‹ Leçons d’hygiène infantileChapitre 18 sur 58 · SEIZIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

SEIZIÈME LEÇON

Vices de la voix et Orthophonie.

Sommaire. — Afférences de l'orthophonie et de l'orthomorphose. — Qualités de la voix parlée. — Justesse et fausseté. — Intonations. — L'art orthophonique. — Vices de la voix et de la parole articulée. — Voix eunuchoîde. — Voix voilée. — Voix nasonnée. — Nasillement, pharyngophonie et rhinophonie. — Nasillement par hypertrophie des amygdales.— Surdité amygdalienne. — Nasonnement par coryza chronique. — Des accents régionaux. — La contagion des accents dialectiques pour les enfants. — L'accent des sourds-parlants. — Le bégaiement chez les enfants. — Sa curabilité par l'éducation. Balbutiement, bredouillement, grasseyement, blésité, lambdacisme, zézayement et séseyement. — Correction de ces défectuosités de la voix articulée.

Il vous semblera naturel, messieurs, que je fasse venir, après Y orthomorphose ou l'art, sinon de créer la beauté au moins de corriger la laideur, Yorthophonie ou l'art de redresser les vices de la prononciation. Il y a, en effet, entre ces deux sujets des afférences étroites et qui ont déjà sans doute frappé votre esprit. Une physionomie correcte et des formes harmonieuses sont sans doute des privilèges heureux que l'on tient de l'hérédité et dont elle est la source exclusive, et l'éducation physique des enfants est, par suite, impuissante à en assurer les avantages ; mais si l'hygiène conserve la beauté native, et la porte à son summum d'épanouissement, elle atténue les diverses formes de la laideur, ces maladies de la beauté. C'est là ce que je me suis efforcé de vous montrer dans ma dernière leçon. De même aussi l'éducation peut réagir, dans une certaine mesure, contre une autre série

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de disgrâces physiques en corrigeant les imperfections de la voix et les vices de la prononciation, et c'est l'élude des moyens dont elle dispose, pour arriver à ce résultat, que nous abordons aujourd'hui.

La voix est peut-être, autant que le visage, le pivot de la sympathie qui s'impose de prime-saut avant que la réflexion et le commerce familier aient trouvé à ses imperfections des compensations qui les font oublier. Je n'ai pas besoin, en effet, de vous rappeler combien une voixd'un timbre agréable, une prononciation correcte, sont attractives, et quelle répulsion générale s'attache au contraire à des qualités opposées. Si les yeux sont le chemin du cœur, les oreilles y conduisent aussi et non moins directement. Et tout s'enchaîne si bien dans les conditions qui préparent la destinée d'un enfant, que son bonheur, ou tout au moins l'exercice fructueux de son activité sont souvent à la merci d'une voix criarde ou harmonieuse et d'une prononciation régulière ou incorrecte. Si cela est vrai pour les deux sexes, quel prix plus grand encore n'ont pas ces avantages physiques pour les femmes dont le sort est si étroitement lié aux privilèges de la beauté et de l'agrément ou aux disgrâces de la laideur ? L'attrait est pour l'homme un avantage, il devient presque une fonction chez la femme.

Nous distinguerons dans cette étude les imperfections de la voix et celles de la parole, qui, du reste, se rencontrent le plus habituellement séparées.

Les qualités de la voix parlée (il ne saurait être question ici de la voix musicale), comme ses imperfections, sont toujours natives, et dépendent delà conformation du larynx, de la constitution anatomique et de la disposition réciproque des différentes parties qui le constituent, eu égard à la sonorité, et plus particulièrement de l'organisation de la glotte vocale. Toutes ces conditions, dans leurs modalités infinies et dans leurs combinaisons sans limites, donnent à la voix parlée son timbre et aussi, dans une certaine mesure, sa

tonalité, quoique celle-ci dépende plutôt des mouvements partiels du larynx que de sa structure anatomique.

La voix parlée a, comme la voix chantée, sa justesse ou sa fausseté, et elle est soumise, comme elle, à des lois harmoniques qui, observées, produisent un effet attractif, et heurtées, éveillent une impression désagréable. Gomme pour la voix chantée la justesse de la voix parlée dérive tout entière de l'oreille qui est chargée de l'éducation du larynx et qui s'en acquitte bien ou mal suivant ses propres qualités natives. Cette qualité, comme son absence, se révèlent sans doute dans la parole ordinaire qui sert aux échanges d'impressions, d'idées ou'de besoins de la vie commune ; mais elles s'accusent bien plus manifestement encore quand la passion oratoire l'anime et lui fait monter et descendre une échelle de tonalité qui fait de la déclamation une sorte d'intermédiaire entre la musique et la parole. Ainsi font les passions également qui, ne pouvant se contenter delà froide et monotone émission de la parole, l'emportent dans une tonalité plus expressive.

La voix n'est pas seulement en effet le calque de la pensée, elle en est l'image colorée ; et ses intonations, appropriées aux sentiments qu'elle exprime, constituent, au propre sens du mot, un geste, c'est-à-dire un moyen d'expression sensible qui s'ajoute à la physionomie, au maintien, au mouvement de la tête, du torse et des membres, ces attitudes de l'âme rendues sensibles par des signes extérieurs, pour exprimer toutes les nuances des passions. Sans aucun doute, il y a un rapport préétabli entre les modulations et les intonations de la voix et les sentiments qu'elles traduisent, et les passions les rencontrent sans que l'art ait besoin de les conduire à leur recherche; mais il n'en est pas moins vrai que l'âme, dans une sphère de possession plus complète d'elle-même, comme dans la lecture, le discours parlé, ou l'action scénique, a besoin d'avoir étudié pour connaître et respecter ces rapports et arriver à une somme de vérité et de puissance dans

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l'expression qu'elle n'atteindrait jamais sans cette éducation de la voix.

On apprend à parler, à lire et à déclamer, comme on apprend à chanter, et dans ces opérations diverses de la voix si les qualités naturelles de justesse sont beaucoup, l'éducation les met en valeur et les remplace dans une certaine mesure quand elles sont absentes. N'êtes-vous pas frappés, comme moi, de la négligence regrettable qui gouverne celte partie de l'éducation générale, et aussi de l'éducation professionnelle, à laquelle les anciens attachaient une si juste importance et dont Quintilien en particulier, dans son 1nstitulio oraloria a formulé les règles ; dont' saint Paul lui-même a résumé l'importance en faisant de la voix oratoire formée et cultivée, l'instrument de toute prédication efficace « fides ex auditu » ? La parole publique ne se forme pas seulement avec la profondeur et la justesse de la pensée, l'abondance et l'éclat de l'expression, elle a aussi sa musique, et qui n'en connaît pas les secrets et n'en observe pas les règles, demeure toujours en deçà de la puissance d'effets et d'entraînement à laquelle son génie naturel aurait pû le porter. N'y a-t-il pas quelque chose de singulier à voir l'orateur sacré, le professeur, l'avocat, l'homme politique aborder la chaire, le barreau ou la tribune sans avoir, au préalable, conquis par l'étude cette technique de la voix parlée qui, mise en son rang, n'en constitue pas moins une puissante réelle? Il y a là une lacune dont la plus simple réflexion fait comprendre l'importance. La lecture elle-même a son enseignement nécessaire à qui veut plaire aux autres et elle constitue un art sur lequel M. Legouvé vient ingénieusement de rappeler l'attention. Apprendre à lire aux enfants n'est pas seulement leur enseigner à assembler des lettres, des syllabes et des mots, mais aussi leur donner la science des intonations, des mesures, de l'accentuation qui est propre à cette forme de la parole. On ne saurait dire avec raison que l'une précède l'autre ; elles doivent au contraire se faire simultanément si l'on ne veut

avoir àfemonter laborieusement la pente d'habitudes incorrectes. Quand viendra le temps où chaque grande ville aura son école de prononciation et de déclamation?

Les vices de la voix parlée, distincts de ceux de l'accentuation, peuvent être ramenés aux suivants : voix eunuchoïde — voix voilée — voix nasonnée.

Vous savez les relations étroites qui existent entre l'appareil générateur et le larynx. La voix des enfants est en général plus haute d'une octave que la voix de l'adulte, et l'exiguité du tube laryngien chez eux, aussi bien que l'étroitesse de la glotte vocale, expliquent cette particularité. A l'époque de la puberté, la voix subit une modification profonde que l'on caractérise du nom de mm et qui est l'un des signes les plus expressifs de l'évolution pubère. Après une période plus ou moins longue pendant laquelle la voix passe par une discordance choquante, elle arrive à prendre sa tonalité définitive et son timbre sexuel.

Mais les choses ne se passent pas toujours d'une manière normale et il n'est pas très rare de voir persister, chez l'adulte, les caractères de la voix infantile. C'est ce qui arrive d'une manière générale chez les castrats. La voix eunuéhoïde de l'adulte, qui se produit en dehors de toute mutilation et qui ne préjudicie nullement, comme vous en verrez des exemples, aux aptitudes génératrices, est une disgrâce physique réelle; ses notes grêles, aiguës, criardes sont en effet particulièrement désagréables, et de plus elles autorisent des suppositions désobligeantes. D'ordinaire ce vice de la voix qui dépend de l'exiguité du tube laryngien est irrémédiable, comme tout ce qui est organique; mais il arrive, ainsi que Ed. Fournier en a fait la remarque, que la voix de castrat qui se montre à la puberté chez les adolescents, tient plutôt à un rétrécissement dynamique de la glotte vocale et alors elle est susceptible de guérir par une gymnastique vocale convenablement dirigée.

La voix voilée peut l'être bien certainement en dehors de

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tout état morbide, et par le fait de la qualité môme des matériaux anatomiques du larynx; mais bien plus souvent, elle apparaît et disparaît, à intervalles plus ou moins rapprochés, à l'occasion du moindre exercice un peu prolongé de la voix et semble dépendre d'une disposition de la muqueuse glottique à s'hyperhémier, et peut-être dans quelques cas, d'une faiblesse particulière des muscles qui dilalent ou rétrécissent la glotte. J'ai vu souvent celte disposition à l'aphonie intermittente chez les enfants, et elle m'a paru de nature à éveiller quelque sollicitude pour leur avenir quand il existe, dans l'hérédité, des faits de tuberculisation pulmonaire et, à plus forte raison, de phthisie laryngée. On dit que ces enfants ont « le larynx faible » , on pourrait dire avec plus de raison qu'ils ont le larynx menacé. Si cette disposition à l'enrouement paraît être sous la dépendance d'une disposition catarrhale de la muqueuse laryngienne, son meilleur remède consiste dans l'inauguration, de bonne heure, des pratiques de l'hydrothérapie et l'aguerrissement du cou à l'impression du froid par l'usage journalier de lotions froides coïncidant avec une disposition du costume de nature à laisser habituellement découverte la région laryngienne.

Il est, chez les jeunes filles qui approchent de la puberté, une autre sorte d'aphonie incomplète qui n'est pas rare et qui n'est autre chose qu'une manifestation hystérique. Elle a la mobilité et le peu de gravité des autres accidents qui se rattachent à ce groupe pathologique, et la voix reprend ses caractères réguliers quand la période d'évolution pubère est franchie. Une seule considération pratique résume le traitement orthophonique de cette altération delà voix, c'est de mettre autant que possible le larynx au repos en interdisant les éclats et les efforts de la voix et d'ajourner l'éducation musicale à une époque où cette disposition à l'enrouement aura définitivement disparu.

Le nasonnement ou mieux le nasillement est un des vices les plus communs et les plus disgracieux de la voix : il lui

imprime un caractère sourd, ronflant, une résonance prolongée qui empiète sur les divers sons, les confond les uns avec les autres et nuit singulièrement à leur netteté et, par suite, à la clarté de la parole, sans parler de l'altération de son timbre. Krishaber qui a très bien analysé le mécanisme du nasillement en distingue deux variétés : la rhinophonie dans laquelle la voix est altérée par l'imperméabilité, plus ou moins complète des fosses nasales et des narines, ou au contraire par l'impossibilité de fermer la communication de la cavité pbaryngo-nasale avec les fosses nasales ; et la pharyngophonie ou voix gutturale qui se produit par l'oblitération des fosses nasales au niveau de la cavité pharyngo-buccale. Dans l'un et l'autre cas, les conditions réciproques de résonance de la cavité buccale et des cavités nasales sont changées : telles lettres dont la prononciation nette exige le libre écoulement de l'air expiré par le nez, trouvant les cavités nasales plus ou moins obturées, prennent le caractère nasonné; telles autres s'altèrent parce que la bouche, considérée comme cavité de résonance, ne s'isole plus complètement des fosses nasales et de la cavité pharyngo-buccale, ou parce que l'air contenu dans les cavités du nez y devient stagnant au lieu de s'écouler en permanence et que les fosses nasales forment une chambre de résonance dont les vibrations propres modifient celles des sons qu'émet la glotte. Le nasillement est héréditaire dans certaines familles, comme j'en ai vu et comme vous en verrez maints exemples ; il tient alors à la transmission de dispositions anatomiques spéciales parmi lesquelles Krishaber signale: la brièveté originelle du voile du palais, l'exiguitéde ses piliers qui ne peuvenl plus remplir complètement leur office de rideaux, et enfin l'obliquité en arrière de l'apophyse basilaire que n'atteint plus le voile du palais quand il tend à l'horizontalité pour obturer la communication des fosses nasales et de la bouche. La perforation ou l'absence du voile du palais, sa paralysie, une fissure palatine, l'engor-

gement hypertrophique des amygdales, la paralysie du facial amenant l'inertie des dilatateurs des narines sont autant de conditions, la plupart irrémédiables, quelques-unes amovibles, qui produisent la voix nasonnée.

Il est deux causes de production du nasonnement que l'hygiène peut prévenir dans un grand nombre de cas et sur lesquelles j'appellerai particulièrement votre attention : je veux parler de l'hypertrophie des amygdales et'du coryza chronique.

Rien n'est plus commun que de voir, chez les enfants, les amygdales présenter un volume anormal. Très rarement originelle, cette hypertrophie est presque toujours la signature du lymphatisme exagéré, si ce n'est de la scrofulose. Quand le rapprochement excessif de ces deux glandes date de la naissance, il faut considérer deux cas : 1° les amygdales ont réellement un volume exagéré ; 2° elles ont leur volume ordinaire, mais la diminution du diamètre transverse de la voûte palatine et le rapprochement des apophyses ptérygoïdes portent ces glandes au contact l'une de l'autre et cette conformation particulière réalise des effets mécaniques en tout semblables à ceux de l'hypertrophie elle-même. Mais remarquez bien que, dans ce dernier cas, le frottement rude du bol alimentaire sur la face interne des amygdales, si ce n'est leur frottement réciproque l'une sur l'autre, amènent nécessairement leur hypertrophie, soit par des amygdalites successives qui se résolvent imparfaitement, soit par cette hyperplasie que l'irritation sourde et prolongée produit à la longue dans tous les tissus, de sorte que l'hypertrophie arrive toujours en fin de compte. Plus tard le développement transversal de la voûte palatine, par le fait de la croissance, écarte peu à peu les amygdales l'une de l'autre, élargit l'isthme du gosier et soustrait ces glandes aux causes mécaniques d'irritation qui agissaient sur elles. Ce n'est guère que dans ce cas que l'on voit une hypertrophie considérable des amygdales s'atténuer, et même disparaître, par le seul fait des progrès de l'âge.

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Tous connaissez les conséquences de cette hypertrophie des amygdales que Dupuytren, Shaw, Robert, etc., ont plus particulièrement étudiée chez les enfants : en dehors dunasonnementqui en estla suiteforcée, des amygdalites à répétition, d'une dyspnée permanente mais offrant des paroxysmes qui peuvent devenir menaçants et indiquer môme lalaryngotomie, une toux gutturale persistante, des accès de suffocation pendant le sommeil, sont des accidents qui, au degré près, existent chez tous les enfanLs dont les amygdales ont un volume exagéré. Mais ce n'est pas tout: l'hypertrophie de ces glandes préjudicie à la physionomie et peut, comme Robert l'a fait remarquer le premier, devenir une cause fréquente d'arrêt dans le développement des fosses nasales et de la voûte du palais et entraîner, par suite, en même temps qu'une altération de la physionomie, un chevaucher ment vicieux des dents par suite de l'insuffisance de l'arcade dentaire supérieure dont le sommet antérieur, plus aigu, n'offre pas aux incisives et aux canines une place suffisante pour qu'elles puissent s'aligner régulièrement. Je vous rappellerai enfin que l'hypertrophie d'une des amygdales peut devenir, comme Dupuytren et Robert l'ont établi, une cause de déformation unilatérale de la poitrine et consécutivement de scoliose. Enfin la respiration se faisant exclusivement par la bouche, celle-ci demeure habituellement béante et la physionomie prend, par ce fait, un caractère disgracieux d'hébétude. Si vous joignez à cette énumération la surdité que l'on pourrait appeler amygdalienne et qui est due à l'oblitération de la trompe d'Eustache par épaississement irritatif de sa muqueuse, surdité si fréquente chez les enfants, vous aurez une idée de l'intérêt qu'il y a à les débarrasser de bonne heure de cette infirmité par des moyens constitutionnels ou locaux, et mieux par l'excision des amygdales, qui les surpasse tous, et de beaucoup, pour la certitude et la rapidité du résultat.

Le coryza chronique amenant à la longue, par suite d'une

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inflammation répétée, un épaississement de la pituitaire est une cause fréquente de voix nasonnée. Quand il siège à la partie antérieure des fosses nasales, il produit plus particulièrement la r/tinophonie ; quand il existe à la partie postérieure, le nasillement revêt le timbre pharyngophonique ou guttural. Le plus habituellement, il n'a pas de délimitation anatomique ; il s'étend à toute la pituitaire, aussi bien à celle qui revêt la cloison qu'à celle qui tapisse les cornets et les sinus, et la bouche, maintenue dans un état de béance habituelle pour que la respiration puisse se faire, perd sa résonance normale, et des lettres, pour la prononciation desquelles elle doit se transformer en cavité close, sont produites nécessairement avec le timbre nasonné ou le timbre pharyngo-buccal. En même temps le séjour, dans les fosses nasales, de sécrétions qu'un courant d'air ne ventile plus qu'incomplètement donne à l'haleine un caractère non pas fétide, mais chaud, fade et aigre qui préjudicie singulièrement à sa pureté. En dehors des coryzas diatbésiques, on peut dire que l'habitude des rhumes de cerveau est, neuf fois sur dix, le résultat, chez les enfants, d'une vie confinée, d'une impressionnabilité frigorifique accrue parla surcharge des vêtements, l'abus des précautions, la vie au coin du feu, et que les sorties de tous les jours, quelque temps qu'il fasse, et les pratiques de l'hydrothérapie inaugurées de bonne heure, en sont des préservatifs assurés.

Telles sont les principales défectuosités de la voix parlée. Ai-je besoin de vous faire remarquer qu'un développement heureux de la poitrine, acquis par l'hérédité ou recouvré par les pratiques rationnelles qui assurent la conservation de la santé générale et l'exercice libre et régulier des mouvements respiratoires, est la condition nécessaire d'une phonation normale et atteignant le summum de sa puissance et de sa perfection?

Les diverses langues ont leur accent, et, dans la même langue, on constate des différences d'accentuation ca-

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ractérisliques d'une région, d'une province, si ce n'est d'une localilé restreinte, et dont l'origine est dans l'influence que les dialectes ou les patois locaux exercent sur l'accent commun, à la faveur d'une impression auditive fréquemment renouvelée. Dans notre pays en particulier, les accents provençaux, languedocien ou gascon, flamand, normand, picard, bourguignon, diffèrent de l'accent français académique, par la position de l'accent tonique, la valeur qu'on lui donne, la brièveté ou la lenteur de la prononciation des voyelles, l'acuité et la gravité générales des sons, l'abréviation ou la durée exagérée de certaines syllabes. Aussi l'accent est-il le meilleur signalement de la provenance régionale, et quand on est arrivé à un certain âge, il devient indélébile, alors même que l'on vit dans un pays tout autre que celui dans lequel il a été contracté. Les'enfants qui ont, développées à un degré remarquable, la mémoire et la faculté d'imiter les sons, subissent rapidement cette influence du milieu et souvent à un degré désobligeant pour les familles de fonctionnaires qui y sont transportées. Et à ce propos, une question singulière a été soulevée dernièrement à l'Académie des sciences par une communication de Hément qui énonçait ce fait bizarre : que les sourds-muets auxquels on rend la parole en les habituant à imiter les mouvements de la' langue et des lèvres qui servent à l'articulation des divers sons, dont on fait, en d'autres termes, et suivant l'expression consacrée, des sourds-parlants présentent un accent en rapport avec celui de leur pays d'origine ; si bien qu'un sourd-muet provenant d'une famille du Midi, accusera, dans sa parole recouvrée, l'accent gascon ou provençal, et que celui du Centre ou du Nordaura l'accent bourguignon, tourangeau, picard, normand, etc. Cette proposition avait pour déduction naturelle que l'accent dépend de détails particuliers de conformation des organes phonateurs, transmis des enfants aux parents par voie d'hérédité. Em. Blanchard qui a observé dans le même milieu que Hément, c'est-à-dire à l'Asile Pe-

reire pour l'éducation des sourds-muets, a contesté la réalité de ce fait et a établi que les sourds-parlants ont un accent qui, malheureusement, est le môme pour tous; que leur voix est rauque, gutturale, métallique, sans modulations ni inflexions ; et qu'il serait difficile que, dans cette parole artificielle, il y eût place pour un accent déterminable? Tout au plus admet-il qu'un sourd, rendu à la parole par la méthode mimique, peut avoir l'accent de son éducateur. Al. Graham Bell a également infirmé la réalité de la proposition formulée par Hément. Examinant 400 sourds-muets auxquels on avait appris à parler, il n'a constaté chez eux aucun accent particulier. Ceux qui avaient un accent dialectique avaient parlé avant de devenir sourds et leur oreille avait été influencée par un accent dont le souvenir se réveillait en eux. On comprend en effet combien est grossier le mécanisme qui subordonne la prononciation des diverses voyelles et des consonnes de différents ordres (labiales, dentales ou gutturales), au degré d'ouverture de la bouche, à la position de la langue par rapport au palais, au dents et aux lèvres, quand on le compare à ces nuances d'une exquise finesse, perçues par l'oreille, ce sens que sa délicatesse infinie place sur la même ligne que l'appareil de la vision, si ce n'est avant lui. Le son de la voix est affaire d'organisation et très habituellement d'hérédité ; l'accentuation est affaire de pure éducation auditive. Et ce qui le prouve, c'est que l'étranger, né et élevé dans un pays qui n'est pas le sien, a l'accent de son milieu et non pas de son pays natal. Il y a un accent acquis, il n'y a pas d'accent héréditaire. D'ailleurs (et je suis étonné qu'on n'ait pas produit cette objection) l'accent est l'élévation ou l'abaissement du ton sur les diverses syllabes d'un mot, et la position des organes vocaux qu'imite le sourd-muet est inhabile à reproduire cette espèce de chant si l'oreille n'intervient pas.

On comprend à quelle difficulté on se heurte quand on veut préserver ses enfants delà contagion d'un accent dialectique qui est général dans le milieu où ils sont élevés. Les domesti-

ques et les camarades travaillent à l'unison à leur communiquer leur accent, et après l'âge de quinze ans, le mal est sans remède. On peut sans doute, cette époque passée, si l'on est transporté dans un autre milieu, perdre quelque chose de l'accent qu'on y a apporté, mais il est rare qu'on s'en débarrasse complètement. Il y a là un intérêt dont l'importance peut être diversement appréciée, mais qui commande quelques précautions dans le choix des domestiques auxquels on confie ses enfants, dans leurs relations, et aussi dans le système d'éducation familiale ou publique que l'on adopte pour eux, suivant qu'il est de nature à renforcer ou à affaiblir cet accent régional.

. -Le bégaiement est, de tous les vices de la parole, le plus grave; c'est peut-être aussi le plus fréquent, comme l'ont montré les statistiques de Golombat et de Chervin. Il résulte en effet des recherches du premier de ces auteurs que le nombre des bègues en France n'est pas moindre de 6 000, ce qui, en supposant (mais cette hypothèse est aventurée) que tous les peuples de l'Europe sont traités de la même façon par le bégaiment, donnerait un chiffre approximatif de 33,000 bègues environ pour l'ensemble du continent européen. Les relevés des conseils de révision invoqués par Chervin indiquent une répartition géographique très inégale du bégaiement, avec un maximum, par groupe de 100 000 individus adultes du sexe masculin: 15,33 pour les Boucbes-du-Rhône et 0,93 pour la Seine, avec des intermédiaires de 4 (en chiffres ronds) pour la Loire-Inférieure, l'Indre, le Morbihan, et de 5 pour le Puy-de-Dôme, les Vosges ; de 6 pour la Mayenne ; de 7 pour la Charente- Intérieure, les Hautes-Alpes; de .8 pour la Creuse, le Calvados ; de 9 pour l'Hérault, le Cher ; de 10 pour la Savoie et Vaucluse; de 11 pour l'Orne ; de 12 pour le Cantal ; de 13 pour la Drôme et de 14 pour le Lot. Deux faits à noter ressortant de cette statistique : c'est, en premier lieu, que le bégaiement est plus commun dans les départements du Midi

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que dans ceux du Nord, ce qu'expliquait Chervin par la volubilité, comme choréique, avec laquelle parlent les habitants de la première de ces deux zones ; en second lieu qu'il y a un rapport inverse entre la culture intellectuelle d'un pays, mesurée par la proportion de ses écoles, et le nombre de ses bègues. C'est sans doute, pour le dire en passant, que les exercices phonétiques auxquels sont soumis les écoliers sont de nature à régulariser leur prononciation et à enrayer un bégaiement rapproché de son début.

Vous savez que le bégaiement épargne relativement la première et la seconde enfance. 11 est très rare de le voir se manifester avant cinq ans; à partir de cette époque, il s'accroît comme intensité, arrive à son summum pendant. la virililé, s'y maintient pendant une partie de l'âge mûr, diminue aux approches de la vieillesse et finit même quelquefois par disparaître dans le cours de celle-ci.

D'après Colombat, on trouverait chez nous 1 bègue sur 13 000 enfants de moins de quinze ans; 1 bègue sur 3 506 adultes masculins, et 1 bègue sur 20 000 femmes. Le bégaiement serait donc cinq fois plus rare chez la femme que chez l'homme ; d'autres statistiques disent dix fois. Ce fait numérique, qui a servi plus d'une fois de thème à une satire innocente, est en désaccord avec l'opinion qui considère la. vitesse de la parole comme favorisant le bégaiement et expliquant sa prédominance dans nos départements méridionaux. Une interprétation désobligeante pour le sexe, je ne fais que vous l'indiquer, et qui est fournie à l'appui de la théorie cérébrale du bégaiement voit la cause de cette immunité relative dont jouit la femme dans une sorte de réflectivité qui affranchit davantage chez elle la parole du travail de la réflexion. Pour qu'elle fût fondée, il faudrait que les bègues du sexe masculin fussent en général remarquables par la puissance de l'esprit, ce que l'observation ne confirme pas.

On ne compte plus les théories qui ont été imaginées successivement pour expliquer le psellisme et en déduire les

règles de son traitement. Les noms de Itard, Rallier, Magendie, Serre (d'Alais), Colomba t, Muller et Chervin rappellent les plus célèbres de ces théories et des méthodes curatives opposées au bégaiement. L'intervention opératoire, que Oré (de Bordeaux) a essayé récemment de ramener dans la pratique, est jugée maintenant comme inefficace, si ce n'est dangereuse, par le plus grand nombre des spécialistes et des chirurgiens et elle ne se relèvera pas du discrédit qui pèse sur elle.

Les méthodes fondées sur la gymnastique vocale et respiratoire ont, au contraire, une efficacité bien démontrée; et, abandonner les enfants bègues à leur infirmité sans leur en procurer les bénéfices serait aujourd'hui une négligence inexcusable. Le succès est d'autant plus probable qu'on institue la méthode plus tôt; et il faut s*empresser de le faire aussitôt que les enfants comprennent assez les inconvénients du bégaiment pour se plier avec docilité et persistance aux exercices phonétiques qui sont susceptibles de le guérir. La gymnastique qui est de nature à faire disparaître le bégaiement n'est pas seulement respiratoire, vocale ou linguale, elle doit être toutcela en même temps; car il paraît bien établi aujourd'hui que le psellisme résulte de la rupture de l'harmonie qui doit exister normalement entre l'arrivée de l'air expiré à la glotte, la dépense par celle-ci de la colonne d'air pour produire les sons vocaux, et les modifications que leur impriment les organes articulateurs pour les transformer en parole, rupture qui a tous les caractères d'une sorte de spasme choréique. Le Dr Guillaume, à qui l'on doit des travaux importants sur le bégaiement, qu'il a étudié avec la sagacité d'un médecin doublée de celle d'un patient, a fait remarquer que les succès durables obtenus par la méthode éclectique qu'il a proposée et mise en pratique concernent tous des enfants de moins de huit ans. C'est dire le prix qu'il faut attacher à soigner les bègues de très bonne heure. Je vous signalerai enfin l'influence du rythme sur la suspen-

siondubégaiement, lequelépargnetoujourslavoixchantée.et le parti que vous pourrez tirer, en partant de cette remarque, de l'éducation musicale des jeunes bègues et de l'enchaînement de l'émission des syllabes à une mesure réglée par les sons du piano. J'ai obtenu, jadis, par cette seule méthode, une amélioration très notable du bégaiement chez une jeune fille, amélioration que plus de persistance aurait peut-être transformée en une guérison complète.

Ai-je besoin de vous rappeler, pour vous montrer tout le prix qu'il faut attacher au traitement méthodique et prolongé du bégaiement, l'entrave cruelle qu'il apporte aux relations, l'obstacle invincible qu'il crée à l'accès des carrières qui nécessitent la parole publique, et enfin les contractions disgracieuses qu'il imprime au visage, à la tête, quelquefois même aux membres, et qui ajoutent la laideur à l'infirmité.

La plupart des auteurs considèrent le balbutiement (psellismus balbuties du nosographe Sauvages) comme une forme incomplète du psellisme, et cette hésitation, avec effort, sur certaines syllabes, offre en effet, avec le bégaiement complet, l'analogie la plus frappante. Moins grave que lui, le balbutiement n'en constitue pas moins une disgrâce réelle et il est justiciable des même méthodes curatives.

Le bredouillement est caractérisé par la précipitation de l'émission des syllabes et leur empiétement les unes sur les autres de telle sorte que leurs sons se confondent d'une manière plus ou moins inintelligible. Vous savez, pour en avoir rencontré maints exemples, combien le bredouillement est désagréable. On peut heureusement y remédier, dans le plus grand nombre des cas, par une éducation phonétique qui consiste, après avoir pris possession complète des sons élémentaires des consonnes et des voyelles dans toute leur pureté, à faire parler les enfants lentement et en scandant chacune de leurs syllabes. 11 est bien rare qu'on n'arrive pas, par cette méthode employée avec persévérance, à corriger, ou tout au moins à atténuer ce vice de la parole.

Le grasseyement dont les incroyables du Directoire ont voulu, par une affectation ridicule de singularité, faire l'enseigne de la distinction et des belles manières, embrasse les divers vices de la parole qui consistent dans une prononciation défectueuse ou une suppression de la lettre r. Fournier a décrit cinq espèces de grasseyement :

1° Le grasseyement par roulement, dans lequel la pointe de la langue qui, dans une prononciation correcte de celte gutturale, ne doit pas intervenir, est fixée à la voûte palatine et éprouve une sorte de tremblement vibratoire qui s'ajoute -au son normal, l'amplifie et le prolonge ;

2° Le grasseyement labial, qui, faisant intervenir abusivement les lèvres dans la prononciation de IV, donne à cette lettre le son du v;

■ 3° Le grasseyement par association, qui réunit IV à une lettre surajoutée (c'est presque toujours le z) ou adoucit une ■dentale venant avant l'r;

4° Le grasseyement par substitution, qui remplace la lettre r par la lettre g rude ;

5° Le gi'asseyement anglais ou par suppression, qui ne prononce pas l'r dans le corps d'un mot et dit : miacle pour miracle, méveilleux pour merveilleux, coyable pour croyable.

On a longuement discuté la question de savoir si le grasseyement est naturel à certaines personnes ou s'il n'est pas, dans tous les cas, le résultat de l'imitation. Fournier a soutenu la première de ces deux opinions et l'a élayée de l'exemple de deux de ses enfants qui ont présenté ce vice de la parole et l'ont conservé jusqu'à l'adolescence, bien que personne n'en fût affecté dans le milieu où s'était passé leur éducation.

Le grasseyement peut être corrigé dans le plus grand nombre des cas lorsqu'on s'y est pris à temps. La méthode imaginée par Talma, qui en a expérimenté l'efficacité dans son cours de déclamation, consiste dans des exercices sur un mot commençant par tr ; dans la substitution du d à IV

3 82 LEÇONS D'ilYGIÈNE INFANTILE.

l'intervention d'un e muet entre le t et le d, puis la suppression de celte voyelle et la prononciation répétée et rapide du mot ainsi modifié. Le son de IV ne tarde pas à se substituer à celui du d, et si l'on répète suffisamment cet exercice, on se rend maître de la prononciation de IV. Quant au roulement de IV, une bonne position de la langue y pourvoit. On s'accorde à considérer comme la plus difficilement curable la forme de grasseyement qui substitue a IV le son de la syllabe gue, grasseyement qui, pour le dire en passant, est presque normal cbez l'enfant s'essayant à parler.

La blésitè qui consiste dans l'adoucissement des consonnes rudes en consonnes douces et particulièrement du z en g ; le lambdacisme ou lallation qui double ou mouille la lettre / ou la substitue à IV/ Yliottcntotisme qui donne à un grand nombre de lettres le son du t;\e zézeyement qui substitue le son du z à celui du g ; le sésseyement qui fait siffler l's et le ç, sont autant d'imperfections de la parole que la volonté, s'appuyant sur une méthode rationnelle, peut à la longue faire disparaître.

Vous vous heurterez, messieurs, dans les familles, à une sorte de fatalisme inerte en présence de la plupart de ces défectuosités de la parole que l'on est trop disposé à considérer comme des imperfections natives auxquelles il n'y a rien à faire. Il n'en est rien; combattez de votre mieux cette apathie, et si vous ne pouvez instituer vous-même ces méthodes correctives dont les détails et la longueur sont peu compatibles, je le reconnais, avec les mille soins d'une pratique agissante, vous aurez été au moins utile en conseillant les familles et en les engageant à confier leurs enfants à la direction de médecins qui ont fait de l'orthophonie l'objet d'études spéciales.

L'hygiène, qui se confond par son but et par ses moyens avec l'éducation physique, n'a pas rempli tout son office quand elle a conservé la santé; elle doit aller plus loin et porter toutes les facultés corporelles de l'enfant à leur

summum de développement, d'activité et de perfection. Ace titre, si elle doit corriger les imperfections de la voix parlée elle a également son rôle dans la formation de la voix chantée qui est, elle aussi, un élément puissant d'attrait, d'influence, en même temps qu'une source de saines distractions. L'âge auquel doit commencer l'éducation vocale des enfants pour conduire leur voix au plus grand développement qu'elle peut atteindre; la discrétion qu'il faut y mettre chez les jeunes filles nerveuses, et d'ailleurs impressionnables à la musique, qui, au lieu d'y trouver une distraction et le profit d'un art agréable, y puiseraient une émotivité nerveuse inopportune, sont une double considération que je ne fais que vous indiquer. J'ai dit ailleurs, en effet, ce que je sais sur ce double point (1). Quant à l'art de former la voix, c'est affaire de musique plus que de physiologie (2), et j'ai l'humiliation d'avouer que le premier point de vue échappe complètement à ma compétence. Je voudrais qu'un jour un hygiéniste instruit, doublé d'un musicien exercé, étudiât à fond cette question de l'éducation musicale dans ses rapports avec la santé des enfants et avec le développement de leur voix; je la sens importante autant que complexe, mais je ne puis aller au delà .

(lï Voy. Éducation physique des filles, 4e édit. Paris, 1882, page 291. (2) Walter Hayle Walslie, Dramatic Singing. London, 1881.

DIX-SEPTÏÈME LEÇON

L'onanisme dans l'enfance.

Sommaire. — L'onanisme comme cause de dégénérescence de l'espèce. — L'onanisme est-il plus fréquent à notre époque? — L'onanisme dans l'éducation de famille et dans l'éducation collective. — Hérédité de l'onanisme. — L'onanisme des petits enfants. — Sa fréquence dans les deux sexes. — Influence étiologique des stimulations de voisinage, de l'éréthisme nerveux, des oxyures. — Signes et symptômes de l'onanisme chez les enfants. — Habitus onanique. — Timidité et amnésie. — Enquête sur la réalité des habitudes d'onanisme. — Méthode de persuasion et d'intimidation. — Conséquences physiques, morales et intellectuelles de l'onanisme. — Régime des onaniques. — Moyens de coercition physique. — L'opération du phimosis, la nymphotomie et la clitoridectomie chez les onanistes.

Nous allons consacrer cette leçon à l'étude de l'onanisme dans l'enfance. On peut, sans exagération, mettre ce fléau, comme cause de dégénérescence de l'espèce, sur le même rang que la syphilis et l'alcoolisme. 11 n'est donc pas de sujet d'hygiène pédagogique qui offre un intérêt plus grand.

Nous ne nous occuperons ici que de l'onanisme impubère, l'onanisme de l'adulte, qui n'est d'ailleurs dans le plus grand nombre des cas que le prolongement des habitudes vicieuses de l'enfance, étant naturellement en dehors de notre sujet.

Je n'aime pas beaucoup, vous le savez, les reproches d'immoralité que les siècles se renvoient les uns aux autres; mieux vaut chercher à s'amender que d'accuser autrui, et tout en reconnaissant l'extension déplorable qu'ont prise aujourd'hui les habitudes vicieuses de l'enfance, j'avoue n'avoir aucune donnée pour croire, à ce point de vue, notre siècle

pire que ceux qui l'ont précédé. II y a sans doute des raisons d'induction qui légitiment, jusqu'à un certain point, cette opinion, et il est incontestable que la surexcitation nerveuse, fruit d'une civilisation raffinée et de nos mœurs éducatives, pressant l'échéance de la puberté et rendant de plus en plus rares « ces jeunes hommes du Frioul, imberbes et innocents à vingt ans », dont parle J.-J. Rousseau, doivent produire une précocité dangereuse du sens génésique ; mais la preuve , directe et indiscutable que l'onanisme est plus commun aujourd'hui dans la famille et dans l'école qu'il ne l'était autrefois, ne peut, bien entendu, et ne pourra jamais être donnée.

Contentons-nous donc de constater combien ce mal est répandu, et avec quelle vigilance l'hygiène doit le rechercher, là où elle suppose qu'il existe, pour en conjurer les lamentables effets.

L'onanisme est-il plus commun dans l'éducation en commun qu'il ne l'est chez les enfants élevés dans la famille ? On ' n'en saurait douter, et il serait difficile qu'il en fût autrement : la surveillance collective exercée parles maîtres ne descend pas en effet dans l'intimité de la vie d'un enfant comme le fait la surveillance individuelle du père et de la mère, rendue d'ailleurs plus active par l'inquiétude et plus efficace par le sentiment de la gravité du danger. Il suffit d'un enfant livré aux pratiques de l'onanisme dans le milieu dense de la population d'une école ou d'un collège pour répandre, de proche en proche, la contagion des habitudes vicieuses, et plus une école est peuplée, plus il y a de chances de trouver cet enfant contagifère, quand il n'y en a pas un grand nombre qui deviennent, en même temps, autant de centres actifs de propagation de l'onanisme. Il est évident que la famille offre des garanties relatives à ce sujet, mais à la condition que les mœurs y soient bonnes, que l'on veille à cet intérêt, et qu'on éloigne l'enfant des camarades vicieux et des domestiques suspects.

Il est un fait qu'il ne faut pas perdre de vue du reste : c'est

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que si l'onanisme procède le plus souvent de la contagion par l'exemple, il est quelquefois aussi le produit d'une génération spontanée, et une excitabilité génésique d'une précocité anormale, révélée à l'enfant par des provocations fortuites et inconscientes, peut en faire un onaniste. 11 semble, dans ces cas, que l'bérédité de ces mêmes habitudes ou d'une salacité libidineuse chez les parents peut aller retentir sur l'enfant et le pousser sur la pente de l'onanisme ; grave considération qui fait ressortir encore plus le prix qu'il faut attacher aux bonnes mœurs dans les conditions du mariage.

Ce qu'il y a de certain, c'est que les habitudes vicieuses peuvent s'observer à un âge où l'imagination et le sens génital sont également engourdis; et il faut le savoir pour ne pas s'endormir dans une sécurité dangereuse.' Fournier et Bégin ont cité le fait d'une petite fille de quatre ans qui s'adonnait avec une sorte de fureur à l'onanisme, et qu'on ne put corriger de cette habitude; elle succomba à l'âge de douze ans dans un état de marasme, présentant tous les signes d'une puberté prématurée. J'ai été consulté pour un cas semblable; mais l'enfant, surveillée attentivement, finit par se débarrasser de ces habitudes vicieuses dont sa pureté morale sortit, bien entendu, complètement intacte. Ce n'est donc pas seulement le petit lit mais aussi le berceau qu'il faut surveiller de près.

L'onanisme impubère, quoi qu'on en ait dit, est plus commun chezles garçons que chez les filles; mais encore est-il fréquent chez ces dernières, et il est remarquable que les cas d'extrême précocité des habitudes vicieuses qui ont été publiés, à ma connaissance, concernent tous des petites filles. 11 faut remarquer que chez celles-ci l'onanisme procède, plus souvent que chez les garçons, d'une des causes morbides que je vous énumérerai bientôt. Je crois qu'il faut s'expliquer la fréquence plus grande de l'onanisme chez les garçons par plusieurs causes : d'abord parce qu'ils sont soumis, en majorité, à l'éducation en commun, tandis que les filles restent

plus habituellement dans la famille; en second lieu parce que les organes excitateurs dont la sensibilité peut être mise prématurément enjeu, sont extérieurs et reçoivent plus facilement les provocations fortuites du dehors; en troisième lieu parce que le sens génésique est plus excitable et plus exigeant chez eux; en dernier lieu enfin, parce que la culture prématurée et intensive de l'intelligence les met de bonne heure dans un état de surexcitation nerveuse que tous les auteurs qui ont écrit sur l'onanisme considèrent comme éminemment propre à favoriser l'établissement des habitudes vicieuses.

Le développement anormal des petites lèvres et du clitoris chez les filles, celui delà verge chez les petits garçons, constituent, par une raison qui se conçoit, une prédisposition à ces habitudes. On a prétendu aussi que le phimosis y disposait, et on a invoqué, comme cause, l'irritation produite par l'accumulation du smegma préputial à la surface du gland et les attouchements auxquels se livre l'enfant pour se débarrasser d'une démangeaison importune; mais je crois que c'est là de l'étiologie théorique ; outre que les glandes de Tyson ont peu d'activité sécrétoire à cet âge, le recouvrement intégral et permanent du gland par le prépuce est, pour cet organe excitateur, un abri contre les provocations du dehors. Le fait, sur lequel nous reviendrons tout à l'heure, de l'utilité, dans quelques cas, de la circoncision pour combattre les habitudes vicieuses, n'est pas en opposition avec l'opinion que je vous exprime.

Toute excitation qui agit dans le voisinage de l'appareil génital de l'un et de l'autre sexe, peut avoir pour conséquence l'habitude de l'onanisme. Je vous citerai en particulier, l'eczéma et l'intertrigo du siège, le prurigo podicis et le prurigo vulvœ, la vulvo-vaginite chronique, la constipation habituelle. Quand on songe aux fails nombreux de femmes, dont quelques-unes même avaient dépassé l'âge critique, qui ont été conduites de cette façon aux pratiques de l'onanisme,

on comprend que les jeunes enfants sont menacés du môme danger. La malpropreté devient, par le même mécanisme, une cause d'habitudes vicieuses en laissant séjourner les sécrétions de la région ano-génitale et en faisant naître des érythèmes et du prurit.

- Sous l'influence de ces stimulations de voisinage, les organes excitateurs deviennent plus turgescents, leur vitalité s'exalte, et leur développement s'accentue d'une manière prématurée, en même temps que l'orgasme dont ils sont le siège provoque, par libidinosité, à réitérer des attouchements qui avaient, dans le principe, un tout autre but. On a considéré les ascarides lombricoïdes chez les enfants comme pouvant devenir une cause d'habitudes vicieuses et l'on a invoqué une réflexion de la sensibilité de la muqueuse intestinale sur l'appareil génital. Si le fait était bien démontré, il faudrait plutôt faire intervenir, pour l'expliquer, l'état d'éréthisme nerveux dans lequel tombent les enfants qui sont hantés par ce nématoïde. L'influence prédisposante, et quelquefois déterminante, des oxyures est bien mieux établie. Indépendamment de l'action irritative locale de ces ascarides sur le rectum, qui peut aller, comme Hervieux en a cité un exemple, jusqu'à produire une rectite véritable avec sécrétion muco-purulente, et de l'excitabilité génitale qui peut en être la conséquence, il faut aussi, chez les petites filles, tenir compte des migrations nocturnes des oxyures qui, sortant le soir des plis de l'anus peuvent, comme on l'a vu maintefois, s'introduire dans la vulve, y produire des démangeaisons très vives et pousser les enfants à des attouchements qui les conduisent ensuite à l'onanisme. Ici encore l'action n'est pas seulement directe et locale; mais l'état d'amaigrissement, d'insomnie, de mobilité nerveuse dans lequel tombent les enfants chez lesquels pullulent les oxyures constitue aussi j uue prédisposition à l'onanisme. Je vous ferai remarquer, à ce propos, que les ascarides vermiculaires produisent, à la longue, des accidents généraux très analogues à ceux des

habitudes vicieuses et qu'il faut une analyse très attentive pour arriver à un diagnostic dont on comprend cependant toute l'importance.

Toutes les causes d'éréthisme nerveux peuvent favoriser l'établissement de l'onanisme : c'est ainsi que l'insuffisance du sommeil, un entraînement prématuré et abusif de l'intelligence, un état languissant de la nutrition, sont, non pas une cause de ces habitudes vicieuses, mais une prédisposition à les contracter. Il est enfin des maladies des centres nerveux qui paraissent conduire à l'onanisme. Gall, dont le système, considéré dans son ensemble, a reçu de l'anatomie pathologique tant et de si éclatants démentis, paraît avoir saisi un rapport réellement fondé entre le développement du cervelet et l'activité du sens génésique. Un grand nombre de faits ont été du reste cités qui prouvent que des lésions de cet organe coïncident souvent avec un onanisme précoce et poussé jusqu'à la frénésie. C'est là, avec la relation qui existe entre la saillie des globes oculaires et une mémoire extraordinairement développée, tout ce qui restera sans doute du système phrénologique.

Deslandes a fait remarquer judicieusement que la plupart des auteurs, en traçant le tableau des effets de l'onanisme chez les enfants, y font figurer des symptômes qui ne lui appartiennent pas en propre, et qui se rattachent à des maladies antérieures ou intercurrentes, et que, de plus, ils ont pris pour type non pas l'onanisme modéré, ordinaire, mais bien l'onanisme furieux amenant une double dégradation physique et morale qui marche rapidement vers son dernier terme. Ces faits, considérés comme type, sont heureusement exceptionnels, et leur diagnostic, même en l'absence de tout aveu obtenu des enfants par la persuasion ou par la crainte, n'offre aucune difficulté. Il en est tout autrement lorsque les pratiques de l'onanisme sont modérées : alors les accidents qui leur sont propres sont peu accentués et se confondent avec des étals morbides divers.

390 LEÇONS D'ilYGlÈNE INFANTILE.

Les symptômes que l'onanisme peut produire à lui seul peuvent être résumés dans le tableau qui suit: il y a de l'amaigrissement, bien que l'enfant mange avec voracité et présente même souvent une sorte de boulimie; le teint est pâle et en quelque sorte terreux, mais présente des bouffées de rougeur que rien n'explique; les pupilles sont habituellement dilatées; la paupière inférieure est souvent rouge et gonflée; la paupière inférieure est battue, c'est-à-dire entourée d'une zone bleuâtre et comme appliquée sur le rebord orbitaire ; la physionomie est languissante et atone; la démarche nonchalante ; il y a une aversion pour le mouvement qui contraste expressivement avec la pétulance habituelle de l'enfance; on constate de la morosité, de l'indifférence pour les jeux, une tendance à éviter les camarades, à rechercher l'isolement; de plus il se manifeste de l'essoufflement pendant la marche, des palpitations et des crises nocturnes de dyspnée; lacaloriflcation est languissante; les enfants sont frileux et en quelque sorte recroquevillés sur eux-mêmes; le sommeil est incomplet et agité; le travail est difficile et peu productif; la mémoire devient rebelle ; le caractère est modifié et on constate une timidité insolite. L'onanisme dure-t-il depuis longtemps, et ses pratiques sont-elles plus rapprochées, ces symptômes s'exagèrent : l'enfant tombe dans un véritable marasme, et des convulsions épileptiformes accusent l'influence subie par un système nerveux qu'épuisent des déperditions continuelles.

La timidité et l'amnésie sont deux signes d'onanisme sur lesquels j'appelle particulièrement votre attention parce que je les considère comme très expressifs.

L'enfant est naturellement effronté, c'est-à-dire tout à ses impulsions et fort peu préoccupé de l'impression qu'elles produisent, il porte la tête haute et le regard droit, ne craignant pas qu'on y lise; autres sont les allures de l'enfant que l'onanisme a flétri : il est défiant, d'une gaucherie embarrassée et d'une timidité qui est une dissimulation incons-

l'onanisme dans l'enfance. 39 t

ciente; il ne regarde pas en face et semble gêné par un coup d'oeil interrogateur. Quelle signification n'a pas, au point de vue de l'onanisme, cette physionomie particulière quand, en dehors d'un état morbide appréciable, on la constate chez un enfant jusque là gai et pétulant !

La déchéance de deux facultés essentiellement pédagogiques, l'attention et la mémoire, vient encore donner à ces allures suspectes une signification plus précise. Lorsqu'un enfant, sans être malade ou convalescent, et sans avoir eu le cerveau surmené par un travail excessif, perd de sa capacité d'attention, c'est-à-dire a la volonté de s'appliquer et n'y parvient pas, il faut suspecter des habitudes vicieuses. « Il y a, ai-je dit à ce propos, entre la taciturnité, l'aspect posé de ces enfants raisonnables dont les mères sont trop disposées à s'enorgueillir et leur inaptitude à fixer leur attention pour faire un devoir ou répondre à une interrogation, un contraste très significatif. L'étourderie bruyante, dissipée qui devance la question et se pique plus de répondre vite que de répondre juste, celle-là est dans la nature des enfants, et il faut moins s'irriter que se réjouir de la constater; mais l'étourderie froide, quasi taciturne, c'est-à-dire l'inaptitude, sans dissipation extérieure, à concentrer son attention, n'est pas dans le même cas ; celle-là est anormale et par conséquent mauvaise, et elle donne à réfléchir. »

L'amnésie onanique est, chez les enfants, la forme, de beaucoup la plus fréquente, de l'affaiblissement de la mémoire. Tous les auteurs qui ont traité des habitudes vicieuses ont signalé leur retentissement sur la mémoire. Sanctorius, Tissot, Sabatier, Lallemand, Deslandes, ont insisté sur ce point. Lallemand attachait une telle importance à ce signe qu'il le considérait comme dispensant de toute interrogation lorsqu'il était constaté chez un enfant qui avait auparavant joui d'une mémoire heureuse. On comprend que l'état d'hébétude extatique dans lequel les crises onaniques répétées jettent le cerveau ne peuvent manquer de porter à la mé-

moire une atteinte profonde. J'ai établi, à ce propos, cette proposition que je crois fondée : c'est que si l'amnésie chez un enfant ne prouve pas l'onanisme et n'en est qu'une présomption, une mémoire heureuse est un indicepresque assuré de sa pureté. Je ne saurais donc trop vous engager à interroger soigneusement ce signe.

Ces indices d'onanisme, rendus plus significatifs par l'exclusion raisonnée des maladies auxquelles on pourrait les rattacher, prennent, bien entendu, plus de valeur en se groupant les uns avec les autres, et ils suffisent souvent pour fixer sur l'existence de l'onanisme. Mais il est cependant des moyens d'information qu'il ne faut pas négliger.

L'entrée brusque dans la chambre, peu après que l'enfant a été mis au lit; la constatation de son attitude, de son air plus ou moins libre ou embarrassé, la recherche de taches révélatrices sur son linge conduisent souvent à la constatation d'un onanisme simplement soupçonné jusque-là. L'examen des organes génitaux peut fournir aussi, quelques indices, leur développement prématuré étant la conséquence de l'excitation artificielle à laquelle ils sont soumis. Deux médecins belges, Durr et Vanoye, ont prétendu que la constatation de verrues aux doigts médius et indicateur, à l'exclusion des autres doigts, était, chez les petites filles, un indice d'onanisme ; mais je ne crois pas qu'on puisse attacher grande importance à l'existence ou à l'absence de ce signe.

Lorsque les présomptions sont très fortes, il faut chercher à obtenir un aveu de l'enfant. Deslandes a traité cette question avec beaucoup de délicatesse et de jugement : « L'art d'obtenir cet aveu, dit-il, est difficile et délicat. On doit craindre, en laissant paraître le doute qu'on éprouve, de se compromettre dans l'esprit du malade et de l'enhardir à nier l'abus auquel il se livre. On doit craindre encore d'apprendre à un jeune sujet ce que peut-être il ignore ou bien de s'exposer à une méprise en posant des questions trop peu explicites. Aussi ne doit-on pousser à l'aveu que lorsqu'on a des pré-

somptions très fortes. Que l'on se garde bien surtout de le demander, cet aveu: il faut paraître instruit, arrêté sur le principal et ne le questionner que sur l'accessoire. Un jeune homme répondra plutôt à cette question « Vous masturbiezvous déjà à telle époque? » qu'à celle-ci : « Vous masturbezvous ? » et sa réponse n'aura pas moins de valeur. Plus d'une fois, il m'est arrivé d'obtenir l'équivalent d'un aveu en donnant un simple conseil. Je voyais aisément à la manière dont il était compris que je n'avais plus besoin de questionner. »

Cette enquête qui doit, de toutes façons, être menée avec les ménagements les plus grands, n'incombe presque jamais d'ailleurs au médecin en ce qui concerne les jeunes enfants, et il lui suffit d'éveiller la sollicitude des familles et de leur laisser le soin de découvrir la vérité .

Il n'est pas nécessaire, comme on l'a fait trop souvent, de rembrunir le tableau des conséquences de l'onanisme ; ses teintes réelles sont assez tristes et lui suffisent. Il porte à la santé, à l'intelligence et à la volonté une atteinte des plus graves. La santé, si l'onaniste guérit, peut, à la longue, ne plus garder de traces des sévices qu'elle a endurés, à une époque de la vie qui est cependant si décisive pour l'avenir ; mais l'intelligence, et surtout la volonté ne s'en relèvent pas . J.-J. Rousseau, qui a avoué avec une sincérité quelque peu cynique le tribut qu'il a payé à ce fléau dans son enfance, n'a pas compris que ce mélange de misanthropie, de timidité maladive, d'indécision, de faiblesse, qu'il nous peint comme ayant été la trame de son être moral, avait sa source là et pas ailleurs. Les enfants onanistes préparent ces hommes pusillanimes et sans volonté, sans caractère en un mot, qui, suivant l'expression deFénelon, « ne sont pas des hommes mais des demi-femmes », et l'on comprend ce que les sociétés, ruinées par ce mal, perdent de forces intellectuelles en même temps que d'énergie morale. 1

Mais je ne veux arrêter votre attention que sur les

conséquences physiques et personnelles de l'onanisme.

On l'a accusé, et non sans raison, de conduire à la spermatorrhée sous sa forme atonique et d'amener l'impuissance. Ce dernier résultat s'explique par la perversion des goûts génésiquesquiles déiourne, par l'habitude, de leur satisfaction naturelle, au point que, chez beaucoup d'onanistes l'attrait sexuel n'existe plus et peut même être remplacé par une répulsion formelle. Quant à la production de la folie sous l'influence des habitudes vicieuses, les opinions sont diverses sur ce point : les uns considérant l'onanisme comme cause de l'aliénation ; les autres n'y voyant qu'un simple effet. La seconde interprétation me semble fondée s'il s'agit des formes actives de l'aliénation ; sous ses formes dépressives, d'idiotie et de démence, il n'y a pas de doute qu'elle ne procède souvent de l'onanisme. J'ai été consulté récemment pour un enfant de douze ans à imagination vive et exaltée qui était tombé dans un état profond de lypémanie. 11 ne me fut pas difficile de soupçonner que l'onanisme était à la racine de cette vésanie et d'obtenir des aveux explicites. La paralysie, très rare chez l'enfant, se montre comme conséquence de l'onanisme chez l'adulte. Hippocrate a exprimé une vérité métaphorique en disant que chez les onanistes, la moelle « se fond en semence » . Cet organe ne peut évidemment rester indifférent aux stimulations incessantes que lui fait éprouver le spasme onanique. L'état misérable dans lequel tombe la nutrition sous l'influence des habitudes vicieuses ouvre d'ailleurs la porte à une foule de prédispositions morbides, et si l'onanisme ne peut, à lui seul, produire, comme on l'a cru, la phthisie pulmonaire, il met certainement en jeu le germe tuberculeux, quand il le rencontre.

C'est dire le prix qu'il faut attacher à prévenir le développement des habitudes vicieuses chez les enfants. Une surveillance assidue mais ne se laissant pas deviner est le pivot de cette préservation ; et quand un doute justifié surgit, il faut ne pas laisser les enfants, les coucher dans sa chambre,

l'onanisme dans l'enfance, 395

et au besoin môme, la mère ou le père doivent les coucher avec eux pour ne pas leur laisser un seul instant l'occasion de se livrer aux habitudes vicieuses. La servitude est grande, mais le succès est à ce prix.

Il convient aussi de ne pas coucher les enfants trop tôt et de les lever de bonne heure. Le lit, quand ils sont éveillés, est pour eux une tentation dangereuse. Saint François de Sales disait : « Le lever tôt conserve la santé et la sainteté » ; mettez le mot chasteté à la place de sainteté et vous avez là un excellent conseil d'hygiène pédagogique. Il ne faut coucher les enfants que quand ils s'endorment, et, autant que possible, leur avoir fait faire dans la journée assez d'exercice pour que le sommeil leur vienne dès qu'ils sont au lit. Je vous signalerai, à ce propos, combien est dangereux et dénué de prudence le châtiment disciplinaire qui consiste à envoyer de très bonne heure au lit des enfants indociles ou paresseux. Qui pourrait supputer le -nombre des onanistes qu'a faits cette punition inintelligente ?

Je ne saurais trop insister sur l'importance qu'ont les attitudes pendant le sommeil au point de vue de la préservation des mœurs chez les enfants. Le coucher en supination préservant les organes génitaux de tout attouchement fortuitvaut mieux que le décubitus latéral ; comme je vous l'ai déjà dit dans la leçon où je me suis occupé des conditions du sommeil chez les enfants, un lit dur, conseillé par Locke, est préférable à un lit trop mou, au double point de vue de la préservation de la mollesse et de l'onanisme. Mais ce qui importe surtout, c'est d'habituer les enfants à dormir les bras hors du lit, en toute saison ; ils en prennent très bien l'habitude et elle devient si impérieuse chez eux qu'il m'est arrivé de voir des enfants endormis, quand ils avaient été rompus à cette attitude, remettre automatiquement leurs mains dans leur position première si on les en écartait, tant est grande la force de l'habitude « magna vis consuetudinis est ». L'usage d'une longue chemise de nuit, coulissée, par en bas est excellent;

quand les enfants ont grandi, un caleçon de nuit peut avoir son utilité.

Il importe aussi de veiller à ce que la vessie des enfants ne reste pas longtemps dans un état de réplétion. Sous l'influence de l'excitation produite par l'urine, les muscles érecteurs entrent en action, et rien n'est plus habituel que de voir chez des enfants très jeunes, quelquefois de quatre à cinq ans, des érections se produire pendant la nuit et entretenir vers l'appareil génital une excitation qui peut avoir des dangers. Il convient donc de provoquer la miction au moins une fois chaque nuit pendant l'été et deux fois pendant l'hiver si l'on veut prévenir cet inconvénient.

Je vous ai dit tout à l'heure le prix qu'il fallait, dans l'intérêt de la chasteté des enfants, attacher aux habitudes de propreté. C'est là un intérêt doublement important et par ses résultats actuels et par les habitudes salutaires qu'il fait contracter à l'enfant. L'hydrothérapie, la gymnastique, les exercices qui font rayonner les forces du centre à la périphérie et détournent vers la peau et l'appareil musculaire un influx nerveux qui trouverait ailleurs un emploi dangereux, sont des éléments indispensables de ce traitement préservatif.

Les soins qu'appellent les états morbides divers : éréthisme nerveux, amaigrissement, oxyures, maladies sécrétantes et prurigineuses de la région ano-génitale, doivent, bien entendu, appeler l'attention pour éloigner des enfants des causes possibles d'habitudes vicieuses.

L'onanisme une fois constaté, on est en présence d'un fait accompli et il faut tout faire pour l'atténuer. Je ne crois guère, je l'avoue, aux anaphrodisiaques dans ce cas, et le camphre, le bromure de potassium, le lupulin, l'agnus castus, etc., me semblent un arsenal bien inefficace. Alibert avait donné sérieusement le conseil bizarre de traiter préventivement les collèges par l'emploi général du camphre; mais outre que celui-ci est un anaphrodisiaque très discuté, l'idée

de médicamenter des collectivités d'enfants ou d'hommes, est peu susceptible d'être défendue. Le meilleur sirop de chasteté est, pour les enfants, une bonne surveillance doublée d'une bonne hygiène s'appuyant à la fois sur l'eau froide et la gymnastique. Je ne donnerais pas un fétu du reste.

Sans hydrothérapie et sans gymnastique il n'y a pas d'éducation physique. Non seulement l'hydrothérapie procure contre le froid extérieur la meilleure et la plus solide des garanties, elle est aussi une condition de pureté, mais ses exigences sont habituellement éludées pour les enfants frileux. Quant à la gymnastique qui émousse l'éréthisme nerveux et dérive sur les muscles une activité qui serait mal employée ailleurs, ses pratiques salubres et fortifiantes sont la meilleure des sauvegardes contre l'onanisme et nous ne saurions trop le répéter aux familles et aux éducateurs. Un proverbe allemand dit : « // faut apporter A table des dents acérées et au lit des jambes harassées.» La dernière des deux propositions qu'il formule vise la préservation de l'onanisme par l'exercice.

Je ne saurais trop faire ressortir à vos yeux l'influence que peut avoir sur les habitudes d'onanisme un usage indiscret des stimulants. Le sel doit être à peu près l'unique condiment des enfants ; c'est le plus inoffensif de tous parce qu'il excite les sécrétions du. tube digestif sans exercer aucune stimulation sur le système nerveux. Les condiments âcres et aromatiques ne sont nullement nécessaires aux enfants; le café et le thé leur sont nuisibles. Quant au vin, je vous ai dit que l'un des avantages du régime absfème pour les enfants est de leur épargner la stimulation génésique que produisent les vins et qui peut contribuer à leur faire descendre la pente de l'onanisme.

En ce qui concerne le traitement moral de l'onanisme impubère, deux méthodes sont en présence : la persuasion, l'intimidation. Il ne faut pas trop faire fond sur l'efficacité de la première ni abuser de la seconde. Et l'intimidation s'entend

ici de deux façons; la menace ou la pratique des châtiments, et la révélation, si l'enfant est assez grand pour lacomprendre, des dangers que lui font courir ses habitudes. Ici encore, l'enfant est trop insouciant, trop au moment présent, pour qu'on puisse espérer grand'chose de ce ressort qu'il est utile au contraire de faire jouer chez les adolescents, de sorte qu'en réalité, tout se borne à surveiller les enfants et à les fatiguer de manière à les mettre dans l'impossibilité de se livrer aux pratiques de l'onanisme.

J'ai vu des mères intelligentes inspirer de bonne heure aux petits enfants, en y attachant une simple idée de malpropreté, une répugnance toute physique pour des attouchements suspects et les envoyer, avec une vivacité indignée, se laver les mains quand ils les avaient fourvoyées ; les impressions de l'enfance poussent en peu de temps des racines si profondes que cette tactique n'est pas sans effets.

Les moyens de coercition physique tels que l'appareil de Delacroix, celui d'Irvoy, celui de Delafond, les opercules vulvaires, etc., ne m'inspirent pas grande confiance; ils ne s'adressent en tout cas qu'aux onanistes forcenés qu'on ne saurait maîtriser autrement. On ne met pas utilement de camisole de force à l'impureté, et les enfants, acceptant une lutte qui ne cherche pas à se dissimuler, lui opposent une ténacité inventive et un arsenal de ruses qui les amènent à leurs fins.

Il est deux opérations, qu'en désespoir de cause on a conseillées pour combattre l'onanisme quand il atteint une limite compromettante pour la vie et pour la raison, je veux parler de la circoncision et de l'excision du clitoris.

L'opération du phimosis peut être utile en modifiant la vitalité des organes génitaux, mais surtout en rompant, pendant une quinzaine de jours, les habitudes vicieuses, à raison de la douleur que provoquent les attouchements ; ce temps, bien utilisé dans l'intérêt de la préservation, peut être décisif; d'ailleurs il faut faire considérer à l'enfant cette

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opération comme nécessitée par ses habitudes et l'intimider par la menace fictive d'y revenir s'il s'y laisse encore aller. A ce titre, c'est une ressource qui n'est pas sans valeur.

Quant à la clitoridectomie, elle a été conseillée par Braun, Backer Brown, et plus récemment par F. Legros comme un moyen de soustraire les jeunes filles aux dangers d'un onanisme invétéré. Legros a cité deux cas dans lesquels l'éréthisme génésique a disparu, avec l'onanisme par lequel il se •traduisait, à la suite de l'excision du clitoris. Le Dr Cooper (de San Francisco) a obtenu deux succès remarquables de cette opération : l'un chez une petite fille de treize ans livrée avec fureur aux pratiques de l'onanisme et dont l'intelligence avait déjà subi une dégradation sensible ; l'autre chez une petite fille de dix ans qui inclinait à l'idiotie; dans les deux cas l'excision du clitoris et d'une petite partie des nymphes fit disparaître l'onanisme, etles facultés intellectuelles se relevèrent. L'excision des nymphes ou du clitoris dans le cas de nymphomanie onanique cbez les adultes est d'un résultat très douteux, mais il ne faudrait pas en conclure que cette double opération est sans utilité chez les petites filles ; l'onanisme, quand il s'est prolongé au delà de l'adolescence, est cérébral autant, si ce n'est plus, que clitoridien ; chez les petites filles, au contraire, il est de foyer purement génital, et l'on peut espérer le supprimer par l'ablation partielle des organes excitateurs. C'est donc, en réalité, une ressource à employer, mais, je n'ai pas besoin de vous le dire, applicable seulement aux cas extrêmes. La nymphotomie préventive me paraît parfaitement indiquée quand les petites lèvres présentent un développement anormal qui doit singulièrement favoriser, par le frottement dont ces organes sont le siège, l'établissement d'habitudes vicieuses. On remédie ainsi à une difformité en môme temps qu'on diminue les chances d'onanisme. Cette opération est d'ailleurs très simple et ne s'accompagne pas d'hémorrhagie comme l'érectilité des nymphes semblerait devoir le faire craindre. Les mêmes considé-

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rations s'appliquent aussi à la clitoridectomie préventive.

Quant à la castration recommandée et pratiquée par Rooker pour la masturbation accompagnée d'épilepsie, c'est une idée dans le goût américain qui tentera médiocrement les médecins français, heureusement moins hardis à endosser des responsabilités pareilles.

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