DRESSAGE DÉFINITIF DE LA SELLE
Portt-t-U doux? Voilà une ineptie que Ton entend répéter à chaque instant par des hommes que Ton pourrait croire expérimentés et habiles, des vétérinaires, de vieux cavaliers, des gens qui usent du cheval depuis vingt ans, qui ont possédé des centaines des chevaux.
Tous les poulains portent doux aux trois allures dès le début, ceux qui sont sujets à jeter à tout moment leur homme, tout aussi bien que les autres, et souvent mieux que les autres.
La raison en est simple.
Tout cheval qui ne sait pas marcher, qui n'a pas Tha-
bitude de ses allures et la conscience de ses forces, va lentement, mollement et par conséquent sans réactions, il n'avance pas; mais si on veut obtenir de lui de la vitesse et de la décision, il se refuse par impossibilité et arrive nécessairement à des irrégularités ou à des bonds.
Il faut donc une préparation pour l'habituer à se développer et à s'employer avec de l'énergie. Dans ce travail, les allures s'accentuent, deviennent rudes et allongées. C'est une locomotive que Ton chauffe avec plus d'intensité, avec cette différence, que l'augmentation de vitesse dans la mécanique animale comporte un grand développement de dureté, d'élévation et de soudaineté.
Les personnes familiarisées avec l'entraînement, savent ce que c'est que d'ouvrir les yeux aux poulains de pur saug. ■
Voici en quoi cela consiste :
Lorsque le cheval a appris à se porter au pas et au galop de course, avec docilité à côté des autres, il va tranquillement dans sa place, sans qu'on puisse avoir une idée exacte de ce qu'il pourra un jour dans la lutte.
On attend, dans cette leçon, le moment où il est assez conBrmé pour aller plus loin avec sûreté et avec fruit.
Ce moment venu , on augmente le train de manière à développer par l'énergie de l'exercice, l'envie de s'employer davantage pour garder son rang, et plus tard pour dépasser les autres.
Bientôt le jeune cheval connaît sa besogne et s'y adonne de lui-même avec empressement. Il faut même se garder d'un écueil. C'est le cas où l'ardeur devient si violente et
si furieuse, qu'on ne peut plus ni la régler ni la maîtriser.
Beaucoup de chevaux de course eussent été excellents, que ce défaut met hors d'étal de paraître utilement au poteau.
Dans tous les services auxquels un cheval peut être destiné , il faut développer cette bonne volonté et en craindre l'excès.
Depuis le cheval de charrette qui devient alors pétulant et sans franchise, jusqu'au cheval de chasse qui s'emporte après les chiens au bruit de la trompe, c'est la même marche à suivre.
Ne galopons jamais nos hacks est une maxime de sportsman.
Elle signifie exactement qu'un cheval de race destiné à la promenade ne doit jamais être mené avec d'autres de manière à lui faire croire qu'il y a à lutter.
Car il cherchera à s'emporter, soit par le souvenir des essais ou des galops s'il a été entraîné, soit par la transmission d'une qualité développée chez ses ancêtres.
Absolument comme les chiens couchants bien nés, qui arrêtent tout d'abord et d'eux-mêmes, parce que leurs ancêtres ont arrêté.
La mauvaise réputation qu'on a faite aux chevaux anglais comme chevaux de guerre, c'est-à-dire le défaut de souplesse, qu'on leur reproche généralement, n'a pas d'autre cause.
Comme tous les cavaliers anglais, sans exception, tiennent avant tout à aller vite, tous les chevaux qui leur pas-
sent par les mains, se portent en avant avec entrain, vigueur et violence. Pour les cadencer, les régler, les contenir, c'est tout un nouvel apprentissage.
Les chevaux de pur sang, dressés dès l'origine à toute autre chose que la course, sont naturellement aussi souples, aussi liants, aussi dociles que les arabes qui, de leur côté, ont leur propension à donner dans la main, à plonger et à devenir entreprenants, si oa les fait , si on les laisse donner dans ce sens.
Dans toutes les autres races, dans tous les degrés de sanir, chaque individu apporte naturellement en naissant, un caractère et une conformation qui le rendent plus ou moins enclin à la précipitation des allures et des positions.
Si, au contraire, le dressage était dirigé vers le carré des allures, la cadence et le tride, le contraire aurait lieu avec ses qualités et ses défauts.
C'est-à-dire que les chevaux seraient agréables , faciles, liants aux petites allures, ignorants des grandes, et incapables d'être jugés quant à leur aptitude à la vitesse, à la chasse, au train, etc.
C'est donc à l'éleveur à choisir le genre d'éducation qu'il lui convient d'adopter , et pour cela, il faut qu'il connaisse tous les genres d'éducation.
Car il faut les entremêler, les alterner, les classer pour arriver an but spécial qu'on s'est proposé. Autrement, au lieu de la moyenue cherchée, c'est un excès que l'on obtiendrait.
J'ai, par exemple, employé avec grand succès le galop
de course el les fonds de train pour des poulains qui n'étaient destinés qu'à l'attelage, ei par conséquent à trotter.
Issus d'un étalon de pur sang et d'une poulinière de gros trait, ils se trouvaient, à deux ans, si lourds et si empâtés, que leur énergie ne pouvait absolument se développer ni au pas ni au trot.
La ressource des aides et des châtiments eût été tout à fait insuffisante , en dépit de toute la science, de tout le savoir, de toute la patience qu'on aurait voulu supposerai! dresseur.
Quelques galops proportionnés à leurs moyens les développaient, leur ouvraient les yeux, les excitaient à donner énergiquement sur la main, et de leur action sponta- , née on tirait le moyen de régler et de former leurs allures.
Dans les premières années de ma pratique, comme éleveur, je me désolais de voir chez tous mes poulains des allures molles, incertaines et sans initiative
J'avais cependant constaté les qualités contraires dans les ancêtres paternels et maternels; j'avais bien nourri, bien élevé, rien ne me manquait, au moins eu apparence.
C'était le cas ou jamais d'invoquer les influences occultes du sol et du climat, ce que je ne manquais pas d'entendre autour de moi, avec force conseils de la part de gens qui n'avaient jamais rien essayé ni rien observé.
Les allures décidées sont venues beaucoup plus tard à ceux que leur origine mettait en droit d'en avoir davantage. Et j'ai appris, dans la suite, a donner ces qualités de boune heure, non-seulement à ceux qui en devaientavoir
naturellement , mais encore à ceux chez lesquels I éducation pouvait aider à la nature.
Les chevaux pratiqués de la sorte ne sont pas, il est vrai, devenus des chevaux de femme et de vieillard.
Mais il faut se convaincre que le bien n'est pas absolu, il est relatif. On doit avant tout savoir ce qu'on veut, et ne pas se proposer un but double et contradictoire.
Le cheval de chasse, je parle des chasses anglaises, doit passer partout et aller vite et longtemps. Le reste est un détail. Peu m'importe qu'il soit impétueux, dur au saut, peu disciplinante. Il est parti, je veux qu'il arrive, c'est à moi d'arriver avec lui.
11 existe une gravure d'Alken représentant un bon limiter qui vient de franchir un vaste obstacle (very bad place) et qui court à un autre; le cavalier est par terre, sur l'herbe, à plat-ventre, à dix pas derrière le cheval, et on lit en bas :
On m'avait bien dit quil laissait toute chose derrière lui (every thing behind him).
Il existe des chevaux si dociles et si bien dressés qu'ils s'arrêtent avec précaution quand ils sentent le cavalier rouler sur la selle et prendre les crins , et quelquefois ces mêmes chevaux sont bons chasseurs et abordent vigoureusement un mur solide, précédé ou suivi d'un fossé; mais, dans ce cas, on ne répond plus de leurs réactions.
Le cheval devient ce qu'on le fait. Il ne suffît pas de l'avoir fait naître, de l'avoir élevé, de l'avoir dressé, selon l'acception généralement donnée à ce mot.
Les qualités, le fond, la taille même et la forme dépendent du régime sous Vhomme auquel on soumet le cheval jusqu'à cinq ans, à prtir de l'époque la plus balive qu'il sera possible.
Je ne m'occupe point ici de savoir si cette éducation est ou non profitable à l'éleveur, si la difficulté de trouver un dresseur et la peine qu'il devra se donner peuvent ou non être récompensées par le prix de vente. 11 est bon que Ton sache que les choses sont ainsi, et que si un cavalier, militaire ou non, a besoin d être longuement formé, le cheval n'a pas moins besoin lui même d'exercice et de traitement judicieux pour venir aussi bien qu'il en est susceptible.
Les chevaux anglais ont, comme chevaux de service et d'utilité générale, une supériorité incontestable sur lous nos chevaux français, incontestée même, excepté par ceux qui ont intérêt à dire le contraire et qui te disent sans conviction.
C'est au dressage des poulains qu'est due en partie cette supériorité.
Non pas que les chevaux anglais soient supérieurs sous tous les autres rapports comme sous cetui-cL
Mais il n'arrive en masse, en France, que des chevaux anglais d'un ordre inférieur; et il naît, en France, une grande quantité de chevaux supérieurs à ceux là, et trèssupérieurs» qui restent avec raison dépréciés et mésestimés, faute d'un dressage convenable, et qui les mette en valeur.
Malheureusement, les éleveurs sont trop loiu de savoir
«e qu'il faudrait pour cela. L'équitation est complètement ignorée de la masse, et parmi les rares personnes qui en ont quelque teinture, leurs éludes n'ont pas été du tout dirigées vers le but spéciartlu dressage et de l'éducation des poulains.
11 serait inutile de donner autre chose que des principes généraux, nécessairement vagues; d'autant plus que Part ne s'écrit pas, et que chaque cas particulier a besoin de son explication ; les préceptes généraux sont en pure perte.
Lorsqu'un cheval a commencé à porter l'homme à peu près sans résistance et sans désordre, il faut s'occuper de le développer selon les espérances qu'il donne, et la spécialité qu'on lui suppose. Il est vrai que dans le cours de son éducation , ses dispositions peuvent se démentir, ses aptitudes et même sa forme peuvent changer.
C'est lorsque le poulain cesse de porter doitr, c'est-à-dire, lorsqu'il se décide à prendre une manière à lui, que les défenses arrivent, car il faut bien distinguer les résistances informes du poulain qui bondit , avec les résistances nettes et précises du cheval fait, qui se défend, se retient, et rétive.
Les ignorants, qui ne doutent de rien . sont tout étonnés de rencontrer un beau matin une défense caractérisée à laquelle ils n'avaient pas pensé; mais comme il est aussi commode que naturel de donner tort à l'animal et de continuer a se croire capable, il y a pour cela des phrases toutes faites.
// est devenu rétif, il s'est mis à être peureux; c'est qu'on lui a cédé une fois, on Va gâté; ou bien on Va pris trop jeune, il n était pas formé; il est souffrant, il fallait Y attendre; ou mieux, on ne Va pas monté par principes, on ne Va pas méthodiquement assoupli, on na pas passé par la filière.
Pour prendre Dôle, il faut que Lille soit rendue.
C'est ainsi que chacun a, en apparence, un système d'éducation tout fait, et à l'aide duquel il se flatte de mener à bien tous les sujets qu'on lui présentera.
Charlatanisme ou illusion !
Je vois arriver un jour, à moi, un homme auquel je reconnaissais un mérile réel, qui a étudié longtemps et profondément, quia beaucoup pratiqué, il me dit : je viens de faire des études très-intéressantes sur le dressage des jeunes chevaux, je suis sûr d'une route facile et prompte pour les rendre tous sages et agréables, quels qu'ils soient.
— Combien en avez-vous commencés et terminés?
— Mais déjà, sept ou huit, je crois.
— Eh bien ! je vous suppose dix fois la capacité que je puis avoir, je ne pense pas qu'il y ait beaucoup de présomption de ma part dans cette manière de nous apprécier tous deux.
8 fois 10 font 80, et comme je suis eu ce moment à môn 152e poulain, vous voyez que je suis forcé de vous croire loin encore de mon degré d'expérience.
Je ne connais, moi, pas de route ni unique, ni certaine ; chaque individu qui se présente à moi est assez ressemblant à un autre que j'ai connu pour établir des
comparaisons utiles , et assez différent pour ne pouvoir lui adapter la même méthode.
Prendre un poulain tout neuf, le mettre sous l'homme pour aller doucement est une tâche qui a sa difficulté et qui exige du temps.
Mais le développer dans le maximum des qualités naturelles ou acquises dont il peut être doué, et le conserver ou le rendre facile dans ce nouvel état de choses est une tout autre affaire.
Premièrement, un cheval ne fera généralement tout ce dont il est capahle qu'avec un véritable cavalier.
Secondement, pour que la conscience de ses moyens et l'envie de s'en servir ne l'empêchent pas de jeter au loin ou de secouer indignement un cavalier incapable, il faut beaucoup d'art ou beaucoup de temps, ou plutôt on n'arrive à un tel résultat que par hasard.
Depuis le jour où un cheval porte à peu près l'homme, jusqu'au jour où il devient ce qu'il sera toute sa vie, il a plusieurs métamorphoses à subir.
Il arrive enfin à être un cheval de moyens exceptionnels et facile ;
Ou un excellent cheval dont il faut choisir le maître ; Ou un animal médiocre et à toute main ; Ou un mauvais cheval qui a besoin d'un bon cavalier. Reste à le juger et à tarifer sa valeur.
Mais, dans tous les cas, cette valeur dépend tout à fait du régime que lui a fait subir le dresseur. Car si on ne fait pas un bon cheval de celui qui est né pour être mau-
vais, à coup sûr un maladroit fera un animal de rebut de l'individu né avec les meilleures dispositions.
Voilà pourquoi jYi tant insisté sur le dressage, convaincu que tous ceux qui ne partagent pas mon opinion à cet égard, ne diffèrent que faule de savoir ce qui es!.