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DOUZIÈME LEÇON

Affaiblissement de la. nutrition et de l'évolution considéré comme représentant l'élément morbide auquel s'adresse la médication reconstituante. — Conditions écologiques : maladies aiguës ; maladies chroniques ; étiologie des troubles dans le développement corporel aux différents âges.

Messieurs,

La médication reconstituante dont nous allons aborder l'étude est, à coup sûr, une des plus importantes. But delà médi- Trousseau et Pidoux ont admis, dans la médication reconstituante, tonique, une section qu'ils désignaient sous le nom de tonique analeptique. Telle que nous la comprenons, la médication reconstituante n'est autre que la médication tonique analeptique envisagée d'une manière plus large et plus compréhensive.

Nous lui assignerons pour but de soutenir ou d'exciter les fonctions nutritives ou plutôt les actes généraux intra-organiques de la nutrition.

Conformément à nos principes, nous devons tout d'abord déterminer quel est l'élément morbide visé par la médication reconstituante.

Depuis quelques années, les modifications de la nutrition dans les maladies ont attiré d'une manière toute particulière l'attention des pathologistes.

Il n'y a guère d'ailleurs, en pathologie générale, de sujet plus intéressant, mais on peut ajouter en même

temps qu'il y en a peu d'aussi complexe et d'aussi difficile. Une pareille question devant embrasser toutes les maladies et s'inquiéter de phénomènes qui ne peuvent être relevés que par des procédés pénibles ne peut marcher qu'à pas lents. Aussi est-elle encore fort incomplètement élucidée malgré les progrès qui ont été accomplis récemment par les efforts d'un assez grand nombre d'observateurs, et particulièrement par les recherches intéressantes de Beneke, en Allemagne, de M. Bouchard, en France.

Ces recherches ont été accomplies dans deux directions différentes.

Les unes consistent en études de physiologie et de chimie sur la statique de la nutrition. Elles ont pour objet principal d'établir la physiologie normale et pathologique des principes constituants de l'économie. C'est dans cette section qu'entrent les travaux de Beneke et de quelques autres biologistes.

D'autre part, les déviations de la nutrition ont été prises pour base de conceptions nosologiques, et M. Bouchard, entrant dans cette voie, a été conduit ànous présenter un tableau plein de vues personnelles sur « les maladies par ralentissement de la nutrition ».

Sur le terrain où nous nous trouvons placé, celui des médications, notre rôle doit se borner à dégager les divers éléments morbides ressortissant aux désordres des actes de la nutrition.

Nous ne devons pas, pour le moment, chercher à remonter à la maladie proprement dite.

La détermination des éléments morbides ayant pour origine une déviation de la nutrition normale a d autant plus d'importance pour la thérapeutique que les maladies dites de la nutritien n'ont pas le caractère

MÉDICATION RECONSTITUANTE. io9

bien individualisé des maladies formant espèces, à la façon, par exemple, des maladies microbiennes. Pendant longtemps encore ces maladies feront l'objet de discussions théoriques, tandis que les éléments morbides qui les constituent continueront à permettre de poser des indications suffisamment précises.

Les fonctions de nutrition sont les plus générales des êtres vivants, aussi bien chez les animaux que chez les végétaux. Elles sont communes à tous les éléments anatomiques qui ne se différencient physiologiquement les uns des autres que par leurs propriétés spécifiques. Au point de vue général elles sont plus importantes que ces dernières, car les fonctions spéciales des cellules organiques ne peuvent être exécutées que par des éléments normalement constitués.

Les fonctions de nutrition comprennent non seulement les phénomènes d'assimiation et de désassimilation, mettant en œuvre une chimie très compliquée, mais encore les actes de reproduction ou de multiplication cellulaire.

Pour les organismes unicellulaires le problème de la nutrition est relativement simple ; il est résolu par la constitution d'un milieu possédant certaines qualités physiques et chimiques.

Chez les êtres supérieurs, à organisation compliquée, comme l'homme, la nutrition des organites élémentaires dépend du fonctionnement de l'ensemble, et, en thérapeutique, aussi bien qu'en pathologie, nous ne devons jamais perdre de vue l'individu.

En effet, les éléments cellulaires vivent dans le milieu dit intérieur, préparé par des organes spéciaux. Leur nutrition est influencée par la composition de ce milieu et, par suite, par l'état des organes qui le forment.

D'autre part, les recherches de la physiologie moderne ont établi l'influence du système nerveux sur les phénomènes de nutrition cellulaire, influence qui s'exerce soit par la régulation de la circulation générale et decirculations locales, soit plus directement par l'action dite trophique.

Il résulte de ces particularités que les modifications de la nutrition sont très complexes et qu'elles viennent se surajouter à toutes les maladies sans exception. Aussi diverses médications sont-elles appelées sur ce terrain à se compléter l'une l'autre. La dyspepsie par exemple, dont nous aurons à nous occuper plus tard, retentit sur la nutrition générale et la médication antidyspeptique est parfois la meilleure à instituer pour lutter contre la dénutrition. Mais nous devons dégager notre sujet de ces complexités et envisager en soi, quelle qu'en puisse être la provenance, l'affaiblissement général des fonctions nutritives de manière à pouvoir saisir les moyens qui peuvent lui être directement opposés. Faute de mieux, nous désignerons l'état anatomique auquel conduit cet affaiblissement des fonctions de nutrition sous le nom d'atrophie générale.

Nous venons de dire que la multiplication cellulaire se rattache à la vie nutritive des éléments anatomiques. Quand on considère l'individu dans son entier, et non exclusivement dans ses parties élémentaires, on remarque que l'organisme présente des phénomènes de même ordre, se traduisant depuis te moment de la conception jusqu'à la mort par une évolution soumise à certaines lois. Cette évolution ressortit aux actes de la nutrition : elle est à l'individu ce qu'est la reproduction cellulaire relativement à la cellule.

Nous devons donc comprendre dans un seul et même élément morbide la faiblesse d'évolution se traduisant par un retard ou un arrêt dans le développement normal du corps et l'atrophie générale résultant de l'affaiblissement de la nutrition. Au point de vue thérapeutique, il n'y a pas place ici pour deux éléments morbides distincts, car nous combattons les deux états que nous venons de définir par les mêmes moyens.

En partant de ces principes, nous allons envisager dans ce qu'ils ont de commun tous les cas où nous devons chercher à obtenir un remontement de la nutrition générale, une sorte de reconstitution de l'organisme.

Faciliter le développement régulier du corps et de ses diverses parties, soutenir la nutrition languissante, réparer les pertes excessives et ramener les liquides et les tissus à leur constitution physiologique, tels sont les divers buts auxquels doit tendre la médication reconstituante.

Pour préciser les caractères de l'élément morbide dont nous nous occupons, il est encore nécessaire de le différencier d'autres éléments morbides voisins.

L'affaiblissement général des fonctions nutritives entraîne toujours une diminution des forces. Mais il ne faudrait pas confondre cet état avec l'adynamie ou avec l'asthénie.

La débilité ou faiblesse générale ne dépend pas uniquement de l'état de développement du corps ou de la constitution des divers organes et tissus ; elle se rattache souvent à d'autres conditions.

Des personnes bien développées, robustes, sont jetées dans un état de débilité générale et cela rapi-

G. Hayem. — Thér. II. H

dément dans le cours des maladies aiguës par le fait de l'infection, avant même que la nutrition dos tissus ail subi, tout au moins en apparence, de notables modifications.

C'est alors que Barthez se servait de l'expression « oppression des forces radicales ». Actuellement nous savons que les malades ainsi abattus sont dans un étal analogue à celui des empoisonnés : il s'est développé dans l'organisme des matières toxiques dont l'action se fait particulièrement sentir sur les systèmes nerveux et musculaire. Nous avons réservé à la débilité provenant de cette origine le nom d'adynamie, état qui est combattu par la médication sthénique, décrite dans mes précédentes leçons.

Plus tard, quand nous nous occuperons des troubles des fonctions nerveuses, nous reconnaîtrons l'existence d'une débilité indépendante de toute infection, provenant d'une sorte d'épuisement encore mal défini du système nerveux. Cet état morbide, fréquent à notre époque, constitue la neurasthénie et relève de la médication neurosthénique.

Ces distinctions établissent bien, je pense, les limites du champ encore très vaste qu'embrasse la médication reconstituante.

Ce sujet reste même si étendu qu'il y aurait lieu d'admettre, à côté de la médication reconstituante générale, des médications reconstituantes spéciales lorsque le défaut d'évolution ou l'affaiblissement de la nutrition sont limités à une partie de l'organisme.

Je ne vous proposerai qu'une sous-division, celle dans laquelle nous nous occuperons des moyens de reconstituer le sang et que nous subordonnerons à l'élément morbide anémie.

Après cet aperçu préliminaire, nous devons prendre Conditions

r étiologiqucsde

une connaissance plus exacte de notre élément mor- l'atrophie bide en passant en revue les conditions générales qui lui g n ia n' donnent naissance. Nous ferons en sorte de partir des cas les plus simples pour arriver aux plus complexes.

I. — Examinons en premier lieu l'atrophie consécutive à une évolution morbide aiguë.

La maladie aiguë est un état acquis, passager, pen- Maladies dant lequel le malade est soumis à des dépenses excessives ou tout au moins sensiblement supérieures aux recettes. Dans le cours de cette évolution il se produit de profondes modifications organiques, qui sont encore incomplètemant connues et qu'il serait trop long d'étudier ici en détail. Je me bornerai à vous rappeler les faits principaux et les mieux établis.

Une des conséquences générales des états aigus consiste dans une atrophie progressive des tissus. Cette usure porte d'abord principalement sur les principes de réserves, tels que la graisse, le glycogène; en même temps surviennent des altérations des matières albuminoïdes circulantes et bientôt des albuminoïdes de constitution.

Le plus souvent ces dernières tendent à subir un dédoublement donnant naissance à des corps gras restant dans le protoplasma cellulaire et à d'autres matières qui sont éliminées sous une forme plus ou moins complètement oxydée : urée, acide carbonique, principes dits extractif's.

Sous l'influence du mouvement exagéré de désassimilation on voit, en outre, sortir de l'organisme des éléments minéraux de constitution cellulaire, tels que des phosphates, des sels de chaux, et des matières colorantes provenant de l'hémoglobine.

11 résulte de ces troubles dans la statique chimique de la nutrition des lésions très profondes et souvenl très étendues, faciles à constater dans le tissu cellulaire, clans les muscles, dans les parenchymes.

La connaissance de ces faits a suscité un progrès très important dans le traitement des maladies aiguës; il a été réalisé simplement par la modification do ta diététique.

Au lieu de soumettre les malades à une diète rigoureuse, la règle actuelle est de modérer, dans la limite imposée par l'état de l'appareil digestif, l'inanitiation.

Les indications à tirer des troubles nutritifs dans les maladies aiguës se présentent donc déjà dans le cour> même de l'évolution morbide.

Plus tard, au moment de la convalescence, la cessation des causes d'inanition et d'atrophie place à elle seule l'organisme dans des conditions favorables à une réparation des tissus.

Le mouvement de reconstitution organique s'opère souvent sans entraves. Les déperditions excessives sont arrêtées et les malades entrent tout naturellement dans une phase inverse de la précédente, la fixation des principes alibiles l'emportant sur les pertes jusqu'au rétablissement de l'équilibre physiologique.

La médication reconstituante réduite, en ce cas, à des règles hygiéniques, est en quelque sorte simplement réparatrice. Elle a uniquement pour but de soutenir et de mettre en œuvre les forces plastiques naturelles.

Mais parfois le travail de réparation est long, pénible, traînant. L'épreuve occasionnée par la maladie aiguë a laissé dans l'économie des empreintes profondes. Certaines lésions sont devenues difficilement

MÉDICATION RECONT1TUANTE.

réparables ou même définitives, et il en résulte, chez les sujets jeunes, des désordres dans l'évolution corporelle, un arrêt dans le développement de l'intelligence, parfois un état de débilité persistant pendant de lon-

gues années.

11. — Notre seconde section sera représentée par l'atrophie générale et la débilité résultant des maladies chroniques.

Ces maladies ayant une évolution de longue durée et le plus souvent progressive, il nous faut entrer en lutte contre des déperditions continuelles.

Quand ces déperditions portent sur un principe particulier par suite d'une déviation spéciale de certains actes nutritifs, par exemple sur le sucre, alors se trouve constitué un élément morbide défini, dont la médication devra être étudiée dans un chapitre spécial.

Nous n'avons à nous occuper ici que de la déchéance générale de la nutrition, de cet état voisin de l'inanition lente et dont les principaux types sont engendrés par la tuberculose et les affections dites organiques.

Le plus ordinairement il existe une insuffisance dans l'apport et dans l'élaboration des matériaux nutritifs, et l'atrophie des organes qui en résulte se complique de l'emprunt fait aux tissus des matériaux indispensables à l'entretien sur un pied suffisant des oxydations intra-organiques.

Dans ces cas malheureux, la médication reconstituant» est une véritable médication de lutte, et lorsque la maladie principale est incurable, nos efforts ne peuvent aboutir qu'à la prolongation d'une existence souvent fort misérable.

IIL — Notre attention doit actuellement se porter du côté des troubles dans le développement corporel.

Maladies chroniques.

Arrêts d'évolution.

16(i LEÇONS DE THÉRAPEUTIQUE.

Ces troubles tirent leur origine, soit d'une débilité constitutionnelle innée, soit d'une débilite acquise par l'individu après la naissance.

Dans le premier cas, il s'agit d'une sorte d'état maladif du germe entier, héritage de parents ayanl subi les atteintes d'une maladie constitutionnelle ou diathésique. Dans le second, de causes diverses agissant après la naissance et parfois dès les premiers jours de la vie.

Dans l'une et l'autre de ces circonstances, les déviations évolutives sont variables suivant les divers âges, et elles s'affirment tout particulièrement au* époques critiques du développement de l'individu.

Suivons donc dans l'examen de leurs principales conditions étiologiques les phases successives de ce développement.

La naissance avant terme est une cause de débilité, les organes n'étant pas encore assez avancés dans leur développement pour répondre aux exigences delà vie au dehors. C'est un état qui, tout en n'étant pas maladif, nécessite certains soins particuliers ayant pour but d'assurer le mouvement nutritif. Il devait donc être signalé ici.

La faiblesse dès la naissance, bien que la grossesse ait atteint son terme normal, reconnaît des causes diverses ayant porté atteinte au développement fœtal. Nous citerons les maladies des parents et particulièrement les états pathologiques survenant dans le cours de la grossesse, etc.

Plus tard, pour les enfants du premier âge, l'atrophie générale bien caractérisée est malheureusement d'une trop grande fréquence. C'est elle que Parrot a désignée sous le nom à'athrepsie. Elle consiste en un

arrêt de développement avec fonte progressive des tissus, résultant des conditions hygiéniques et alimentaires déplorables dans lesquelles se trouvent un grand nombre d'enfants. Toutefois, on doit reconnaître aussi que l'athrepsie s'empare parfois d'enfants qui y sont manifestement prédisposés par suite de la faiblesse congénitale dont nous venons de parler. Remarquons dès à présent que les troubles dyspeptiques jouent un très grand rôle dans le développement de l'athrepsie et que ce côté de la question ne pourra être traité qu'à l'occasion de la médication antidyspeptique.

Quand l'enfant a dépassé un an, les causes du même genre tendent surtout à porter leurs effets sur le développement des os. On voit alors apparaître un autre état morbide bien caractérisé, le rachitisme. Le rôle de la prédisposition paraît être ici plus évident encore que dans l'étiologie de l'athrepsie, et cependant il n'est pas douteux que l'état rachitique est justiciable de la médication reconstituante.

Dans le cours de la seconde enfance, l'affaiblissement du mouvement nutritif et évolutif a été moins étudié; il se traduit d'ailleurs plus rarement par des états pathologiques bien définis. De très nombreuses causes peuvent le déterminer. A toutes celles qui peuvent déjà avoir surgi à un âge plus précoce et dont les conséquences se poursuivent plus tard, viennent s'ajouter les nombreuses maladies aiguës de la seconde enfance, pouvant laisser à leur suite un état de réparation incomplète.

Citonsencore les conditionshygiéniques défectueuses, telles que le manque d'aération et de lumière, le défaut d'exercice, les excès de travail intellectuel, l'insuffisance et le mauvais choix des aliments, etc.

Les principales conséquences de cet amoindrissement de la vie nutritive, au moment où elle devrai!, au contraire, être en pleine activité, se traduisent par la faiblesse du squelette, le développement insuffisant de la taille, l'étroitesse de la cage thoracique, la gracilité des masses musculaires, l'anémie, la macilence générale.

Ces signes de débilité s'accentuent à l'occasion du développement pubère. La colonne vertébrale s'incurve pour donner naissance aux diverses variétés de scoliose, l'aplatissement antéro-postérieur de la cage thoracique devient plus prononcé et se complique en cas de scoliose de déformation correspondante, les organes génitaux et particulièrement les testicules tardent à se développer ou restent infantiles, le système vasculaire subit une sorte d'arrêt d'évolution, etc.

Lorsque les individus débiles parviennent cependant à l'âge adulte, ils restent souvent pendant leur existence entière dans un état d'infériorité marquée. Ils sont faibles, souvent amaigris, dépourvus de force physique et parfois aussi d'énergie morale; ils peuvent poursuivre jusqu'à un âge avancé leur existence languissante, mais le plus souvent ils sont atleints d'une précoce caducité.

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