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'e la Uiéorie de rinflammation et de rirritation ne cause unique de tout étjat morbide^ proclament ^cificité pathologique, et continuent en s'expriainsi :
Test à dessein que nous nous sommes appesantis la spécificité des maladies , parce que cette quesi domine la pathologie , et que nous ne pouvions 1 comprendre la médication substitutive , si préaement nous n'avions bien établi ce grand prini pathologique que, à Taction die chaque modificar j répond une modification spéciale.
» La marche et la durée d'une phlegmasie
nues, s'il était possible de mettre en contact t le tissu enflammé un modificateur irritant luine, qui changeât le mode d'irritation e3Ûstant, [ui* abrégeât la durée de la maladie, n'aurait-on par cette substitiUion , rendu un grand service i thérapeutique? Or, les chpses se passent-elles i? Évidemment oui. Une phlegmasie occupe la obrane muqueuse oculaire : un collyre avec le imé, le précipité rouge, le nitrate d'argent, en irritant pour un instant la partie déjà enflam- I, guérit pourtant l'inflammation existante. » s les auteurs , tout en. reconnaissant que la subsn peut être médiate et s'exercer par l'intermédes organes d'absorption , déclarent que la subsn directe , c'est-à-dire s' exerçant par les modiirs irritants appliqués directement sur les tisilades, est celle qu'ils considèrent ici, en quelque exclusivement.
somme, pour Trousseau et Pidoux qui rendent
!urs sensible par des exemples , leur pensée à ce
la substitution n'est qu'un mode particulier de
la médication irritante. Aussi , ne reconnaissent-ils que des actions substitutives irritantes , et ils s'absorbent dans le traitement des phlegmasies par substitution. La médication irritante est encore pour eux soit transpositive, soit spoliative, soit excîiative. Pour nous , au contraire , l'action générale est l'actioa substitutive , et nous admettrons qu'elle peut se produire tantôt par les irritants, tantôt par les fondants, d'autrefois , par les spoliatifs ou les traospositife. On saisit la différence par les premières explications que nous avons fournies. Nous n'aurons pas de p.eine à prouver plus loin, que MM. Pidoux et Trousseau ont confonda les ordres avec les genres dans leur division , bieo plus doctrinaire et empirique , que philosophique et pratique.
Nous continuerions de fouiUer dsois les autres aifcteurs , sans trouver rien de mieux défini : bomonsnioos donc à ces citations, et répétons que pour nous, oa doit entendre par substitutifs : Tous les agenU de médication dont Vaction thérapeutique dominante^ réside dans une intervention directe du médicamenl ou de la médication employés : cette intervention u traduisant par un déplacement ou une substittUÙJn morbide, en dehors de toute prédominance hjiperw hyposlhénisante.
Nous reconnaîtrons trois ordres seulement à U classe des substitutifs : les éliminateurs , les rA»tt^ sifs et les caustiques. Occupons-nous d'abord du premier ordre.
A. Sous le nom d'ÉLiMiNATEURS , nous désignons des agents thérapeutiques d'un ordi'e absolument spécial et nettement caractérisé. En effet, les corps quik composent relèvent du règne minéral ; ils ne sont pas
normalement représentés dans les principes chimiques qui constituent les éléments des tissus vivants; ils sont tous des modificateurs trophiques, et secondairement, tropho-dynamiques. Ils influent directement rhématose ; par là ils modifient la crase du sang , substituent par suite à un état pathologique donné , un état physiologique ou pathologique provoqué. Étrangers aux tissus, ils s'éliminent toujoui-s plus ou moins lentement, et entraînent en s'éliminant des hypercrinies d'ordre et de siège divers , lesquelles sont elles-mêmes éliminatrices.
L'ordre des éliminateurs se subdivise en deux genres naturellement définis : les altérants y métalliques, dits encore irritants , et les fondants , agents métalloïdiques, dont la plupart se présentent sous forme de sels d'une dissolution rapide, d'une assimilation partielle, et d'une élimination facile.
Occupons-nous premièrement des altérants ou métalliques à action irritante, c'est-à-dire du premier genre des éliminateurs.
Le platine, l'or, l'argent, le cuivre, le mercure, l'arsenic, le plomb, le barium, sont par eux-mêmes ou par des oxydes , des sels dont ils forment la base , les principaux représentants de cette médication altérante ou irritante, en même temps que substitutive. Le fer ne comparaît pas ici , parce qu'il fait partie constituante du sang, et des tissus vivants.
Le mot ^altérant y vient à^alterare^ changer. Ce sont, dit Robin , des médicaments qui changent d'une manière insensible et progressive , les solides et les liquides. Ils sont naturellement toxiques: aussi, les donne-t-on toujours à dose minime , principalement pour combattre des diathùses à évolution chronique,
des étérotopies viscérales ou des lésions du sjfstème sympathique.
Nous ne comprenons pas le fer dans cette catégorie de médicaments , ainsi que nous venons de le dire plus haut. Il n'est que secondairement un irritant. Ceux-ci déterminent à la fois de la stimulation trophique et de l'excitation dynamique. Comme les stimulants, ils excitent passagèrement , pour provoquer d'une manière réactionnelle un déplacement de forces. Comme les excitateurs , mais secondairement, c'est-à-dire après avoir agi en modificateurs heptiques j ils prennent un point d'appui sur les centres nerveux , en exaltant ou en sidérant le pouvoir sensitif réflexe.
Ils se distinguent toujours les uns des autres par la modalité de leur action directe, laquelle est toujours chimique avant d'être dynamique. Ea effet, tous les ATaies altérants , tous les irritants métalliques , ont une tendance à provoquer la désorganisation des tissus vivants ; de là leur toxicité.
C'est l'affaire d'un traité de thérapeutique spédate d'étudier en détail le platine y dont le chlorure a été préconisé par Hoêfer contre la syphilis et la blennorrhagie. C'est un poison qui s'élimine très-difficilement, très-lentement, en produisant une excitation nerveuse dangereuse, en désorganisant le rein.
J'en dirai autant du chlorure d'or y autre succédané du mercure ; l'or est un stimulant très-énergique des fonctions de l'estomac , qu'il rend plus actives en même temps qu'il les régularise. Il provoque un hypersécrétion pathologique des glandes salivaires; de la constipation, de la diurèse. Il développe chez l'homme et la femme des appétits vénériens. L'or provoque des
troubles graves du côté du système nerveux et de la peau. Il exaspère, enflamme les tumeurs glanduleuses, osseuses, et provoque de la sorte des phlegmasies substitutives parfois curatives.
Dans des dartres , la lèpre , Chresti en et Lallemand en ont obtenu des résultats avantageux. On le prescrit en poudre, en tablettes en feuilles, à la dose de 5 milligrammes.
V Argent est un substitutif plus indiqué et plus utilisé que rOr : son emploi, cependant, est loin d'être inoifensif. Il demande toujours de la part du médecin qui le prescrit, la plus grande circonspection. M. Rabuteau affirme que l'argent métallique et l'oxyde d'argent , se transforment en chlorures de cette base , au contact de Tacide chlorhydrique du suc gastrique et du chlorure de sodium des tissus auxquels la nutrition en fournit. Que si Ton donne le chlorure d'argent à Tétat de sel constitué , son absorption est d'autant plus difficile et plus lente qu'il est extrêmement peu soluble dans l'acide chlorhydrique et dans les liquides organiques salés. L'expérimentation physiologique a prouvé touftefois que cette absorption se fait à la longue.
Absorbés , les sels d'argent se réduisent. Il donnent du métal simple , qui se fixe dans les organes avec une ténacité extrême. Les os, les cartilages , les reins , le foie, le cerveau, les méninges, le plexus choroïde en ont fourni des traces, chez des sujets traités longtemps par la médication argentique.
Cette médication est nettement substitutive irritante. L'argent est en même temps un modérateur de la nutrition, n retarde les oxydations premières par son action exercée sur le sang. On a trouvé des dégénères-
cences graisseuses du rein. Il tîonvient donc de se défier de l'emploi de cet agent à l'intérieur.
Toutefois, il est prescrit par cette voie dans ralaâe locomotrice, les paraplégies, les hémiplégies chroniques, la paralysie générale progressive; la chorée, l'épilepsie. Les diarrhées lientériques et tuberculeuses , l'ulcère simple de l'estomac ; certaines dysenteries , admettent aussi son emploi. On l'a ordonné encore dans le diabète , l'ictère , la phthisie pulmonaire, certaines hydropisies. •
On administre aussi l'argent contre la syphilis. Il se prescrit à la dose de 4 , 2, 5 centigr . soit en pilules , soit en lavement.
Nous serons très-bref sur le cuivre j autre agent substitutif, altérant et irritant au premier chef. Il appartient plutôt à la série des toxiques que des médicaments proprement dite. Il reçoit toutefois, en thérapeutique des appUcations dont nous sommes tenu de vous parler sous peine d'être incomplet.
Les préparations employées sont salines. Ce sont le bichlorure ammoniacal, le sulfate de cuivre ammoniacal et les acétates de cuivre basiques.
Ces sels sont administrés surtout à l'extérieur. Mais parfois aussi , on les donne comme médicament interne.
A l'intérieur , le cuivre excite violemment l'estomac et provoque le vomissement ; il entraîne avec des coliques , des selles diarrhéïques qui peuvent devenir sanglantes. En quantité infinitésimale, le cuivre se retrouve et dans nos aliments, et dans nos tissus. Le sang bumain en contient. Cette particularité peut rendre difficile des recherches médico-légales prescrites par h justice.
I^ sulfate de cuivre possède entre autres propriétés celle de faire lever le pain et de donner un bel aspect à des pâtes provenant de farines avariées. Il faut savoir qu'à Tétat normal , nos aliments contiennent à peine de i à 3 milligr. de enivre par kilogr., pour opérer en ce cas des recherches à bon escient. Pour retrouver ce métal , dans un empoisonnement suivi de mort, on brûle et réduit en cendre le canal digestif et son contenu , voire môme le foie. On dissout ces cendres dans de Facide chlorhydrique très-étendn; on filtre et on précipite le phosphate de -chaux par un excès d'ammomaque^ Si le cuivre est en quantité notable , les liqueurs seront colorées ,en bleu. Ce (Mremier tra<vail fait, on évapore ces liqueurs , et on en reprend le résidu pour le traiter par une solution aqueuse à peine aiguisée d'acide sidfurique. Le cuivre est alors précipité sur une lame de fer décapée. On le détache à Taide de Teau acidulée. Il est ensuite lavé, séché, et surtout pesé , précaution d'autant phis importante , qu'à l'état de santé, le foie et Testomac de l'homme renferment du cuivre , aiifêi que nous venons de le dire. Si l'empoisonnement est au début, le fer réduit par l'hydrogène , Fhydrate de persulfure de fer en gelée ; enfin , une solution de 10 grammes de prussiate de potasse dans un litre d'eau , agissent efficacement comme antidotes chimiques.
Comme la plupart des substitutifs altérants , le t^uivre retarde les combustions et le travail assimilateur : A ce point de vue , son action a été préjugée par M. Capet Henry comme pouvant être utilisable dans certaines névroses périodiques dues à une congestion bulbo-céphalique ou rachidienne. On Fa donc préconisé contre Vépilepsie , sous forme de deuto^chlorure
ammoniacaL Les mêmes auteurs Tout conseillé citcrieurement pour le pansement des ulcères syphilitiques.
£n Italie, Mendini a combattu des aménorrhées rebelles par une association du chlorure de cuivre à la rhubarbe.
^Le sulfate de cuivre ammoniacal^ eu dehors de ses apjplications comme caustique càthérétîque à Textériefur, a donné lieu intérieurement à une médication importante. Tandis que les chancres vénériens atoniques y les ulcères fongeux , les aphthes se trouvent modifiés à son contact, on Ta recommandé comme stimulant dans les flux leucorrhéîques, et blennorrhagiques. Dans ce dernier cas, on doit le considérer comme dangereux , au point de vue des rétrécissements futurs du canal, au même titre du reste que le métal d'argent.
C'est surtout comme agent de substitution , dans les conjonctivites granuleuses , catarrhales , liées à la scrofule , que le sulfate de cuivre comme collyre sec ou liquide, donne des résultats héroïques ou tout au moins fort estimables.
Mais c'est là un action plutôt caustiquejqu'altérante à proprement parler. L'emploi qui a été fait du sulfate de cuivre contre le croup est très-important. A ce point de vu^, il agit comme substitutif et comme émétique et ses indications méritent d'être notées.
Je n'en dirai pas autant de la danse de St-Guy , des fièvres intermittentes rebelles , de la première période de la phthisie pulmonaire et du choléra. Pour ces affections diverses , on en est encore , en ce qui concerne cette médication , aqx tâtonnements de fempirisme.
Rappelons enfin que les liqueurs cupro-polassique de Fehiing, et de Bareswill , i onstittient les meilleurs réactifs pour reconnaître la présence du suote dans la glycosurie diabétique.
Nous arrivons, Messieurs, à deux altérants métalliques dontraction substitutive joue tm rôle de premier ordre dans la thérapeutique appliquée. Je veux parler des mercuriaux et de Varsenic. Nous nous arrêterons nécessairement un instant, sur ces* deux agents de pi*emier ordre.
Occupons-nous d* abord du mëucurr.
La thérapeutique Futilise sous les trois états de métal, d'oxydes et de sels.
L'action physiologique du mercure dépend en grande partie de son poids spécifique énorme et de son extrême disposition à la volatilisation. Cette propriété de volatilisation est telle> qu'à plus de 14 degrés au-dessous de zéro elle a encore lieu (V. Régnauh ) ; et que la vitesse suivant laquelle ses molécules se dégagent de la surface libre de la masse , égale 195 mètres par seconde (Merget). C'est pour cetle raison que l'absorption du mercure, même associé aux gtidsses, a lieu toujours si rapidement. Cetle absorption se fait encore plus activement par les muqueuses que par la peau ; «t, plus le mercure est divisé, plus active est son intervention.
On s'est naturellement demandé sous quelle forme le mercure est absorbé. Si Ton en croit Mialhe, tous les mercuriaux sans exception, se métamorphosent 4lans l'estomac en bi-chlorures. Mais s*il en était ainsi, le sublimé serait plus toxique que le mercure métal ^ «t il n'en est rien.
Quant aux composés mercmicls, M. Uabuteau qui
a expérimenté à ce sujet, présente les inductions suivantes :
«^Le proto-iodlire de mercure se transformet^it en mercure d'abord, puis en biodure. Celui-ci se réduirait à son tour en donrîant naissance à tm iodtrre , probablement un iodure de sodium : on le retrouve dans ruritie.
» Ce serait par des métamorphosés analogues* que le calofnel ôU proto-chlorure de mercure donnerait premièremenl naissance à du mercure métallique et à du bi-chlorure , par suite de la présence de l'acide chlorhydrique dans Festomac. Il en serait de même pour les bromures et acétates de mercure. »
Cette théorie de réduction et de recomposition successives, puis -finalement , de dédoublement des sels de mercure , n'est point encore suffisamment démontrée.'par la chimie organique.
Elle offre toutefois en sa faveur, ainsi que l'observe ingénieusement M. Rabuteau , l'avantage 'Û*expliquer un fait clinique autrement inexpliqué. En effet, on sait que le mercure métallique procure plus vite, plus, et à moindre dose que les sels mercuriels, une salivation spécifique accompagnée d'haleûie fétide. 11 est certain qu'une simple onction mercurielle fera plutôt saliver qu'une dose ingérée par l'estomac de solution de Van-Svvietten : le fait se comprend désormais, si le mercure tend nécessairement à se composer dans nos milieux intérieurs , en chlorures solubles.
Le mercure est donc absorbé, se composant en chlorure d'abord, puis se réduisant à l'état de simple métal, pour être assimilé sous cette dernière forme. Il no séjourne point d'une façon en quelque sorte indéfinie dans l'intérieur des tissus vivants, ainsi que
font le platine, For, le plomb, Targent. Il s'emmagasine momentanément dans le foie, et la bile Félimine après quelques jours. Il est excrété par la salivation; la sueur, le lait, les urines, l'exportent de l'organisme. L'iode , le brome , les sulfates et surtout les chlorates Téliminent en le prenant pour base ; alors, la plupart du temps, il se constitue un sel bibasique; par exemple : un iodate , ua sulfate de mercure et de potassium.
A dose très-réduite^ c'est-à-dire à la dose médicinale adoptée par les c^dex pour chacune des préparations hydrargyriques , le n\ercure est très-bien supporté par l'estomac. La muqueuse phajryngoro^sopbagienne s'enflamme , et surtout les gencives peuvent se boursoufller après un usage im peu prolongé du mercure; ces accidents accompagnent la salivation; c'est la stomatite merçurielle.
Que si ^maintenant, nous recherchons les effôts de la médication mercurielle sur la nutrition et l'hématose, nous constatons que le mercure pris à riixtcûeur, ralentit le travail désassimilateur et abaisse la température en diminuantles combustions inlra-organiques : aussi voit* on souvent.les sujets soumis aux hydrargyriques par voie interne, engraisser : et.il. est d'usage d'attribuer ce changement à l'expulsion du virus. Mais si l'on en croit M. Rabuteau , ce serait en diminuant l'urée et l'acide carbonique , comme les alcooliques , l'arsenic , l'iode , que le mercure agirait ; il est donc classé par cet auteur parmi les modérateurs de la nutrition.
Mais convenez, Messieurs, qu'il faut pousser bien loin l'abus des analogies physiologiques et le rapprochemont dos eiïets chimiques , pour placer le mercure à côté dq l'alcool. C'est tout simplement extravagant et inacceptable. Eh quoi ! l'alQOol , simple carbure d'hy-
drogène oxygéné, stimulant essentiellement volatil, et qui , sauf les emmagasinements par le foie et l'encéphale , à la suite de très-longs abus et de doses excessives^ est toujours et immédiatement ou transformé ou éliminé , l'alcool, dont les éléments constitutifs sont nécessaii*es à la vie , sers^it l'équivalent physiolçgique et thérapeutique de ce métal d*UB poids, spécifique unique, a})solument étranger à notre organisme, et mênqie chimiquement ennemi de r|os tissus? Obligé de passer pour être absorbé par des compositions et des réductions successives, le mercure est condamné à n'être éliminé que laborieusement, lentement, et peutêtre pî^rtiellement! Qui dqqp justifiera l'analogie?
M. Rabuteau a beau jeu, d'attaquer comme dépourvue de sens, et chauvine l'épithète d'altérant dçHinée au mercure comme à l'argenti, et aux métaux en général. Cette épithète , dit-il , ne signifie rien. Les premières pages de cette leçon, Messieurs, vous ont prouvé le contraire. En admettant qu'il soit bien, démontré que le mercure prescrit à> doses tjiérapeutiques agisse comme modérateur de la nutrition , il faudrait enccMre démontrer expérimentalement, — ce qui n'a pas été fait, — quelle est la modalité de cette action mpdéi^trice. La caféine, par exemple, estun médicament d'épargne qui agit tout; différemment de l'alcool , lequel est cependant un agent d'économie puissant. Le sujet qui vivrait plusieurs jours exclusivement alimenté de café, mourrait vite s'il n'avait d'autre nourriture que l'alcool, et l'on s'imagine qu'il^vivrait bien moins de temps encore, si l'on tentait de le sustenter avec le mercure, comme unique aliment. Il n'y a donc pas d'assimilation clinique possible entre des modificateurs trophiques si dillorents.
Par contre, ce que l'on sait bien , c'est que le mercure, soit comme agent interne jeté dans le torrent de la circulation générale , soit comme médicament topique en contact avec des tissus ulcérés ou érodés , sous l'influence d'une diathèse , provoque une irritation substitutive qui sollicite la régénération de ces tissus. En vertu de son poids spécilique sans rival et de sa divisibilité moléculaire énorme , il chasse devant lui tous les éléments anatomiques qui ne se rattachent pas à Torganiçme par les lois de la chimie vivante ; il est ainsi éliminateur.
De plus, comme sa présence est toxique dans les tissus auxquels il s'associe, mais sans sô combiner, il intervient comme étranger, pour modifier les tissus coûtamiués. Il est. donc altérant, alteranSj dans lo vrai sens étymologique du mot. Irritant des voies gastriques , sous les espèces de proto et de deuto-chlorurCj il est au contraire résolutif et sédatif des fluxions inflammatoires .ayant leur siège dans le réseau symphatique et sur les trajets veineux. L'angioleucyte , la phlébite adhésive , f érysipèle phlegmoneux , phycténoide , le réclçiment comme un agent spécialement résolutif. ■
Son rôle' altérante se traduit encore par une action toxique lente, mais incontestée sur les centres nerveux. On le sait par les- accidents trop communs chez les élameurs de glaces, leg doreurs , les peintres qui utilisent les préparations mercurielles. La chorée, les convulsions épileptiformes , diverses manies , la démence même, peuvent survenir à la longue , après Tabus du mercure. Enfin, la présence de ce métal (Jans les os, les capillaires sanguins, le foie, le rein , l'encéphalQ, doit engendrer avec le temps, des états pathologiques certains.
— GOi —
Gûbler dit : «Le mercure ciroule dans le saiig à Tctat d'albuminate. Il est en grande partie éliminé par la salive y la sueur, la bile , et même par la sérosité des vésicatoires et des plaies. On Ta trouvé faisant partie intégrante de la plupart de3 tissus. Son élimination est favorisée par Tiodure de potassium (Melsens , Natalis Guillot), non parce qu'il se forme un iodure double plus soluble , mais, parce que la dénutrition plus rapide remet en liberté le mercure utilisé dans les organes.»
« Pour résumer Faction physiologique des tissus, nous dirons, ajoute Gùbler, qu'en se combinant avec l!albumine du sang, il devient une cause d'hypcrcrinie et même de phlogose ,. pour un certain nombre d'émunctpire& dont la sécrétion se montre accidentellement albumineuse. Par le môme mécanisme , il dépouille le sang d'une partie de sa. substance plastique ; en outre , par une action spéciale indéterminée, il rend la fibrine déliquescente, et s'oppose à la régénération des hématies; et; de plus, il conduit l'organisme aux troubles les plus variés, à travers la dyscrasie sanguine et la cachexie ».
En admettant, ce que nouç sommes un peu enclin à faire, que les termes de ce dernier tableau soient un peu chargés,. il en reste encore assez de vérité clinique pour réfuter la. théorie optimiste de M> Rabuteau à l'endroit du mercure. On sait qjie ce dernier en fait un agent assimilateur , presque un tonique reconstituant ,. puisqu'il lui attribue la propriété de produire et d'entrenir Pembonpoint.
Or le mercure est bien certainement un agent Ihérapeutiqpe de premier ordre , mais un agent substitutif et spécifique , nullement un tonique modérateur des nutritions.
Le mercoTjd est employé vtlils et exlra^j sous plusieurs formes; en métal ^ uni à l'axonge, en bioxyde associé à Fonguent rosat: c'est le précipité rouge. Le proto-chlorure de^mercure ou calomel, s'utilise à l'intérieur comme cholagogue et dérivatif de premier ordre j dans les cas d'hypérémie céphalique et de méningite aiguë de la première enfance ; il doit alors être administré par doses minimes et fractionnées (de 2 à 5 centigrammes^ prises de 12 en 12 heures, à deux ou trois reprises, selon les effets obtenues).
Chez l'adulte, chez l'homme fait, principalement quand le sujet possède une constitution hépatique et ce qu'on est convenu dlappeler le tempérament bilieux, le calomel à la dose d'un gramme est un purgatif sûr, et des plus efficaces. Les .pastilles de caLomelsont encore un vermifuge excellent ; mais il faut toujours proportionner la dose à l'âge de l'enfant , et se défier chez certains sujets affectés d'une prédisposition à la dyspepsie acide, des empoisonnements par le bicÛorure. En effet, si en fin de compte les sels de mercure se réduisent en métal et en chlorune, il suffit de la production passagère et momentanée d'un sel. soluble, c'est-à-dire du bichlorure ou subltnt^, pour empoisonner des enfants dans le premier âge. La pommade au calomel, prenant pour base l'axonge purifiée , ou mieux encore la glycérine, est un modificateur excellent des. manifestations herpétiques, tout aussi bien que du. phagédénisme spécifique «
Le proto-iodure et le biodure de mercure méritent au premier chef d'être rangés parmi les meilleures préparations^ mercurieiles ; fassociation de l'iode au. mercure est en effet d'autant plus heureuse que l'iode reste im éliminateur fondant parfait. Il agit ici.
comme antidote de Fhydrargyre , en ce sens qu'il en facilite l'expulsion.
Nous avons, dans la leçon suivante et dernière, à revenir en quelques mots sur le mercure ^ puisque cet agent est surtout un médicament spécifique , et que nous terminons ces études par l'examen des médicaments à action élective et spéciale.
Je me bornei'oi à dire ici qu'en dehors des indications thérapeutiques précisées , le mercure est un médicament employé dans toutes les phlegmasies compliquées d'adynamie , de cachexie , et qui s'affirment entièrement par une tendance à l'intlammation des lymphatiques , des séreuses , des ganglions en général La péritonite puerpérale , l'érysipèle , l'arthrite aiguë poly-articulaire , même à type rhumatismal , la blépharite, l'iritis, les adénites, les phlébites et angioleucytes rencontrent dans l'appUcation de la pommade mercurielle un traitement la plupart du temps efficace.
Passons maintenant, Messieurs, à l'étude de la médication arsenicale , qu'on peut dire la plus impor-^ tante de la classe des substitutifs.
De même que le mercure, I'arsenic produit des eflets d'excitation qui le rapprocheraient des agents hypersthénisants, et des effets véritablement h yposthénisants qui se traduisent, pour peu que les doses soient exagérées ou prolongées outre mesure , par une diarrhée muqueuse, de la gastralgie, la petitesse du pouls, des sueurs froides, des crampes, du refroidissement, une paralysie spéciale. C'en serait assez, Messieurs , pour vous faire comprendre que l'ai'senie est un médicament qui ressort du cadre de nos deux premières classes. Mais en outre, ce métal est uu agent toxique , qui ne peut s'accumuler dans Torga-
Disme vivant qu'à la condition de désorganiser les tissus. Il s'élimine donc difficilement ; c'est un substitutif altérant et irritant.
Si ceHaines préparations mercurielles sont de connaissance bien ancienne , puisque les dames romaines faisaient du vermillon un cosmétique de toilette , et que Jean de Vigo au onzième siècle , recommandait Templâtre mercuriel , les préparations arsenicales ne sont pas moins anciennement connues et réputées en thérapeutique. L'historien Dioscoride désigne sous le nom d'cpmîxov, im sulfure jaune d'arsenic qui n'était autre chose que notre orpiment. Celse et Cœlius Aurélianus en reparlent. L'école arabe des alchimistes distinguait le métal de l'acide arsénieux. Les traités classiques nous apprennent que Roger Bacon ^ Albertle*grand , Paracelse , connaissaient certaines propriétés de l'arsenic. A la (in du dixième siècle , les anglais Fov^'ler et Pearson mirent en pratique l'emploi médicinal des solutions d'arséniate de potasse. C'est principalement Boudin qui a préconisé chez nous avec passion, l'emploi de l'acide arsénieux et des arséniates tontreles fièvres intermittentes. Avant cette époque, Tallemand Harless avait tenté de faire de l'arsenic le médicament en quelque sorte unique et tout-puissant. Cherchons maintenant quel est l'action physiologique de la préparation la plus facile à manier et la plus ^cace des arsenicaux, à savoir, Y acide arsénieux.
Et d'abord , comment se comporte-t-il en contact avec la muqueuse gastro-intestinale ? Cela dépend à la fois, et des doses données, et de l'état physiologique ou pathologique du sujet, de l'opportunité du mode d'administration; et enfin, et surtout, de l'idiosyncrasie de l'individu médicamenté.
A une dose qui vanûe enti'p 1 et 4:ccnligrammes, Tacide arsénieux excite la f^m, développe la soif et détermine de la salivation ; c'est là*, mauifestemejit, U preuve d'une excitation irritativa sur la muqueuse buccale œsophagienne et stomacale ; cette irritation $e traduit ensuite par /de la chaleur, une sen^tion poûT gitive à l'estomac, souvent comme des nausées. Focce* t-on la dpse de 5 à 25 • centigrammes ? on voit sur? veiûr.' des vomissements, des coliques du ténesme, la mort môme : auquel cas . on trouve la muqueuse hypérémiée et^parsemée de taches brunes avec, codw mencement:de sphacèle. .Une certaine odeur aliacée^ propre au phosphore et à T^arsemc, JLémoigne en outre de. cet empoisonnement.
Les tentatives criminelles dicmpoisonnement psir r arsenic, pourraient échouer par exagération de dose. C'est ainsi que nous tenons de la personne même qui faillit en être la victime, le fait suivant : Dans la Pologne russe, dans le gouvernement d'Augustowo, un servin teur infidèle tenta d'empoisonner son maître en intro-, duisant une dose considérable d'aeide arséBieiix..méléô à du sucre, danç du beurre. Des rôties servies avec le lait et graissées abondamment de ce beurre, furent offertes au châtelain , lequel , après quelques bouchées, vomit abondamment, et fut soulagé. Des soupçons s'étant élevés dans son esprit, il jeta à un fort clMôn de chasse le reste de sa rôtie, et ce chien mourut ea quelques heures, ayant à peine vomi, mais manifestement et terriblement empoisonné. La dose , trop forte pour rhomme, n'avait pas été suffisante pour produire les ravages que son assimilation eût nécessairement entraînés : l'estomac moins réfractaire du cliien , avait permis l'assimilation et par suite, Tinloxication mortelle.
La dose Uiérapeutiquc de l'acide arsénicux varie de 2 à 6 ou 8 milligrammes daas tes 12 heures. Si la fië\Te est intense et l'aulophagisme rapide , comme dans certaines évolutions aiguës de ta pbthisie pulmooaire, on peut élever l'acide arsénicux jusqu'à 14 milligrammes en 12 heures ; à la condilion toutefois d'interualer de fréquentes suspensions dans l'emploi d'une telle médication. Lorsque la Cè\Te n'existe pas, qu'il s^agit simplement de provoquer l'appétit et de développer l'embonpoint ou de combattre certaines névroses respiratoires non fébriles, certaines dermatoses, 4 à 5 milligrammes par jour sont la limite que se lixera un praticien prudent.
On doit toujours surveiller très-soigneusement , même quand les doses sont faibles , les eiîets de l'acide arsénieux. Si la soif devient trop vive, si le malade accuse un poids constant et douloureux à l'épigastre , des fourmillements dans les membres, certains vertiges et de la diarrhée, ne doutez pas qu'il n'y ait toujours alors un commencement d'empoisonnement, et suspendez au plutôt la médication. Suspendez-la « lors même que tes elleLs antifébricitants et la polysarcle relative, contlnueratent à se manifester. Il importe d'autant plus de se défier , notamment chez les phthislques, que le flux diarrhéique de la fonte tuberculeuse peut très-bien donner le change avec la diarrhée par empoisonnement arsenical.
Que devient, et comment se comporte l'arsenic dans le sangl II parait démontré, notamment d'après les recherches deSchmldt, qui l'a retrouvé dans le cruor tandis que le sérum n'en contenait pas de traces, que l'acide arsénieux s'attache aux globules rouges. Si l'on force la dose , il fait plus que les influencer chimique-
ment , il les détruit ; et les hémorrliagies qui sont la conséquence de ces sortes d'i menls, prouvent qu'alors l'Iiéiuo-globuUn liée en se dissolvant dans le plasma.
C'est donc bien manifestement un su l'acide arscnieux, car il se sttbsUttte en i entre les globules sangains et les élémenl ques, d'oi'i nécessairement diminution des secondairement, production moindre de animale. Comme conséquence naturelle d M. Brettschneider a trouvé une grande die carbonates de t'urine chez les sujets arsév manière continue.
Un fait d'une importance physiologique i raie, mais qui est d'un haut intérêt, c'est h si notable de la glycogénie chez les Les animaux soumis régulièrement i cette lente et auxquels on pique le plancher d] ventricule, ne donnent pa& de sucre dani Par quel mécanisme intime se produit un quable modification ? Je ne sache pas qm en ait encore fourni une théorie satisfaisi est donc réduit aux hypothèses. Ce que l peut-être dire, c'est que la composition intr du sucre ne peut avoir lieu sans une ccrtai de température que l'arsenic doit cmpéclu l'abaisse certainement, J'ajouUîrai, et celte neile vous paraîtra peut-être importante, q utilise les carbures d'hydrogène si mcrveil qu'il fixe de la graisse sur les tissus et pro blement Viulipo-safciCy (qu'on nous pai-doi logismu nécessaire). De plus, il rend les sang plus rutilants, ce «{iii fuit que les S
— «4 — jeunes Autrichiens, les Moldavalaques qui mangent de l'arsenic, se donnent ainsi de la rralchcur et du coloris.
La pratique si répandue de l'engrais des bestiaux par l'alimentation arsenicale rentre dans des faits du même ordre.
Obsen'ez encore, Messieurs, que les chasseurs des montagnes, les infàtiguabtes marcheurs de la Croatie, de la Styrie, de la Hongrie, qui gravissent sans lassitude et sans essoufllement des jours entiers les pics escarpés, sont en général des mangeurs d'arsenic. Les hommes de ces contrées sont robustes , pour la plu part bien musclés. Assurément il y a là un effet de pure gymnastique , mais on comprend bien aussi comment l'arsenic qui diminue les combustions, épargne par le fait l'oxygène et le carbone, dont les oxydations , par snite do la contraction incessante et prolongée des muscles extenseurs et fléchisseurs, sont moindres.
L'acide sarco-lacUque, qu'à la suite notamment des travaux de Rougé (de Montpellier), on a constaté se produire quand la contraction musculaire s'épuise de 'atigue, cet acide se produit naturellement en moindre luantilé chez les marclieurs arsénicophages. D'autre 3art, en même temps que la marche ascentionnelle sur les sites vivement aérés emplit les poumons d'air, et sar conséquent leur fournit abondamment l'oxygène, B ralentissement des combusiions en diminue la désetise.
Voilà donc une 'série de données physiologiques iont l'explication se présente, quand on sait qu'avant Loat, l'acide arscnieux calme, diminue, ralentit ce qiic ie professeur Gûbler appelle Vkétnato-caiisie, (oxyda- Lion des globules rouges).
En ce qui concerne non plus lu composition et les
phénomènes physico-chimiques du sang , -mais la dynamique de la circulation , il suffit de se rappeler quMl fait tomber la fièvre , pour admettre rarsenic mi nombre des sédatifs cardio-vasculaires. Le pouls, en effet, est généralement ralenti , sous le régime Hiodéré et petitement dosé de Facide àrsénieux.
Quelle est Faction de la médication arsenicale sur le système nerveux? Ici, Messieurs, nous n'avcms guère à vous faire que des aveux d'ignorance. On peut supposer, dit Gûbler , une action sthénique sur Fappareil vaso-moteur , ce qui expliquerait les effets fébrifuges et antipériodiques. Comment nier Feffet de rarsenic sur le système nerveux, en présence par exemple des crampes , des paralysies , des vertiges observés chez les ouvriers industriels qui le manient? En effet, il y a Fintoxication nerveuse arsenicale comme il y a Fintoxication plombique. En général , tous les métaux , ou métalloïdes à action irritante et d'élimination lente, altèrent à la longue les centres nerveux.
Un des côtés les plus intéressants et les mieux expérimentés de la médication arsenicale , c'est assurément son action sur le peau , les glandes et herpétismes divers, qui se développent le plus souvent sous Finfluence d'une diathèse. Si Fon observe attentivement un sujet soumis régulièrement à un traitement par Farséniate de soude ou Facide àrsénieux, on s'assure bientôt que non-seulement les glandes salivaires, mais les muqueuses en général , plus particulièrement la muqueuse bronchique, et tous les cryptes , tous les follicules glanduleux et sudoripares de la surface épidermique , servent d'organes éliminateurs à Farsènic. Ici encore, le métalloïde élimine en s'éliminant, et cette action jointe à la modification qu'il exerce sur
riiématose, peut donner la clef de son heureuse in^ fluence dans les maladies d*ordres multiples qui se lient A la diathèse herpétique.
Au même titre que le phosphore , que le mercure ^ <que le cuivre, l'acide arsénieux est un poison. Les antimoniaux, si journellement employés, ne sentais pas aussi toxiques pour la plupart, sitôt que Ton surfait la dose? Pour l'acide arsénieux comme pour rémétique> comme pour le bichlorure de mercure, le premier point est donc d'obtenir la tolérance. On scdt que les mangeurs d'opium et les buveurs d'alcool , après avoh* usé longtemps de quantités minimes, en viennent à supporter des masses d'alcool et des doses énormes d'opium dans les 24 heures. Les mangeurs d'arsenic sont absolument dans le môme cas.
Mais il faut distinguer ici la tolérance pathologique et la tolérance physiologique. Un fébricitant , un pneumophymique en consomption , modère par l'arsenic , par l'alcool, la destruction de ses propres tissus. La premièi^ cause de la tolérance est ici l'évolution morbide elle-même ; et , en outre , il devient toujours nécessaire de suspendre à des intervalles périodiquement observés , l'emploi du médicament dont la dose croissante est toujours réglée avec soin et prudemment surveillée. La tolérance qui s'établit dans de pareilles conditions chez le malade ne présente aucun danger. Si la chaleur morbide s'abaisse, si le pouls se ralentit et se règle , si la respiration devient plus ample et moins précipitée , si enfm l'embonpoint réapparaît^ on voit aussi bien vite, pour peu qu'on soit observateur , survenir des nausées , des vomissements , du ténesme , et une irritation colliquative des entrailles , par lesquels le praticien est prévenu. L'or-
ganismequi n'a plus besoin, redevient intolérant : il y aurait alors maladresse et danger à forcer l'usage de l'arsenic et à continuer des doses croissantes , ou môme simplement stationnaires. Telle est cette tolérance y que nous appelons pathologique ou thérapeutique , si remarquable dans les indications de l'opium , du tartre stibié , de l'alcool , et qu'il faut bien se garder de confondre avec la tolérance absolument physiologique.
Celte dernière , loin d'être désirable , doit être considérée comme une prédisposition fâcheuse, et un indice d'accidents souvent irrémédiables dans l'avenir. L'arsenic, en effet, comme l'opium, comme l'alcool, comme le tabac peut-être, s'emmagasine dans les parenchymes ; l'organisme s'y habitue au point de devenir impérieux et exigeant à son endroit. Il ne peot plus bientôt s'en passer. Mais si la tolérance répond ici à l'habitude , cette habitude ne laisse pas d'être funeste , car le poison reste toujours poison pour les tissus vivants : c'est-à-dire qu'à la longue , il les détériore , les desorganise , les use , les transforme et les engage dans cette voie de régression nérobiotique dont l'étisie, la cachexie, la tuberculose , le cancer, deviennent la douloureuse et suprême expression. L'alcoolique languit et refuse tout aliment , aussitôt qu'on la sevré de son poison qui est devenu en même temps son unique remède : de même de celui qui abuse du tabac, et surtout de l'opium. Les thériakis des opium-sloops , ne se soulagent de Topianisme que par un nouvel abus de l'opium. De la sorte , ils précipitent leur fin triste et dégoûtante dans le marasme et le rabougrissement. Mais de la sorte aussi, ils apaisent la cuisante douleur que l'abus prolongé du
poison allume dans leurs veines. Ainsi en est-il de Varcénicisme. Le mangeur d'arsenic veut-il , après de longues années , et sentant les progrès de la cachexie , suspendre son régime ? Il ne le peut. Car soit qu'alors l'arsenic emmagasiné dans le foie, l'encéphale, les reins, cessant d'être en quelque sorte annulé el contenu par de nouvelles doses quotidiennes , se répande pour s'éliminer dans tous les organes, et provoque les accidents d'un premier empoisonnement; soit que réquilibre étant rompu par suite de la suspension de cette action modératrice des centres nerveux, des combustions intra-organiques , la fièvre , c'est-à-dire une surélévation morbide du pouls et de la chaleur animale, s'allume et se répande dans l'organisme désemparé ; dans tous les cas , l'arsénicophage commence à se brûler lui-même , aussitôt que les oxydations et VhématO'Causie ne sont plus enchaînées par l'agent toxique.
Telle est l'impasse sans issue où jette cette prétendue tolérance physiologique, obtenue par l'habitude des poisons tels que Tarsenic et Topium : mourir dans la cachexie si Ton persiste, avec la démence paralytique comme avant-coureur d'une mort prématurée , ou succomber à Tautophagismc fébrile! Ce tableau. Messieurs, pourra vous paraître chargé. 11 le serait en effet s'il ne visait que les faits rares d*empoisonnement chronique à la suite des longs abus de l'alcool, de l'opium, de l'arsenic, dans nos pays. Mais sachez bien qu'il est des contrées , la basse Autriche par exemple, pour l'arsenic, et la Chine pour l'opium, où ce qui pourrait vous paraître ici du roman n'est que de l'histoire, plutôt amoindrie qu'exagérée dans ses effets.
Ces accidents sont redoutables , Messieurs ; raais on peut les conjurer en évitant rencombrement du poison dans les tissus, car Varsenic s'élimine. L'emploi de l'appareil de Mai'sh permet de retrouver dans le sang, moins d'une 1|2 heure après leur ingestion, lesarsénites et arséniates de potasse et de soude à réaction ;dcaline. Une partie seulement de ces sels ingérés est éliminée rapidement, notamment par la sueur et par les urines ; mais une auti'e partie n'est rejetée de Torganisme qu'après quinze jours , un mois , ainsi que Ta prouvé Orfila. L'arsenic à l'état de métalloïde n*est pas soluble et partant n'empoisonnerait pas, s'il ne s'oxydait bien vite pour se transmuter bientôt en acide arsénieux. C'est par une métamorpbose analogue que la préparation dite mort aux mouches, qui n'est primitivement que de l'arsenic, devient toxique en s'oxydant , ce qui lui enlève son éclat métallique. £t maintenant. Messieurs, nous pouvons contrôler ces données physiologiques par ce que nous apprend l'observation clinique , de même que cette dernière s'éclaire aux enseignements de l'expérimentation physiologique.
L'acide arsénieux est un médicament précieux, puissant, qu'on peut utiliser soit dans des états apyrétiques , soit dans des pyrexies cachectiformes.
Les aiïections chroniques de la peau, les dégénérescences carcinomateuses , l'émaciation , l'asthme, le catarrhe suflbcant, tirent du soulagement de l'emploi des préparations arsenicales.
On combat par le même agent les fièvres interniittentes, la phthisie pulmonaire et certaines gastro-entérites accompagnées à la fois de fièvre et d'anémie profonde avec inappétence.
On attribue à la présence d'un sel arsenical la grande puissance des eaux de la Bourboule contre Tasthme et le rhumatisme nerveux. (Ces eaux contiennent pour litre 44 milligrammes d'arsenic.) Viennent après, celles de Plombières , de Vichy et du Mont-Dore.
On s'expUque difficilement par quel mécanisme l'arsenic soulage de l'asthme nerveux essentiel. Il est impuissant contre l'emphysème. Cependant^ le fait existe. On peut admettre que l'économie de force qui résulte de l'action modératrice de l'anémie sur les globules sanguins, la thermogénèse et le pouvoir inspirateur, accroît la puissance contractile du diaphragme. J'ai vu d'ailleurs des asthmes essentiels résister absolument à cette médication. Mais là où les effets de l'acide arsénieux ne sont pas douteux, c'est dans les bronchites dites herpétiques. L'action substitutive éliminatrice du métalloïde se traduit alors avec autant d'énergie que de rapidité, par une éruption répercutrice à la surface du derme, répercussion à la suite de laquelle le malade reprend l'appétit, voit diminuer, puis disparaître, la toux, et se refait rapidement.
Le cadre de ces études ne nous permet pas de développer et discuter les appUcalions spéciales de cette médication importante. Je me résumerai donc ainsi :
L'acide arsénieux et les sels alcalins solubles d'arsenic, constituent une médication substitutive et altérante dont l'effet principal est de modérer le travail désassimilateur de la nutrition. Sous l'influence de l'arsenic, l'oxidation des globules est ralentie et diminuée ; l'hypercalorie fébrile tombe ; la production de l'urée et de l'acide carbonique baisse ; en un mot , il y a diminution , épargne , dans la dépense des agents de nutiilion. De plus , en vertu d'une action cxcitatiice sur
la muqueuse gastrique^ il y a accroissement de Tappétit, d'où peut suivre secondairement un relèvement de toutes les forces organiques. De là , la raison des effets sakitaires de l'acide arsénieux contre la fièvre et et les cachexies fébriles."
Mais en réalité, c'est un erreur grave de prendre l'acide arsénieux pour un tonique véritable. Il ne cesse jamais d'être un poison alors même qu'il n'est pas administré à dose momentanément toxiique. C'est un étranger , qui s'interpose dans les milieux intérieurs, entre les carbones de certains tissus et l'oxygène du sang. Il économise, mais il n'enrichit pas.
Aussi , en dehors de son action éliminatrice substitutive, dans le traitement des maladies cutanées, l'acide arsénieux agit-il seulement comme une sorte de contro-stimulant , préférable aux autres médicaments d'épargne pai* la continuité et la durée de son action. Il modifie à la longue les fièvres intermittentes, et diminue le volume de la rate hypertrophiée.
Mais depuis plusieurs années que je l'emploie à Thôpital , je n'ai ni obtenu ni vu obtenir aucim de ces résultats complets, nets, héroïques, qui soit dans la tuberculose, soit dans la cachexie paludéenne avec fièvre, pourraient assignera ce médicament un rôle vraiment curateur.
Chez les sujets qui accusent une prédisposition manifeste à l'émaciation , qui n'ont pas d'appétit , qui s'essoufflent facilement , sont dyspnéïques et présentent après chaque repas une élévation considérable de chaleur, l'acide arsénieux pourra donner de bons résultats , à la condition toutefois que les digestions ne seront pas naturellement difficiles et qu'il n'y aura pas tendance à Tentérorrhée chronique.
C'est à ce point de vue simplement prophylactique ou préventif, ainsi que dans les aiïections herpétiques cutanées, que la médication arsenicale est appelée à rendre les services les moins contcsUil)les. Je ne sache pas que Tacide arsénieux ait jamais guéri une phthisic au 2« degré. Quant aux fièvres intermittentes , l'expérimentation qui est faite chaque jour dans les hôpitaux , ne confirme pas aujourd'hui les espérances que l'école des arsénicites, et notamment Boudin, en France, s'était crue en droit de présenter comme devant se convertir, avec les progi'ôs de l'application clhiique, en bienfaits certains et inappréciables. En un mot, sans renoncer aux bénéfices d'un agent de substitution puissant et d'un véritable modérateur de la désassimilation nutritive, il ne faut jamais perdre de vue deux choses. La première, que l'acide arsénieux et les sels solubles d'arsenic, sont toujours toxiques; la seconde, que les arsenicaux retiennent de la force , mais n'en importent pas dans l'organisme. Ce n'est jamais qu'indirectement, par modération du travail physiologique, qu'ils peuvent placer les tissus dans des conditions telles , que les principaux appareils reprennent leur énergie fonctionnelle normale.
L'acide arsénieux qui s'administre intérieurement depuis 1 jusqu'à 7 et 40 milligrammes, selon les âges, les idiosyncrasies et les états morbides, fournit aussi à la thérapeutique chirurgicale , non-seulement comme collyre sec , mais , comme élément d'une pute caustique destructive de productions phagédcniques ou de tumeurs ulcérées suspectes.
Ces détails suffisent. Messieurs, pour vous faire comprendre les propriétés Ihénipeuliques et la moda-
.«-nutusiçique du premier genre de Voriire des iJLuiiTYins . liasse des su))stitutifs. '
nuspiiore, eu tant que toxique, se rapproûiit: doiiuup le Tarsenic. Mais les tentatives qui ont êit* M:^. ums le champ de la thérapeutique, prouvtuiî uiâiunmieDt que ce métalloïde ou ses oxydations, :ei7iB avec l'huile pour véhicule , constituent un niédimzenc très-dangereux, et dont le danger n-'est coiiL**t*aiancé par aucun avantage réel.
II ne faut pas, bien entendu, impliquer dans c^etti- /TQscription des médicaments phosphores, les Ijt^ic*lixospliites de soude et phosphates de chaux; pas jJus lue le chlorydrophosphate , le lactophosphate calcaire ou magnésien, ou le pyrophosphate de fer ammoniacal.
Bien loin d'être dangereux ou inutiles, les phosphates de magnésie et de chaux , facilement assimilables, doivent être considérés comme des agents anticacheo tiques, excellents pour combattre^ notamment dam Fenfance, le rachitisme, la pneumophymie, la tubercolose mésenthérique, et tous les états liés à une anémie profonde, par suite d'impuissance trophique du sujeL Ce sont là encore des agents substitutifs
Mais, considérant leur facile absorption et leur assimilation heureuse, nous les rangeons dans le genre suivant, celui des fondants.
Le plomb est encore un agent bien plus toxique que thérapeutique. Ce substitutif est un mauvais éliminateur. Le métal, que ne dissout point l'eau distillée, est au contraire très-soluble toutes les fois qu'un principe carboné se trouve uni à l'eau ; et c'est pour cette raison qu'il empoisonne les liquides vivants.
L'acétate de plomb ou extrait de saturne rentre dans
la série des médicaments utilisables, surtout comme agent externe. C'est dans ces conditions que les collyres à l'extrait de satm'ne rendent de véritables services comme substitutifs astringents. L*eau blanche ou de Goulard, soit seule, soit coupée d'alcool camphré, modifie heureusement les tissus contusionnés et phlogosés.
Je dirai enfin un mot du baryum, dont un sel, le chlo^ rure de baryum ^ est un modificateur des plus puissants et très-fàcheusement délaissé, comme agent de traitement de la scrofule.
CTest un toxique irritant, énergique comme le prouvent les expériences de Brodie et d'Orfila. Mais on peut en modérer les doses, et l'organisme s'habitue. Depuis 1 centigramme jusqu'à 7 et 12 centigrammes, le chlorure de baryum peut être graduellement prescrit dans les tumeurs blanches, les adénites strumeuses, les écrouelles, dont il produit souvent et promptement la dessiccation. J'ai contrôlé plusieurs faits personnels dans ce sens.
Je crois enfin. Messieurs, devoir parler aussi des résultats singuliers obtenus par moi dans le traitement de la glycogénie diabétique, avec l'aide du cldorure de l>aryum. L'emploi de ce sel m'a paru diminuer incontestablement la melliturie diabétique. Quelle peut en être la raison ? La pensée qui m'en a suggéré l'emploi est sans doute trop chimiâtrique pour que je me permette d'insister ; permettez-moi toutefois d'en reparler un instant.
La plus minime quantité de baryum introduite dans l'intestin, suffit à déceler la présence d'un acide sulfuré ou simplement soufré ; il se forme immédiatement du sulfate de baryte.
Or, si la cause générale du diabète est certainement
une lésiop de nutrilton due à une perversion fonclionnelle des grands centres nerveux, sympatliique et pneumo-gastrique, perversion en vertu de laquelle nous devenons impuissants à brûler sufQsanunenl du sucre dans le torrent circulatoire, il faut admettre aussi ciue certaines conditions mauvaises de digesULilité , nous condamnent à produire en excès la substance glycogêne, ou, du moins, les éléments nécessaires à â sa formation.
J'ai publié ailleurs une théorie chimico-physiologique de la glycogénie diabétique, dans la quelle j'émets celle hypothèse, que si les aliments féculents, etamyacés paiTenus dans le duodénum, sont susceptibles de fournir du sucre en excès , la cause en est due au conlacl catalytique d'un principe sulfuré organique fourni par la bile. Ce principe serait Tacide tauro-cholique , du tauro-cholate de soude , lequel en se dédoublant dans Tintestin grêle en taurine et en acide cholalique (^Robin), fournirait un principe soufré. Or, chez les diabétiques , ainsi que j'ai déjà eu Toccasion de le dire , la bile au heu d'être alcaline ou m^ulre , est légèrement acide. La cause première de cette acidité , dépendrait , peut-être du fait suivant : Les diabétiques ne catalysent pas sufQsamment dans les milieux intérieurs , le péix)xyde d'hydrogène ^^HO*) , qu'à Fétat normal , au dire de Schaunbein , nous devons détruire sans cesse. Une des conséquences serait de modifier le caractère primitivement alcaUn de la bile, de manière à l'acidifier légèrement.
Si vous voulez bien vous reporter à la leçon précédente , aux passages qui traitent de l'action physiologique de l'oxygène et de l'orotié*, vous retrouverez, (pages i7G el 477 de ce livret, le iTSumé de ces idées.
Ce serait non plus de la taurine , mais un acide taurinique, c'est-à-dire sulfuré , qui serait mis à jour au contact catalytique des aliments Téculents.
Comment se fait-il j maintenant , que Tadministration de 1 , 2 , 3 , puis 4 centigrammes par jour de chlorure de baryum , chez un glycosurique , diminue la quantité du sucre rejeté par les urines? (J'ai donné le baryum en pilules, uni à une petite quantité de camphre).
Faut-il admettre que le sel se décompose dans l'estomac y comme tous les chlorures , ( Rsd)uteau ) , pour augmenter la qualité d'acide chlorydrique qui s'y forme et s'y maintient normalement : auquel cas la baryte mise en liberté^ détournerait à son profit dans Tintestin grêle, ce principe sulfuré, produit du dédoublement du taurocholate de soude de la bile chez le diabétique? Il se formerait alors un sulfate de baryte insoluble , et qui serait, comme tel rejeté par les premières voies excrémentitielles ; théorie bien hasardée !
Ou bien plutôt ce fait que nous avons expérimenté sur trois diabétiques, mais que nous voudrions voir ratifié par un plus grand nombre d'observations : à savoir que le chlorure de baryum diminue positivement a quantité de sucre sécrété par les diabétiques , doit-il itre reconnu comme justiciable de l'action profondénent modificatrice exercée par les sels de baryte sur le ;ystème nerveux de l'homme. En eflet, les expérimenateurs s'accordent à reconnaître que les sels de baryte K>nt vénéneux : moins encore par l'irritation locale lu'ils produisent, et qui est peu intense , que par Taclon qu'il exercent sur les centres nerveux , et prinnpalement , sur la moelle épinière , quand il ont été absorbés. liOS symptômes de l'empoisonnement res- >cmblent à ceux que produisent les narcotiques.
Les effets sont rapides , et la mort peut survenir 1 ou 2 heures après l'ingestion de 15 grammes de chlorure de barium n. (^Vurtz, Chimie médicale, t. i, p. 499 et 500).
Or, si nous nous rappelons qu'une des grandes causes de la glycogénie diabétique est une hyperstliénie du système nerveux bulbo-rachidien , principalement , de Torigine du pneumo-gastrique ; que la parésie ou le relâchement des vaso-moteurs dépendant du grand sympathique, produit des effets analogues; et qu'il est normal d'observer que la surexcitation de l'un des deux systèmes nerveux abaisse le pouvoir de l'autre et réciproquement ; nous pourrons , sans faire intervenir notre hypothèse chimiâtrique de la formation d'un sulfate de baryte, comprendre comment la glycosurie diabétique peut trouver un soulagement dans l'emploi du chlorure de baryum : puisque le baryum qui agit comme sédatif si puissant de l'appareil nerveux bulborachidien , excite au contraire toutes les fonctions de la vie végétative.
Observons encore que Lisfrancqui traitait les tumeurs blanches et la scrofule par le chlorure de baryum, interdisait absolument à ses malades l'usage de la viande et les soumettait au régime exclusif des légumes. Il avait observé sans doute que dans ces conditions , le clilorure de baryum agissait beaucoup plus sûrement qu'avec une alimentation azotée. Et il serait trùs-possiblc en effet que la baryte étant isolée dans Testomac par suite de la ti'ansformation du principe chloré en acide chlorhydrique, pour les besoins de la chimification , l'oxyde de barium trouvât dans un acide végétal les éléments d'une nouvelle combinaison saline plus favorable au travail d'élimmation et de substitution pathologique.
Ces détails ne visent d'ailleurs, Af essieurs , à rien autre chose qu'à vous convaincre que le chlorure de baryum est un médicament d'une valeur empiriquement démontrée , et que cette valeur est telle qu'il conviendrait d'étudier a nouveau cette substance , en s'aidant des immenses progrès que l'expérimentation physiologique et chimique, a faits depuis déjà plusieurs années.
Termmons ici le genre des altérants, pour nous occuper de celui des fondants ^ deuxièine genre de Tordre des éliminateurs , dans la classe dos substitutifs*, suivant notre classification.
C'est encore , je l'avoue un vieux mot , que le mot de fondant. Il ne rattache point à lui une de ces signi« fications chimiquement ou physiologiquement définies , qui permettent de caractériser absolument et exclusivement la propriété d'un agent médicamenteux.
Voici comment s'exprime sur son compte Ch. Robin, toujours si précis et rigoureux dans les termes :'« fondant : médicament interne ou externe , auquel on attribue la propriété de résoudre les engorgements, surtout ceux qui se manifestant lentement et sans symptômes inflammatoires. On supposait autrefois ces engorgements produits par \m épaississement de la lymphe^ et l'on admettait que les fondants peuvent rendre à cette humeur sa liquidité primitive. Les fondants sont en général des stimulants , qui produisent quelquefois l'effet dont il vient d'être parlé , mais d'une toute autre manière : en ranimant f énergie vitale dans la partie y ou en y changeant le mode de vitalité. x>
Ainsi s'exprime le Dictionnaire de Médecine de Litlré et Robin : faire des iodurcs , des chlorates , des hypo-
phosphites, de simples stimulants, ce ne serait vraiment ni exact ni complet : mais Tidée substitutive et éliminatrice des agents de médication dits, fo^idants, se trouve du moins indiquée par ces mots que nous avons intentionnellement soulignés : raniment Véner" gie vitale dans la partie, en y changeant le mode de vitalité. La double idée de pouvoir éliminateur et d*action substitutive, est manifestement impliquée dans ces termes.
M. Rabuteau , qui s'est systématiquement emprisonné dans un seul ordre de caractères , ne tenant compte que de la modification exercée physiologiquement par le médicament , soit sur Tinnervation , soit sur la nutrition, au risque d'associer les agents thérapeutiques les plus disparates , fait , des fondants , des modificateurs de la nutrition , la ralentissant et la modérant ainsi que l'hématose. Dans cet ordre se trouvent accolés : les alcooliques, les caféîque, les iodiques, les arsenicaux , les chlorates , les azotates , les alcalins et les médicamets dits tempérants, enfin, le mercure et les métaux divers. Placer l'alcool côte à côte avec le mercure, et faire du café le similaire du chlorate de potasse, c'est large , par trop large. Messieurs, car l'esprit s'y égare : il est évident que Tiodure de potassium n'est pas simplement un modérateur de la nutrition, il est bien plutôt un dénutritif: à preuve qu'on l'emploie très-efficacement pour évacuer la glande mammaire, tandis que le café et le bon vin favorisent clie2 les nourrices le travail galactogène. Inutile donc Je m'arrcter plus longtemps sur une division incomplète.
Trousseau et Pidoux confondent ensemble sous le nom (le médication altérante l'action des substitulifi^ altérants et fondants ; ils y ajoutent même l'idée de
spécificité thérapeutique : le mercure, l'huile de foie de morue, l'or, l'iode et l'arsenic ne constituent qu'un groupe d'ailleurs naturellement établi. Mais Trousseau et Pîdoux ne font pas de classification; Us en proclament la vanité, et rien d'étonnant si leur division n'est pas complète.
Dans un travail justement remarqué et que nous n'avons pu analyser en son lieu, parce qu'il n'était pas encore livré à la publicité quand nous éditions notre chapitre des classifications, le professeur Fonssagrives (de Montpellier), fournit une sériation qui paraît absolument neuve, tant elle est hérissée de uéologismes habilement composés.
Cest un tableau d'un groupement méthodique des médicaments suivant le but clinique auquel on les destine.
Celte division admet trois classes : la première comprend les médicaments ëtiocratiques ou dominateurs des causes morbides: la seconde, les médicaments BIOCRATIQUES OU modiricatcurs des fonctions : la troisième , les médicaments noso-poîétiques , ou qui susdtent des maladies artificielles.
On s'aperçoit facilement que sous ces dénominations originales , se cachent les divisions thérapeutiques généralement adoptées; à savoir, pour les agents spéciaux ou spécifiques , c'est-à-dire qui attaquent ou sont réputés attaquer la maladie directement, dans sa cause, les ëtiocratiques : pour les modificateurs de rinner\'olion , de la myotilité et de la nutrition, agents d'hyperthénisation et d'hyposlhénisation, les biocratiques ; et enfin, pour les t-ubstitutifs irritants ou altérants , les noao-poiétiqnes.
Si nous cherchons les médicaments fondants , pai-mi
les innombrables subdivisions introduites dans ces trois classes par M. Fonssagrives , nous les retrouvons premièrement, clans les neutralisants des diathèses, parmi les antiscrofuleux , et dans le groupe neutralisant des virus, avec les antisyphilitiques les uns et les autres, de la classe des étiocratiques. Nous les rencontrons aussi dans plusieurs ordres de la 3« classe, notamment dans celui des dystrophiques, genre des atrophiants. Mais c'est essentiellement parmi les agents de la 2® classe , les biocratiques , à la section des modificateurs de Tétat du sang , genre des fibrO'lysiques ou fluidifiants, que le savant Professeur fait figurer les médicaments que nous continuerons de désigner simplement sous la dénomination sans doute moins savante , mais plus consacrée dans le langage clinique, de fondants.
Expliquons-nous donc bien à ce sujet : Les substances que nous présentons dans ce groupe sont principalement l'iode et les iodures ; le brome et les bromures, les chlorates et chlorures alcalins , les phosphates et hypophosphites ; les azotates et antimonitites de potasse et de soude , le biborate de soude , le carbonate de lithine , le benzoate de soude.
Tous ces agents , appartiennent au règne minéral; comme tels, introduits dans Forganisme , ils ne peuvent agir que par substitution , et en tant qu'éliminateurs. Voilà donc bien des rapports avec les altéranUj qui viennent de nous occuper dans le genre précédent : mais ils en diffèrent, en ce sens que ce n'est plus ici le métal et l'oxyde métallique qui agissent comme instrument principal de médication : c'est tantôt un métalloïde facilement éliminé, tantôt un sel alcalin. Celuici se dédouble dans l'organisme en une partie rapide-
ment rejetée et par suite, favorisent les bypercrioies ; c'est ordinairement la base du sel qui se recompose avec un acide organique, pour être sécrétée par le rein). Quant à «on autre partie, le Boétalloîde jouant le rUe d'adde, Texpérimentation physiologique a prouvé qu'elle séjourne beaucoup plus longtemps dans Tintimité des tissus vivants , à la manière des purs altérants. On comprend que de tels agents se présentent à la nutrition dans des ooncUtioDS qui en rendent l'absorption moins dangereuse que ne Test celle des métaux substitatiCs purement altérants et irritants, tels que le platine , For l'argent. Leur assimilation n'est pas laborieuse, et ils s'éliminent, du moins partiellement, avec une grande facilité.
Cette assimilation est essentiellement dialytique. Us exercent sur Fhématose une modification autant physiqpie que chimique ; ils rendent le sang plus alcalin , accroissent les proportions du sérum, et diminuent la consistance de . la fibrine ; mais non pas absolument comme les contro-stimulants tels que les antimoniaux, dont nous avons parlé à la classe des hyposthénisants. Ceux-là en effet sont plutôt des agents chimiques de déplasminisation : ils déterminent Thypo-globulie , en faisant tomber la température , en abaissant le pouls , en éteignant la fièvre.
Pour bien saisir la différence que nous établissons entre les substitutifs , éliminateurs fofidants et les hyposthénisants contr<hstimulants , il suffit de rapprocher l'iodure de potassium qui agit plutôt comme reconstituant , dans le traitement de la syphilis , que comme débilitant , il suffit, dis-je, de le rapprocher du tartre stibié à dose rasorienne, dans le traitement do la pneumonie ou du rhumatisme aigu. Les fondants ne
sont nullement débilitants : ce sont des substitutifs minateui's facilement assimilables , fecilement éliml dans l'un de leurs principes , tandis que par Tautrô ^ pénètrent profondément les tissus, à la manière d^ altérants.
Les iO'iiques sont bien le type de cette médicatioj^ Pour me conformer à notre programme de pharmacodynamie générale , je parlerai seulement et en peu de mots de l'iodure de potassium. Ce sel est excitant comme l'iode, sans être irritant comme ce dernier du moins à dose médicinale. Tandis que la teinture d'iode, soit qu'on l'injecte dans les cavités closes telles que les séreuses, après évacuation du liquide épanché, soit qu'en on en badigeonne la peau pour produire une révulsion substitutive , provoque une irritation inflammatoire rapide et parfois intense, l'iodure de potassium ingéré dans l'estomac est fort bien supporté par les voies digestives. Il faut forcer les doses , pour que des symptômes nauseux ou de diarrhée coUiqualive viennent à se manifester.
Si un malade atteint de syphilis ou de rhumatisme articulaire lié à une diathèse suspecte, absorbe quotidiennement l'iodure de potassium à la dose modérée d'un gramme dans les 24 heures, pour 75 grammes de véhicule, loin de diminuer, l'appétit augmentera. Sous l'influence d'une désassimilation à la fois régulière et active, le travail réparateur de l'assimilation pourra prendre une singulière activité ; et l'on verra le malade acquérir de l'embonpoint, en même temps qu'il perdra la teinte cachectique spéciale aux diathèses strumuse, syphilitique et lithique.
Mais si l'on force la dose, il peut survenir une fièvre artificielle : les yeux larmoient, le nez est
enchifrené , la gorge s'irrite , et la laryngite spécifique peut se compliquer momentanément de laryngite iodique.
Bientôt, l'élimination commence par les émonctoires normaux : des taches rosées lenticulaires, des papules, quelquefois même des vésicules apparaissent; en même temps , les yeux se congestionnent ; la cépha. lée se déclare intense; le sujet éprouve des bourdonnements , des étourdissements , il y a ce que Lugol nomme Vivresse iodique. C'est là l'iodisme aigu.
Si la médecine n'avait pas soin de modérer les doses, de suspendre de temps en temps ce traitement iodé , dont les résultats demandent pour être vraiment efficaces , un usage prolongé , on pourrait voir survenir un amaigrissement progressif, de la chloro-anémie , une faim boulimique et sans eflet pour la nutrition des organes. C'est ce que Coindet et RiUet ont appelé Yiodisme chronique.
On voit bien par le simple énoncé de ces faits , que la médication iodique et la médication iodurée procèdent véritablement des caractères généraux que nous avons assignés aux substitutifs. Ils donnent, selon les cas et le mode d'emploi , tantôt des elTets hyposthénisants , tantôt des effets hypersthénisants.
n ne faut donc pas chercher dans des modifications purement dynamiques la dominante de leur puissance physiologique.
Cette dominante est tout entière dans l'association du double caractère qui appartiennent aux substitutifs fondants, à savoir, une action de contact propre à tous les métaux ou métalloïdes entraînés dans la grande circulation ; et une action d'hypercrinie spéciale aux substances dialytiques rapidement éliminées en même temps qu'éliminatrices.
Si riode fait fondre les goitres ; si Tiodure de potassium désobstrue les glandes mammaires gorgées de lait, réduit les gommes syphilitiques, atrophie les testicules atteints d'orchite , ce n'est pas seulement , dit Gûbler , parla disparition dos vésicules adipeuses ou des éléments embryonnaires qui n'ont pas encore droit de domicile dans réconomié ; on doit admettre en outre qu'il y a résorption des produits de sécrétion des glandes. Aussi, ce que Ton doit surtout considérer, dans Faction thérapeutique des iodures et des hydriodates, c'est le mode d'absorption , c'est le procédé d'élimination.
Tandis que certains iodiques , par exemple les iodures alcalins, s'éliminent en nature, il en est qui abandonnent leur base pour s'associer à la soude du sang. Les iodures de plomb, de mercure , et les iodures de fer , tout au moins en partie , se comportent ainsi. On retrouve le plus souvent dans les urines l'iode à l'état de sel : on ne l'y retrouve pas toutefois tout entier. Tiedmann , Gmelin , Wohler , Wallace , ont constaté expérimentalement l'élimination de l'iode, non-seulement par les reins , mais par les glandes lacrymales, salivaires, mammaires, sudoripares : par les muqueuses nasale et bronchique. Le sperme même en élimine, mais une très-petite quantité. On le rencontre dans les matières fécales tout aussi longtemps qu'il apparaît dans l'urine. Cl. Bernard a expérimenté l'iodure de potassium sur des chiens au point de vue de l'élimination. Il a prouvé que les glandes salivaires , pai- exemple , l'éliminaient bien plus tardivement, que le rein; car on peut en retrouver dans la salive huit jours après que l'urine n'en décèle plus.
Et c'est la raison de ces phlegmasies et de ces
éruptions substitutives souvent assez tardives, que développe sur les muqueuses et à la peau , Félimination de riode. Il ne faut donc pas perdre de vue que si les iodiques en particulier et les fondants en général se séparent des tissus vivants plus facilement et plus rapidement que les métaux altérants , ils les contaminent cependant, et les modifient tout autrement que les purgatifs salins , les diurétiques alcalins , dont Taction sur les fonctions est « si je puis dire « purement impressionneUe.
Les hTomxjLTe» de potassium , de sodium , d'ammonium^ de calcium, sont à beaucoup d'égards les synergiques et les congénères des iodures des mêmes bases. Il importe toutefois, de ne pas perdi*e de vue que, sous d'autres rapports, le bromure de potassium diffère spécifiquement de Viodure, au point de devenir en quelque manière, son antagoniste. Aussi, le bromure de potassium que nous avons vu figurer parmi les contro-stimulants , genre des sédatifs cardio-vasculaires, se place-t-il encore dans la classe des spéciaux, comme anti-épileptique. Tandis que l'iodure de potas* sium active la circulation en augmentant le ton des capillaires, le bromure est atrésique des mêmes vaisseaux, principalement pour la moelle et pour le bulbe qu'il décongestionne. De là secondairement, une action profondément sédative et déprimante sur l'innervation cérébro-spinale.
J'ai recueilli, il y a déjà plusieurs années, dans le service de la salle 7, à l'hôpital Saint-André ( de Bordeaux ), l'observation d'une jeune femme atteinte de goitre exopbthalmique , avec accidents éclamptiformes qui simulent l'attaque épileptique. Cette jeune femme était soumise au traitement de l'iodure de
potassium, non-seulement pour son affection goitreuse, mais aussi en raison d'une lactation gênante dont il importait de la débarrasser. Les accidents convulsifs, du côté du bulbe et de l'encéphale, nous parurent commander remploi du bromure potassique , et nous le prescrivîmes concurremment avec Tiodure. Mais l'observation clinique nous démontra bientôt que l'action d'un des deux médicaments enraye les effets de l'autre. L'iode cessa d'atrophier la glande mammaire, et le brome parut impuissant sur le bulbe : il fallut renoncer au bromure.
Les phosphates de chaux et de magnésie^ Thypophosphite de soude, le chlorhydro phosphate de chaux, agissent comme régénérateurs des tissus osseux, antirachitiques et anti-strumeux , par un mécanisme analogue à celui des iodiques et des iodates. J'en dirai autant du borate de soude qui possède en outre des propriétés légèrement astringentes.
Terminons cette caractéristique du genre des fondants substitutifs par un mot sur le carbonate de lithine et sur le benzoate de soude. Nous serons d'autant plus bref sur leur compte que l'un et l'autre ont mieux leur place parmi les spéciaux , comme antiUthiques et antigoutteux.
Le carbonate de lithine qui se trouve à l'état de dissolution dans certaines eaux alcalines (Vichy, Carlsbad), a été introduit dans la thérapeutique française par Garrod. En Angleterre Andrew Ure , Lipowilz en Pologne, l'ont également préconisé.
Ici , c'est la chimie médicale qui a conduit par induction , à l'application clinique. La lithine a une telle affinité pour l'acide urique, que son pouvoir dissolvant à l'égard de cet acide est six fois plus fort que
celui du carbonate de soude. Un gramme de carbonate de lithine , à la température de 39 degrés, qui est environ celle du sang vivant', dissout quatre grammes d'acide urique. D'un autre, côté les uratcs de lithine sont on ne peut plus solubles. C'est donc logiquement qu*on a été conduit à combattre la diathése goutteuse ou dyspeptique par le carbonate de lithine. Garrod a fait macérer dans Teau , en contact avec le carbonate de lithine , des cartilages infiltrés de concrétions to* phacées d'urate de soude : quarante huit heures après, les concrétions étaient dissoutes. La potasse agissait beaucoup plus lentement; la soude était presque inerte. (Rabuteau). On a traité de la sorte des goutteux et des graveleux; le succès a répondu, mais seulement dans les affections chroniques.
C'est que le carbonate de lithine s'attaque à un effet et non à une cause morbide. La lésion de nutrition en vertu de laquelle on devient goutteux ou graveleux, n'est point conjurée par le carbonate de lithine. Car ce sel est impuissant à empêcher la production en excès de l'acide urique, lésion fonctionnelle et organique qui dépend d'une assimilation défectueuse des principes azotés fournis parles aliments.
Il n'en reste pas moins acquis qu'à la dose de 4 à 10 centigrammes en poudre, 4 fois par jour le carbonate de Uthinie diminue la gravelle, retarde les attaques de goutte, surtout si l'on soumet en même temps le malade à un régime diététique suivi.
On a essayé aussi, à l'aide de l'appareil pulvérisateur de Forster, de dissoudre les pseudo- membranes pharyngées et laryngées de la dipthérite, dans l'angine couenneuse et le croup.
Le carbonate de lithine est donc un médicament
d'une réelle valeur. Son emploi ne dispense pas toutefois du régime et de Texercice gymnastique qui sont la base première de tout traitement intelligent de la diathèse urique. 11 y a toujours des graveleux et des goutteux malgré le carbonate de lithîne, mais on peut du moins alléger leurs soufirances. Aucune médication n*e8t plus apte à montrer à la fois l'utilité des applications de la chimie à la médecine, et la vanité des prétentions absolues de la chimiâtrie.
Le benzoale de soude est encore un substitutif fondant dont les indications thérapeutiques sont prédeuses pour combattre la diathèse urique et ce que M. Rabuteau appelle la diathèse phosphatique.
Chacun sait que les matières fécales des ruminants, de certains pachydermes, tel que le cheval, lorsqu'elles ont été impreignées pendant un temps assez long, d'urine^ exhalent une odeur de benjoin et de cinname. La cause en est que l'acide hippurique s'est transformé en acides benzoïque et cinnamique.
Ce fait ayant été observé, des expérimentateurs se se sont assurés que l'acide benzoique et l'acide cinnamique se métamorphosent à leur tour, dans le sang de Thomme, en acide hippurique. De là la préconisation du benzoate de soude et de l'acide benzoïque contre la gravelle. Malheureusement, si l'on a bien établi la transmutation de l'acide benzoïque en acide hippurique, on n'a pas démontré de même, quoi qu'en puissent prétendre Bouchardat et Garrod , que l'acide benzoïque transforma en acide hippurique, lesurates de l'économie. La nuance est forte. Qu'importerait en effet, que le benzoate de soude se changeât en hippurate, si les urates des graveleux ne sont pas eux-mêmes e{ par le même agent, composés en hippurates?
Quoi qu'il en soit de cette question encore en litige au point de vue expérimental, Tobservation clinique a enregistré de bons effets de Feraploi du benzoate de soude (X>ntre la djfspésie graveleuse. 1 gramme d'acide benxoîqae ; 4 grammes de benzoate de soude en potion, donnent des effets importants à consigner.
B. Ororedes révulsifs. Nous venons, Messieurs, d'étudier ensemble des agents médicateurs dont Taction suBSTrrunvE ne se produit que par des effets intraorganiques. Le torrent circulatoire reçoit, par la voie gastrique, endermique, hypodermique ou intraveineuse une siÂstance métallique ou métalloidique, sous forme de sel, d'oxyde, de base, de radical simple. Si le métal est sans combinaison préalablement à son ingérence dans les voies digestives, il se comporte comme altérant ^ c'est à«dire comme étranger , irritant les surfaces qu'A touche. Son absorption s'accompagne souvent de phénoménes toxiques; son élimination est lente et difficile.
Si au contraire il s'agit d'un sel alcaUn ou neutre, dont la base facilement soluble soit aussi facilement éliminable, tandis que le radical ramené à l'état de métalloïde ou de métal, pourra séjourner un peu plus longtemps dans l'organisme, mais sans accidents toxiques, on est en présence d'un fondant.
Les altérants et les fondants^ tels sont donc les deux genres du l^^* ordre, celui des éliminateurs, dans la classe des substhutifs. Mais nous avons déjà expliqué quel sens plus large il convient d'attribuer thérapeuttquement à l'action substitutive. Tout agent d'irritation, légère ou profonde qui sollicite et provoque le déplacement rapide ou le prompt détournement d'une cause ou d'un produit morbide, relève des actions substitutives.
Et de même que nous venons d'étudier les substitutifs agissant par voie interne , de dedans en dehors par élimination, de même nous allons analyser, comme deuxième ordre des Substitutifs d'autres moyens thérapeutiques, lesquels agissent au contraire de dehors, sur les éléments anatomiques et les appareils organiques. S'ils sont mis en contact par le tube gastrointestinal, avec les centres digestifs, ils agissent par un entraînement rapide, en dérivateurs.
Cet ordre est celui des révulsifs, que nous subdivisons en deux genres : Iranspositifs et dérivatifn. Caracléiisons d'abord la révulsion.
Revoluere , révulser , signilie à proprement parler : appeler an dehoi'S.
l^ médication révulsive, dans le sens le plus générai est donc celle qui a pour objet de provoquer sur Torgamsme une action de déplacement morbide. Nous disons que ce déplacement est provoqué ; et , comme le sens du mot l'indique, il suppose une intervention prompte, rapide, et en quelque sorte brusque. De là ridée d'irritation locale, plus ou moins ^ive, qui s'attache a la révulsion. Cette intervention étant le fait de Turt, elle a en outre pour caractère d*étre physio* logique, plutôt que pathologique. C*est pourquoi nous ne croyons pas acceptable la dénomination de nosopoié tiques donnée par M. Fonssagrives à toute une classe de médicaments qui ne sont autres que des irritants transpositifs. Nosopoîétique veut dire qui génère une maladie. Or, en aucun cas, un médicament ne peut jouer ce rùle. La douleur qu'il développe, l'irritation qu'il suscite, les lésions organiques que son application topique fait naître, rien de cela ne constitue à vi*aidii*e lu uiaUi'iic : et si cette dernière surgit, le
iné'licariient non crsl (jne la cause indirecte; aii(a> contraire, ce n'est plus un agent médicateur, c est un agent toxique. Ainsi en est-il de Tempoisonnement cantharidien, des fausses membranes dipbthéritiques ^pii, dans de^conditions données, peuvent suivre l'sq[»plication d'un vésicatoire.
L'idée de la révulsion thérapeutique est tout entière dans Taphorisme hippocratique : Duobus doloribxASy ou mieux lahoribus simul oborliSy veliementior obscurat altertÂim a deux douleurs, deux irritations sévissant en même temps, la plus vive eflace l'autre . »
Tel est le sens général de la révulsion. Il importe maintenant de la définir en en limitant Tapplication.
Beaucoup de thérapeutistes comprennent au nombre des révulsifSs tous les agents caustiques. Il est incontestable en effet que l'application du cautère actuel produit toujours une révulsion, et même une révulsion violente. Mais dans l'efiet des caustiques, ce n'est pas la révulsion physiologique qui domine , c'est la spoliation , la désorganisation par eflet physique ou chimique , d'un tissu, d'un élément anatomique. En outre, les caustiques sont essentiellement des agents topiques , dont les effets sont circonscrits, tout aussi bien que l'application en est locale. Or, si les révulsifs sont souvent aussi des agents locaux par leur mode d'intervention ^ Us sont appelés à exercer une action générale et prompte sur tout l'organisme. Il convient donc de les distraire en les distinguant des caustiques.
D'autre part, l'usage généralement admis aujourd'hui d'assimiler absolument la dérivation à la révulsion comme n'étant qu'une seule et même chose, ne tient pas suffisamment compte de certains distincts positifs, et qui constituent plus que des nuances entre dcu.>L
aclions d* ailleurs voisines. La dérivation est bien une révulsion douce, mais toute révulsion n*est pas nécessairement dérivative. Le déplacement opéré par un dérivatif n'est autre chose que le détournement par un agent qui intervient dans les milieux intérieurs, d'uo élément ou d'un cause morbide. (Test ainsi qu'un purgatif hydragogue tel que la scille et le colchique, Taloés le jalap, le nerprun, sont des dérivatifs, pour attaquer Tascite idiopathique; les émissions sanguines, le sainbois au bras y les cautères à la jambe , pour détourner une fluxion chronic[ue, une phlegmasie invétérée, pour combattre la localisation d'une diathèse, voilà ce qu'on doit entendre par dérivatifs ; c'est je le répète , une révulsion douce.
La révulsion subite , énergique et irritante en vertu de laquelle un mal intérieur est appelé en dehors, oa annulé , ou même supprimé , est de tout autre genre, quoique de même ordre. Trousseau et PidouxToot très-bien nommée transposilive. La révulsion transportée est prompte , souvent violente , douloureuse ou du moins très-sensible; elle est due à une application topique externe, généralement du moins. Tels :
Un vésicatoire volant ; une douche froide après sudation, une ventouse sèche, un emplâtre de thapsia, des agents de révulsion transcurrente.
Autre caractère difTérentiel très-important, par lequel il convient de séparer la révulsion transpositive de la révulsion simplement dérivative : la première se fait en agissant topiquement le plus près possible du p<Hnt douloureux: c'est ainsi qu'on applique un cautère, un moxa, un vésicatoire ; la seconde au contraire doit se pratiquer aussi loin que l'on pourra du foyer du mal: c'est ainsi qu'on appliquera des sangsues à l'anus, aux chevilles, pour décongestionner l'encéphale.
L'emploi du calomel comme purgatif cholagogue, chez les enfants menacés de méningite encéphalique aiguë, agit de la sorte comme dérivatif puissant. C'est ainsi, enfin, que l'on promène des sinapismes à la face interne des cuisses , aux mollets , sur la face doi*sale des pieds, dans le but de décongestionner le pôle supérieur de l'organisme en sollicitant au pôle inférieur, par une action excitatrice sur les capillaires, un afflux sanguin abondant et rapide.
Ce court exposé suffira, je l'espère. Messieurs, pour laisser dans vos esprits une idée nette de ce que l'on doit entendre par médication révulsive en général. Vous serez fixés aussi sur la convenance qu'il y a, pour la bonne intelligence des faits cliniques, à diviser la médication révulsive en transpositive ou dérivative^ selon le genre et la modalité du phénomène physiologique. Vous comprendrez enfin pourquoi nous avons séparé , en faisant un ordre à part sous le nom de caustiques^ les agents de révulsion qui se comportent avant tout comme spoliateurs, désorganisant les tissus qu'ils contaminent.
Ainsi, Messieurs, vous savez bien que ceux là seuls sont des révulsifs transpositifs qui , agissant près d'un foyer morbide, font appel à un mal primitif en opposant à une évolution pathologique donnée , une irritation physiologique qui couvre en quelque sorte ce premier mal par une excitation plus douloureuse de la sensibilité.
Par là vous avez une idée de la nature ou du genre d'action de la révulsion transpositive.
Mais par quel mécanisme continu se font ces transpositions? Quel en est le déterminisme? Ici, la réponse est beaucoup moins facile, et Ton en est en
grande partie, réduit à des hypothèses. « Nous serions fort embarrassés , dit Trousseau , d'exposer par quelles voies intimes agissent les révulsifs. Les explications des pathologistes n'ont.point éclairé la question, et nous [avouons avec franchise que vainement nous avons cherché TexpUcation des phénomènes de Ivansposition. Ce phénomène se reproduit spontanément dans le cours des maladies , et ordinairement au début ou au déclin , rarement dans l'activité. C'est un fait que l'on peut constater ; mais c'est un fait aussi parfaitement inexplicable que la plupart des autres actes organiques intimes.
» Pour l'école physiologique , si dans le cours d'une phlegmasie , il s'en développe spontanément ime autre a la suite de laquelle disparait^la première, c'est là une révulsion transpositive; car révulsion et métastase se confondent pour Broussais. Mais il y a de la part de ce pathologiste un sophisme qui porte sur l'ordre, d'apparition des phénomènes. Prenons pour exemple les oreillons :
» Nous savons tous que quelquefois la phlegmasie de la région parotidienne se transporte chez l'homme sur le testicule ; chez la femme sur la glande mammaire. Si l'inflammation commençait au testicule pendant que la flux.ion parotidienne est dans toute sa force, et si celle-ci ne diminuait que lorsque l'autre aurait atteint un certain degré, on aurait droit de penser que l'inflammation de la glande séminale a révulsé celle de la parotide ; mais remarquez que souvent la disparition ou tout au moins l'aflaissement presque total des oreillons , précède la douleur et le gonflement des testicules ; et dès-lors , comment expliquer le fait sinon comme quelque chose de tout-à-fait différent de la
révulsion , et corament ne voit-on pas que les pathologistes avaient eu raison de séparer la révulsion de la métastase?
» Il faut ensuite tenir compte de ce que la fluxion inflammatoire peut persister alors que toute irritation a cessé : c'est dans ce cas que l'irritation même la plus légère pourra révulser aisément ce que le vulgaire des médecins considère comme une active inflammation. Mais nous verrons que dans ce cas même , nous n'en expliquons guère mieux le phénomène.
» En eflet , en prenant la chose au point de vue de l'école physiologique, et en admettant que l'activité de la révulsion est toujours en raison de la quantité d'irritation , on se demandera comment il peut se faire qu'une irritation d'abord en quelque sorte à l'état embrionnaire, puisse germer, croître, se développer et finir par prendre une tension à ce point prépondérante qu'elle atténue les autres , et cela pendant qu'il existe une phlegmasie puissante par laquelle elle devrait être facilement révulsée. Si Ton doit poser en principe qu'une irritation plus forte en révulse une plus faible , jamais en vertu de cette loi , une phlegmasie une fois établie ne souflrirait, qu'une autre phlegmasie prit droit de domicile dans l'économie.
n Or, il n'en est pas ainsi : nous voyons plusieurs phlegmasies marcher de front , en conservant chacune sa teneur , en se modifiant peu l'une l'autre ; si ce n'est dans certaines expressions phénoménales. C'est que parmi les causes morbides , il en est de fatales, à la suite desquelles naissent et se développent des maladies indépendamment de toute circonstance intérieure. Ainsi, nous voyons marcher ensemble la variole et la dothinenterie, la variole et la vaccine , et
comme dans l'exemple fameux rapporté par Bretonneau, la variole, la dotliynenterie et la dyssenterie, chacune avec ses formes, ses caractères spécifiques. Alors on comprend que la révulsion dans ce cas, ne s'exerce que sur la fluxion inflammatoire, par exemple, mais non sur la maladie qui marchera quand même. »
Ainsi, parlent Trousseau et Pidoux. Mais quoiqu'il puisse \ous paraître téméraire de chercher après ces maîtres une tliéorie physiologique, tout en reconnaissant le danger de pareilles explications, vous nous permettrez, Messieurs, d'essayer d'être plus explicite.
Et d'abord il ne saurait être question sérieusement de confondre la révulsion physiologique avec la métastase ou les sympathies pathologiques. Les métastases sofU des répercussions y non des révulsions^ et ne chassent pas le mal au dehors : elles le transportent dans un autre foyer intérieur. Lorsqu'un acteur goutteux prend, douze heures avant la représentaticHi où il doit figurer, une dose exagérée de coloquindne ou liqueur de Laville, afin de pouvoir appuyer sur le parquet de la scène un pied ferme et alerte , si soudain surriennent des accidents formidables soitaa cœur, soit aux poumons soit aux méninges , coïncidant avec la disparition de la douleur au pied , vous aurez une métastase. Qui donc voudrait voir là une révulsion? Je dirai de même des sjfmpatkieSf les gastralgies sympathiques de congestion ovarique ne ressemblent par d'avantage a des phénomènes révulsils.
Comment donc comprendre la révulsion? Un sujet vient d*ètre subitement atteint de pl^vésie aiguë avec épanchement considérable. La matilé est absolue, 1 auscultation révèle un brait de souflle caraclérislique, appliquez un large vésicatoire sur la face postérieure
de la plèvre envahie : sept fois sur dix ^ si le sujet n*a pas perdu toute force réactive , la sérosité considérable que la vésicalion entraînera au dehors, diminuera la matité et dégagera partiellement la cavité pleurale.
Qu'est-ce donc à dire? Vous ne nous prêtez pas, Messieurs, Tinepte pensée que Faction vésicante a été puiser directement le liquide sous lai plèvre : Fépiderme, le derme, le tissu adipeux, les muscles, les séreuses interposées entre la cantliaiîde et le liquide inclus ne le permettraient pas. Ce ne serait plus d'ailleurs en présence d'une action substitutive, mais simplement d'un phénomène d'évacuation, que nous serions placés.
Et cependant, essayez de couvrir la face postérieure de la poitrine d'un vésicatoire à gauche, alors que Tépanchement existe dans la plèvre droite , et vous constaterez que l'effet de la vésication aura été nul. Essayez de même de vésiquer la peau au-dessus d'une plèvre où l'épanchement séreux n'a pas eu lieu , et vous constaterez que la phlyctène vésicante a sécrété beaucoup moins de liquide que dans le cas d'un épanchement pleurétique.
11 y a donc un rapport réel, certain, et qu'on peut dire constant, chez tous les sujets que la vitalité n'a pas abandonnés, entre la vésication susthoraciquo et l'épanchement dans la plèvre. Et puisqu'il serait insensé d'admettre une évacuation par voie directe , quelle est donc le mécanisme physiologique de cette transposition?
L'expUcation suivante nous parait naturelle. Dans tous les cas elle est simple , et conforme aux données actuelles de la science.
Toute révulsion cutanée en vertu de laquelle Vépiderme est spolié, constitue une opération douloureuse. La chaleur s'élève, le pouls s'accélère, les tissus contaminés se tlogosent sous l'action d'une vésication énergique et d'une certaine durée. La douleur est très-vive, preuve certaine que les fibres ascendantes de la moelle que Luys a si heureusement baptisées du nom de doUmfèreSy sont très-excitées. Or, noti*e grand maître en physiologie expérimentale. Cl. Bernard^ a bien démontré qu'entre le système nerveux cérébro-spinal et le système sympathique existe un antagonisme physiologique tel, que la surexcitation de l'un entraine laparésie de l'autre, et réciproquement.
La parésie des filets sympathiques de la région en rapport avec la surface vésiquée est donc la conséquence forcée de l'irritation , de la surexcitation douloureuse produite sur les faisceaux médullaires par l'agent vésicateur. Or, cette parésie entraîne une dilatation, une sorte d'inertie des capillaires sanguins de la région, lesquels accumulent le sérum avec le sang dans le voisinage de l'organe artificiellement phlogosée La trame des lymphatiques, partout en rapport avec les vénules, se gorge de même de liquide.
Cela explique seulement comment un vésicaloire appelle un épanchement liquide à la surface de fépiderme spolié et du derme congestionné. Mais comment le liquide sous-jacent, prisonnier dans la plèvre, peul-il être en partie réduit sous cette action? Pour répondre à cette question, il est nécessaire de se reporter à la structure anatomique des séreuses.
Le tissu séreux, ditCh. Robin, a pour élément fondamental des fibres lamineuses généralement disposées en faisceaux et s'entremêlant sous des angles très-
nets. Des fibres élastiques (lexueuses les accompagnent ou y forment une trame anostomotique réticulée.
Ces membranes sont très^vasculaircs : c'est à tort que le conti*aire a été avancé. Les capillaires y forment un réseau à mailles serrées, polygonales, anguleuses, à angles généralement très-nettement dessinés. Les lympathiques y dessinent de même des réseaux superficiels sous Fépithéliun, à mailles plus ou moins serrées. Des fibres de tissu lamineux naissent et se prolongent d'une des parois à Vautre de la membrane. Il en est de même des capillaires sanguins, puis des lymphatiques et des fibres élastiques.
Ainsi, Messieurs, nul tissu n'est plus riche en réseaux lymphatiques et capillaires que les séreuses, et vous comprenez bien comment la plèvre costale doit être impressionnée par sa face externe, à chaque fois qu'une révulsion prolongée, et profonde comme celle du vésicatoire cantharidien, a jeté le trouble et l'irritation dans la région sous-jacente: ses lymphatiques, ses vénulesparésiés et dilatées pour la même cause que les autres vaisseaux hypodermiques de même ordre, subissent nécessairement les mêmes phénomènes. Et l'on comprend dès-lors comment peut se produire l'action révulsive , et résolutrice, l'action véritablement transpositive, dans l'hypothèse prise comme tlième de cette discussion.
D me reste maintenant à énumérer les principaux agents de révulsion transpositive.
L'urtication, la flagellation, l'acuponcture, l'électroponcture, les ponctions irritantes, les sinapismes et emplâtres stimulants, irritants ou vésicants, les vésicatoires volants, les moxas, les scarifications, sont des moyens de révulsion transpositive.
Il convient aussi de ranger Thydrothérapie au nombre des agents substitutifs et révulsifs. Ici quelques développements sont nécessaires, car nous la prenons pour type des actions substitutives trahspositives.
L'hydrothérapie dans l'acception la plus large du mot, renferme toutes les méthodes de traitement par
Veau.
Or Veau est administrée intérieurement, en boissons, on extérieurement en lotions, en frictions, en douches, en bains , etc., etc.
L'eau comme agent externe est donnée en vapeur chaufiée, amortie, ou froide.
Tantôt cette eau procède de source ou de rivière, tantôt c'est de l'eau de mer. D'autres fois, il s'agit de sources minérales chaudes ou froides, dans lesquelles la nature tient en dissolution des sels de fer, des sulfures, des carbonates , de l'arsenic, de l'iode, de la lithine , do la chaux , de la magnésie , de la soude, etc., etc.
De là deux grandes divisions dans le thérapie par l'eau : V hydrothérapie propre^nent dtte, laquelle consiste dans le maniement de l'eau de source ou de rivière à des températures basses ; et la balnéothérapie qui a plus spécialement pour objet le traitement qui se pratique dans les stations dites thermales.
L'hydrothérapie spéciale ( dite l'fct/dro-sudotWrapie de Louis Fleury ) , agit comme substitutif manifeste ; car elle provoque sur la surface épidermique des phénomènes d'abaissement et d'élévation de température , d'astriction et de congestion capillaire dont chacun peut être témoin, lorsque la douche froide succède à la sudation. Elle est éliminatrice dans les conditions qui se rattachent à sa pratique classique ,
c'est-à-dire lorsque le cori)s est alViisé d'eau vrauueut froide après avoir été soumis à une haute température. La sueur profuse qui baigne la sm-face externe du corps, au moment où une douche très-froide vient frapper la peau, ne saurait plus être résorbée ; et elle entraîne naturellement avec elle tous les éléments étrangers que les pores de la peau peuvent rejeter. Elle est stimulante , car Texcitation vive que rafTusion de la douche froide fait naître , s'accompagne d'un impression douloureuse avec surexcitation de Tinnerva- Uon spinale et parésie momentanée des sympathiques vaso-moteurs. Enfin , elle est révulsive , et tout aussi bien dans le sens de la dérivation que dans celui de la transposition, puisqu'elle résout des fluxions, ramène jusqu'à un certain point la cixxulaUon la vie, et le mouvement dans les membres empocliés; de même qu'au contraire, elle peut calmer rhypéicslliésie, et devenir sédative.
C'est l'ensemble de ces motifs qui nous a fait choisir l'hydrothérapie comme type des médications substitutives à la fois éliminatiices et révulsives. Etudions la.
Le chaud et le froid ne sont que deux termes , l'un positif, rauti*e négatif, d'un seul et même agent, le calorique.
Tout travail morbide a évolution aiguè s'accompagne d'élévation du caloiique , tout au moins sur la région phlogosée. On comprend par là Timpor tance que l'application méthodique des procédés réfjîgérents prend en thérapeutique. C'est par substitution et révulsion , quels que soient d'ailleurs les efTets seconds , qu'agit la réfrigération en général, et en parlicuUer, l'hydrothérapie méthodiquement appliquée, d'après les préceptes modifiés de Pricssnitz.
On a tellement perfectiunné ou compliqué , amplifié oa modifié les procédés «fapplicatkNi hydroUiérapiqae depuis Qnrie et Priessnitz ^ qa'ii nous parait utile de rétablir la véritable méthode da fondateur à Graef- Cenberg.
Êcoatoos à ce sujet M. Scoatteteo et, par on tableau succinct de la joomée d^on malade dans la station alésienne^ nous pourrons avuir one idée do traitement hydrothérapiqae tet qoe \e comprenait son premier maître.
Soit on homme de 40 ans ^ atteint de rbomatisme chronique de l'articulation scapoIo4iumérale.
A 4 hefires dn matin en été ^ a 5 heores en iMrer (le traitement étant pratiqué en loote saison), le garçon de bain bit lerer le malade et le soumet â fa»» veloppemeni weCy à pean noe, dans one courertnre de laine. Après troès-quaBts «Theise, la sueur apparaît âFabdomen^ a la piHtrine, puis sur toutle corps. Alors, on ourre les fienétres, et de qoart-dlieure en qoartdlieure ^ le patient beat on demi-Terre d'eau liroîde. La sueiff^ derient pins profuse. Uexcitatk» Tascolaire ccxnmence arec cette prendére dériialion.
Une heure après ^ on domestiqQe déga^ les jambes, le malade se chansse de sandales et est conduit an bain.
Dépouillé de ses couvertures* fl se lave le mains et la poitrine dans Tean firoîde et se jette dans la cuve ou piscifie, n y reste une minute^ en se donnant le plus ^ran<i mourement possible. Esuyé fortement il s*habille et se promène à grands pas dans la montagne. La promenade dure une heure pendant laquelle le malade boit de 5 à 6 Terres d'eao firoîde.
A 8 heures, il déjeune arec un bol de lait froid et un morctL'au de pain bb. Petite {promenade après ce
déjeûner frugal. A 11 heures on jette sur son corps un drap mouillé mais tordu, et on le frictionne fortement. On l'essuie de même avec un second drap sec, il s'habille et rentre dans sa chambre. A 1 heure, il dîne dans la grande salle à manger, en compagnie aes autres malades. T^a réunion est bruyante ; les sexes sont mêlés; Priessnitz assiste toujours à ce repas, lequel est ainsi composé : Soupe, plat de viande, légumes , fruits, selon la saison ; eau en abondance. L'appétit est trèsvif; le service se fait lentement , le repas devant durer une heure et demie.
Entre 3 et 4 hexures, on va prendre la dottche, au milieu d'un bois de sapins, à un quart-d'heure de Gra^fTenberg. On se déshabille sous des barraques en planches. Dans une pièce attenante, tombe un filet d'eau de 3 à 3 doigts, amené par un conduit en bois qu'alimentent de petits ruisseaux. L'hiver, un poêle chauffe l'une de ces douches; La case des femmes est couverte supérieurement. C'est là, quelque froid qu'il fassBy qu'on reçoit la douche. La première impression est pénible, mais la réaction prompte, presque agréable. La douche doit durer de 2 à 3 minutes. Le malade s'essuie, s'habille, et retourne à grands pas à son premier appartement.
A 7 heures du soir, on sonne le souper. Le repas se compose de pain bis, de 2 verres de lait froid, et d'eau.
S'il s'agit d'un malade qui souiïre du foie, des intestins, de la tête, Priessnitz consent par fois à suspendre la douche et le bain froid.
Telle est la journée hydrothérapique de Priessnitz ; il est évident que les sujets absolument impotents et ceux atteints de pyrexies aiguës, ne peuvent se conformer strictement à ce régime.
Les successeai^ du mailre ont restreint le cercle par trop vaste des indications tliérapeutiques qu'il avait adoptées. Les phthisieSy les Uydropisies, les anévrismes cardiaques furent retranchées du cadre.
Parmi les sucx^ès véritables de GraêQenberg , se placent comme maladies : le rhumatisme musculaire chronique, la goutte, la syphilis constitutionnelle, les scrofules, les hémorroïdes, les phlegmasics chroniques du tube digestif, les maladies du foie.
Des succès ont encore été constatés dans Tasthme, les névroses paralytiques, les maladies herpétiques.
On affirme enfin que Pricssnitz a guéri de la sorte : des fièvres éruptives, des pneumonies, des pleurésies, des péritonites. Chacun sait que de nos jours , le Professeur Fuster, de Montpellier, a traité par les bains froids, la fièvre typhoïde et des fièvres éruptives graves.
Un hygiéniste éminent, le Prdesseur Ribes, commente ainsi la méthode de Priessnitz.
l"" Boissons. — La dose de l'eau fimde peut varier de 4 à 5 litres par jour. Les sujets de constitution robuste , à tempérament bilieux et sanguin , digèrent bien une grande quantité d'eau. Les adultes la supportent mieux que les enfants et les personnes âgées, lymphatic[ues, débiles. Dans les maladies aiguës des viscères, il faut boire souvent et peu à la fois. Trop d'eau froide ingérée dès le début, expose aux vonoissements et à la diarrhée. On tolère mieux l'eau l'été que l'hiver , elle est mieux supportée fraîche que glacée. Malgré ce que l'on gagne par Thabitude, il faut se défier d'un excès de consommation d'eau.
On peut hoire beaucoup et froid^ lorsque le corps est en sueur, si cette suceur est due à une élévation arUfi" délie de la température extérieure^ le malade 7ie pre-
nant pas un grand mouvement. Mais il y a grand danger à le faire , si la sueur est le produit d'une course rapide ou d'un travail fatiguant. Il faut boire à des intervalles d'une heure, et plutôt le matin que Taprès-midi.
2« Bains. — L'eau doit provenir directement de source, la baignoire doit être pleine, la température de 6 à 8 degrés au dessus de zéro. La durée du bain froid est de 1 minute.
3f^ Dmii-bain. — Le demi-bain , à 6 degrés , agira comme révulsif puissant. Il doit durer 12 minutes. Ces demi-bains provoquent souvent des furoncles ou des abcès critiques.
4» Bain de siège — On peut lui adapter des douches ascendantes, vaginales, périnéales , rectales. Bon efTet dans la métralgie, Taménorrhée, la cystite et la diarrhée chronique.
5^ Bains de jambe , de pieds, de tête. — Les bains de jambe sont employés contre les irritations inflammatoires aiguës, à 45 et 25 degrés, et prolongés pendant une heure. Le corps est enveloppé ensuite de compresses froides et humides. Le bain partiel de tête, région occipitale et pariétale , demande de 10 à 1 5 minutes, pendant lesquelles le malade a le corps étendu siu* un matelas.
6® Douches froides. — Le sujet doit s'y préparer par un exercice convenable ; il doit avoir chaud, mais non transpirer. La digestion sera faite , le corps déshabillé complètement et à l'abri des courants d'air. Pour une douche générale le malade se placera sous la chute d'eau, en formant un casque avec les deux mains sur la tête. L'eau doit tomber oblic[uement de manière à glisser sur les membres. Cette douche peut durer de 4 à 5 minutes.
Dirigée sur la tête seulement en pluie, en nappe, cm tamisée en poussière, elle ne durera que 1 à 2 minutes.
La douche sur les reins et les pieds,^ pour obtenir une violente révulsion, une simple perturbation ou une sédation, variera de la chute en colonnes , en épingles ou en jets interrompus. Plus la repercussion recherchée sera forte, plus la température de Teau sera abaissée. Chez les sujets lymphatiques et névropathes, on mêlera Teau chaude à l'eau froide.
1^ Drap mouillé. — On prend un drap de lit ordinaire, plié en cinq doubles dans sa longueur. On le plonge dans un seau d'eau froide, on le tord pour que Teau n'en découle pas, on frictionne le malade de la tète aux pieds pendant 5 minutes. Les frictions font disparaître la première impression du froid. La douche est ainsi heureusement secondée dans le traitement des irritations viscérales chroniques.
8^ Enveloppement. — L'enveloppement ayant pour but de provoquer la sueur, est employé dans les maladies chroniques, soit par la voie sèche, soit par la voie humide.
Dans r enveloppement sec, on peut accumuler jusqu à trois couvertures de laine. La première enveloppe séparément les jambes. Il est rare qu'en hiver, la sueur ne paraisse pas avant une heure: Le malade doit transpirer 2 heures. Par les bains de vapeur en cercle on abrège aujourd'hui ce laps de temps ridicule. Aussitôt que la sueur perle, on fait boire de l'eau de quartd'heure en quart-d'heure.
L'enveloppement humide est prescrit aux malades qui ne supportent pas l'enveloppement sec, et qui suent difficilement.
On place sur un lit 2 a 3 couvertures de laine ; elles
sont recouvertes d'un drap de lit mouillé et tordu fortement. L'impression de froid dure dix minutes. La réaction se fait bientôt , et le drap mouillé agit à la façon d'une fomentation puissante sur tout le coi*ps.
Cet enveloppement calme tout particulièrement les
névralgies à évolution aiguë et à type très-douloureux.
Telle est. Messieurs, dans ces plus minutieux détails
l'économie de cette médication puissamment révulsive
et dérivative, que nous devions vous faire connaître.
Telle est dans sa naïve et première origine, l'économie de cette médication puissante, devenue de nos jours ujx des instruments les plus adoptés de la thérapeutique hygiénique. Hàtons-nous d'ajouter que l'exploitation industrielle s'est glissée là , comme sur d'autres points du terrain scientifique ; qu'on a voulu faire du traitement hydrothérapique une panacée universelle; que nombre de malades pour l'état desquels l'hydrothérapie n'était pas indiquée ont vu leur situation empirer , tandis que sur d'autres , la médication restait absolument nulle.
Et maintenant, quelle est la dominante physiologique de cette médication qui repose sur des propriétés essentiellement dynamiques ?
Des effets sédatifs , toniques , stimulants , révulsifs , dérivatifs sont obtenus pBv l'hydrothérapie, selon le mode d'emploi , l'état du sujet et la période du traitement.
La piscine el le drap mouillé tordu , sans frictions , constituent un traitement sédatif. La douche à épingles, à colonne , après sudation , est une médication révulsive puissante : les douches généralisées à température mitigée et sans sudation préalable sont toniques simplement.
Il n'est donc pas possible de classer Thydrothérapie proprement dite, telle que Currie et Priessnitzia créèrent, telle que Louis Fleury Ta scientifiquement constituée soit parmi les hyposthénisants , soit parmi les hypersthénisants. Elle est souvent l'un ou l'autre , parfois, l'un et l'autre. Mais le caractère plus général qid n'abandonne jamais cette médication, c'est la propriété de modifier toujours les actes d'élimination et d'absorption : c'est le pouvoir d'agir comme stimulant de tous les émonctoires , de dériver puissamment.
C'est donc dans la classe des substitutifs, à l'ordre des révulsifs, comme agent de révulsion transpositive et de révulsion 3ubstitutive , selon les modes d'emploi, qu'il convenait de placer l'hydrothérapie spéciale. Cest là que notre classification la range en effet.
L'eau froide ne doit rester qu'un temps fort court en contfict avec le corps. « Une douche trop courte ne nuit jamais , dit Fleury , une douche trop Ipngue est toujou):s dangereuse. »
Pour ce qui est des localisations de son action, dit excellemment M. Ferrand, dans son Traité de Uténi' peutique médicale, l'eau agit sur la peau par influence topique directe : elle modifie de morne les muqueuses. Indirectement par révulsion , elle agit sur les surfaces internes et les parenchymes. Elle modifiejusqu'à leur vas cularisation, leur nutrition intime. La douche quifrappe la région cervicale, agit plus spécialement sur les yeux et les oreilles , sur le cerveau , le cœur et la respiration.
A l'appendice xyphoïde , elle excite la sécrétion rénale et devient diurétique : le long du dos , elle modifie l'estomac; appliquée au centre génito-spinal , elle agit sur les organes du bassin , de même que lorsqu'on l'applique à la plante des pieds.
Enfin, après l'absorption, l'eau altère la crase des humeurs y et en. particulier celle du sang; et par Télimination, elle modifie encore les glandes qu'elle traverse, entraînant hors de l'économie les matériaux azotés et surtout les sels en excès » .
On pourrait dire que dans Téconomie de son action directe et générale, l'application de l'hydrothérapie proprement dite réalise la double doctrine du stimulisme et du contro-stimulisme. (Brown et Broussais).
Par la sudation forcée , avec ingestion à petites doses coupées , d'eau froide , l'innervation vaso-motrice est momentanément parésiée , un relâchement se produit sur le réseau entier de la vascularisation capillaire ; le système lymphatique, toutes les glandules , tous les spores émoncteurs deviennent le siège d'un mouvement fluxionnaire éliminateur. C'est en ce moment que le contact de l'eau très-froide intervient , renversant premièrement les rapports d'équilibre des deux systèmes nerveux ; car tout aussitôt , sous Tinfluence de la sensation pénible , surprenante , attérante d'un abaiss^Qiient de température presque intolérable, le système cérébro-spinal de la vie de relation est prostré , et par contre le grand sympathique se relève; les filets nerveux vaso-constricteurs resserrent le calibre des milliers d'ajutage dont ils régissent le pouvoir contractile. De là, un effet de sédation profond et général; en même temps, tous les appareils excréteurs approvisionnés outre mesure par ce double travail de suractivité fonctionnelle, deviennent le siège d'un émonclion critique.
Mais pour que l'effet total et ultime de cette médication se produise, il est absolument nécessaire que le malade puisse se livrer à un mouvement spontané ,
actif, au déplacement immédiat avec exercice gymnastique autant que possible.
Car c'est ainsi seulement, que Véquilibre se rétablit rapidement entre les deux systèmes nerveux.
Ainsi, faire bien la réaction , c'est le point capital , essentiel, dans toute application bydrothérapique d*eaa froide.
Les indications thérapeutiques de Thydrothérapie proprement dite, se déduisent facilement de son action physiologique. Ck)mme sédation analgésique elle convient pour la plupart des névroses généralisées et des névralgies chroniques ; son action puissante sur la circulation et l'innervation bulbo-spinale contre-indiquent absolument son emploi dans Tépilepsie.
La chorée, la goutte, la spermatorrhée , et panni les névralgies, la sdatique, le lombago, peurent tirer de bons effets de l'hydrothérapie. J*en dirai autant de l'hystéralgie, de l'ovaralgie, des névralgies dites rhumatismales.
L'emploi de cette médication est au contraire plutôt contre-indiqué que favorable, dans le rhumatisme articulaire aigu , dans les arthrites inflammatoires , les tumeurs à myeloplaxes, etc.
Comme agent d'élimination et de dérivation dite vulgairement dépurative , la médication bydrothérapique rend de véritables services dans le traitement de Therpétisme chronique dans les dartroses en général. L'atrophie musculaire progressive, les paralysies atrophiques en général; l'impuissance génitale, doivent aux effets toniques de cette médication , notamment à son action sur la nutrition intime des tissus , des moyens réparateurs qui sont souvent efficaces. Les hypertrophies à évolution chronique des viscères
abdomiDaux, foie^rate, rein, uretères, sont susceptibles d'être enrayées ou ralenties dans leur marche, par une application constante de la méthode hydrothérapique.
On utilise encore le pouvoir si énergiquement sidérateur et réfrigérant de Teau froide contre Thypercalorie pathologique des fièvres continues à haute température, qu'elles soient ou non accompagnées de phénomènes éruptifs.
C'est ainsi que Schedel rapporte des observations du D^* Veiss concernant les elTets curatifs de l'hydrothérapie dans la fièvre typhoïde.
La rougeole , la variole , la scarlatine , peuvent être favorisées dans leur évolution éruptive, en même temps que la fièvre et la douleur sont considérablement diminuées. L'enveloppement dans le drap mouillé d'eau froide après sudation , le bain froid simple des ablutions , l'absorption d'eau froide par gorgées , ont donné en Allemagne et aux États-Unis , en France , à MontpeUier, plusieurs résultats heureux. Il convient toutefois d'être très-réservé à ce sujet. Les douches sont toujours contre-indiquées. Le bain froid ne doit pas dépasser deux ou trois minutes.
Je considère, en dépit d'assertions contraires, le traitement hydrothérapique comme des plus dangereux dans la pneumonie aiguë. Schedel rapporte plusieurs faits, notamment celui du D^ Weiscopf ayant guéri sa propre femme d'une inflammation pulmonaire aiguë.
On trouve aussi, dans le second volume de Wasserfreund, une observation de pneumonie rapportée encore par Shedel, et qui aurait été suivie de guérison. Mais ainsi que le constate le D^ Baldou, premier fondateur en France d'un établissement hydrothérapique, rien n'est moins précis que le diagnostic de ces observations
dans lesquelles il n*est même pas fait mentioH des données fournies par Tauscultation, la percussion et rexpecioratioh.
En résumé, l'hydrothérapie est dangereuse dans toutes les affections aiguës où la réaction est impossible, elle est inutile dans toutes les affections clironiques qui maintiennent le malade dans l'impotence. Ses effets, comme ceux de l'électricité étant purement dynamiques, cessent souvent avec leur emploi. De telle sorte qu'on est souvent condamné à un traitement perpétuel ou à des récidives incessantes.
C'est plutôt une amélioration palliative et prophylactique, im reconfort hygiénique, qu'une modification directe , profonde et rapide qu'on est généralement ea droit d'attendre de l'hydrothérapie spéciale.
Il n'en est pas moins certain que dans tous les cas où des effets à la fois sédatifs et toniques , ou bien des effets d'élimination par révulsion ou dérivation, sont indiqués, on peut espérer du soulagement de l'hydrothérapie proprement dite.
Il convient de ne pas omettre au nombre des états morbides que combat le mieux cette méthode , toutes les intoxications métalliques, toutes les septicémies virulentes , toutes les cachexies strumeuses qui exigent à la fois l'élimination d'un principe étranger aux éléments anatomiques, et la réparation dcîs tissus par une récupération des fonctions assimila trices.
Les syphilitiques chroniques , les intoxiqués plombiques , permettent de constater tous les joiu^ Texactitude de cette proposition.
La Balnéomitiée appartient encore au traitement des maladies par l'eau. C'est la deuxième partie de la médication hydrothérapique. On ne saurait attendre
de ces éludes générales une histoire des stations d'eaux minérales , thermales ou non. Aussi bien , tout traitement balnéaire rentre dans la série des actions substitutives, éliminatrices et révulsives, quelles que soient les indications spéciales qui résultent de la composition cliimique et des propriétés physiques de l'eau utilisée.
Au premier rang des eaux minéralisées , il faut ranger l'eau de mer. E^e tient en dissolution des chlorujee de sodium , de magnésium , de calcium et du sulfate de soude.
On sait que c'est surtout des eflets toniques que l'on attend justement des bains de mer.
Quant aux eaux plus spécialement dites minérales , ce sont les eaux naturelles qui jaillissent du sein de la terre , chargées d'un certain nombre de principes qu'elles y ont puisés , et qui leur donnent des propriétés médicinales.
MM. Fontan , Durand-Fnrdel . parmi les hydrologistes , ont fourni des divisions assez naturelles des eaux minérales ; on peut reconnaître :
1" Eaux bicabbona.tées sodiques, calciques, ou mixtes, eaux douées d'une grande puissance dialytique et éiiminalrice (Vichy , Mont-Dore , Vais , Seltz , Carlsbad, Fougues, Néris).
2» Eaux sulfatées , sodiques , calciques magnésiennes ou mixtes. (Capvem, Contrexeville. La Roche- Posay) LithontripUques.
3" Eaux FtainuGiNEUsES. Reconstituantes de l'hématose (Bourbon-l'Archambault, Bussang, Orezza).
4" Eaux arsé.mquées (La Bourboule, Plombières.)
5» Eaux sulfurées sodiques ou caloques. Excitantes et substitutives. (Luchon, Baréges, Cauterets, Bonnes, Saint-Sauveur).
tr E&CT SALiT^ES (k>€ipiiDts5 dériiatiTes y eaiLT nidgii^
7^ EAm SALÉES. SofcfStkotÎTes ahéfantes. Bagnères- 4e Bi;s<>rre. Pl>ciiL<icres . Bilanic, Néris, Wisbaden
On troorcra daxis mire taUeaa de dassificalkm de Ii9^cia&«e, Le comfléfiii»! des apeats médîcilears de la séfi? des réTiilâ&, soit Kraiis{Misiti& , soit dérivatifs.
C. D Doas reste, MesôearSy poor temûner Texposé de§ ntféfikatkroâ sabetitotiTeSr i tous farler d'un 3^ et ^ieroier orlre, Oclai *ies cuustiqccs. Il s*agil id d'a^fiU poTciiieiit topiques oa ctkînirgîcuix ; doos allofis Docs borner a résomer les dirisioos de noti^ daasiàcatioo.
On doit entendre par CAUsntcis toas les z%&ï\s de médication qui , par une action topique , modifient les tissas ai/point de l*es désorganiser on de les détruire. Selon qa*ils produisent une corrosion légère ou une escarbe profonde ^ ils sont dits €€klkéréiiqme% ou etch»rotiques.
Nous dÎTÎsons Tordre des canstiques en deux genres, les agemis chimiqua et les agents physiques. Cette division repose sur le mode d'action physiologique des agents.
Un mot d*abord des camsiiques ckiaÊiquss. Ce soot
des modificaleors topiques ^ des déscM^amsateurs dûmiques et des spoliateurs dynamiques. Tous ces agents se conduisent Ti&4-¥is des tissus , a la manière du feo. En contact avec répidenne dénudé on sîmpiema»! humide , il en allèrest ou détruisent la structure; ils s*oxydent « sliTdratent et même se carbonisent parfois au détriment des tissus, en désagrégeant les éléments anatomiques.
Par certains agents , la cautérisation est légère , et simplement superficielle ; ainsi se comportent les ca^ thérétiques.
Si, au contraire, la plaie est forte; si elle interposée entre la surface externe et les tissus sous-jacents de la peau , une eschare profonde et épaisse , le caustique est escharotique.
Au point de vue de la matière médicale , on divise en outre les caustiques en acides, alcalins et salins.
Les cicatrices produites par les cathérétiques acides laissent souvent des brides difformes. On observe au contraire que celles des alcalins sont ordinairement unies, régulières et comme onctueuses. Quant aux cathérétiques salins, ils sont surtout corrosifs.
Dans la l^^^* série, c'est-à-dire parmi les caustiques acides y il convient de classer: les acides acétique, chlorbydrique, citrique concentrés ; les acides chromique , sulfurique , azotique, arsénieux.
On se sert beaucoup de ces agents pour cautériser les fausses membranes notamment dans les angines , et aussi , pour détruire des végétation^ fongueuses ; pour raviver le pourtour des plaies , dans les ulcérations phagédéniques.
Nous trouvons dans la 2*^ série , les caustiques alca-lins f en tête desquels se placent Tammoniaque , la soude, la potasse et la chaux. On s'en sert comme agents de vésication ou de révulsion énergiques pour les cautères , les moxas.
Au 3^ rang viennent les caustiques chitniquss salins. Ce sont des agents de substitution , qu'on met souvent en rapport non plus seulement avec la peau , mais avec les muqueuses ; ils sont les agents les plus utiles de cautérisation dans les évolutions aiguës et
franchement inflammaloires. Le nitrate cTargenl, qui est le plus Qâité pour toadier localement les tissus maqueox érodés , ulcérés ou sanieux et qui sert pour la plupart des injections et pour plusieurs collyres astringents ; le sulfate de cuivre , le nitrate acide de mercure , le sublimé corrosif, les ddorures de rinc , d^antimoine et d'argent, le permanganate et le bichromate de potasse appartiennent à cette série. Tous sont employés par Toie externe.
A coté des chimiques caustiques , se placent naturellement les C4xusiûpies physiques.
Ceux-là ne sont pins des seb , des acides ou des oxydes, ce sont des agents caustiques qui, par la seule température à laquefle ils sont élevés , détruisent en brûlant On retrouve dans le mécanisme de leur action, la série des types de brûlure à difTérents
Le fer et le platine , avec diverses formes terminales, servent schls le nom de catUères aeiueby à imprimer aoi tissus Faction du calorique. Les métaux galvanisés, et Feau élevée au dessus de iOO degrés rentrent dansb même catégorie des moyens caustiques.
On donnait autrefois le nom de poUnUels anx cautères chimiques , tan<& qu'on réserve encore la dénomination de cautères actueb aux cautères physiques. Pour les cautères physiques comme pour les ddmiques, on admet des cathérAiquts ou des eschûrotiques « selon le degré d^énergie de la brûlure.
Les principaux agents de cautérisation actudle sont : le fer ou le platine, élevés à la température cerise, rouge brun , rouge bbnc ; ce sont les tncHS gradations. On dit que cette cautérisation est destructive , quand elle a pour effirt de détruire des productions morbides
étéromorphes ou des fongosités. On la dit simplement objective lorsque le cautère n'est pas mis en contact avec les chairs, mais présenté seulement rougi à blanc, à quelque distance de la partie malade.
Les chirurgiens distinguent encore la cautérisation avec fer cutellaire, ou en rondache : c'est cette forme de cautères qui convient surtout à la cautérisation transcurrente. Celle-ci consiste à promener légèrement le bord du cautère tranchant ou la pointe tronquée d'un cône rougi, d'espaces en espaces sur les tissus épidermiques d'une région, de manière à ne brûler la peau que par points, et légèrement. C'est ainsi qu'on procède par exemple en suivant le trajet du nerf sciatique, dans la névralgie de ce nom. On adopte de préférence la tocme terminale en olive, pour la cautérisation dite ponctuée.
La cautérisation ponctuée diffère de la cautérisation transcurrente en ce que, tandis que celte dernière consiste dans de légères traînées à peine imprimées sur l'épiderme, la ponctuation est appliquée de distance en distance , comme des points , avec assez d'énergie pour atteindre jusqu'au derme à travers l'épiderme.
On adopte soit la forme nummulah'e, soit la forme olivaii*e ou aiguë, pour toutes les cautérisations inhé-rentes.
Dans l'espèce, le fer est appliqué vivement , presque avec force, afia de produire une destruction profonde.
Disons enfin que la cautérisations en flèche consiste à traverser la base d'une tunleur de part en part. On se sert ordinairement de languettes de chlorure de zinc. Quand on les rapproche suffisamment , elles détruisent les tissus qui les séparent, et permettent
ainsi d'opérer graduellement la destruction entière de certiines tumeurs.
D'une manière générale, on emploie surtout les cautères actuels dans les afTections diathésiques qui entraînent des déformations, des difformités, des hypergénèses. Les tumeurs blanches, les périostites chroniques, sous la dépendance de la scrofule, sont de cet ordre.
Nous terminons ici, Messieurs, lliistoire de la médication substitutive. Il nous reste seulement^ pour finir ces leçons, à esquisser devant vos yeux, un tableau rapide des agents spéciaux , c'est-à-dire, des moyens médicateurs qui comportent en eux-mêmes des propriétés électives, soit pour agir sur un appareil organique déterminé , soit pour attaquer une maladie spéciale.