‹ Leçons, discours et conférencesChapitre 20 sur 51 · CROCÉ-SPINELLI ET SIVEL; - LA CONQUÊTE DE L’AIR · texte numérisé non relu

CROCÉ-SPINELLI ET SIVEL; - LA CONQUÊTE DE L’AIR

Discours prononce le 5 décembre 1875 à la séance publique de la Société de Navigation aérienne.

L’année dernière, en inaugurant vos séances publiques annuelles, le savant éminent auquel j’ai l’honneur de succéder retraçait devant vous, avec autorité, le programme si vaste et si intéressant des recherches auxquelles s’est consacrée la Société de navigation aérienne. Météorologiste, il montrait l’aéronaute, dans son laboratoire flottant que la pesanteur éloigne de la terre, s’en allant interroger les couches superposées de notre atmosphère, et s’efforçant de contraindre le plus capricieux et le plus mobile des éléments à lui révéler les lois immuables qui commandent à ses mouvements. Mécanicien, il résumait les conditions difficiles, mais non impossibles à réaliser, dont la science a montré la nécessité pour la solution du problème de la navigation aérienne, et il attribuait équitablement leur part d’avenir aux ballons d’un côté, et de l’autre à ces appareils « plus lourds que l’air », dont un de nos collègues faisait fonctionner devant vous, comme il va le

faire encore aujourd’hui, des spécimens ingénieux. Enfin, patriote dévoué, il rappelait avec émotion que la conquête de l’air appartient à la France; il citait, à côté des noms illustres de Charles et des Mongolfier, ceux de ces premiers aérostiers militaires dont les ballons aidèrent nos armées républicaines à défendre avec la liberté le sol de la patrie ; il trouvait des accents éloquents pour faire revivre devant vous des événements douloureux, mais non moins glorieux — car il est des jours où l’histoire prend le parti de Caton contre les dieux —, pour évoquer ce siège héroïque où les ballons formaient le seul trait d’union entre Paris investi et la France envahie, et nous apportaient en province à la fois les souvenirs qui faisaient battre les cœurs, et les espérances qui faisaient relever les fronts.

Puis, examinant notre Société elle-même, il résumait son histoire si récente et si féconde cependant ; il vantait la sagesse de vos statuts, qui vous protègent contre des envahissements compromettants ; il montrait avec orgueil des savants d’une haute valeur devenus vos collaborateurs, l’attention publique fixée sur vous, l’Institut s’intéressant à vos travaux et couronnant quelques-uns d’entre vous ; il se réjouissait de vos progrès, de votre prospérité, de vos découvertes récentes... Et alors, ayant ainsi dignement et éloquemment accompli son devoir présidentiel, M. Hervé Mangon donnait la parole à Crocé-Spinelli.

Messieurs, vous ne vous y êtes pas trompés, j’en suis sûr. Notre séance publique annuelle est pour nous un jour de fête; mais, cette année, elle est comme ces fêtes que les anciens consacraient à glorifier les citoyens morts pour la patrie. Nous, nous devons penser tout d’abord et rendre un solennel hommage à nos compa-

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