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QUATRIÈME LEÇON

AGENTS THERMIQUES (SUITE)

Action réfrigérante définitive. Examen du second mécanisme physiologique mis en œuvre dans la lutte contre le froid : action de la réfrigération sur la thermogenèse et sur le système musculaire. — Continuation de la description des effets produits par les applica- I ions froides : modifications des sécrétions et des excrétions ; effets produits sur le système nerveux. — Effets déterminés par l'action mécanique de l'eau et de diverses pratiques.

III. Effets tardifs des applications froides : pseudo-fièvre hydrothérapique ; modilications de la nutrition générale. — Résultat général des pratiques hydrothérapiques. — Emploi de l'eau froide à l'intérieur.

Messieurs ,

Il résulte des faits exposés dans notre dernière leçon que toute application générale froide soustrait à l'organisme une certaine quantité de chaleur et que, malgré le pouvoir de réaction contre cette déperdition, la régulation thermique est finalement vaincue, puisqu'en définitive on observe un léger abaissement de la température centrale.

Nous avons vu également que le premier acte de lutte contre le froid consiste dans la mise en œuvre du mécanisme réflexe qui a pour but, en restreignant l'afflux du sang à la périphérie de sauvegarder l'économie contre une déperdition de calorique trop rapide et trop intense.

L'importance de ce mécanisme est à ce point considé-

G. Hayem. — V. 4

Second mécanisme prenant part

à la lutte contre le froid.

Variations dans les combustions respiratoires.

50 LEÇONS DE TIIÉR.^PEUTIQUE.

rable que divers physiologistes et médecins pensent qu'à lui seul il est capable d^expliquer tous les faits observés.

Nous verrons que chez l'homme il paraît avoir une part prépondérante, sinon exclusive, dans la lutte contre le refroidissement extérieur. Mais les troubles dans la répartition du sang ne paraissent pas être seuls en cause et, en tout cas, on s'est demandé depuis longtemps s'il ne survenait pas, à titre en quelque sorte de processus de renfort, une modification dans les combustions intra-organiques.

L'étude de cette question a donné lieu à un très grand nombre d'observations et d'expériences qui ne doivent pas nous laisser indifférents. Les auteurs, qui à propos de la fièvre et de la lutte contre les procédés de réfrigération, ont fait intervenir, tout au moins pour une certaine part, les variations dans la production de chaleur, c'est-à-dire dans les échanges intra-organiques, ont poursuivi leurs recherches à faide de deux méthodes distinctes (Voy. Médication antiptjrétique).

Les uns ont calculé directement les pertes de chaleur subies par l'organisme dans diverses conditions à l'aide des procédés calorimétriques. Les autres ont employé la méthode indirecte, qui consiste à mesurer les produits de la combustion.

Les procédés calorimétriques exposent à des erreurs nombreuses, bien que d'Arsonval soit parvenu, à l'aide de la calorimétrie totale, à perfectionner considérablement ce genre d'études. La méthode indirecte n'est pas, non plus, à l'abri de tout reproche. Cependant c'est elle qui a été choisie par les physiologistes les plus compétents.

Ceux-ci ont pensé que, pour trancher la question, on

AGENTS TEIERMIQUES. 5J

pouvait s'en tenir à la mesure des combustions respiratoires, c'est-à-dire de la consommation d'oxygène et de l'excrétion de l'acide carbonique. On n'obtient ainsi qu'une fraction des produits de combustion; mais cette fraction est, de beaucoup, la plus importante et celle dont la mesure peut le plus aisément se faire dans des conditions variées.

Les premières recherches, qui remontent à Crawford, à la fin du siècle dernier, ont été continuées par un grand nombre d'expérimentateurs.

Dès les premiers travaux sur ce point, on a reconnu que, chez les animaux à sang chaud, le froid amène une augmentation dans la consommation d'oxygène.

Plus tard, la plupart des recherches furent confîrmatives des premières ; quelques-unes, en petit nombre seulement, aboutirent à des résultats contradictoires.

Parmi les expériences les plus récentes, celles que Fredericq a poursuivies sur lui-même peuvent être citées comme offrant de sérieuses garanties. Elles ont été exécutées avec un appareil analogue à celui de Uegnault et Reiset. L'action frigorifique a été obtenue simplement par la mise à nu du corps, et un certain nombre d'expériences d'essai ont permis de tenir compte des fluctuations dues à diverses causes, notamment à l'action des repas.

L'auteur a trouvé constamment une augmentation dans la consommation d'oxygène en rapport avec l'intensité du froid, ou mieux avec celle de la sensation subjective de froid à la périphérie du corps.

L'action attribuable au froid est presque nulle pendant le cours de la digestion, en raison de la grande production de chaleur due au travail des glandes, etc. A jeun, la production de chaleur est, au contraire,

insuffisanle, et, si l'on reste immobile, la température interne s'abaisse.

Fredericq fit sur le lapin des expériences analogues à l'aide d'un appareil spécial. Les résultats qu'il en obtint furent semblables. La projection d'eau froide sur le corps amène une augmentation dans la consommation d'oxygène et dans l'excrétion de l'acide carbonique. C'est l'inverse de ce qui se passe chez les animaux à sang froid.

Depuis la publication des recherches de Fredericq. quelques autres travaux sont venus confirmer les conclusions que nous venons d'énoncer. Disons, toutefois que d'après A. Lœwy et aussi N. Zuntz, l'augmentation de la thermogenèse sous l'influence du froid ne se montre pas toujours chez l'homme d'une manière constante. La peau paraît être, chez lui, l'instrument principal et parfois unique de la régulation thermique.

Quoi qu'il en soit, il existe chez l'homme et chez tous les^nimaux à sang chaud, un appareil de régulation thermique modifiant la thermogenèse et pouvant intervenir au moins dans certaines conditions.

L'existence de cet appareil, appartenant en propre aux animaux à température dite constante, est aujourd'hui absolument démontrée. Il possède des centres situés entre la moelle épinière et le cerveau, dont l'action tonique entretient l'énergie des combustions interstitielles.

Vous savez, en eiïet, qu'en pratiquant une section de la moelle épinière près du bulbe, on détermine un refroidissement progressif qui transforme en quelque sorte les animaux opérés en animaux à sang froid.

L'excitation de ces centres par piqûre (Hcidenhain)

AGENTS THERMIQUES. 53

OU à l'aide de l'éleclrisation (Fredericq) accroît l'intensité des combustions interstitielles.

Ajoutons encore que la mise en activité de ces centres se fait par voie réflexe et non d'une manière automatique.

Quelques-unes des expériences faites par Fredericq ne laissent aucun doute sur ce point. Ainsi l'inspiration d'air froid, de même que la déglutition de glace amènent un refroidissement interne suivi d'une diminution dans les combustions.

Celles-ci ne peuvent être augmentées que lorsque l'action frigorifique porte sur les nerfs sensibles de la peau. Le mécanisme est donc réflexe, de même que celui qui règle, par action vaso-motrice, la répartition du sang.

Le siège de l'augmentation des combustions est dans Manifesta-

1 1 r\ 1 ' j tions du côté

les muscles. On en a donne de nombreuses preuves, ^es muscles. Aussi le froid donne-t-il lieu à des manifestations importantes dans le système musculaire.

Les applications froides localisées produisent une exagération de l'état tonique des masses musculaires, non seulement m situ^ mais aussi à distance et dans la profondeur.

Dans le cours des grandes applications, telles que le bain et la douche, on voit se produire du frisson, puis des grelottements avec claquement des dents et enfin un tremblement plus ou moins intense.

Le bain froid donné avec de l'eau à la température de 25 à 20" détermine, en général, un premier frisson immédiat, peu intense, une sorte de frissonnement; puis, après une certaine détente et au bout d'un temps variable suivant diverses circonstances et notamment suivant la température du bain, on voit survenir un

second frisson plus intense, plus général, dégénérant bientôt en tremblement et indiquant un commencement de danger. Aussi doit-on suspendre Tapplication froide, bain ou douche, avant l'apparition ou tout au moins dès le début de ce second frisson.

Après un bain très froid ou suffisamment prolongé le frissonnement continue encore pendant un certain temps.

D'après les expériences d'A. Lœwy et de N. Zunl/,, dont nous parlions plus haut, l'augmentation dans la consommation d'oxygène serait subordonnée à ces manifestations du côté du système musculaire. Lorsque les applications froides auxquelles étaient soumis les individus sur lesquels ces expériences ont été exécutées, n'étaient ni trop intenses, ni trop prolongées, quelques sujets parvenaient à rester immobiles, non grelottants et, dans ces cas, la consommation d'oxygène n'était pas accrue. Speck avait d'ailleurs déjà signalé la subordination de l'augmentation dans la consommation d'oxygène à la production de mouvements volontaires.

Dans les circonstances où les applications modérément froides peuvent être supportées sans qu'il se produise un accroissement des combustions respiratoires, l'abaissement de la température centrale fait défaut ou reste très faible. La régulation thermique ayant pour siège le réseau cutané est donc alors parfaite ou presque parfaite. Vous remarquerez qu'en vertu des lois physiques, il y a toujours inévitablement soustraction de calorique et vous devrez en conclure que les fluctuations de la répartition sanguine dans la peau peuvent avoir pour résultat non seulement de restreindre les déperditions de chaleur, mais encore de déterminer

AGENTS THERMIQUES. 5b

une certaine rétention de calorique à laquelle on doit rapporter l'élévation initiale de la température centrale, en l'absence d'un accroissement sensible dans les oxydations.

En résumé, la lutte contre le froid est assurée chez l'homme, comme chez les autres animaux à température constante, à la fois par la diminution des pertes de chaleur se faisant au niveau delà peau et par l'augmentation dans la production de chaleur.

Chez l'homme dont la peau est nue et dont la sensibilité cutanée est très vive, le mécanisme le plus important est celui de la restriction des pertes par la peau. 11 paraît intervenir seul dans certaines circonstances.

Le retentissement de l'action réflexe sur les muscles, suscitée par le froid, n'a pas lieu seulement sur les muscles du squelette. Il est intéressant pour la pratique de savoir qu'il s'étend également sur les muscles animés par les moteurs sympathiques.

L'application de compresses froides sur le ventre ou bien encore l'administration d'une douche hypogastrique déterminent la contraction de la vessie. De même un bain de pied froid fait contracter l'utérus.

11 nous reste encore pour compléter notre description des phénomènes produits par les applications froides, à indiquer diverses modifications fonctionnelles se montrant pendant et après le cours des applications.

L'action du froid sur les fonctions cutanées proprement dites, c'est-à-dire sur la production de la sueur et sur la perspiration, sont encore peu connues. D'après Rôhrig la perspiration cutanée serait diminuée par l'abaissement de la température de la peau. Mais il est possible qu'elle soit plus tard augmentée après le retour

Eiïets sur les

muscles à fibres lisses.

Sur les fonctions de la peau.

Sur les sécrétions

système nerveux.

du sang et de k chaleur. Nous manquons de renseignements sur ce dernier point.

Quant à la sueur, il paraît bien établi que les applications froides ont pour ellet d'en modérer la sécrétion. Dans les mômes conditions on observe, au contraire, de la diurèse, qu'il ne 'faut pas confondre avec l'évacuation mécanique de la vessie par contraction réflexe.

L'augmentation de la quantité des urines produite par le froid, empiriquement reconnue, a été étudiée expérimentalement par Koloman Miiller, dans le laboratoire de Cl. Bernard, et rapportée par cet observateur à la fluxion rénale. Elle se manifeste dix minutes après l'application et donne lieu à une émission d'urine qui renferme parfois une petite quantité d'albumine. Les pratiques hydrothérapiques sont d'ailleurs au nombre des conditions capables d'exagérer l'albuminurie dite physiologique.

Le froid détermine également une augmentation des sécrétions intestinales. Toutefois l'effet anticonstipant des applications froides peut s'expliquer au moins aussi bien par la production d'une contraction réflexe de l'intestin que par l'augmentation de la sécrétion des glandes intestinales.

Sur le Enfin, je dois encore attirer votre attention sur les

effets qui se font sentir du côté du système nerveux central. Les applications générales froides soumettent ce système à une sorte de choc, de coup brusque, qui a pour résultat une action sthénique (Voy. Médication sthénique).

Dans la pratique on rencontre à l'égard des réactions nerveuses des différences individuelles notables dont il faut tenir compte afin de diriger les procédés en vue

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du relèvement des forces. La règle est d'éviter toute sensation de fatigue.

Les bains froids courts, la douche froide, les affusions froides sont suivis généralement d'une action tonique, rafraîchissante, se traduisant par un sentiment de bien-être général, par un certain besoin d'exercice musculaire, par une disposition plus grande au travail intellectuel et enfin par une augmentation de l'appétit. La prolongation de la période d'application de ces divers moyens de réfrigération entraîne, au contraire, de la fatigue ou même de la courbature.

Nous pouvons maintenant vous présenter le tableau résumant la seconde partie de notre description.

Effets consécutifs aux applications froides.

T.. , \ Dilatation périphérique; décons^estion pro-

Repartilion du sang, j ^^^^ç. ^ ^ ^ ' o ^

Pression sanguine. . . | Abaissement lent, graduel.

Cœur { Ralentissement, retour graduel à la normale.

i Élévation à la périphérie, abaissement dans les parties centrales, puis retour à la normale.

Système nerveux { Action rafraichissanle et slhénique.

L'action réfrigérante est souvent combinée avec une action mécanique dont nous devons connaître les effets. Cette question a été particulièrement bien étudiée par Winternitz.

L'action mécanique peut provenir de l'agent thermique lui-même (pression de l'eau) ou de certaines pratiques auxquelles nous avons déjà eu l'occasion de faire allusion : frictions, massage; etc.

La pression de l'eau, qu'on peut faire varier avec les appareils, n'est pas exactement mesurable, car elle

Efi'ets des moyens mécaniques.

Pression ; percussion.

dépend de conditions multiples qui se modilient à chaque instant dans le cours d'une opération. Mais on la gradue empiriquement avec une exactitude suffisante pour la pratique à l'aide de dispositifs que nous indiquerons. Elle rend les mouvements musculaires plus difficiles et par conséquent peut gêner la respiration au moment où l'application a lieu sur la partie supérieure du tronc.

En refoulant mécaniquement le sang contenu dans la peau, elle con tribue à la production de l'anémie cutanée, mais rend plus facile la vaso-dilatation postopératoire. Ce genre d'effet, qui resterait superficiel si l'eau n'était pas animée de mouvement, s'étend dans la profondeur, grâce à une sorte de massage des masses musculaires, d'autant plus actif que le jet est plus large et la pression plus élevée. Aussi l'emploi de fortes pressions et du jet non brisé est-il suivi de fatigue et de courbature, même lorsque l'application a été de courte durée.

L'action mécanique de l'eau entraîne, comme celle des révulsifs, une contraction des vaisseaux qui ne tarde pas à être suivie d'une vaso-dilatation. Elle facilite ainsi la production des phénomènes consécutifs, post-opératoires, en même temps qu'elle rend plus profond et plus intense l'effet déterminé parle moyen utilisé sur la nutrition locale, en favorisant l'accélération du cours du sang et des humeurs ainsi que les phénomènes d'osmose et d'exosmose.

Les frictions exercent sur la répartition du sang et sur les fonctions cutanées une influence que j'ai déjà signalée et sur laquelle il est nécessaire de revenir ici.

Diverses expériences ont fait voir qu elles augmentent, dans une proportion considérable, la déperdition

AGENTS THERMIQUES, S9

d'eau par la peau. D'après Weirich l'augmenlatioii, à cet égard, s'élèverait pour des frictions légères de 30 p. 100.

L'effet des frictions consiste surtout à faciliter la déperdition de chaleur. On a cherché à le mesurer en se servant de la calorimétrie partielle. Dans un travail récent, Popischil a trouvé que les frictions humides et froides, limitées à une région, peuvent augmenter la perte de chaleur de 80 p. 100, et que les douches froides, suivies d'exercice augmentent cette même perte de 67 p. 100.

Bien que l'exactitude de ces estimations puisse être contestée, ces résultats sont en somme confirmatifs de ceux dont il a été question à propos de la réaction hydrothérapique.

Les observations faites par Liebermeister et par Winternitz, sur des malades, montrent l'importance pratique qui s'attache à l'intervention des facteurs mécaniques, en particulier en ce qui concerne la médication antipyrétique.

Le bain d'air combiné avec une friction faite avec de l'eau à 10" élève la température de l'aisselle et fait baisser la température centrale (Winternitz).

Lorsque les frictions sont faites avec une énergie suffisante, elles empêchent l'apparition des frissons tout en augmentant l'abaissement de la température centrale. Elles jouent donc un rôle important lorsqu'il s'agit de soustraire une grande quantité de calorique et de faciliter par suite l'action antithermique. C'est ainsi que dans le bain froid Liebermeister a observé, toutes choses égales d'ailleurs (température du bain et durée), une grande variabilité dans l'intensité de la réfrigération, suivant qu'on faisait intervenir ou non

froides.

les frictions. Celles-ci peuvent la rendre excessive. Eiiets éloignés Pour achever l'étude des applications froides, nous

des ,

applications devous eucorc prendre connaissance des effets tardifs qui se montrent à une époque plus ou moins éloignée des applications, et résultent surtout d'une sorte d'accumulation d'effets plus directs, par suite de la répétition des moyens employés. Ces effets ne sont guère connus que par l'observation des malades; ils échajj peut à peu près entièrement à l'étude expérimentale. Ils n'en présentent pas moins un grand intérêt pratique, car ce sont, en somme, ces effets tardifs que nous nous proposons d'obtenir à l'aide de la cure.

Parmi eux, on compte des modifications dans la température qui peuvent constituer un des inconvénients de l'emploi des procédés de réfrigération. A la soustraction de chaleur suivie d'abaissement de la température centrale succède parfois, comme effet tardif, une augmentation de la température. Au lieu de revenir à son point central, celle-ci le dépasse d'une certaine proportion.

Ce fait d'exagération de la température par c mpensation, qui constitue ce qu'on a nommé parfois la contreréaction, est la règle chez les fébricitants soumis à la balnéation froide. D'après Jiirgensen et Winternitz il peut s'observer également chez les non-fébricitants soumis au bain froid. Son apparition parait dépendre de circonstances diverses, individuelles ou extérieures.

Il est beaucoup plus rare de l'observer après l'application des procédés hydrothérapiques proprement dits. Mais divers médecins ont noté parfois, dans le cours des cures hydrothérapiques, le développement d'un état pseudo-fébrile, sorte de crise passagère se terminant par des sueurs abondantes et une éruption furon-

AGENTS THERMIQUES. 61

ciileuse et offrant une certaine analogie avec les crises dites thermales. Autrefois cette crise était considérée parles hydropathes comme salutaire et on cherchait à la provoquer. Elle ne se montre guère qu'à la suite d'un usage abusif, trop fréquemment renouvelé des pratiques hydrothérapiques, et les pratiques actuelles, en général modérées, plus pondérées, la suscitent rarement.

Les effets tardifs les plus importants sont ceux qui impressionnent la nutrition générale.

Nous avons vu que la réfrigération tend à accroître la consommation des matières hydro-carbonées au sein des masses musculaires. Cette action est passagère et même inconstante et si les expérimentateurs ont eu tant de peine à la mettre en évidence, cela tient en réalité à l'infériorité du froid à cet égard sur les autres causes capables de modifier les échanges, telles que les exercices, l'alimentation etc. (Voit, Fredericq, etc.). Cependant les cures hydrothérapiques paraissent pouvoir agir également sur l'oxydation des matières albuminoïdes et par suite amener un changement dans la composition des urines.

Kirejeff o signalé l'augmentation de l'excrétion de l'urée, de l'acide urique et des chlorures. D'autres ont trouvé une diminution de l'acide urique et des phosphates. En tout cas, de ce côté également, les variations observées paraissent inconstantes et peu marquées.

Et, cependant, le poids des malades indique généralement que la nutrition est notablement influencée. Amsi le plus souvent ce poids augmente. Ce résultat s'observerait, d'après Winternitz, dans 56 p. 100 des cas. Il ne cadre pas, vous le voyez, avec l'hypothèse d'une désassimilation exagérée. Mais il faut faire ob-

server qu'il concerne des malades non soumis à un régime identique et invariable et qu'il est dû, en conséquence, au relèvement de l'appétit ainsi qu'à l'excitation de la plupart des fonctions capables d'assurer une meilleure nutrition générale. .

En définitive, la cure hydrothérapique, sagement conduite, est favorable au rétablissement de l'équilibre des grandes fonctions, et elle se traduit par un effet s thé ni que.

Dans les établissements, la plupart des pensionnaires ne tardent pas à prendre bonne mine et à se faire remarquer par leur entrain et par leur disposition aux exercices du corps. Le plus souvent avec l'amélioration de l'état des forces coïncide une régularisation du sommeil qui devient plus profond et plus réparateur.

Un des bénéfices éloignés de la cure, qui mérite encore d'être signalé, consiste en une diminution de la sensibilité au froid. Il est probable qu'il existe d'assez grandes différences individuelles dans la déperdition de chaleur par la peau. En l'absence de recherches sur ce point, qui ne manque cependant pas d'intérêt, nous pouvons nous rendre compte de ces différences par la variabilité de la sensation que nous éprouvons au contact de la peau de personnes diverses. Certaines personnes ont une peau fraîche, froide même ; ce sont en général, des gens un peu gras ou obèses. D'autres, presque toujours plus ou moins maigres, ont la peau chaude.

Dans le premier cas, les pratiques hydrothérapiques ont, sans doute, pour effet d'augmenter les déperditions de chaleur en activant d'une manière plus ou moins durable la circulation cutanée languissante. Elles peuvent alors contribuer à faire maigrir et de-

AGENTS THERMIQUES. 63

viennent ainsi un des moyens de la médication de l'obésité.

Chez les autres, au contraire, elles peuvent avoir pour effet définitif de restreindre les déperditions de chaleur en renforçant l'état tonique des vaisseaux cutanés et consécutivement d'amener une modification des combustions intra-organiques. L'hydrothérapie devient alors un agent d'engraissement.

En tout cas, quoi qu'il en soit de ces hypothèses, on indications

. . , ,i , 1 11 -1 générales.

peut considérer les excitations répétées de 1 appareil de la régulation thermique comme étant capables de modifier d'une manière avantageuse les vices de la nutrition générale. Pour obtenir un pareil effet thérapeutique il est nécessaire que les appareils cardiaque et vasculaire, respiratoire, digestif aient une certaine vigueur. Les applications froides conviennent donc surtout aux individus encore jeunes ayant une certaine force de réaction nerveuse et des organes peu altérés. Elles ne peuvent être utilisées que sous les formes les plus douces et avec une grande circonspection chez les malades dont les tissus du cœur ou des vaisseaux sont déjà dégénérés ; chez ceux aussi dont la nutrition est trop restreinte, le système nerveux trop affaibli et qui ne pourraientpasluttercontreles déperditions de calorique. De ce nombre sont les vieillards, les enfants tout jeunes, les grands anémiques et certains neurasthéniques.

Le froid est encore utilisé à l'intérieur. On peut faire Emploi boire de l'eau froide pendant le cours même des appli- ,^ nntérieur. cations externes ou en dehors d'elles. Parfois aussi, on emploie, dans divers buts, les injections rectales froides .

Plus tard nous aurons l'occasion d'étudier, à propos des eaux minérales, l'action des boissons prises à jeun. Nous n'avons à nous occuper que de la réfrigération

inlcrne produite par l'injection d'eau froide ou fraîche. Lichtenfels, Frohlich, Liebermeister, Wintcrnitz nous ont donné sur ce point quelques renseignements. D'après ce dernier observateur l'injection d'un demilitre d'eau à 8" fait tomber la température de l'estomac à 35°. Au bout d'une demi-heure la température de ce viscère est encore de 0°,6 au-dessous de la température initiale. Celle-ci n'est regagnée qu'au bout de trois heures. En même temps la température s'abaisse dans l'aisselle et dans le rectum, et le pouls se ralentit. D'après le même auteur, une injection rectale d'un litre d'eau froide abaisse aussi de près de i" (0°,9) la température de l'estomac; celle du rectum fléchit de 1% 5. Dans ces expériences les tracés sphygmographiques indiquèrent une augmentation de la tension artérielle.

Rappelons ici que, d'après les expériences de Fredericq, déjà citées précédemment, le refroidissement interne produit par l'inspiration d'air refroidi ou par l'ingestion de glace, s'accompagne d'une diminution des combustions respiratoires.

Certains médecins^ parmi lesquels je citerai Foltz (de Strasbourg), ont employé les injections rectales froides comme procédé de réfrigération. Vous voyez que le mode d'action de cette pratique diffère notablement de celui des applications externes.

Ajoutons que les lavements froids agissent, en outre, sur la sécrétion biliaire. Bidder et Schmidt, Nasse, Lehmann, Krull, Rohrig ont observé une augmentation de cette sécrétion qui est peut-être simplement due à l'excitation réflexe des contractions de la vésicule. En tout cas, c'est en raison de cet effet que ces injections rectales ont été préconisées dans le traitement de l'ictère catarrhal.

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