TRENTIÈME LEÇON
Idée générale du climat. — Conditions qui déterminent les caractères des climats : latitude; altitude; situation géographique; configuration et constitution du sol.
Messieurs,
Nous avons terminé l'étude des agents physiques simples. Il nous reste à prendre connaissance des agents naturels complexes, c'est-à-dire des climats et des eaux minérales, modificateurs puissants qui interviennent pour une part considérable dans le traitement des maladies chroniques.
On donne le nom de climat à l'ensemble des conditions météorologiques auxquelles un lieu est soumis pendant l'intervalle d'une année. Au point de vue médical le climat doit être envisagé sous le rapport de l'influence qu'il exerce sur la vie des êtres organisés.
L'hygiéniste étudie le climat dans ses éléments propres, constitutifs et se préoccupe des efîets qu'il peut produire sur la constitution des individus, sur les races, sur la production des maladies, sur la mortalité.
Le thérapeutiste envisage les conséquences que peut avoir un changement de climat.
Celles-ci sont à ce point importantes que Michel Lévy a pu dire : « Changer de climat, c'est naître à une nouvelle vie ».
Quand Texistence est menacée ou peuL l'être par le développement ultérieur d'une maladie en germe ou en évolution, on peut songer à modifier profondément la constitution ou tout au moins à placer le malade dans des conditions nouvelles, favorables au rétablissèment de sa santé, à l'aide d'un changement de climat.
La détermination prise par le médecin à cet égard est sérieuse à tous égards. Elle devra être fondée sur une connaissance exacte des climats et de l'action pharmacothérapique qu'on en peut attendre.
Certaines considérations étrangères à cette connaissance ont assez d'importance pour mériter d'être rappelées.
Les transitions doivent être ménagées. 11 est imprudent de faire passer brusquement ou en peu de temps un malade de la zone polaire ou froide dans les zones chaudes ou torrides. On doit avoir égard au pays d'origine et tenir compte, d'autre part, des facilités plus ou moins grandes du voyage que l'on conseille.
La station choisie devra se trouver dans des conditions hygiéniques satisfaisantes, tout au moins pendant la durée de la cure, offrir des ressources suffisantes et le confort nécessaire.
Dans certains cas, que nous n'aurons pas à envisager, le climat intervient thérapeutiquement par le fait du rapatriement. C'est ce qui a lieu lorsque les Européens, devenus malades dans les climats chauds ou torrides, retournent chez eux pour se remettre.
Nous n'avons pas, à propos des climats, à faire une conditions étude de météorologie et d'hygiène. Il est indispensable '^ét^'-^""^^^^ cependant de faire une revue rapide des principales conditions météorologiques déterminantes des climats,
puis (le prendre connaissance des divers facteurs climatériques et des effets qu'ils peuvent produire sur l'organisme.
Parmi les conditions qui déterminent les caractères des climats, nous trouvons en premier lieu la latitude.
La latitude d'un lieu est surtout importante à cause de ses rapports avec la température moyenne annuelle.
La répartition de cette température serait indiquée par les parallèles de latitude si la terre était un ellipsoïde de révolution régulier, si elle ne présentait pas des montagnes et des vallées, si sa surface était partout identique, enfin si l'atmosphère était dans tous les points égale à elle-même. Les différences qu'on observerait en passant d'un parallèle à un autre dépendraient uniquement des changements dans les durées relatives des jours et des nuits et dans l'inclinaison des rayons solaires.
Bien qu'il soit assez loin d'en être ainsi et que de nombreuses causes interviennent pour faire varier la température d'un point à un autre sur le même parallèle, on a pu partager la surface du globe en cinq zones géographiques qui fournissent tout au moins des indications générales sur la distribution de la température.
La zone torride, limitée par les parallèles situées de part et d'autre de l'équateur à la latitude de 23°28', a pour caractère une température très uniforme et très élevée.
Les deux zones tempérées s'étendent de l'un des tropiques à l'un des cercles polaires, c'est-à-dire de la latitude de SS^SS' à celle de 66"o2'. Au fur à mesure qu'on s'éloigne des tropiques la température est de plus en plus variable pendant la durée de l'année, en même
temps que la température moyenne devient de plus en plus basse.
Citons entin les deux zones polaires.
C'est la zone tempérée, septentrionale, qui seule nous intéresse.
La plupart des stations sanitaires, dont nous aurons à parler, sont comprises entre 30° et 45° degrés de latitude N. Dans cette zone, il faut en général avancer de 185 kilomètres vers le Nord pour voir descendre la température annuelle d'environ 1 degré. Cette règle ne peut être absolue.
La chaleur perdue par la terre dépend de la longueur des nuits. Lorsque celles-ci sont courtes, une partie de la chaleur gagnée pendant le jour s'accumule. Il en résulte que les jours les plus chauds ne sont pas ceux du solstice d'été, mais ceux qui le suivent, en juillet et août. Inversement l'époque la plus froide est celle qui fait suite au solstice d'hiver.
On donne le nom de lignes isothermes à celles qui Lignes réunissent les points ayant la même température moyenne annuelle. Elles ont été construites pour la première fois par Humboldt. En raison des conditions diverses pouvant avoir de l'influence sur la température, ces lignes s'écartent plus ou moins des parallèles.
Les lignes isochimènes correspondent aux températures moyennes de l'hiver; les lignes isoihères aux températures moyennes de l'été. Au point de vue qui nous intéresse, il faut encore considérer la température moyenne mensuelle, dont quelques auteurs ont dressé des cartes comprenant les principales stations climatériques.
Dans notre hémisphère, les lignes isothermes d'été et d'hiver s'écartent sensiblement des lignes isothermes annuelles.
On devra encore s'enquérir, pour chaque station en particulier, des variations diurnes et nocturnes de la température.
Pour diverses raisons, dont nous aurons à citer les principales, les îles et les côtes de l'Europe occidentale sont plus chaudes en hiver et plus fraîches en été que ne semblent l'indiquer les lignes isothermes annuelles.
A latitude égale, V altitude prend une part considérable dans la détermination des caractères des climats. Aussi les pays de montagnes nous offrent-ils une superposition de climats divers. L'altitude exerce, en effet, une influence non seulement sur la température, mais aussi sur toutes les autres qualités météorologiques de l'atmosphère prenant part à la caractéristique des climats. C'est pourquoi la plupart des auteurs ont fait de l'altitude une base de division des climats.
Relativement à la température, l'effet de l'altitude n'a rien d'absolument régulier. On estime cependant que, dans la zone tempérée, il y a 1 degré d'abaissement thermique pour une élévation de 150 à 180 mètres. Les principales causes de la diminution de la température sont la raréfaction de l'air, et par suite la diminution de son pouvoir absorbant pour la chaleur, l'isolement du sol, quand on arrive à une hauteur suffisante, par de la neige ou de la glace, l'intensité du pouvoir diathermane de l'atmosphère, enfin la diminution de la pression barométrique amenant une grande dilatation de l'air chaud qui s'élève du sol.
Les autres faits importants résultant de l'altitude sont relatifs à la constitution gazeuse de l'atmosphère, à la pureté de l'air, à la grande intensité de la lumière, et à réchauffement des corps par la radiation solaire.
Après la latitude et l'altitude, la condition qui a le situation
, , , • 1 1 • 1 - 1 géographiqu
plus d'influence sur la caractéristique du climat est la silualion géographique du lieu.
On aura surtout à tenir compte de la proximité ou de l'éloignement des côtes.
Les eaux possèdent, pour la chaleur, un pouvoir absorbant et un pouvoir émissif moindre que la terre ferme. Toutes choses égales d'ailleurs, elles absorbent et émettent de plus faibles quantités de chaleur. Elles ont, en outre, une chaleur spécifique plus grande, de sorte que, pour une même quantité de chaleur absorbée ou émise, la variation de température qu'elles subissent est moindre. Enfin, une partie de la chaleur qu'elles absorbent est employée à former des vapeurs. Il résulte de ces particularités que les grandes étendues d'eau s'échauffent et se refroidissent plus lentement que les terres. A ces causes de diminution dans les variations de température dans le voisinage des eaux, il faut encore ajouter l'influence de la vapeur d'eau et surtout celle des nuages. Ces amas de vapeur tempèrent l'ardeur du soleil pendant le jour, et diminuent la perte par rayonnement pendant la nuit.
On voit donc que, pour une même latitude, la proximité des côtes a pour conséquence de rendre le climat sensiblement moins variable que celui de l'intérieur du continent. Aussi a-t-on distingué les climats maritimes et les climats continentaux.' Les premiers sont en général tempérés, tandis que les^seconds peuvent être excessifs pour des points situés à la même latitude.
Comme exemple de l'influence de la situation géographique, prenons trois points situés sensiblement à la même latitude : Cherbourg^ Paris, Vienne. La différence entre la température moyenne de l'été et de
l'hiver est pour le premier de 10°; pour le second de 15°; pour le troisième de 20°.
Voilà pourquoi les climats insulaires sont de beaucoup les plus constants. Dans les îles de la zone tropicale, la différence entre la moyenne de l'été et celle de l'hiveine dépasse guère 2 ou 3 degrés.
Les continents étendus présentent des conditions opposées ; le refroidissement et réchauffement y sont très intenses, et par suite on y observe, en un même point, de grands changements de température.
Influence des Qn peut rattacher à la situation géographique l'examen de l'influence que peuvent exercer les courants atmosphériques et les courants marins sur la constitution des climats.
Le fait le plus général et le plus important à connaître relativement aux vents dominants, concerne les vents alizés. Vous savez que ceux-ci sont d'une remarquable constance ; que toute Tannée ils soufflent dans le voisinage de l'équateur et que leur influence peut se faire sentir à une grande distance.
Alizés et D'après l'explication qu'Halley a donnée touchant la
contre-ohzes p^^Q^^^^-^j^ ^.gg yents, OU doit admettre l'existence
de cmitre-alizés supérieurs se dirigeant de l'équateur vers les pôles. Théoriquement, les masses d'airformanl ces contre-alizés arrivent au-dessus des régions tempérées avec une vitesse de rotation plus grande que celle de ces régions et doivent produire, dans les parties supérieures de l'atmosphère, un vent du sud-ouest pour l'hémisphère boréal et un vent du nord-ouest pour l'austral.
Ces vents exercent une influence considérable sur le climat de l'Europe occidentale (partie boréale de l'océan Atlantique). Ils viennent, en effet, en s'abaissant, al-
teindre la surface du globe à des distances variables de leur point de départ et sont ainsi la cause de la prédominance du vent du sud-ouest dans l'Europe occidentale (Angleterre, Pays-Bas et France).
Avant d'atteindre notre continent, ils ont passé audessus d'une partie de l'océan Atlantique traversée par le Gidf-Stream. Ce courant d'eau tiède a une influence décisive sur le climat des côtes qu'il vient baigner. Vous savez qu'il part du golfe du Mexique et qu'il arrive avec une direction sud-ouest jusqu'en Europe occidentale, pour aller se faire sentir le long des côtes de Norvège jusqu'au delà du cap Nord,
Le mécanisme de ce courant d'eau est le même que celui des vents alizés et contre-alizés. Il représente dans l'océan Atlantique le courant atmosphérique supérieur qui ramène l'air chaud de l'équateur vers les pôles et il affecte précisément la même direction sud-ouest que les contre-alizés.
Ces vents empruntent ainsi à la surface de la mer sa température et son humidité, et ils apportent aux régions qu'ils atteignent de l'eau et une température modérée .
Le climat exceptionnellement privilégié dont jouissent les contrées occidentales de l'Europe est dû, vous le voyez, à une double cause : courant d'air tempéré et humide, courant d'eau tiède. Nos climats empruntent ainsi une partie de leurs qualités aux régions équatoriales.
Diverses circonstances locales, non toujours bien Vents de terre déterminées, donnent lieu à la production de certains et de mer. vents. Parmi ceux-ci les plus constants sont les vents de terre et les vents de mer.
Sur les côtes, peu après le lever du soleil, la brise de mer se met à souffler vers la terre ; d'abord légère, elle
Vents de montagne.
devient bientôt plus forte pour cesser ensuite vers le soir. Il se dessine alors un mouvement inverse: le vent s'élève de terre pour souffler vers la mer, d'abord doucement, puis avec une intensité croissante jusqu'à' minuit, et Va en s'affaiblissant vers le matin.
Le mécanisme de ces mouvements est facile à saisir.
Pendant le jour, réchauffement de la terre étant prédominant, l'air de terre monte dans les hautes régions de l'atmosphère, l'air plus lourd de la surface des eaux se précipite pourle remplacer. Le contraire a lieu pendant la nuit : l'air de terre devenant plus dense à son tour, est entraîné vers la mer.
Au nombre des vents locaux, je signalerai particulièrement les vents de montagne.
Ces vents sont très variables, au point de vue de leur violence et de leurs autres caractères, mais leur origine est toujours à peu près la même.
Pendantle jour l'air de la vallée et des régions basses s'échauffe ; il s'élève alors le long des versants pour constituer le vent de vallée ou du matin. Ce mouvement ascendant est favoi-isé parune sorte d'aspiration, l'air léger gagnant les hautes régions est remplacé par l'air dense des parties inférieures. Après le coucher du soleil, l'airdes sommets, en se refroidissant, tend à descendre et donne lieu au vent de montagne ou du soir. Aussi, dans des circonstances assez fréqueiités,lôs vallées sont-elles plus froides pendant la nuit que les parties situées sur les versants.
Quelques vents particuliers à certaines contrées' méritent d être connus. ^
Le simoun, très chaud et très sec, viénï dii' désert d'Arabie et des payé voiâitis ; il éouffle rare rnént' dans les stations sanitaires.
et constitution du sol.
Le siroco est le vent chaud du Sahara. Il atteint surtout la Sicile et l'Italie, mais il se fait sentir aussi,; à certains moments, au niveau des stations de la Rivière où il constitue un vent de sud-est.
En traversante Méditerranée il se charge d'humidité et amène de la pluie.
En Suisse, le plus redouté de tous les vents est le foc/m qui règne principalement dans les cantons du nord-est. C'est un vent chaud et relativement sec, mais dont les caractères varient suivant les différents lieux par lesquels il a passé.
Citons encore le ôora qui visite les îlots de l'Adriatique et le mistral^ vent du littoral français de la Méditerranée.
La dernière condition que nous ayons à examiner Configuration ressortit à la configuration du sol et à sa constitution.
Toutes choses égales d'ailleurs, les particularités qui s'y rapportent ont souvent une influence assez marquée sur le climat pour que des points très rapprochés puissent présenter des caractères climatériques sensiblement différents.
Dans les grandes plaines, la température s'élève très haut pendant le jour pour subir pendant la nuit un très fort abaissement. Il résulte des observations intéressantes faites par Ch. Martins, sur le refroidissement de l'air pendant la nuit, que le froid diminue à mesure qu'on s'élève au-dessus du sol jusqu'à une certaine hauteur, particulièrementlorsquelesnuits sont sereines, 1 L'accroissement de la température est d'abord très I rapide, puis plus lent. C'est pour cette raison que les 1 brouillards couvrent le sol dans les plaines et dans les ■ bas-fonds et que les étages élevés des maisons et des
G. Hayem. — V.
4S0 LEÇONS DE TdÉRAPEUTIOUE.
hôpitaux sont plus secs et plus sains que les rez-dechaussée.
Au bord des rivières et des lacs, il suffît souvent de s'élever à 30 mètres au-dessus du niveau de l'eau, ou même moins encore, pour être à l'abri des brouillards s'accumulant au-dessus de la nappe liquide. On doit donc choisir dans ces conditions les habitations construites sur les coteaux.
Dans les pays de collines les oscillations de la température sont moins étendues que dansles grandes plaines ; mais réchauffement du sol par les rayons solaires a lieu d'une manière inégale et il en résulte des vents locaux, accompagnés de changements plus ou moins brusques de température et d'humidité.
Les chaînes de montagnes déterminent sur les régions voisines des effets qui varient avec la hauteur des sommets, l'étendue et la direction de la chaîne, la nature et la plus ou moins grande abondance de la végétation. Ces chaînes peuvent servir de barrière à des vents froids ou à des vents chauds et par suite élever ou abaisser la température annuelle des points qu'elles abritent.
Elles exercent, de plus, une action sur les vents euxmêmes, surtout quand ceux-ci sont chargés d'humidité dont elles provoquent la condensation. Dans les pays situés sous le vent de la montagne, le climat est plus sec et plus dur. Les conditions locales étant ici très variables doivent être examinées pour chaque cas particulier.
Pour les points situés sur la montagne elle-même, le plus important est de déterminer s'ils sont situés du côté du soleil ou du côté de l'ombre. Dans l'hémisphère nord, le côté sud-ouest est généralement le plus chaud,
le côté nord-est le plus froid ; le côté ouest est un peu plus chaud que le côté est.
On devra aussi s'inquiéter de la direction du vent. Ce point a autant d'importance que l'exposition du lieu.
En effet, c'est d'elle surtout que dépendent les conditions d'humidité. En Europe, la plupart des versants sud-ouest sont plus humides que ceux du sud-est, bien qu'ils reçoivent plus de calorique.
La surface du sol exerce une influence importante sur la température et sur l'humidité des couches inférieures de l'atmosphère. Les expériences faites par Frankland ont fait connaître certains rapports entre la nature de cette surface et la chaleur solaire.
La neige donne la surface la plus réfléchissante. Après elle vient, à cet égard, dans un ordre décroissant, le sol de couleur claire, l'herbe desséchée, les pierres grises, l'herbe verte.
Le pouvoir absorbant de la surface du sol est en i-aison inverse de son pouvoir rayonnant.
Ainsi donc, plus la couleur du sol se rapproche du blanc, plus la chaleur solaire est grande et plus l'airest frais ; plus la couleur du sol est sombre, plus l'air est chaud et moins grande est la chaleur produite par rayonnement.
Le pouvoir absorbant pour l'humidité est encore plus variable suivant la nature du sol que le pouvoir absorbant pour la chaleur. D'après Elliott, la tourbe absorbe plus de deux fois son propre poids d'eau, l'argile sèche en absorbe un poids égal, le terreau sec la moitié de son poids, le sable sec un peu plus d'un tiers. Ainsi s'explique pourquoi le sable .sèche le plus vite et la tourbe le plus lentement.
Buchan a établi que le drainage a une action notable sur la température du sol.
Il a trouvé qu'il élève de 1° la température du sol arable; que le froid traverse plus rapidement les terres non drainées que les drainées; que la terre drainée perd moins de chaleur quand la température de l'air est plus élevée que celle du sol ; enfin que le sol drainé sedébarrassantplus aisémentde son humidité, présente une température plus stable. Ces faits nous permettent de comprendre comment le drainage du sol peut amener une diminution de la phtisie, ainsi que tendent à l'établir les observations relevées par Bowditch, Buchanan et par d'autres encore. i
Les conditions relatives à l'absence ou à l'abondance de la végétation^ ainsi qu'à la nature de cette végétation, modifient d'une manière prononcée certains facteurs des climats.
Les effets de la dénudation dépendent des qualités conductrices du sol pour la chaleur.
Le revêtement de la terre par des végétaux empêche d'une manière plus ou moins complète les rayons solaires d'arriver jusqu'au sol ; il modère par conséquent à un degré variable réchauffement. D'autre part, les plantes elles-mêmes sont modératrices de la chaleur en raison de l'évaporation constante dont elles sont le siège.
Mais les effets produits par la végétation varient souvent suivant que celle-ci est constituée par des forêts, par des herbes ou des bruyères, par de la tourbe.
L'influence des forêts est bien connue depuis les observations de Fautral et surtout celles d'Erlenmayer dont nous devons donner un court résumé.
Le sol de la forêt présente une température inférieure à celle des prairies jusqu'à une profondeur de
1",20. L'écart est bien plus marqué en été qu'en hiver.
L'air de la forêt se maintient à une température moyenne inférieure à celle de l'air de la prairie. Chacun sait d'ailleurs que pendant les heures de soleil en été on trouve de la fraîcheur sous les ombrages des forêts.
Au niveau d'une forêt les variations de la température sont moins brusques qu'en plaine, le climat y est plus constant.
En effet, les jours étant plus frais, les nuits plus chaudes, l'écart entre la température maximum et la température minimum est plus faible. L'humidité relative de l'air y est toujours plus élevée qu'en plaine ; l'écart est d'environ 10° en juillet, de 3 à 7° en janvier. Aussi la pluie est-elle plus abondante au niveau de la forêt que dans les régions voisines dépourvues d'arbres.
Enfin les forêts peuvent arrêter certains vents et exercer ainsi une influence qui s'étend à quelque distance.
C'est ainsi que certaines stations sont à l'abri des vents froids par suite de la proximité d'une forêt située sur le trajet habituellement parcouru par ces courants atmosphériques.
Les prairies ne sontjamais aussi exposées à s'échauffer que le sol dénudé. H. Weber a constaté entre un sol sans végétation et un sol de prairie voisine une différence de 11 à 17°. D'une manière générale, la prairie tend à abaisser la température de l'été et à rendre l'air plus humide.
Les tourbières et les marécages se font remarquer par une grande humidité du sol et de l'air et par une température annuelle relativement basse. La surface est moins couverte de brouillards. C'est dans ces conditions
"i'^* LliÇONS DE THÉRAPEUTIQUE.
que Tair renferme le principe de la malaria, principe qui est susceptible d'être transporté dans des pays plus ou moins éloignés suivant la direction du vent et la configuration du sol.
A un autre point de vue la végétation d'un lieu quelconque permet d'apprécier la qualité d'un climat, aussi bien que les connaissances des "moyennes thermométriques. On peut dire, en effet, avec Ch. Martins, que les végétaux sont des thermomètres vivants, ou, avec Fonssagrives, qu'ils représentent de véritables climatomètres.
La détermination de la flore d'un pays constitue donc un renseignement important.
Au point de vue thérapeutique les saisons dimatériques diffèrent un peu des saisons astronomiques.
L'été comprend les mois de juin, juillet et août, et les stations où l'on réside pendant ces trois mois sont les stations (ï été . L'hiver comprend décembre, janvier et février; il est passé dans les stations d'hiver. Les autres saisons correspondent aux mois intermédiaires.