‹ Leçons de science hippique générale ou traité complet de l'art de connaître, de gouverner et d'élever le chevalChapitre 41 sur 53 · APPLICATION DU FER · texte numérisé non relu

APPLICATION DU FER

Le maréchal anglais a son fer à la main, il le pose, Téssaie et taille la corne jusqu'à ce qu'il arrive à une juxtaposition convenable.

Le français va chercher son fer au feu, le pose tout chaud sur la corne, attend qu'il ait assez brûlé pour faire sa place, et enlève au boutoir tout ce qui est calciné.

Je n'approuve pas la fetrure à chaud; on a beau dire que la corne étant mauvais conducteur du calorique, il n'y a pas d'inconvénient; je veux qu'il n'y ait pas de brûlure sensible et immédiate, mais je crains le dessèchement, la destruction d'une humidité radicale et nécessaire; en un mot, un résultat analogue à l'effet du fer à friser du coiffeur sur les cheveux, ou du casque dont l'usage amène la calvitie chez beaucoup de cuirassiers et de dragons.

En résumé, je préfère de beaucoup la ferrure anglaise, tout en convenant que peut-être elle est plus difficile, et exige une habileté rare à trouver chez les praticiens en général.

Je me suis bien assez étendu sur l'importance des soins

à donner aux pieds , sur^ce principe que le cheval ne boite jamais que du pied.

J'ajouterai seulement que j'ai vu des boiteries obstinées et terribles, dont on cherchait la cause dans le boulet, le jarret, la rotule ou la hanche, et qui ne provenaient que d'une trushe ou pourriture de fourchette.

J'ai rencontré une nerfure compliquée de Courbure; j'ai attribué la nerfure aux efforts nécessités par la souffrance de l'autre mal, et je suis persuadé d'avoir raison.

Acheter par spéculation des chevaux dont le pied est mauvais ou malade me paraît une erreur désastreuse.

Ruiné, fils de ruiné, qui achète pour guérir, lisons-nous dans le général Daumas.

Cela n'empêche pas pourtant qu'on ne puisse prolonger tant bien que mal et pendant longtemps les services d'un cheval défectueux en ce point.

C'est surtout avec les jeunes chevaux que ces soins peuvent être profitables, parce que la végétation de la corne est énergique et luxuriante; on peut rectifier une difformité congéniale ou accidentelle.

Une pouliche de fur sang me fut confiée un jour, issue d'un étalon reconnu pour avoir et pour donner de mauvais pieds. Elle-même les avait trop petits et, à 18 mois, elle eut une seime qui vraisemblablement avait été occasionnée par un coup ou une mémarchure, car il y avait trace de blessure. Je la traitai comme maladie constitutionnelle avec des vésicaloires sur la couronne, afin d'exciter la pousse des tissus.

La bêle arriva à courir sans succès et à être vendue comme hack ; résultat que je crois dû uniquement à mes soins; sans eux elle eût toujours boité.

Les pieds douloureux sont de deux sortes: trop combles, talons bas et trop écartés, fourchettes écrasées et à fleur du sol;

Trop étroits, talons serrés, fourchette creuse, atrophiée, e}c.

Les premiers appartiennent à des chevaux trop lourds, et dout la constitution est atonique ; on remédie peu à cela, mais on utilise ces animaux avec des fers épais, et des semelles de cuir.

J'ai vu ainsi, à force de soin, un cheval hollandais traîner une voiture pendant plusieurs années, littéralement sans pieds et toujours à la veille de son dernier jour de service.

Les pieds étroits s'entretaillent quoi qu'on fasse; le travail au manège leur est pernicieux, le repos encore davantage. Ils durent plus en travaillant, même sur le pavé.

On a recours en pareil cas aux fers tronqués, à éponges courtes, dits à la Lafosse.

Je ne les aime pas, le cheval qui a les talons douloureux ne s'y appuie pas, quoi qu'on fasse, et en s'efforçant de n'appuyer que sur la partie saine et ferrée, il se fatigue les tendons.

J'aimerais mieux les faire travailler pieds nus, lorsque la nature du terrain le permet.

A ce propos, comme il est reconnu par la science, ou du moins par certains hommes expérimentés que la fer-

rure détériore le pied et est un mal nécessaire, ne pourraiton pas essayer de s'en passer comme dans certains pays montagneux comme la Sicile, à ce que Ton m'a raconté, ou dans le Nord, quand la neige reste plusieurs mois de suite sur la terre ?

J'ai vu un novateur tenter résolument de se servir dans Paris d'un jeune cheval normand sans le ferrer; il y a renoncé promptement, quoique plus tard qu'il n'eût fallu, à ce que je croyais, pour amener la claudication.

Le même personnage voulait nourrir ses chevaux avec de la viande ou des gâteaux de hachis et de farine.

Il avait encore l'idée de faire vivre le cheval de tous les aliments qui servent à l'homme, prétendant que le cheval étant le serviteur naturel de son maître doit vivre de ses restes.

Je ne cite tout ceci que pour montrer où peuvent mener les sophismes et les abus de mots, quand on remplace Tétude de la nature par des subtilités.

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