‹ Leçons de thérapeutique (volume 3)Chapitre 50 sur 72 · TRENTE-HUITIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

TRENTE-HUITIÈME LEÇON

Procédés de traitement ayant un caractère inixte {nuile) : humage; pulvérisations. — Tmi<emen< mferne : effets physiologiques produits par l'usage des eaux en boisson ; préceptes généraux concernant la cure interne.

Messieurs,

A côté de riiihalalion vient se placer la pratique du numage. humage, qui a été installé pour la première fois par Lambron à Bagnères-de-Luchon et qui, depuis, s'est répandu dans quelques stations. Les gaz et vapeurs se dégageant naturellement des sources sont conduits, mélangés à l'air atmosphérique, dans des appareils en i^énéral en grès, terminés par un embout que le malade place entre ses lèvres. Le humage consiste donc à aspirer un mélange gazeux analogue à celui dans lequel tout le corps est plongé pendant la pratique de l'inhalation. Les effets qu'il peut produire n'ont guère été étudiés. 11 s'agit d'ailleurs d'un procédé très accessoire.

La pulvérisation consiste à faire pénétrer l'eau médi- Pulvérisation, camenteuse dans les voies respiratoires sous la forme d'une poussière fine. Ce procédé, le dernier que nous ayons à étudier, a pris également naissance dans une station sulfureuse, àLamotte-lcs-Bains : il a été perfectionné à Pierrefonds, en 1857, par Sales-Girons. De-

puis, il s'est répandu dans un grand nombre de localités. Actuellement, grâce à l'invention des appareils portatifs, la méthode de la pulvérisation appartient à la thérapeutique ordinaire et peut s'appliquer aux solutions médicamenteuses aussi bien qu'aux eaux minérales.

Il me paraît superflu de vous décrire les nombreux modèles usités pour obtenir le poudroiement de l'eau. Il est plus intéressant de s'enquérir des réponses qui ont été faites aux questions pratiques soulevées par l'emploi des pulvérisations.

On a dû tout d'abord se demander si les eaux minérales ainsi traitées conservent leurs qualités.

Ce sont surtout les eaux sulfureuses qui sont employées en pulvérisations. Les unes sont notablement altérées, les autres sont à peine modifiées. Celles qui se désulfurent d'une manière notable par la pulvérisation sont minéralisées par de l'acide sulfhydrique libre ou par du sulfure calcique ; les sulfurées sodiques perdent, au contraire, à peine 2 à 3 p. 100 de leur sulfuration.

La seconde question concerne la pénétration du liquide pulvérisé dans les voies respiratoires.

Une commission nommée par la Société d'hydrologie médicale, après s'être livrée sur ce point à quelques expériences, a admis le passage d'une petite quantité d'eau pulvérisée dans les voies aériennes. Cette conclusion a été confirmée par des recherch es plus récentes . Waldenburg évalue à douze ou quinze gouttes la quantité de liquide arrivant dans les bronches pendant une minute de pulvérisation. Il est difficile déparier d'une action thérapeutique générale à la suite de l'absorption d'une telle dose ; toutefois cette dose est suffisante pour

qu'on puisse oblenir des modificalions non seulement de l'arrière-gorge et du larynx, mais aussi de la trachée et des grosses bronches. La pratique des pulvérisations représente donc surtout un traitement topique d'une certaine valeur. Aussi intervient-elle, comme celle des inhalations, dans les maladies de l'appareil respiratoire. Ses effets se font sentir particulièrement sur les sécrétions et sur les symptômes nerveux : elle calme la toux, la dyspnée, facilite l'expectoration et en change les caractères. Je dois encore citer, pour ne rien omettre, les irrigations faites avec les eaux minérales dans les fosses nasales par le procédé connu sous le nom de douche de Weber.

La cure interne, par ingestion, constitue le mode Cuie interne d'emploi le plus important des eaux minérales. Presque invariablement l'eau est prise en certaine quantité, en dehors des repas, à jeun. Les effets de cette pratique sont nécessairement sous la dépendance de divers facteurs dont les principaux sont : la quantité, la température, la constitution propre de l'eau ingérée.

Quand l'eau est fortement minéralisée, les malades prennent ainsi un médicament complexe, plus ou moins dilué. Nous aurons donc à décrire les effets particuliers produits par chaque eau de ce genre. Mais dans beaucoup de stations les eaux sont peu minéralisées, parfois même elles sont moins riches en principes fixes que les eaux potables. On a été ainsi conduit à distinguer dans la cure de boisson, des effets communs, pouvant être attribués à l'ingestion aqueuse et des effets particuliers relevant de la constitution propre de l'eau.

Sans attacher à cette distinction une importance exagérée, il est utile, au point de vue de l'étude physio-

logique des eaux minérales, de s'enquérir tout d'abord des cflets que peul produire l'ingestion à jeun d'une certaine quantité d'eau.

Nous aurons à tenir compte dans cet examen des deux facteurs — masse (quantité) et température — pouvant faire varier dans une notable mesure les effets produits. Malgré son apparente simplicité et le nombre considérable de recherches auxquelles elle a donné lieu, cette question est loin encore d'être résolue.

On admet que l'eau ingérée à jeun disparaît très rapidement de l'estomac : une partie serait absorbée et l'autre repoussée dans l'intestin. Quelle est la proportion absorbée ; avec quelle vitesse cette absorption se fait-elle ? C'est ce qu'on ne saurait dire pour l'homme sain. Mais ce sont des malades qu'on envoie aux eaux et chez ceux-ci la digestion de l'eau présente certainement des variations considérables. Les médecins doivent chercher à' s'en rendre compte et à s'inspirer des résultats de leur enquête sur ce point en faisant leurs prescriptions.

Ladigestion stomacale de l'eau nous paraît être réglée, d'une part, par les phénomènes d'osmose, de l'autre, par la manière dont fonctionne l'appareil musculaire de l'estomac.Lesconditionsrelativesà l'osmose, qui peuvent être supposées sensiblement fixes à l'état normal, sont sans doute très variables quand il existe des états pathologiques, accompagnes de modifications dans la structure de la muqueuse stomacale ou dans la constitution du sang. Nous sommes mieux renseignés sous le rapport de l'évacuation plus ou moins rapide du contenu stomacal. Nous pouvons, en effet, affirmer que certains estomacs se débarrassent avec une très grande rapidité de leur contenu liquide ou même solide, que

d'autres, au contraire, conservent pendant très longtemps tout aliment, même liquide.

Certains malades pourront donc ingérer de grandes quantités de boisson sans que leur estomac se distende, d'autres ne pourront digérer que péniblement, très lentement, des doses relativement minimes d'eau. Ces derniers sont des dilatés, chez lesquels il est en général très facile de reconnaître les conditions anormales du fonctionnement stomacal.

L'influence que 'peut avoir la température de l'eau sur la digestion est également mal précisée, bien qu'on admette que l'eau tiède ou plutôt un peu chaude soit mieux tolérée que l'eau froide.

Ce qu'il importe de bien retenir, c'est que, même dans les conditions les plus normales, l'eau pure provoque une certaine excitation glandulaire et, par suite, une véritable digestion. Celle-ci n'a encore été scientifiquement étudiée que chez le chien, dans le travail que nous avons fait, M. Winteret moi, sur le chimisme stomacal (Voy. Médication antidyspeptigue).

Les actes intra-stomacaux sont certainement modifiés quand on ajoute à l'eau ingérée une petite proportion de matières salines. D'après divers physiologistes, parmi lesquels j e citerai Béclard, il suffit de l'addition de 2 p . 1 00 de chlorure de sodium à de l'eau pure , pour qu'en raison des lois de l'osmose l'absorption en soit plus difficile. C'est à peu près tout ce que nous savons sur une question très intéressante et fort complexe, qui mériterait d'être étudiée en détail, car les eaux minérales représentent précisément une solution étendue de matières salines.

Or, de semblables solutions sont susceptibles de modifier à la fois les phénomènes osmotiques, le tra-

vail glandulaire et les actes moteurs, et ces modifications doivent dépendre de la proportion des matériaux dissous. Nous auronsà revenir sur ce point important à propos de l'étude des eaux en particulier.

Parvenue dans l'intestin, l'eau continue à être absorbée. Comme l'absorption intestinale marche avec une certaine lenteur, on peut avoir un effet laxatif ou purgatif lorsque la dose d'eau ingérée est suffisamment élevée, alors même que cette eau ne renferme pas trace de sel purgatif. A cet égard l'eau froide a plus d'action que l'eau tempérée. Mais l'eau un peu chaude peut également exciter la péristaltique intestinale. Dans quelques stations, dont les eaux sont faiblement minéralisées, les malades peuvent boire, sans éprouver d'indigestion, jusqu'à 2 à 3 litres dans l'espace d'une à deux heures.

Bouisson a prétendu que chez les animaux auxquels on fait boire une grande quantité d'eau, la veine porte devient turgescente. La dilution du sang par absorption aqueuse est admise aussi par Bôcker ; d'après cet auteur elle serait passagère, on n'en trouverait plus trace au bout d'un quart d'heure, même après l'ingestion d'une grande quantité d'eau. En cherchant à apprécier la dilution du sang par le dosage de l'hémoglobine fait avec un spectrophotomètre, Leichtenstern n'a pu parvenir à constater ce phénomène après l'ingestion d'une quantité plus ou moins grande d'eau. De ces recherches on peut conclure que le sang se débarrasse avec une grande rapidité de son excès d'eau. La décharge se fait surtout par la voie rénale. La diurèse à laquelle elle donne lieu varie un peu avec la température de l'eau ; elle est plus marquée quand celle-ci est chaude, en même temps qu'elle s'accompagne de diaphorèse. Elle

est aussi influencée par les conditions atmosphériques : un temps frais et humide Ui favorise ; un temps chaud et un air sec la font diminuer. Quand donc on veut obtenir le lavage des reins, on commet une faute en envoyant les malades faire leur cure à l'époque la plus chaude de l'année.

Le rein n'est pas seul chargé de l'élimination aqueuse. Au furet à mesure que l'eau pénètre dans le sang, elle d ffuse dans tout l'organisme et atteint probablement tous les éléments anatomiques. Elle peut donc modifier toutes les sécrétions et susciter des troubles de la nutrition.

Ferber, Mosler, Weyrich ont noté une augmentation des déperditions par la peau, plus marquée après l'ingestion d'une eau chaude que d'une eau froide. L'excitation de la sécrétion parotidienne a été signalée parLehmann; celle de la sécrétion pancréatique par Weinmann ; celle de la sécrétion biliaire par Bidder et Schmidt, Nasse, Arnold, Rôhrig.

Les recherches poursuivies relativement aux fluctuations de la pression sanguine ont donné lieu à des observations non concordantes. Ainsi l'ingestion d'eau chaude diminuerait, d'après Winternitz, la pression du sang; elle l'augmenterait, au contraire, d'après Kisch.

Rappelons que l'ingestion d'eau froide diminue la fréquence du pouls. Il s'agit ici d'un efl'et passager, ayant sans doute pour point de départ une influence sur les rameaux du pneunogas trique, car il est sensible avant que l'abaissement de la température consécutive au refroidisssement interne se soit produit.

L'eff'et le plus important de l'ingestion aqueuse se traduit par une perturbation assez notable des échanges

ilutrilifs. Cette action a été rendue sensible par les études faites sur les variations de la composition des urines et sur celles du poids corporel. Mais la question n'est pas facile à résoudre, car, jusqu'à présent, les résultats obtenus ont été assez irréguliers.

La plupart des premiers expérimentateurs ont trouvé une augmentation dans les pertes subies par les urines. Genth, Mosler, Becquerel, Chossat, Lehmann, Falk ont observé de la diurèse, en mêrne temps qu'une augmentation de l'urée, du chlorure de sodium, des acides phosphorique et sulfurique. De l'ensemble de ces recherches, il résulterait que l'absorption de 2 à 4 litres d'eau ferait monter d'environ un cinquième la proportion d'urée éliminée par les urines. Les observateurs plus récents ont presque toujours trouvé également une augmentation dans les pertes d'urée ou tout au moins de l'azote total. Debove et Flamant sont presque les seuls qui aient nié l'augmentation dans l'excrétion de l'urée.

Les médecins de stations qui ont opéré avec une eau faiblement minéralisée, Chiaïs et Bordet, à Evian, P. Bodet, à Vittel, ont signalé également une augmentation dans les excrétions azotée.

Cette augmentation dans les pertes azotées a été interprétée de diverses manières. Pour les uns, et entre autres pour J. Mayer, dont les expériences ont été faites sur des animaux, l'ingestion d'eau en excès produirait une sorte de lavage intra-organique, déterminant l'entraînement au dehors des déchets retenus dans les tissus. D'autres, comme A. Bobin, tout en reconnaissant l'action d'entraînement, admettent une augmentation des combustions. Cette opinion est assez vraisemblable, s'il est exact, comme l'a vu Bordet, que le poids du

corps diminue lorsque le régime reste identique, qu'il augmente, au contraire, lorsque l'appétit excité est largement satisfait.

Gentil avait annoncé que l'acide urique disparaît de l'urine à la suite de l'ingestion de grandes quantités d'eau, et maintes fois des médecins de stations se sont appuyés sur cette donnée. En reprenant l'étude de ce point, à l'aide du dosage de l'acide urique par le procédé de Salkowski, modifié par Fokker, R. Schôndorff n'a pu constater l'influence de l'ingestion d'eau sur l'élimination de l'acide urique.

Quoi qu'il en soit de ces quelques divergences, l'elîet général et commun de la cure interne ou de boisson parait être, en résumé, une excitation du renouvellement de la matière intra-organique.

A cette action commune, dont l'importance doit être considérée comme très grande par les tliérapeutistes, viennent s'ajouter des effets médicamenteux variables avec la constitution des diverses eaux minérales.

Dans les stations où l'eau est faiblement minéralisée, on obtient des résultats thérapeutiques en forçant les doses et en suscitant ainsi des modifications de la nutrition. Dans celles où les eaux possèdent des propriétés médicamenteuses, il survient, avec des doses plus faibles et parfois relativement très minimes, des effets thérapeutiques manifestes.

Aussi le mode d'emploi des eaux minérales est-il assez variable. Dans aucun cas le malade ne devra boire à sa guise ; rien n'est plus fréquent que les accidents dus chaque année aux abus commis par certains malades.

Les médecins des stations ont à tenir compte dans leurs prescriptions des qualités des eaux et des condi-

lions palhologiquos dans lesquelles se trouvent chaque patient. 11 est donc impossible d'énunnérer des règles fixes touchant la cure interne considérée en général. Tout au plus pourrons-nous vous présenter à cet égard quelques remarques.

Au point de vue des doses généralement prescrites, la pratique médicale s'est beaucoup modifiée dans ces dernières années. Les doses élevées, souvent prescrites autrefois, sont actuellement regardées comme dangereuses ou superflues; on se contente de doses moyennes. Comme elles se montrent suffisantes, quelques vieux praticiens pensent que les malades contemporains sont moins robustes et moins résistants que ceux des générations antérieures et qu'il leur faut des traitements plus doux,

La dose active est en moyenne de deux à quatre verres par jour. On prescrit au début une dose faible, qui est augmentée progressivement. Cette précaution est surtout indispensable quand les eaux sont très gazeuses et susceptibles de produire des symptômes d'ivresse.

Certaines eaux, faciles à digérer, faiblement minéralisées, peuvent exceptionnellement être tolérées à très hautes doses. Telles sont les eaux dites de lavage, au nombre desquelles on peut citer celles de Contrexéville, Vittel, Evian.

En général la boisson est prescrite par verrées.

11 serait donc assez important de se servir dans toutes les stations d'un verre typique, divisé d'après le système décimal. On doit regretter qu'une mesure aussi simple n'ait pas été adoptée depuis longtemps ; on aurait acquis ainsi des notions plus précises sur les effets deseauxetsur les doses auxquelles on peutles obtenir.

Un assez grand nombre d'eaux, minérales qu'on va boire au loin sont transportables. Cette particularité soulève une question de pratique importante, celle de savoir s'il est indispensable pour les malades d'aller boire les eaux en question à la source même; si, en d'autres termes, la cure ne pourrait pas se faire à domicile.

Nous avons à nous prononcer entre deux intérêts contraires, celui des Compagnies qui sollicitent l'emploi des eaux transportées, celui des médecins des stations qui n'existeraient même pas si les malades n'allaient pas prendre les eaux sur place. Les médecins veulent que les eaux, même dans les cas où l'analyse chimique montre que le transport ne les modifie pas, aient des propriétés spéciales quand elles sont prises à la source ; ils prétendent que la cure à domicile ne peut ressembler que de loin à la cure faite dans la station. Il ne faut pas se méfier de leur opinion parce qu'elle est intéressée. Cette opinion est parfaitement fondée, et je me déclare partisan convaincu de la cure sur place.

Mais je n'en rapporte pas l'avantage à des propriétés mystérieuses et indéterminées des eaux prises à la source, propriétés que la bouteille leur ferait perdre. Je vois intervenir dans la cure faite à la station un grand nombre de facteurs étrangers aux qualités des eaux, et j'attribue à ces facteurs, dits accessoires, une importance considérable.

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