‹ Leçons d’hygiène infantileChapitre 9 sur 58 · SEPTIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

SEPTIÈME LEÇON

Nourriture du premier âge.

{Suite)

Sommaire. — Complications et difficultés de l'allaitement. — Influence du tempérament de la nourrice, de sa concordance ou de sa discordance avec celui du nourrisson. — La menstruation pendant l'allaitement. — Grossesse survenant dans le cours de l'allaitement. — Son influence sur le fœtus et sur le nourrisson. — Action passionnelle de la nourrice sur l'enfant. — Ce qu'il faut penser de la transmissibilité des dispositions morales. — Maladies du sein (poil, gerçures, abcès) comme entraves à l'allaitement. — Maladies aiguës, fébriles de la nourrice. — Maladies contagieuses. — Fièvres éruptives. — Gale. — Phthisie pulmonaire. — Passage des médicaments et des poisons de la nourrice au nourrisson.

— Influence du plomb et de l'alcool. — Transmission de la syphilis. — Agalaxie. — Incompatibilité de certains laits et de certains nourrissons.

— Succion difficile.

L'allaitement ne s'accomplit pas toujours, bien s'en faut, dans des conditions absolument régulières : des états physiologiques ou morbides divers viennent souvent le traverser et posent au praticien des questions auxquelles il doit se tenir prêt à répondre. C'est à leur examen que cette leçon va être consacrée.

L'influence du tempérament et de la constitution de la nourrice; celle de la menstruation et de la grossesse; le retentissement sur l'enfant de ses habitudes morales et de ses impressions accidentelles, tel est le cadre dans lequel nous pouvons renfermer cette étude. Elle concerne, bien entendu,

à la fois l'allaitement maternel et l'allaitement délégué, par nécessité, à une nourrice.

Je vous ai dit, en vous traçant ce portrait idéal de Ja nourrice dont la théorie réunit si aisément les traits mais que la pratique ne rencontre guère, qu'il fallait tenir un compte attentif de son tempérament, mais que l'on peut trouver dans chacun des types de formule organique, admis et décrits par les auteurs, des femmes également aptes à conduire à bonne fin la tâche délicate de l'allaitement. Quand on a le choix libre, le tempérament sanguin est certainement celui qui offre les garanties les plus heureuses : garanties de bonne santé, et partant de bonne composition du lait; et aussi, dans une certaine mesure, garantie d'humeur facile, de caractère gai et expansif, ce qui n'est nullement à dédaigner. Le tempérament lymphatique est souvent la livrée d'une constitution délicate, la signature d'un lait pauvre et séreux, et parfois aussi d'une tare diathésique cachée. Le tempérament nerveux exclut trop habituellement la triple stabilité de la santé, de la composition du lait et de l'humeur pour qu'il ne faille pas l'éviter. Mais les tempéraments purs, classiques, ne se trouvent guère que dans les livres ; la nature les mélange dans des combinaisons infinies, au gré des courants multiples de l'hérédité, et le lymphatique et le nerveux, croisés de sanguin, constituent pour une nourrice, des formules de tempérament excellentes, et au delà desquelles il ne faut pas chercher mieux.

Sans aucun doute le tempérament ne se transmet pas, comme on le croit, avec le lait, mais il imprime aux qualités de celui-ci et au régime, plus ou moins régulier, de l'allaitement des modifications dont on est bien obligé de tenir compte. Il répugnerait du reste, d'admettre, la balance affirmât-elle le contraire, que le lait d'une femme lymphatique est absolument semblable à celui d'une femme de tempérament sanguin ou nerveux, alors môme que l'analyse a constaté que les proportions de leurs éléments constitutifs sont

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chimiquement les mômes. Nous ne savons le tout de rien, et la chimie, malgré ses progrès, ne peut élever d'autre prétention que de faire l'analyse morte du lait. Elle nous montre bien les proportions réciproques des éléments qu'elle isole, mais la formule suivant laquelle la vie les groupe et les anime est au-dessus de sa portée. Cette chimie vivante, dont nous ne sommes pas sur le point de percer le secret, n'a qu'un réactif, mais il est d'une merveilleuse sensibilité : c'est le nourrisson, qui prospère quelquefois là où, de par l'analyse, il devrait pâtir, et pâtit là où il devrait prospérer. En dehors, bien entendu, des cas absolument tranchés, la qualité d'un lait s'apprécie à l'usage, suivant le sens dans lequel il incline la vie de l'enfant: ici, vers la santé; là, vers la misère physiologique. Que de fois ne rencontrerez-vous pas, dans le cours de votre pratique, des nourrices délicates ayant au sein de beaux nourrissons, et des nourrices plantureuses se tirant médiocrement de leur tâche. Et je prends, bien entendu, comme base de ce contraste, deux enfants de souche et de vigueur qui se valent sensiblement. Ce n'est certes pas une raison pour ne pas préférer les nourrices vigoureuses aux nourrices malingres; mais c'en est une pour ne pas se montrer trop exigeant en fait de constitution et de tempérament quand il s'agit de l'allaitement maternel qui a, en lui-même, tant d'avantages.

Faut-il croiser les tempéraments dans l'allaitement comme on les croise dans le mariage? C'est là une conception ingénieuse mais qui ne paraît reposer sur rien de réel, ou du moins de démontré.

Une autre question, qui est connexe de celle-ci, ou plutôt qui en est la contre-partie, est de déterminer le degré d'avantages d'une similitude de tempérament entre la nourrice et l'enfant. Tous les philosophes, et la plupart des médecins, ont mis au premier rang des conditions favorables qu'offre l'allaitement maternel l'avantage d'offrir à l'enfant un lait plus « en conformité de nature avec lui », comme

disait Galien, et, partant, d'une élaboration plus facile et plus fructueuse. On peut traiter de haut cette idée, mais quand on songe qu'il y a dans toutes les opérations de la nature une entente merveilleusement sage des moyens les plus propres à réaliser les fins conservatrices qu'elle poursuit, on hésite à regarder cette opinion comme mystique et surannée. On ne saurait, cerne semble, contester, sous prétexte d'abus des vues naturistiques, que le lait d'une mère bien portante vaut mieux pour son enfant que celui d'une nourrice mercenaire. C'est là une vraisemblance qui, si l'observation la changeait en un fait, conduirait plutôt à rechercher dans une nourrice une ressemblance qu'un contraste de tempérament avec l'enfant qu'on lui confie.

La menstruation se suspend, dans la grande majorité des cas, pendant la durée de l'allaitement, et son rétablissement ne peut être considéré que comme désavantageux : d'abord parce que des règles qui reparaissent sont l'indice et la cause d'une lactation faible; en second lieu, parce que la menstruation expose à une grossesse qui est très inopportune au point de vue des intérêts de l'enfant.

Mais on a pensé que les inconvénients de cette menstruation anormale ne se bornaient pas à cela et qu'elle pouvait retentir fâcheusement sur la santé et la constitution de l'enfant. C'est ainsi qu'on a considéré le lait d'une nourrice réglée, comme susceptible de produire le lymphatisme; Fox a même avancé que c'était une cause puissante de développement du rachitisme, et que les lésions osseuses semblaient en proportion avec le nombre des périodes menstruelles survenues pendant l'allaitement et avec la somme des jours qu'elles avaient duré. Mais le rachitisme, qui survient même pendant la vie fœtale, a une étiologie trop complexe et encore trop indéterminée pour qu'on puisse faire jouer à cette cause, assez rare en somme, un rôle bien important. Je dois dire que peu de médecins de notre époque adoptent l'opinion de van Swiethen qui considérait le rétablissement

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des règles comme n'influençant en rien le nourrisson. Il dit à ce propos: « Bona fuie affirmare possum nunquam, sub dalis conditionibus, aliqaid damni observasse si laclantes menstntantis nutricis ubera ducerent. »

Ce n'est pas là l'opinion générale. Raciborski a institué à ce sujet, en 4843, des expériences qu'il serait bien intéressant de reprendre et de compléter. Ayant examiné le lait de sept nourrices menstruées, dans l'intervalle de leurs règles et pendant l'éruption de celles-ci, au point de vue delà densité du lait, de sa réaction, de sa richesse butyreuse, il a comparé les résultats obtenus avec ceux qui lui étaient fournis par l'examen du lait de nourrices ordinaires, et enfin il a examiné comparativement les nourrissons de ces deux groupes. L'examen chimique du lait des nourrices, dans ces deux conditions, ne lui a pas offert de dissemblances bien nettes ; mais il a constaté qu'au moment des règles, le lait devenait bleuâtre, plus séreux, moins riche en crème. Sa conclusion a été que, jusqu'à présent, on ne pouvait faire de la menstruation d'une nourrice une cause d'inaptitude à l'allaitement. C'est trop absolu, à mon avis; il est bien peu de femmes pour lesquelles les périodes menstruelles ne constituent pas une crise maladive : leurs préludes sont douloureux; et pendant leur durée, il se manifeste un état d'éréthisme nerveux, quasi-hystériforme. La solidarité si étroite qui existe entre la santé de l'enfant et de sa nourrice ne permet pas de considérer cette crise comme indifférente pour lui, et la contrefluxion physiologique que la menstruation opère vers l'utérus aux dépens des seins ne saurait non plus lui être avantageuse. D'ailleurs les faits sont là, plus éloquents que toute induction, pour attester que l'enfant souffre pendant que sa nourrice a ses mois: il pâlit souvent, devient grognon, crie davantage, présente parfois des troubles digestifs, et cet état est assez expressif pour mettre les familles sur la voie de la cause qui les produit et pour provoquer une enquête. Sans doute, si l'enfant continue à prospérer malgré cette condition défavorable, ce

serait une faute de changer son mode d'allaitement; mais s'il ne vient pas bien, il ne faut pas hésiter à prendre ce parti. Je ne saurais, en tous cas, vous conseiller l'indifférence de v;in Swiethen qui, je viens de vous le dire, ne voyait môme pas d'intérêt à interroger une nourrice, au moment où on la prend, sur le fait de la persistance ou de l'absence de ses règles. Bien au contraire, vous devez vous enquérir soigneusement de ce détail au moment où l'allaitement commence, engager les familles à une surveillance particulière sur ce point, et demander aux résultats de l'allaitement, assidûment interrogés, un conseil que vous ne sauriez utilement puiser ailleurs.

Si la menstruation des nourrices est un inconvénient et peut-être un danger, à plus forte raison faut-il redouter une grossesse, d'autant plus que, pendant les premiers temps de celle-ci, son existence ne se révèle souvent que par des signes obscurs et que la diminution du lait peut être attribuée à des causes d'autre nature. Sans doute l'enfant peut n'en pas souffrir beaucoup, au moins pendant les premiers mois; mais l'observation montre que le lait diminue toujours sous l'influence de la gestation, et que ses qualités sont altérées : il devient plus pauvre ; il s'établit au profit de l'enfant qui se développe dans l'utérus et au détriment de celui qui est suspendu au sein, une sorte de régression du lait à l'état qu'il offre peu après l'accouchement; et elle se prononce d'autant plus que la gestation avance davantage, de sorte que l'enfant est de moins en moins nourri à mesure que ses besoins alimentaires s'accroissent ; et de là, d'ordinaire, un élat de dépérissement qui est un indice et un péril. Trousseau ne voyait à une grossesse pendant l'allaitement d'autre inconvénient que celui d'une nourriture insuffisante et il pensait qu'on peut y suppléer par du lait additionnel. Je n'en crois rien et j'estime que la grossesse, dès qu'elle est reconnue, commande un changement de nourriture. On peut voir, comme Jacquemier en a fait la remarque, des nourrissons qui ont tété pendant une grande partie de la grossesse

ne souffrir en rien de cette épreuve; mais ce sont là des faits qui frappent l'esprit par leur caractère exceptionnel et qui, en réalité, se perdent dans le nombre immense des faits contraires. Les preuves de zootechnie sont là, du reste, pour démontrer que le lait des femelles laitières subit, peu après la conception, des modifications de quantité et de qualité qui deviennent d'autant plus marquées qu'on s'éloigne de ce moment. Il faut donc avoir cet écueil présent à l'esprit, en présence de troubles indéterminés de la santé delà nourrice ou de l'enfant, admettre la possibilité d'une grossesse, et quand celle-ci est certaine, prendre un parti.

Il est d'ailleurs, dans cette question, un aspect qui a de l'intérêt et qui ne semble pas avoir suffisamment fixé l'attention. On ne s'est préoccupé que du nourrisson et pas assez du fœtus. Il me paraît bien probable que la diversion fluxionnaire entretenue par l'allaitement vers les seins ne doit être en rien profitable à celui-ci, et il serait intéressant de rechercher si les enfants provenant d'une grossesse ainsi traversée pendant une partie de sa durée par un allaitement intempestif ne sont pas, à la naissance, plus petits et plus chétifs que les autres. Il y a lutte en sens inverse entre le nourrisson et le fœtus : le sein donne moins au premier, le placenta donne moins au second et, des deux côtés, le préjudice ne me semble pas douteux. C'est certainement en se laissant aller à un paralogisme que van Swiethen a nié les inconvénients de la grossesse de la nourrice sur l'enfant qu'elle allaite. « On croit généralement, dit-il, que l'allaitement est préjudiciable au produit de la conception, mais si la femme peut nourrir deux et même trois enfants dans les grossesses multiples, pourquoi ne pourrait-elle pas faire simultanément les frais de l'allaitement d'un enfant et de la nourriture d'un embryon ? J'ai vu une femme qui, au moment où elle était prise des douleurs de l'enfantement, présentait le sein à son nourrisson d'un an et lui disait, en riant, de dire adieu à sa bouteille qui désormais appartenait à son

frère. Comme je manifestais mon étonnement, elle me dit: « c'est la sixième fois que cela m'arrive » ; elle mit peu après au monde un enfant sain, robuste et l'allaita heureusement. Est-ce ainsi que les choses se passent dans la majorilé des eas ? Je n'en crois rien. L'esprit pénétrant des anciens avait saisi cette incompatibilité entre la grossesse et l'allaitement, et dans les républiques grecques où la loi pénétrait, par un abus que je ne défends pas, dans l'intimité de la vie des citoyens, les mères qui devenaient enceintes, étaient obligées, de retirer le sein à leur enfant et de lui donner deux nourrices, obligation qui n'avait d'autre but sans doute que de consacrer, par un signe expressif, la supériorité de l'allaitement maternel sur l'allaitement mercenaire.

Par quelles voies mystérieuses s'exerce le retentissement, sur l'enfant, des passions qui agitent l'âme de sa nourrice? On ne le sait pas plus qu'on ne sait comment le fœtus reçoit le contre-coup des impressions maternelles, et cependant le fait n'est mis en doute par personne. Vous avez pu constater, il y a peu de jours, dans ma clinique des enfants, un fait très démonstratif à cet égard. Une nourrice allaitait un enfant dans des conditions normales; cet enfant est pris, entre mes deux visites, d'une attaque violente d'éclampsie. La religieuse de la crèche me donne l'explication de ce fait •en m'apprenant que la nourrice avait reçu, le matin môme, la visite d'un créancier très pressant et qu'elle avait eu, à la suite d'une altercation, une crise de nerfs. L'enfant mis inconsidérément au sein alors que l'orage] nerveux n'était pas encore calmé, devint éclamptique quelques heures après. Albinus, cité par Rosen de Rosenstein, a rapporté le fait •d'un nourrisson qui, mis au sein pendant le paroxysme d'une colère violente de sa mère, fut pris immédiatement d'hémorrhagie par la plupart des muqueuses et ne tarda pas à succomber. Le dernier de ces auteurs a vu, dans les mêmes conditions, un enfant pris d'un état lipothymique d'où l'on •eut beaucoup de peine à le retirer. Richard, de Nancy, a rap-

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porté, d'après Berlyns, le cas d'un enfant qui, mis au sein après une violente colère de sa mère, fut frappé immédiatement d'une hémiplégie; celui d'un autre nourrisson qui mourut brusquement à la suite d'une violente émotion ressentie par sa nourrice, etc. Van Swiethen a formellement admis cette influence : « Certa enim observala docuerunl subito convulsos fuisse infantes si ira furentis vel metu fere enuctœ nulricis ubera ducerent » Steiner a constaté que sous l'influence des émotions d'une nourrice, son lait devient séreux, peu sucré, analogue au pétillait; que du dévoiement, des vomissements et des convulsions peuvent se manifester, à cette occasion, chez l'enfant. Il est bien rare — j'en avais un exemple sous les yeux, il y a peu de jours — qu'un enfant ne pâtisse pas, à un degré quelconque, d'un accès d'humeur ou du chagrin de sa nourrice. Le moins qui en résulte pour lui, c'est d'accuser par un état grognon, des cris inusités, de l'insomnie, la solidarité qui existe entre son système nerveux et' celui de sa nourrice. Au reste, quand on songe à la manière si vive dont les diverses sécrétions : salives, larmes, urine, bile, sont influencées par les mouvements de l'âme, on jugerait étonnant que le lait seul fût affranchi de cette dépendance. Et ce ne sont pas seulement les passions tristes qui la mettent en jeu; une joie immodérée, si elle survient d'une manière inopinée, peut produire des effets analogues.

La conclusion pratique à tirer de ces faits c'est qu'il faut attacher au caractère, à l'humeur d'une nourrice, aux conditions heureuses ou malheureuses dans lesquelles elle vit, une importance très sérieuse, et que le seul fait d'une impressionnabilité extrême, mise en jeu par les vicissitudes d'une vie traversée, constitue pour elle une inaptitude formelle à nourrir. En tout cas, il convient, quand elle vient de traverser un orage passionnel, d'attendre qu'il se soit calmé depuis plusieurs heures avant de présenter l'enfant au sein. Rosen de Rosenstein conseille même, dans ce cas, aux mères de se faire vider le sein par la succion ou par une

ventouse, afin que les enfants trouvent un lait élaboré dans des conditions de calme du système nerveux.

Une opinion très accréditée dans le monde des mères attribue à la nourrice le pouvoir de transmettre au nourrisson, en même temps que son lait, ses propres habitudes ou inclinations morales. Les érudits la confirment par des textes qui n'ont pas en hygiène force d'autorité: ils rappellent que Suétone a attribué l'intempérance de Tibère aux libations trop fréquentes de sa nourrice ; que les mœurs violentes et répréhensibles de Romulus et de Remus leur avaient été infusées par le lait de leur nourrice Laurentia, surnommée la Louve à raison de ses désordres ; qu'Aulu-Gelle, qui a fait parler au philosophe Favorinus un langage si sensé et si éloquent sur l'allaitement maternel, invoque comme argument la Iransmissibilité des penchants de la nourrice à l'enfant. Tout cela est poétique, mais tout cela me paraît de pure imagination. Le lait nourrit peu ou beaucoup, bien ou mal; mais il ne peut rien au delà, et il est sans influence sur la formation des mœurs et des caractères. Ce n'est pas le lait de Blanche de Castille, mais sa vertu et ses enseignements, qui ont préparé la sainteté de Louis IX. Un enfant peut être nourri par une tigresse d'Hyrcanie sans être féroce, par une vache sans être placide, par une chèvre sans être indocile et capricant, par une ânesse sans être menacé de déchéance intellectuelle. Les mœurs d'une nourrice sont une garantie de conduite régulière, de dévouement à ses devoirs, de bons soins pour l'enfant, d'éloignement des inconvénients d'une grossesse clandestine et des périls d'une contamination syphilitique, mais c'est là tout, et c'est bien assez pour attacher du prix à cetle condition et pour ne prendre une fille-mère pour nourrice que quand on ne peut pas faire autrement. Je suis tout à fait de l'avis de Désormeaux qui ne voit dans cette transmission des mœurs et du caractère, quand elle se constate, qu'un effet de l'imitation. Et ce qui confirme cette pensée c'est que la ressem-

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blance morale des enfants avec leur nourrice a surtout frappé les anciens chez lesquels l'allaitement, se prolongeant plusieurs années, fournissait à cette action morale de la nourrice sur la formation du caractère de l'enfant le temps de se produire dans une mesure très limitée sans doute, mais réelle.

A côté des conditions physiologiques qui troublent la régularité de l'allaitement nous devons placer les conditions morbides. Les maladies de la nourrice sont locales ou générales.

Les premières siègent sur le sein et peuvent empêcher l'allaitement d'une manière temporaire ou définitive.

L'engorgement ou poil, quand il est partiel, n'est souvent qu'une entrave momentanée; mais, comme il conduit souvent aux extravasations de lait par rupture des conduits galactophores et à des abcès consécutifs, c'est toujours une menace assez sérieuse, d'autant plus que la précaution de ne faire téter l'enfant que d'un côté, ne met pas le sein malade au repos, la montée du lait se produisant dans les deux seins à l'occasion de la succion opérée sur l'un d'eux. L'abcès; ou les abcès multiples, une fois formés, l'allaitement devient douloureux et sans profit, et il faut se tenir prêt à en modifier les conditions.

Mais ce sont surtout les gerçures du mamelon qui conduisent fréquemment à cette nécessité. Il y a entre les gerçures et les fissures qui se rencontrent aux points de jonction des muqueuses et de la peau : à la commissure labiale, à l'anus, à la fourchette vulvaire, une analogie qui n'a pas été assez remarquée. Dans ces points, une simple éraillure suscite des dou leurs violentes, à caractère névralgique, et qui sont en disproportion avec leur cause apparente; de plus leur ténacité est notoire. Les primipares y sont plus disposées que les femmes qui ont eu plusieurs enfants, et surtout celles dont le mamelon, incomplètement formé, est, par ce fait même, exposé à des tiraillements plus énergiques et plus prolongés. Les nourrices qui ont constamment l'enfant au sein y sont plus expo-

sées que celles qui, prenant en môme temps son intérêt et le leur propre, règlent sagement son régime. On a cru que les aphthes de l'enfant pouvaient se communiquer au mamelon, et que l'érosion était, dans ce cas, précédée d'une vésicule, mais cette opinion n'est pas généralement acceptée. Toutefois l'état d'acescence dans lequel sont les liquides de la bouche chez un enfant atteint de stomatite aphtheuse peuvent très bien ne pas être sans influence sur la production des gerçures. Les femmes nerveuses tombent quelquefois dans un véritable état de cachexie sous l'influence des douleurs violentes qu'elles provoquent et qui sont ramenées par la succion de l'enfantj comme l'est la douleur atroce de la fissure anale par l'exonération: elles maigrissent, la fièvre s'allume, la nutrition décline, et l'insomnie achève, dans les cas graves et tenaces, de les rendre absolument inaptes à nourrir, au moins du côté où siègent les gerçures. Les lotions astringentes, la cautérisation de la fissure au nitrate d'argent ou à l'alcoolé de benjoin, pratique conseillée par Bourdel et dont j'ai constaté l'efficacité sont, en y joignant la précaution de se servir d'un bout de sein pour prévenir le contact immédiat des lèvres de l'enfant et de la gerçure, des moyens de temporisation qui sont quelquefois couronnés d'un succès définitif.

Quant aux engorgements laiteux, ils sont ou généraux ou lobaires. Dans les premiers cas, ils dépendent d'une poussée laiteuse en disproportion avec la dépense du lait par le nourrisson, et une succion supplémentaire, secondée par une diminution du régime de la nourrice, y pourvoit. Dans le second, la rétention du lait dans les canaux galactophores distend les parois de ceux-ci, les rend inertes comme il arrive de tout conduit musculo-membraneux distendu au delà d'une certaine mesure par le liquide qui le parcourt, et sous l'influence de la vis a tergo causée par l'afflux dû lait en arrière de l'obstacle, il se forme des érosions des canaux, et une petite quantité de lait s'épanchant dans le

tissu cellulaire ambiant y produit des abcès, par un mécanisme analogue à celui des abcès d'infiltration urineuse à la suite d'une crevasse de l'urèthre. Il y a lieu de s'étonner que cette analogie n'ait pas frappé l'attention jusqu'ici et qu'on n'ait pas songé à cette explication de la formation des abcès du sein pendant la lactation. 11 serait intéressant d'analyser le pus de ces abcès et d'y recbercber chimiquement la présence de la lactose. On conçoit très bien qu'une petite quantité de pus mélangé à une grande quantité de lait ne puisse conserver les caractères physiques qui permettraient de le reconnaître à la simple vue. Ces abcès, beaucoup plus communs dans les deux premiers mois de l'allaitement, ne lui sont une entrave que quand ils sont multiples, quand ils siègent au voisinage de l'aréole, et qu'il s'agit de femmes très nerveuses chez lesquelles la douleur amène des troubles généraux d'une certaine intensité. Dans les cas ordinaires, la temporisation, l'affectation provisoire d'un seul sein à l'allaitement et le dégorgement mécanique du sein malade permettent d'éluder cette difficulté. Lorsque, ainsi que cela arrive assez souvent, l'abcès est sous la dépendance d'une ou plusieurs gerçures antécédentes, la possibilité de nourrir reste entièrement subordonnée à la ténacité de celles-ci et à leur retentissement sur la santé générale.

Les maladies générales qui peuvent être une entrave à l'allaitement sont de diverses sortes. Nous envisagerons tout d'abord les maladies aiguës, fébriles. Les unes sont contagieuses, au propre sens du mot, comme les fièvres éruptives, et commandent un changement immédiat de nourrice: telles sont la rougeole, la scarlatine, la variole, la varicelle même qui peut transmettre la petite vérole à un enfant non vacciné ; les autres ne sont contagieuses ni par le contact ni par le lait et n'ont d'autre inconvénient que d'altérer, à titre de perturbation, la composition normale du lait. Ces deux cas se présenteront à vous : ou la fièvre est caractérisée dès son début et ne laisse pas de doute sur sa nature; ou celle-ci est

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lente à s'accentuer et le diagnostic est incertain. Dans la première hypothèse, la conduite à tenir est différente suivant qu'il s'agit d'une fièvre de courle durée ou d'une maladie longue. Une fièvre ortiée, une fièvre éphémère, une synoqne simple par exemple, permettent très hien la continuation de l'allaitement et je n'ai rien vu qui m'autorisât à penser qu'un lait fébrile eût dans ce cas d'inconvénient pour l'enfant. Mais s'agit-il d'une maladie longue, d'une fièvre muqueuse, et à plus forte raison d'une fièvre typhoïde, il faut, dès que le diagnostic est établi avec probabilité, s'empresser de soustraire le nourrisson à un allaitement qui compliquerait l'état de sa mère et deviendrait dangereux pour lui.

11 ne faut pas oublier en effet que l'état fébrile, quand il est très prolongé, est une cause d'altération du lait. Cette altération est corrélative de celle du sang, qui se modifie profondément, comme on sait, même à l'occasion d'un accès passager : il perd une proportion notable de ses gaz; ses hématies diminuent de nombre et présentent des altérations de forme ; sa proportion relative d'eau augmente; il contient plus d'urée, moins de chlorure de sodium, plus de fibrine dissoute. Comment le lait retiré d'un tel sang par l'action des acini mammaires ne serait-il pas lui-même profondément modifié? Au reste celte induction est justifiée par l'examen physique du lait. Becquerel et Yernois ont constaté que, sous l'influence de la fièvre, le lait devient moins aqueux, contient plus de matériaux solides, moins de sucre (la diminution moyenne serait représentée, suivant eux, par 10, 54 sur 1000), plus de beurre, plus de sels. Sans doute quelques-uns de ces résultats sont contestables, mais l'impression clinique qui les domine, c'est que le lait d'une fébricitante subit des modifications auxquelles l'enfant ne peut demeurer indifférent. La fièvre persiste-t-elle assez longtemps pour amener une détérioration nutritive sensible, à raison des dépenses organiques qu'elle implique, le lait est entraîné dans cette déchéance : il devient pauvre, séreux,

quand la nature, ménagère de ses ressources, ne supprime pas la lactation qui est, comme la menstruation, une fonction surajoutée, et dont elle se débarrasse dans les périodes nécessiteuses. Et dans beaucoup de maladies le lait ne voit pas seulement se modifier les éléments de sa composition normale ; des éléments étrangers : globules pyoïdes sans noyaux, globules de pus nucléifères, hématies, cellules, corps granuleux, corpuscules muqueux, etc., viennent l'altérer.

Quant aux maladies aiguës de courte durée, telles que la bronchite idiopathique, la pneumonie, il ne faut pas se hâter de prendre celte détermination, mais bien composer avec les difficultés de la situation en présentant l'enfant moins souvent au sein, et en lui donnant, comme complément de nourriture, du lait d'ânesse, si on peut s'en procurer, on à défaut de celui-ci, du lait de vache frais, décrémé, et amené par addition d'eau et de lactose aux conditions de densité et de sapidité du lait maternel.

La dysenterie semblerait, d'après deux observations assez probantes dues à Conrad Brimer, susceptible d'influencer vivement le nourrisson et serait, si elle ne se juge pas promptement, une raison de changer de mode de nourriture. Si l'on s'en rapportait à des observations recueillies dans la grande épidémie cholérique de 1832, des mères en proie au choléra ont pu nourrir leur enfant presque jusqu'à la fin de leur vie, sans que celui-ci contractât le choléra. Métivié et Rullier ont entretenu l'Académie de faits de ce genre. Trois femmes atteintes de choléra confirmé, ont pu continuer à allaiter, l'une d'elles jusqu'à deux heures avant sa mort, et les nourrissons sortirent saufs de cette épreuve. Ce sont là des enseignements à recueillir quand ils se présentent, mais je n'ai pas besoin de vous dissuader de courir jamais des aventures pareilles.

Je vous ai parlé tout à l'heure des maladies contagieuses aiguës comme d'une entrave à l'allaitement; j'ai à vous signaler les maladies parasitaires de la peau comme créant une inap-

titude aussi formelle. J'insisterai en particulier sur la gale qui pénètre souvent dans les familles par les nourrices et qui offre quelquefois chez les enfants des difficultés de diagnostic de nature à tromper les médecins les plus expérimentés. Comme il est très peu parlé, dans les auteurs, de la gale chez les enfants, j'entrerai dans quelques détails à ce sujet.

La gale des nouveau-nés est de môme nature, de même origine que celle de l'adulte; mais la vitalité exquise et la grande vascularité de la peau donnent aux éruptions provoquées par le sarcopte des caractères complexes que l'on ne retrouve qu'à cet âge. De tous les auteurs modernes qui ont traité des maladies des enfants, Vogel est celui qui, à mon avis, a le mieux décrit la gale de cet âge, et il lui a consacré un chapitre très important de son excellent ouvrage. Mais il a eu tort de nier que les enfants naissants fussent aptes à contracter la gale. J'en ai observé un, il y a vingt ans, qui, ayant été très calme la nuit qui suivit sa naissance, fut remis à une nourrice à domicile atteinte d'une gale partielle et très peu marquée; le nourrisson commença, la nuit suivante, à crier, à s'agiter et à se frotter avec une sorte de fureur contre ses langes. C'était le début d'une gale que je ne reconnus, je le confesse, que deux mois après. La peau de cet enfant était le point de rencontre de tous les types dermatologiques : le pemphygus, le prurigo, se mêlaient à des furoncles et même à des abcès volumineux. L'éruption était d'ailleurs générale et la peau était excoriée dans presque toute son étendue; il n'y avait, notez bien cette particularité, de sommeil que le jour; chaque nuit ramenait invariablement des cris indiscontinus. Il y a des erreurs qui nous instruisent plus que de longues études. Je n'ai plus méconnu la gale des petits enfants depuis cette époque et j'ai rencontré des cliniciens instruits qui, n'ayant pas eu la bonne fortune de reconnaître une fois leur erreur, ont continué à se tromper toujours. Je fus appelé, il y a quelques années, dans une ville de Bretagne pour y voir, en consultation avec un

confrère très instruit et très soigneux, un petit garçon de trois ans, qui depuis plus de deux ans, n'avait pas eu une bonne nuit; assez tranquille pendant le jour il devenait irritable vers le soir et dès qu'il était dans son berceau, se mettait à pousser des cris et tombait dans une agitation telle qu'une gratteuse en titre, préposée à cet office, était en permanence cbaque nuit auprès de lui. Cet enfant était devenu d'une prodigieuse excitabilité. Les traitements les plus divers et les plus actifs avaient été mis en usage; tous les dépuratifs y avaient passé. Je ne doutai pas que ce ne fût un cas de gale méconnue. Je n'en dis rien, bien entendu, à la famille, et j'exposai mon opinion à son médecin, qui se montra incrédule d'abord, mais qui la partagea pleinement lorsque la première friction soufrée, qui avait cependant mécaniquement irrité la peau excoriée, en plus d'un point, eut pour conséquence, la nuit suivante, un sommeil si profond et si inusité que la mère courut au berceau de l'enfant pour s'assurer qu'il n'était pas mort. Inutile de vous dire que tout fut fini à partir de ce moment.

L'examen d'une nourrice au point de vue spécial de la gale, au moment de son admission, est donc une précaution indispensable, et cet examen doit être minutieux parce que, comme l'a montré Bourguignon, il est des cas dans lesquels les sarcoptes sont peu nombreux, n'ont que des migrations nocturnes très restreintes, et ne révèlent par suite leur présence qu'à un œil exercé.

Si la gale est constatée une fois l'allaitement commencé, il faut remplacer la nourrice quand on le peut, ou dans le cas contraire, instituer le traitement extemporané par les frictions et guérir en même temps la nourrice et le nourrisson, résultat que la métbode des frictions obtient facilement en deux jours quand elle est bien conduite. Le savon blanc ordinaire et le cérat soufré remplacent pour le nouveau-né le savon noir et la pommade d'Helmerich.

Les maladies contagieuses du cuir chevelu, la teigne

favcuse et la pelade, si communes dans les classes pauvres et peu soucieuses de leur santé et de la propreté, doivent ôtre l'objet d'un examen particulier de la nourrice au moment de son admission.

Les maladies héréditaires, à diathèse, sont-elles transmissibles par le lait? Une nourrice entachée de scrofule, d'herpélisme, d'arthritisme, de tuberculose, peut-elle transmettre ces vices, comme disaient les anciens, à l'enfant qu'elle allaite? Certainement, quand il s'agit d'une nourrice mercenaire cette question, quoiqu'elle ne soit pas passible d'une solution certaine, n'est pas embarrassante au point de vue pratique, et la présence, constatée, d'une tare diatbésique est une condition formelle d'exclusion. Mais quand la nourrice est la mère, la solution n'est pas aussi simple, si surtout comme cela arrive si souvent, les traits de la diathèse sont peu accentués. Dans ce cas, il faut essayer, surveiller l'enfant, et, pour peu qu'il ne vienne pas à souhait, se servir de ce prétexte et prescrire un changement d'allaitement. C'était jadis un article de foi qu'il fallait croiser le lait au profit de ces enfants, et je vous avoue que j'incline volontiers vers cette ligne de conduite. A plus forte raison s'impose-t-elle quand les signes d'une diathèse héréditaire sont très nets chez la mère et quand aussi, circonstance importante, la santé du père ne permet pas de supposer une neutralisation efficace de l'hérédité maternelle.

C'est surtout à propos de la phthisie que cette question de l'opportunité de conseiller ou d'interdire l'allaitement se pose journellement dans la pratique. Vous me permettrez de céder ici à la pente qui porte à s'arrêter avec complaisance sur les questions qu'on a particulièrement étudiées et de vous dire quelle est ma pensée sur ce point.

L'allaitement, à mon avis, doit être formellement interdit non seulement aux femmes dont la phthisie est déclarée (ce parti s'impose dans ce cas), mais encore à celles qui sont simplement suspectes de tuberculose, qui ont l'babitus

extérieur de la prédisposition à la phthisie, et dont l'ascendance est incriminable à ce point de vue. C'est bien assez, pour l'avenir de l'enfant, qu'il soit formé d'un sang pareil et qu'il ait fortifié, par ses neuf mois de greffe placentaire, la redoutable prédisposition aux tubercules, sans l'aggraver encore par le commerce suspect d'un allaitement prolongé. En admettant même que le lait d'une mère pbthisique ne soit pas directement dangereux pour son enfant, n'est-il pas évident qu'elle ne constituera jamais qu'une nourrice très médiocre? Enfin les intérêts de sa propre santé sont également au jeu. Si Morton a avancé ce fait que des femmes présentant les allures évidentes de la pblbisie ont recouvré souvent, en allaitant, toutes les apparences d'une bonne santé, ce sont là des faits exceptionnels et sur lesquels le médecin ne saurait, en aucun cas, s'appuyer pour justifier ses conseils. Ce qu'il faut à un enfant placé dans de pareilles conditions de santé, ce n'est pas seulement une nourrice ordinaire, mais bien une excellente nourrice; et si l'on exclut, à si juste titre, de l'alimentation le lait des vacbes atteintes de pommelière, je ne vois pas trop quelles raisons on pourrait invoquer en faveur de l'allaitement maternel dans ces cas. Je ne suis guère partisan, vous le savez, du biberon, mais au cas où une bonne nourrice ne pourrait être trouvée, j'aimerais encore mieux ce mode de nourriture, pour aventureux qu'il soit, que l'allaitement maternel dans de pareilles conditions. Il n'est sans doute pas prouvé que le lait soit le véhicule de la tuberculose, mais son innocuité admise, resteraient encore pour l'enfant les chances d'une contamination par le commerce intime que l'allaitement établit entre lui et sa mère. Je fais allusion à la contagiosité tuberculeuse, qui est sans doute très relative, mais dont la preuve, à mon avis du moins, n'est plus à donner aujourd'hui (1).

(1) Fonssagrives, Thérapeutique de la phthisie pulmonaire, 2e édition. Paris, 1880.

LA NOURRITURE DU PREMIER AGE. 16t

Le passage des médicaments et des poisons par le lait de la nourrice est attesté par mille faits; mais s'il intéresse la conduite de l'allaitement, s'il commande des règles particulières de thérapeutique, spéciales à l'état de maladie des nourrices, il répond à des accidents exceptionnels et qui ne ménagent pas l'allaitement en lui-même. Toutefois certains de ces médicaments, le mercure et l'arsenic, sont des agents de longue portée, qui s'administrent pendant un temps considérable, et dont l'enfant reçoit le contre-coup. Il est des cas où ce retentissement a une intention thérapeutique, comme dans la syphilis infantile, et où il convient de le rechercher, nous aurons bientôt l'occasion d'en parler.

Thomas Dolan a publié récemment d'intéressantes recherches sur le passage des médicaments principaux dans le lait, et sur l'influence qu'en ressent le nourrisson. Ayant donné de la teinture d'aconit à la dose de 2 gouttes chaque demi-heure, jusqu'à 12 gouttes, à une nourrice atteinte de névralgies, il constata que l'enfant n'avait rien éprouvé et que le lait traité par le benzol n'accusait pas la présence de l'aconitine. Il estime cependant qu'il convient de donner l'aconit dans ce cas avec une certaine prudence. La dose était par trophomœopathique. L'ail passe dans le lait qu'il rend odorant et l'enfant refuse le sein. L'arsenic se retrouve aussi dans le lait. Il en est de même de l'essence de copahu dont la présence dans le lait inspire un dégoût visible à l'enfant. La chloral ne paraît pas passer dans le lait. L'huile de ricin donnée à la mère exerce constamment une action purgative sur le nourrisson. Le passage de l'opium et de ses principes dans le lait n'est nullement douteux, et si l'analyse ne le constate pas toujours, l'effet hypnotique accusé par les enfants en est une preuve suffisante. Thomas Dolan a cité le fait d'une dame qui, pour combattre une insomnie opiniâtre, avait l'habitude de prendre le soir une vingtaine de gouttes de teinture d'opium. Interrogée sur l'effet que produisait ce médicament sur son nourrisson, elle affirma que toutes les fois qu'elle

FONSSAGMVES. ] [

prenait de l'opium il dormait la nuit tout entière. Il était du reste pâle et un peu engourdi. Le lait examiné avec soin trahissait la présence de la morphine. La rhubarbe rend le lait amer et purgatif, en môme temps que l'acide chrysophanique le colore eu jaune. Le séné purge l'enfant et lui donne des coliques. La scammonée, à des doses de 30 à 50 centigrammes, purge la nourrice et reste sans effets sur l'enfant. L'essence de térébenthine se retrouve dans le lait, qui est accepté par l'enfant, mais on ne peut en déceler la présence dans les urines de celui-ci. Du reste toules les essences ou les plantes à huiles essentielles passent dans le lait qui est ainsi rendu médicamenteux. De ces recherches, nous pouvons tirer cette conclusion pratique : que l'enfant peut être influencé par l'opium, les purgatifs et les essences; que, par suite, les effets somnifère, évacuant, stimulant et antispasmodique peuvent être ainsi provoqués indirectement chez lui, s'il en est besoin ; et que quand on administre à une nourrice des médicaments de ces groupes, il faut faire entrer en ligne de compte leur retentissement possible sur la santé de l'enfant.

Parmi les poisons, il en est deux : l'alcool et le plomb, dont l'influence sur le nourrisson doit vous être signalée d'une manière spéciale.

Les intéressantes recherches de Demeaux et Vougier ont montré que les enfants conçus dans un état d'alcoolisme aigu des parents ont une proclivité marquée à l'épilepsie, et l'on sait que ceux qui sont procréés par des alcoolisants de profession sont sujets à l'hydrocéphalie, à l'idiotisme et aux diverses maladies du cerveau. Le lait charriant de l'alcool comme les autres liquides sécrétés, il n'y a rien d'étonnant que ce liquide, absorbé par l'enfant, aille agir sur son cerveau, si délicat, et y produise des désordres d'une extrême gravité. Au reste, ce n'est pas là une simple hypothèse, elle est justiûée par les faits. Charpentier a cité récemment le fait d'un enfant qui, conlié à une nourrice excellente,

prospéra à merveille pendant les premières semaines, puis devint chétif, fut couvert d'une éruption impéligineuse et manifestait du malaise par ses cris toutes les fois qu'il laissait le sein; enfin survint une attaque d'éclampsie. Une enquête permit de constater que la nourrice, dont le lait avait déjà neuf mois, dans le but de le renouveler et de le faire durer, buvait quatre bouteilles de vin par jour, sans ébriété apparente, ce qui semblait indiquer une tolérance conquise par l'habitude des alcooliques. Son régime fut modifié et la santé de l'enfant reprit à vue d'œil. De même aussi Boërhaave a vu un enfant pris d'alcoolisme aigu, à forme convulsive, sous l'influence de libations exagérées que s'était permises sa nourrice, et il attribuait à l'intempérance des femmes qui allaitent l'action la plus pernicieuse sur la santé et la vie des nourrissons. Observant en Hollande, où l'abus des spiritueux est très habituel, il avait eu, à maintes reprises, l'occasion de constater cette influence. Ghambon a également insisté, dans son Traité des maladies des enfants, sur les dangers que font courir à l'enfant les habitudes d'intempérance de sa nourrice. C'est un chapitre intéressant à ajouter à l'étiologie de l'éclampsie infantile.

Quant au plomb qui porte à l'œuf humain, comme nous l'ont appris les observations de C. Paul, une atteinte des plus graves et qui, en diminuant sa vitalité, devient chez les femmes en état de saturnisme une cause très habituelle d'avorlement, il ne saurait être considéré pour les enfants au sein que comme absolument toxique, et l'imprégnation de l'organisme maternel par ce poison constitue une cause formelle d'inaptitude à l'allaitement.

Vient enfin la grosse et difficile question de la transmission de la syphilis de la nourrice à l'enfant. Ici deux cas se présentent : il existe un chancre mammaire, au nombre des lésions multiples de la peau et des muqueuses que peuvent présenter les nourrices infectées, et la contamination de l'enfant est trop certaine pour que la conduite à tenir ne

soit pas nettement indiquée; dans le second cas, de beaucoup le plus fréquent et le plus difficile, le sein est indemne, mais il existe chez la nourrice des signes avérés d'une syphilis constitutionnelle. Le lait est, entre elle et son nourrisson, le seul pont par lequel le virus puisse passer. Faut-il nécessairement le couper? Sans doute, quand il s'agit d'une nourrice mercenaire, l'hésitation n'est pas possible, car, au cas où elle n'infecterait pas le nourrisson, elle ne lui donnerait qu'un lait pauvre, imparfait et peu propre à faire prospérer sa nutrition, et ce cas rentre dans la catégorie des inaptitudes banales à l'allaitement. Mais quand c'est la mère qui nourrit, la conduite à tenir est loin d'être aussi nettement tracée par les sypbiliographes.

Le lait peut-il devenir chez une femme syphilitique, à lui seul, une cause de contamination pour le nourrisson? Le résultat négatif des essais d'inoculation d'un lait syphilitique est déjà une présomption que ce lait n'est pas contagifère. Le sang d'une syphilitique transmettant en effet par inoculation la vérole, il faut admettre qu'il renferme un contage qui manque au lait. De plus, des observations cliniques nombreuses ont été recueillies qui montrent des enfants allaités avec plein succès par des mères manifestement syphilitiques ; mais on leur a opposé des faits contradictoires, clairsemés il est vrai, montrant des nourrissons infectés par des nourrices syphilitiques, sans lésion mammaire.

Il faut bien reconnaître que la doctrine de Hunter sur ce point, adoptée par Ricord, Cullerier, Profeta, Nonat, Rollet, etc., sans s'imposer à l'esprit avec une pleine évidence, réunit plus de probabilités que celle de Bell, Melchior Robert, Brunelli, etc., qui admet la contagiosité du lait syphilitique; mais encore ne peut-elle servir de base à une détermination clinique. Les inconvénients du passage de l'allaitement maternel à l'allaitement mercenaire, ou de l'un ou l'autre à l'allaitement artificiel, sont moindres pour

l'enfant que le péril, même éventuel et improbable, d'une contamination par le lait; et comme il s'agit moins de fixer un point de doctrine que de pourvoir à la sécurité de l'enfant, j'estime qu'il faut, dans tous les cas, considérer la syphilis constitutionnelle de la nourrice comme une raison impérieuse pour changer le mode d'allaitement. La garantie d'un traitement antisyphilitique allant, par la lactalion, influencer le nouveau-né, n'offre à celui-ci que des chances d'immunité très équivoques, et le soumet à une manœuvre thérapeutique qui ne peut être considérée comme inoffensive.

Il faut donc nourrir l'enfant d'une autre façon, et alors surgit la grave question déontologique de savoir si l'on peut faire courir à une nourrice étrangère les dangers d'une contamination par l'enfant qu'on lui confie et qui, provenant d'une mère infectée, deviendra presque certainement syphilitique au bout de quelques semaines et infectera à son tour sa nourrice. Je n'admets nullement, messieurs, qu'il soit permis de spéculer sur l'ignorance d'une nourrice, ou sur son âpreté au gain, et qu'on ait dégagé sa responsabilité en l'avertissant des risques qu'elle court d'autant plus qu'elle n'en aura jamais la notion exacte. L'allaitement artificiel est ici la seule ressource licite, soit qu'on nourrisse l'enfant, comme l'a conseillé Jacquemier, avec du lait de femme, au moment même de la traite, mais sans présentation de l'enfant au sein, soit qu'on cherche dans les autres lails de la série chimique du lait féminin (lait de jument, d'ânesse) ou dans d'autres laits usuels convenablement étendus, un moyen de suppléer à l'allaitement véritable. « Primo non nocere, deinde prodesse. » Toute la déontologie médicale est là.

Telles sont les principales entraves à l'allaitement qui sont le fait de la nourrice. Mais il est deux autres conditions d'inaptitude qu'il est presque puéril d'énoncer, ce sont : l'agalaxie absolue ou relative — l'incompatibilité d'un lait, en apparence suffisant et de bonne qualité, avec la santé de l'enfant.

166 LEÇONS d'hygiène infantile.

Il est des' femmes qui, de bonne santé et ayant très développé l'appétit maternel de l'allaitement, sont cependant inaptes à nourrir, faute de lait. Cette inaptitude est quelquefois héréditaire; elle peut se reproduire à chaque enfant, ou disparaître à la seconde ou à la troisième couche. Elle ne paraît pas en relation avec l'activité reproductrice. J'ai connu une mère de onze enfants qui n'avait pu, quelque désir qu'elle en eût, en nourrir un seul ; l'absence de l'allaitement, en favorisant les conceptions, avait pu jouer un certain rôle dans cette fécondité. On a remarqué aussi que chez quelques primipares, la lactation est normale pendant les premiers mois, puis le lait diminue peu à peu, sans que rien l'explique, et elles doivent bientôt se pourvoir d'une nourrice. Celte sorte d'agaloxie consécutive se constate quelquefois sous l'influence d'un changement moral ou physique survenu dans les conditions de la nourrice. C'est ainsi que deux médecins du Forez, Puyet et Commarmond, ont constalé (le premier en a observé six exemples) que l'usage de pain mélangé de farine provenant de seigle ergoté, suspendait souvent la sécrétion lactée chez les nourrices de la campagne. Vient-on à remplacer ce pain par du pain de froment, la lactation se rétablit. Ne perdez pas ce point de vue, messieurs, quand vous exercerez à la campagne, dans une région où le pain de seigle est en usage. Ne peut-on pas aussi en tirer cette induction que l'ergot de seigle serait à essayer dans le cas de galactorrhée ?

Les modifications sympathiques de la grossesse qui se produisent aux diverses périodes de celle-ci, du côté des seins, et dont la succession vous est trop familière pour que je doive vous les décrire, sont déjà, par leur régularité et leur accentuation, des indices que la femme pourra nourrir. L'ancien recteur de cette Académie, Donné, a pensé qu'on pouvait arriver, par l'examen du colostrum pendant La grossesse, à la détermination des aptitudes à allaiter. Partant de ce principe « tel colostrum, (cl lait », il ne considérait

comme promettant d'être de bonnes nourrices que les femmes dont les seins fournissent, dans les derniers mois de la grossesse, un colostrum abondant, visqueux el riche en oes >tries jaunes qui indiquent un grand nombre de corps granuleux, ces sortes d'embryons des globules du lait. Mais le processus mammaire de la lactation peut être plus ou moins précoce; la puerpéralité peut tirer brusquement les mamelles d'une inertie physiologique apparente, et si l'on se liait trop à ces données du microscope, on interdirait souvent l'allaitement à des femmes qui sont destinées à s'en acquitter d'une manière convenable. Ici encore, c'est à l'œuvre qu'on connaît l'artisan, et on est toujours à temps, quand on y met du soin el de la surveillance, de prononcer le verdict d'inaptitude a nourrir si l'enfant ne semble pas trouver dans le lait ce qu'il y cherche.

La physique et la chimie ne nous révèlent que les qualités matérielles, grossières du lait, et là où celui-ci accuse au densimètre, au microscope et au crémomètre des qualités satisfaisantes, là où l'analyse a reconnu que les proportions de caséum, de beurre, de lactose, de sels, d'eau, sont normales, toutn'est pas dit; il faut le présenter à un réactif qui a bien sa valeur et sa sensibilité : à l'enfant, qui, sans être ni chimiste ni physicien, montre en prospérant ou en dépérissant qu'un lait lui convient ou lui messied. Vous rencontrerez, messieurs, à chaque instant dans la pratique de ces paradoxes d'hygiène dont vous serez bien obligés de tenir compte. Les qualités d'une nourrice ne doivent pas être envisagées d'une manière abstraite et absolue, mais d'une manière relative et concrète en fonction de l'allaitement de l'enfant qu'on lui présente. Je vous citerai un fait qui vous semblera probant en cette matière. Il y a quelques années, je fus appelé en consultation auprès d'un enfant de quelques mois qui était couvert, de la tête aux pieds, d'un eczéma impétigineux ; le pauvre petit être était en quelque sorte sans épidémie; ses langes étaient baignés d'un suintement sanguinolent continuel; les diges-

lions se faisaient médiocrement et le poids n'augmentait guère. Il était allaité par nne nourrice bourguignonne qui réunissait toutes les conditions d'âge, de santé, de vigueur, •d'abondance et de richesse du lait, un de ces types en un mot •qui réalisent tout ce que l'ambition de l'hygiéniste peut rêver. L'honorable confrère qui m'avait appelé n'eut, pas plus que moi, l'idée de courir des aventures en changeant des conditions aussi parfaites. Nous nous tournâmes donc du •côté des médicaments, et rien ne fut omis depuis les émollients jusqu'aux bains de sublimé. L'état de l'enfant demeurait stationnaire, et partant s';i ggravait. En désespoir de cause •et en présence de l'inanité absolue de nos efforts, nous •conseillâmes de changer de nourrice. A partir de ce moment, l'amélioration se dessina, marcha avec une rapidité inespérée et l'enfant guérit complètement. Et cependant la seconde nourrice ne valait pas la première; seulement son lait, comme on dit dans le langage vulgaire, « allait mieux ■à l'enfant ». Tirez de ce fait celte double conclusion : que l'enfant juge le lait en dernier ressort ; et que, dans l'eczéma infantile à forme chronique, le changement de lait peut devenir un moyen héroïque.

- Nous venons, messieurs, d'étudier les principales des influences, d'origine féminine, qui peuvent traverser l'allaitement, cette leçon serait incomplète si nous n'y joignions les •causes d'origine infantile qui le compromettent.

L'instinct de la succion est si énergique chez le nouveauné qu'il n'est pas rare, comme vous le savez, que le doigt de l'accoucheur rencontrant la bouche de l'enfant alors qu'il est •encore contenu dans la matrice, suscite des mouvements de ce genre. Il y a cependant, et ce cas est heureusement très rare, des nouveau-nés qui, sans être en état d'engourdissement et paraissant d'une conformation et d'une vitalité normales, manquent complètement de cet instinct. J'en ai vu un cas, il y a une vingtaine d'années, aux environs de Cherbourg; il m'a été fourni par une petite fille, vigoureuse

en apparence, criant et faisant des mouvements ordinaires, et qui restait inerte au sein; la cuiller la laissait également indifférente, et il fallait l'exciter fortement pour qu'elle arrivât à déglutir quelques gouttes de lait. Je n'ai pas besoin de vous dire qu'elle succomba à l'inanition au bout de quelques jours.

La faiblesse des nourrissons ne leur permettant pas d'exercer la mécanique musculaire, complexe et laborieuse, qu'exige la succion du lait est aussi une entrave à l'allaitement au sein. Il est aussi des enfants dormeurs qui s'assoupissent dès qu'ils commencent à téter et ne prennent qu'une quantité insuffisante de lait. Il faut les stimuler pendant qu'ils tètent, leur donner quelques cuillerées d'une infusion de mélisse et éloigner les tetoes pourque l'appétit, surexcité chez eux, les tienne éveillés pendant qu'ils sont au sein. Mais ce qui est moins exceptionnel, c'est de voir la brièveté du filet, une brèche de la voûte palatine, une disproportion entre la bouche de l'enfant et la grosseur du mamelon s'opposer à la succion. Le coryza des nouveau-nés produit le même effet; et, pour le dire en passant, tout coryza est grave à cet âge ; d'abord parce que c'est là un des premiers symptômes, si ce n'est le premier, de la syphilis infantile, et aussi parce que le coryza simple, catarrhal (qui se distingue, du reste, de l'autre par des différences symptomatologiques très tranchées) s'oppose au passage de l'air pendant que la bouche est obturée par le mamelon et provoque des efforts infructueux de succion, des cris, un état demi-asphyxique quand l'enfant est vorace, enfin de l'inanition quand on le méconnaît. Des onctions grasses sur le nez sont le procédé curatif habituel aux nourrices et il réussit dans les cas simples. Il faut, bien entendu, faire intervenir temporairement la cuiller ou mieux laisser couler le lait delanourrice dans labouche. Bouchuta conseillé l inlroduclion d'une petite canule d'argent, courte, s'arrôtan t aux narines, et fixée avec un fil de soie, afin de maintenir le passage de l'air; mais il est rare qu'on ait besoin de recourir à cet artifice.

170 LEÇONS d'hygiène infantile.

Dans tous ces cas où la succion se fait mal ou est impossible, les injections nasales de lait imaginées par le Dr Henriette peuvent rendre des services signalés. Ce médecin conseille de coucher l'enfant horizontalement sur les genoux de sa nourrice, et de pousser lentement dans l'une des narines le contenu d'une petite seringue pleine de lait; il suffit d'introduire la canule à quelques lignes de profondeur seulement et d'aller avec une extrême lenteur: le lait arrive dans l'arrière-gorge sans produire ni toux ni engouement et sollicite des mouvements de déglutition; il y a plus, il n'est pas rare de voir les nouveau-nés, dont l'arrière-bouche est impressionnée par la saveur du lait, exécuter des mouvements de succion sous cette influence. On se sert, autant que possible, du laitdela nourrice, au moment même où il vient d'être trait et on lui conserve sa température normale en maintenant la seringue immergée dans de l'eau tiède. Il n'y a pas de petit procédé en clinique qui ne puisse, l'expérience vous en convaincra plus tard, prendre, à un moment donné, une importance décisive.

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