‹ Leçons d’hygiène infantileChapitre 21 sur 58 · VINGTIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

VINGTIÈME LEÇON

Méthodes et procédés gymnastiques.

Sommaire : La gymnastique libre et la gymnastique à appareils. — Reproches adressés à celle-ci. — Avantages de la gymnastique libre pour les enfants. — Appareils fixes, appareils mobiles. — Gymnastique chez les enfants des deux sexes. — Influence de l'exercice musculaire sur le développement, la régularité des formes et la santé. — Gymnastique des muscles du cou, de l'épaule, des bras . — Gymnastique respiratoire. — Influence sur les dimensions de la poitrine. — Appareils mobiles : canne, haltères, mills, corde. — Les appareils cubistiques. — Age où ils interviennent utilement. — Posologie gymnastique. — Contre-indication tirée d'une croissance rapide. — Indices d'intolérances : battements du cœur, fatigue prolongée, insomnie, amaigrissement. — Graduation des exercices. — Gymnase en plein air, gymnase couvert. — Le chant dans les exercices gymnastiques. — Alimentation et vêtements dans leurs rapports avec les exercices du gymnase.

Deux méthodes générales se trouvent en présence et se disputent la supériorité : la gymnastique à appareils et la gymnastique libre ou sans appareils. La première peut être subdivisée en gymnastique à appareils fixes et en gymnastique à appareils mobiles. Cette dernière est intermédiaire entre la gymnastique sans appareils et la gymnastique à appareils fixes.

On a reproché à la gymnastique à appareils fixes d'être violente et acrobatique; de viser plutôt à la conquête des tours de force qu'au développement régulier et rationnel des divers groupes de muscles ; d'exposer à des accidents dont les plus communs sont des contusions, des entorses, des fractures, des luxations, des hernies, des ruptures musculaires ou tendineuses, des chutes., avec leurs conséquences.

Le caractère aventureux de ces exercices, rendu plus menaçant encore par la pétulance des enfants et leur méconnaissance du danger, est de nature à écarter du gymnase les familles, qui s'abritent si volontiers derrière un prétexte. On a signalé également les inconvénients que peuvent avoir, au point de vue des positions anormales qu'ils imposent, les appareils cubitisques, qui obligent souvent les enfants à une déclivité de la tête, très propre à favoriser des congestions cérébrales. La gymnastique pédagogique des Allemands a conservé, depuis Jahn, le goût de ces exercices périlleux; mais elle commence à en revenir aujourd'hui etàcomprendre qu'elle faisait fausse route. La commission belge, recensant les opinions des gymnastes allemands à ce propos, a recueilli à Berlin, à Stuttgart, à Leipzig, à Bade, à Heidelberg, à Francfort, etc., de précieux aveux des directeurs de gymnases d'enfants qui, bien que formés dans des établissements où le trapèze, les barres parallèles et les autres engins de même nature étaient en honneur, ont, sous la pression de l'expérience, reconnu ce que cette gymnastique a d'excessif et de défectueux. La réaction est, du reste, si bien marquée aujourd'hui en Allemagne que l'ouvrage le plus répandu peut-être sur la gymnastique libre ou sans appareils est dû à un Allemand, à Schreiber, directeur de l'Institut orthopédique de Leipzig.

La gymnastique libre a des avantages nombreux pour les enfants : elle est inoffensive ; elle permet des exercices d'ensemble qui les recrée ; elle n'exige, de la part des gymnastes, ni une initiation spéciale, ni une force et une adresse particulières ; j'ajouterai qu'elle est plus analytique que la gymnastique d'appareils fixes et permet mieux l'éducation isolée de tels ou tels groupes de muscles; et enfin qu'elle permet de différencier davantage les exercices de gymnastique éducative qui conviennent aux deux sexes.

Est-ce à dire cependant, malgré la supériorité de la gymnastique libre surles exercices cubistiques, qu'il faille exclure

complètement ceux-ci? Non, sans doute. Cette gymnastique de sapeurs-pompiers, comme on l'a appelée avec un certain dédain, a son utilité et sa raison d'être, maints accidents le démontrent assez, mais c'est par là qu'il faut finir, ce n'est pas par là qu'il faut commencer.

Je diviserai volontiers l'enfance, au point de vue de la gymnastique éducative, en trois périodes : la première, commence à six ou sept ans et ne s'accommode que des exercices libres, sans appareils ; la deuxième commence vers dix ou douze ans et peut tirer un bon parti des appareils mobiles; enfin la dernière, débutant vers seize à dix-buit ans, peut aborder les appareils cubistiques.

Ces trois gymnastiques sont progressives et chacune prépare à l'autre. Les garçons doivent les étudier successivement toutes les trois, les filles n'ont nul besoin de dépasser la seconde, et les exercices sans appareils d'abord, puis, plus tard, les exercices avec appareils mobiles suffisent à tous les besoins de leur éducation gymnastique. Celle-ci peut d'ailleurs, comme je vous le dirai bientôt, se compléter parles jeux gymnastiques tels que la natation, l'équitation et la danse, qui ne répugnent pas à leur sexe.

Occupons-nous tout d'abord des exercices libres, ceux qui, n'exigeant ni outillage ni local spéciaux, ni maître exercé, peuvent se faire partout et devraient avoir leur place dans toutes les familles comme dans toutes les écoles.

Cette gymnastique a pour but de développer la nutrition et la force des muscles au moyen de mouvements et d'attitudes qui les font entrer activement et méthodiquement en jeu. C'est ainsi que les muscles du cou, de la poitrine, de la colonne vertébrale et des membres peuvent être exercés successivement suivant le but à atteindre. En même temps que cette gymnastique fortifie les muscles, elle assouplit les articulations en augmentant la laxité de leurs ligaments et l'étendue des mouvements angulaires et de cireumduction dont elles sont le siège.

44 4 LEÇONS n'ilYGIÈNE INFANTILE.

La gymnastique des muscles du cou a pour but de combattre des attitudes vicieuses qui tiennent, comme nous l'avons vu, à certains travaux, et qui ne peuvent durer quelque temps sans produire une sorte d'atropbie par élongation des muscles opposés au sens dans lequel la tête est entraînée. Il faut, dans le cas où la tête est infléchie en avant, lui faire exécuter des mouvements d'extension un peu forcée, en répétant ceux-ci assez souvent pour que la nutrition des muscles redresseurs en soit activée. Du reste ce n'est pas seulement quand il y a direction vicieuse de la tête que ces exercices sont utiles. Ils conviennent, même dans les conditions les plus normales, pour donner aux muscles du cou une puissance qui garantira à la tête un port régulier.

Les mouvements circulaires de la tête ; les mouvements de latéralité alternée du cou; les mouvements de renversement forcé de la tête en arrière, de rotation de la tête décrivant un cône renversé dont le sommet est à l'articulation axoïdo-atloïdienne, constituent les éléments de cette gymnastique spéciale. On la gradue en déterminant le nombre des mouvements consécutifs qui doivent être faits, et l'intervalle qu'il faut mettre entre deux exercices successifs. Il ne faut pas oublier que ces mouvements de la tête, surtout le mouvement de rotation, produisent quelquefois du vertige et qu'il faut dans ce cas, faire cet exercice assis, et mettre entre les divers mouvements un intervalle plus long. Il est assez rare qu'on ait besoin d'exercer les muscles fléchisseurs de la tête, mais, si l'indication s'en présentait, il faudrait, indépendamment des mouvements qui abaissent le menton vers le sternum, en instituer d'autres susceptibles de faire entrer encore plus activement enjeu cet ordre des muscles. Tel est, par exemple, cet exercice dans lequel, le corps étant couché en supination, un oreiller est placé sous les épaules, et la tête, suspendue en quelque sorte dans le vide, se maintient dans sa rectitude luttant contre la pesanteur par le jeu des muscles antérieurs du cou.

MÉTHODES ET PROCÉDÉS G YMN ASTIQUES. 4 45

La gymnastique de l'épaule et du bras comporte un assez grand nombre d'exercices; Schreiber les a ramenés aux types suivants :

1° Les bras étant pendants le long du corps et les mains appliquées sur la face externe des cuisses, les deux épaules sont élevées, à la rencontre des oreilles avec une certaine force et une assez grande rapidité par la contraction des muscles qui, ayant leur point fixe au crâne ou aux vertèbres cervicales, élèvent l'épaule quand ils se contractent : tels, le trapèze, le sterno-cleido mastoïdien, l'angulaire.

2° L'élévation isolée d'une épaule, l'autre restant immobile, produit une scoliose du côté du mouvement et un abaissement du moignon de l'épaule opposée. Ce mouvement peut donc avoir son utilité quand il y a une disposition scoliotique et quand une des épaules tend à dépasser le niveau de l'autre. L'élévation de l'épaule doit, bien entendu, se faire du côté opposé à la scoliose et du côté correspondant à l'épaule abaissée.

3° Vient ensuite une autre série de mouvements qui, ayant leur centre à l'articulation scapulo-humérale, facilitent et étendent le jeu de celle-ci en même temps qu'ils fortifient directement les muscles qui les exécutent. Dans cet ordre d'exercices se placent les mouvements de fronde du bras frôlant les parties latérales de la tête ; l'élévation et l'abaissement latéral des bras ; le rapprochement des bras en arrière allant, si faire se peut, jusqu'au contact des coudes; l'extension des bras en haut, en bas et en arrière ; le rapprochement des bras sur la poitrine après leur extension horizontale, et inversement :1a rotation des bras ; l'extension des bras avec mouvement de la main en oo de chiffre ; la pronation et la supination alternatives des avant-bras ; la flexion et l'extension des doigts.

Tels sont les exercices principaux qui ont pour agents les muscles de l'épaule et du membre supérieur.

Ils ont leur importance eu égard à ce membre ; mais elle

s'efface devant l'action puissante que ces mouvements exercent sur la capacité et la conformation delà poitrine. La gymnastique, n'eût-elle que ce résultatd'élargir le champ de la respiration, serait, par ce seul fait, un élément indispensable de l'éducation physique.

Dans une respiration ordinaire, normale, les muscles respirateurs proprement dits se suffisent à eux-mêmes; mais dans une respiration forcée, qu'elle soit gymnastique ou dyspnéique, des muscles accessoires entrent enjeu: ce sont ceux qui, ayant leur point fixe à la colonne vertébrale et leur point mobile aux côtes, comme les scalènes, ou insérés à la fois au scapulum et à l'humérus et aux côtes, tendent, quand ils se contractent, à élever les côtes et à les porter en dehors, c'est-à-dire à augmenter le diamètre vertical et le diamètre transversal de la cage thoracique ; les pectoraux, le sous-clavier, le grand dentelé, le faisceau claviculaire du trapèze, etc., ont cette action inspiratrice accessoire dont on peut se servir en gymnastique pour accroître la capacité thoracique. On l'utilise directement en conseillant des inspirations profondes, les bras fixés de façon à ce que les muscles qui lient la poitrine au membre supérieur, prenant leur point fixe sur celui-ci, tirent les côtes en dehors et élargissent, par suite, la cage thoracique. Dans l'état de repos, la quantité d'air qui s'introduit à chaque inspiration, et sort à chaque expiration, ou ce que les physiologistes appellent l'air courant, n'excède pas un demi-litre chez l'adulte. Ce volume s'ajoute à celui de l'air dit résidual qui reste dans le poumon. Fait-on une inspiration aussi profonde que possible, on introduit dans sa poitrine un volume d'air qui n'est pas moindre de 1 litre l/2- Hutchinson a désigné, sous le nom de capacité vitale, la quantité maxima d'air qui entre dans l'inspiration et sort dans l'expiration, à chaque mouvement respiratoire. Il l'évalue, chez l'adulte, à 3',5. Cette capacité vitale, mesurée à l'aide d'appareils spirométriques, est moindre chez l'enfant et chez le vieillard

que chez l'adulte ; elle est moindre aussi chez la femme que chez l'homme et subit une diminution dans les maladies pulmonaires.

La différence entre le volume d'air introduit dans une respiration ordinaire, en dehors du mouvement, et celui qui se fait dans les respirations actives provoquées par l'exercice, mesure ce que la gymnastique respiratoire peut faire pour accroître le champ de l'hématose. Il ne faudrait pas croire que toutes les parties des poumons entrent en jeu dans une respiration ordinaire; une partie des cellules sont en état de collapsus physiologique, comme on le constate surtout chez les enfants où l'on voit, dans l'état de santé, des zones pulmonaires donner de la résistance au doigt et de la matité, qui, recevant de l'air dans une inspiration plus complète, se mettent à respirer et à résonner comme dans l'état normal. Ce sont ces cellules en réserve que l'exercice fait entrer en jeu au grand profit de l'hématose. Ona conseillé récemment, comme moyen préservatif de la phthisie chez les sujets qui procèdent d'une hérédité suspecte, une gymnastique respiratoire consistant dans des inspirations profondes répétées plusieurs fois de suite et aussi souvent que possible. Je ne comprends pas que ce moyen de combattre l'anémie, qui équivaut en réalité à des inspirations d'oxygène, soit aussi négligé.

Si nous pouvons, par un acte de notre volonté, presser ou. ralentir le rhythme respiratoire, tout exercice active la respiration, la rend plus complète, augmente la consommation d'oxygène et la proportion d'acide carbonique exhalée. L'effet constant de la gymnastique, et peut-être son effet le plus heureux, est donc d'accroître l'activité et la perfection de la fonction respiratoire, d'augmenter la capacité thoracique et de maintenir ce résultat par la vigueur que l'exercice donne aux muscles intrinsèques et extrinsèques auxquels est dévolu l'accomplissement des actes mécaniques de la respiration.

Les mensurations de la poitrine, pratiquées comparativement avant et après l'éducation gymnastique, démontrent son heureuse influence sur le développement de la poitrine. Haumersley, observant, à ce point de vue, 360 adultes exercés pendant deux mois, a constaté que, dans cette période, le périmètre de la poitrine avait augmenté, en moyenne, de 21 millimètres. Abel, cité par Morache, dans son excellent Traité d'hygiène militaire, a constaté que, 75 fois sur 100, la circonférence de la poitrine avait augmenté de 26 à SI millimètres. Tout récemment, Daily et Chassagne examinant à ce point de vue le personnel de Joinville-le-Pont, et recueillant 16,000 mensurations, ont constaté également l'ampliation que prend la poitrine chez les sujets faisant de la gymnastique. Et si ces résultats heureux peuvent être obtenus chez des adultes dont la cage thoracique est plus rigide, que ne pent-on pas espérer de la gymnastique respiratoire chez les enfants pour dilater leur poitrine, plus souple, plus élastique, mieux disposée à obéir aux tractions excentriques que les muscles exercent sur ses parois? Combien de poitrines d'enfants restent exiguës, aplaties, mal conformées, qui prendraient une forme et des dimensions plus heureuses si, au lieu d'abandonner ces petits malheureux à la phthisie qui les menace, on les soumettait de bonne heure aux pratiques d'une gymnastique respiratoire méthodiquement conduite! La préservation de la phthisie, comme maladie de l'espèce, est dans l'éducation physique et pas ailleurs, il ne faut pas l'oublier.

Les enfants rachitiques ont plus besoin encore que les autres qu'on vienne en aide au développement de leur poitrine quand, ainsi que cela arrive si souvent, cette maladie de la nutrition a laissé son empreinte sur la cage thoracique. Mais ici on se heurte à un écueil : faire battre le cœur par un exercice intensif et favoriser la tendance qu'a cet organe à s'hypertrophier quand il est emprisonné dans une poitrine étroite et inextensible, et à une difficulté : dilater une cage thoracique dont les côtes, qui ont subi

l'éburnation et l'épaississement rachitiques, résistent beaucoup plus aux actions qui sont exercées sur elles. On ne peut rien contre cette dernière difficulté que l'amoindrir par la persistance des exercices. Quant à l'excitabilité du cœur, elle indique l'emploi exclusif de la gymnastique d'attitudes et de mouvements mettant principalement en jeu les muscles des membres supérieurs ; mais il faut avoir la précaution de fragmenter ces exercices et de les conduire avec ménagements pour ne pas exciter la circulation.

Après les mouvements gymnastiques qui accroissent l'activité des muscles respiratoires, ceux qui fortifient les muscles destinés à maintenir la rectitude de la colonne vertébrale et qui assouplissent ses articulations multiples sont certainement les plus importants. Les exercices qui consistent à pencher alternativement le torse en avant et en arrière de façon à lui faire parcourir un arc de cercle étendu, à l'incliner latéralement, à lui faire exécuter des mouvements de demi-rotation, à redresser le tronc, le corps étant en supination, etc., atteignent ce but et conservent aux muscles symétriques une égale énergie : ils constituent le meilleur préservatif de la scoliose.

Quant aux exercices des membres inférieurs ils ont aussi leur importance sans doute, mais elle est moindre que celle des bras, parce que les enfants n'ont garde de laisser les premiers au repos et que la gymnastique des jeux y pourvoit. Ce n'est que dans les cas où une attitude vicieuse, une paralysie ou une contracture, rompent la symétrie harmonique des deux membres que la gymnastique intervient pour rétablir l'équilibre.

Je ne saurais" trop, messieurs, insister devant vous sur l'utilité de cette gymnastique sans appareils qui doit entrer dans le programme de toute éducation physique un peu prévoyante. Je ne manque jamais de la conseiller dans les familles dont j'ai la direction et je les munis d'un exemplaire du Manuel de gymnastique de chambre de Schreiber, en

FONSSAGRIVES. 29

marquant au crayon les figures d'attitudes et de mouvements qui me paraissent le mieux convenir aux nécessités de la santé et du développement des enfants que l'on soumet à ces exercices. Les familles intelligentes peuvent très bien les diriger et ne nous laisser que le soin d'une surveillance, peu absorbante d'ailleurs. J'insiste pour que vous donniez le conseil de réunir trois ou quatre enfants du même âge pour ces leçons de gymnastique d'attitudes; elles offriront ainsi plus d'attrait, elles seront animées par l'émulation, et la docilité des enfants sera, par suite, plus durable.

Les exercices d'ordre tactique appartiennent à la gymnastique sans appareils, ils consistent à exécuter des manœuvres d'ensemble en marchant à divers pas, en courant, et en exécutant des conversions au gré de commandements. C'est, à proprement parler, l'exercice du peloton. Les pieds prennent des directions différentes; les bras sont pendants le long du corps ou fléchis et serrés sur les parties latérales de la poitrine. Les changements de front et de rang diversifient ces exercices tactiques qui sont une initiation utile au métier de soldat auquel tous nos enfants sont destinés. Ces exercices sont également applicables à l'éducation gymnastique des filles, mais ils changent, bien entendu, de nature et consistent surtout dans des marches d'ensemble qui se rapprochent plus de la danse que des exercices et s'accompagnent de la voix. Le grand avantage des exercices de cette nature est de donner aux muscles, placés toujours sous le coup d'un ordre auquel il faut qu'ils se conforment, une précision et une agilité remarquables de mouvements.

Les classes supérieures doivent-elles joindre à ces manœuvres tactiques le port et l'exercice du fusil? La question a été diversement résolue. La crainte de militariser outre mesure la jeunesse a faitvoir d'un mauvais œil l'introduction de l'exercice du fusil dans les lycées, et Ph. Bérard, en particulier, s'est montré résolûment opposé à cette innovation en se fondant sur des raisons qui ne convaincront personne.

J'y reviendrai bientôt. Un reproche plus sérieux a été adressé à l'exercice du fusil par certains gymnastes , c'est de mettre en jeu toujours les mêmes muscles et du même côté de telle sorte qu'il faut ensuite, pour rétablir la symétrie des mouvements, soumettre les jeunes gens à une gymnastique spéciale. Le fusil ordinaire est souvent remplacé, dans quelques écoles, par un fusil de bois très léger dont le maniement laisse persister les mouvements sans produire de fatigue.

Tous les hygiénistes sont d'accord, aujourd'hui, pour admettre, à côté de la gymnastique de mouvements, un certain nombre d'appareils simples, généralement mobiles, qui constituent en quelque sorte un second degré d'exercices convenant particulièrement à des enfants plus âgés. Browers et Docz réduisent cet outillage aux éléments suivants : 1° le fossé sautoir ; 2° le sautoir fixe à deux montants que réunit une ficelle mobile; 3° une table à échelons pour les sauts en profondeur; 4° de petits bâtons pour les luttes; 5° une corde pour la lutte de traction ; 6° un bâton pour aider dans les courses et les sauts ; 7° une canne pour le travail à deux mains; 8° les perches verticales.

Les exercices de la canne sont extrêmement utiles soit qu'on passe la canne par dessus la tête, en avant et en arrière, de manière à assouplir les épaules et à faire entrer activement en jeu les muscles respiratoires et en particulier les muscles abdominaux, soit que l'on marche la canne étant appliquée sur les reins et passant au-dessus des deux coudes, attitude très propre à prévenir les inconvénients du dos voûté, soit enfin qu'on passe la jambe alternativement en avant et en arrière d'une canne tenue horizontalement par les deux mains et à diverses hauteurs.

Le maniement des haltères et des mills ou massues est très favorable pour développer la force des muscles. Il en est de même de la barre à sphères, en bois, d'une longueur de 1 mètre, de 3 centimètres de diamètre et que

4 52 LEÇONS D'ilYGIÈNE INFANTILE.

termine à chacune de ses extrémités une sphère de 5 centimètres de diamètre. Les enfants opèrent, à l'aide de cette barre, des extensions des bras portant alternativement les épaules en haut, en bas, en avant; ils la placent derrière la tête, la tournent en la tenant par le milieu, marchent au pas gymnastique en la portant derrière le dos.

L'exercice de la corde, très goûté des enfants, est aussi une gymnastique excellente, mais ils sont enclins à en abuser et bon nombre d'hypertrophies du cœur ont eu pour origine des exploits qui portent à un chiffre insensé le nombre des sauts et des doubles-sauts consécutifs. Il y a là une mesure qu'il est indispensable de garder.

La gymnastique à appareils cubistiques, tels que les anneaux, le trapèze, la barre fixe, les barres parallèles, après avoir dominé complètement la gymnastique sans appareils, subit, aujourd'hui, dans l'éducation physique des enfants, les effets d'une inévitable réaction et beaucoup seraient disposés à la proscrire complètement, comme peu méthodique et hasardeuse. Les membres de la Commission belge ont été d'avis que cette gymnastique doit être exclue pour cette triple raison : qu'elle est fertile en accidents — que l'on ne peut exercer à la fois, à certains appareils, qu'un petit nombre d'enfants, et qu'un seul professeur est inapte à diriger une classe de gymnastique — qu'il est impossible enfin d'adapter les appareils dont on se sert à la diversité et à la mobilité des tailles.

Je trouve, pour mon compte, qu'il y a là quelque chose de trop absolu. Qu'on ne fasse pas consister la gymnastique, ainsi qu'une idée fausse conduit à le faire, dans le seul usage des appareils cubistiques et qu'on réserve ceux-ci pour compléter une éducation gymnastique inaugurée par les exercices de mouvements et d'attitudes, continuée par les exercices s'aidant d'appareils libres, tout est concilié et les choses sont mises dans leur place et dans leur valeur.

Il me reste, après vous avoir indiqué les méthodes et les

procédés gymnastiques, à vous signaler les règles de leur emploi, c'est-à-dire, si vous voulez bien me permettre ce mot, à esquisser une posologie gymnastique.

La gymnastique ne convient pas à tous les enfants, et le même enfant traverse des périodes d'évolution qui exigent qu'on suspende pour un temps les exercices auxquels on l'applique ou du moins qu'on en diminue l'intensité et la durée. Toute phase de croissance très active est dans ce cas, et pour ces raisons réunies : qu'il y a des douleurs musculaires que la gymnastique accroîtrait; que la nutrition, obligée de faire les frais d'une élongation rapide, a besoin qu'on lui fasse réaliser des économies ; que les os en voie d'accroissement actif pourraient souffrir des tiraillements que les muscles exercent sur eux; et enfin que le cœur, très excitable chez les enfants qui grandissent, peut passer aisément et insidieusement de l'irritabilité nerveuse à l'hypertrophie.

La fixation de l'heure la plus convenable pour faire faire de la gymnastique aux enfants est un point qui n'est pas résolu par tout le monde de la même façon. Schreiber veut que les exercices se fassent un quart d'heure avant le repas. Mœller exige, au contraire, qu'on éloigne ces exercices des heures des repas, et il indique le milieu de la matinée et de l'après-midi comme plus particulièrement favorables pour les leçons de gymnastique. Elles coupent en effet les devoirs de classe, rafraîchissent l'esprit et le disposent à un travail plus facile. Je crois ce conseil excellent.

La mesure de la tolérance pour les exercices est surtout indiquée par l'état du cœur. Si les battements de cet organe, provoqués par la gymnastique, persistent au delà de cinq à dix minutes de repos, il faut s'arrêter. Il en est de même de la fatigue. Celle-ci n'est-elle que momentanée, n'a rien que de naturel; dure-t-elle, au contraire, dans l'intervalle de deux leçons, il faut en conclure qu'on a été au delà des forces de l'enfant et laisser passer une ou plusieurs leçons. J'en dirai

autant du sommeil et de l'appétit. Une dose utile d'exercices accroît l'un et l'autre, une dose indiscrète les amoindrit, au contraire. Quant à l'amaigrissement, il indique aussi l'excès, mais il faut en juger par la balance et non pas par la vue. Le propre effet de la gymnastique est de fondre le tissu cellulaire et le tissu adipeux et de faire tomber cette bouffissure qui existe chez la plupart des enfants; mais les muscles exercés se développent simultanément, de sorte qu'à des formes plus grêles et moins arrondies peut correspondre en réalité un accroissement de poids que les pesées peuvent seules mettre en évidence.

Il va de soi que les exercices doivent être progressifs au double point de vue de la complexité et de l'intensité, de manière à ne rebuter ni fatiguer les enfants, et que cette progression doit être d'autant plus lente que les enfants sont plus jeunes et plus faibles. Mais il faut diversifier ces exercices les uns par les autres et ne pas arrêter trop longtemps les enfants sur le même exercice pour éviter d'engendrer l'ennui. Les muscles se reposent d'ailleurs dans des exercices ainsi variés et la leçon peut être prolongée sans fatigue. Schreiber conseille, comme précepte général, de faire les exercices avec lenteur, sans hâte, mais en y mettant une certaine vigueur et en ayant conscience de la plénitude de la force de tension des muscles ; le mouvement doit, suivant son expression, être net et plein: net, c'est-à-dire limité aux muscles que l'on veut exercer; plein, c'est-à-dire allant jusqu'à la limite de la puissance de ces muscles.

Le mot gymnase de chambre employé pour exprimer la gymnastique sans appareils serait très mal choisi si on le prenait dans son sens textuel. La gymnastique doit, au contraire, se faire au dehors, en plein air, toutes les fois que le temps le permet, de façon à réunir au bénéfice de l'action musculaire celui de l'action respiratoire s'exerçant dans les conditions qui sont favorables à une bonne hématose. Le gymnase couvert, nécessaire pour assurer la continuité des

leçons, doit d'ailleurs, en vue de cet intérêt, être bien aéré et spacieux. Les gymnastes recommandent de consacrer les moments de repos qui séparent les exercices à des mouvements respiratoires lents et profonds, exécutés les mains appliquées aux hanches, de façon à faire pénétrer l'air dans toutes les parties des poumons.

Le chant est l'accompagnement, aussi gracieux qu'utile, des exercices gymnastiques ; il donne à la fois le rhythme et l'oxygène, et les exercices d'ordre tactique s'en accommodent à merveille. En Suisse, la gymnastique scolaire a sa musique spéciale, et une idée à laquelle on ne saurait trop applaudir a choisi pour thèmes de ces chants enfantins des idées patriotiques propres à exalter le sentiment de l'amour du pays. On ne saurait, quand on songe à la force de pénétration qu'ont les impressions de l'enfance, considérer celle-ci comme restant sans effets. Nous n'avons plus ni admiration ni enthousiasme, et nous nous mourons par là; tâchons donc au moins de donner à nos enfants ces deux forces qui font la vie supérieure de l'âme.

Je n'ai pas grand'chose à ajouter à ces règles générales de l'éducation gymnastique : la nécessité d'une alimentation substantielle se comprend; quant au costume qui convient le mieux pour ces exercices, la simplicité, la légèreté et la liberté sont les trois termes du programme qu'il doit réaliser. L'usage de la ceinture dite de gymnase est très répandu. Sans doute il est très utile que les muscles de l'abdomen et des lombes, appelés à entrer en jeu dans tous les exercices, trouvent un point d'appui extérieur, mais la ceinture gymnastique est généralement mal faite; elle est inextensible, dure, et si l'on serre également la boucle d'en haut et celle d'en bas, on tend à refouler vers le bassin les organes du ventre et par suite à favoriser la formation des hernies. Une large ceinture extensible de tissu de coton et de caoutchouc remplirait beaucoup mieux le but et il est à désirer que l'usage s'en généralise dans les gymnases scolaires.

Page 1