‹ Leçons d’hygiène infantileChapitre 25 sur 58 · VINGT-QUATRIEME LEÇON · texte numérisé non relu

VINGT-QUATRIEME LEÇON

Éradication des germes d'hérédité morbide.

(Suite.)

Sommaire. — L'hérédité vésanique. — Hérédité par transformation. — Métamorphose des formes des vésanies par l'hérédité. — Stabilité des deux types : déprimé et exalté, de la folie. — Folie de cause psychique, folie de cause somatique. — Influence de l'onanisme et de l'alcoolisme.

— Folie chez les enfants. — Traitement préservatif de l'hérédité vésanique. — Éducation intellectuelle et morale des enfants ainsi menacés.

— Importance du choix d'une carrière. — Hérédité de l'hystérie. — Hérédité directe, hérédité transformée. — Age de l'éclosion de l'hystérie. — Habitus hystérique chez les petites filles. — Influence de l'imitation. — L'éducation musicale dans la prédisposition hystérique. — Aménorrhée primitive. — Prophylaxie de la prédisposition épileptique.

La forme la plus douloureuse de l'hérédité est sans contredit, l'hérédité vésanique ou la transmission des diverses formes de l'aliénation des ascendants aux enfants. Nous allons étudier ce sujet avec un intérêt d'autant plus grand que le danger qu'il vise est des plus graves, et que l'éducation physique et morale des enfants sur lesquels est suspendue cette menace est armée d'une incontestable puissance pour l'écarter.

L'hérédité s'exerce ici de deux façons : ou bien les enfants ont des aliénés dans leur ascendance ; ou bien ils reçoivent d'elle, par le fait d'une transformation de l'épilepsie, de l'hystérie, de l'alcoolisme, etc. , le germe de la vésanie qui peut se développer chez eux. Il est bien établi que la transmission d'un genre déterminé d'aliénation, sans altération de son

caractère, est l'exception ; que les parents maniaques peuvent procréer des monomaniaques, des déments, des mélancoliques, et que chaque forme de l'aliénation, au lieu de se transmettre avec son caractère spécifique, peut en dévier par l'hérédité et aller revêtir, successivement et par métamorphose, tous les types de l'aliénation. La monomanie est la forme de la vésanie qui résiste le mieux à ces altérations, et il n'est pas rare de la voir passer des ascendants aux enfants, sans avoir subi de modifications de forme ; c'est ainsi que la monomanie suicide, et la lypémanie s'établissent quelquefois dans une famille et y font, à chaque génération, une série de victimes. L'hérédité ne respecte guère que les deux grands types fondamentaux de l'aliénation, dont la dépression et l'exaltation sont les caractères, et il est rare que l'on constate la transformation héréditaire de l'un dans l'autre. Quelles sont les causes de ces modifications des vésanies par l'hérédité? Il faut, à mon avis, les chercher dans cette double circonstance : que les dispositions mentales que l'enfant reçoit de celui ou de ceux de ses ascendants qui sont ou ont été aliénés, trouvent dans les autres courants d'hérédité qui arrivent jusqu'à lui des conditions perturbatrices de la forme d'aliénation dont il a hérité ; mais surtout que son éducation, son genre de vie affective, morale, intellectuelle, lui ont créé une vie cérébrale qui l'incline plus particulièrement vers telle forme de folie que vers telle autre. Et les conditions du milieu ont une telle puissance que des formes d'aliénation incomplètes, à peine ébauchées chez les parents : l'originalité excessive et la bizarrerie de caractère, l'hypochondrie par exemple, vont quelquefois se compléter chez l'enfant, quand il leur offre un milieu cérébral favorable à leur achèvement, et elles aboutissent à telle ou telle forme de l'aliénation.

Ce n'est pas seulement la folie de cause psychique qui a le funeste privilège de se transmettre ainsi des parents aux enfants ; celle qu'engendrent des causes extérieures, comme

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l'alcoolisme par exemple, est également transmissible, et la triste génération des ivrognes compte souvent des idiots, des épileptiques et des fous. On sait que Demeaux, Dehaut et Vousgier ont cité des faits tendant à prouver que la conception pendant l'état d'ivresse d'un des parents (l'ébriété aiguë est une sorte de manie passagère) pouvait aboutir à des résultats semblables. Il paraît impossible, en tout cas, de dénier à la démence alcoolique l'aptitude fatale à engendrer des maladies diverses du système nerveux, et l'idiotisme. On ne saurait innocenter davantage l'onanisme d'un pareil reproche quand on songe qu'il conduit les malheureux qui succombent sous ses atteintes à un véritable état de vésanie dont J.-J. Rousseau nous a décrit, en quelque sorte, le premier degré dans une auto-observation qui a et gardera une triste célébrité. Que de perversions des sentiments et des instincts, que de désordres de l'intelligence remontent, sans qu'on le soupçonne, à une hérédité de cette nature et démontrent cette loi mystérieuse de réversibilité qui est inscrite partout!

Si l'aliénation (et je donne à ce mot son sens le plus général, celui d'altération des facultés intellectuelles et morales) ne retentissait sur la descendance que quand elle est arrivée à l'âge adulte, ainsi qu'on le croyait et qu'on l'affirmait il y a quelques années encore, nous n'aurions pas à nous en occuper ici. Mais il n'en est rien : une observation plus attentive, une analyse plus délicate ont permis (en dehors de l'idiotie que je laisse intentionnellement de côté) de reconnaître que l'aliénation n'est pas extrêmement rare chez les enfants et qu'elle peut revêtir chez eux les principales formes par lesquelles elle se révèle chez l'adulte.

Brierre de Boismont a publié, il y a une vingtaine d'années, un très intéressant mémoire sur l'aliénation mentale chez les enfants, et il a établi que la manie et la perversion des instincts, avec exaltation, sont les formeslesplus fréquentes chez eux. Remontant à l'hérédité de ces malheureux

enfants, il a reconnu que dans 30 cas où l'on a pu avoir des renseignements sur les ascendants, 18 fois on a constaté une prédisposition héréditaire. Dans les 12 autres cas, on avait trouvé chez les parents de la bizarrerie à un degré marqué.

Gonolly a également signalé la folie chez les enfants et en a décrit les principales formes.

Ch. West a relaté de son côté, quelques observations d'aliénation infantile. Dans l'une d'elles, il s'agissait d'un enfant de treize ans, qui avait dans son hérédité trois faits de mort par maladie cérébrale. Une analyse attentive permettait d'éloigner l'idée d'une maladie organique des centres nerveux. Il accusait de la céphalalgie, une dermalgiedu cuir chevelu qui s'exaspérait parle contact du peigne; il y avait de la morosité, de la tristesse, une expression de découragement; la parole était hésitante, mais nette; il paraissait exagérer, de bonne foi, ses souffrances, et leur réalité sembla même plusieurs fois contestable; cet état qui accusait en lui un nosomane finit par guérir. Dans un autre cas fourni à son observation par une petite fille de dix ans et demi, née d'une mère exaltée et bizarre, il y avait eu des convulsions à dix-huit mois et à trois ans. Cette enfant offrait tous les traits du tableau que déroule l'hypochondrie. Permettez-moi de vous en lire la description dans le texte même du médecin anglais traduit par Archambault : « La première fois que je la vis, dit-il, sa physionomie était anxieuse et exprimait une souffrance considérable. Elle était assise, la tête appuyée sur sa main, criant violemment et assurant qu'elle était incapable de passer d'une pièce à l'autre; et pourtant, aussitôt qu'on lui eut dit d'une manière formelle qu'elle devait marcher, elle se leva aussitôt de la chaise où elle s'était accroupie et passa dans une autre pièce, avec facilité et d'un pas ferme. Quelquefois elle se plaignait de la tête pendant toute la nuit; d'autres fois elle dormait bien et son sommeil était en général plus profond si, au moment du coucher, elle prenait quelque stimulant. En même temps que

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les maux de tête, existait un manque d'intérêt pour tout ce qui charme les enfants, une sauvagerie et une irritabilité tout fait insolites pour une petite fille de son âge et si, de temps à autre, une circonstance qui l'intéressait venait la tirer de son état habituel, elle y retombait peu après. Quelquefois elle se levait à six heures du matin et faisait une promenade avec sa femme de chambre, tandis que d'autres fois elle restait au lit jusqu'à une heure avancée. Son appétit n'était jamais très considérable; mais il y avait des moments où elle mangeait passablement bien, tandis que dans d'autres, elle repoussait les aliments et refusait absolument de manger elle-même, de sorte qu'on était obligé de la faire manger comme un petit enfant. Elle s'attachait à sa mère pendant tout ce temps avec les protestations de tendresse les plus exagérées; mais il était évident que ses plaintes étaient toujours plus accentuées et plus constantes lorsque sa mère était présente; et quand une circonstance fortuite éloignait celle-ci de la maison pendant quelques jours, il y avait dans l'état de l'enfant une amélioration marquée. Si j'entrais à l'improviste dans la chambre, je trouvais cette fillette en train de jouer gaîment, mais aussitôt qu'elle m'apercevait, elle portait la main à sa tête et recommençait ses plaintes. Cet état qui dura plusieurs années et qui finit du reste par guérir complètement, offrait les traits mélangés de la nosomanie et de l'hystérie, et l'intervention de ce dernier élément s'accusa par des convulsions et de la dysphagie hystérique, des troubles bizarres simulant ceux de l'hydrophobie rabii'orme. »

Steiner, qui a également bien étudié l'aliénation mentale des enfants, en a distingué trois formes caractérisées par l'exaltation, la dépression, la faiblesse psychique. Dans le premier groupe, il place la manie aiguë, le délire des persécutions. 11 a cité dans son livre le fait d'un enfant de douze ans qui était persuadé que son père voulait le tuer; quand il le voyait, il tombait dans une agitation extrême et voulait

s'échapper; sa tête était chaude, son regard anxieux. Les formes déprimées se rapportent à l'hypochondrie et à la lypémanie. Steiner a traité un enfant de six ans qui, en dehors de sa sœur, n'avait pas de compagnons de jeux. Celle-ci étant morte d'une méningite tuberculeuse, il tomba dans une mélancolie profonde, maigrit, et s'abandonna à la pensée qu'il était réservé au môme sort que sa sœur, se palpant au moindre malaise, attribuant une signification lugubre aux faits les plus insignifiants, à une rougeur accidentelle de la peau, à un bouton. Il guérit au bout de deux ans. Peu après sa mère dut être séquestrée dans un asile d'aliénés. Quant à la faiblesse psychique, liée dans la plupart des cas à une imperfection organique du cerveau, elle comprend la catégorie des enfants arriérés, des imbéciles, des idiots, des crétins.

La folie transitoire peut être également représentée dans l'aliénation infantile. Hubert Reich a observé récemment trois enfants qui, ayant subi l'impression d'un froid très vif et joué plusieurs heures sur la glace, et s'étant réchauffés trop brusquement, sans doute, présentèrent un appareil symptomatique inquiétant : de l'angoisse, de l'égarement, des hallucinations, se livrèrent à des actes de violence; le pouls était dur, la tête chaude. Après quelques heures de sommeil, tout était, rentré dans l'ordre.

Sans doute, l'aliénation est rare chez les enfants si on la compare à celle de l'adulte, puisque Thurnmann n'a trouvé que 8 enfants sur 21333 aliénés ou d sur 2666 cas, mais il est permis de supposer que la folie, à cet âge, échappe plus aisément à l'observation ; il n'est pas de praticien qui n'en ait observé des exemples, j'en ai constaté quelques-uns et j'appelle votre attention sur ce point. Le problème est en effet très délicat, et les troubles psychiques que l'on constate pouvant, quand ils sont soudains, se rattacher à une maladie aiguë du cerveau ou des méninges, et quand ils sont lents, annoncer le début insidieux d'une méningite tuberculeuse,

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pouvant enfin se rattacher à des habitudes d'onanisme, le diagnostic de leur nature est épineux et les plus habiles cliniciens peuvent s'y tromper, pour un temps au moins.

Mais, nous avons à nous occuper ici de la prédisposition vésanique et non pas de la folie héréditaire réalisée. On comprend que la prophylaxie, dans ce cas, est purement éducative et que les médicaments n'ont rien à y voir. L'hérédité de l'aliénation peut sans doute produire ses effets de très bonne heure; mais, dans la grande majorité des cas, ce n'est que dans la seconde enfance, et surtout aux approches de la puberté, que le danger est à craindre. Ce n'est pas à dire pour cela qu'il faille attendre ce moment pour instituer une hygiène préventive. Chaque période de l'enfance, comme chaque période de la vie dans son ensemble, hérite de l'hygiène de celle qui l'a précédée et reçoit une prédisposition, amoindrie ou accrue, à un vice héréditaire. Et ici cette prédisposition obéit, dans ses degrés, à des conditions de deux ordres qui l'atténuent ou qui l'aggravent : à des conditions somatiques et à des conditions morales.

Le spiritualisme le plus ombrageux ne peut méconnaître l'intimité des rapports qui lient le physique et le moral et le retentissement de l'un sur l'autre. L'indépendance est sans doute assez réelle pour que s'affirme la liberté; mais dans le voyage de la vie, le corps et l'âme ne vont pas seulement côte à côte, l'un auprès de l'autre, réunis fortuitement pour s'acheminer vers le même but; ils se pénètrent, s'influencent réciproquement, compâtissent l'un à l'autre et affirment à chaque pas l'étroitesse de la solidarité qui les réunit. Bien peu philosophes seraient le médecin ou l'éducateur qui ne s'inspireraient pas de cette connexion d'intérêts que l'expérience affirme à chaque pas. Un enfant menacé par la prédisposition vésanique ne l'éludera certainement pas par ce seul fait que son éducation corporelle bien dirigée lui aura assuré les privilèges du maximum de santé auquel il peut prétendre par sa constitution personnelle et son origine, mais

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elle lui aura donné un corps qui laissera, autant que possible, son âme tranquille, ne la forcera pas à « ahanner après lui », comme dit Montaigne, et ne la tiendra pas dans cette servitude journalière qui est une source d'impuissance irritée et d'émotivité dangereuse. Bien diriger l'éducation physique de ces enfants, et faire autant que possible dominer chez eux la plasticité sur la nervosité est donc une règle impérieuse et qui n'a de la banalité que l'apparence.

Mais c'est l'éducation morale et intellectuelle qui décidera surtout de leur sort, et ici il s'agit d'une éducation commençant dès les premiers temps de la vie, et non pas instituée tardivement. L'être moral, a dit J. de Maistre, se forme de bonne heure, il se développe sur les genoux de la mère et ses linéaments principaux sont arrêtés à un âge où l'on suppose qu'ils s'ébauchent à peine. Cette première éducation maternelle est plus décisive qu'on ne le croit, et sa valeur préservatrice dépend étroitement de la valeur morale et intellectuelle de la mère à qui en est confié le soin. Une mère nerveuse, livrée elle-même à tous les orages d'une émotivilé maladive, n'a rien de ce qu'il faut pour s'acquitter de cette tâche : elle mettra en effet le caprice à la place de la règle, une tendresse irréfléchie et passionnée à la place de la raison ; elle exaltera la sensibilité de l'enfant, tendra outre mesure ses nerfs, accroîtra sa faculté de sentir, admirera en lui une précocité de sentiment et d'intelligence dans laquelle une observation plus froide verrait une menace, modèlera en un mot ce petit être d'après les inspirations de sa nature passionnée, ardente, irréfléchie. Ce n'est pas dans une atmosphère pareille que l'âme d'un enfant qui porte la menace d'une hérédité suspecte peut prendre cette stabilité qu'il faut lui donner à tout prix. Mieux vaudrait certainement que des soins étrangers y pourvussent. L'allaitement maternel, auquel j'attache cependant le prix que vous savez, devient, dans ce cas, très inférieur à un allaitement par une nourrice choisie dans des conditions heureuses de plasticité

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physique et de placidité morale. De môme aussi la vie de la campagne, plus calme, dans laquelle il y a moins de bruit, plus de liberté, des occasions moins fréquentes d'ébranlement nerveux, et qui est si favorable au développement de l'activité musculaire, convient-elle plus particulièrement aux enfants de cette catégorie.

Quand on leur a fait ainsi une bonne assise de santé et que les nécessités de l'instruction surgissent avec un certain caractère d'urgence (car il importe, autant que les circonstances le permettent, de ne pas faire de ces enfants des fruits hâtifs), on a à faire son choix entre le système familial et celui de l'internat. Ce choix, qui est si embarrassant dans beaucoup de circonstances, ne l'est pas ici, et le simple bon sens indique qu'il faut enlever ces enfants aux conditions morales d'un milieu qui peut avoir, par le caractère des parents, leurs allures d'esprit, une certaine similitude avec la prédisposition qu'ils ont apportée en naissant. Exciter ces enfants ou les gâter est plus qu'une faute, c'est un péril. J'ai cherché à montrer dans mon livre sur Y Éducation physique des garçons, que plusieurs d'entre vous avez lu sans doute, tout ce qu'il y a de menaces pour l'avenir dans cette synthèse déplorable qu'enveloppe le mot d'enfant gâté, et dont J.-J. Rousseau, si clairvoyant et si judicieux quand la passion du paradoxe ne l'emportait pas, a esquissé de main de maître le portrait. Un enfant gâté est un enfant irrité, violent, passionné, reculant la limite de ses exigences à proportion de la satisfaction imprudente qu'on leur donne, voulant et ne voulant plus dix fois dans la même heure, vivant entre deux scènes, s'irritant de tout et ne se contentant de rien ; c'est la chrysalide d'un homme impérieux, blasé, mécontentde lui et des autres, destiné à passer sa vie au milieu des orages de mille passions entre-choquées. C'est un danger pour tous les enfants que cette éducation à courte vue, molle, sensuelle qui éloigne l'importunité du moment sans songer au danger de l'avenir ; vous jugez si le péril n'en est pas plus grand encore

pour des cerveaux qui gardent dans quelqu'un de leurs replis le germe d'une prédisposition qui n'attend qu'un prétexte pour aboutir à la folie.

Une éducation attentive de la sensibilité physique et morale de ses enfants s'impose donc comme une nécessité de salut pour eux. Elle a pour principes : l'endurcissement à la douleur et au malaise ; la limitation des besoins, et, par elle, l'éloignement des habitudes de bien-être et de sensualité ; le soin de ne pas développer leur sensibilité physique par une sympathie tumultueuse quand ils se heurtent à une douleur. Si je voulais développer tous ces points, une leçon suffirait à peine à chacun d'eux, mais je n'en ai pas le loisir et je dois me borner, en cette matière, à des aperçus généraux.

Quant à la sensibilité morale, elle n'exige pas moins de soins. Trop caresser les enfants est un péril, et d'autant plus que, leur affectivité naturelle est plus développée; les trop plaindre en est un autre, et il y a particulièrement à l'écarter quand il s'agit d'enfants que l'on suppose, par leurs antécédents et leurs allures personnelles, être sur la pente de l'hypochondrie.Vous rencontrerez, comme jel'ai faitsouvent, de ces petits êtres vieillots, vivant au dedans d'eux-mêmes, eux qui sont faits pour se répandre et se dépenser au dehors; s'absorbant dans un égoïsme précoce; se tâtant au moindre malaise ; calculant les conséquences d'un courant d'air ou d'une fatigue; n'attendant en un mot qu'une occasion (elle ne leur fera jamais défaut plus tard) pour devenir la proie d'une hypochondrie douloureuse et abjecte. Faire vibrer les nerfs des enfants par des récits émouvants, des évocations comminatoires, comme les nourrices et les mères inintelligentes ont l'habitude de le faire ; plus tard ébranler leur cerveau par des histoires terrifiantes, des lectures, ou des représentations scéniques dont le pivot est une émotion fausse et malsaine : c'est aller follement au devant du péril.

Tout est difficile quand on veut conjurer une prédisposition de cette nature; l'éducation intellectuelle ne l'est pas moins

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que l'éducation morale et que l'éducation physique. La culture de l'esprit, quand elle est bien dirigée, est une sauvegarde, elle est un péril quand elle est conduite sans discernement. Le désœuvrement et l'ennui qu'il engendre sont une menace; la fatigue cérébrale en est une autre. On verse bien plus aisément dans cet inconvénient que dans l'autre et l'on y est incité par la vivacité d'esprit qui est habituelle à ces enfants et dans laquelle l'orgueil intéressé des familles voit le présage d'une supériorité future dont l'essor doit être favorisé.

J'ai ramené, dans un autre livre, à trois propositions les vices habituels de notre système éducatif en ce qui concerne le développement de l'esprit chez les enfants, principalement chez les garçons : — L'enfant travaille trop tôt ; il travaille trop ; il travaille mal. — Je ne saurais ici développer chacun de ces termes, et je me bornerai à vous faire remarquer que, si les inconvénients d'un travail mal dirigé sont généraux, ils sont plus particuliers encore pour les enfants qui présentent une prédisposition vésanique.

Paire dominer l'activité des muscles sur celle de l'esprit, ou du moins tempérer celle-ci par celle-là, doit être la base de l'éducation qui leur convient; c'est dire que la gymnastique, les exercices libres, les jeux, doivent y tenir une grande place.

Il convient aussi, dans ces cas, de surveiller attentivement les enfants au point de vue des habitudes vicieuses ; alors même qu'elles ne sont pas poussées chez eux au point de produire, à ses degrés divers, la folie onanique, elle les plonge dans un état de dépression morale qui ne peut que les pousser sur la pente fatale où l'hérédité les a mis. Je n'insiste pas davantage et je vous renvoie à la leçon qui a été consacrée à l'onanisme.

Si l'enfant, ainsi menacé, a pu être acheminépar une éducation prudente, sans que sa raison en ait souffert, jusqu'au delà de la puberté, et que le moment soit venu de lui choisir une

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carrière, il faut tenir grand compte de ses prédispositions héréditaires et chercher, dans l'activité professionnelle à laquelle on le destine, des conditions de régularité, d'ordre, de calme qui le garantiront contre les dangers d'une vie surexcitée, tiraillée par l'ambition, et dans laquelle l'imagination jouerait le rôle principal. Que de jeunes gens en puissance d'hérédité vésanique ont dû au choix heureux d'une profession, de conserver leur raison intacte toute leur vie; combien, au contraire, sont devenus aliénés parce que la direction donnée à leur carrière avait été moins judicieuse! Tout cela peut paraître subtil au premier abord; mais tout cela est du strict domaine de la réalité.

Vous verrez, plus tard, combien dans les familles on se préoccupe peu de ces intérêts si graves et combien est minime le nombre de celles qui songent à se confier à la direction compétente d'un médecin. Et de là des catastrophes qu'on eût pu éviter et qui s'appesantissent sur les familles. Avertir est au moins notre devoir, dussent nos avertissements avoir (ce qui arrive le plus souvent) le sort de ceux de Cassandre.

L'hystérie est héréditaire et cette hérédité s'exerce avec une telle puissance que l'on évalue cette transmission à la moitié des cas environ; en d'autres termes, les mères hystériques procréent des filles hystériques environ 1 fois sur 2. Sans doute il y a à faire, dans ce résultat, une part à l'influence de l'imitation s'exerçant par l'intermédiaire d'une éducation nerveuse, bizarre, passionnée ; mais, cette condition écartée, l'hérédité hystérique s'affirme encore. Tous les enfants d'une même famille ne l'accusent pas sans doute : le cas le plus commun est qu'un seul subisse cette tare; mais les exemples ne sont pas rares de deux, trois, quelquefois quatre filles d'une mère hystérique être hystériques elles-mêmes. Bernulz a vu, dans un cas unique peut-être, six enfants, nés dans ces conditions, présenter des accidents hystériques, à des degrés divers. La mère est-elle seule à transmettre

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l'hystérie? On ne saurait le croire, le fait de l'existence de l'hystérie masculine étant aujourd'hui bien établi ; mais cette hystérie est rare et c'est l'hérédité maternelle qu'il faut incriminer dans le plus grand nombre des cas. L'hypochondrie du père peut d'ailleurs vraisemblablement (quoique la preuve directe n'en aitpasété donnée, queje sache) engendrer l'hystérie par hérédité. Georget a étendu au delà du réel peut-être, les sources de l'hystérie héréditaire. C'est ainsi qu'il a admis avec raison que les épileptiques, les aliénés, les bypochondriaques, pouvaient engendrer des hystériques, et avec exagération, que les sourds et les aveugles de naissance étaient dans le même cas. C'est principalement par l'intermédiaire de l'épilepsie, de l'aliénation, de l'hypochondrie, métamorphosées par l'hérédité, que s'affirme l'influence paternelle; l'influence de la mère est, dans l'immense majorité des cas, le résultat de l'hystérie ellemême.

Une opinion très accréditée jadis parmi les médecins et qui est encore enracinée dans les croyances vulgaires, est que l'hystérie est inconnue à l'enfance, et ne se manifeste qu'à partir de la puberté. Elle dérive de l'importance exagérée que l'on attribuait et que l'on attribue encore à la théorie qui fait du système utéro-ovarien le foyer des troubles hystériques. Cette théorie est contredite par l'existence de l'hystérie chez l'homme ; par sa constatation chez des enfants à un âge où l'appareil génital est encore inachevé et silencieux; par des faits qui ont démontré que des femmes chez lesquelles manquent l'utérus et les ovaires peuvent parfaitement devenir hystériques.

Des statistiques nombreuses dressées par les classiques de l'hystérie: Georget, Landouzy, Briquet, etc., établissent le fait de la précocité de l'hystérie chez les petites filles. Bernutz, réunissant les chiffres invoqués par ces divers auteurs, a constaté que, sur 820 cas d'hystérie, celle-ci s'est manifestée 71 fois avant dix ans, et 157 fois de 10 à I") ans

Fo.NSSAC.IUVES. si

et que le maximum (259 fois) s'est monlré de 15 à 20 ans; ce qui accuse l'influence prédominante de l'évolution pubère. Georget, étudiant aussi cette répartition de l'hystérie suivant l'âge, est arrivé à ce résultat que, sur vingt-deux cas : 1 s'est manifesté à neuf ans; 1 à douze ; 1 à quatorze; 3 à quinze ; 3 à seize; 2 à dix-huit ; 2 à dix-neuf; 1 à vingt et un ; 2 à vingtdeux; 1 à vingt-cinq; 1 à vingt-six et 2 à vingt-huit. En d'autres termes, si nous fixons arbitrairement à dix-huit ans la puberté, nous trouvons que, sur 22 cas d'hystérie, 11 ont été pré-pubères. 11 serait très intéressant de rechercher si l'hystérie héréditaire est plus bâtive que l'hystérie acquise, mais je ne connais pas de statistiques dressées spécialement en vue d'élucider cette question.

La petite fille qui naît avec le germe de l'hystérie a généralement une livrée organique spéciale, caractérisée par la gracilité des formes ; elle présente tous les attributs du tempérament nerveux; son caractère est mobile, fantasque, passionné, et la réflectivité domine chez elle la volonté; les premières manifestations de son intelligence ont déjà le caractère de la bizarrerie, de l'étrangeté, d'une originalité excessive; la mobilité est l'attribut dominant de tous ses actes, et, là où les familles voient les préludes d'un esprit primesautier et plein de promesses pour l'avenir, le médecin surprend les indices d'une mobilité vaporeuse qui n'a qu'à franchir un degré pour devenir de l'hystérie. Est-ce à dire, messieurs, que vous rencontrerez toujours l'hystérie héréditaire enveloppée de ces formes? Non, sans doute, il vous arrivera souvent de voir des enfants d'une certaine plasticité et d'une certaine apathie physique et intellectuelle accuser, vers l'âge de huit ou dix ans, les premiers signes d'une hystérie qu'elles tiennent de l'hérédité, mais c'est l'exception, et le tableau que je viens de vous tracer répond au plus grand nombre des cas.

L'hystérie, comme plusieurs autres névroses, se transmet par imitation. On l'a vue, ainsi qu'Armaingaud en a cité un

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exemple, se développer avec les apparences d'une épidémie, dans des pensions de jeunes filles. C'est dire qu'une mère hystérique est parfaitement incapable de diriger fructueusement l'éducation de ses filles, y mît-elle un esprit de suite et de méthode qu'on ne peut, en rien, attendre d'elle. C'est bien assez qu'elle leur ait donné le germe héréditaire, sans qu'elle y ajoute le péril de la contagion imitative. Vous devez donc, dans ces cas, conseiller d'éloigner ces enfants de la direction maternelle. Ce n'est pas cependant que la vie de pensionnat soit un milieu très favorable à l'établissement de la menstruation, ni à la régularité de cette fonction. Sans qu'on puisse s'en rendre compte d'une manière suffisante, la puberté y est laborieuse, l'aménorrhée fréquente, et l'hystérie y trouve par conséquent des conditions qui favorisent son apparition. Mais entre deux maux, l'un certain, l'autre possible, le choix ne saurait hésiter et vous devrez éloigner ces enfants d'une éducation familiale qui serait pleine de dangers pour eux.

Les règles de l'hygiène préservatrice de l'hystérie se confondent avec celles de l'hygiène de la prédisposition vésanique que je vous ai indiquées tout à l'heure. Elles se résument substantiellement à ces termes :

1° Faire prédominer, autant qu'on le peut, la plasticité organique sur la nervosité, et s'opposer surtout à l'amaigrissement; tout enfant qui maigrit devient nerveux ; et de là la nécessité d'un régime analeptique, de l'huile de foie de morue pendant l'hiver;

2° Dériver l'activité nerveuse vers les muscles par la vie en plein air, les exercices, les jeux;

3° Invoquer assidûment, à titre de régulateurs de l'innervation, les pratiques de l'hydrothérapie et la gymnastique méthodique ;

4° Ne faire vibrer le système nerveux ni par les émotions, ni par les lectures, ni par la musique; o° Veiller au choix des amies et des camarades de jeux et

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chercher dans les relations de l'enfant des conditinos natives de caractère en contraste avec les siennes propres ;

6° Se garder de développer hâtivement son intelligence;

7° Surveiller rétablissement possible des habitudes vicieuses ;

8° Redoubler de sollicitude et de soins vers l'âge de douze ans, époque où l'hystérie a le plus de disposition à se montrer sous l'influence des approches de la puberté.

Je vous parlais tout à l'heure de la discrétion avec laquelle il convient de conduire l'éducation musicale des petites filles menacées d'hystérie. Permettez-moi d'emprunter à mon livre sur Y Éducation physique des filles le passage dans lequel j'ai traité cette question; je n'ai, en effet, à quelques années de distance, rien à y ajouter ou à en retrancher. « L'éducation musicale des filles, ai-je dit, doit être conduite avec prudence. Raciborski, réagissant, à ce propos, contre l'opinion évidemment exagérée de J.-J. Rousseau, accorde néanmoins que la musique peut êlre, chez quelques jeunes filles, une cause d'ébranlement nerveux et de précipitation delà transformation pubère. » « Toutes les fois, dit-il, qu'il s'agit de jeunes personnes dont les mères étaient hystériques, nerveuses, extravagantes, le médecin de la famille, étant consulté sur la direction à donner à l'éducation, agira prudemment en engageant les parents à ne pas pousser trop loin l'éducation musicale. » Oui sans doute, mais encore faudrait-il que le médecin fût consulté. A plus forte raison cette réserve sera-t-elle de rigueur si les jeunes filles sont en proie à des troubles nerveux ou si la musique les impressionne outre mesure. Je connais une jeune femme qui a été obligée de renoncer au piano, la musique faisant vibrer douloureusement ses nerfs et excitant chez elle des palpitations de cœur auxquelles elle était, du reste, sujette. La mère surveillant elle-même de près l'influence de la musique sur sa fille, n'aura pas de peine à reconnaître si elle est inoffensive ou si elle a des inconvénients.

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Un critérium certain pour le médecin, c'est la dose d'attrait que les petites filles accusent pour la musique. Se mettent-elles au piano sans entrain, le laissent-elles sans regret et sans fatigue, la musique est sans inconvénient pour elles, et elle leur procure les avantages d'un utile exercice d'ambidextrie et d'attitude correcte; leur âme vibrc-t-elle au contraire au gré de leur instrument, c'est une épreuve pour leur système nerveux. Disons bien vite que sur dix jeunes filles qui se mettent au piano, neuf sont sur un tabouret et une à peine sur un trépied, et que les inconvénients sont moindres que la théorie ne le ferait supposer. La musique de chant, dans laquelle à l'impression musicale s'ajoute l'entraînement de l'expression parlée, est autrement dangereuse pour les organisations nerveuses et chez lesquelles la passion s'éveille de bonne heure, et il y a là une mesure et un choix qui s'imposent à la prudence.

L'aménorrhée et la dysménorrhée primitives, c'est-à-dire celles qui se manifestent à l'époque de la puberlé, dans cette période où cette fonction s'essaye et a, par suite, une fragilité particulière, sont plutôt l'effet que la cause de l'hystérie; mais on comprend que l'état de chlorose qui accompagne si souvent une évolution difficile de la puberlé devienne une provocation à l'hystérie pour les jeunes filles qui y sont disposées par leur hérédité. Et de là découle la nécessité d'une direction attentive de la menstruation dans ces cas. Il ne faut pas espérer, en effet, que les choses iront d'elles-mêmes, simplement, et qu'il n'y a qu'à attendre. Les emménagogues et les ferrugineux, combinés ou isolés, seront presque toujours nécessaires et vous aurez trop souvent aussi à constater leur insuccès. C'est dans ces cas que le séjour dans le Midi déploie une efficacité que je ne saurais vous signaler avec trop d'insistance. Dès mon arrivée dans ce pays, j'ai été frappé de la facilité avec laquelle s'opère ici la crise pubère, et qui contraste avec le caractère laborieux qu'elle revêt dans le nord de la France, en particulier en

Bretagne et en Normandie. Ce n'est pas affaire de race, puisque cette influence favorable se constate également chez des jeunes filles venant des départements septentrionaux et transportées dans le Midi. Aussi je n'hésite pas à donner le conseil de procurer aux jeunes filles délicates, nerveuses, dont la puberté s'établit mal, le bénéfice de ce changement de climat. Le conseil me semble encore mieux justifié quand il s'agit de jeunes filles qui joignent à une prédisposition hystérique un état strumeux qui est, par lui-même, une cause de dysménorrhée. Elles voient ainsi leur menstruation se régulariser et elles trouvent de plus dans l'atmosphère chaude et lumineuse du Midi une condition de stimulation dont profite leur santé générale. On se déplace souvent pour un moindre intérêt.

Nous en arrivons maintenant à la prédisposition épileptique, et nous ne nous occuperons bien entendu que de l'épilepsie idiopalhique, du morbus sacer et non pas des fausses épilepsies qui sont symptomatiques, relèvent de lésions et de maladies constitutionnelles diverses et n'ont de commun avec l'épilepsie vraie que le caractère banal de la convulsibilité par accès.

L'hérédité de l'épilepsie est un des faits les mieux établis de son histoire, et elle possède ce mode de transmission à un degré tel que l'épilepsie produite expérimentalement chez des animaux se transmet assez souvent à leurs petits, comme l'a démontré Brown-Séquard par d'ingénieuses expériences de laboratoire sur des cobayes. Herpin a admis que les enfants d'épileptiques ont quatre ou cinq fois plus de chances que les autres d'être épileptiques eux-mêmes. Mais, si l'épilepsie donne l'épilepsie, celle-ci procède également, par voie héréditaire, d'autres maladies constatées chez les ascendants. Aug. Voisin, interrogeant à ce point de vue les conditions de santé des parents de 93 épileptiques, a trouvé, dans 12 cas, de la scrofule ou de la tuberculose ; dans 12, de l'alcoolisme ; dans 41 , de l'hystérie, delà chorée. Quant à la sûreté de la transmis-

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sion de l'épilepsie elle-même, une statistique du môme auteur est tristement démonstrative sur ce point : 17 ménages dans lesquels l'un des conjoints était épileptique ayant produit 35 enfants, \ 6 ont été épileptiques ou éclamptiques.

L'alcoolisme est, quoi qu'on en ait dit, une condition productrice de l'épilepsie chez l'ivrogne et chez ses descendants ; mais sa forme la plus grave, Vabsinthisme, crée une prédisposition héréditaire à l'épilepsie, qui est bien autrement redoutable. Le propre caractère de cet alcoolisme particulier est, comme l'ont démontré Magnan et Lancereaux, de mettre en jeu la convulsibilité. L'épilepsie absinthique a plus de gravité que celle qui est engendrée par l'alcool ; elle revêt parfois une forme aiguë et on l'a vue, dans quelques cas, produire plus de cent accès par vingt-quatre heures. Se transmet-elle par hérédité avec cet attribut de gravité? La question n'a pas été étudiée jusqu'ici; mais personne ne doute des prédispositions redoutables que l'alcoolisant transmet à ses descendants. Gendrau les a, dans une thèse récente, rapportés aux chefs suivants : dipsomanie, éclampsies à l'occasion des plus légères émotions, perversité et cruauté précoces; tendances à la folie, à la manie; tremblements, troubles hyperesthésiques analogues à ceux qu'éprouvent les ivrognes, vertiges, épilepsie, etc. Quelle lignée !

A quel âge cette prédisposition se réalise-t-elle surtout par des attaques? Un fait indéniable c'est que la prédisposition épileptique s'accuse avec le plus d'énergie dans l'enfance, se continue, quoique affaiblie, chez les adolescents ; et qu'elle ne dépasse guère l'âge de stabilité organique. Une épilepsie qui débute après trente ans est en effet une sorte de rareté clinique.

Nous devons à Ch. West des recherches intéressantes sur la fréquence proportionnelle de l'apparition de l'épilepsie aux diverses périodes de l'enfance, de la naissance à douze ans. Elles ont porté sur 83 enfants épileptiques ; l'épilepsie a débuté 8 fois au-dessous de six mois; 1! fois entre six

mois et un an; 15 fois entre un an et deux ans; io fois entre deux et trois ans ; 5 fois entre trois et quatre ans; 6 fois entre quatre et cinq; 22 fois entre cinq et dix; 6 fois entre deux et douze. Dans cette statistique, les épilepsies acquises et héréditaires ont été confondues, mais il est permis dépenser que les périodes où les causes provocatrices extérieures on t agi avec le plus de facilité sont aussi celles qui ont été le plus sensibles à l'influence de l'hérédité. L'éclampsie n'est sans doute pas l'épilepsie, mais elle accuse ou exagère une tendance à la convulsibilité et l'on ne saurait douter que l'éclampsie dentaire, vermineuse, gastro-intestinale, rencontrant chez un enfant une hérédité épileptique ne soit une provocation puissante à sa réalisation.

L'épilepsie est une maladie grave, non pas parles dangers directs qu'elle entraîne, mais par le dégoût et la réprobation qui s'y attachent et qui pèsent lourdement sur le sort de ceux qui en sont atteints. Elle a d'ailleurs une gravité particulière par l'atteinte qu'elle porte à l'intelligence des enfants, atteinte d'autant plus sérieuse que ses accès sont plus nombreux et plus rapprochés. Les enfants épileptiques sont généralement d'esprit borné, arriérés, enclins à l'idiotie, et leur moral môme accuse cette tendance aux perversions des instincts et des sentiments qui ne laissent à l'épileptique adulle qu'une responsabilité relative. La fréquence des habitudes d'onanisme chez ces malheureux enfants aggrave encore leur situation.

La relation fréquente qui se constate entre l'apparition de l'épilepsie chez un enfant prédisposé et le travail de la dentition pendant lequel la convulsibilité entre si aisément en jeu, montre le prix qu'il faut attacher à une bonne direction de son hygiène pendant les périodes critiques des poussées dentaires. J'estime que c'est dans ces conditions que l'incision des gencives a le plus d'avantages et que ce débridement pratiqué de bonne heure peut prévenir les convulsions et par suite enlever, pour le moment, à l'épilepsie l'occasion de se déclarer.

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L'état vermineux appelle aussi, d'urgence, chez ces enfants l'emploi de moyens appropriés, et il ne faut pas attacher moins d'importance à combattre de bonne heure chez eux les troubles des fonctions intestinales, l'expérience ayant appris que le tube digestif, malade ou brutalise par une mauvaise hygiène alimentaire, est très souvent le foyer d'où part l'incitation épileptique.

Il ne faut pas éviter avec moins de soin d'effrayer les enfants enclins à l'épilepsie; les statistiques indiquent en effet que la peur est très souvent chez eux la cause provocatrice de la première attaque; l'éducation doit s'inspirer de cette donnée et renoncer à ce ressort dont les nourrices et les mères à courte vue font un usage si inintelligent.

Si nous disposions d'un médicament pour combattre efficacement l'épilepsie quand elle s'est déclarée, serait-il licite d'y recourir chez les enfants prédisposés à l'épilepsie, à titre préventif? Oui, sans doute, sous la réserve que ce médicament fût absolument inoffensif. Vous savez, messieurs, si la thérapeutique médicamenteuse de l'épilepsie est encombrée, et si sous ce faste apparent, elle ne cache pas en réalité une affligeante pénurie de ressources. J'ai essayé le plus grand nombre des traitements, j'y ai renoncé pour m'en tenir à l'emploi d'un seul d'entre eux, du cotylédon umbilicus que vous me voyez employer journellement à l'Hôpital-Général et qui m'a fourni des résultats relativement très beaux. Ce n'est pas ici le lieu d'entrer dans les détails de l'emploi de ce moyen, qui jouit dans certains pays, en Espagne et en Portugal, d'un crédit mérilé, qui a reçu chez nous les éloges des médecins qui l'ont employé et dont j'ai tenté la restauration, sans y avoir réussi complètement. Recourez-y quand l'occasion s'en présentera et je suis convaincu que vous en obtiendrez, vous aussi, des résultats excellents. Tout enfant qui procède de parents épileptiques et qui a eu de l'éclampsie à l'époque de la dentition ou du sevrage; tout enfant qui, de souche suspecte sous ce rapport, comptera des épileptiques

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parmi ses aînés, sera, je vous le disais tout à l'heure, fortement menacé d'épilepsie, et l'emploi préventif du cotylédon umbilicus me semble absolument indiqué dans ces deux cas. Plus la prophylaxie est hâtive, plus elle est fructueuse; c'est une règle générale, son application en matière d'épilepsie est des plus légitimes. Herpin, de Genève, dans son livre sur le Pronostic et le traitement de l'épilepsie, a surabondamment démontré que les chances de guérir l'épilepsie sont en raison inverse du nombre d'attaques qu'ont eues les enfants au moment où on commence à les traiter. C'est dire que l'incurabilité proverbiale (exagérée à mon avis) que l'on attribue à l'épilepsie, ne peut s'entendre que de l'épilepsie de l'adulte; celle de l'enfant est autrement curable, et comme l'épilepsie débute, dans la grande majorité des cas, dans l'enfance, le pronostie du mal comitial perd, par ce fait, une parlie de sa gravité.

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