LÉPINE
Je m’en suis aperçu. Madame, étant par terre.
• Ainsi ferions-nous tous incontestablement si nous étions obligés de réfléchir, surtout lorsqu’un accident soudain vient compromettre la stabilité de notre équilibre.
Mais nous avons de ceci une preuve plus certaine. S’il est, en effet, une vérité établie dans la physiologie du système nerveux, c’est que les lobes cérébraux sont, chez les vertébrés, le siège des facultés intellectuelles, le centre des déterminations volontaires. Or, prenons un oiseau et, comme le fil Flourens, enlevons-lui le cerveau. Non seulement l’animal continue à vivre, mais, ce qui nous intéresse spécialement, il marche si on le pousse, et quand on le jette en l’air, il vole parfaitement bien, il vole indéfiniment, c’est-à-dire jusqu’à ce qu’un obstacle l’arrête.
LES ACTfONS NERVEUSES SYMPATHIQUES. 91
Les mouvements de la mai-che sont donc, au même titre que ceux que nous avons indiqués plus haut, des mouvements extérieurs à la volonté, des mouvements sympathiques. Ce qui les détermine, l’excitation qui leur donne naissance, c’est la sensation (et nous verrons qu’il faut dire la sensation inconsciente) du déplacement en avant du centre de gravité.
Il en est de même pour le cri, pour le sursaut, qui persistent, comme l’a vu M. Vulpiah, chez des rats privés de cerveau, et ne pouvant, par suite, éprouver ni terreur, ni douleur véritable.
Il est très remarquable de voir combien certaines excitations venues par d’autres voies, et surtout les sensations auditives, aident, par effet sympathique, le mouvement de la marche. Considérez une troupe de soldats marchant à volonté, en désordre. Que soudain le tambour se fasse entendre ; aussitôt tout se régie comme par la baguette d’une fée. Cette sympathie a été de tout temps remarquée et utilisée.
Tels sont les principaux mouvements sympathiques, c’est-à-dire consécutifs à une excitation venue soit du dehors, soit du dedans, mais sans intervention de l’activité intellectuelle ; tels sont du moins les plus intéressants parmi ceux que nous présente l’état physiologique.
Mais dans l’état pathologique, des réactions motrices bien autrement énergiques, bien autrement étranges, répondent fréquemment à des excitations périphériques. J’en citerai une bien bizarre : un officier, malade au Val-de-Grâce, ne pouvait s’empêcher, lorsqu’on excitait un point quelconque de son corps, d’y porter aussitôt les deux mains (Brown-Séquard). Mais parlons de faits plus connus. Qui de vous n’a vu un petit enfant, pendant l’évolution d’un germe dentaire, pris de con-
vulsions effrayantes? Celles qu’occasionne la présence de vers intestinaux ne sont pas moins fréquentes ; parfois même elles arrivent à l’épilepsie ou au tétanos. On possède plusieurs cas de convulsions qui duraient depuis des jours ou des mois, et guérirent aussitôt après le rejet de ténias ou d’ascarides.
Les attaques du tétanos, ce terrible accident tant redouté des chirurgiens, sont d’ordinaire consécutives à une excitation portée sur un nerf sensitif ; très souvent il s’agit des nerfs des extrémités des doigts, à la main ou au pied. Il existe un certain nombre de cas dans lesquels l’amputation de la région lésée, ou simplement la section du nerf attaqué, ont arrêté et guéri ces convulsions presque toujours mortelles.
L’épilepsie, j’entends l’épilepsie persistante, n’a que rarement pour cause une excitation des nerfs par un corps étranger. Il en existe cependant des cas.
A Aberdeen, en Écosse, un jeune homme eut la main gauche déchirée par une machine; quelques mois après, il fut pris d’attaques d’épilepsie, qui se reproduisaient jusqu’à cinq ou six fois par jour ; on pouvait les exciter en pinçant le membre malade. On se décida à pratiquer l’amputation de l’avant-bras, et la guérison eut lieu. Un morceau de verre introduit dans l’oreille a fourni jadis à Fabrice de Hilden une observation analogue. Les vers intestinaux ont parfois occasionné de semblables accidents ; dans un cas cité par Bremser, il s’agit d’un petit garçon de neuf ans, depuis deux ans épileptique, et qui guérit complètement après l’expulsion d’un ténia.
Dans l’épilepsie ordinaire, on observe très souvent un phénomène qui annonce l’attaque et qu’on appelle Vaura. Le malade perçoit dans une partie de son corps une sensation particulière, à laquelle bientôt succède
une convulsion. On a vu dans bien des cas cette convulsion avorter quand on comprimait la région où naissait Tawrci; on a même pratiqué avec succès des amputations ainsi motivées.
On doit sur ce sujet à M. Brov?n-Séquard une série d’expériences d’une importance capitale. Je puis, grâce à la bienveillance de ce célèbre physiologiste, vous montrer un des résultats les plus curieux auxquels il soit parvenu. Je mets sous vos yeux un cochon d’Inde auquel, il y a quelques mois, M. Brown-Séquard a pratiqué une opération qui entraîne toujours l’épilepsie chez ces animaux (hémisection de la moelle épinière). Mais cette épilepsie ne se manifeste pas spontanément, comme l’épilepsie ordinaire ; en revanche, on peut à volonté en faire apparaître l’accès. 11 "suffit, pour cela, de pincer la peau d’un point particulier du corps, voisin de l’oreille ; ce pincement, chose curieuse, n’est nullement douloureux ; cette région, dont l’excitation engendrera l’attaque convulsive, est, en effet, complètement insensible. Voyez, je pince assez légèrement la peau, et aussitôt l’animal tombe sur le côté, a de violentes convulsions qui durent quelques minutes, après quoi il se relève, aussi bien portant qu’auparavant. Voilà, certes, au plus haut degré, une épilepsie sympathique, des convulsions, des mouvements sympathiques.
B. Cessations de mouvements. — Il n’y a pas seulement, vous ai-je dit, des mouvements, mais aussi des arrêts de mouvement, de véritables paralysies sympathiques. Le fait est aujourd’hui hors de doute.
Je pourrais encore aisément vous citer des paralysies guéries par l’expulsion de vers intestinaux ; on en connaît un bon nombre. Mais la paralysie par suite d’excitations venant d’autres points du corps a été moins
souvent observée. M. Brown-Séquard a cependant vu une foulure d’un coude entraîner la paralysie des deux bras, paralysie qui dura autant que dura la douleur. Je vous citerai encore, du même auteur, 1 observation d‘un enfant chez qui l’évolution de chaque molaire était accompagnée d’une paralysie des membres inférieurs ; il guérit déûnilivement lorsque la seconde dentition fut complète. Le célèbi’e Astley Cooper a vu la paralysie de toute une moitié du corps, dont était affligée une de ses clientes, disparaître après l’ablation d’une dent dont elle souffrait beaucoup.
Si les convulsions peuvent être prévenues quelquefois par la compression de certaines parties du corps, cette compression peut même les faire cesser pendant qu’elles sont déclarées. Chez un homme atteint de ces convulsions des membres inférieurs que M. Brown-Séquard a désignées sous le nom à’épilepsie spinale, les attaques les plus violentes étaient immédiatement enrayées lorsqu’on lui fléchissait fortement le gros orteil sous la plante du pied. Il existe dans la science un certain nombre de faits analogues.
Parmi les arrêts sympathiques de mouvements en cours d’exécution, je ne dois pas oublier l’arrêt des mouvements de la respiration consécutive à l’excitation de certains nerfs qui se rendent nnx poumons (pneumogastrique) ou aux orifices respiratoires du larynx (laryngé supérieur) ou du nez (nasal). L’expérience a été faite autrefois par M. Cl. Bernard, d’une manière très saisissante. On coupe en travers la trachée d’un lapin, et 1 on adapte dans le bout inférieur un tube de verre ; l’animal, parfaitement endormi du reste par le chloroforme, respire ainsi très tranquillement. Vienton alors, brusquement, à lui serrer soit les narines, soit le larynx, sa respiration s’arrête instantanément,
et cependant la voie aérienne reste parfaitement perméable. Cet arrêt, comme je l’ai vu, peut être définitif et entraîner la mort. Là se trouve certainement l’explication de la plupart des cas de mort par strangulation, et d’un bon nombre de morts subites dans lesquelles on ne retrouve aucune lésion.
Il est bien d’autres exemples : le rire involontaire, l’éternuement, peuvent être arrêtés par une excitation un peu forte de la peau de la face ; de là, la vieille expression : se mordre les lèvres pour ne pas rire.
En voilà assez, je crois, pour prouver que des cessations de mouvements en voie d’exécution, que même l’impossibilité du mouvement, peuvent être classées parmi les actions nerveuses sympathiques. Nous allons rétrouver les mêmes effets de mouvements provoqués ou arrêtés par voie sympathique dans un ensemble d’organes les plus importants, puisqu’il s’agit du cœur et des vaisseaux sanguins.
C. Cœur et vaisseaux sanguins. — L’histoire du cœur et de ses relations avec le système nerveux a déjà été faite à cette place par un maître dont le nom dispense de toute formule élogieuse. M. Claude Bernard vous a montré comment tout à la fois le cœur porte en lui la raison d’être de ses battements, puisque, isolé du corps, il continue pendant un temps à palpiter, et comment, d’autre part, il reçoit l’intluence de certains rameaux nerveux, en sorte que des excitations extérieures peuvent, suivant qu’elles empruntent telle ou telle voie, tantôt accélérer, tantôt ralentir ses mouvements.
La plus curieuse de ces excitations est certainement celle qui réside dans le cœur lui-même. Si vous accélérez volontairement votre respiration, il vous sera facile de remarquer que le pouls, c’est-à-dire le mouvement
du cœur, devient simultanément plus rapide ; or, l’une des causes de ce phénomène curieux est la réglementation que, par l’intermédiaire d’un nerf récemment découvert, le cœur fait lui-même de son propre débit sanguin. Une quantité plus grande de sang lui étant envoyée, à cause de la respiration accélérée, il hâte ses battements pour suffire à son œuvre, en même temps que le nerf dont j’ai parlé commande, par un artifice sympathique des plus curieux, aux vaisseaux sanguins périphériques de se dilater, pour faciliter la course du sang que le cœur se fatiguerait, sans cette dilatation, à lancer. Mais cette action n’est pas la seule : une excitation portée sur la peau ou sur quelque nerf éloigné peut, suivant la voie qu’elle emprunte, accélérer sympathiquement ou ralentir les battements du cœur ; ils peilyent même s’arrêter tout à fait, et l’individu se trouver alors dans l’état de syncope.
Des influences analogues, venues également par voie sympathique, agissent sur les vaisseaux sanguins. Les plus fines ramifications de ceux-ci sont, en effet, entourées d’une gaine musculaire contractile, qui, dans l’état normal, est à un état moyen de contraction. Or, il arrive, en conséquence d’excitations fort éloignées, que cette gaine se resserre davantage,^ et alors le sang ne passe plus qiie difficilement, ou bien, au contraire, qu’elle se relâche complètement, et alors le sang distend les vaisseaux élargis.
Ces effets peuvent se reconnaître à deux signes. A la couleur des tissus, d’abord ; s’il s’agit de la peau, par exemple, elle pâlit dans le cas de resserrement vasculaire; dans le cas contraire, elle rougit. A la température, ensuite ; en effet, si les vaisseaux sont relâchés, le sang arrive en plus grande abondance, et comme il provient des profondeurs chaudes du corps, la tem-
pél’ature s’élève; l’augmentation peut être de 10 à 15 degi’és, s’il s’agit d’extrémités toujours assez froides, comme l’oreille, la main, le pied.
Cette activité ou ce ralentissement dans la circulation ont une conséquence importante ; suivant leur intensité, la nutrition même des parties dans lesquelles se distribuent les vaisseaux sera plus ou moins active, et, s’il s’agit d’un enfant, le développement sera nécessairement influencé. Il faut avoir présente à l’esprit cette relation nécessaire entre la rougeur, la chaleur et l’intensité nutritive : elle nous donne la clef de bien des faits curieux.
Mais, en réservant encore l’explication, énumérons certains faits.
Une excitation portée sur divers points de la peau peut avoir pour conséquence une modification du calibre des vaisseaux d’une autre région cutanée, comme aussi de régions, d’organes profondément situés. Il y a déjà longtemps que Dupuytren a établi qu’à la suite de brûlures un peu étendues de la peau surviennent des congestions, des inflammations, en d’autres termes, des dilatations permanentes des vaisseaux dans l’intestin, le foie, le poumon, et qui occasionnent souvent la mort. Nous verrons dans un moment comment une belle expérience de M. Brown-Séquard a montré qu’il s’agit bien là d’une action sympathique.
L’application du froid à la peau produit une action semblable, mais bien plus connue ; de cette' origine sympathique proviennent les rhumes, les fluxions de poitrine, les inflammations d’entraillès, les rhumatismes consécutifs à l’exposition au froid, même d’une partie très limitée du corps. Qui n’a, pour s’être simplement mouillé les pieds, pris un mal de tête ou un rhume de cerveau?
Ces sympathies se manifestent souvent à l’état malade ; on sait depuis longtemps qu’une affection inflammatoire d’un œil, même de cause accidentelle, produit trop souvent l’inflammation de l’œil opposé ; à ce point que, parfois, les chirurgiens, pour sauver le hon œil sont obligés d’enlever celui qui était le premier malade, lorsque pour lui tout espoir est perdu. Or, c’est là le résultat d’une paralysie des vaisseaux de cet œil, paralysie sympathique avec l’irritation des nerfs de l’autre.
Qui n’a remarqué les changements dans le teint qui accompagnent l’état de la santé? Qui ne sait que les excitations morbides, douloureuses ou non, venant de l’estomac ou de l’intestin, font contracter les vaisseaux de la face, font pâlir, par action sympathique? Le plus souvent, au contraire, les irritations venant des poumons font rougir la face ; les phthisiques, les pneumoniques, ont souvent les pommettes rosées.
Ici doit se placer le récit d’une remarquable expérience due à William Edwards. Prenez un thermomètre d’une main, et attendez qu’il marque une température fixe ; plongez alors l’autre main dans l’eau glacée, et bientôt vous allez voir descendrela colonne mercurielle, et pâlir la peau de la main sur laquelle nulle action directe n’a été portée. Or, chose curieuse, la température seule de la main a été ainsi abaissée ; la sympathie, ici comme pour l’œil, s’exerce entre parties semblables; Au reste, des relations sympathiques du même ordre ont été reconnues entre des points dissimétriques du corps, comme la peau de la jambe et celle de l’oreille (Brown-Séquard et Lombard). Nous verrons tout à l’heure quelles applications pratiques les médecins ont, sans le savoir le plus souvent, tirées de ces actions sympathiques. Il nous faut maintenant passer à un autre ordre de mouvements ; je veux parler [des sécrétions.
D. Sécrétions. — La formation des larmes, de la salive, du suc qui se forme dans l’estomac, etc., constitue en effet un phénomène qu’il convient de placer à côté de ceux que nous venons d’étudier. Or ces sécrétions manifestent avec la plus grande évidence, par leur apparition ou leur suppression, l’influence des actions sympathiques.
La présence d’un corps étranger au contact d’un œil fait non seulement couler les larmes de ce côté, mais celles du côté opposé. Certains troubles digestifs déterminent une abondante sécrétion de sueur; il en est généralement de même après l’ingurgitation de boissons chaudes. Le contact d’une substance sapide et d’un point de la bouche fait sourdre de partout la salive ; en même temps, par une sympathie lointaine, le suc gastrique est sécrété sur les parois stomacales ; réciproquement, la présence d’aliments dans l’estomac fait sécréter la salive. Les autres sucs intestinaux apparaissent dans des conditions seihblables, et ainsi, entre ces diverses sécrétions, se remarquent les mêmes relations sympathiques qu’entre les divers mouvements du tube intestinal, d’où résulte l’harmonie fonctionnelle de tout l’appareil digestif.
Les sécrétions diverses peuvent aussi être arrêtées par action sympathique ; un verre d’eau froide bu imprudemment pendantque le corps esten sueur, supprime cette sécrétion. Ainsi mourut le dauphin fils de François P’' ; et si l’on eût connu alors cette vérité, on n’eût pas écartelé comme empoisonneur son échanson Monlecuculli. Réciproquement, un bain d’eau froide donnera une indigestion subite en arrêtant les sécrétions digestives, et pourra tuer par congestion cérébrale.
Mais il faut nous arrêter dans cette énumération de faits, qui serait non seulement plus longue, mais beau
coup plus curieuse, s’il était, ici, permis de parler de
tous les phénomènes physiologiques.
2“ PRODUCTIONS ou SUPPRESSIONS DE SENSATIONS,
A. Productions de sensations. — Les sensations sympathiques sont assez rares dans l’état normal ; chez une personne saine, la piqûre d’un point de la peau, par exemple, donne raremjent naissance à une douleur dans quelque région éloignée; ou, du moins, ces rapports sont d’ordinaire très fugitifs, très faibles, et varient avec chaque personne. Par exemple, lorsque je me pince le bout du petit doigt de la main droite, il m’arrive souvent de ressentir une assez vive douleur au niveau de la clavicule du même côté. Un professeur de la Faculté de Bordeaux, M. Baudrimont, a ^''vvpublié le récit d’observations curieuses de cet ordre,
, '^pbservations faites sur lui-même; il a même indiqué, pi^r des figures, les points de son corps ainsi unis par /.;V i^e véritable sympathie. Mais fort peu de personnes aussi richement douées sous ce rapport, et il ne ^ ^jt/aut pas, je crois, le regretter : il doit y avoir là une source d’erreurs incessantes.
Gomme sensation sympathique normale, et à peu près générale, je puis vous citer la sensation de picotement dans la gorge qui suit l’excitation du conduit auditif, d’où résultent la toux, le vomissement, dont nous avons parlé tout à l’heure. Et si l’on éternue en regardant le soleil, ce mouvement est d’ordinaire la suite d’une sensation de picotement dans le nez qui ne peut avoir qu’une origine sympathique.
C’est encore une sensation sympathique et des plus bizarres, celle' de l’excitation particulière des nerfs dentaires sous l’influence de certains sons aigus, et qui, selon une expression imagée, sont aigres et agacent les dents.
Mais dans l’état de maladie, les douleurs sympathiques sont extrêmement communes. Le point de côté, la névralgie brachiale, dans la pleurésie ; la douleur de l’épaule droite, dans les maladies du foie; les sensations particulières qu’éprouvent au bout du nez la plupart des enfants dont l’intestin est habité par des parasites ; la photophobie, dans les inflammations de la conjonctive oculaire ; les névralgies si diverses qui accompagnent souvent les maux d’estomac; tous ces faits, et bien d’autres, sont connus de tout le monde.
On a vu, plus rarement, un mal de dents causer de vives douleurs dans le bras, douleurs que fit disparaître l’ablation de la 'dent malade (Parson). On a encore signalé d’autres sympathies, et je citerai des cas de paralysie des membres inférieurs, où l’on a vu une excitation portée d’un côté donner au malade deux sensations qu’il rapportait l’une au point excité, l’autre à la région symétrique du côté opposé. (Ermerins.)
M. Brown-Séquard cite une dame qui, s’étant fortement piqué le doigt, ressentit, au bout de quelques semaines, des douleurs d’estomac qui l’amenèrent bientôt dans un état fort grave. On fit l’amputation du doigt blessé; aussitôt les douleurs cessèrent.
Des sensations sympathiquement éveillées ou perverties peuvent également nous venir par les sens spéciaux, et surtout par l’ouïe ou la vue. Les annales de la médecine abondent en récits de désordres de cette espèce. Ici, c’est un homme qui, étant à jeun, voyait tous les objets teints en jaune ; l’expulsion de vers le guérit complètement. Un autre, qui était dans le même cas, percevait continuellement une odeur insupportable.
Ce qui donne à ces sensations une importance singulière, c’est qu’elles peuvent se présenter au patient avec une telle netteté qu’il arrive à croire à leur exactitude.
102 LEÇONS, DISCOURS ET CONFl'îRENCES.
De là, les idées les plus erronées sur le monde qui l’entoure; de là, des illusions ou même des hallucinations qui, lorsqu’elles durent longtemps, peuvent entraîner la folie. Dans quelques circonstances, on a vu des personnes, corrigeant à l’aide de leurs autres sens les idées erronées fournies par le sens sympathiquement troublé, présenter ce spectacle étrange d’un homme halluciné et qui, cependant, raisonne et agit sagement. Mais, dans la majorité des cas, il n’en est pas ainsi; assaillie par les sensations erronées, l’intelligence fléchit, ou, pour parler plus exactement, des raisonnements justes basés sur des sensations fausses, déterminent des conclusions ou des actes qu’on qualifie justement d’insensés.
B. Suppressions de sensations. — Tout ce que je viens de dire des sensations anormales sympathiquement excitées peut se dire de la suppression des sensations normales. Il n’est pas rare de voir l’insensibilité de la peau, dans une région plus ou moins étendue du corps, accompagner une névralgie d’une autre région.
Cette paralysie sympathique peut s’étendre aux sens spéciaux. On a vu souvent une névralgie faciale entraîner une amaurose, qui guérissait avec la névralgie. La présence d’une dent malade a eu fréquemment la même conséquence, et la vue revenait aussitôt après l’ablation de la dent. Dans d’autres. circonstances surviennent la surdité, ou même la surdi-mutité.
Ce sont encore, sous ce rapport, les parasites de l’intestin qui nous fourniraient le plus grand nombre de faits. Un enfant de sept ans, traité par le docteur Fallot, fut atteint pendant un mois de cécité presque complète ; il guérit après l’expulsion d’ascarides. Un autre, devenu à neuf ans sourd-muet, guérit complètement dans des conditions semblables (Davaine).
Entre tous les faits de suppression de sensibilité con-
LES ACTIONS NEaVEüSES SYMPATIIIQÜES, 105 sécutive à une excitation, il n’en est peut-être pas de plus étranges que ceux dont s’est beaucoup ému il y a quelques années le monde médical, et dont on a désigné l’ensemble sous le nom ài'hypnotisme. Vous savez comment la chose se pratique. Une personne, bien portante du reste, s’assied bien à son aise, sur un lit ou dans un fauteuil ; on lui place entre les yeux un objet brillant, qu’elle doit dès lors regarder fixement. Bientôt, sa respiration qui s’est accélérée d’abord, se ralentit, les yeux deviennent vagues, puis se ferment; le patient s’affaisse doucement, il dort. Vous le pincez alors, il ne s’éveille pas, et ne retire pas, comme le dormeur ordinaire, la main que vous blessez ; il est insensible, et l’on a pu, dans ces conditions, pratiquer, sans douleur, jusqu’à de grandes opérations chirurgicales. Quand tout est fini, il suffit d’un souffle sur les yeux, et le patient se réveille aussitôt.
Si j’avais à vous faire ici l’histoire de l’hypnotismej je vous parlerais encore des paralysies locales de mouvement, des catalepsies, et surtout des phénomènes intellectuels, rêves, hallucinations, extases, que l’on peut produire presque à volonté chez les personnes placées dans cet état. Je vous montrerais les rapports de ces pratiques avec celles des somnambules, des extatiques de tous les temps, des religions orientales, etc... Mais je dois me borner à vous faire remarquer que tous ces phénomènes curieux ont une origine sympathique, et sont la conséquence d’une excitation prolongée portant sur le nerf optique et sur tout l’appareil oculaire.