque peut être avancée ou retardée de près d'un trimestre, selon la précocité des individus ou même le caprice de l'éleveur.

Pendant ce temps le propriétaire a trois choses à faire :

1° Prodiguer les soins et surtout la nourriture pour faire profiter les jeunes animaux autant que possible; car la nature est alors dans son maximum de progrès et de malléabilité;

2° Juger chaque individu afin de réformer ou de négliger ceux qui ne sont pas appelés à rien faire de bon, et réserver ses dépenses pour ceux qui réussissent ;

3° Enfin, préparer le caractère des poulains afin de ne livrer au dressage que des animaux doux, confiants et disposés à bien faire.

hégike.

Les poulains précieux, pur-sang, hunters, carrossiers de premier ordre, doivent manger le plus possible, et ne manger que ce qu'il y a de mieux.

Mais ceci a besoin d'être interprété en ce sens, que si le désir d'épargner ne doit jamais entrer en ligne de compte à celle époque, cependant le bien faire ne consiste pas à prodiguer sans discernement des nourritures dispendieuses.

ï/estomac des jeunes animaux diflère essentiellement

de l'estomac des adultes. 11 a une capacité toute particulière de consommation et d'assimilation.

Si donc un cheval fait et soumis à un travail très-actif doit être exclusivement nourri d'aliments très-substantiels sous un petit volume, le poulain s'accommode toul aussi bien, mieux peut-être, d'une nourriture de bonne qualité sans doute, mais moins riche en éléments assimilables.

L'appétit est excessif dans la jeunesse; si on le satisfaisait avec des quintessences, on risquerait de fatiguer les fonctions digestives, parce que Festomac travaille autant dans l'action de digérer, par l'assimilation du chyle et du chyme, que par l'expulsion des parties inutiles.

On pourra donc souvent préférer pour les poulains une avoine propre et saine, mais légère, aux avoines les plus lourdes et les plus farineuses. 11 n'y a point ici à craindre dcremplir l'intestin.

Les poulains qui passent la journée dans des pâturages gras et d'excellente nature mangent à l'écurie tout autant d'avoine, souvent plus, que ceux que l'on abandonne dans de stériles savanes, mais les progrès ne sont pas comparables.

Si quelquefois le développement définitif est le même, la précocité est très-différente.

Avantage immense et pour la course et pour la vente.

On demandera peut-être des chiffres pour baser les distributions quotidiennes.

Ces chiffres ne peuvent êlre donnés qu'approximati veinent .

Prenons pour mesure l'avoine qui pèse 50 kilogrammes par hectolitre, avoine qui est partout de première qualité, quoiqu'il soit possible d'en rencontrer de plus lourde.

On modifiera approximativement les rations selon le poids des grains dont on peut disposer.

Six litres par jour seront considérés comme un minimum pour un cheval dont on fait le moindre cas.

Tout individu qui ne promet pas d'indemniser de cette dépense est à réformer.

Tout individu qui ne peut consommer journellement six litres est malade ou de mauvaise nature.

Les sujets précieux sont augmentés graduellement, mais avec précaution, jusqu'à ce qu'on trouve la limite de leur appétit.

Or, l'appétit n'est jamais constant, c'est-à-dire qu'un poulain qui sera arrivé à manger douze litres par jour ne restera pas longtemps sans en laisser.

Je ne crois pas qu'un poulain autre que de l'espèce charretière mange plus de seize litres.

Douze sont un maximum assez rare pour le pur-sang.

Mais pour rationner les poulains, il y a d'autres diagnostics que l'appétit.

Si une seule fois, après un repas, la mangeoire manque d'être nette et léchée, il faut diminuer le repas suivant.

Si le poulain, même avec beaucoup d'appétit, est fort gras, soyez sûr qu'il mange trop.

Et manger trop a un autre inconvénient que de coûter trop cher.

L'animal tourne à la graisse ; il devient mou ; il prend

trop de chair ; il cesse de croître; il devieut craving, c està-dire difficile à mettre en condition de course; ses jambes ne peuvent plus suffire au travail que réclame son entraînement.

Ou bien vous avez des ponys, des ragots vigoureux, mais trop pesants et trop courts.

Le meilleur poulain est celui qui est insatiable, qui reste toujours sur son appétit, quoi qu'on lui donne, et qui est vigoureux et maigre.

Il pousse à vue d'œil.

Les poulains de l'année, sevrés en septembre ou octobre, seront donc rationnés à six, sept ou huit litres pendant l'hiver, et malgré cela, ils grandiront peu.

Car j'ai fait là-dessus mainte expérience, et il paraît que la constitution reste stationnai re pendant le froid chez les animaux comme chez les arbres.

Cependant les poulains de Tannée peuvent prendre un peu d'accroissement.

Les autres m'ont toujours paru ne pas grandir du tout, si toutefois les mesures étaient justes.

Le printemps donne le signal d'une révolution constitutionnelle. La livrée tombe, c'est-à-dire celle bourre épaisse, quoique très-fine, qui couvre le poulain à sa naissance, et qui souvent a persisté malgré Télé, surtout chez ceux qu'on n'a pas abrités soigneusement, ou que Ton a nourris avec économie.

La croissance est fort sensible en avril, mai cl juin, surtout si on prodigue les nourritures vertes, soit en

continuant l'avoine, comme on le fait pour le pur-sang, soit qu'on la supprime» comme il est à propos, en tout ou en partie pour les autres.

11 n'y a pas d'autre principe à donner pour conduire un poulain jusqu'au dix-huitième mois. Voyez et jugez si ce que vous dépensez à nourrir votre poulain se retrouve dans sa valeur apparente.

Ceux qui n'ont pas l'habitude des poulaius les jugent comme des chevaux faits et se trompent.

A six mois, un poulain n'est jamais assez épais; il a toujours trop de sang. Celui d'apparence commune, à origine égale, sera souvent le meilleur.

Un connaisseur doit à première vue savoir l'âge d'un poulain et lui donner six mois, un an, dix-huit mois, deux ou. trois ans, sans avoir égard à la taille, ni regarder à la dent; sur l'ensemble des formes, il sait à quoi s'en tenir.

Voici ce que dit Xénophon, le plus ancien de nos auteurs :

« Je veux parler aussi des signes qui peuvent faire <« présumer la taille future des poulains, celui dont les « jambes atteignent de suite une hauteur considérable « sera grand ; car chez les quadrupèdes, les jambes gran- « dissent peu avec l'âge; c'est le reste du corps qui prend « de l'accroissement pour se mettre en harmonie avec « elles. »

Ceci est juste, mais c'est l'enfance de l'art. Je ne veux consigner ici aucune des mesures à l'aide desquelles certaines personnes prétendent préjuger de la taille future d'un poulain. Ces méthodes ont une base que je crois fausse et

qui consiste à supposer chez tous les chevaux la même relation entre certaines parties.

J'ai vu des chevaux de deux ans qui auraient eu à rapetisser pour atteindre la taille qu'on leur présageait.

Un de mes amis, M. F. Sabalier d'Espeyran, qui a consacré toute sa vie à élever, a toujours eu, même trèsjeune, la prétention de prédire au juger la taille d'un poulain, et je ne fai jamais vu se tromper.

Croisataucc du poulain. Manière dont il s'annonce.

Depuis la naissance jusqu'à la mort, tout est, dans l'organisation animale , changement , modification , accroissement ou décrépitude.

La marche de cette transformation échappe à notre œil et à notre esprit ; elle progresse comme l'aiguille d'une horloge que nous ne voyons pas avancer, mais dont nous constatons la mobilité en comparant la place qu'elle atteint avec celle qu'elle occupait il y a quelques in-

La nature dans sa régularité n'est pas uniforme ni quant au lieu ni quant à la vitesse.

Ainsi le poulain croît très-vite d'abord et ensuite de moins en moins, voilà pour Tàge.

L'hiver, la sève dort oisive sous l'écorce ; on ne peut constater aucune croissance chez un poulain depuis no-

Varium et mutabile senipcr.

Virgile.

stanls.

vembre ou décembre jusqu'à mars, voilà pour les saisons.

Actuellement un jeune cheval est bas du garrot, sa croupe seule a poussé ; plus tard, son avant-main profitant seul, la disproportion cesse; voilà la nature qui a progressé par localités.

L'homme dont la position naturelle est verticale n'a qu'une mesure, sa hauteur.

Le cheval en a deux, la hauteur de son garrot, par laquelle on peut constater chez le poulain l'accroissement des jambes et le développement de la poitrine.

De plus sa longueur, la colonne vertébrale et la croupe peuvent s'allonger considérablement sans que l'animal gagne un centimètre à la potence.

Cette croissance a lieu plus tard que la première; on n'y fait pas assez d'attention ; c'est par elle que le cheval change le plus, et qu'il prend son véritable caractère; mais tant que la masse des prétendus connaisseurs en sera à admirer le cheval court, il n'y aura pas de progrès possible.

L'influence immense qu'on peut exercer sur le développement du jeune cheval par le travail nous a déterminé à reporter à un autre chapitre le détail de la principale crise de croissance.

Nous nous bornerons ici à quelques généralités. En effet, ne pouvant pas encore agir sur le poulain pour le modifier, il nous suffit, quant à présent, de le juger, pour calmer nos inquiétudes, ou ne pas concevoir des espérances exagérées.

Tout animal qui jeune offre la régularité de l'âge mûr s'annonce mal.

Dieu nous garde des petits prodiges !

Les irrégularités soudaines, qui vont jusqu'à la difformité, disparaîtront comme elles sont venues.

Un éleveur expérimenté connaît la race de ses chevaux, la famille de chacun ; la manière de produire de chaque mère; car il y a analogie dans le mode de développement de tous les poulains de la même jument; surtout si on ne change pas d'étalon.

Par conséquent il rira des admirations et des dédains de son visiteur inexpérimenté qui ne voit que ce qui est, Voyez donc ce qui sera.

Il est bon quelquefois d'oublier un poulain afin de le mieux voir après.

Le développement est inséparable de la santé. Le poulain ne profite que lorsqu'il se porte bien, sauf certaines circonstances, telles que la gourme et la dentition qui paraissent être un état intermédiaire entre la santé et la maladie.

Nous mêmes ne sommes-nous pas sujets à certaines crises qui ne sont pas sans une sensation de bien-être ?

Des «oins à donner un poulain depuis sa naissance jusqu'à dix-huit mois, sons le rapport du caractère et en Tue du dressage.

Pendant toute la durée de l'allaitement , le moins qu'on s'occupera de pratiquer le poulain sera le mieux.

Quelque douce que soit la mère, on ne pourra pas faire grand'chose, et si elle est méchante, inquiète ou jalouse, * son irritation se communique au poulain et l'effarouche.

Il n'y a qu'à le laisser suivre sa mère.

Le premier acte de domestication est de mettre un licol au jeune cheval.

Quoique cette opération soit nécessaire quelquefois avant le sevrage, nous n'en parlerons qu'au chapitre suivant, ainsi que de toutes les pratiques ayant rapport à l'éducation.

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