‹ Lecons de therapeutique generale et de pharmacodynamieChapitre 22 sur 46 · C. — Le MÉnKciN" cherche a obtenir simultaxé · texte numérisé non relu

C. — Le MÉnKciN" cherche a obtenir simultaxé

MENT PLUSIEUns KFFRTS DIFFÉRENTS EN ASSOCIA.NT DES AGENTS MÉDICAMENTEUX ÉG-VLEMENT DIFFÉRENTS.

C'est ce qu'où entend par polypharmacie , en oppo* sition aux monopharmaques. lesquels professent qn'on ne doit jamais prescrire plus d'une substince active dans une seule formule ; ou tout au moins , qu'une ordonnance doit toujours être dominée par un ageol principal.

Cette question, de la formule simple et de lafar' mule complexe en pharmacodynamie, est assez ira* portante pour que nous lui consacrions les développements suivants publi's; par nous dans la Gazel£f Nt^ dicale de Bordeaux I.; 20 septembre 1873.

< Nous sommes loin, grâce à Dieu, du temps4

. du temps4ta

rempirisme traditionnel composait des remèdes. En ce temps, qui constitue Tàge héroïque dans la tradition thérapeutique, ou préconisait des préparations dont une seule ne renfermait pas moins de 80 substances associées péle-raéle et sans aucun discernement. Elles s'annulaient cliuiquement, se décomposaient, se précipitaient, n'importe ! on les associait. Les anciennes formules de la thériaque et du diascordium, celles de nombre d'électuaires sont à ce sujet aussi édifiantes que possible. C'est là, nous n'avons pas de peine à l'avouer, une polypharmacie ridicule; on l'a délaissée justement, à mesure que la physiologie expérimentale et la chimie médicale ont progressé.

ifais n'est-ce pas tomber dans un excès conti'aire que proclamer comme un principe qu'une bonne préparation médicinale ne doit renfermer qu'un seul élé*^ ment actif?

Tel est aujourd'hui en France, pour beaucoup de cliniciens le principe fondamental en thérapeutique appliquée : a On ne doit chercher à combattre que la dominante d'une maladie , en s'adressant non pas à un élément morbide imaginaire en tant qu'étranger à l'organisme , mais à cet organisme lui-môme. Et comme cet organisme vivant ne cesse pas d'être régi par Tunité physiologique qui constitue l'idiosyncrasie de chaque sujet, de même l'agent de médication doit être simple et un. C'est cette thérapeutique conunode qu'on oppose à la polypharmacie ; nous l'appellerons par opposition : la monopharmacie.

Beaucoup de chimistes distingués s'en font les promoteurs décidés. Ils nous paraissent exagérer ainsi la réaction légitime que Fourcroy commençait dès 1785

Traité de Vart de connaître et d'employer les médica^

meals) contre la polypliarmacic. Les éludes de Pinel, Schwilgiio, Bichat, les hardies généralisations de Broussais , de J.-L. Petit , de Louis , poussèrent encore les esprits dans cette voie. Il n'y a guère plus d'une année qu'une des illustrations scientitî<iues de la cliimie médicale et pharmaceutique en France, M. Mialhe, alore président de la Société de Thérapeutique de Paris, s'exprimait ainsi : « I/expérience clinique et le raison- » nement ont fait justice dj la majorité des compositions

» pharmaceutiques et quant à celles qui sont restées

» dans nos formulaires, grâce aux agents médicamen- » teux inaltérables qu'elles renferment, tels que les » alcalis organiques, il est permis de penser qu'elles » en disparaîtront tôt ou tard. » (Coup-d'œil sur le passé et l'avenir de la Pharmacie et de la Tliérapeuti'' que, — Gazette yiédicalc de Paris, numéro du 10 mars 1873).

Nous allons voir, Messieurs, qu'un pareil langage est trop absolu.

Existe A-il OÏL non des cas pathologiques nombreux qu'il convient de combattre par des prescriptions associant deux ou plusieurs substances actives indépendantes, et non syHcr(ryi(7M<?s? Telle est la question. Nous répondions : Oui.

Les promoteui's de l'opinion contraire app«urtiennent surtout à deux clîisses de savants.

Il y a d'abord les physiologistes vivisecteurs, qui ne reconnaissent aucune différence entre la lésion fonctionnelle résultant de la maladie et les symptômes ana* logues provoqués par la vivisection sur l'animal sain. Ceux-là repoussent absolument la multiplicité des éléments pathologiques dans un seul état morbide. Dèslors, en thérapeutique, s'ils consentent à une médica-

lion, ils la veulent une et simple, comme la cause prochaine du mal Ils s'abstiennent donc de formuler ou prescrivent un agent unique. La plupart du temps, ils finissent, comme Magendie, par nier la médecine.

Il y a encore les chimistes qui ne reconnaissent de la valeur à une préparation médicinale qu'autant qu'elle répond chimiquement à une formule irréprochable au point de vue du groupement des atomes et des affinités. Ils ont raison tant qu'ils se tiennent sur le terrain des substances incompatibles. Mais ils s'exposent à être contredits par les résultats cliniques quand ils se hasardent à nous prédire dans les profondeurs de l'organisme des opérations intimes qu'ils ne peuvent pas contrôler. A ceux-là, ne parlez pas d'unir le quinquina au kermès, association si souvent utilisée ; il vous répondront par les réactions du tannin, du quinquina sur l'oxy-sulfure d'antimoine du kermès. En vain le malade s'en trouve-t-il au mieux, le remède prescrit n'est qu'un v^acma^ et le prescripteur un polypharmaque.

Certes, l'expérimentation physiologique est la source la plus féconde de l'initiative thérapeutique II n'en est pas moins vrai qu^un physiologiste qui n'est que vinsecteur, est un médecin traitant généralement pitoyable.

Non moins incontestablement, la chimie pharmacodynamique rend de grands services à la médecine. Sans elle , nous ne saurions pas, par exemple, que tandis que Vamygdaline et l'émulsine , deux principes de l'amande amère^ ingérées séparément dans Testomac sont inoffensives ; réunies, elles génèrent de Facide prussique. Sans la chimie organique, on ne comprendrait pas comment l'addition d'un vinaigre très-acide, n'augmente pas, et même annule l'eiïet d'un sinapisme.

î^a chimio nous enscijçne que racidc acétique coagule la niyrosine, et s'oppose ainsi à la production du sulfocyanure d'allyle ou essence de moutarde, principe actif du sinapisme.

Tout cela est vrai, et cependant, ni les physiologistes, ni les chimistes, ne i)euvent suppléer à roljservalion clinique qu'ils servent, mais ne commandent pas.

C'est anisi ([ue M. Marchand (de Fécamp), s'évertue en vain à prouver chimi([ueiiifnt que les amateurs de café au lait mangtîut de la s()U[)e au cuir tanné, parce que le tannin «lu café se c()nd)ine avec la caséine du lait [)our former <lu cuir. Ou lui répond par des milliers d'observations [irouvant en général la parfaite digestibiUté du produit inciimiiié.

En réalité, le praticien pourra toujours démontrer au chimiste, (pui l'esloinac di» riioinmi^ est autre chose qu'une simple cornue ; au physiologiste, que le traumatisme provoqué sur l'animal sain, est autre chose que h; syndn^rïie analogue éclatant sur l'homme malade.

II faut donc, en thérapeutique, tout en mettant à profit les données de la chimie et de la physiologie, subordonner leur enseignemcînt à celui de l'observation clinique.

Or, l'observation clinique démontre que Tassociation de plusieurs ynédicaments actifs^ à propriétés trùsindépendantes, dans une même préparation médicinale, est souvent trés-indiquée.

Et par médicaments actifs, je n'entends pas pailer des substances adjuvantes, synergiques ou correctives qu'on réunit souvent dans une seule ordonnance. L'alcoolat de mélisse associé à l'eau destillée de mentlie, ne constitutî en réalité qu'un seul principe actif, dont

rexpressioii est la stimulation diffusible. Il y a ici simple adjuvance. De même, la teinture de Jalap unie à la scammonée et à l'aloès, n'exprime sous l'espèce de trois synergiques, qu'une seule action purgative hydragogue. Nous comprenons par ces mots : association de médicamcnls actifSj des substances qui portent leur action sur des systèmes organiques ou des éléments anatomiques distincts, avec des effets qui leur sont propres.

Citons des exemples :

Un malade est simplement atteint d'une fièvre continue légère avec anémie, l'action Ionique de Texlrait de quinquina suffira à sa reconstitution. Mais si cette fièvre se complique bientôt de redoublement périodique avec congestion hypostatique, il importera d'asîjocier au quinquina le sulfate de quinine, dont les ertets sur l'innervation vaso-motrice et sur les fonctions de la moelle sont absolument distincts de ceux du quinquina. Enfin, cette fièvre continue-rémittente se transforme-t-ôlle en une affection grave des centres nerveux, avec délire, ataxie et adynamie? en un mot, les trouve-t-on en présence d'une évolution typhique compliquée de pneumonie et de pseudo-meningite? l'adjonction du musc au quinquina et à la quinine, comme tonique coordinateur et stimulant do l'innervation spinale, produira des effets certains. Chaque jour, dans les hôpitaux, nous en faisons l'expérience clinique; selon qu'on retranche la quinirhî ou le musc, on voit reparaître l'intermittence et les troubles de décoordination des mouvements, aussi longtemps que dure la période pyrétique ataxo-adynamique. Dans resi)èce, on s'explique parfaitement comment, tandis que l'extrait de quinquina agit simplement comme tonique modérant les combustions hvdrocaiburées et ralentissant la

(lésassiinilation, le sulfate de quinine porte son action spéciale sur rinnervation vaso-motrice et médullaire, et le musc, enfin, emprunte à ses propriétés nidoriennes de fragrance extrême, le pouvoir de stimuler les fonctions d'innervation de la vie volontaire. Ainsi, trois ordres de fonctions physiologiques, celles de nutrition, celles d'innervation vaso-motrice et celles d'incitation médullaire, sont mises en jeu simultanétnmt par une seule médication. Nous en avons fait souvent l'expérience à l'hôpital, en présence des élèves et au lit des malades, à chaque fois que nous avons supprimé ou restitué l'un des agents, on a vu disparaître ou réapparaître le symptôme comhattu.

L'atropine associée au sulfate de zinc dans des ophthalmies complexes , où il importa'! à la fois de combattre l'atrésie pupillaire et de décongestionner les capillaires sanguins , donne souvent d'excellents eiïets dans la conjonctivite purulente, par exemple. Parmi les linimenls, il est étabU que le chloroforme qui «igit connue anesthésique , s'associe très avantageusement au laudanum stupéfiant et à l'huile de juscjuiame qui agit comme résolutif fondant et lénitif. Qui ne connaît encore les excellents elfels de la potion dite de Bossut, contre l'asthme suffocant avec complication de bronchite emphysémateuse? Là, le polygahi, la lobélie enflée, l'iodure de potassium et la teinture ammoniacale d'opium sont associés; et rien ne peut remplacer ce mélange. Le polygala agit comme stimulant (le la sécrétion bronchique, la lobélie, à lu manière dudatura, comme parésiant fexcitation convulsive du pneumo-gastrique, l'iodure de potassium comme fondant, et la teinture ammoniacale d'opium, connne ngpnt <!<> dilhision et d«* sédation anodine.

— :ajô —

La cliimie pure fait des objections à l'association du kermès avec le quinquina dans une même potion. On objecte que le tannin du quina précipitera l'oxyde antimouial. Quel praticien ne sait cependant que dans la bronchite capillaire notamment , Tassociation de ces deux principes est précieuse? En effet, ici, non-seulement loxysulfure d'antimoine hydraté est mieux toléré grâce au quinquina, mais la dépression des forces qui est le propre des agents antimoniaux , est compensée par le coefficent tonique du quinquina..

Nous pourrions multiplier ces exemples et les étendre ; dire notamment comment nous sommes arrivé depuis neuf ans , à faire constamment tolérer dans les salles de THôpital Saint-André, l'huile de foie de morue blonde en l'associant à une quantité égale de sirop de quinquina, par cette colonie de jeunes filles émigrées des Hautes et des Basses-Pyrénées, et qui, devenues domestiques dans notre milieu énervant de Bordeaux, sont d'abord atteintes d'aménorrhée et de chlorose, puis bientôt de bronchite capillaire et de pneumophymie tuberculeuse comme dernier terme.

Pour ne pas donner à ce sujet des développements exagérés, nous dirons donc qu'il convient d'administrer simultanément des médicaments distincts, toutes les fois que la maladie combattue résulte de syndromes complexes , et que ces syndromes se relient néanmoins d*Mne telle façon, qu'on ne peut atteindre les uns sans attaquer les autres, à la fois distinctement et simultanément; car il est tel cas où l'on ne peut agir sur un système qu'en sollicitant l'intervention d'un autre médicament complexe, utilisant dans une seule formule des agents différents en propriétés.

Je vais plus loin. Il est des cas où il convient de rap-

procher dans une seule préparation deux agents nicdicain jnteux non-seulement différents, mais sous certains rapports , nettiîment antagonistes. A la condition , bien entendu cpie ce rapprochement n'amènera ni une anmdîition par combinaison chimique des propriétés actives, ni la formation d'un composé toxiïjue. Nous distinguons ici le simple antagonisme de Tantidotisme. Ainsi que Tubservent très-judicieusement MM. Gûbler et Labbé (Ernest) dans une étude remanpiable, c'est un fait très-rare «[ue Tantidotisme vrai et complet de deux substances. Quand il existe véritablement, l'un des deux piincii)es annule Taction de l'autre; dés-lors, leur association en vue d'un effet commun ne serait qu'une tentative inutile et naïve. T»»l serait, par exemple le cas d'un mélange de cnfé et d'opium. ^lais je citend l'association à dose égale dans un mélange pilulaire, de l'extrait de belladone et de l'extrait d'opium. Rii»n de mieux démontré que l'antagonisme de ces deux agents pour certaines propi'iétés I /opium contracte la pupille, la l>elladone la dilate. Dans l'cmpoisomiementi)ar la belladone, la néeit>psi(; révèh; uneoliglièmie encéphalicpie absolument en opposition avecles syndromes de congestion et d'hypérémie cérébrale qui résuUeTit de l'emploi d'une dost» toxique d'opium : ajoutons enfin que, tandis que l'opium paivsie la Umicitedes vas(Hirxjteui*s, la Ixîlladone 1 augnh;nte. Voilà bien des eai^etèn»s trandiés d'antagonisme.

Mais la iH'opriélé dominante la plus générale de ces deux suhstanees n'en reste pas moins commune; cette propriété S4Î résuiiHî dans une action stupéfiante et anodine, dans une obnubilation du pouvoii' rétlexe cérébro-spinal. On comprend dès-loi*s comment un praticiiui avisé, non-seulement ne reculera pas devant

l'association de ces deux agents, mais devra, le cas chéant, rechercher cette association, en utilisant Tantagonisme partiel des deux principes en question. Fournissons des exemples : je suppose un enfant sous le coup d'une hypérémie cérébrale, avec fièvre intense et agitation. Il faut le calmer ; mais on redoute l'emploi de Topium pour ses propriétés congestionnantes. Dans ce cas, Tadjonction de la belladone, sédatif olighémique est parfaitement indiquée, et donne de bons eflels. Par contre, le praticien peut se ti'ouver en présence d'un rhumatisme pyrétique avec troubles cérébraux faisant craindre une métastase du côté de l'encéphale, alors c'est l'opium qui viendra comme correctif physiologique, au secoui^ de la belladone. En effet, l'expérience a établi que la jusquiame, la belladone, favorisent et même peuvent provoquer dans certaines fomies rhumatismales, le délire ménin gi tique ; on comprend'dès-lors l'opportunité de l'emploi de l'opium, comme antagoniste de l'agent solané.

En résumé, et pour conclure, on doit proscrire cette polypharmacie aveugle qui, jusqu'à la fin du XVIII« siècle accumula empiriquement les substances les plus étérogènes, les plus opposées souvent, dans une même préparation.

On est en vérité stupéfait quand on voit qu'un esprit aussi distingué que celui d'Helvétius formidait des prescriptions telles que celles qu'on retrouve à chaque page de son Traité des Maladies.

Mais, d'autre part, il importe de se tenir en garde contre ce principe doctrinaire et absolu, devenu de nos jours, pour beaucoup de médecins, même distingués, une sorte d'aphorisme , à savoir qu'une prescription ne doit jamais contenir qu'un priiicii>e actif déter-

miné cl iloiiiiiiaiit, parce quv. le médecin n*esl appelé à agir<|uc sur ruuiléde Turyanismo, et non contre des symptômes multipl(?s.

On Ta vu, l'observation clinique contredit et condamne cette aflirnjation absolue. L'expérience prouve, au contraire, qu'il convient souvent d'agir sur l'organisme sinmlUmément par deux ou plusieurs agents très dilïércnts de pro[)riétés.

On peut ainsi formuler les indications d'une polyphai*macie rationnelle :

l*' Elle est indiquée toutes les fois (pie Tétat morbide du suj<ît traité dépend d'un trouble complexe par suite de lésions distinctes de tissus ou appareils multiples. On oppose alors à cliaque élénu'nt morbide un agent approprié, et l'unité de rae.tit)n médicatrice n'est nullemont enrayée, par le fait cpie des éléments anatomi- »pies ou patbologi(pies d'ordre différent, sont atUnqués par un agent médicamenteux spécial. En effet, s'il est insensé d'a<lmettre un spéciTupie pour cbaque maladie, il esl très-ini»xact (Uî ne pas reconnaître qu'il existe pour cbaque a[)pareil fonctionnel des agents spéciaux, à action véritabbMnent élective.

2'' En i)atbologie tbérapeutique , il n'est souvent possible de solliciter des modilications dans un système organique, (pi'en ajj;issant sur un autre qui lui est coniw\r.. (Ti^st ainsi que pour provotpier la parésie ou Tatrésie îles ca[)illaires sanguins, il faut agir premièrement sur le système nervi.'ux, dit vaso-moteur, dont la stimulation ou le relaeliement provoquent des effets contraii'cs; et si, dans un cas semblable, on associe au modificateur ncrvo-vasculaire un agent cbimique destiné à modifKn', par exemple, la cràse du sang, on fuit de la polypbarmacie utile et expérimentale.

3û L'antagonisme pai*tiel de deux substances associées dans une seule préparation, offre au tliérapeutiste des avantages certains , dans tous les cas où cet antagonisme annule une propriété nocive de l'un de ces agents, sans nuire à une. action plus générale commune à tous les deux. Par contre , on évitera d'associer des substances multiples dans une seule prescription , chaque fois que cette association donnerait soit des résultats différents au but proposé , soit des résultats opposés, soit des effets toxiques, soit enfin des effets nuls , s'il y a neutralisation chimique des agents rapprochés.

Terminons ce long paragraplie en faisant observer que le chimiatre pianiste auquel il répugne d'associer par exemple deux bases dans une formule, approuve largement comme agent médicamenteux simple et un^, l'ordonnance d'une pilule d'extrait d'opium ou de quinquina. Or chacun de ces deux extraits ne contient pas moins de vingt principes parfaitement distincts, ce sont des médicaments vraiment multiples sous une forme simple ; tandis que le sulfate d'sdumine et de potasse (alun) , le tartrate antimonico-potassique (émétique), l'oxysulfure d'antimoine hydraté (kermès), sont vraiment des médicaments simples, quoique chimiquement composés de principes multiples.

D. Le médecin cherche par le mode de préparation qu'il prescrit dans sa formule, a donner au médicament, une forme appropriée a la pratique médicale.

On doit entendre par là deux objectifs principaux et nettement distincts qui se présentent à l'esprit du thénipeutiste dans des cas donnés , au moment de rédiger son ordonnance.

— -JMS —

Il ptul rciluutcr: •••luo par îjnited'uiiu savouidésa- ^iviilfl'.' Mil «ruii^- O'ii'ur repoussante, son malade refus»* l'j reru'-'l»' '.'U le reji.'lle tle la bouche après une preiiiit-Mv ut inutile Ifiilative; 2" il peut, et c'est là surt'Ut l'iLUvre sp-'oliile «lu pliannaoion , veillera ce que le niéJirainenl nL* .s'all«'rt' pas «lans sa composition, 5ïOus l'intlueiice 'l'a^'ents élrau^'ers.

En ce «jui luucli»' le premier cas , les moyens sont multiples et trt's-«livrrs.

Tanl'M un é|ii«le la tliftieulté sans inodiner à vrai dire la prépaïaii'.in. niai> i»n changeant la voie oi*dinain* «l*.i"hwini>lration : c'est ainsi qu(i Tassa-fcctida, la valérian»' nliiiinale, le musc, le castoréum, conirau ;inlispasmo'li"pn-s, l*s ilécnelions de feuille» do tabac, de d;itura ^h*;Mll••nium rtinune stupéfiants fétides et anmlins, smuI trt's-suMViMil prescrits par la voitî anale, sons fnrme di* lavt'm'Uls, île sui^posituires, de trochis-

tes , l'ic, e|r.

irautrel'uis, p;u* ex«'mpl«* quand il s'ajfit d'atténuer l'acitlité, râcri'té iMi la fétidité de certains corps, tels ipii; des huiles crasses, on les émulsionnc ou on li'S saponilie. ('.'«'sl ainsi, que l'Iiuile de foie de monit» peut être saponiliér à laid»» de quelques gouttes du jMjlasse à Talcool : que Tlmile de ricin, émulsionnée pai* un mélan^fî bien vivement battu avec le sirop d'or- •Jieat, perd rapidement sa repoussant*^ sapidité.

On sait très-bien qutî des substances telles que rélliei-, les bannies, n(i(ammt»nt celui do copalm, ressence de lérébenlbine, etc., sont emprisonnés dans des perles ^^'^latineuscs, dans d»^s capsules, de telle faron ([U(! 1(* médicament ne soit mis à nu que dans reslomac.

Tne des cause> de la ruino menav^ude de la pro-

fession pharmaccntiqne dans les grands centres de France, une cause aussi de fâcheuse négligence de la part de beaucoup de médecins qui ne daignent plus formuler, qui parfois ne le savent plus, touche précisément à Texagération de cet art de donner aux me'-dicametits une forme appropriée. Je veux parler de l'incroyable abus des spécialités pharmaceutiques. Les deux tiers des purgations d'enfants , de vieillards , et même d'adultes se prennent sans qrdonnance doctorale, sous forme de remèdes portant le nom de Tinveuteur ou de l'exploiteur de la composition. Les purgatifs au calomel, au séné, au tamarin, etc., les anthelminthiques, les emmenagogogues de tout genre se débitent ainsi non toujours sans danger. Les tablettes, les gâteaux, les granules, les dragées les pastilles, les vins, les sirops, les gelées sont au nombre des mille formes qu'emprunte l'art ou que l'evèt le charlatanisme, pour faciliter remploi ou accroître le débit de substances d'un goût répugnant ou d'une tolérance difficile à Testomac.

Nous n'avons. Messieurs, qu'un seul mot à dire du deuxième objet que peut poursuivre l'auteur d'une ordonnance, en cherchant à donner au médicament une forme appropriée : je veux parler du soin qu'il doit apporter dans le but de prescrire une préparation qui puisse se conserver sans altération. S'il s'agit d'une préparation officinale, nous sommes ici dans la pharmacologie pure, et non plus dans la thérapeutique générale. Je fais donc simplement allusion aux prescriptions m^igistrales, d'un emploi rapide. Inclure une solution, ou une décoction facilement altérable aux rayons solaires dans un récipient coloré en bleu, ou en vert sombre ; éviter d'exposer à une température trop

élevée des matières fermentescibles, telles sont en un mot, ces dernières indications.

Nous sommes arrivés, Messieurs, à la deuxième partie de cette leçon sur Tart de formuler. Après avoir étudié ce que le médecin doit rechercher, il faut connaître ce qu'il doit éviter thérapeutiquement, quand il formule une ordonnance.

Notre illustre et vénéré maître, le professeur Bouchardat, a étudié ces questions avec un grand esprit de méthode; nous prenons ses travaux poor guide , dans cette deuxième partie du programme que nous nous sommes tracé.

Le médecin praticien doit chercher à éviter dans sa formule :

A. — D'associer des substances qui^ par leur rrfMnion, s'annulent dam leurs propriétés.

Nous avons vu plus haut en traitant des formules à principe multiple, qu'on pouvait avantageusement rapprocher des substances qui, de même que la belladone et l'opium, possèdent certaines propriétés antagonistes. Mais dans ce cas, les deux agents se réunissent dans une action plus générale.

Il n'en serait pas de môme si, par exemple, traitant un strumeux sur lequel on voudrait agir à lu fois par un médicament altérant et dérivatif, on associait le chlorure de baryum au sulfate de soude : on assisterait, en effet, bien vite à une double décomposition, de laquelle résulterait un sulfate de baryte insoluble, et du chlorure de sodium ou sel de cuisine.

II ne faudrait pas davantage associer dans un collyre que l'on voudrait rendre à la fois astringent et lénitif, une teinture opiacée au nitrate d'argent; en effet, l'acide méconique <lo l'opium se combinerait avec b

base d'argent sous forme de méconate , lequel se précipiterait, tandis que l'acide azotique serait dégagé.

J'en dirai autant des collyres souvent prescrits d'acétate de plomb; si on les additionne un peu fortement de laudanum, il pourra se former du méconate de plomb.

Il ne conviendrait pas non plus d'administrer le tannin dans du bouillon gras, l'acide tannique précipitant la gélatine. On comprend combien il serait facile de multiplier de semblables exemples,

B. — n faut éviter d'associer ou de donner naissance par substiltition chimique dans Vintérieur de Vorganisniej à des produits qui sont^ ou deviennent toxiques.

Nous avons déjà eu l'occasion de citer le calomel administré avec le sel marin ; on peut obtenir du sublimé ou bichlorure de mercure. L'acide chlorhydrique qui est un acide normal mêlé au suc gastrique , s'il se trouve en quantité dans l'estomac peut encore donner la clef des violentes coliques qu'éprouvent certaines personnes gastralgiques , quand on veut les purger à l'aide du calomélas.

En ti-aitant de cette question, le professeur Bouchardat ajoute avec un grand sens qu'on a souvent exagéré au point de vue de l'effet thérapeutique, l'importance de ces incompatibilités chimiques. « Ainsi, dit-il, dès que deux corps forment, en s' unissant des composés insolubles, on les classe parmi les substances incompatibles; et cependant l'expérience journalière démontre que de tels composés peuvent être actifs parce qu'ils peuvent se dissoudre dans l'appareil digestif: ainsi on a associé fréquemment dans des formules consacrées par l'usage le tannin avec l'opium*

((liiisconliuin et tlionaqiiu). Et Ci*pen<Iaiit, on sait que lo tannin forme un composé insoluble avec la moq)liine : les deux principes actifs paraissent donc éliminés; mais on sait encore que cette combinaison insoluble se dissout dans 1l*s acides étendus. Or comme elle on rencontre dans l'tîstomac, on comprend sans peine son action thérapeutique. Quand on a associé un sel à base d'alcali vé{(étal avec »le Tiodure de potiissium iodurc, il se forme un préci[)ité résultant de la combinaison de Takali végétal, à Tétat d'iodure d'iodbydrate, complètement insoluble dans Peau même acidulée : et cependant, une pareille combinaison possède encore une action physiologique; très manifeste , dés qu'elle est attatiuée dans les intestins par les alcalis de la bile et du suc pancréatique.

Il n'en est pas moins vrai que, d'une manière générale, la règle est de prépan»r des médicaments solubles. N'existe-t-il pas cependanl certains cas on l'on doit rechercher au contraire à donner naissance à des médicaments insolubles?

Écoutons encore à ce sujet l'expérience du professeur Bouchardat :

« Il est, dit-il , une très-remarquable exception à la règle d(»s préparations solubles : c'est lorsqu'il faut administrer une substance qui doit n'agir que trèsinodérémcmt sur l'estomac et impressionner au contraire beaucoup l'intestin grêle, les appareils biliaire et pancréati(iu(*. Il est de la plus grande impoi'tance de donner alors un médicamimt insoluble qui n'ayant que peu ou point d'action sur l'estomac, arrive dans rintestin, et y agit soit par une dissolution lente, soit par combinaison chimique». Ainsi, Bouchardat pense qu'on ne doit pas adopter sans réserve l'opinion

suivante de M. Mialhe : « Quelques praticiens pensent » que les médicaments insolubles, peuvent être mis » en parallèle avec les médicaments solubles; que » même , dans bien des cas , ils doivent leur être pré- »férôs. C'est là une erreur grave.» A quoi Bouch ardai répond : « Quand l'indication de purger avec le » calomel se présente , on se garde bien de purger x> avec la quantité de sublimé correspondant à celle 1 que le calomélas produirait dans le canal digestif » sous rinfluence du chlorhydrate d'ammoniaque, et » Ton a raison. En effet, le sublimé peut être absorbé 3 directement dans l'estomac, tandis que le calomel ^ arrive non décomposé dans le duodénum , excite la » sécrétion de la bile et du suc pancréatique qui con- » tiennent du chlorhydrate d'ammoniaque , lequel favo- » rise la formation lente du sublimé dont Texcès est n immédiatement rejeté par les selles, ou n'arrive D dans la grande circulation qu'après avoir traversé » l'appareil hépatique et avoir été partiellement éli'- )» miné avec la bile. Quand on veut transformer en D sulfure de plomb insoluble, un sel de plomb qui, » engagé dans la petite circulation hépatique, est con- » tinusllement versé dans l'intestin grêle, si l'on don- » nait un sulfure soluble , on agirait sur l'estomac et » le contre-poison n'arriverait pas en contact avec le x> poison. Ces inconvénients sont évités par remploi > du sulfure de fer hydraté. »

Mialhe n'en signale pas moins les exemples suivants , dans lesquels l'emploi des insolubles est dangereux :

L'usage inconsidéré de la magnésie caustique a formé dans^ l'estomac d'un goutteux des incrustations magnésiennes remarquables.

F-e soiis-carboiiato de fur à haute dose poul former des concrétions lithiqucs dans Tintestin.

J). — Knfui (.dit Ilouchardat) , en associant des méilù ca)ncnls, il faut éviter de s'opposer à des principes actifs, qui n existent pas tout formés dans les matières premières qucVoHewploie, et le professeur cite les exemples suivants : « L'huile essentielle de moutai'de ii'existe pas toute formée dans la semence. Elle se développe par la présence de deux principes : le myrosate de potasse et la myrosine^ sous Tinlluence de Teau. Eh bien ! si Ton associe a un sinapisme un alcali tel que la potasse, un sous-carbonate, un acide fort, tel que l'acide sulfurique, on s'oppose au développement de Thuile volatile de moutai'de, et alors, l'effet est nul.

» On peut dire la mémo chose des amandes amures.

L'acide valérianique n'existe pas dans la racine de

valériane bien fraîclie : il se développe par une réaction spéciale. Dans l'ail, dans l'ognon, dans la scille, tous les principes actifs ne préexistent même pas : il s'y développent par la réaction de deux principes immédiats de ces bulbes l'un sur l'autre. On comprend dùs-loi^ l'inconvénient qu'il y auraità faire intervenir des agents que s'opposent au développement. Ainsi, l'alcool, qui est l'cîxcipient de tant de préparations, peut, lorsqu'il se trouve à l'état de grande concentration, en teinture, eu extrait alcoolique, s'opposer aux réactions qui donnent naissance aux principes actifs. ».

Termhions cette deuxième partie de notre leçon, par un tableau succinct des principaux incompatibles.

IXCOMPATIRLES PUIXCIPAUX

Acides : Si Ton veut conserver leur action, ne les associer ni aux alcalis, ni à l'ammoniaque, ni aux

autres bases qui les neutralisent, scrappeLler qu'ils précipitent de î'albumînc et de la cascine, le lail et les émulsious. Acides spéciaux : Arsénieux : forme notammentavecla chaux, un arsénite de chaux insolable. Sulfurique : précipite surtout les sels de baryte, dechaux, de strontiane, de plomb. Chlorhydrique : forme avec le nitrate d'argent, un précipité insolable. Tartrique: forme de la crème de tartre avec la potasse. Cyanhydrigue : doit être donné seul, en dissolution dans l'eau pure, déplace les sels de fer et d'ai^ent : se décompose en présence du chlore.

Sels : Sulfates : précipitent surtout par les sels de baryte. Sulfate de magnésie : U précipite par les alcalis et leurs carbonates, par les sets de plomb. Sulfate de zinc : précipite par les alcalis et leurs carbonates. Sulfate de fer : précipite par les sels de baryte , de plomb, les alcalis terreux, le tannin, le savon, les carbonates alcalins. Sulfate de cuivre : précipite par les alcalis, le fer, le zinc, les carbonates alcalins, le tannin.

Carbonates : ne les associer ni aux acides, ni aux dissolution de chaux, de magnésie, d'alumine, de fer, de plomb, de zinc, de sublimé.

Acétates : Les acides forts, les alcalis, mettentl'acide ou la base en liberté. L'acétate d'ammoniaque en rapport avec les sels de mercure et d'argent, se décompose pour former de nouveaux sels avec ces métaux. Acétate de plomb : le prescrire dans de l'eau distillée exempte d'acide carbonique. Le prescrire seul, parce qu'il précipite par un grand nombre d'acides, d'alcalis et de sels.

Azotate de mercure : précipite par l'eau, les alcalis et les terres, par plusieurs sels dont le iTidical est un

acide organique ; — d'argent : précipite par les chlorures, l'acide chlorhydrique, le chlore, plusieurs acides, les alcalis, les sulfures solubles^ le tannin, les acides organiques.

Pîioephate de soude : donne des précipités insolubles avec le plomb et l'argent.

Alcalis végétaux : ne les associer ni & i'iode, ni au chlore, ni au tannin.

Antimoniaux : (émétique^ Aiermès/ incompatibles avec le tannin, le quinquina, les sulfures êlcaliiis, les savons, plusieurs métaux et oxydes métalliques.

Ammoniaque : ne l'associer ni aux alcalis et sels acides , ni aux sels neutres de plomb , d'argent de fer.

Chav^ : Les acides inorganiques et le tannin la neutralisent.

Savon médicinal : il est décomposé par les acides, les sels acides et la plupart des dissohitions métalliques.

INCOMPATIBILrrÉ SPÉCIALES A CERTAINS MÉDICAMENTS

Tannin : précipite les dissolutions métalliques; ne l'associer ni aux ^ferrugineux , ni à l'albumine, ni à la gélatine qu'il précipite.

Quinquinas : précipitent par leur tannin la plupart (les dissolutions métalliques.

Café : forme par s jn tannin, un précipité avec la plupart des dissolutions métalliques.

Opiums : leur acide méconique précipi te des méconates avec le mercure^ le plomb et l'argent. La morphhie est précipitée par le tannin, l'ammoniaque et les alcalis. Le chlore, le brome, l'iode, altèrent les sels de morpliine.

Calomcl : est décomposé par le fer, le zinc, les alcalis ; devient soluble et vénéneux au contact du clJorhydrale d'ammoniaque et de l'iodure de potassium.

SabUiné : précipite par les alcalis , les carbonates terreux, les sulfures et les savons, le fer, le zinc, le cuivre et les infusions végétales astringentes.

Cyanure de potassium : forme avec le mercure et l'argent des sels insolubles.

Digitale : son infusion précipite par les sels de plomb, de fer, etc. Associée au tannin, elle forme un composé insoluble de tannin et de digitaline.

Iode : transforme l'amidon en iodure insoluble; change les alcalis végétaux en iodures d'iodhydrates.

lodureS' : si on le^ met en contact avec un acide leur iode est mis à nu. L'iodure de potassium précipite les dissolutions d'argent, de mercure, de plomb, mais un excès d'iodure redissout le précipité.

Fer : précipite par le tannin, le quinquina, eta Rhubarbe : son infusioa précipite les dissolutions métallique».

Séné: ne doit s'associer ni àrémétique, ni aux alcalis. Chlore : le chlore influence les matières organiques, il agit sur les matières colorantes surtout. Il faut l'employer dans l'eau pure. De même pour les chlorures d'oxydes.

Chlorure de barium : l'employer dans l'eau pure ; il précipite par les sulfates,, les carbonates alcalins ou terreux, le nitrate d'argent

Ergot de seigle : son action est paralysée par les acides forts, les alcalis libres, beaucoup de sels métalliques.

Looclis et lait : les acides, les solutions astringentes , plusieurs dissolutions métalliques, précipitent l'albumine et la caséine.

Gommes : sont précipitées par l'alcool et décomposées par les sels de fer.

(ii'lalint : <;il«.» est précipilée par le tannin^ les solutions astringentes, le ciJore et plusieurs dissolutions mr^talliques.

Nous s^>mrnes arrivés à la troisième et dernière partie de cette leçon , a.»lle qui traite de la fonmile et des doses.

Apres avoir étudié spécialement ce que le thérapeutiste doit rechercher et ce qu'il doit éviter dans la conception et la composition d'une formule, il nous reste àparlor àun point de \iie plus général, de quelques questions qui ntéressent encore Tart de formuler.

Parlons d'abord de la dose et des doses.

En France, on entend par dose médicinale, la quantité de médicament qu'un malade peut prendre dans douze ou vingt-quatre heures. En Allemagne, le mot dose exprime la quantité de substances médicamenteuses que l'on donne en une seule fois.

Chez nous, 40 grammes de sulfate de magnésie comme purgatif, 5 centigrammes d'opium, 1 à 4 gi'ainmes d'exti^ait de quinquina, une pilule de strychnine do 2 milligrammes ; une potion contenant 2 grammes de bromure de potassium, etc., etc., constituent une dose. Dés-lors, il a fallu distinguer et diviser.

l.a dose entière est précisément la quantité prescrite par 24 heures. La dose parlielle est une subdivision do celte dose totale prise à des intervalles que le médecin lui-même régie. Ainsi quand on dit d'une potion que le malade la prendra d'heure en heure , par cuillerées à soupe, chacune de ces cuillerées représente la dose partielle, tandis que l'ensemble ligure la dose totale.

I •nr, dose est fraeliomiée , ou mieux, réfraelée^ quand oji kl donno à tréb-prtite quantité, à des intervalles

plus ou moins rapprochés , de manière à ce que les effets soient différents de ceux du même agent à dose massive. C'est ainsi que le calomel, purgatif à 1 gramme , à 50 centigrammes , devient à la dose de 3 à 4 centigrammes un dérivatif utile contre la congestion encéphalique des enfants. Le sulfate de soude par paquets de 2 à 4 grammes n'est plus purgatif, mais simplement diurétique. L'émétique , Tipéca, la digitale s'administrent aussi à dose réfractée. Inutile de définir ce qu'on entend par dose toxique. Enfin, on appelle dose infinilésimale j la quantité en quelque sorte indéfiniment petite d'un médicament. Ce dosage se rattache à tout un système de médecine, et nous oblige à dire un mot de YHomœopathie. Cette doctrine dont l'auteur est Samuel Hahnemann, de Leipsig, consiste a administrer un remède réputé posséder la propriété de produire sur l'homme sain, les mêmes symptômes qu'il est appelé à combattre sur le sujet malade.

Quelques analogies très-rares et mal inteiT)rétées, servent de base à ce système paradoxal.

C'est ainsi qu'on cite Tinoculation du virus vaccin qui préserve du virus variolîque; l'admlttistralion du sulfate de quinine chez un sujet en santé , qui peut causer un véritable accès de fièvre.

Or, s'il est exact qu'en provoquant artificiellement des symptômes analogues à ceux que la maladie fait naturellement éclater , on peut activer favorablement l'évolution d'un état morbide, cela tient à un procédé physiologique dépendant d'une des méthodes naturelles étudiées en pathologie et en thérapeutique générales, en dehors de tout système. Longtemps avant Hahnemann , Pai'acelse avait fait accepter cet aphorisme à la médecine normale: « Non semper contraria conlrariis^ sed sœpc shnilia simiUbiis ciirantur ».

La grande série des médications dites sub'sliluliveê chaque jour appliquées par Tallopathie , relève de ce principe.

Mais pour bien comprendre l'inanité de la doctrine thérapeutique des homœopathes, il faut savoir sur quelles conceptions de visionnaires repose leur théorie pathonégique. Pour eux , la cause de toute maladie réside dans une force sans matière ^ laquelle développe et manifeste sous la forme do symptômes ^ h maladie elle-même. Celle-ci n'est donc autre chose que la totalité des symptômes ; dès-lors , Tanatomie , la physiologie, l'histologie, sont des sciences nulles et inutiles au médecin. La force vitale est impuissante à dominer cette force sans matière , qui fait la maladie. Mais si l'administration d'un remède, si petite en soit la dose, agit dans le même sens, comme l'organisme ne peut pas supporter simultanément deux maladies analogues, celle qui sera un peu plus active détruira l'autre. Ainsi, le médicament similaire, mémo et surtout à dose impalpable, devra chasser la force sans matière, parce qu'il représente toujours ime petite quantité de matière. Et plus cette quantité sera minime, plus relïet sera analogue, et partant puissant. C'est de cette folie nuageuse d'Outre-Rhin qu'est sortie la méthode thérapeutique des doses infinitésimales.

L'homœopathie administre les remèdes sous forme de solution ou de globules.

Plus le médicament est divisé ou dilué , plus il est supposé actif. Or voilà comment se compose la série progressive des dilutions. On prend un grain d'une substance médicamenteuse, et on le mêle à quali*evingt-dix-neuf parties de sucre de lait. C'est la première dilution. Puis, une partie de ce mélange est diluée dans quatre-\ingt-dix-neuf parties d'eau dis-

ûHée. Telle est la deuxième dilution. Elle ne représente qu'un centième de grain. Mais ce n'est encore qu'une grossière préparation pour la subtilité homœopathique. Un centième de cette dilution d'eau est étendue dans quatre-vingt-dix-neuf autres parties distillée ; de telle sorte qpi'à ïa troisième dilution , nous n'avons plus affaire qu'au centième d'un centième de grain. Et ainsi de suite , jusqu'à la trentième dilution , qui est présumée trente fois plus puissante. Or, on a calculé qu'il n'existe plus alors un quintilionr même de grain de la substance active. Aussi a-t-on pu dire sans charge que la manière la plus eflicace d'administrer le phosphore homœopathiquement, serait de jeter une allumette chimique à Brest, par exemple, dans rOcéan. Comme les eaux de la Méditerranée et de l'Océan atlantique se confondent au détroitde Gibraltar, en buvant à propos un verre d'eau de mer à Marseille,*un malade pourrait prendre ainsi du phosphore à dose homœopathique ou infinitésimale.

Ajoutons , pour être complet, que la succussion et la trituration décuplent la vertu du médicament!

Mais c'est assez s'arrêter sur celte insanité.

Un système beaucoup plus moderne, et qui ne présente rien d'excentrique, celui de la Dosimétrie^ touche encore de trop près à la question des doses médicinales, pour que nous n'en exposions pas brièvement l'économie.

Il est d'invention récente et dû à l'imagination d'un esprit distingué, celui du docteur Burggraeve, professeur émérite de l'université de Gand.

Ce système aspire à prendre un juste milieu pratique entre Tallopathie, laquelle, au dire de l'auteur, agit par des masses où le principe actif est noyé dans une

gangiie impure et rhomœopathie dont les remèdes sont un mythe imperceptible à l'analyse spectrale.

La Dosimétrie prétend : 1® isoler le principe actif des substances médicamenteuses de manière à le présenter seul aux organes malades; ^ le doser d'une manière mathématique et toujours égale selon la puissance de l'agent, et prendre pour point de départ celte unité, pour mesurer le remède au mal.

De là les granules dosimétriques du docteur Burggraeve, dont la préparation est confiée à Paris aux soins de M. Ch. Ghanteaud, pharmacien de première classe.

Ce mode de traitement, qui n'utilise que îe médicamenf simple, à dose mathématique, cadre avec une doctrine pathologique qu'on peut ainsi résumer : Dans l'évolution de toute maladie, il faudrait envisager une dominante représentée par l'état fébrile général dans les maladies aiguës, et la variante, représentée par l'évolution des symptômes qui spécifient l'état morbide. De là aussi, doux traitements dans la méthode de Fauteur : une médication dominante, et une médication variante. Ce n*est pas ici le lieu de s'arrêter sur ce que cette théorie possède de fantaisiste ; elle est condamnée par la physiologie pathologique et anatomique, parce que la maladie pas plus que l'organisme sain ne sont susceptibles d'être scindés en deux individualités différentes, de nature et d'évolution. Le sujet malade est tt?i, comme le sujet sain. Les symptômes ne sont que l'expression sensible, épiphénoménale, de la lésion organique ou fonctionnelle qui fait le fond de la maladie même. Donc, quand la dosimétrie administre par exemple Taconitine , la vératrine ou la digitaline contre la dominante , et tente aussitôt après , la

strichnine et la cigutine ou l'iodhydrate de morphine, contre la variante , la dosimétrie s'étaye en vain sur la simplicité de la substance et la précision mathématique du dosage. Elle fait simplement du gàcliis thérapeutique. Car toutes ces substances.distinctes, à action d'ailleurs énergique , ne tardent pas à se confondre, à s'annuler physiologiquement ou chimiquement dans les milieux intérieurs de Forganisme.

Je reconnais Tabus réel que l'allopathie fait chaque jour, des doses massives, je sais les inconvénients d'une polypharmacie empirique. Mais, pour Dieu 1 Les inconvénients sont-ils donc moindres ici? Ils se dressent nombreux évidents, capitaux. Je mets de côté , bien entendu , l'avantage réel de la granulation, en ce qui concerne les alcaloïdes les plus puissants de la matière médicale. Ici M. Burggraeve n'a pas innové , mais on doit reconnaître qu'il a perfectionné, multiplié, vulgarisé.

Il n'en n'est pas moins acquis qu'il est des médicaments de premier ordre, qui demandent pour produire l'effet attendu, à être administrés à forte dose. D'autre part, il est constant que l'extractif seul d'une substance médicamenteuse est loin de représenter dans son entier sa vertu thérapeutique. Pour le premier cas, je citerai le sulfate de quinine, contre la fièvre pernicieuse, le sulfate de magnésie comme purgatif, le bromure de potassium contre l'épilepsie, le musc dans l'ataxoadynamie typhoïde, comme des substances qu'on ne saurait administrer à dose mathématique et par granules. Pour le second cas, je dirai que l'opium qui renferme 9 alcaloïdes à actions distinctes, le quinquina qui est composé de plus de 15 principesMifférents, la belladone, l'ergot de seigle ne doivent leur efficacité, dans des cas deler-

mifi^t^ tjp'a îa T^juzA'^on de lenrs {vrincipes constltuaDts^ el non pa- âr:^^]rir.ei.t î v;r; aîcaîi'îde : j*ajouterai que les huiUf ej^cr^U^JUé volatiJ^-ï qui se retrouvent à coîéd*im alcaloïde ou dan eitrac^if de t/jut autre ordre dans presque tous les Hié^iicanient^ d'origine végétale, sont souvent aussi inif^'^rtant^s que Textractif alcaloïde oa non que la çniiiulisalion utilisera. Cest pourquoi le café torréfié par exeriiple a un autre action que la caféine, et la racine de valériane, que Tadde valériaoique.

Ces quelques lignes sii'fir:»nt. Messieurs, pour ré* duire à sa valeur le syst^^me du professeur Burggraeve. Il a du bon: mais, connne tous les systèmes, il est insuffisant, inc/xnplet dans la pratique. On s>n assure vite en parcourant la liste des agents qui constituent toute la matière mé<iicale «k- la Dosimétrie : ce sont :

Graoïlcs coetcsnt :kaaM 9% 4c Mbstaace ati.*t,

Arséniatc de strychnine.

Atropine.

Vératrine.

Aconitine.

Brucine.

Cic'utine.

Colchicine.

Colocinthine.

HyofKÎamiDe,

Sulfate de strychnine.

Vératrine.

Grttnief miUoaol ckaca • ■■ ■ilhfnBB 6t MbtUBCM acuuf.

A5q)araf>ine.

Acide arsénicux.

Acide benzoïque.

Acide phosphoriq^iie.

ArséniaU (Tantimmw.

Àr$éniaU de rajévu^g, ÀrsMiate fU/rr.

ArtfwUie de somde, Anrniaie de fuîMùu, B::onine.

I CàkmeL

I Codéine.

Cubébine.

Chlorhydrmte de morphine.

Cyanure de xinc.

Digitaline.

Émétine.

Hydro-ferro-cianate de quin.

Hjdriodate de morphine. ItKloforme pur.

lodure d'arsenic.

Bi-odure de mercure.

Jalapine.

Narcéine pure.

Pipérine.

Quassine.

SciUitine.

Gnittlas contMMt charai n centlfruiait dt tttbfUocet adiTet.

Acide tannique.

Benzoate d'ammoniaque.

BemoaUde tonde.

Bromure potassique, C/mphre brome.

Émetique,

^fpophospkiU de chaux.

HypophosphiU de soude.

lùdwre de fer.

lodure de manganèse.

Kermès surjln, Lactate de fer.

Pepsinepure.

Ptospkate de fer.

Podophjrllin.

Santonme.

Sous-nitrate de bismuth.

Sul/aU de quinine.

Sulfure de calcium.

Vaiérianate de quinine.

Valérianate de fer.

Vaiérianate de zinc.

Grannles cooteaant cbacan on demi-ctnligranuM ëe iobsUnces aciÎTet.

Braotine pure.

lodure mercureux.

n existe aussi des granules de sedlitz.

Nous nous sommes borné à souligner en italique celles de ces substances dont la dose est manifestement insuffisante.

Ajoutons, pour en finir avec la dosimétrie, que l'opium, les quinquinas, l'alcool, le tannin, la ratanhia, 'alun, le borax, les solanées et les ombellifères vireuses, les piu*gatifs en général, font défaut comme substances administrées en nature, dans cette nomenclature.

Disons maintenant, pour terminer cette question des dosages, qu'il existe sous le nom de Table de Gauhius , un tableau classique de la moyenne des doses proportionnées selon les principales phase3 des âges de la vie.

Voici ce tableau, dans lequel la dose qui convient à l*âge viril est prise pour étalon d'unité :

pour un adulte 1

au-dessus d'un an 4/15"

à deux ans l/8«

à trois 1/6*

à arrj i a:.^ 13

a J i'i'OrZr: 3r-.« 12

ri vi:.^: 23

Au-irr-- :j^ i j 2-Lxa:.t.' aii^s, ::i suit nue gniilalîon in-

r>; ti; !-.''i I 'l'ii '-s: i'i::o a: j licàLjii ^'cnéralo, mais I»;ir--rr.':r.t clir^i j^ie. 'i-iii.t:ii: 'i rU'r corn[ili**te par le suivant 'jui r'^^'i* [ ârii- .'.Ivr-ii.jrit Iv-s «lost-s au point ']•: v'i'V i-: Iri fL-'/JOr- i..-:ii.:-ii-. 11 a /tr* liressé parle lioot'.ur Karl lJi:.z. {«r !-<5-'ir i rL'îiiversité Je Bonn.

\ji [»rrrriii«ire c-jl-^nne iiidiquo la ilose »fiajrii»«i pour UfiO pris*.', la *>, la d'><e maxiiua qu'on fHL*ut divisferen 2i hourcîî-

AC'-laV; de jil jmS

A'ri'le ars*-rii'^"ix

Acide cyjinhvflrinue dii'té

AcoDitine

Atropine

lii-ehlonire de morcure

hi-<A\ir^ de mercure

Cantharides

Chlorhydrate de morphine. . . .

Créoflote

Digitaline

Kftu d'amandes améres '

Kxtrait de belladone

Extrait de digitale

Kxtrait de jiisf|uiame

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