DIX-NEUVIÈME LEÇON
II. ÉLiîCTno-t>HYSlOLOGiE. — Description dea effets prodiiils par l'application du courant de pile. — Phénomènes produits au niveau des plaques réophoriques. — ÉlecLrolyse interpolaire. — Dépolarisation inlraorganique. — Cataphorèse. — Efl'ets thermiques. — Effets physiologiques.
Messieurs,
Effets physiologiques
produits par le courant de pile.
Nous allons décrire les effets produits pendant le cours d'une galvanisation continue. En apparence ils sont très simples, car ils consistent uniquement dans le développement, au niveau des plaques réophoriques, d unesensation plus oumoins forte, ressemblant d'abord à un chatouillement, puis à un picotement qui augmente avec l'intensité du courant. Cette intensité ne doit jamais être assez grande pour que la sensation devienne douloureuse.
II semble donc, au premier abord, que ce mode d'électrisation soit sensiblement moins actif que les autres. Vous savez que les promoteurs de l'électrothérapie n'y avaient pas recours. Duchenne se servait presque exclusivement des courants induits. Pendant ce temps, Remak vulgarisait l'emploi du courant de pile, mais en l'appliquant sous la forme dite iaôile, qui n'est qu'un mode de galvanisation discontinue . Lagalvanisation continue proprement dite est de date relative-
grande faveur et, déjà depuis un assez long temps, on la considère comme capable de déterminer des effets très puissants.
Le courant de pile est, effectivement, vous devez vous en souvenir, un courant de quantité représentant une énergie chimique relativement considérable.
Examinons donc avec attention les divers effets qui peuvent en résulter. Nous allons tout d'abord constater localement des phénoniènes physico-chimiques prononcés.
Après avoir fait passer, à l'aide d'électrodes de moyenne étendue, à travers une partie du corps, un courant de 20 M.A. pendant' un quart d'heure, on voit qu'au niveau des plaques la surface cutanée est devenue rouge, comme sinapisée.
En reliant les plaques entre elles et en les faisant communiquer à l'aide de fils conducteurs avec un galvanomètre de force électromotrice, on constitue ainsi une petite pile dont la force électromotrice est, d'après Boudet de Paris, égale à 0 volt, 6. En les reliant dans les mêmes conditions avec un galvanomètre d'intensité, on obtient une déviation de l'aiguille indiquant 8 M.A. Pendant le cours de la galvanisation les électrodes se sont donc chargées ; elles ont subi une polarisation, comme auraient pu le faire celles d'un voltamètre et sont par suite devenues les éléments d'une petite pile secondaire.
Cette action chimique, électrolytique, n'est pas limitée à la plaque réophorique, elle se poursuit à n'en pas douter dans la peau et nous verrons plus tard que lorsqu'on mettes électrodes en çoïitact imniédiat avec les tissus, tels que du sang, des muscles, etc., il se
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énergique amenant l'altération de ces tissus.
Le résultat général de cette action chimique se traduit par le transfert des acides organiques au pôle positif et des bases au pôle négatif.
Telle est la cause principale des effets locaux, cutanés. Si, avec un courant d'intensité moyenne, on prolonge la durée de l'application d'une manière suffisante, à la sensation de picotement succède celle d'une brûlure plus ou moins vive"; la peau devient d'un rouge intense et se couvre de papules plus ou moins étendues. :
Si on cesse l'application à ce moment, les lésions restent superficielles et sontsuivies, au bout de quelques jours, d'une desquamation épidermique. Il se produit d'ailleurs habituellement une desquamation semblable à la suite d'applications thérapeutiques répétées, alors même qu'on n'élève jamais l'intensité du courant au point de provoquer une sensation de brûlure.
Les courants intenses, notamment ceux qui dépasssent la limite des courants usuels, font naître immédiatement des phénomènes plus accentués et plus douloureux.
Au pôle négatif, où se produit le dépôt des bases, les vaisseaux se resserrent, la peau pâlit, puis prend une coloration rosée en même temps qu'elle se soulève pour former une plaque saillante analogue à celle de l'urticaire. Cette surélévation de la peau est due à une sorte d'œdème qui disparaît assez rapidement, laissant à sa place une rougeur persistante. Au niveau de la plaque reliée au pôle positif, là où les acides se déposent, la peau devient immédiatement d'une rougeur qui ne tarde pas à devenir intense et à produire
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mateiise, on observe de ce côté une production de petites saillies. Après Félectrisation la rougeur persiste et est suivie, au bout de quelque temps, d'une abondante desquamation épidermique.
Lorsque la galvanisation atteint une longue durée, l'action chimique produite au niveau de la peau est d'une telle intensité qu'il s'ensuit une désorganisation du derme, une escarre plus ou moins profonde! Il est très important de savoir que la mortification de la peau peut avoir lieu à la suite de toute application suffisamment prolongée, alors même qu'on emploie des courants peu intenses et que leur production est considérablement facilitée par le mauvais état des plaques réophoriques.
On a dit que les escarres se forment surtout au niveau du pôle négatif, à l'endroit où les bases deviennent libres. Cette proposition a été trouvée inexacte par Boudet de Paris. Lorsque le courant est intense et reste appliqué un temps suffisant, on voit survenir une escarre à chacun des pôles. S'il ne s'en forme qu'une, elle a pour siège la partie mise en contact avec l'électrode positive. A ce niveau les acides déterminant une coagulation des matières albuminoïdes, l'escarre est dure, sèche, tandis que, du côté opposé, au point où agissent les bases, l'escarre est humide, molle et réclame une action plus intense ou plus prolongée. La plaque positive est donc, en somme, la plus dangereuse.
A la suite des applications multipliées, fréquemment renouvelées, faites avec des courants de moyenne intensité, la peau devient sensible, irritable; elle se couvre de petites papules qui, en s'exco-
alors indispensable ou bien de suspendre les séances, ou bien de déplacer les électrodes pour les appliquer sur un point voisin et bien intact.
L'action chimique se fait sentir également sur les électrodes et en détermine l'usure. Les meilleures électrodes sont recouvertes d'une peau de chamois très souple. Sous l'influence des eflets chimiques dont nous nous occupons, cette peau devient sèche, se racornit, puis se perfore. La surface cutanée du patient peut entrer alors en contact direct avec la surface métallique. On en est habituellement averti par le développement d'une vive douleur ; mais si la sensibilité cutanée est émoussée, le mauvais état de l'électrode peut passer inaperçu et il en résulte rapidement la formation d'une escarre. On doit donc surveiller avec le plus grand soin l'état des électrodes.
Éiectroiyse La grande majorité des physiciens et des électriciens
interpolaire. , , i ., , ,
pense que le courant de pue, en pénétrant dans les tissus, y produit une action chimique proportionnelle à son intensité. En d'autres termes, la masse des tissus est considérée comme un électrolyte dans lequel le courant circule en faisant un travail chimique. Au point de vue théorique, la décomposition de l'électrolyte représente la cause même de la conductibilité des tissus. On a d'ailleurs démontré depuis longtemps que tout fragment de tissu interposé dans un circuit se polarise et laisse se développer une force contre-électromotrice qui a pu être mise en évidence à l'aide des appareils qui servent à mesurer les forces électromotrices. On pourrait citer à cet égard les expériences de Chaperon.
Mais, dans les conditions ordinaires d'une électrisa-
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reconnu qu'au niveau de la surface cutanée. Aussi les physiciens, etentre autres Gariel, pensent-ils que, dans l'intérieur du corps, il se produit une décomposition et une recomposition chimiques, molécule à molécule, tout le long du circuit, conformément à la théorie bien connue de Grothus. Les tissus pouvant être, d'une manière générale, considérés comme une éponge imprégnée de sels de soude et de potasse, la polarisation d'un semblable électrolyte déterminerait, enfin de compte, au négatif un dépôt des corps électro-positifs, tels que l'hydrogène, le potassium, le sodium, et au niveau du positif, un dépôt des corps électro-négatifs : oxygène, chlore, iode, etc.
Une expérience très simple de Parsons semble donner raison à cette manière de comprendre le travail chimique dans le circuit interpolaire. Trois vases contenant une solution d'iodure de potassium sont reliés entre eux par deux mèches allant du premier au second, du second au troisième. On fait passer à travers le tout un fort courant de pile. L'iodure se décompose dans le premier et le troisième vase et reste intact dans le vase intermédiaire.
Cependant cette vue théorique n'est pas acceptée par tous les expérimentateurs. Un certain nombre d'entre eux veulent que la polarisation des tissus soit l'origine de modifications plus ou moins profondes. Tl se passerait dans l'intérieur des tissus des phénomènes analogues à ceux qui naissent au contact direct des électrodes, mais ces phénomènes seraient moins intenses parce que le courant qui traverse les tissus possède une faible densité et n'éprouve au passage qu'une résistance relativement minime. Lorsque, sur le trajet
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chimique redevient, en effet, sensible. C'est du moins ce que tend à prouver une expérience faite par Erb.
On applique les deux avant-bras l'un contre l'autre et on place les électrodes sur les faces externes qui se font opposition. Après avoir fait passer le courant de pile dans ces conditions pendant un certain temps, on constate une certaine rubéfaction à l'endroit où les deux avant-bras étaient en contact.
La double couche cutanée a créé une résistance au passage et l'action électrolytique est devenue manifeste à ce niveau.
Comme dans l'intérieur des tissus le courant rencontre forcément des résistances relatives, quelques physiciens comparent la masse des tissus à un électrolyte cloisonné, disposé d'une manière favorable aux décompositions électroly tiques.
E.-H. Weber et Tripier ont invoqué comme preuve de l'électrolyse des tissus l'action produite sur le goût. Lorsque le pôle positif est appliqué sur la langue on perçoit une saveur acide, tandis que l'application du pôle négatif développe une saveur alcaline. Tripier place alternativement l'électrode positive et l'électrode négative sur une des joues. La première fait naître une saveur acide, la seconde une saveur alcaline. L'auteur en conclut que la perturbation chimique se produit dans une sphère étendue. Le circuit étant fermé par l'application simultanée des deux électrodes sur les joues, la saveur perçue n'est plus ni acide ni alcaline, mais franchement métallique.
D'après J. Rosenthal il s'agirait simplement dans ces expériences d'une excitation des nerfs du goût. Il a fait remarquer que les sensations gustatives persis-
et que, par conséquent, elles ne peuvent être rapportées à l'action chimique due au passage du courant.
Enfin on invoque, comme preuve chimique, le résultat obtenu par Drechsel qui, en faisant agir des courants alternants sur une solution de carbonate d'ammoniaque, a constaté la production d'une certaine quantité d'urée.
Pour trancher la question débattue, il fallait donner une preuve directe de l'électrolyse interpolaire. Elle a été fournie par une expérience due à G. Weiss.
Ce physicien électrise une patte de grenouille avec un courant de 1 à 2 M. A. pendant cinq minutes. A la suite de cette séance, les muscles de la cuisse sont altérés et au bout de quelques jours l'on peut constater au microscope qu'ils présentent des lésions importantes. Si l'on se demande pourquoi les muscles restent intacts chez l'homme, on peut répondre qu'un courant de 1 M. A. pour une patte de grenouille représente un courant de plus d'un ampère pour la cuisse de l'homme qui est plus de mille fois plus volumineuse. Ce serait une question de densité de courant.
D'après ces faits on admet qu'après la galvanisation l'organisme abandonné à lui-même se trouve, en conséquence de la polarisation, chargé à la façon d'une pile secondaire. Danion a objecté à cette manière de voir l'impossibilité de démontrer physiquement, après l'électrisation, l'existence d'une force contre-électromotrice émanant des parties électrisées. Mais on peut faire remarquer que s'il y a polarisation, il faut de toute nécessité que le phénomène soit suivi d'une dépolarisation. S'il est impossible de mettre cette dernière en évidence, cela peut tenir aux conditions par-
oiïecLivement marcher avec lenteur en raison de lu résistance relative opposée par le milieu intra-organiquc, et le flux auquel elle donne lieu doit se diOuser sur un nombre considérable d'éléments anatomiques et rencontrer au niveau de la peau une résistance qui Tempêche d'être recueilli au dehors. En d'autres termes, il faut admettre la polarisation et la dépolarisation des tissus ou nier l'un et l'autre phénomène.
Il reste certainement encore bien des points à éclaircir relativement à cette importante question. Mais on peut dire, avec la presque unanimité des physiciens et des électrothérapeutes, que le travail chimique du courant de pile doit se retrouver et que, dans le cas présent, il est représenté presque intégralement par la polarisation des tissus.
Cataphorèsc. Le courant de pile détermine encore un autre phénomène physique intéressant, connu sous le nom d'action cataphorique. La cataphorèse consiste dans le transport, dans l'entraînement des liquides et des fmes particules que ceux-ci tiennent en suspension. Vu pour la première fois par Porret, le transport des liquides a été étudié par Becquerel et par Wiedemann qui en ont fait connaître les lois. L'action d'entraînement également manifeste pour les corps solides a lieu, tantôt dans le sens inverse du courant, ainsi que l'on vu Jurgensen, tantôt dans le même sens, comme l'a montré Quincke. Les sels soumis à l'électrolyse sont eux-mêmes l'objet d'un entraînement.
G. Weiss démontre le transport des corps solides de la manière suivante. Un tube en U de 15 centimètres de long est rempli de gélatine solidifiée est placé à cheval sur deux vases contenant une solution d'éosine. On
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et en moins d'une semaine la branche du tube en rapport avec le pôle négatif est entièrement colorée, tandis que du côté du pôle positif la gélatine présente une partie colorée d'à peine un centimètre. En répétant l'expérience avec du bleu de méthylène au lieu d'éosine, c'est la branche positive qui se colore; l'entraînement a lieu cette fois dans le sens du courant, sans qu'on connaisse la cause de cette différence.
En raison de la petitesse des éléments anatomiques^ de semblables faits peuvent avoir lieu dans l'intimité des tissus, sous l'influence du courant de pile.
Dans ces dernières années on a tenté d'utiliser les phénomènes d'électrolyse et d'entraînement pour faire pénétrer certains médicaments dans l'organisme. Cette question viendra à sa place à propos de la description des procédés d'électrisation.
Vous savez qu'une partie de l'énergie du courant est dépensée sous forme de production de chaleur. Celle-ci est à peu près nulle dans les points du circuit où la résistance est négligeable ; elle devient appréciable dans tous les points où cette résistance est notablement augmentée. Les électrodes s'échauffent donc au niveau de la peau. Mais dans les conditions ordinaires, avec des électrodes bien mouillées, réchauffement en question n'est que 1° à r,4 pour des courants de 20 à 22 M. A, On n'a donc pas à tenir compte de ce genre d'effet.
Plus tard nous verrons que l'effet thermique du Effet vésicant. courant est employé pour produire la galvanocaustie ; mais, dès à présent, je dois vous signaler les effets de rubéfaction et de vésication que déterminent les exci-
Boudet de Pâris a imaginé un petit instrument (fig. 85) connu sous le nom d'excitateur concentrique et composé d'un disque métallique entouré d'un anneau métallique représentant une surface égale. Ces deux parties, séparées par une petite rainure, sont montées sur une plaque d'ébonite et reliées l'une avec le pôle positif, l'autre avec le pôle négatif. L'excitateur étant appliqué sur la peau sèche, il suffit d'appuyer
Fig. 85.
sur le bouton du manche pour faire passer le courant. Il se produit immédiatement une vive douleur ; la peau rougit, puis est vésiquée comme à la suite d'une application faite avec le marteau de Mayor. C'est un moyen révulsif très actif qui, d'après l'inventeur, serait une application de l'action thermique du courant. On a mis en doute cette interprétation et Bardet, entre autres, croit à une exagération de l'action chimique analogue à celle qui se produit lorsque la peau de chamois est perforée et laisse la partie métallique de l'électrode entrer directement en contact avec la surface cutanée.
Indépendamment de ces effets physico-chimiques, le courant de pile est-il capable de mettre en jeu les propriétés spécifiques des éléments anatomiques ou de
Effets physiologiques proprement dits.
On peut répondre en toute certitude par l'affirmative ; mais en même temps il faut faire observer que la question ainsi posée est la plus obscure de toutes celles dont on s'occupe en électro-pbysiologie, la plus part des expérimentateurs ayant étudié les réactionorganiques en suivant un ordre anatomique ou physiologique sans se préoccuper d'une manière suffisante des conditions physiques dans lesquelles ils se sont placés pour interroger les différents organes. On a notamment confondu dans une description commune les effets se rapportant à l'action du flux continu et ceux qui sont le résultat du passage des ondes plus ou moins instantanées.
Or, je vous l'ai dit, on doit actuellement tâcher de séparer les deux ordres de faits, et pour le moment nous devons examiner exclusivement les phénomènes attribuables au passage du courant. Occupons-nous d'abord des réactions des muscles et des nerfs.
Lorsqu'on fait passer pendant un instant un courant Action de pile à travers le gastro-cnémien d'une grenouille on
Fig. 8G.
obtient (fig. 86) une contraction de fermeture, suivie d'une contraction de rupture, plus faible. Entre ces
sur les muscles.
sèment du muscle a persisté pendant l'état permanent du courant. Ce phénomène est connu sous le nom de raccourcissement ou de contraction fjalvanolonir/ue.
Après la rupture, la ligne de descente montre que le muscle reprend lentement sa longueur primitive par suite d'une sorte de résidu de contraction.
Au lieu d'opérer directement sur le muscle, si l'on agit sur un nerf avec une intensité de courant suffisante pour avoir une réaction de fermeture et de rup-
rig. 87.
ture , on obtient un tracé sensiblement différent (fîg. 87). Pendant l'état permanent, le muscle revient presque absolument à son état primitif.
Comment doit-on expliquer cette différence ? La contraction permanente du muscle pendant le passage du courant dans le premier cas doit-elle être uniquement rapportée à un résidu de contraction qui ferait défaut dans le second? Pour résoudre la question, on opère sur une grenouille curarisée et, à l'aide d'un rhéostat, on lance à travers le muscle un courant qui, partant de zéro s'accroît très lentement, pour diminuer de même. On voit alors se produire un raccourcissement galvanotonique qui augmente peu à peu avec
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que le courant s'affaiblit. On a supprimé ainsi les contractions dues à l'état variable.
La même expérience instituée sur le nerf ne fournit aucune réaction musculaire.
On peut en conclure que le flux permanent, sans variations brusques, agit sur le muscle, mais qu'il est impropre à provoquer une contraction par excitation du nerf.
On peut observer quelque chose d'analogue dans la galvanisation chez l'homme. Lorsque le courantdepile acquiert une certaine intensité, les muscles tendent à se tétaniser, bien qu'il n'y ait pas de variations brusques dans l'intensité du courant. Ce résultat ne s'observe qu'avec des courants assez forts qui seraient difficilement tolérés; il ne se produit donc pas dans les conditions ordinaires. A cet égard le pôle négatif est plus actif que le positif. En tout cas la tétanisation par contraction galvanotonique n'a jamais l'étendue et l'énergie du tétanos produit par les ondes à succession rapide.
Bien que le courant continu soit impropre à provo- Action éiecquer la contraction indirecte du muscle, c'est-à-dire trotomque. par l'excitation du nerf, il n'en exerce pas moins une influence importante sur les propriétés physiologiques du nerf qu'il traverse.
Le phénomène en question, reconnu par Du Bois- Reymond, a été désigné en Allemagne sous le nom d'action électrotonique. 11 a joué un rôle très important dans les diverses théories émises relativement à l'excitation électrique.
En se limitant au simple exposé des faits, on doit comprendre sous le nom d'action électrotonique :
G. Hayem. — v. 19
l'exciLabilité propre du nerf; V des manifestations électriques.
On doit à IMliiger une étude devenue classique de ces diverses manifestations ; contentons-nous d'énoncer les faits principaux, relevés par ce physiologiste et vérifiés depuis, un grand nombre de fois.
Le passage du courant de pile àtraversun nerf a pour conséquence un changement dans la manière dont ce nerf répond à l'action des excita'nts. Cette modification se produit immédiatement dès le passage du courant.
Elle se fait sentir dans toute l'étendue du nerf, mais principalement au voisinage des pôles.
Au niveau du pôle négatif et dans son voisinage, au-dessus et au-dessous, l'excitabilité du nerf est augmentée.
Le phénomène est désigné sous le nom decatélectrotonus (du mot cathode, qui sert à désigner le pôle négatif) .
Au pôle positif et dans son voisinage, au-dessus et au-dessous, l'excitabilité du nerf, au contraire, diminue, ce qui constitue l'anélectro tonus (du mot anode).
Entre les deux pôles existe une zone indifférente oii les propriétés physiologiques ne subissent aucune modification.
Les effets produits par le passage du courant sont proportionnels à la durée et à l'intensité de ce courant et ils persistent un certain temps après sa cessation. Toutefois, tous les observateurs ne sont pas d'accord sur ce dernier point; d'après quelques-uns d'entre eux les phénomènes produits seraient instantanés, ils apparaîtraient et disparaîtraient avec le courant.
tations, une modillcation dans la conduclibiliLé nerveuse pour les excitations venant d'un autre point du nerf. Les résultats obtenus par les divers observateurs ont toutefois été contradictoires. En reprenant l'étude de cette question, Hermann a reconnu que, parallèlement aux modifications dans les propriétés physiologiques des nerfs qui se produisent pendant le passage du courant, le nerf électrisé est le siège de manifestations électriques attribuables à la polarisation.
Les électriciens français, d'Arsonval, Boudet de Paris, rattachent également à la polarisation des tissus les phénomènes dits électrotoniques. Cependant cette question déjà si discutée ne peut pas être encore considérée comme définitivement tranchée.
Les nerfs ne sont pas les seuls organes dont les propriétés physiologiques sont influencées par le passage du courant de pile.
Des phénomènes analogues à ceux que nous venons de décrire se montrent également au niveau des muscles, mais ils exigent, pour devenir sensibles, une plus longue durée dans le passage du courant.
Les nerfs sensibles de la peau présentent, après l'électrisation, une augmentation de leur excitabilité. Lorsqu'après une galvanisation de quelques minutes, faite avec une certaine intensité de courant, on intervertit graduellement, sans aucune secousse, le sens de ce courant, le malade ressent une douleur vive et peut à peine supporter un courant d'un quart ou d'un tiers plus faible que le premier. Ce n'est qu'au bout de plusieurs minutes qu'il est possible d'atteindre de nouveau la même intensité de courant.
On peut en conclure que la polarisation produite
au moment où l'on en fait changer le sens.
Nous rajDprocherons de ces observations celles qui sont relatives à l'action dite défatigante, exercée par le courant continu.
Quand, à la suite d'excitations répétées, le muscle d'un animal ne se contracte plus que mollement, quand en un mot il est fatigué, on peut, ainsi que l'a montré Heidenhain faire reparaître l'excitabilité primitive de l'organe en le faisant traverser pendant quelques instants par un courant galvanique.
Il estnécessaire,pourdéfatiguer le muscle, d'employer un courant inverse du premier, c'est-tà-dire de le dépolariser. De Cyon a fait voir que l'eflet s'observe dans les muscles de l'homme vivant. Poore a reconnu également que les muscles de l'homme épuisés par un exercice soutenu, peuvent être ranimés à l'aide de la galvanisation.
Le courant continu exerce encore un grand nombre d'effets excitants, mais moinsnettement dégagés parce qu'ils ont été observés dans des conditions plus ou moins complexes.
11 paraît agir avec électivité sur les muscles lisses soit directement, soit peut-être plutôt par l'intermédiaire des moteurs sympathiques, et cette propriété a été mise à contribution en thérapeutique.
Le courant de pile est d'ailleurs un excitant de tous les nerfs du grand sympathique et particulièrementdes nerfs vaso-moteurs.
Les modifications dans la circulation déterminées par le courant galvanique ont été reconnues par KemaU qui employait les courants dits labiles. Depuis elles ont été observées également à la suite des applications du
Iropliiques produits par ce mode d'élecLrisaLion.
Les sens spéciaux sont également très sensibles à sens spéciaux, l'action du courant de pile ; mais il est impossible, ici, de séparer les effets dus au passage du courant de ceux qui sont déterminés par les variations brusques produites parla discontinuité du courant.
On peut faire la même remarque touchant les phénomènes observés du côté des sécrétions. Cependant il semble bien établi que les courants continus peuvent activer la plupart des sécrétions.
Le cerveau est fortement influencé par le passage du Encéphale, courant continu. Mais, ici encore, les faits qui ont été observés chez l'homme sont d'une interprétation difficile, en raison de leur complexité.
En effet, en électrisant l'encéphale, on excite en même temps les nerfs sensoriels (de la vue, du goût, plus rarement de l'ouïe) et divers nerfs vaso-moteurs, dont la mise en action peut troubler la circulation cérébrale.
Les phénomènes caractéristiques du retentissement sur le cerveau consistent dans l'apparition de vertiges, accompagnés d'une sensation de malaise cérébral et de troubles de la conscience et parfois aussi d'une sensation de déplacement des objets extérieurs. Lorsque les courants employés sont suffisamment intenses, il survient, ainsi que l'a montré Hitzig, desmouvements associés des yeux, des oscillations du corps et des étourdissements. On a noté aussi, dans ces conditions, des vomissements, delà pâleur de la face, de lasomnolence et des syncopes. D'après quelques observateurs, le courant continu serait encore capable de provoquer des symptômes de congestion cérébrale, des convulsions
i-i.iuiiijjLn.|ut;s UL iiieiue ues iieiiKjii agios uu cerveau. Keinbcrg a observé des modificaLions de la température, liées sans doute aux troubles vaso-moteurs.
Habi tuellement le vertige est évité quandl'électrisation est pratiquée parallèlement àla suture sagittale, c'est-àdire d'une tempe à l'autre. Les oscillations du corps ne se montrent guère que dans les cas où l'on fait des interruptions. Mentionnons encore la possibilité de voir survenir de la cécité immédiatement après la galvanisation de la tête, ainsi que Duclienne en a signalé un exemple.
La moelle épinière paraît être également impressionnée par le passage du courant continu. Mais, ici encore, les conditions de l'observation sont très complexes, car il est difficile de faire la part des phénomènes dus à l'excitation des vaisseaux etdes racines nerveuses et de les distinguer de ceux qui doivent être rapportés à celle du tissu prapre de la moelle que beaucoup de physiologistes considèrent comme incapable de répondre à l'excitant électrique.
Quoi qu'il en soit de ces obscurités au point de vue physiologique, il n'en est pas moins certain que l'électrisation des centres nerveux (cerveau et moelle épinière) produit chez les malades des actions thérapeutiques.
Il semblerait, d'après cet ensemble de faits, que le courant continu dût exercer une action notable sur la nutrition générale. Et cependant, les recherches poursuivies par d'Arsonval relativement à l'influence des divers modes d'électrisation sur les combustions respiratoires ont abouti pour le courant continu à des résultats négatifs. Dans les expériences de cet auteur, faites tant sur l'homme que sur les animaux, les produits de la respiration ont été analysés soit immédia-
rante-lluit heures après.
Il serait intéressant de reprendre cette étude et de vérifier les résultats annoncés par d'Arsonval, en faisant, d'autre part, des recherches sur les modifications qui peuvent se produire du côté des urines.
Les principaux faits relatifs à l'action du courant de pile peuvent être , dans Té tat actuel de nos connaissances , résumés de la manière suivante :
Le courant de pile pénètre dans la profondeur des tissus et s'irradie dans une étendue qui dépend de l'intensité du courant et des conditions physiques dans lesquelles on opère.
Sur toutce trajet les phénomènes produits sont sous la dépendance de la densité du flux qui atteint les différents organes et en raison de l'excitabilité propre de ces organes. Mais en même temps que certaines réactions spécifiques tendent à être mises en œuvre, il se produit une action commune sur tous les tissus par polarisation moléculaire électrolytique.
Ce travail physico-chimique ébranle pour ainsi dire toutes les molécules organiques et il est suivi par dépolarisation d'un autre travail moléculaire.
Ce sont ces effets d'ordre chimique qui constituent probablement l'action principale et particulière de la galvanisation continue. Si ceux qui l'ontmise en doute étaient dans la vérité, les indications thérapeutiques de ce mode d'électrisation seraient considérablement réduites.
Elle est d'ailleurs admise par la plupart des physiciens, et les praticiens .s'accordent à reconnaître que c'est au courant de pile qu'on doit donner la préférence lorsqu'il s'agit de modifier une lésion matérielle.
physico-chimique consiste dans les modifications des propriétés des nerfs et à un moindre degré des muscles, répondant aux phénomènes connus sous le nom d'action électrotonique.
Le courant de pile est un excitant du système nerveux sensitif et peut, par cette voie, déterminer des actes réflexes. C'est un excitant du système nerveux grand sympathique et sans doute aussi des fibres lisses et des organes glandulaires.
Il peut, par ces divers moyens, déterminer des modifications vasculaires et sécrétoires qui prennent une large part dans les efîets trophiques qu'on lui accorde.
Aussi est-il indiqué d'y avoir recours dans les cas où nous voulons agir sur les organes de la vie dite végétative.
Enfin, le courant de pile modifie directement ou indirectement le système nerveux central (cerveau et moelle épinière) et exerce sur ces organes des efîets d'excitation ou, au contraire, de dépression, suivant les circonstances pathologiques et aussi suivant son mode d'application.
En un mot il est incontestable que l'on possède en lui un agent thérapeutique des plus puissants.