‹ Leçons de thérapeutique (volume 3)Chapitre 48 sur 72 · TRENTE-SIXIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

TRENTE-SIXIÈME LEÇON

II. Effets physiologiques. — Traitement externe : bains hydro-minéraux ; bains de boues minérales.

Messieurs,

La pratique des eaux minérales est uniquement fondée sur l'empirisme, et pendant longtemps encore l'observation clinique, le résultat thérapeutique obtenu, seront nos meilleurs guides dans l'emploi de ces puissants moyens.

Cependant, quelque complexe que soit le traitement représenté par les divers facteurs d'une cure, on a cherché à s'éclairer sur le rôle respectif de chacun de ces facteurs. Dans ce but on a poursuivi, particulièrement dans ces dernières années, l'étude de leurs effets physiologiques avec l'espoir d'arriver à rendre plus rationnel et plus scientifique l'emploi des eaux minérales.

Si ces efforts n'ont pas encore été couronnés d'un plein succès, nous pouvons dire, cependant, que la question a fait des progrès récents et qu'actuellement nous sommes en possession de documents d'une réelle valeur. L'exposé de cette partie physiologique de notre sujet doit précéder l'étude pharmacothérapique des eaux.

Nous diviserons la cure thermale en traitement

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externe et traitement interne. Bien que les malades soient le plus souvent soumis à ces deux modes de cure, cette distinction est indispensable. Elle a le défaut de ne pas comprendre certains procédés mixtes. Kiiets Le plus typique des moyens externes est le bain. II

des IjOiiiis

joue un rôle très considérable dans un grand nombre de stations et il est incontestable qu'il est susceptible de produire à lui seul des effets thérapeutiques des plus notables. On s'est demandé si ces effets diffèrent réellement de ceux qu'on pourrait obtenir avec une eau potable quelconque et h quels facteurs ils doivent être rapportés.

Les différences dans les effets thérapeutiques obtenus d'une station à une autre, parmi celles où la balnéatioii constitue le moyen principal de la cure , démontrent jusqu'à la plus complète évidence que les bains minéro-thermaux exercent une action propre. Mais remarquez que cette action est obtenue chez des malades, qu'elle est de l'ordre des effets pharmacothérapiques, tandis que nous voulons nous inquiéter tout d'abord des effets physiologiques.

Sur ce terrain tout autre, on a pu mettre en doute l'existence d'une différence sensible entre les bains minéralisés et les bains simples et dire, avec Leichtenstern que, malgré de très nombreuses recherches, touchant la spécialité d'action des bains hydro-minéraux, les résultats acquis sont à peu près négatifs. Il n'en faudrait pas conclure à la légère que les médecins de stations se font des illusions sur les propriétés particulières de leurs eaux. Les effets physiologiques des bains ne peuvent être étudiés que sur des sujets sains, bien moins impressionnables que les malades et ne réagissant pas d'une manière très sensible aux

facteurs qui peuvent intervenir. D'autre part, le problème est d'une étude délicate, et c'est seulement dans ces dernières années, et même dans un nombre très restreint de travaux, qu'il a été abordé avec les précautions nécessaires pour rendre valables les résultats obtenus. Bien peu d'auteurs ont fait des recherches comparatives sur les mêmes personnes maintenues pendant le cours des expériences dans des conditions aussi invariables que possible. Or, ces précautions sont indispensables lorsqu'on veut mettre en lumière des différences relativement faibles.

Vous vous souvenez que les bains d'eau douce, même à la température dite indifférente de 33 à 34°, exercent une influence sur les grandes fonctions et sur les échanges, voire même, quoique faiblement, sur la température. Aussi a-t-on pu dire que les bains d'eau minéralisée n'agissent pas autrement et que les différences notées par divers observateurs entre leurs effets et ceux des bains ordinaires sont à peu près négligeables.

Cependant, dans toute une série de travaux, on a relevé des faits qui ne manquent pas d'une certaine importance. Je vais les énoncer dès maintenant, bien que nous ayons plus tard à y revenir avec détail à propos des effets produits par les diverses espèces d'eaux minérales.

Les expériences de Rôhrig et Zuntz, celles de Beneke ont établi que les bains salés déterminent une excitation cutanée et modifient le mouvement nutritif. Keller a repris récemment la question : en comparant l'action des bains salés à celle des bains ordinaires, il a noté des différences sensibles. Gauly, tout en arrivant à des résultats qui s'écartent notablement de ceux de Keller,

a fourni de son côté des documents en faveur de l'action propre des bains salés.

Ces études, faites au point de vue des modifications que les bains font éprouver au mouvement nutritif, ont pour complément les recherches de Groedel, qui tendent à faire voir que l'excitabilité électrique, tant galvanique que faradique, n'est pas modifiée de la même manière par les bains salés que par les bains simples.

Les bains ferrugineux posséderaient, d'après Fleclisig, des propriétés spéciales. De même, si l'on s'en rapporte aux travaux de Jacob et de Sliller, les bains renfermant de l'acide carbonique détermineraient des effets notablement diiîérents de ceux des bains simples.

Il importe de remarquer que les bains minéralisés par des principes solides ou par des gaz ne sont pas les seuls auxquels on attribue des actions particulières. Certains bains donnés avec une eau à peine minéralisée sont doués de propriétés très actives. Ainsi à Néris, avec une eau ne contenant que le', 1445 de principes fixes par litre, on observe, comme l'a bien montré de Ranse, des phénomènes d'excitation parfois très intenses.

Il faut dire toutefois que les recherches de de Ranse concernent des malades névropathes.

Quoi qu'il en soit, il y a lieu d'examiner à quels facteurs on doit rattacher les effets des eaux minérales.

Et tout d'abord, les principes minéraux ou gazeux en dissolution dans les eaux sont-ils susceptibles d'être absorbés et d'exercer leurs effets thérapeutiques?

Vous savez que les travaux, sur ce point, sont loin de faire défaut. Un grand nombre d'expérimentateurs, Braun, Poulet, Rabuteau, Roussin, Parisot, Valen-

tiner, Passaboc, Keller, etc. , sont arrivés, à des résultats négatifs. Quelques-uns ont obtenu, au contraire, des résultats positifs. Delore;, Duriau, Homolle, Hofmann, Yillemin, Wolkenstein, Stabel ont fourni des preuves du passage à travers la peau de quelques substances actives, notamment de la digitale et de l'iodure de potassium ; mais la dose de médicament absorbé a tou-, jours été très minime. Les prétendus résultats positifs , obtenus pour le chlorure de sodium se rappor tent sans doute à une augmentation d'excrétion sous l'influence i du bain. Il est donc très probable qu'il n'y a pas d'absorption médicamenteuse dans le bain et, en tout cas, il est certain que cette absorption n'est pas capable d'expliquer les effets du bain.

Si les corps en dissolution dans l'eau, ne pénètrent pas jusque dans le sang, il est établi qu'ils imbibent avec l'eau les couches superficielles de l'épiderme.

Ge travail d'imbibition: est favorisé par la chaleur, par la disparition de l'enduit sébacé de la peau; il est, par suite, plus prononcé à la plante des pieds et à la paume des mains où il n'existe pas de glandes sébacées.

Cette imbibition ne suppose pas forcément l'absorption. Des frictions énergiques, faites pendant le bain, peuvent faire pénétrer de l'esLU dans les conduits glandulaires (sébacés ou sudoripares), dans, les gaines des, poils éraillées sans que, dans les conditions ordinaires, on puisse relever des preuves sensibles dé l'absorption médicamenteuse. D'après Aubert et Schott, les corps dissous dans l'eau pourraient même, sans être absorbés, arriver jusqu'au contact , des nerfs qui s'avancent dans l'épiderme plus près de la surface que les vaisseaux.

. Il est donc peut-être possible d'invoquer une action

G. Hayem. — V. 34

Il 'j y

spéciale el directe sur les extrémités des nerfs cutanés.

L'absorption des gaz dissous ou qui peuvent se produire à l'état libre pendant la durée du bain, celle des substances volatiles sont moins douteuses. L'hydrogène sulfuré, l'iode, l'acide carbonique peuvent ainsi passer jusque dans la circulation. Cette pénétration médicamenteuse reste néanmoins limitée à cause de la tension élevée des gaz de la lymphe et du sang. Une partie des gaz se dégage à la surface du bain et peut, par un mélange avec l'air respiré par le malade, être une source d'absorption.

En définitive, le bain ne peut introduire dans l'organisme que des traces de principes actifs. L'absorption médicamenteuse n'en explique pas les effets.

Force nous est donc d'invoquer uniquement une action de contact susceptible de retentir par voie nerveuse sur l'organisme.

Leichtenstern fait remarquer que l'excitation produite par les bains minéro-thermaux ne paraît pas capable de retentir à distance par l'intermédiaire des nerfs vaso-moteurs ou des nerfs vagues, et qu'en conséquence ces bains agissent de la même manière que tous les autres procédés balnéothérapiques.

On tend aujourd'hui à être moins sceptique et à admettre une action excitante propre, sans laquelle les effets des bains resteraient absolument mystérieux.

A l'appui de cette manière de voir on peut citer les recherches de Jacob, qui a observé dans les bains d'eau chargée d'acide carbonique une action cardiaque différente de celle qu'on obtient avec l'eau douce.

Cette action locale, qui est facilitée par l'imbibition de l'épiderme, peut résulter aussi bien des qualités physiques des eaux que de leur constitution chimique.

Les uns ont invoqué les phénomènes électriques dont il vient d'être question; d'autres sont allés jusqu'à rapprocher les effets des bains, minéralisés par des combinaisons métalliques, des phénomènes produits par l'application des métaux à la surface de la peau. En réalité le système nerveux peut être impressionné par divers facteurs.

La thermalité ne constitue pas une qualité spéciale, mais dans certaines stations où l'eau est courante, sans cesse renouvelée, la grande constance de la température et peut-être aussi le renouvellement incessant du milieu doivent avoir une certaine importance. Les qualités propres de l'eau, au point de vue de l'impression tactile, jouent un rôle évident. 11 faut tenir compte de la douceur de l'eau, de son onctuosité ou, au contraire, de sa crudité, de son action irritante résultant de la présence de sels, de l'effet particulier déterminé par le dégagement, dans certaines stations, de bulles de gaz au contact de la peau.

llfautajouter quelarépétitiondesbainsqui constitue lacure amène une sorte de summation d'effets minimes^ capables de se traduire, au bout d'un certain temps ^ par une action très marquée.

Quoi qu'il en soit, dans nombre de stations, la balnéation seule suffit à produire le léger état pathologique, désigné sous le nom de fièvre thermale ou de poussée thermale, et qui consiste en une excitation générale avec malaise, accélération du pouls et parfois, mais plus rarement, élévation modérée et passagère de la température, ou bien encore en une éruption cutanée qui n'est chez certains malades que l'exacerbation d'une manifestation chronique, ancienne.

Cette excitation thermale se montre vers le dou-

Effets des bains de boues.

zièmc bain et, en général, lorsqu'elle est franche et vive, elle est d'un pronostic favorable.

Certaines pratiques externes appartiennent en proprc aux cures minérales; de ce nombre sont les ])ains et applications topiques de boues minérales et végétales.

En France, les bains de boues minérales comptent trois stations : Barbotan (Gers), Saint-Amand (Nord), Dax (Landes). Les pratiques usitées dans ces stations ont pour seul trait commun l'immersion du corps pendant un temps variable dans un dépôt d'humus minéralisé naturellement ou artificiellement et maintenu aune température plus ou moins élevée.

A Barbotan, les piscines sont parcourues par de l'eau ferrugineuse bicarbonatée. Cette eau vient détremper une masse de limon noirâtre dans un terrain tourbeux. Cette masse présente une température, au fond de 36% à la surface de 26" seulement. Vingt personnes se baignent à la fois dans les piscines. La substance sablonneuse des boues, abstraction faite de l'eau minérale, renferme de l'alumine, de la silice, de la magnésie, du sulfate de chaux et des oxydes terreux.

Les sources sulfatées calciques de Saint-Amand jaillissent du terrain tertiaire. Elles viennent, en imbibant le sol, former un bourbier qui présente une superposition de trois lits. Le superficiel est formé par une terre noire, semblable à de la tourbe, le second est une marne argileuse, le troisième un sable mouvant. L'eau pénètre dans le sable par de petits filets et, en arrivant jusqu'aux couches superficielles, elle maintient ces terrains détrempés à la température de 26 degrés.

Comme cette température est faible, on l'élève en arrosant le sol d'eau chauffée ou à l'aide d'un serpentinage.

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Ce limon répand une odeur désagréable d'œuf pourri et de marécage ; il laisse échapper de l'acide carbonique et une très petite quantité d'hydrogène sulfuré. Sa composition est celle du sol et de l'eau minérale.

Il forme un vaste bassin qui est divisé en loges par séries de quatre. On commence par prendre une douche tiède, puis on prend un bain de boue local ou général dont la durée varie de une. à six heures ; elle est en moyenne de quatre à cinq heures. Après le bain de boue, on prend un bain simple pour se nettoyer ou bien on se soumet à un nettoyage dans un lavoir spécial. Les mêmes boues servent à faire des applications localisées.

Nous trouvons à Dax un autre genre de boue. Un dépôt limoneux, fluviatile, formé depuis des siècles par les débordements fréquents de l'Adour, est traversé par les griffons des sources. L'eau thermale abandonne au limon des sédiments, des matières organiques, des conferves et autres petits organismes. Ces végétaux prospèrent rapidement et forment ainsi une boue mixte, à la fois végétale et minérale qui est constamment pénétrée par de l'eau à 60 degrés.

On a installé sur ce terrain détrempé des piscines bien aménagées ét ions les appareils permettant l'emploi des bains et des douches. A Dax, comme à Saint- Amand, les boues sont employées en applications générales ou partielles.

Barthe de Sandfort a imaginé récemment des appareils qui permettent de transporter les boues de Dax et de les réchauffer sans leur faire perdre leurs propriétés ; on peut ainsi les utiliser en tout lieu et en tout temps.

Dans quelques autres stations françaises, Balaruc, Bourbonne, on recueille les dépôts vaseux qui se produisent dans les bassins où séjournent les eaux et ou s'en sert pour l'aire des applications locales.

A l'étranger, où ces sortes d'applications sont également utilisées {Schlammbàder des Allemands) on emploie, en outre, des bains de boue obtenus d'une manière artificielle. A Franzensbad, .par exemple, on manipule du terreau de manière à le rendre très fin et on le mélange avec de l'eau minérale.

On obtient ainsi un limon qui sert à administrer des bains généraux, des demi-bains, des bains partiels (MooiMder). En Hongrie, le lac renommé de Balaton- Fured procure une boue grisâtre renfermant de nombreux cristaux de silicate de chaux et servant à frictionner la surface cutanée.

Les effets physiologiques déterminés par ces diverses pratiques ne sont pas encore bien précisés.

Les boues minérales ou minéro-végétales employées sous une forme massive, compacte, paraissent agir par la pression qu'elles exercent sur le corps et par le refoulement du sang de la périphérie au centre. Cette action a pour- résultat de gêner rétablissement d'un équilibre thermique entre le corps et la boue, de telle sorte que le sang ne se refroidit pas lorsque celle-ci €st à une température inférieure à celle du corps ; Jacob a même observé, dans ces conditions, une tendance à l'élévation de la température centrale, attribuable sans doute à une rétention du calorique.

Pour les mêmes motifs, quand la boue est à une température supérieure à celle du corps, elle est plus facilement tolérée que de l'eau à la même température, bien que sa capacité calorifi([ue soit plus élevée que

celle de l'eau. D'après Fellnerles sels prendraient part aux effets des boues.

Quand la température de la boue est égale ou inférieure à celle de la peau, on observe un ralentissement du pouis et des respirations ; d'autre part, la perspiration cutanée augmente, ainsi que l'excrétion de l'urée. Les applications de boue, même lorsqu'elles sont générales, peuvent être beaucoup plus prolongées que les bains ; elles ont l'avantage de ne produire ni relâchement de la peau, ni sudation.

En général, sauf à Barbotan, où l'on obtient un effet sédatif chez les rhumatisants, les boues peuvent agir thérapeutiquement en déterminant une vive excitation de la peau et par suite un effet révulsif. C'est ainsi que les pratiques de Dax et de Saint-Amand amènent des effets résolutifs.

L'effet excitant est très intense à Franzensbad où les applications de boue sont suivies d'une rougeur vive et persistante de la peau. Il en est de même dans la plupart des stations étrangères, notamment à Balaton-Fûred, dont les boues silicatées, produisent des érythèmes et parfois même, dit-on, des érysipèles.

Dans quelques stations, une partie de l'effet thérapeutique est peut-être dù à la respiration d'un air chargé de vapeur et de soufre. Cette particularité acquiert de l'importance à Saint-Amand, où les malades restent pendant des heures dans l'atmosphère des piscines.

Les applications topiques faites avec les conferves qui se développent dans les bassins d'eaux minérales constituent encore une pratique spéciale.

A Néris, à Bourbon-Lancy, à Valdieri (Italie), les

conferves servent surtout à pratiquer des frictions qui parfois sont combinées avec le massage. Souvent ces amas de végétaux renferment, comme à Néris, des cristaux insolubles de carbonate de chaux qui augmentent notablement l'effet excitant des frictions.

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