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QUATORZIÈME LEÇON

Orthomorphose et beauté

Sommaire»: La fonction de la beauté dans la destinée humaine. — Puissance limitée, mais réelle, de l'hygiène en ce qui regarde cet intérêt. — La préservation du rachitisme au point de vue de l'orthomorphose. — Son rôle dans la production des difformités. — Déviations rachidiennes et mauvaise conformation du bassin. — Dystocie et angusties pelviennes. — Influence du rachitisme sur la carie dentaire. — La malformation scrofuleuse. — L'herpétisme en fonction de la beauté. — Dyschromatoses cutanées et maladies parasitaires du cuir chevelu. — Déformation du visage par les érysipèles et par la variole.

La beauté ne se crée pas mais elle se conserve; la difformité ne disparaît pas, mais elle s'atténue. Cette double proposition résumera syntbétiquement cette leçon.

L'hygiène, qui a pour mission l'amélioration du type humain au point de vue structural comme au point de vue hygide, ne saurait se désintéresser de cette question de la beauté physique. Elle constitue en effet un don dont on peut mésuser, comme on mésuse de tous les autres, mais qui n'en crée pas moins, pour celui qui l'a reçu, un privilège et une puissance. Sans aucun doute, son rôle dans la destinée de l'homme est restreint, mais quelle influence n'exerce-t-il pas sur celle delà femme à laquelle il assure, avec l'empire de l'attrait, la liberlé du choix d'une vocation. L'hygiène infantile peut donc sans déroger, s'occuper des questions qui se rapportent à l'orthomorphose ou à la beauté, en tant qu'elle peut être préparée par l'éducation physique.

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L'hérédité des formes, des lignes et des proportions met sans doute l'hygiéniste en présence de faits accomplis, et le choix dans le mariage, comme l'hygiène de la grossesse, ne s'inspirent guère, d'habitude, des conseils que Claude Quillet a intrépidement formulés dans sa Callipédie; mais elle peut, à force de soins, atténuer ce qui est vicieux, et là où elle est impuissante à atteindre ce but, elle a au moins pour office de conserver le degré de beauté qui existe et de l'empêcher d'être entraîné dans le naufrage d'une santé menacée. D'ailleurs Hygie, que Théocrite appelait « la plus belle des Immortelles », a charge de ce double intérêt delà santé et de la beauté et elle y pourvoit simultanément. Il n'est personne en effet qui, ayant atteint la limite de la santé qui lui est permise, n'ait réalisé du même coup la somme de beauté à laquelle il peut prétendre.

La prophylaxie du rachitisme, une direction intelligente de l'hygiène de l'enfant pendant les périodes de croissance active ; la surveillance des attitudes ; la correction du strabisme quand on n'a pu le prévenir; le redressement des écarts d'une dentition irrégulière; la cosmétique de la peau et des cheveux chez les enfants, constituent les divisions naturelles de cette étude.

Le rachitisme est, de toutes les maladies de l'enfance, la plus redoutable pour l'avenir ; tandis que les autres, en effet, alors même qu'elles sont plus compromettantes pour la vie, ne laissent guère de traces après elles, celle-ci marque l'organisme d'une empreinte indélébile, et les malformations qu'elle entraîne sont irrémédiables. Elle détruit la régularité des formes et l'harmonie des proportions, et, en altérant les diamètres normaux de la poitrine et du bassin, elle peut, dans les deux sexes, apporter à la respiration une entrave permanente, et devenir, chez les femmes, une cause de dystocie.

Je laisse au cours de pathologie interne le soin de vous décrire le rachitisme, je n'ai à l'envisager ici que dans son

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étiologie, base d'une préservation efficace, et dans ses conséquences sur la santé à venir et sur la régularité des formes.

L'hérédité n'intervient que faiblement dans la production du rachitisme, et ce qui le prouve c'est que, de plusieurs enfants issus de parents placés dans des conditions d'hygiène et de santé qui sont demeurées les mêmes, iln'est pas sans exemple de voir les uns échapper au rachitisme, les autres subir ses atteintes. Le fait de l'existence, rare mais incontestée, du rachitisme intra-utérin, n'implique pas nécessairement celui de l'hérédité, mais prouve simplement que le fœtus peut, comme l'enfant, subir cette maladie de la nutrition, ou plutôt de la croissance, dont l'essence nous est encore complètement inconnue.

On a soutenu que la syphilis des parents pouvait, par voie de métamorphose, engendrer le rachitisme infantile; et cette opinion s'est surtout appuyée sur ce fait que la syphilis et le rachitisme sont des maladies modernes ou du moins qui n'ont pris une extension considérable que dans les derniers siècles, la syphilis au xve siècle, le rachitisme au xvii0 siècle. Boerrhave admettait que le rachitisme procédait d'une tare syphilitique latente. Son commenlateur van Swiethen, au contraire, posait des réserves très expresses, et j'ajouterai très justifiées, à ce sujet. Rosen de Rosenstein défendaitplus tard contre Lorry l'intervention fréquente delà syphilis dans la production du rachitisme. On peut nier l'influence directe de la syphilis dans l'étiologie du rachitisme, les lésions osseuses dans les deux maladies étant absolument distinctes, et les enfants rachitiques n'offrant d'ailleurs aucun des autres symptômes qui caractérisent la syphilis constitutionnelle; on ne saurait nier d'une manière absolue son influence indirecte, à titre de prédisposition. Là comme toujours, il faut autre chose que des opinions et des impressions, et des observations bien recueillies, servant de base solide à une statistique, peuvent seules éclairer la question.

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L'enfant naît très rarement rachitique. Des recherches de Glisson, Chaussier et J. Guérin sur ce point constituent le rachitisme intra-utérin à l'état de fait absolument exceptionnel. Léon Tripier croit que si les autopsies avaient été faites avec plus de soin, on aurait constaté le' rachitisme plus souvent, et il admet que c'est vers la fin du troisième mois de la grossesse, époque où l'ostéogénèse est très active chez le fœtus, que le rachitisme apparaît. Chez l'enfant, le rachitisme se montre de préférence dans le cours de la seconde année, et il est même possible, comme l'admet Tripier, que ses premières manifestations étant très obscures, il faille faire remonter son origine plus haut. Sur 346 cas de rachitisme, il a trouvé 3 cas de rachitisme intra-utérin : 98 dans le cours de la première année ; 176 dans la deuxième année; 35 dans la troisième; 19 dans la quatrième; 10 dans la cinquième, et 5 de six à douze ans. En résumé, la période de la première dentition a produit plus des deux tiers des cas de rachitisme, et les deux premières années en ont fourni cinq fois plus que la troisième et la quatrième année. Si vous vous rappelez ce que je vous ai dit de la fougue extrême de croissance qui signale la période de la naissance à deux ans (elle est mesurée par une élongation de 29 centimètres, tandis que les deux années suivantes ne fournissent qu'une élon gation moyenne de 13 centimètres), vous aurez peine à soustraire votre esprit à la pensée qu'il y a entre la croissance et le rachitisme, une relation très étroite. Je crois que la dentition n'influe pas sur la fréquence du rachitisme, et qu'il y a entre ce travail et le rachitisme un simple rapport de coïncidence; et ce qui semble le prouver, c'est que les dentitions irrégulières ou laborieuses ne sont pas plus souvent suivies, toutes choses égales d'ailleurs, de rachitisme que celles qui se passent normalement. Sans doute on voit souvent chez des enfants rachitiquesla première dentition être retardée ; mais il est permis de penser que l'influence rachitique est ici une cause et nullement un effet. Ch. West dit n'avoir jamais vu

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le rachitisme commencer après trois ans. Les filles y semblent plus disposées que les garçons, sans doute parce qu'elles présentent plus souvent ces attributs de lympbatisme et de débilité qui ne sont pas le rachitisme mais qui y prédisposent évidemment. Toutefois il ne faudrait pas s'exagérer l'influence de ce genre de prédisposition. Rufz, en examinant vingt enfants rachitiques, n'en a trouvé que deux qui fussent blonds et lymphatiques; tous les autres étaient bruns et présentaient, comme d'ailleurs presque tous les rachitiques, un développement assez notable du système pileux. Il faut en dire autant de la scrofule. Le rachitisme a été considéré par quelques auteurs, au nombre desquels je citerai Richerand et Pujol, comme une manifestation scrofuleuse ; mais, comme il n'exclut pas la scrofule, on a pu prendre de simples coïncidences pour un rapport de cause à effet. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'on voit le rachitisme se manifester chez des enfants indemnes de toute scrofule; d'ailleurs (et cet argument suffirait) la scrofule est héréditaire au premier chef et l'hérédité du rachitis est contestée par le plus grand nombre des auteurs.

Le rachitisme n'étant que très exceptionnellement apporté dans la vie, comme fait réalisé et comme fait virtuel ou d'hérédité, on peut affirmer qu'en général l'on ne naît pas rachitique, qu'on le devient, et qu'il appartient à une bonne hygiène de prévenir ce qu'une mauvaise hygiène produit de toutes pièces.

Mais quel est celui des éléments complexes d'une hygiène reprochable qui doit être légitimement incriminé ? L'alimentation et le séjour dans une atmosphère froide, humide et imparfaitement éclairée ont été considérés comme les deux facteurs principaux du rachitis, agissant isolément ou ensemble. Ch. West a fait jouer le rôle prédominant à l'influence d'une atmosphère humide et incomplètement ventilée, et il a signalé, à ce propos, la rareté du rachitis chez les enfants des paysans. L'argument vous paraîtra mal choisi. Ne sait-

on pas, en effet, ce que sont les habitations rurales où les conditions les plus malsaines de défaut d'air, de malpropreté, d'humidité, de pénurie de la lumière, de méphitisme, existent au maximum ; l'enfant est trop jeune pour profiter des compensations de l'atmosphère libre, et il croupit dans un milieu auprès duquel les logements des ouvriers sont presque salubres. D'ailleurs cet auteur, en affirmant qu'il n'a jamais vu un enfant bien allaité être pris de rachitisme alors même que les autres conditions d'hygiène étaient détestables, combat sa propre opinion et fait aux conditions de l'allaitement et du sevrage une part prépondérante dans l'étiologie du rachitisme. On peut formuler d'une manière absolue cette proposition : « Un enfant bien nourri est à l'abri du rachitisme. » Et par enfant bien nourri, il faut entendre celui qui est au sein d'une mère ou d'une nourrice bien portante, ayant de bon lait en quantité suffisante ; auquel on n'accorde d'aliments additionnels convenables que du 5e au 8e mois ; qui est allaité jusqu'à l'apparition de sa douzième dent; dont le sevrage est bien conduit et qui continue, quand il est détaché du sein, à se nourrir principalement de lait. Plus on s'écarte de ces conditions d'un allaitement normal, plus on a de chances de voir le rachitisme se produire. On a accusé l'allaitement prolongé de produire le rachitis, et cette opinion a été anciennement soutenue par J. Guérin ; j'incriminerais plus volontiers l'allaitement raccourci. J'ai vu nombre d'enfants dont l'allaitement avait été continué, pour des raisons diverses, jusqu'à vingt mois et au delà et je n'ai constaté chez eux aucun signe de rachitisme, tandis que j'ai vu celui-ci se produire fréquemment chez des enfants sevrés prématurément après un allaitement médiocre et qui avaient été mis sans discernement à une alimentation omnivore. J. Guérin sevrant deux jeunes chiens à un mois, les enfermant dans un réduit peu éclairé et les nourrissant exclusivement de viande, les a rendus rachitiques ; cette expérience prouve moins que le rachitis procède d'une ali-

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mentation trop animalisée, qu'elle ne démontre l'influence étiologique de la privation de lait. Du reste, l'opinion de cet auteur s'est modifiée depuis et il s'est rattaché à la théorie étiologique qui voit dans un allaitement insuffisant, c'est-à-dire dans un sevrage prématuré, la cause la plus habituelle du rachitisme. N. Guillot estime que le point de départ exclusif du rachitisme est dans l'alimentation, et qu'un lait trop abondant ou insuffisant, trop riche ou trop pauvre, des aliments réfractaires à l'action digestive, en sont la cause déterminante, les autres éléments d'une hygiène défectueuse n'intervenant qu'en renforçant cette cause et ne créant qu'une prédisposition. C'est là aussi l'opinion de Trousseau. « Chez l'homme, dit-il, les choses ne se passent pas autrement que chez les animaux. Aux enfants comme aux petits des mammifères c'est, dans le premier âge, la nourriture lactée qui convient seule; c'est la seule à laquelle le tube digestif soit approprié, et le fait même de l'absence des dents indique suffisamment à priori qu'il en est ainsi. En y regardant attentivement, on demeure convaincu qu'il n'est jamais plus commun que chez les enfants sevrés avant que la dentition soit assez avancée, et que l'on nourrit de soupes au pain, de légumes, de viande même, au lieu de les maintenir au régime lacté qui^convient le mieux à leurs aptitudes digestives. »

Cette théorie étiologique est la plus vraisemblable, la mieux en rapport avec les faits observés; elle est la plus consolante aussi, car elle ouvre à l'hygiène la certitude que, quand ses conseils prévaudront et qu'elle ne se heurtera pas à des impossibilités matérielles, elle arrivera à prévenir presque sûrement le développement du rachitisme. Et ce résultat est d'un grand prix comme vous allez le voir.

Le rachitisme n'a pas seulement de la gravité par lui-même à raison de l'état- cachectique où tombent les enfants qui en sont atteints, d'une diarrhée persistante qui les entraîne, des maladies intercurrentes, telles que l'hydrocéphalie, l'é-

clampsie, des bronchites avec collapsus pulmonaire d'un caractère particulièrement sérieux; ses dangers éloignés ne sont pas moins redoutables si on ne l'a pas arrêté de bonne heure.

Le rachitisme, quand il a atteint une certaine intensité, marque de son empreinte toutes les pièces du squelette. La tête est volumineuse, moins sans doute qu'elle ne l'est dans l'hydrocéphalie mais assez cependant pour contraster avec l'exiguité relative de la face et donner aux enfants un cachet fœtal qui frappe au premier abord; la saillie du coronai, l'aplatissement des pariétaux à leur point de jonction, un relief anormal des bosses pariétales et frontales, changent complètement la forme du crâne. La déformation de cette boîte osseuse est d'autant plus marquée que le rachitisme a commencé plus tôt, ce qui se comprend, et Ch. West a même formulé cette proposition que, si le rachitisme n'apparaît qu'à quinze ou dix-huit mois, le crâne peut échapper à toute déformation. Quand il a été rachitique, il peut éprouver un retrait sur lui-même et rentrer dans ses dimensions ordinaires ; mais il n'est pas rare de voir ses dimensions et sa forme anormales persister dans l'âge adulte.

Les os de la face n'échappent pas complètement non plus à l'influence du rachitisme, mais il s'exerce particulièrement sur les os maxillaires et spécialement sur le maxillaire supérieur. Vous constaterez souvent, messieurs, chez des adolescents, et même des adultes, une exagération de la courbure de la voûte palatine dont le sommet est placé très haut et dont les pieds sont anormalement rapprochés ; en même temps le rebord alvéolaire est projeté en avant et séparé du reste de Tos par un sillon assez profond. Il résulte de cette conformation acquise, et qui est la signature d'un rachitisme passé, une diminution dans la cavité des fosses nasales, et par suite, une tendance à l'enchifrénement, mais surtout un rapprochement des amygdales qui peuvent, sans être volumineuses, produire la même gêne mécanique que quand

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elles sont hypertrophiées; enfin la concordance des deux arcades dentaires est moins complète que dans une structure normale ; la voix est sensiblement modifiée dans ses conditions, elle a souvent un caractère nasonné, et la régularité de la physionomie n'est pas non plus parfaite.

La poitrine des sujets qui ont été rachitiques dans leur enfance accuse également des déformations caractéristiques et qui suffisent, quand on examine un adulte, pour donner l'assurance qu'il a été entaché de rachitisme à un certain degré. La convexité régulière du thorax a fait place à des déformations multiples qui consistent principalement dans l'aplatissement des régions latérales; la projection du sternum en avant, constituant la forme de poitrine dite en breschet ou en carène; la dilatation de la base à partir delà neuvième côte, donnant à cette partie du thorax, suivant une comparaison de Trousseau , l'aspect « d'un bassin renversé dans lequel viennent se loger les organes abdominaux ». Il en résulte que la poitrine, considérée dans le sens de sa longueur, au lieu de constituer un seul plan régulièrement oblique de haut en bas et de dedans en dehors, est formée par deux plans se rencontrant sous un angle dièdre extrêmement ouvert. La partie inférieure de la poitrine prend plus de part à ces déformations caractéristiques que la partie supérieure, constituée par des côtes plus courtes, plus larges, plus fortes et par conséquent moins disposées à céder. Un aplatissement des clavicules, une exagération de la convexité de la région cervicale de l'épine et une atténuation de sa concavité dorsale, sont les conséquences du poids de la tête et de l'aplatissement axillaire de la poitrine. La diminution considérable du diamètre transverse du thorax, celle du diamètre vertical, ne sont pas compensées par l'augmentation réelle, mais minime, du diamètre antéro-postérieur dans les poitrines rachitiques, et la cavité du thorax est sensiblement rétrécie, en même temps que le ventre présente, d'ordinaire, un volume exagéré, qui tient surtout à ce que le foie et la rate offrent une ampliation

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que Trousseau a niée bien à tort. Ce caractère s'efface en partie chez l'adulte, aussi bien que les nouures ou nodosités en chapelet qui siègent au niveau des articulations chondrocostales. Mais d'autres caractères signalent la poitrine des adultes qui ont été rachiliques, tels sont : l'amincissement rubané des muscles larges qui s'étalent sur la poitrine; un défaut d'élasticité des côtes due à ce qu'elles présentent cette compacité éburnée qui succède à l'ostéomalacie du rachitisme ; et enfin ce réseau veineux supplémentaire qui couvre les parois de la poitrine et qui indique la gêne qu'éprouve la circulation centrale par le fait du rétrécissement de la cage thoracique. Une poitrine dans laquelle se constatent ainsi les signes d'un rachitisme passé, implique une circulation gênée, une respiration insuffisante et par suite une sorte de valétudinarisme rachitique dû à l'imparfait développement des poumons.

Il semble impossible également que cette cause ne joue pas dans la production ou l'aggravation des maladies pulmonaires un rôle très important.

Quelle est l'influence du rachitisme sur la déviation de la colonne vertébrale? Elle a été sans doute exagérée par les auteurs qui ont vu, dans presque toutes les déviations de la colonne vertébrale, l'indice d'un rachitisme, actuel ou passé; mais le rôle du rachitis, réduit aujourd'hui, n'en est pas moins très actif. La scoliose congénitale, très rare comme l'est le rachitisme intra-utérin, paraît manifestement dériver de celui-ci, et cette opinion est d'autant plus plausible que la scoliose de la première enfance est rapportée presque uniquement au rachitisme. C'est là l'opinion très autorisée de Bouvier qui fait remarquer, à ce propos, que les incurvations de la colonne vertébrale sont bien plus rares chez les enfants rachitiques que ne le sont les autres déformations osseuses. Cette scoliose rachitique de la première enfance affecterait également, suivant lui, les deux sexes, tandis que la scoliose de la fin de la dernière enfance serait au contraire beaucoup

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plus commune chez les filles. La première partie de cette proposition ne saurait être admise. Toutes les statistiques admettent une prédilection marquée du rachitis pour le sexe féminin; et dès lors, il est naturel de penser que les scolioses qui relèvent de cette cause doivent être plus fréquentes chez les petites filles.

Les déformations pelviennes qui résultent du rachitisme de l'enfance ont été magistralement étudiées par Depaul qui les rapporte à trois causes agissant simultanément : le ramollissement général ou partiel des os de la ceinture pelvienne; l'arrêt de développement qui est la conséquence du rachitisme; les actions mécaniques de pression statique ou de tiraillement musculaire qui, trouvant des os snns résistance, en modifient la forme. Il assigne aux déformations rachitiques du bassin les caractères suivants : 1° racourcissement du diamètre antéro -postérieur, dans une mesure proportionnée au degré de déformation du bassin ; 2° diminution fréquente, mais non constante, des diamètres obliques du détroit supérieur; 3° diamètre transverse souvent intact, quelquefois accru; 4° diamètre vertical de l'excavation diminué; 5° diamètres oblique et transverse de l'excavation habituellement normaux; 6° diamètres du détroit inférieur ordinairement conservés; quelquefois le transverse et l'antéro-postérieur un peu agrandis ; 7° distance moindre entre le milieu des crêtes iliaques antéro-supérieures ; 8° diminution de la hauteur totale du bassin ; 9° moindre concavité , quelquefois convexité du sacrum; 10° écartement plus grand des branches de l'arcade pubienne ; 11° diminution de la hauteur du sacrum et de celle de la symphyse pubienne ; 12° abaissement de l'angle sacro-vertébral, moindre inclinaison du bassin en avant; 43° réduction du poids du bassin qui, de 760 grammes, chiffre moyen, peut tomber à 500 et même à 300 grammes.

On voit que les caractères généraux du bassin rachitique sont : d'être aplati, ce dont on se rend compte par les deux pressions en sens inverse qu'il subit, l'une qui lui est trans-

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mise par la partie supérieure du corps, l'autre par la résistance du sol; et d'être en môme temps amoindri, de pécher, comme le ditDepaul,par défaut d'étoffe, à l'inverse du bassin déformé par ostéomalacie dont la matière serait suffisante, si on la supposait bien répartie, pour reconstituer un bassin normal. Cette différence s'explique aisément par ce fait que les viciations rachitiques datant de l'enfance ont amené un arrêt de développament du bassin, tandis que les viciations ostéomalaciques survenant à l'âge adulte trouvent un bassin achevé et en modifient les formes sans amoindrir sa substance.

Si l'on songe que la plupart des cas de dystocie par angusties pelviennes se rapportent à des rachitiques; que la ressource de l'accouchement prématuré artificiel, assez précaire pour l'enfant, et celle de l'opération césarienne ne sont guère invoquées que dans des cas de rétrécissements ayant cette origine, on comprend le prix qu'il faut attacher à prévenir >le rachitisme des petites filles, doublement à redouter pour elles puisqu'au danger qui leur est commun avec les enfants de l'autre sexe, celui d'une déformation du squelette intéressant l'harmonie des formes et compromettant la santé, se joint le péril spécial de malformations pelviennes qui peuvent leur faire courir plus tard les plus grands dangers si elles deviennent mères.

Le rachitisme agit sur les membres, principalement sur les membres inférieurs, et y produit des raccourcissements et des déviations qui en altèrent les lignes, donnent à la démarche des modalités disgracieuses et amènent souvent la claudication. Quand l'arrêt de développement produit par le rachitisme frappe les os symétriques dans une mesure égale, ce qui est très rare, il y a diminution de la taille, le buste conservant ses proportions ; mais quand un des os se développe normalement, l'autre étant arrêté dans sa croissance, il y a nécessairement claudication. Le fémur ayant un développement plus rapide que les autres os du membre inférieur

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est le plus souvent atteint par le rachitisme et devient plus court ; dans un cas, la différence de longueur des deux fémurs a atteint 8 centimètres, de sorte que l'un de ces os semblait appartenir à un enfant. En même temps, les fémurs sont fortement arqués; dans ce cas les jambes peuvent présenter une courbure dans le môme sens ou bien une courbure en sens opposé, les genoux étant alors cagneux. Ces défectuosités de la marche, dont les types variés se présentent à votre souvenir, sont le plus habituellement des reliquats d'un rachitisme ancien.

La dentition reçoit aussi le contre-coup du rachitisme. Trousseau a insisté sur les anomalies de la dentition dues à cette cause; le retard de l'éruption des premières dents est la conséquence d'un rachitisme précoce; s'il survient au contraire après l'achèvement de la première dentition, il provoque la carie des dents temporaires, carie qui affecte plus particulièrement les dents de la mâchoire supérieure, comme l'a montré Magitot qui, sur 1,000 cas de carie de la première dentition, a trouvé 543 caries des dents d'en haut et 457 caries des dents d'en bas. A un degré extrême de cachexie rachitique, les mâchoires del'eni'ant, bordées de dents noircies, érodées, émergeant d'un tissu gingival comme fongueux, offrent un aspect repoussant. Alors même que les dents de renouvellement qui succèdent à des dents temporaires frappées de carie rachitique sont saines, elles conservent l'empreinte de ce vice : elles sont, suivant Magitot, moins volumineuses, ont une teinte pâle et transparente et gardent une texture délicate qui les dispose à se gâter et à tomber prématurément. J'ajouterai que l'influence du rachitisme s'accusant souvent par une sorte d'arrêt de développement des maxillaires, les dents de renouvellement n'ont qu'une place insuffisante : elles chevauchent, se placent les unes sur les autres et la denture prend une irrégularité qui préjudicie à la rectitude de la physionomie.

Résumons-nous : un abaissement disgracieux de la taille;

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un défaut de rectitude des membres ; une rupture dans la symétrie et les proportions des diverses parties du corps entre elles; une sorte d'arrêt de développement de la poitrine emprisonnant des poumons exigus, impropres à une hématose parfaite; des déformations pelviennes pouvant créer des causes de dystocie; une tendance à la scoliose ; des incurvations des os des membres inférieurs rendant la démarche disgracieuse et produisant même quelquefois la claudication, etc., tel est le plus gros des méfaits du rachitisme au point de vue de l'orthomorphose. Si l'on songe que le rachitisme implique, dans l'immense majorité des cas, une mauvaise hygiène, et que si celle-ci n'existait pas, cette cachexie redoutable serait évitée, on prend une idée de l'importance décisive d'une bonne alimentation pendant la première enfance. Le « principiis oùsta» du poète latin trouve là son application la plus formelle.

La scrofulose est un autre ennemi de la beauté, et plus cruel encore que le rachitisme, son émule malfaisant.

Les traits mêmes de l'habitus scrofuleux constituent déjà, qu'ils soient isolés ou réunis, une disgrâce physique véritable. Des formes habituellement ramassées et épaisses; une exubérance du tissu cellulaire et du système lymphatique qui altère la régularité des lignes ; l'empâtement de la lèvre supérieure dont le godet sous-nasal est amoindri ou effacé ; l'épaississement du rebord des narines et l'épatement du nez ; le gonflement des paupières dont le bord libre est habituellement rouge et luisant, privé en partie de ses cils; la mollesse des chairs et leur aspect blafard; la désharmonie disgracieuse des diverses parties du squelette qui n'ont plus entre elles les proportions du développement régulier; la grosseur des attaches articulaires ; l'exiguité habituelle de la poitrine, contrastant avec une saillie exagérée du ventre, due au volume du foie, de la rate et des ganglions lymphatiques du mésentère, sont autant de caractères qui préjudicientàlabeautéella ménagent, pourl'avenir, d'injures encore

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plus graves. Ce n'est pas que cet habitus existe toujours, et beaucoup de scrofuleux, en puissance de cette dia thèse héréditaire, ont, par le coloris de leur teint, la beauté de leurs cheveux, la régularité de leurs traits, la vivacité de leur esprit, l'harmonie de leurs formes, les attributs de la grâce et même de la beauté ; mais il faut considérer ce dernier tableau comme appartenant bien plus au lymphatisme qu'à la scrofulose, et celle-ci, quand elle existe à un certain degré, a toujours une livrée ingrate et repoussante. C'est principalement la scrofule brune, si commune dans le midi de la France, qui offre l'habitus scrofuleux au maximum de développement et qui amène surtout cet empâtement des traits coïncidant avec un teint olivâtre, d'où résulte une altération dont le cachet caractéristique est bien autrement facile à reconnaître, à mon sens, que celui qui signale la scrofule classique des gens à cheveux blonds, à peau fine et transparente, quelquefois vivement colorée. Vous avez tous les jours sous vos yeux, dans les rues de notre ville, des exemples de cette scrofule particulière, de nature torpide, et qui m'a toujours paru plus tenace, plus grave et à marche plus rapide que la scrofule ordinaire. J'ai été très frappé des différences qui existent entre ce que j'appelle; la scrofule brune et la scrofule blonde dont la description est classique. C'est toujours sans doute la même maladie, mais elle revêt une livrée différente et n'a pas la même évolution.

Reconnaître de loin la scrofule chez les enfants en interrogeant l'hérédité et en considérant un lymphatisme exagéré chez eux, sinon comme le premier degré de cette diathèse, du moins comme le terrain nécessaire à son développement, et instituer un genre de vie, si ce n'est un traitement médicamenteux, propres à modifier le lymphatisme et à l'empêcher d'aboutir à la scrofule, c'est faire acte de prévoyance et sauvegarder du même coup les intérêts de la santé et ceux de la beauté. L'épaississement de la lèvre

supérieure et du pourtour des narines, dû àj'exubérance des éléments glandulaires de la muqueuse de la peau, est pour moi une sorte de diathésimèire de la scrofule et qui suffit pour justifier l'intervention d'un traitement iodique.

.Mais la scrofule, si elle imprègne tout l'organisme, n'a encore produit aucune de ses localisations habituelles ; il n'y a pas de lésions de tissus ou d'organes, et l'on peut espérer, par une hygiène et un traitement appropriés, faire disparaître, ou du moins atténuer presque toujours l'habitus disgracieux qui signale sa présence. La scrofule réalisée est au contraire trop souvent au-dessus de nos ressources et ses stigmates sont indélébiles. Les engorgements ganglionnaires ou glandulaires qu'elle produit peuvent aboutir à la suppuration et laisser, à leur suite, des cicatrices plus ou moins difformes et d'autant plus regrettables que, siégeant presque toujours au cou et dans le voisinage de la mâchoire inférieure, elles ne peuvent être dissimulées que d'une manière incomplète par les vêtements, surtout chez les femmes, et constituent des indices accusateurs qui suffisent quelquefois pour compromettre à jamais l'avenir. La fréquence du coryza scrofuleux entretient au pourtour des narines une irritation de nature hypertrophique qui déforme le nez et la lèvre supérieure. Une blépharite, très tenace, parce qu'elle est diathésique, rougit le rebord des paupières et amène la chute partielle des cils ; des kératites scrofuleuses, à forme phlycténoïde, peuvent compromettre la vision et laisser à leur suite des taies plus ou moins apparentes. Un ozène souvent rebelle, quelquefois une oblitération du sac lacrymal, sont la conséquence fréquente de l'inflammation persistante de la conjonctive et de la muqueuse nasale. L'engorgement habituel des amygdales les hypertrophie, d'où le nasonnement de la voix, l'obtusion de l'ouïe, la fétidité de l'haleine et cette habitude de respirer la bouche ouverte, imposée par l'obstruction des fosses nasales et qui imprime à la physionomie un cachet disgracieux d'hébétude.

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Les scrofulides malignes ont encore des conséquences autrement graves : soit qu'elles siègent à la peau, revêtent les formes diverses de la scrofulide érythémateuse , du lupus ulcéreux, de la scrofulide verruqueuse, et laissent à leur suite des pertes de substance et des cicatrices plus ou moins difformes; soit qu'elles siègent sur les muqueuses de la bouche, de la gorge et y constituent le lupus gingival, le lupus ulcéreux du pharynx. Il suffit d'indiquer les localisations de la scrofule tertiaire et les graves lésions qu'elle produit dans le périoste, les os et les articulations pour se faire une idée des difformités, si ce n'est des mutilations, dont elle est le point de départ. Des tumeurs blanches, la coxalgie, des lésions de la tige rachidienne, avec leurs conséquences de claudication, de gibbosité, etc., dérivent de cette, scrofule qui arrête là ses atteintes portées à la régularité des formes. Dépasse-t-elle ce degré, elle étend ses sévices sur les organes intérieurs, et, sous forme de scrofulide viscérale ou quaternaire, elle va se confondre intimement avec la tuberculose que beaucoup d'auteurs considèrent comme son aboutissant naturel ; la plèvre, les poumons,1 les méninges, les reins, le foie lui-même, deviennent scrofuleux à leur tour et présentent des lésions qui, si elles ne sont pas une production exclusive de la scrofule, semblent cependant provoquées par elle.

Je n'ai donc pas besoin d'insister devant vous sur le prix qu'il faut attacher à la prompte éradication du vice strumeux, aussitôt qu'il apparaît; la multiplicité des sévices dont il menace la régularité des traits et des formes, montre assez, la santé n'y fût-elle intéressée elle-même qu'au seul point de vue de l'orthomorphose, que la scrofulose mérite d'éveiller toute la sollicitude de l'hygiéniste.

Je m'arrête à cette considération, et je n'ai pas à vous dire ici combien l'hygiène et la thérapeutique, associant leurs ressources, ont de puissance pour modifier le lymphatisme et la scrofule. Ce sujet est trop important en pratique

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pour que je veuille l'écourter ici. Nous lui consacrerons bientôt une leçon spéciale.

Dans ce dénombrement des ennemis de la beauté nous trouvons l'herpétisme à côté de la scrofule. Nous savons que dans la série, presque innombrable, des maladies dont la peau est le siège, il en est de parasitaires, qui doivent à leur cause d'être transmissibles d'un individu à un autre ; d'individuelles qui dépendent d'une forme particulière de la santé ou de la constitution, n'ont rien de spécifique et ne se transmettent pas par hérédité, directement au moins, leur reproduction chez les descendants dépendant, quand elle s'opère, d'une simple ressemblance de formule organique agissant à titre de prédisposition ; enfin à.' herpétiques, dues à une diathèse, foncièrement héréditaire, au même titre que le cancer et la tuberculose. Cette diathèse est une quant à son essence, mais multiforme quant à ses manifestations locales, qui peuvent reproduire tous les types dermatologiques, mais qui ont toutefois pour l'herpès, l'eczéma, l'urticaire, le pityriasis, le psoriasis et l'ichthyose une prédilection accentuée. Le mot dartre synthétise, dans la langue du vulgaire, les manifestations diverses de l'herpétisme, et on y attache des idées de dégoût, d'impureté du sang et de contagion qui sont loin d'être toujours fondées, mais qui ont, au point de vue social, des conséquences très fâcheuses. Bazin a proposé de remplacer le mot dartres par le mot herpétides qui a l'avantage d'être peu compréhensible pour les familles, qui masque, d'une manière opportune, la réprobation qui s'attache à la première de ces expressions, mais qui ne la remplacera jamais pour le public.

Quelle que soit la forme sous laquelle se réalise l'herpétisme : eczéma, impétigo, formes épidermiques sèches, etc., il aune tendance incessante à récidiver, et il produit de préférence ces dermatoses diverses sur les régions qui ont été primitivement occupées, et cela à la faveur d'une sorte d'habitude morbide locale. La vascularité considérable des tégu-

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ments du visage, appelle là, de préférence, la plupart des dermatoses. Leurs traces sont difformes et répulsives en elles-mêmes, en dehors des idées humorales qu'on y a ttache, et quand elles ont duré un certain temps, elles ont amené une sorte d'hypertrophie nutritive de la peau, et la régularité des traits en est altérée. Il n'y a, à ce point de vue, rien d'indifférent de ce qui siège au visage, principalement chez les femmes, et les familles y attachent une importance qu'on ne saurait trouver exagérée.

Les maladies cutanées qui siègent sur le cuir chevelu peuvent, de plus, dans un hon nombre de cas, compromettre l'intégrité des cheveux, et l'on comprend la gravité de ce fait quand on songe au rôle que joue la chevelure dans la beauté et au dégoût légitime qui s'attache à des dénudations partielles du cuir chevelu. Les dermatophytes quibantent d'habitude cette région : les mycodermes du favus (achorion Schœnleinii), celui de la teigne tondante [tricophyton tonsurans) ; celui de la pelade {tricophyton decalvans), et enfin le microsporon furfur qui produit ou accompagne le pityriasis, sont à redouter à raison de la calvitie partielle qu'ils peuvent produire; aussi faut-il instituer dès le début un traitement méthodique, voir, au delà de l'insouciance qu'a l'enfant pour les risques que court sa chevelure, le chagrin que lui fera éprouver plus tard une alopécie répugnante, et ne négliger aucune des ressources que les progrès de la thérapeutique ont mises aujourd'hui à notre disposition pour détruire ces parasites avant qu'ils aient causé des ravages irrémédiables.

Je ne saurais placer dans un ordre plus rationnel qu'en en faisant mention ici, ces vices d'organisation et de coloration de la peau qui constituent autant de disgrâces physiques justement redoutées. Je veux parler des envies, des taches vasculaires, des nœvi materni dans lesquels l'opinion vulgaire voit des traces de caprices de la gestation auxquels satisfaction a été refusée, et que l'opinion médicale envisage, sans remonter à leur origine, comme des faits accomplis qui dé-

jouent habituellement tous les efforts de l'art pour les atténuer et auxquels, dans la plupart des cas, il vaut mieux se résigner. On sait les efforts désespérés et inutiles auxquels les mères se livrent pour faire disparaître les macules des rousseurs ou éphélides lentiformes, et le zèle, assurément peu méritoire, avec lequel la spéculation, toujours ardente à suivre la frayeur, accumule contre elles des eaux infaillibles et des préservatifs antéphéliques d'un effet assuré. La vérité vraie est que cette altération du pigment cutané est irrémédiable, et qu'il n'y a rien de mieux à faire que de s'y résigner.

Il est une autre altération de la peau qui appelle au contraire des soins auxquels le plus souven-t elle ne résiste pas. J'entends parler des verrues, ces excroissances épidermiques constituées par une hypertrophie du derme et des papilles, qu'enveloppe une exsudation épidermique exagérée. Si les verrues se montrent à tout âge, elles sont plus particulières à l'enfant chez lequel elles se développent si facilement et avec une telle abondance que quelques auteurs y ont vu une manifestation particulière de l'herpétisme. La face, particulièrement les lèvres et les paupières, le cou, mais surtout les mains, sont le siège de prédilection des verrues qui inspirent un dégoût réel quand elles sont nombreuses, et peuvent même, si elles s'implantent au niveau d'une des articulations phalangiennes, ce qui n'est pas rare, devenir une cause importune de gêne et une entrave à certains mouvements. Je n'ai pas à vous rappeler ici le fastueux arsenal des moyens locaux que l'on emploie contre les verrues (ligature, excision, cautérisation avec les acides forts, l'acide acétique, le nitrate acide de mercure). C'est beaucoup et ce n'est pas assez. Une verrue enlevée est souvent suivie d'autres verrues, et il faudrait disposer d'un moyen ayant prise sur la cause même de cette pullulation. Il en est un qui a déjà fait ses preuves, et que je vous recommande, à titre empirique, sans pouvoir vous offrir la théorie de son mode d'action. Ce sont les préparations magnésiennes prises à l'intérieur, à petites doses longtemps

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continuées. Rien n'est plus certain ni plus inexplicable que l'efficacité de ce moyen. Les témoignages favorables ne lui ont, du reste, pas manqué depuis 1853, époque où Lambert (de Haguenau) le premier, je le crois du moins, a signalé ce fait. 11 lui a été révélé par une malade à laquelle il avait prescrit, pour une gastralgie avecpyrosis, l'usage journalier de la magnésie. Elle garda sa gastralgie mais se trouva débarrassée, à son grand contentement, de verrues confluentes qui lui couvraient les mains et lui causaient un déplaisir réel. Instruit par le hasard, qui n'est pas toujours un maître à dédaigner, ce médecin fit, peu après, l'essai de la magnésie sur une autre personne atteinte de verrues multiples, et il obtint le même résultat. Gomme il arrive toujours, la communication de ces faits à la presse médicale en provoqua d'autres, et il se trouva bientôt que des médecins éloignés les uns des autres avaient séparément recueilli des observations de même nature. C'est ainsi que René Vanoy en Belgique, Peez à Wiesbaden, Eckstein à Pesth, Rodriguez y Espinosa à Madrid, se portèrent simultanément garants de l'exactitude des faits signalés par Lambert. En Belgique comme en France, en Hongrie comme en Espagne, la magnésie attestait donc cette singulière propriété, et il n'y avait plus guère moyen de la mettre sérieusement en doute. J'avais conservé ces faits dans un coin de ma mémoire ; mais entraîné par des préoccupations cliniques d'autre nature, je n'avais pas songé à les vérifier. Il y a quelque temps, je fus appelé en consultation par un de mes honorables confrères de la Vendée qui, au moment où j'allais prendre congé de lui, me montra sa propre fille, enfant de six ans, et me demanda si je connaissais un moyen de la débarrasser de verrues multiples qui siégeaient à la face dorsale de la main gauche, sur le pouce, l'annulaire et le médius droits et, particularité plus désobligeante, avaient envahi la figure, notamment le menton, la lèvre inférieure, la cloison nasale et enfin le bord de la paupière gauche à un millimètre environ du point lacrymal. Ces

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verrues étaient petites ; mais quand je vis cette enfant, elles étaient en voie d'accroissement. Le perchlorure de fer, l'acide azotique en avaient détruit quelques-unes, mais une nouvelle poussée n'avait pas tardé à se faire dans leur voisinage. Me reportant par le souvenir aux faits invoqués par Lambert, Vanoy, Eckstein etc., je conseillai d'essayer la magnésie. Deux mois et demi après (le traitement avait été suivi sans interruption pendant cette période), une lettre m'apprenait que les verrues, arrêtées dans leur développement et leur pullulation", avaient fini par se flétrir, s'exfolier et disparaître. Le traitement avait consisté dans l'emploi journalier d'une pincée de magnésie. C'est au moins fort curieux. La magnésie absorbée s'élimine-t-elle en partie par la peau et se met-elle ainsi au contact du derme qu'elle modifie dans nn sens opposé à cette tendance hyperplasique? Cette explication qui ne va pas très loin, je le reconnais, dans l'interprétation du mécanisme curatif, est plausible. Il serait intéressant d'essayer l'emploi topique d'une bouillie de magnésie sur les verrues et de voir ce qu'on en obtiendrait.

C'est assez, si ce n'est trop, insister sur ce point minuscule de thérapeutique; mais, vous le verrez, il n'y a pas de petites choses dans les familles pour ce qui concerne les enfants et plus particulièrement pour ce qui intéresse leur visage, et ce fait pratique m'a paru assez curieux pour que je dusse vous le signaler en passant.

Une belle chevelure est un élément delà beauté féminine et les mères sont jalouses d'en assurer le privilège à leurs filles; mais elles tendent plus habituellement à ce but, par ces cosmétiques, ces eaux régénératrices, ces mille recettes inventives qui leur tendent des pièges intéressés à la quatrième page des journaux, que par une hygiène bien entendue de la chevelure, qui seule cependant leur garantit le résultat qu'elles recherchent. La coquetterie maternelle ne sachant pas se résigner à un sacrifice présent pour s'assurer un bénéfice définitif, a peine à consentir à débarrasser la tête des petites

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filles d'une chevelure profuse qui les fatigue, les congestionne et épuise les bulbes pileux à un moment où leur organisation est encoreincomplète. C'estlà cependant une précaution utile à plusieurs points de vue. J'estime que les petites filles doivent porter les cheveux courts jusqu'à quatre ou cinq ans; et si les mères entendaient bien leurs intérêts, elles se résoudraient, vers l'âge de douze ans, à un sacrifice nouveau dont l'avenir les indemniserait largement. J'ai vu des petites filles à chevelure exubérante, et qui restaient maigres et chétives, reprendre d'une manière assez visible après la section des cheveux pour que l'on pût rapporter l'amélioration de leur santé à ce fait. Rien ne se fait avec rien, et quand on songe à la dépense de sucs nutritifs qu'entraîne une chevelure abondante, on comprend que, dans certains cas, il est utile de réaliser une économie de ce côté. Et si cette précaution est nécessaire chez les enfants soignés, à plus forte raison estelle indispensable pour ceux qui sont dans des conditions moins favorables et qu'une phthiriase, bien peu digne du respect que le préjugé lui accorde, contribue à épuiser. Quant à la section des cheveux dans les maladies longues, elle s'impose dans l'intérêt du bien-être et de la propreté des petits malades, et je n'ai jamais vu qu'elle eût aucun des inconvénients qu'on lui attribue dans les familles; c'est là un de ces nombreux préjugés qui ne sont que l'écho d'idées médicales aujourd'hui abandonnées avec raison. Cette précaution est, bien entendu, de rigueur quand des éruptions sécrétantes, eczéma ou impétigo, siègent sur le cuir chevelu, et qu'il faut porter et maintenir des topiques de diverses sortes au contact des surfaces malades.

Quelle doit être la coiffure des enfants? Les partisans absolus du système de Locke tranchent la question en établissant comme règle qu'ils n'en doivent pas avoir. Il faut au moins attendre, pour s'y conformer, que la chevelure ait pris un certain degré d'épaisseur; mais il est certainement avantageux de les faire coucher tête nue à partir de deux ou trois

ans; on garantit ainsi l'intégrité et la beauté de la chevelure, on économise des rhumes et on prévient, avec une source de malaise pendant l'été, une cause trèsinopportune d'afflux assez actif vers la tête en toute saison. La résille dont on enveloppe la tête des petites filles est un compromis utile entre la nécessité d'éviter ces inconvénients et de contenir une chevelure abondante.

Je ne ferai enfin que vous signaler les dangers de la promiscuité des coiffures et du peigne comme cause de propagation des éruptions contagieuses du cuir chevelu, et particulier du favus et de l'herpès tonsurant. Sans doute l'air peut se charger de transmettre d'une tête à l'autre les spores des parasistes qui déterminent ces maladies contagieuses, mais ce n'est pas une raison pour leur donner des movens plus directs de communication.

Les fièvres éruplives ne laissent généralement pas de stigmates à leur suite, maisil est, dans ce groupe, deux maladies qui ont une gravité spéciale à ce point de vue : je veux parler de la variole et de l'érysipèle.

La vaccine, et ce n'est pas là un de ses moindres bienfaits, a diminué le nombre de ces mutilés qui promenaient jadis dans nos rues leur figure horriblement couturée; dont des cicatrices difformes tiraillaient d'une manière hideuse les narines, la bouche et les paupières; dont les cornées étaient souvent recouvertes de taies. Qui ne fait pas vacciner ses enfants et néglige de les faire revacciner en temps opportun, les expose à des catastrophes de ce genre. Au reste, cette atteinte portée à la beauté par la variole est telle que beaucoup d'historiens de l'inoculation n'ont pas manqué de placer le berceau de cette pratique en Géorgie, dans ce pays où la beauté féminine est proverbiale, et lui ont assigné pour origine le désir de défendre contre les injures de la variole le visage des femmes destinées à recruter les harems de l'Asie et de la Turquie d'Europe : c'est là, messieurs, un argument pressant que vous pourrez invoquer en faveur de la

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vaccine, si injustement décriée, et auquel les familles, toujours préoccupées de ce grand intérêt de la beauté des enfants, fermeront rarement l'oreille.

L'érysipèle, véritable fièvre éruptive, sans avoir, à ce point de vue, lagraviléde la variole, n'en est pas moins à redouter par les difformités qu'il entraîne quand il se présente sous cette forme de récidives incessantes qu'il affecte cbez les femmes et aux deux extrémités de leur activité reproductrice, c'est-à-dire à la puberté et à la ménopause. J'ai vu de véritables éléphanliasis du visage se produire dans ces conditions, et j'ai connu entre autres, une jeune fille dont la physionomie, primitivement régulière et agréable, avait pris, à la suite de ces érysipèles répétés, un aspect hideux qu'elle a conservé.

11 y a dans l'évolution de l'enfance vers la puberté, des phases qui sont plus particulièrement critiques pour la santé et qui le sont en même temps pour la beauté, tant ces deux intérêts sont étroitement solidaires.' Je vous ai signalé les périodes de croissance active, comme appelant, à ce double point de vue, la sollicitude de l'hygiène; nous verrons bientôt en effet qu'à cette époque, des attitudes qui seraient en elles-mêmes inoffensives pour la régularité des formes, peuvent, si on ne les combat pas de bonne heure, compromettre la beauté de la manière la plus fâcheuse.

Je pourrais pousser plus loin cette étude et montrer que la santé et la beauté ont des intérêts concordants, et que si la première ne crée pas la seconde, elle en est la condition indispensable. Je n'ignore pas qu'une certaine littérature a prétendu mettre en opposition ces deux intérêts et, que s'éloignant de l'idéal ancien, elle a voulu faire de la faiblesse maladive un attribut de la beauté, mais c'est là de l'esthétique paradoxale, et je vous proposerai, en terminant, cet aphorisme : « Quand on est aussi bien portant que possible, on est aussi beau qu'on peut l'être. » La santé est la plénitude de la grâce comme elle est la plénitude de la puissance physique.

Fonssagiuves. 2 2

Si l'enfant est une cire molle dans laquelle on peut, quand on n'est pas trop contrarié par une hérédité reprochante, modeler un homme vigoureux, on doit aussi, en s'occupant du fond, songer à la forme, et la puissance de l'hygiéniste, en ce qui concerne ce dernier intérêt, n'est pas minime ainsi que je viens de m'efforcer de vous le montrer,

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