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DIX-SEPTIÈME LEÇON

H. Électro-puysiologie. — Action de l'électricité sur Vorganisme. — A. Phénomènes prodidts par les états permanents : bain électrostatique ; effets produits par le courant de pile : passage du courant de pile à travers les tissus.

Messieurs,

Appliquée à l'organisme, l'électricité agit sur lui suivant que son mode d'application crée un état permanent, fixe, réalisé parle passage d'un flux continu, ou un état variable, représenté par des flux interrompus ou périodiques.

Nous savons déjà que l'état variable est plus particulièrement apte à produire l'excitation des nerfs et des muscles. Les manifestations physiologiques qu'il suscite sont très apparentes et d'une analyse relativement facile.

Le flux continu produit par le courant de pile fait une besogne plus diffuse, plus profonde, moins saisissable, qui parait liée surtoutà l'énergie chimique et dont on n'a pu encore se rendre compte d'une manière précise .

11 faut considérer également la pratique désignée sous le nom de bain électro-s tatique comme un procédé se rattachant au mode permanent. C'est par les effets déterminés par ce genre d'électrisation que nous commencerons notre description.

lectrisation Le coi'ps d'un siijet isolé siiT un tabouret et mis en

statique. . .

communication avec une machine statique ou bien non isolé et recevant, à l'aide des procédés que nous décrirons, le vent électrique, est parcouru par un courant constant à haut potentiel qui quitte la surface du corps à travers l'air jouant le rôle de circuit extérieur.

L'intensité dece courant est à la vérité très faible et, cependant, les phénomènes physiologiques produits par l'électrisation statique sont notables. -

On connaît depuis longtemps les effets de l'électricité atmosphérique sur l'homme, et, au siècle dernier, on avait soupçonné également l'influence qu'exerce l'électricité statique sur l'état général de l'organisme.

Toutefois l'emploi méthodique de l'électricité statique remonte à peine à une quinzaine d'années et nous ne connaissons encore que d'une manière assez imparfaite les phénomènes physiologiques qu'elle peut susciter.

Tous les observateurs ont remarqué le hérissement des cheveux et la sensation de toile d'araignée qui se répand à la surface du corps. Beaucoup d'entre eux s'accordent à reconnaître aussi des modifications de la circulation.

Déjà, au xviif siècle, Jallabert, Sauvages, ont noté l'augmentation de la vitesse du sang et l'accélération du pouls.

Ces faits ont été retrouvés par Stepanow, Vigoureux, Eulenburg.

Stepanow a noté, pendant la durée du bain électrostatique, une élévation plus grande du tracé sphygmographique et une augmentation du dicrotisme. Damian a confirmé cette observation. Il y aurait donc diminution de la tension vasculaire. Cependant chez un malade

deCharcot, qui venait d'être saigné, l'écoulement sanguin, d'abord arrêté, reparut sous l'influence du flux électro-statique.

Jallabert a signalé une augmentation de la température, fait qui a été également noté par Stein et par Vigouroux.

D'après Damian cet effet appartiendrait exclusivement au bain électro-positif. Le bain électro-négatif ne déterminerait aucune variation de la température et les étincelles négatives auraient pour effet de l'abaisser légèrement.

D'après les anciens auteurs l'électrisation statique activerait toutes les sécrétions. L'augmentation de la transpiration est un fait souvent observé. D'après Stepanow la sueur diminuerait au niveau des points électrisés et augmenterait sur le reste du corps. Le même auteur a encore noté une augmentation de l'urine des vingt-quatre heures.

Damian n'a observé cet accroissement de volume de l'urine qu'avec le bain négatif.

La sensibilité générale est certainement plus ou moins modifiée ; mais d'une manière variable suivant les sujets. La plupart des observations faites sur ce point concernent des malades et sont par suite incapables de nous renseigner sur les véritables effets physiologiques du bain électro-statique. D'une manière générale, celui-ci détermine plutôt un effet sédatif que de l'excitation ; il tend même parfois à faire dormir et il n'est pas rare de voir des malades être pris de sommeil sur le tabouret. Il faut tenir compte à cet égard de l'action de l'ozone dégagée en abondance dans l'atmosphère de la pièce où fonctionne la machine .

On a encore signalé l'augmentation plus ou moins

notable de rappélit au bout d'un certain nombre de séances et quelques troubles menstruels, notamment le redoublement des règles.

Sur la question de savoir s'il existe une diiïérence d'action entre le bain positif et le bain négatif, les auteurs ont émis des opinions contradictoires. Pour Eulenburg, Benedictow, Vigouroux, les deux espèces de bain détermineraient sensiblement les mômes effets. Au contraire, d'après Stein et Larat, le bain positif serait calmant et le négatif excitant, et nous venons de voir que, pour Damian, certains effets physiologiques dépendent de la nature du bain. Ajoutons qu'en étudiant les effets de l'électricité atmosphérique sur l'organisme, Schliep a trouvé que la tension atmosphérique positive détermine des effets d'excitation, tandis que la négative amène un état de dépression notable.

Les phénomènes généraux remarqués par les électriciens du siècle dernier devaient attirer l'attention des auteurs contemporains sur les modifications que l'électrisation statique peut apporter à la nutrition générale.

D'Arsonval, en étudiant cette question, a constamment observé une augmentation des combustions respiratoires, indépendante de l'effet produit par l'ozone. D'autre part, Damian a constaté dans l'urine une augmentation dans l'excrétion de l'urée, particulièrement après le bain positif. L'électricité statique paraît donc avoir la propriété d'augmenter le mouvement nutritif.

Il est intéressant de rapprocher ces phénomènes relevés chez l'homme de l'influence que l'électricité exerce sur la végétation.

L'abbé Nollet avait déjà remarqué que l'influx électrique favorise le développement des végétaux. Des

expériences précises, entreprises avec le couruiu ue pue, ont permis récemment à Berthelot d'établir l'action de l'électricité sur la végétation, et des observations analogues ont été faites par Armand Gautier.

Mais pour nous en tenir à notre sujet, c'est-à-dire aux effets de l'électricité statique, nous citerons particulièrementles recherches faites surune large échelle par

Spechnew. Cet expérimentateur a planté, de distance en distance, dans des champs de blé, des poteaux de bois terminés par une pointe métallique, et représentant des paratonnerres reliés au sol par une chaîne conductrice. De cette manière la surface du sol était mise constamment en équilibre avec la tension atmosphérique et était, en somme, pénétrée par un flux statique plus abondant qu'à l'état normal.

Le rendement en céréales des champs électrisés fut notablement supérieur à celui des champs voisins.

Lorsque le flux électrique, au lieu d'être diffusé sur toute la surface du corps, est appliqué sur certaines parties, notamment sur la tête, à l'aide par exemple delà douche électrique, on peut voir survenir des phénomènes particuliers par suite d'une modification probable des hémisphères. Mais les phénomènes les plus remarquables, tels que la perte de la mémoire, ou, au contraire, le retour de la mémoire quand elle est diminuée, faits signalés parBenedikt, entrent plutôt daiis le cadre des effets thérapeutiques que des manifestations physiologiques.

Nous indiquerons plus tard les phénomènes d'excitation déterminés par les flux instantanés, par les étincelles.

Continuons pour le moment l'examen des faits rela- Gaivanisatic

continue.

tifs au mode permanent. La seconde manière de 1 ob-

lenir consiste dans 1 emploi du procédé d cleclrisaLion par le courant de pile, désigné lia?jituellement sous le nom de galvanisation continue.

On applique sur la peau des réopliores humides cl, à l'aide d'une batterie médicale, on fait passer dans le circuit extérieur, fermé par le sujet électrisé, un courant qui partant de zéro doit arriver à posséder une certaine intensité et revenir ensuite graduellement à zéro. L'électrisation est dite invariable ou constante quand tout est disposé de telle sorte que l'établissement du courant et son accroissement d'intensité aient lieu sans secousses, de même que le retour graduel au zéro.

On supprime ainsi les effets mécaniques du courant de pile, c'est-à-dire des flux ou ondes électriques résultant des variations d'ouverture ou de fermeture. Toutefois, cela ne veut pas dire que le courant est absolument constant et invariable.

Lorsqu'on applique un courant de pile sur une partie quelconque du corps, ce courant subit inévitablement des variations d'intensité.

Pour un même nombre d'éléments, l'intensité du courant dépend, en etfet, d'une part de la résistance du circuit, de l'autre de l'état de la batterie. Or, nous allons voir que, toutes choses égales d'ailleurs, la résistance au passage du courant est variable aux divers moments d'une même électrisation. D'un autre côté, quelque parfaite que soit une batterie, le courant qu'elle produit est toujours dans un état légèrement variable. L'expression de courant constant s'applique donc à un état dans lequel il y a summnation des effets produits par les oscillations faibles et rapides de l'état variable. Et, ce qui caractérise physiquement la galvanisation continue, c'est l'absence des grandes variations brusques.

telles que celles qui résultent de la rupture ou de la fermeture du circuit.

Ce mode d'électrisation détermine des phénomènes qui lui sont propres. Il est logique de nous en enquérir tout d'abord, car dans la galvanisation discontinue ou interrompue, ces phénomènes ne font jamais défaut ; les effets particuliers dus à la discontinuité viennent s'y surajouter.

Nous allons commencer par examiner comment le courant de pile passe à travers le corps ou l'une de ses parties et de quelle façon il s'y distribue. Il est évident que cette question présente un grand intérêt pratique. Aussi a-t-elle donné lieu à d'assez nombreuses recherches. Je ne vous dissimulerai pas qu'elle est, cependant, loin d'être résolue.

Le corps humain oppose dans ses diverses régions, de peau à peau, de muqueuse à muqueuse, ou de peau à muqueuse, une résistance relativement considérable au passage du courant. Cette résistance est due à l'interposition entre les plaques réophoriques d'un bloc de tissus qui, malgré l'étendue de sa section , est constitué par des parties relativement peu conductrices. Lorsque les plaques réophoriques sont à une assez grande distance l'une de l'autre, notamment lorsque l'une est appliquée sur une des faces du corps et l'autre sur la face opposée, la résistance au passage du courant est considérée comme représentant la résistance totale du corps humain. Nous verrons bientôt qu'elle est sensiblement celle des deux couches épidermiques que le courant, doit traverser pour se porterd'une électrode à l'autre.

La mesure de la résistance du corps est une question de physique pure offrant des difficultés spéciales qui ne nous paraissent pas, quant à présent, avoir été

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surmontées. Nous n'avons ici qu'à nous préoccuper des résultats obtenus et des données dont le praticien peut tirer parti dans l'état actuel des choses.

Les premiers observateurs se sont servis de la méthode de substitution. Aux résultats obtenus par Ritter sur les animaux sont venus s'ajouter ceux qui ont été recueillis chez l'homme par Remak, Kolrausch, Runge, Lenz et par d'autres encore. Exprimés en unités de résistance de Siemens, ils se font remarquer par leur extrême diversité. Ainsi, tandis que Runge, par exemple, donne pour la résistance du corps humain, des chiffres de 2000 à 5000 U. S., Weber estime cette même résistance à 900 000 U. S.

Dans ces derniers temps, Gartner, Rosenthal, Eulenburg, JoUy, Harris et Laurence ont utilisé la méthode du pont de Wheatstone. Ces observateurs ont trouvé ainsi que la résistance du corps humain est beaucoup plus grande qu'on ne le croyait. Les chiffres qu'ils ont fourni sont très variables et nous nous contenterons d'indiquer ceux des derniers auteurs. Harris et Laurence ont employé des électrodes de 50 centimètres carrés, tenus dans les mains ; ils ont estimé l'intensité avec un galvanomètre à miroir, et la résistance en ohms. Leurs observations ont porté sur dix personnes de diverses classes ; et tantôt les mains étaient sèches, tantôt mouillées. Lorsque les mains étaient mouillées, c'est-à-dire dans les conditions les plus habituelles de l'électrisation, la résistance a varié, toutes choses égales d'ailleurs, de 25 000 comme maximum à 3900 comme minimum. Cet écart est considérable et laisse planer des doutes sur la valeur de ces expériences.

11 est probable, cependant, que la résistance varie

beaucoup d'un individu à l'autre et pour le même individu suivant les conditions dans lesquelles on se place. On croyait autrefois que la résistance atteignait son maximum dans les points où la peau est épaisse, à la paume des mains et à la plante des pieds. D'après Gartner, le maximum de résistance s'observerait, au contraire, au niveau du visage et des tempes.

Quoi qu'il en soit, l'estimation de la résistance du corps ou de l'une de ses parties n'a plus aujourd'hui la même importance pratique qu'avant l'emploi du galvanomètre d'intensité. Comme pendant tout le cours d'une galvanisation l'œil peut être fixé sur cet instrument, nous n'avons plus guère à nous préoccuper de la résistance à vaincre. Nous dirons, cependant^ encore quelques mots des variations de la résistanée pendant le cours de la galvanisation.

Une des causes des écarts entre les estimations des variations observateurs qui ont cherché à mesurer, la résistance . '^^

^ résistance

du corps, tient à ce fait que la résistance, d'abord très grande au début d'une opération, ne tarde pas à diminuer.

Lorsqu'on employait des galvanomètres dont l'aiguille oscillait un certain temps avant d'atteindre sa position d'équilibre, on mesurait la résistance déjà modifiée par les actions physiques et physiologiques qui accompagnent le passage du courant. Actuellement, à l'aide d'autres instruments, on mesure la résistance initiale et on la trouve très sensiblement plus élevée.

Si l'on suppose que la résistance de la batterie reste invariable pendant une séance d'électrisation, — ce qui ne peut être rigoureusement vrai, — les variations d'in tensité du courant, pour un même nombre de couples,

seront en rapport avec les variations de la résistance opposée parles tissus.

Tous les expérimentateurs ont observé une diminution plus ou moins rapide de la résistance après lo passage du courant continu, ou, ce qui revient au même, une augmentation de l'intensité. Cette modification se produit plus ou moins rapidement suivant les régions et suivant l'intensité du courant employé. En général, elle est d'autant plus notable et d'autant plus rapide que l'intensité du courant est plus grande. En regardant l'aiguille du galvanomètre pendant l'opération, on voit que l'intensité du courant augmente d'abord avec rapidité, puis bientôt plus lentement jusqu'au moment où elle atteint un certain maximum.

D'après Boudet de Paris, Stintzing et Grœber, Dignat, lorsque les choses en sont là, si l'on prolonge la durée de la séance, l'intensité tend parfois de nouveau à décroître, mais elle ne revient jamais à l'intensité initiale. L'électrisation prolongée créerait donc à un certain moment une augmentation de la résistance.

Gartner, Silva etPescarolo ont vu que les interruptions du courant (ouvertures et fermetures) restent sans influence sur le degré de résistance. Mais si l'on vient à renverser le sens du courant, on observe momentanément une augmentation souvent notable de l'intensité du courant. Erb, Gartner , de Watteville, etc., sont tous d'accord sur ce point, et il importe de s'en souvenir lorsqu'on change le sens de la galvanisation dans le cours d'une même séance. Enfin notons encore que von Ziemssen- et quelques autres ont constaté une diminution de la résistance après la faradisation préalable.

Les causes cie ces variauoiis uaiis la resisiciiice sont eu partie physiques, et en partie physiologiques.

A rhumectation et h l'imbibition de l'épiderme s'ajoutent des modifications que nous décrirons bientôt et qui tendent à diminuer la résistance de la peau.

Pour Gartner cette action physico-chimique, qui s'exerce sur l'épiderme, serait suffisante pour expliquer la diminution de la résistance. Il appuie son opinion sur des expériences faites sur le cadavre, expériences dans lesquelles il enlevait l'épiderme au moyen d'eau chaude. Mais, d'après Erb et la plupart des autres observateurs, il y a également lieu de tenir compte de l'hyperémie cutanée et de l'excitation sécrétoire. Après l'application de révulsifs ou après l'action sudorifique de la pilocarpine, la résistance de la peau est amoindrie. Quant à l'effet de l'irrigation sanguine, il a été mis en évidence par Dubois (de Berne). En refroidissant les réophores appliqués sur la peau à l'aide d'un courant d'eau froide, cet électricien a constaté une augmentation de la résistance par anémie cutanée, bien que l'abaissement de la température du circuit extérieur soit une cause d'augmentation de résistance.

Pour expliquer l'augmentation de l'intensité du courant après une inversion dans le sens de ce courant^ on a invoqué la polarisation des électrodes. De Watteville repousse cette explication parce qu'il n'a constaté l'augmentation d'intensité qu'au bout de quelques moments et non immédiatement après le renversement.

D'après Silva et Pescarolo la diminution de la résistance se produirait surtout au niveau de la plaque réophorique reliée au pôle positif. L'augmentation de l'intensité du courant après un renversement peut donc

ucpuiiurt;, en parue, ue i iiiegaiiie uc suriace aes électrodes. Si la remarque de ces derniers auteurs est exacte, elle devra être surtout sensible dans le cas où la petite plaque réopliorique aura d'abord été reliée à l'électrode positive.

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