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horse-pox produit chez l'homme des pustules régulières 64 fois sur 100. Transporté par inoculation sur la génisse, le horse-pox réussit moins souvent : 48 fois sur 100 ; d'où la conclusion que l'organisme humain lui fournit un terrain plus favorable. Des sujets inoculés avec le horse-pox ont servi à vacciner 64 personnes et 40 fois avec succès. Il y a donc là une source possible de vaccin; malheureusement, les pustules vaccinogènes de la bouche font quelquefois défaut chez le cheval.
La parenté du horse-pox et du cow-pox est donc démontrée ; du reste ce dernier est parfaitement transmissible aux solipèdes, et il en est de même du cow-pox humanisé, c'est-à-dire du vaccin ordinaire. Chauveau a en effet inoculé avec succès celui-ci à un cheval, mais il a été conduit à reconnaître que le passage du cow-pox à travers l'organisme humain, même à la première génération, affaiblit singulièrement son aptitude à produire, par inoculation, le horse-pox chez le cbeval. Si donc, comme l'ont pensé Auzias- Turenne et Leblanc, le horse-pox spontané et le cow-pox spontané ne sont pas absolument identiques, il faut bien admettre qu'il existe entre eux une étroite parenté.
La vache et le cheval (sans qu'on puisse dire s'il y a élaboration indépendante chez eux d'un vaccin et, dans le cas contraire, lequel en est la source unique) sont les deux seuls animaux vaccinogènes, mais ce ne sont pas les seuls qui soient vaccinables. Dès 1802, Valentin avait inoculé avec succès la vaccine au chien (comme l'avait déjà fait Jenner), à la chèvre, à l'ânesse, au mouton, et avait développé chez ces animaux des pustules, moins belles et moins régulières sans doute que celles de la génisse, mais dont la lymphe lui parut avoir les mêmes propriétés. Chauveau a repris en 1865 ces essais, il a échoué sur le chien et n'a réussi que très incomplètement sur le mouton et le porc. Auzias-Turenne et Mathieu ont au contraire pleinement réussi sur la chèvre, comme l'avait fait Valentin qui a pu vacciner et préserver
trente-six individus à l'aide de vaccin recueilli sur cet animal.
Quoi qu'il en soit, la génisse est le terrain de prédilection sur lequel germe et se reproduit le vaccin, et c'est là qu'il faut, toutes les fois qu'il apparaît spontanément, aller puiser ce précieux virus pour le transporter sur l'homme. Ce cowpox est-il spontané, ainsi qu'on le dit habituellement, c'est-àdire le résultat d'une élaboration de l'organisme de cet animal n'ayant subi du dehors aucune imprégnation virulente? On peut le supposer, mais cela n'est pas démontré. Les rapports qui peuvent exister entre le virus de la clavelée et le cow-pox sont bien moins démontrés que ceux qui lient le horse-pox au cow-pox.
Une conception ingénieuse, mais que les faits démentent, a voulu ne voir dans la clavelée, le horse-pox, la variole humaine, le cow-pox, qu'une môme maladie virulente empruntant ses formes spéciales aux conditions du sol organique dans lequel elle germe. Depaul s'en est constitué principalement le défenseur à notre époque.
En ce qui concerne l'identité originelle du virus variolique et du virus vaccin, des arguments nombreux se pressent pour la faire repousser. Des faits, qui ne sont pas très rares, démontrent que le développement simultané de la variole et de la vaccine est possible, les deux éruptions conservant en grande partie leurs caractères spécifiques de pustulation. Legendre a publié jadis un excellent mémoire sur le développement spontané de la vaccine et de la variole sur le même individu. Ghauveau inoculant en même temps trois génisses : sur l'un des côtés de la vulve avec du virus variolique, sur l'autre avec du vaccin, a obtenu ici des pustules de variole, là des pustules de vaccine. Si les deux virus avaient été de même nature, celui de la variole, retrouvant le sol qui est apte à le métamorphoser, s'y serait modifié et aurait produit des pustules de cow-pox. Ceely et Thiele inoculant la variole à des génisses et transportant la
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lymphe des pustules varioliques à des enfants non vaccinés leur ont sans doute assuré le privilège d'êlre réfractaires à la variole, mais, comme Chauveau l'a très bien dit, ces enfants n'avaient pas été inoculés avec du cowpox, mais bien avec du virus delà variole; en d'autres termes, ils avaient été variolisés et non vaccinés, et le fait de l'immunité dont ils ont joui n'a rien d'étonnant, l'inoculationayant, mais à moins bon marché, une action préservatrice au moins égale à celle de la vaccination. En résumé, la variole est une espèce exanthématique, la vaccine en est une autre, et leur virus est spécifiquement distinct.
D'où que vienne le cow-pox, dit spontané, il n'en est pas moins utile, quand il apparaît quelque part, de s'empresser de le recueillir et de le faire servir à des vaccinations ; ses apparitions sont assez rares, ou du moins il passe trop souvent inaperçu. Dubreuilh, de Bordeaux, informait récemment l'Académie de médecine, qu'un praticien de la Gironde ayant été consulté par un paysan au sujet d'une éruption pustuleuse qui lui était survenueàlamain, àlafaceetau cou, éruption qui offrait l'aspect caractéristique de la vaccine, l'interrogea et apprit de lui qu'une des vaches qu'il avait l'habitude de traire présentait aux pis de très gros boutons. En examinant l'animal, il constata que l'éruption était à son déclin. Les croûtes qui remplaçaient les pustules furent détachées avec soin; on s'en servit pour inoculer une génisse en diluant ces croûtes dans une petite quantité de glycérine ; au bout de cinq jours des pustules se développèrent sur les points inoculés. Une commission . médicale formée à cet effet constata ces résultats et, tout en établissant que l'inoculation n'avait produit que des boutons peu développés, elle n'hésita pas à reconnaître qu'il s'agissait bien manifestement d'un cas de cow-pox spontané; d'ailleurs, de nouvelles génisses furent inoculées et le résultat de chacun de ces essais fut le développement d'une éruption caractéristique. Une génisse de trois mois fut inoculée avec ce vaccin par
33 piqûres et adressée à la commission de vaccine de l'Académie qui put constater le développement régulier des pustules. Une petite fille, inoculée avec le cow-pox fourni par cette génisse, a offert, aux points d'inoculation, de très belles pustules vaccinales, et quatre autres enfants ont été également inoculés avec ce vaccin. Il y a dix-huit ans, Depaul, informé qu'un cas de cow-pox avait été observé à Beaugency, se rendit dans cette localité, constata la réalité du fait, acheta une génisse inoculée et put, par ce moyen, régénérer le vaccin que l'Académie de médecine' distribue partout avec une salutaire libéralité. Antérieurement, en 1836, une génisse de Passy avait fourni du cow-pox. C'est donc la troisième fois en cinquante-six ans, que l'on a pu, chez nous, vacciner avec du cow-pox spontané. Beaucoup de médecins croient à l'affaiblissement préservatif du vaccin, à la faveur de son éloignement progressif de sa source originelle sous l'influence d'une sorte de sénilité due à ce qu'il a traversé un grand nombre d'organismes humains; il importe donc beaucoup, ne fût-ce que pour rassurer l'opinion, d'aller le retremper, aussi souvent qu'on le peut, dans le cow-pox spontané ; malheureusement celui-ci est rare. Il faut espérer que, la notion de son existence se répandant de plus en plus dans les populations agricoles, on ne laissera plus désormais se perdre sans profit qu'un petit nombre de ces occasions précieuses.
Si le covj-pox spontané offre des garanties qu'on peut, à la rigueur, considérer comme supérieures à celles du vaccin jennérien, en est-il de même du cow-pox artificiel, c'est-à-dire du vaccin humain transporté par inoculation sur le pis de la vache et servant à la pratique de la vaccination dite animale?
Vous avez eu certainement les échos du bruit qui, depuis 1867, s'est fait autour de cette question et qui n'est pas encore apaisé. On a attribué au vaccin de génisse toutes les vertus qu'on refusait auvaccin jennérien, et la prétention n'a pas été moindre que de renverser complètement celui-ci et
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de lui substituer le vaccin animal. On l'a déclaré naturellement moins faillible et plus innocent.
La mémorable discussion qui a occupé, en 1867, de nombreuses séances de l'Académie de médecine, a mis aux prises les partisans de la vaccination animale et de la vaccination jennérienne, mais les passes de ce tournoi brillant n'ont abouti à aucun résultat. Après les discours de J. Guérin, de Depaul, de Blot, de Vernois, de Ricord, etc., la docte assemblée est restée divisée sur la double question de l'efficacité et de l'innocuité de la vaccination animale ; mais tout en réservant son jugement définitif et en s'en remettant aux enseignements d'une expérience plus longue, le gros de l'Académie se montrait fidèle au vaccin jennérien et n'admettait le secours du vaccin de génisse que comme un renfort utile pour les moments nécessiteux. L'épidémie de variole de 1870 trouva les esprits dans cet état d'incertitude, et l'on saitTardeur avec laquelle la population parisienne alla demander au vaccin animal une préservation qu'elle ne croyait pas trouver, au même degré, dans le vaccin humain. Ce fut un engouement véritable, et la direction de la vaccine à l'Académie de médecine sembla le justifier en faisant aux deux vaccines une part inégale et tout à l'avantage du vaccin de génisse. De là une nouvelle levée de boucliers des défenseurs du vaccin humain à la tête desquels se trouvait J. Guérin, et une nouvelle discussion sur la prééminence réciproque des deux virus. Cette discussion mit à néant la supériorité que beaucoup attribuaient au vaccin de génisse au point de vue de la sûreté d'action. Il se montra faillible dans un bon nombre de cas et des plaintes furent formulées devant l'Académie et la Société médicale des hôpitaux. Lanoix avait vu des vaccinations échouer àBeaujon; Constantin Paul avait constaté 12 insuccès sur 13 insertions vaccinales ; Laboulbène avait affirmé que le vaccin de génisse était bien moins sûr que le vaccin humain; enfin des inoculations avec les deux vaccins, pratiquées à l'Académie même, avaientfourni ce résultat : que le
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nombre des succès quand on employait du vaccin ordinaire était double de celui des succès obtenus avec le vaccin de génisse. Sans doute , et Dechambre l'a fait remarquer avec raison dans un excellent article critique, il ne faut pas partir de ces faits pour décréter d'inertie le vaccin animal, beaucoup d'insuccès ont tenu sans doute à ce qu'on a voulu extraire des pustules des génisses les dernières parcelles de virus et qu'on n'a très souvent inoculé que dusérum inactif ; mais encore est-il légitime, si, à la grande rigueur, on peut placer sur le même rang les deux vaccinations méthodiquement pratiquées, de ne pas attribuer au vaccin de génisse une supériorité qui ne ressort pas des faits invoqués jusqu'ici.
On a argué, en faveur du vaccin animal, de sa plus grande virulence accusée par une inflammation plus vive,une étendue plus grande de l'aréole inflammatoire ; mais la vivacité de la réaction locale est si loin de juger la valeur préservatrice d'une vaccination, que tous les vaccinateurs exercés font précisément du caractère modéré et bénin de cette réaction l'un des caractères des pustules vaccinales de bonne nature. Ce n'est pas la pustule mais ^préservation qui juge, en dernier ressort, la valeur d'un vaccin, et jusqu'ici le vaccin animal n'a pas fait la preuve d'une préservation plus efficace contre la variole.
Le seul avantage que l'on puisse attribuer au vaccin de génisse qui, dans certaines villes, à Naples par exemple, est plus usité aujourd'hui que le vaccin humain, c'est son abondance; mais encore tout n'est pas profit à ce point de vue, on sait en effet que les pustules de la génisse sont plus dures, contiennent, à volume égal, moins de fluide vaccin et que celui-ci est plus concret, moins liquide, ce qui est une condition défavorable pour la vaccination.
Les partisans du vaccin de génisse ont surtout invoqué en sa faveur les garanties absolues qu'il donnerait contre l'infection syphilitique. Ricord lui accorde volontiers cette supériorité, se fondant sur ce que la génisse est complètement
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réfractaire à l'inoculation de la syphilis. C'est sans doute une présomption d'innocuité pour les enfants inoculés de cette façon, mais ce n'est pas une garantie absolue. Rien ne dit en effet que des pustules développées sur le pis d'une vache par du vaccin syphilitique ne contiennent que du vaccin et que le virus syphilitique meure in situ. Il peut très bien être inapte à infecter cet herbivore et se trouver mêlé au vaccin qu'on recueille sur ses pustules pour les besoins de la vaccinationhumaine.Etd'ailleurs, est-on sûr que les pustules de la génisse, en les supposant constamment inaptes à donner la syphilis, ne soient'pas susceptibles de donner autre chose? Les rapports morbides des animaux et de l'homme- sont-ils donc si bien connus qu'on puisse se tenir, à ce propos, dans une sécurité absolue?
En résumé, le vaccin animal n'est pas à écarter; il conslitue pour la vaccination une réserve auxiliaire à laquelle il serait injuste de dénier toute valeur et qu'il faut utiliser dans les cas nécessiteux, car, pour me servir du mot de Ricord, « abondance de vaccin ne nuit pas »; mais ce serait une faute de s'en tenir au seul vaccin de génisse en se basant sur l'hypothèse, plus que hasardée, d'une prétendue dégénérescence du vaccin jennérien. Qu'on choississe bien, c'est-à-dire médicalement, le sujet vaccinifère ; qu'on ne vaccine plus avec du vaccin anonyme, et toute crainte est écartée.
Si donc j'avais à classer, sous le rapport de leur valeur, les vaccins de différentes sources, je vous proposerais volontiers la hiérarchie décroissante qui suit : 1° le cow-pox spontané ; 2° le cow-pox inoculé à des génisses ; 3° le vaccin humain transmis de bras à bras ; 4° le vaccin animal, c'est-à-dire le vaccin transplanté de l'homme sur les génisses ; S0 le vaccin conservé, récent et de source sûre.
Les sévices cruels de la variole; les velléités de retour agressif de cette maladie depuis plusieurs années; l'efficacité prophylactique d'une vaccination bien faite et renouvelée en temps opportun ; l'exemple de nations voisines telles que la
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Suède, la Norwège, la Hongrie, l'Angleterre et l'Allemagne qui ont, depuis un certain nombre d'années, décrété la vaccination obligatoire, ont fait germer cette idée chez nous et, le 20 mars 1880, M. Liouville a déposé sur le bureau de la Chambre des députés un projet de loi tendant au même but. Les dispositions principales de cette loi sont : de rendre la vaccination obligatoire dans les six premiers mois de la vie, — d'imposer la nécessité de se faire revacciner à chaque période décennale séparant la dixième de la cinquantième année. Il est complété par une série de mesures réglant le mode de constatation de la vaccine et édictant des pénalités contre les parents, les tuteurs ou les individus majeurs qui auraient éludé l'obligation de la vaccination ou de la revaccination.
L'Académie de médecine, officiellement consultée par le Ministre de l'Instruction publique sur l'utilité et la convenance de rendre obligatoires la vaccination et la revaccination, a discuté cette question avec toute l'ampleur désirable à propos d'un rapport de M. Blot — qui concluait en faveur de l'obligation de la vaccination seule, la revaccination en demeurant affranchie. A l'argument qu'il fallait pourvoir par l'obligation à un grave intérêt public et que cette considération dominait toutes les autres, les adversaires de l'obligation, dont Depaul, Larrey, Hardy, etc., ont résumé avec talent l'opinion, ont objecté des raisons d'ordre supérieur basées sur le respect que commande la liberté s'exerçant ici sur quelque chose de très intime et devant être écoutée, même dans ses répugnances irraisonnables. — La question de l'innocuité de la vaccine est-elle donc assez solidement résolue dans l'esprit de tous pour que cette pratique puisse, sans une intolérable vexation, être imposée par une loi? — Celle-ci d'ailleurs ne saurait, une fois le premier pas franchi, être limitée dans ses conséquences. — Pourquoi, lorsque l'inoculation de la scarlatine et de la rougeole, admise dès à présent, aura passé dans nos habitudes pratiques, n'imposerait-on pas cette obligation
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comme celle de la vaccine ? Et si la syphilisation, oubliée aujourd'hui, venait à être restaurée, quelles raisons auraiton pour repousser une loi qui la rendrait obligatoire ? — Dans quelle voie tyrannique ne se voit-on pas conduit, en face de l'éludation de l'obligation vaccinale, rendue certainement fréquente par l'incurie, les préjugés vaccinopbobes et aussi par cette résistance inévitable qu'une obligation ne manquera jamais de surexciter? — Cette loi n'aura pas de sanction pratique, ou elle ne trouvera son effet qu'au prix de mesures vexatoires et inquisitoriales qui la rendront odieuse.
L'expérience des pays où la vaccination obligatoire a été établie plaide plutôt contre la praticability de cette mesure, puisque, presque partout, la loi est, sinon tombée en désuétude, au moins appliquée avec une mollesse qui semble indiquer un mouvement de retraite, si bien que l'on peut dire que son action est purement morale et nullement effective.
Tels sont les arguments, dont on ne saurait contester la valeur, qui ont été successivement invoqués contre la vaccination obligatoire.
L'Académie de médecine, après une longue et brillante discussion, a finalement, comme vous le savez, adopté par 46 voix contre 19 et 2 bulletins blancs, sur 67 votants, le principe de l'obligation, et le rapporteur du projet de loi pourra, quand celle-ci viendra en discussion devant la Chambre, s'appuyer sur ce vote pour la faire prévaloir, si la commission parlementaire lui donne mission de parler en sa faveur. Ce vote est un appoint dans la question, mais il ne l'a pas résolue nettement et, dans l'Académie comme au dehors, on demeure divisé si*r l'opportunité d'édicter l'obligation vaccinale.
Vers quelle solution vais-je donc incliner votre esprit dans ce débat? Vers la légitimité de l'obligation sans doute et l'approbation du projet de loi qui la consacre? N'ai-je pas écrit à ce propos : « Malgré mon respect absolu pour tout ce qui touche à la liberté individuelle et malgré ma conviction pro-
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fonde que le peuple est mieux protégé par l'instruction que par des règlements, je ne répugnerais nullement, pour mon compte, au principe de l'obligation et de la gratuité vaccinales, si on pouvait l'appliquer sérieusement chez nous. Ici comme en une foule de points, la liberté de chacun est limitée naturellement et légitimement par le respect des intérêts d'autrui, et parce qu'il plaît à mon voisin du premier ou du second étage de méconnaître les avantages de la vaccine et d'ouvrir son esprit à des préventions absurdes, je ne vois pas qu'il soit bien légitime qu'il m'expose, moi ou les miens, aux chances d'une contagion dont il sera, dans sa personne ou dans celle de ses enfants, l'origine volontaire ou préméditée » (1). Me voilà, penserez-vous, bien et dûment lié par cette profession de foi écrite en 1870, et qui me place pour toujours dans les rangs des partisans de l'obligation vaccinale. Eh bien non! Toute évolution de l'esprit qui n'a pas pour but la satisfaction de l'amour-propre ou un intérêt personnel est légitime et l'aveu n'en doit pas coûter. J'ai eu naguère à signer une capitulation de ce genre, après une dizaine d'années de lutte convaincue, et je ne reculerai pas davantage devant celle-ci. Arnica vaccina sed magis arnica libertas. Un m'a dégoûté de l'obligation en la mettant partout ; et du moment qu'elle devient une doctrine générale et que, sous le couvert de l'intérêt public, elle se fait tracassière, inquisitoriale, vexatoire et prétend, comme aux temps trop vantés deLycurgue, nous emmailloter de contraintes humiliantes et de servitudes qui ne sont plus de notre âge, je lui préfère la liberté et le respect de l'initiative personnelle, éclairée par un complément de lumière que j'appelle de tous mes vœux. Je demande, en un mot, qu'on se fasse vacciner, et non pas qu'on soit vacciné par édit. C'est assez que, là où des enfants ou des hommes sont placés sous le joug d'un même lien disciplinaire, on les astreigne à la vaccine. Que la
(1) La vaccine devant les familles. Paris, 1870.
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preuve qu'on a été vacciné soit demandée à l'entrée des carrières publiques; il y a une sorte de contrat tacite entre l'individu et l'État, et ce que l'obligation a devexatoire s'atténue par ce fait.
En résumé, et dussé-je encourir le reproche de versatilité (celui d'entêtement obstiné dans une idée me toucherait davantage), j'estime, mieux informé, que l'obligation vaccinale n'est pas une nécessité, mais qu'il faut au plus tôt organiser le service de la vaccine sur de meilleures bases, de façon à ce qu'il puisse répandre partout, en abondance, un vaccin sûr et éprouvé, et qu'on doit vulgariser par des tracts, des conférences, etc., la notion des bienfaits de la vaccination et de son innocuité absolue, quand elle est bien pratiquée. Que l'on déclare, comme l'a fait l'Académie de médecine de Belgique, la vaccination « moralement obligatoire », c'est un hommage rendu à l'utilité de cette pratique, mais il ne nous semble pas possible de faire plus. Au reste, il y a loin de la coupe aux lèvres, et la loi Liouville n'est encore qu'un projet.
Remplacez-la, messieurs, par une propagande active en faveur de la vaccine. Dites autour de vous : que ne pas faire vacciner ses enfants est un des plus graves sévices que l'on puisse exercer envers eux; — que si la vaccination bien faite n'est pas toujours infaillible elle met toujours à l'abri des dangers possibles, mais d'une rareté rassurante, qu'on lui a attribués ; — qu'il faut faire vacciner ses enfants le plus tôt possible ; — qu'on peut vacciner avec des chances égales de succès dans toutes les saisons ; — que les périodes de dentition ne
doivent pas empêcher de vacciner s'il y a urgence à le faire ;
qu'il n'y a nul inconvénient et tout avantage à vacciner en temps d'épidémie ; — que le vaccin bien choisi ne fait courir aucune chance de transmission syphilitique ; — que le vaccin vivant, inoculé debras à bras, doit toujours être préféré au vaccin en tubes ou en plaques; — que tout vaccin conservé qui est anonyme, n'a pas été recueilli par un médecin ayant constaté directement l'état du sujet vaccinifère, doit êLre résolu-
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ment écarté; — que la vaccination est dans le cas de toutes les •choses faciles, lesquelles sont malaisées à bien faire, et quelle réclame l'intervention du médecin : pour le choix du vaccin, la pratique régulière de l'inoculation et la constatation de ses suites. Ce sont là autant de faits certains, acquis à l'expérience, et dont la vulgarisation servira utilement les intérêts de la vaccine.
Insistez surtout sur la nécessilé de vacciner les enfants de très bonne heure, de façon que la variole n'ait pas le temps de se glisser entre la naissance et la vaccination. L'utilité de retarder la vaccine est en effet un préjugé très enraciné et très fâcheux. Bousquet, dressant un tableau des décès par variole à Paris en 1830, 1840 et 1842, groupés par catégories d'âge, a constaté que 91 de ces décès sur 1621 se rapportent à des enfants de moins d'un an, ce qui représente 1 mort par variole dans la première année sur 18. En 1853, celte proportion a été évaluée à Paris à 1 sur 14, enfin le Dr Seaton a fixé, pour l'Angleterre, au quart de la mortalité d'ensemble par la variole les décès par cette maladie constatés chez les enfants de moins d'un an. On peut donc admettre, en prenant la moyenne de ces statistiques, que sur 12 décès par variole, il y en a 1 avant la première année. Ce résultat fâcheux a son explication dans le retard injustifiable que l'on met à vacciner les enfants. Le rapporteur de la commission de l'obligation vaccinale relevant 2453 vaccinations faites par la direction du service de vaccine à 1'A.cadémie, a trouvé que plus du quart des enfants vaccinés en 1877 avaient de 6 mois à 1 an ; un cinquième environ avaient de 1 à 2 ans ; 91 avaient plus de 5 ans. Bernard (de Grenoble), se livrant aux mêmes recherches, a trouvé sur 218 vaccinations : 27 enfants ayant plus de deux ans; 15 enfants ayant plus de trois ans ; H enfants ayant plus de quatre ans; 7 enfants ayant plus de cinq ans. Autant d'échappés de la variole qui n'avaient dù leur immunité qu'à un hasard heureux.
Tout moment est bon pour vacciner les enfants, et le
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meilleur est celui qui est le plus rapproché de la naissance. Husson, qui a tant fait pour la propagation de la vaccine, a soumis ses deux enfants à cette pratique, l'un à douzeheures, l'autre à quatorze heures de leur naissance, et n'ayant eu qu'à s'applaudir de cette pratique, il l'avait définitivement adoptée. Barthez a témoigné dans le même sens. La crainte d'une réaction inflammatoire trop vive, de la production d'un érysipèle paraît complètement théorique. Si toutefois l'on croit devoir attendre jusqu'à la fin du premier mois, il faut se tenir prêt à devancer celte limite quand le voisinage d'un foyer variolique expose l'enfant à des chances de contamination.
Je n'ai rien à vous dire ici des revaccinations dont la nécessité est aujourd'hui universellement admise ; elles intéressent moins l'enfant que l'adulte, quoique cependant lafixation de la première revaccination à l'âge de dix ans ne place pas complètement cette question en dehors de l'hygiène infantile. Le projet de loi Liouville admet l'obligation d'une revaccination décennale de 10 à 50 ans. L'Académie de médecine s'est arrêtée à mi-chemin, et approuvant l'obligation de la vaccination primitive, elle a reculé devant celle des revaccinations. Cette transaction n'est de nature à satisfaire personne. La nécessité des revaccinations étant, pour le plus grand nombre, aussi stricte quecelle de la vaccination, il fallait aller jusqu'au bout dans la voie de l'obligation ou, ce qui eût mieux valu, n'y pas entrer.